Les considérations qui suivent trouvent leur origine dans des réflexions sur l’argent issues de la tradition chrétienne. Elles portent d’abord sur l’insertion de l’usage de l’argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le modèle implicite qui fait abstraction des liens réunissant les personnes concernées et de leurs objectifs. Ce qui conduit à questionner la notion de fongibilité de l’argent, non évidemment dans sa possibilité effective, mais dans sa signification. Car en réalité l’argent n’est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c’est un instrument de confrontation de désirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu’en contexte humain et social, entre autres sur le marché. Ce dernier de son côté n’est pas un mécanisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l’argent un outil à cette fin. On ne peut donc pas considérer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalités que de sa signification pour les intéressés et pour la société.
De façon analogue, dans l’activité financière, l’argent n’est fécond qu’associé au travail, et donc dans une forme de relation humaine – ce qui donne un sens à l’ancienne prévention à l’égard du paiement d’intérêts - malgré ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l’activité financière conduit à interroger le rapport entre l’argent (les marchés de l’argent), et l’avenir, donc la temporalité. L’avenir étant en soi imprévisible, donner un rôle démiurgique aux marchés comme voulait le faire la théorie des marchés efficients est sans doute illusoire.
A nouveau, le bon fonctionnement des marchés doit donc être apprécié comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur résultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l’interaction des décisions, mais en les réinsérant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le marché des actions, de l’impact des transactions sur l’horizon temporel des entreprises. Et ne pas fétichiser le résultat de ces transactions.
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