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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Plaidoyer pour la diversit&#233; du rite romain</title>
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		<dc:date>2025-06-10T16:23:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Rite extraordinaire</dc:subject>
		<dc:subject>Traditionnaliste</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Pourquoi cette question ? Le succ&#232;s du P&#232;lerinage de Chartres et surtout l'&#233;lection de L&#233;on XIV ont relanc&#233; le d&#233;bat sur la place du rite dit tridentin. On sait qu'il avait re&#231;u du pape Beno&#238;t XVI un statut sous le nom de rite extraordinaire, comportant notamment une autorisation large de pratique par les pr&#234;tres catholiques de rite latin. Ce statut a &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233; par le pape Fran&#231;ois qui en a mis en place un qui est tr&#232;s restrictif, affirmant en outre que le rite de 1969 est l'unique (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Traditionnaliste-+.html" rel="tag"&gt;Traditionnaliste&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/church-750251_640.jpg?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='107' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi cette question ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le succ&#232;s du P&#232;lerinage de Chartres et surtout l'&#233;lection de L&#233;on XIV ont relanc&#233; le d&#233;bat sur la place du rite dit tridentin. On sait qu'il avait re&#231;u du pape Beno&#238;t XVI un statut sous le nom de rite extraordinaire, comportant notamment une autorisation large de pratique par les pr&#234;tres catholiques de rite latin. Ce statut a &#233;t&#233; r&#233;voqu&#233; par le pape Fran&#231;ois qui en a mis en place un qui est tr&#232;s restrictif, affirmant en outre que le rite de 1969 est l'unique forme du rite romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qui a &#233;t&#233; dit alors, il est manifeste que ces d&#233;cisions sont contradictoires. Non seulement nous ne sommes &#233;videmment pas dans le domaine de l'infaillibilit&#233;, mais pas m&#234;me dans celui de la continuit&#233;. Le champ est donc ouvert pour une &#233;volution possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait est que malgr&#233; la pression hostile, ce rite continue &#224; attirer un nombre appr&#233;ciable de fid&#232;les, m&#234;me s'il est minoritaire, et qu'il a une vertu &#233;vang&#233;lisatrice, comme en t&#233;moigne entre autres le succ&#232;s de ce p&#232;lerinage. Il est ind&#233;niable qu'il exprime un sensibilit&#233; diff&#233;rente du rite de 1969 : beaucoup plus verticale, tourn&#233;e vers l'adoration et la transcendance. Mais c'est en r&#233;alit&#233; plus qu'une simple sensibilit&#233; ; c'est v&#233;ritablement une forme de charisme : une mani&#232;re de se tourner vers Dieu et de vivre sa foi qui est diff&#233;rente dans sa forme de ce qui a &#233;t&#233; choisi et plus encore pratiqu&#233; par le gros de l'Eglise apr&#232;s 1969. Cette r&#233;alit&#233; est profond&#233;ment ressentie par les fid&#232;les attach&#233;s &#224; ce rite, quoi que racontent ses adversaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre ce n'est en aucune mani&#232;re une fa&#231;on ill&#233;gitime de faire, puisque cela a &#233;t&#233; officiellement le rite principal de l'Eglise latine non seulement sous forme codifi&#233;e depuis saint Pie V au XVIe si&#232;cle, mais en r&#233;alit&#233; depuis le Haut Moyen Age et comme dit Paul VI pour l'essentiel depuis saint Gr&#233;goire le Grand au VIe si&#232;cle. Il est donc difficile de pr&#233;tendre de fa&#231;on cr&#233;dible que ce qui a &#233;t&#233; l'expression normale de l'Eglise pendant des si&#232;cles soit d&#233;sormais une mani&#232;re inappropri&#233;e de prier. De la m&#234;me fa&#231;on, si le d&#233;p&#244;t de la foi peut conna&#238;tre un d&#233;veloppement, ce ne peut &#234;tre que dans le m&#234;me sens et non en changeant de nature, de sorte que ce qui a &#233;t&#233; dit et enseign&#233; autrefois garde sa valeur aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela plaide fortement pour donner sa place &#224; cette expression pleinement valide de la foi catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;ponses aux objections&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les objections faites &#224; une &#233;volution en ce sens sont de trois types.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re vient du clan progressiste et revient pour l'essentiel &#224; invalider la dimension religieuse de l'attachement &#224; ce rite pour y voir une option politique proche d'une droite dure. Cela revient &#224; dire &#224; un fr&#232;re chr&#233;tien : je me moque de ce que tu dis sur les motivations de ta d&#233;marche, je vois que vous &#234;tes plut&#244;t &#224; droite et qu'il y a parmi vous des gens d'extr&#234;me droite, notamment parmi les t&#234;tes de file ; et donc je consid&#232;re qu'il faut vous bloquer, que cela vous plaise ou non. On a vu, toujours &#224; propos du p&#232;lerinage, des gens consid&#233;rer que les jeunes qui y venaient &#233;taient en r&#233;alit&#233; manipul&#233;s par des nostalgiques de la chr&#233;tient&#233;, derri&#232;re lesquels on trouverait les affreux Bollor&#233; et St&#233;rin. Mais outre que ce jugement rel&#232;ve du complotisme, c'est une attitude fonci&#232;rement anti-chr&#233;tienne : je ne cherche pas &#224; t'&#233;couter et &#224; voir le pourquoi de ta d&#233;marche ; je te classe sur un spectre que j'ai d&#233;fini et cela me suffit pour d&#233;cider du sort qui te revient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me objection consiste &#224; dire que cela cr&#233;e une division au sein de l'Eglise, qui doit &#234;tre unie et pour cela n'avoir qu'un seul rite. Cette objection se pr&#233;sente comme mieux fond&#233;e, en cela que l'unit&#233; est ind&#233;niablement un bien. Mais l'unit&#233; implique-t-elle l'uniformit&#233; ? Le fait m&#234;me que quiconque assite &#224; ces deux rites ressente d'embl&#233;e la diff&#233;rence profonde entre eux montre bien la diversit&#233; r&#233;elle qui existe entre les fid&#232;les. L'unit&#233; dans l'Eglise a toujours signifi&#233; d'abord la communion. Or la communion n'a de sens qu'entre des &#234;tres qui se reconnaissent diff&#233;rents. &#171; Il y a plusieurs maisons dans la maison de mon P&#232;re &#187;, et l'Eglise a toujours non seulement admis mais encourag&#233; la diversit&#233;, celle des vocations religieuses par exemple : un j&#233;suite n'est pas un dominicain ni un b&#233;n&#233;dictin ; les &#233;coles th&#233;ologiques sont diverses, etc. De m&#234;me pour les rites, qui ont toujours vari&#233; non seulement selon ces divers ordres religieux, mais selon la g&#233;ographie et a fortiori les cultures : rite ambrosien &#224; Milan, rites orientaux surtout. Et cela continue aujourd'hui : pratiques charismatiques, rite za&#239;rois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me objection est l'argument d'autorit&#233; : le rite de 1969 est issu du Concile ; et l'autorit&#233; pontificale a tranch&#233; ; ob&#233;issez ! Certains mobilisent m&#234;me l'Esprit saint, qui ayant dict&#233; le Concile et inspirant forc&#233;ment le pape, serait &#224; l'origine de ces d&#233;cisions. Ces tentatives r&#233;guli&#232;res d'annexion de l'Esprit saint sont parmi les traits les plus d&#233;testables des d&#233;bats actuels. L'Esprit souffle o&#249; il veut. Et toute d&#233;cision n'est pas fait sous sa dict&#233;e, pas m&#234;me l'&#233;lection du pape - m&#234;me s'il y est &#233;videmment &#224; l'&#339;uvre. C'est a fortiori le cas ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, la r&#233;forme de 1969 va bien au-del&#224; de ce que demandait le Concile, et plus encore la pratique qui a suivi. Certains des traits les plus marquants pour le fid&#232;le moyen sont absents du texte conciliaire et nullement &#233;voqu&#233;s &#224; l'&#233;poque, comme le retournement de la position du pr&#234;tre, ou la communion dans la main. D'autres lui sont carr&#233;ment contraires, comme l'abandon du latin et du gr&#233;gorien, ce dernier remplac&#233; par des cantiques fabriqu&#233;s pour l'occasion. Certes l'autorit&#233; du pape fonde la validit&#233; du nouveau rite, sans le moindre doute. Mais la r&#233;glementation pr&#233;cise de qui va &#224; quel rite est d'un niveau d'autorit&#233; encore inf&#233;rieur, tout en &#233;tant l&#233;gitime : elle peut se tromper et comme on l'a not&#233;, se contredire frontalement. Il y a donc place pour une protestation de fid&#232;les qui se sentent avec de solides raisons profond&#233;ment bless&#233;s par une d&#233;cision intempestive. L'Eglise n'est pas une secte avec des gourous &#224; sa t&#234;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Difficult&#233;s pratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reconna&#238;tre une place &#224; la liturgie traditionnelle suppose cependant qu'on r&#233;ponde &#224; plusieurs questions qui sont d'abord pratiques, mais non sans port&#233;e de principe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent par exemple que reconna&#238;tre plusieurs formes du rite romain pose un probl&#232;me lorsque le rattachement d'un fid&#232;le &#224; l'une d'elles ne d&#233;pend pas d'un fait objectif (g&#233;ographie, ordre religieux, culture), mais d'un choix personnel du fid&#232;le. De fait, on n'a pas d'exemple analogue dans le pass&#233;. Mais il est vrai aussi que la situation actuelle est profond&#233;ment in&#233;dite. D'un c&#244;t&#233;, on n'a jamais cr&#233;&#233; ce qui dans sa consistance est un nouveau rite (en cela qu'il diff&#232;re manifestement de celui qui pr&#233;c&#233;dait), comme on l'a fait en 1969. D'un autre c&#244;t&#233;, le fid&#232;le d'aujourd'hui n'a plus la fixit&#233; g&#233;ographique de ceux d'autrefois ; sa foi implique un choix conscient et donc une adh&#233;sion qui ne repose pas sur l'&#233;vidence de ce qui a semble-t-il toujours exist&#233; autour de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la pratique actuelle d'ailleurs, les fid&#232;les tendent &#224; choisir &#224; la carte, face &#224; la grande vari&#233;t&#233; de ce que chaque lieu de culte offre. M&#234;me un fid&#232;le d'origine orientale hors de chez lui (un maronite ou un uniate &#224; Paris) choisit de fait entre sa paroisse g&#233;ographique latine et l'&#233;glise de son rite d'origine. Mais encore plus caract&#233;ristique est le cas des ex-anglicans qui se sont rattach&#233;s &#224; Rome et qui b&#233;n&#233;ficient d'une liturgie particuli&#232;re, reprenant plusieurs traits de la liturgie anglicane. Or ils ne sont &#233;videmment pas d&#233;pendants d'un ordre religieux, et leur sp&#233;cificit&#233; ne rel&#232;ve pas d'une culture nationale anglophone qui les d&#233;finirait : la plupart des catholiques anglophones suivent en effet le rite ordinaire. La situation des fid&#232;les du rite romain traditionnel est tout &#224; fait analogue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pratique est celle de l'organisation hi&#233;rarchique. Je ne me consid&#232;re pas qualifi&#233; pour en traiter au fond. Mais la solution d'un ou de plusieurs ordinariats personnels (&#233;v&#234;que d&#233;di&#233;, dont la judication est parall&#232;le &#224; celle de l'&#233;v&#234;que ordinaire du lieu), analogues &#224; la solution anglicane ci-dessus, me para&#238;t une bonne r&#233;f&#233;rence, comme le P. de Bligni&#232;res l'a montr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me question, tout aussi importante, est celle du rapport avec les communaut&#233;s catholiques de rite ordinaire au sens de Beno&#238;t XVI. Il est clair que la communion ne doit pas &#234;tre simplement affirm&#233;e, elle doit &#234;tre v&#233;cue. Il ne peut s'agir d'injonction autoritaire ; mais certainement d'hospitalit&#233; (r&#233;ciproque) et de pri&#232;re commune, au moins dans certains cas. Dans la semaine sainte par exemple, la messe chrismale a pris dans l'Eglise actuelle une importance symbolique forte : il me para&#238;t qu'y participer devrait &#234;tre une joie &#8211; m&#234;me si le rite pratiqu&#233; ne vous parle pas particuli&#232;rement.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crise de l'Eglise : restaurer la v&#233;ritable autorit&#233;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-restaurer-la-veritable-autorite.html</link>
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		<dc:date>2023-07-15T15:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme de l'Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme. Il impliquera une transformation en profondeur de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les d&#233;bats en cours sur le cl&#233;ricalisme et la voie synodale ne mettent pas en &#233;vidence le probl&#232;me le plus profond : la d&#233;ficience de l'autorit&#233;, particuli&#232;rement manifeste dans la crise p&#233;dophile mais qui va bien au-del&#224;. Et, corr&#233;lativement, la perte du sens de la vocation religieuse, sacerdotale ou monacale. En un mot, de sa sup&#233;riorit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233;, et des exigences que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme : &#171; La d&#233;mographie glaciale qui attend l'Eglise, et sa disparition de la sc&#232;ne publique &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit comme une &#233;vidence que dans le meilleur des cas on aura dans trente ans, dans nos pays, une petite Eglise, ramass&#233;e sur quelques points de rassemblement : les villes d'une certaine taille et quelques centres spirituellement actifs (monast&#232;res ou autres). Avec un petit nombre de pr&#234;tres, mais corr&#233;lativement un petit nombre de fid&#232;les. Le premier point a &#233;t&#233; soulign&#233; r&#233;cemment par la baisse des ordination, qui ne cesse pas mais le second est tout aussi r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartons ici une illusion progressiste r&#233;pandue, qui est de croire qu'on peut avoir des communaut&#233;s catholiques vivantes et ferventes sans pr&#234;tres. Outre qu'on les cherche, toutes les donn&#233;es montrent au contraire la baisse corr&#233;lative des deux. Pour une raison simple : en milieu catholique le pr&#234;tre est vital. Sacramentellement et hi&#233;rarchiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme traditionnel ne fait d'ailleurs pas mieux. Restent certes les &#233;vang&#233;liques, mais leur logique est profond&#233;ment diff&#233;rente. Cela dit, l&#224; aussi, le r&#244;le du pasteur est essentiel : la communaut&#233; n'existe pas sans eux, parfois m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le d&#233;bat qui est propos&#233; aujourd'hui en contexte catholique est notablement diff&#233;rent : c'est la th&#233;matique de ce qu'on appelle d&#233;sormais le cl&#233;ricalisme. Le mot a d'ailleurs pris un sens compl&#233;tement nouveau &#224; cette occasion : c'&#233;tait un r&#244;le excessif du clerg&#233; dans la soci&#233;t&#233; politique, c'est maintenant un exc&#232;s de pouvoir dudit clerg&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu sans le moindre doute de graves d&#233;faillances dans le r&#244;le de la hi&#233;rarchie, notamment &#233;piscopale, en particulier dans la crise de la p&#233;dophilie ; mais aussi dans d'autres domaines, et notamment dans le d&#233;sint&#233;r&#234;t de trop d'&#233;v&#234;ques pour les vocations. Cela dit, ce terme de cl&#233;ricalisme avec son nouveau sens tend &#224; ne pas bien faire cerner la r&#233;alit&#233; du probl&#232;me, et notamment sur trois points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que dans la crise p&#233;dophile, il n'y a pas eu &lt;i&gt;exc&#232;s&lt;/i&gt; d'autorit&#233;, mais &lt;i&gt;insuffisance&lt;/i&gt; de l'autorit&#233; (notamment &#233;piscopale), par absence de prise en main des probl&#232;mes et absence de punition. Trop d'&#233;v&#234;ques (la majorit&#233; ?) n'ont pas fait leur travail de patrons. Se soucier avant tout d'&#233;touffer des affaires ou de manifester une compassion pour les seuls coupables (plus que pour les victimes) n'est pas un exercice de l'autorit&#233; ; c'est un acte irresponsable, que l'on paye maintenant. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pedop...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on ne souffre pas dans l'Eglise actuelle, au niveau dioc&#233;sain, d'un exc&#232;s de pouvoir, mais d'une &lt;i&gt;paralysie&lt;/i&gt; du pouvoir. Chacun sait qu'un presbyterium a un pouvoir immense pour bloquer un &#233;v&#234;que qui a envie de bouger. Et que, plus qu'ailleurs dans la soci&#233;t&#233;, il y a une prime &#224; celui qui ne fait rien et qui &#233;vite les probl&#232;mes, tandis que celui qui bouge et fait des erreurs &#224; c&#244;t&#233; de belles r&#233;alisations en prend pour son grade (ainsi Mgr Rey). On le voit aussi dans les questions de m&#339;urs : &#224; l'erreur ant&#233;rieure (r&#233;agir aux signalements d'abus en &#233;touffant le probl&#232;me et d&#233;pla&#231;ant le coupable) a succ&#233;d&#233; l'erreur sym&#233;trique : d&#233;noncer imm&#233;diatement au procureur et, de fait, tuer civilement le pr&#234;tre en question, coupable ou non &#8211; avec suicides &#224; l'appui. Dans les deux cas, on n'a pas de vraie autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est que si, par le pass&#233;, le respect du pr&#234;tre a pu conduire bien des victimes &#224; ne pas les d&#233;noncer, prenant sur elles seules la souffrance et l'injustice, on n'a pas diagnostiqu&#233; l'erreur sous-jacente. Elle ne r&#233;side pas dans le fait de tenir le pr&#234;tre comme un homme mis &#224; part, ayant une vocation sp&#233;cifique et par l&#224; une autorit&#233; l&#233;gitime, justifiant un respect particulier ; car ceci est juste. Elle r&#233;side dans le fait de ne pas r&#233;agir &#224; la faute grave d'un pr&#234;tre, alors que la bonne r&#233;action devrait au contraire se fonder sur le d&#233;calage entre ce qui est attendu de ce pr&#234;tre et ce qu'il fait r&#233;ellement. Ce n'est que par une conception fauss&#233;e de la vocation sacerdotale qu'on ne d&#233;nonce pas aux services ou personnes comp&#233;tents un pr&#234;tre p&#233;dophile, ou utilisant son autorit&#233; (par exemple, dans les sacrements) pour scandaliser des fid&#232;les. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le pr&#234;tre est &#224; part que s'il d&#233;vie gravement, il faut intervenir r&#233;solument, m&#234;me si naturellement il faut le faire avec soin (car personne n'a la science infuse) et sans d&#233;truire la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, il y a une tendance croissante &#224; affirmer l'&#233;galit&#233; de toutes les voies et vocations, du la&#239;que moyen, au moine et &#224; la moniale, au pr&#234;tre et &#224; l'&#233;v&#234;que. Ce qui est une absurdit&#233; en contexte catholique, et ce n'est pas pour rien dans l'effondrement des vocations. Quelqu'un qui en r&#233;ponse &#224; un appel voue sa vie au service du Christ, qui sera en outre (dans nos soci&#233;t&#233;s) c&#233;libataire, d&#233;sargent&#233; et sans le statut social d'autrefois, est quelqu'un qui emprunte une voie dure et exigeante, au service de tous. Ce n'est donc en rien une vocation comme une autre ; redisons-le : c'est une voie sup&#233;rieure &#8211; ce qui &#224; nouveau ne veut pas dire que tous ceux qui la suivent sont &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le processus synodal en cours, essentiellement capt&#233; par les revendications progressistes rab&#226;ch&#233;es depuis 50 ans, ne r&#233;pond pas &#224; la question, et risque d'aggraver le probl&#232;me. Ecouter et associer les la&#239;cs, oui bien s&#251;r, mais sans faire planer en permanence un proc&#232;s en suspicion sur les &#233;v&#234;ques et les pr&#234;tres, et surtout sans parall&#232;lement rappeler leur r&#244;le essentiel et &#233;minent, ainsi que le besoin non pas de moins d'autorit&#233;, mais de plus d'autorit&#233;, et surtout mieux exerc&#233;e. Dans un tel contexte, le faible niveau des vocations a toutes chances de se tarir plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire aussi &#233;chapper &#224; la d&#233;rive inverse : l'exc&#232;s d'autorit&#233; de la t&#234;te, cette personnalisation aberrante du niveau pontifical transformant le pape en une esp&#232;ce de gourou ou de d&#233;cideur universel, selon une d&#233;rive qui date d'ailleurs de loin (sans doute de la fin du XIXe si&#232;cle). Certes, &#224; l'&#233;poque, l'ultramontanisme avait pour soi de r&#233;els motifs. Mais, en partie d'ailleurs du fait des moyens de communication actuels, on en arrive &#224; ce qu'on a attende du pape de devenir le cur&#233; de la plan&#232;te. L&#224; aussi le processus synodal, nivelant les autres &#233;chelons, magnifie par contraste et &#224; l'exc&#232;s le r&#244;le du d&#233;cideur ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas non plus l'appel permanent &#224; l'autorit&#233; de l'Esprit Saint qui am&#233;liore les choses. L'Esprit Saint a &#233;videmment le r&#244;le central, et il faut se mettre sous son &#233;gide et tenter de discemer ce qu'Il peut nous dire. Mais Il souffle o&#249; il veut, comme le rappelle l'Evangile. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre se r&#233;unir sous son nom pour que le produit de ces d&#233;lib&#233;rations, humaines, trop humaines, puisse automatiquement s'en r&#233;clamer. Prenons nos responsabilit&#233;s et acceptons nos limites. Et reconnaissons que la crise de la foi est d'abord de notre responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc certainement besoin d'une r&#233;vision en profondeur et d'une reconstruction. Mais pour cela il faut donner &#224; chacun sa place, sa juste place. Les la&#239;cs ont la leur, mais ce n'est pas celle des pasteurs. Les pasteurs ont la leur, respect&#233;e &#224; juste titre, mais d&#232;s lors soumise &#224; l'exigence correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous gardant en t&#234;te la v&#233;ritable priorit&#233; : la conversion personnelle et la charit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La d&#233;mographie glaciale qui attend l'Eglise, et sa disparition de la sc&#232;ne publique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html</link>
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		<dc:date>2023-01-24T16:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Eglises b&#226;timents</dc:subject>
		<dc:subject>Nombre de pr&#234;tres</dc:subject>
		<dc:subject>Pratique religieuse</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les r&#233;cents propos de Roselyne Bachelot, estimant qu'il y avait trop d'&#233;glises et qu'une partie appr&#233;ciable de celles-ci, notamment en milieu rural, devrait &#234;tre vendue ou d&#233;truite, ont justement scandalis&#233; par leur brutalit&#233;. Il n'emp&#234;che qu'il y a une question r&#233;elle, celle des cons&#233;quences collectives de l'effondrement d&#233;mographique du catholicisme. Comme tout effondrement de ce type, l'effet n'est que progressif et permet le maintien d'impressions r&#233;tiniennes sur d'assez longues dur&#233;es. Mais en m&#234;me temps la d&#233;mographie est implacable &#224; terme. En l'occurrence, elle met en &#233;vidence la quasi-certitude d'un effondrement au moins quantitatif encore plus visible du catholicisme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les r&#233;cents propos de Roselyne Bachelot, estimant qu'il y avait trop d'&#233;glises et qu'une partie appr&#233;ciable de celles-ci, notamment en milieu rural, devrait &#234;tre vendue ou d&#233;truite, ont justement scandalis&#233; par leur brutalit&#233;. Il n'emp&#234;che qu'il y a une question r&#233;elle, celle des cons&#233;quences collectives de l'effondrement d&#233;mographique du catholicisme. Comme tout effondrement de ce type, l'effet n'est que progressif et permet le maintien d'impressions r&#233;tiniennes sur d'assez longues dur&#233;es. Mais en m&#234;me temps la d&#233;mographie est implacable &#224; terme. En l'occurrence, elle met en &#233;vidence la quasi-certitude d'un effondrement au moins quantitatif encore plus visible du catholicisme en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas la dimension proprement religieuse qui sera au centre de l'attention ici, mais sa signification pour l'ensemble de la soci&#233;t&#233;. Compte tenu de l'importance traditionnelle dans la vie collective du pays du catholicisme et de son h&#233;ritage, il est important d'y r&#233;fl&#233;chir d&#232;s maintenant. Mon propos ne sera pas non plus la recherche des causes de cet effondrement, ni la question (en soi importante bien s&#251;r) de ce qu'il faudrait faire. Mais de ce que signifient les chiffres. Y compris au niveau des b&#226;timents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effondrement d&#233;j&#224; act&#233; et surtout attendu du nombre de pr&#234;tres est le premier facteur. Actuellement le rythme d'ordinations est d'environ 120 par an (toutes fili&#232;res) et d'environ 100 (dioc&#233;sains et communaut&#233;s non religieuses) contre plus de 1000 (fluctuant alors fortement selon les ann&#233;es) vers 1950, soit 1/10. Ce chiffre tend en outre &#224; baisser. M&#233;caniquement, en supposant m&#234;me qu'il se stabilise, cela implique en r&#233;gime de croisi&#232;re un nombre de pr&#234;tres actifs en paroisse de l'ordre de 4500 au plus (en supposant 45 ans d'activit&#233; sans d&#233;fection) soit moins de 1/10 des 51 000 de l'&#233;poque &#8211; ce qui est coh&#233;rent avec les ordinations. Naturellement cela suppose, de fa&#231;on bien optimiste, une stabilisation des ordinations au niveau actuel, alors que la tendance longue est &#224; la baisse. Notons incidemment que l'application d'un coefficient semblable au nombre de dioc&#232;ses aboutirait &#224; envisager tout au plus un dioc&#232;se par r&#233;gion administrative actuelle &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pensent que cela implique une rar&#233;faction par rapport &#224; la demande des fid&#232;les et en d&#233;duisent le besoin d'une autre pastorale. Mais si on regarde les donn&#233;es, ce n'est pas &#233;vident, m&#234;me si ce que recouvrent les chiffres disponibles n'est pas clair. Selon les &#233;valuations avanc&#233;es ici ou l&#224; les &#8216;messalisants' (auto-d&#233;clar&#233;s) seraient d&#233;sormais (2016) de l'ordre de 4,5 % de la population (ENS Lyon). D'autres s&#233;ries de chiffres (ceux qu'utilise par exemple G. Cuchet), sont plus bas : moins de 2% dans la p&#233;riode r&#233;cente (1,8 % en 2017 enqu&#234;te Ipsos, Yann Raison du Cl&#233;ziou). Quant &#224; la pratique vers 1950-1960, on parle en g&#233;n&#233;ral de 25 &#224; 28 % (m&#234;me si certains &#233;voquent 40 &#224; 45 %). Ces diverses s&#233;ries de chiffres ne sont pas n&#233;cessairement coh&#233;rentes. En ordre de grandeur, si on retient ces 25-28 % pour l'&#233;poque, la r&#233;duction oscille entre 1/12 avec le chiffre de 1,8%, et serait plus forte que celle du nombre de pr&#234;tres ; mais de 1/6 avec 4,5 %, ce qui serait plus faible - mais on compare alors des chiffres autod&#233;clar&#233;s avec des mesures. Ajoutons que le taux d'encadrement par des pr&#234;tres dans les ann&#233;es 1950-60 restait relativement &#233;lev&#233;. Il est &#224; noter en outre que cela inclut des chiffres tr&#232;s variables selon les g&#233;n&#233;rations, et que les chiffres de pratique seraient bien plus bas aujourd'hui si on enlevait les plus &#226;g&#233;s (en 2006, les retrait&#233;s faisaient 44% des pratiquants). Et bien entendu l'extrapolation de la tendance ant&#233;rieure conduirait &#224; des chiffres encore inf&#233;rieurs. En r&#233;sum&#233; donc, la baisse du nombre de pr&#234;tres est peut-&#234;tre un peu plus rapide que les besoins des fid&#232;les, mais ce n'est pas certain, surtout sur la dur&#233;e. Cela ne para&#238;t en tout cas pas de nature changer significativement les donn&#233;es de base de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait en sens inverse rappeler que subsiste, m&#234;me si c'est l&#224; aussi en baisse r&#233;guli&#232;re, un halo de non-pratiquants qui se tournent vers l'Eglise pour les grandes occasions. Cela dit, les actes de bapt&#234;me, confirmation et mariages en 2019 &#233;taient de 290 000 soit autour de 64 par pr&#234;tre dans le r&#233;gime de croisi&#232;re ci-dessus, un peu plus de 1 par semaine ; et ils seront certainement plus bas &#224; l'avenir. Pas de quoi surcharger lesdits pr&#234;tres. En outre, 13 % des enfants sont baptis&#233;s d&#232;s leur premi&#232;re ann&#233;e de vie (signe d'un relatif engagement des parents)&#8230; contre 94% vers 1960. Cela n'augure pas d'un rayonnement massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, on s'achemine clairement vers une &#233;glise consid&#233;rablement redimensionn&#233;e, et dont la pr&#233;sence locale ne peut &#234;tre que tr&#232;s faible, m&#234;me dans l'hypoth&#232;se d'une stabilisation. Pour prendre un d&#233;partement rural que je connais bien, l'Ard&#232;che (dioc&#232;se de Viviers), avec une population de 327 000 aurait arithm&#233;tiquement en gros 20 pr&#234;tres &#8211; en supposant une p&#233;r&#233;quation nationale car le niveau des vocations y est tr&#232;s bas. Il y en avait plus de 600 en 1900. Cela permettrait le maintien d'un nombre r&#233;duit de points de contact : 20 si les pr&#234;tres restaient isol&#233;s, moins de dix s'ils &#233;taient regroup&#233;s par 2 ou 3, ce qui serait tr&#232;s souhaitable. Ce qui veut dire d'une part que les pratiquants devront perdre l'habitude d'aller &#224; l'&#233;glise du bourg voisin comme aujourd'hui, et plut&#244;t faire 30 ou 40 km pour pratiquer ; on se rapproche alors de la consultation d'un sp&#233;cialiste. Cela veut dire aussi qu'il n'y aura pas de pratique religieuse au sens traditionnel et m&#234;me actuel dans la tr&#232;s grande majorit&#233; des &#233;glises-b&#226;timents. Et bien s&#251;r le maintien d'un dioc&#232;se serait tr&#232;s al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourra objecter que d'autres types de pratiques religieuses sont th&#233;oriquement concevables. Mais sans entrer dans le d&#233;bat canonique, d&#233;j&#224; aujourd'hui la fr&#233;quentation des &#233;glises dans ce m&#234;me dioc&#232;se concerne de fa&#231;on majoritaire et souvent exclusive des personnes ayant plus de 60 ans. Si on extrapole d&#233;mographiquement, il n'y aura &#224; l'avenir pas de quoi alimenter plus que la r&#233;union &#233;pisodique de groupes r&#233;duits. Ce qui peut &#233;ventuellement avoir un sens pour eux, mais n'a plus de pertinence ou de visibilit&#233; dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En ville, la situation est quelque peu diff&#233;rente. Outre que l'assistance est souvent plus jeune, la question de la distance se pose autrement. A N&#238;mes par exemple, avec 150 000 habitants, l'arithm&#233;tique nationale donnerait en gros une dizaine de pr&#234;tres, ce qui permet encore une certaine pr&#233;sence pas trop &#233;loign&#233;e, qu'il serait d'ailleurs raisonnable de concentrer sur 3 ou 4 points. On n'irait plus &#224; l'&#233;glise du quartier, mais on n'aurait pas &#224; se d&#233;placer de fa&#231;on excessive par rapport &#224; ce qu'on fait dans la vie civile. Mais naturellement cela ne permet pas une pr&#233;sence sociale appr&#233;ciable ; ni l&#224; aussi ne justifie &#224; soi seul l'&#233;quipement actuel en &#233;difices de culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce tableau est sensiblement plus sombre que ce qu'on peut voir encore aujourd'hui en allant dans les &#233;glises. Ici aussi la lenteur des &#233;volutions d&#233;mographiques cr&#233;e une r&#233;manence r&#233;tinienne trompeuse. Domin&#233;e par les g&#233;n&#233;rations &#226;g&#233;es, l'activit&#233; actuelle des paroisses, pourtant beaucoup plus basse qu'autrefois, reste, surtout hors des villes importantes, bien plus &#233;lev&#233;e que ce qu'elle sera &#224; l'avenir, surtout en dehors des tr&#232;s grandes villes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le point bien sp&#233;cifique &#233;voqu&#233; au d&#233;but, &#224; savoir l'avenir des &#233;glises-b&#226;timents, ce qui vient d'&#234;tre rappel&#233; ne nous dit pas ce qu'il pourra &#234;tre. Cela d&#233;pendra notamment, bien s&#251;r, du degr&#233; d'attachement au patrimoine comme tel. Mais cela met en &#233;vidence le fait que dans leur grande majorit&#233; ces &#233;glises n'auront plus de justification par l'activit&#233; religieuse. En outre, les g&#233;n&#233;rations d'&#233;lus locaux qui se rappelaient leur bapt&#234;me ou leur mariage dans un tel endroit auront en grande partie disparu ; et leurs &#233;lecteurs n'auront en grande majorit&#233; plus d'id&#233;e pr&#233;cise du christianisme. Cela dit, nous ne savons pas ce que signifiera pour eux ce b&#226;timent &#233;trange, mais frappant et familier, qu'on appelle l'&#233;glise, l&#224; au centre du village et pouvant symboliser ce village. En ville, il y aura probablement moins d'&#233;motion, les &#233;difices religieux ne justifiant pas d'un int&#233;r&#234;t majeur &#233;tant plus menac&#233;s, les autres (minoritaires) restant relativement utilis&#233;s par le culte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/produit/politique-magazine-n-221/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/produi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vatican II and the Traditionalists : Answering Some Misconceptions </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Vatican-II-and-the-Traditionalists-Answering-Some-Misconceptions.html</link>
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		<dc:date>2022-07-16T15:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Traditionalists</dc:subject>
		<dc:subject>Traditionis custodes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;The anniversary of the motu proprio Traditionis custodes brings the question back : does being attached to the Tridentine or Extraordinary Rite mean that one refuses Vatican II ? does one thereby place oneself outside the communion of the Church ? Some think so, especially following statements by Pope Francis. And so they approve of the ongoing attempt to eliminate this rite, in the double name of unity and of the Council. But such an analysis, without any basis in history or in faith, would in fact be ruinous for Catholicism - a religion of the permanence of faith through its development, and not of a legislative-type flow where each step supersedes and cancels the previous one.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;See continuation &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(English translation of a previous text)&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;The reasoning is simple : Vatican II led to the current so-called ordinary rite ; who does not accept it does not accept the Council, and puts himself outside. Full stop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Not so. The so-called Tridentine rite has been the ordinary rite of the Roman Church (more exactly of the curia and the papacy) without much change for about 15 centuries. Before Pius V, it coexisted in Latin Christianity with multiple related rites ; the decision of this pope was to codify it (without creating a new rite as some explain it without the slightest basis), and to eliminate all the rites which were then less old than 200 years old. Subsequently, the Counter-Reformation tended to generalise this rite more widely &#8211; even if local customs have survived in many places. Such a rite practiced for such a long period by the Church, and at the highest level, is by definition perfectly in keeping with the faith and apt to express the object of the ritual concerned, and in particular to offer the holy sacrifice of the Mass.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;For its part, nowhere the Second Vatican Council did set itself the goal of transforming radically the Catholic Church, nor of eradicating serious evils which would have affected it. One can always claim that it would have been necessary ; but one cannot say that this is what the Council wanted to do. With regard to the liturgy, the Conciliar Constitution, Sacrosanctum Concilium, called for a revision of the books then in force, those of Saint Pius V, a rite which moreover was that of the entire Council until the end and without objection. The aim was to facilitate the participation of the faithful, to simplify certain points, to use the local language here and there and to enrich the readings offered. It was approved by a very large majority, including many conservative bishops including Archbishop Lefebvre. It was therefore a revision of the liturgy and not a rewriting, a new liturgy. And if it had stopped there, there would have been no debate on the subject.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Instead, and within the framework of the gigantic happening which then took hold of the Church, invoking a &#8216;spirit of the Council' which has no basis in its texts, it was proceeded, de jure or de facto, to a radical refoundation of the Latin liturgy. Upheaval of the calendar, de facto elimination of Latin and Gregorian, reversal of altars and orientation, rewriting of the majority of prayers, communion in the hand, massive flow of new readings etc., the changes are radical. But in this they cannot claim the express authority of the Council. They are legitimate, since Pope Paul VI promulgated them, but one cannot claim that, as they are, they are what the Council asked for. They are at most a particular interpretation of it, but according to a process of upheaval without precedent in the liturgical history of the Church - as Benedict XVI reminded us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;What then can be said of those who remain attached to the previous liturgy ? Given the extent of the liturgical upheaval, the spirit of the two rites is very different. And so we can perfectly recognise ourselves in this previous rite and have difficulty finding joy in the new one, without this implying a rebellious state of mind. This reflects in many people a difference in sensitivity. For others it may also imply a clear preference for the preceding rite, because it would better express the traditional Catholic conception of the meaning of the Mass, which is still valid. But how would that be reprehensible ? How would this conflict with the conciliar texts ? Of course, there are also people who refuse the council ; but among the adepts of the previous rite who have remained in the communion of the Church they are a very small minority.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;If we add that there has always been a multiplicity of rites in the Church, and even in the Latin Church, all this leads us to admit as an evidence that alongside the bet which was the drafting of a new liturgy, there is room for those who feel a clear preference for the other one (or are bearers of a conviction in its favour). The arguments aiming at justifying an elimination of the previous liturgy and invoking either a liturgical rule laid down by the Council, or an upheaval of the Church which would be required by it, or even the need for unity, are therefore without foundation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;In reality, however, one feels another idea pointing behind such affirmations : that the Council is to be seen not as a stage in the life of the Church, aiming, as was explained at the time, to speak to the world of today and to converse with it in a more appropriate language ; but as a profound break, a radical reform of uses and conceptions that were not only obsolete, but false, swept away by the progress of thought or faith, and the evolution of the world. This is what Benedict XVI called, to reject it, a hermeneutics of rupture. Rarely made explicit as such, at least at a certain level, this conception underlies the reasoning of many people &#8211; and of theologians or prelates. From this perspective, of course, what is new replaces and cancels what was before, as in any parliament. But the supporters of this position do not understand that by doing so they are ruining the whole logic of the Catholic Church, which they nonetheless profess to respect. Because the authority of the magisterium presupposes the consistency of this magisterium over time, based on the permanence of faith, and therefore the absence of rejection of what has been validated at a time ; and it includes the acceptance of a plurality of charisms. Otherwise, this becomes a sect, where the weight of authority is supposed to be absolute.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Vatican II et les tradis : r&#233;ponse &#224; certaines id&#233;es fausses</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Vatican-II-et-les-tradis-reponse-a-certaines-idees-fausses.html</link>
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		<dc:date>2022-07-14T15:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rite extraordinaire</dc:subject>
		<dc:subject>Vatican II</dc:subject>
		<dc:subject>Traditionnaliste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'anniversaire du motu proprio &lt;i&gt;Traditionis custodes&lt;/i&gt; remet la question sur le tapis : &#234;tre attach&#233; au rite tridentin, ou extraordinaire, signifie-t-il qu'on refuse Vatican II et qu'on se met par l&#224; en dehors de la communion de l'Eglise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains le pensent, notamment &#224; la suite de d&#233;clarations du pape Fran&#231;ois. Et donc ils approuvent la tentative en cours d'&#233;limination de ce rite, au double nom de l'unit&#233; et du Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une telle analyse, sans base dans l'histoire ou dans la foi, serait en fait ruineuse pour le catholicisme - religion de la permanence de la foi &#224; travers son d&#233;veloppement, et non d'un flux de type l&#233;gislatif o&#249; chaque &#233;tape remplace et annule la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Question : &#234;tre attach&#233; au rite tridentin, ou extraordinaire, signifie-t-il qu'on refuse Vatican II et qu'on se met par l&#224; en dehors de la communion de l'Eglise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains le pensent, notamment &#224; la suite de d&#233;clarations du pape Fran&#231;ois. Le raisonnement est simple : Vatican II a d&#233;bouch&#233; sur le rite actuel dit ordinaire ; qui ne l'accepte pas n'accepte pas le Concile, et se met en dehors. Point &#224; la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rite dit tridentin a &#233;t&#233; le rite ordinaire de l'Eglise romaine (plus exactement de la curie et de la papaut&#233;) sans grand changement depuis environ 15 si&#232;cles. Avant Pie V il coexistait dans la chr&#233;tient&#233; latine avec de multiples rites apparent&#233;s ; la d&#233;cision de ce pape a &#233;t&#233; de le codifier (sans cr&#233;er un rite nouveau comme certains l'expliquent sans la moindre base), et d'&#233;liminer tous les rites qui &#233;taient alors anciens de moins de 200 ans. Par la suite, la Contrer&#233;forme a tendu &#224; g&#233;n&#233;raliser ce rite plus largement &#8211; m&#234;me si les usages locaux ont subsist&#233; dans bien des endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel rite pratiqu&#233; pendant une si longue p&#233;riode par l'Eglise, et au plus haut niveau, est par d&#233;finition parfaitement conforme &#224; la foi et apte &#224; exprimer l'objet du rituel concern&#233;, et notamment &#224; offrir le saint sacrifice de la messe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le Concile Vatican II ne s'est nulle part donn&#233; pour but de transformer l'Eglise catholique, ni de lui faire franchir une &#233;tape radicalement nouvelle, ni de faire dispara&#238;tre des maux graves qui l'auraient affect&#233;e. On peut toujours pr&#233;tendre que c'e&#251;t &#233;t&#233; n&#233;cessaire ; mais on ne peut pas dire que c'est ce qu'a voulu faire le Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la liturgie, la Constitution conciliaire, &lt;i&gt;Sacrosanctum Concilium&lt;/i&gt;, demandait une r&#233;vision des livres alors en vigueur, ceux de saint Pie V, rite qui a d'ailleurs &#233;t&#233; celui de tout le Concile jusqu'&#224; la fin et sans objection. Il s'agissait de faciliter la participation des fid&#232;les, de simplifier certains points, d'utiliser ici ou l&#224; la langue locale et d'enrichir les lectures propos&#233;es. Elle a &#233;t&#233; approuv&#233;e par une tr&#232;s forte majorit&#233;, y compris de nombreux &#233;v&#234;ques conservateurs dont Mgr Lefebvre. Il s'agissait donc bien d'une r&#233;vision de la liturgie et non d'une r&#233;&#233;criture. Et si on en &#233;tait rest&#233; l&#224;, il n'y aurait pas eu de d&#233;bat sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, et dans le cadre du gigantesque happening qui s'est empar&#233; alors d'une partie de l'Eglise, invoquant un esprit du Concile qui n'a pas de base dans les textes de ce dernier, il a &#233;t&#233; proc&#233;d&#233; &#224; une refondation radicale de la liturgie latine. Bouleversement du calendrier, &#233;limination de fait du latin et du gr&#233;gorien, retournement des autels et de l'orientation, r&#233;&#233;criture de la majorit&#233; des oraisons, communion dans la main, flot massif de lectures nouvelles etc., les changements sont radicaux. Mais ils ne peuvent s'autoriser d'une demande expresse en ce sens du Concile. Ils sont l&#233;gitimes, puisque le pape Paul VI les a promulgu&#233;s, mais on ne peut pr&#233;tendre que tels qu'ils sont, ils sont ce qu'a demand&#233; le Concile. Ils en sont tout au plus une interpr&#233;tation particuli&#232;re, selon un processus de bouleversement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire liturgique de l'Eglise - comme Beno&#238;t XVI l'a rappel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire alors de celui qui reste attach&#233; &#224; la liturgie ant&#233;rieure ? Compte tenu de l'ampleur du bouleversement liturgique, l'esprit des deux rites est tr&#232;s diff&#233;rent. Et donc on peut parfaitement se reconnaitre dans ce rite ant&#233;rieur et avoir des difficult&#233;s &#224; trouver sa joie dans le nouveau, sans que cela implique un &#233;tat d'esprit rebelle. Cela traduit chez la plupart une diff&#233;rence de sensibilit&#233;. Chez certains cela peut impliquer en outre une nette pr&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;c&#233;dent rite, parce qu'il exprimerait mieux la conception catholique traditionnelle, toujours valable, sur le sens de la messe. Mais en quoi cela serait-il r&#233;pr&#233;hensible ? En quoi cela s'opposerait-il aux textes conciliaires ? Bien s&#251;r il y a aussi des gens qui refusent le concile ; mais parmi les adeptes du rite ant&#233;rieur rest&#233;s dans la communion de l'Eglise ils sont une tr&#232;s faible minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ajoute qu'il y a toujours eu multiplicit&#233; des rites dans l'Eglise, et m&#234;me dans l'Eglise latine, tout cela conduit comme une &#233;vidence &#224; admettre qu'&#224; c&#244;t&#233; de ce pari qu'a &#233;t&#233; la r&#233;daction d'une nouvelle liturgie, il y ait place pour ceux qui ressentent une nette pr&#233;f&#233;rence pour l'autre (ou sont porteurs d'une conviction en sa faveur). Les arguments visant &#224; justifier une &#233;limination de la liturgie ant&#233;rieure et consistant &#224; invoquer soit une r&#232;gle liturgique pos&#233;e par le Concile, soit un bouleversement de l'Eglise qui serait exig&#233; par ce dernier, soit encore le besoin de l'unit&#233;, sont donc sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; toutefois, on sent pointer derri&#232;re de telles affirmations une autre id&#233;e : que le Concile est &#224; voir non comme une &#233;tape dans la vie de l'Eglise, visant comme on l'a explicit&#233; &#224; l'&#233;poque &#224; parler au monde d'aujourd'hui et &#224; dialoguer avec lui dans une langage plus adapt&#233; ; mais comme une rupture profonde, une r&#233;forme radicale d'usages et de conceptions non pas seulement d&#233;su&#232;tes, mais fausses, balay&#233;es par les progr&#232;s de la pens&#233;e ou de la foi et l'&#233;volution du monde. C'est ce que Beno&#238;t XVI appelait, pour la rejeter, une herm&#233;neutique de la rupture. Rarement explicit&#233;e comme telle, du moins &#224; un certain niveau, cette conception est sous-jacente au raisonnement de beaucoup de gens &#8211; et de th&#233;ologiens ou de pr&#233;lats. Dans cette optique &#233;videmment, ce qui est nouveau remplace et annule ce qu'il y avait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les tenants de cette position ne comprennent pas que ce faisant ils ruinent toute la logique de l'Eglise catholique, dont ils se r&#233;clament pourtant. Car l'autorit&#233; que celle-ci reconna&#238;t au magist&#232;re suppose &#224; la fois la coh&#233;rence de ce magist&#232;re dans le temps, bas&#233;e sur la permanence de la foi, et donc l'absence de rejet de ce qui a &#233;t&#233; valid&#233; &#224; une &#233;poque, et l'acceptation d'une pluralit&#233; de charismes. Sinon on bascule dans la secte, o&#249; le poids de l'autorit&#233; est suppos&#233; absolu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>P&#233;dophilie : quelques r&#233;flexions &#224; partir du rapport Sauv&#233;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pedophilie-quelques-reflexions-a-partir-du-rapport-Sauve.html</link>
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		<dc:date>2021-10-06T14:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;forme de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>P&#233;dophilie et Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Rapport Sauv&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On a parl&#233; pour le rapport Sauv&#233; de choc brutal, et &#224; raison. Personnellement, j'ai &#233;t&#233; secou&#233; par plusieurs des &#233;l&#233;ments qu'il met en lumi&#232;re : l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne, et sa gravit&#233; en milieu catholique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela a conduit aussi &#224; une explosion de commentaires, souvent pertinents, mais &#224; mon sens parfois contestables voire erron&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; ces quelques r&#233;flexions &#224; chaud, &#224; enrichir ult&#233;rieurement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On a parl&#233; pour le rapport Sauv&#233; de choc brutal, et &#224; raison. &lt;br class='autobr' /&gt;
Personnellement, je pensais ne pas &#234;tre saisi &#224; ce point, car les faits sont &#233;tal&#233;s publiquement depuis longtemps ; mais j'ai &#233;t&#233; secou&#233; par plusieurs des &#233;l&#233;ments qu'il met en lumi&#232;re. Ainsi l'ampleur, et surtout la sp&#233;cificit&#233; du ph&#233;nom&#232;ne en milieu catholique. D'o&#249; ces quelques r&#233;flexions, en plus de ce qui a &#233;t&#233; dit ici ou l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le choc des donn&#233;es nouvelles, s'ajoutant &#224; ce qu'on savait&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le point nouveau le plus choquant est le calcul fait sur la base d'un sondage tr&#232;s large, qui met en &#233;vidence la surrepr&#233;sentation catholique sur cette p&#233;riode (sauf &#224; la fin), c'est-&#224;-dire le fait qu'il y a en proportion plus de victimes de p&#233;dophilie dans ce contexte que dans d'autres (&#233;cole, sports etc. - sauf en famille mais alors on a &#224; faire &#224; des personnes moyennes, ce qu'un &#233;ducateur ou un pr&#234;tre ne peut pas &#234;tre). Un autre point choquant qui est apparu est la surrepr&#233;sentation des gar&#231;ons parmi les victimes ; comme la commission le note, elle s'explique en grande partie par l'acc&#232;s alors bien plus facile des clercs aux gar&#231;ons, mais pas enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes il faut relativiser certains termes utilis&#233;s comme &#8216;massif' ou &#8216;syst&#233;mique', du moins dans la mesure o&#249; ils laissent entendre que ces pratiques p&#233;dophiles &#233;taient g&#233;n&#233;ralis&#233;es ; or elles ne touchaient au pire moment &#8216;que' 1% des gens et 3 % des clercs ; ce qui est choquant certes mais pas &#8216;massif'. L'&#233;crasante majorit&#233; des fid&#232;les n'a eu aucun contact avec ce ph&#233;nom&#232;ne, et l'&#233;crasante majorit&#233; des clercs &#233;taient s&#251;rs, m&#234;me au pire moment. Cela dit, les faits restent, et ils sont r&#233;voltants. On peut contester aussi certaines estimations ou extrapolation, mais sauf preuve du contraire, cela ne fait pas dispara&#238;tre le choc. Ce &#224; quoi s'ajoute ce qu'on savait d&#233;j&#224;, mais qui est totalement anormal en milieu chr&#233;tien : l'absence ahurissante d'&#233;coute des victimes, l'attitude largement irresponsable de la hi&#233;rarchie, et l'horreur que suscite le d&#233;tournement d'une relation qui devrait &#234;tre spirituelle pour faciliter des pratiques immorales et destructrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point nouveau, historiquement important pour la recherche des causes, est l'examen des dates : on a une concentration des faits sur 1950-1970 ; une baisse ensuite et enfin une stabilisation depuis 1995. Cela prouve semble-t-il que l'influence du Concile Vatican II (et de ce qui a suivi) ainsi que de la r&#233;volution sexuelle de 1968 ne sont pas des explications pertinentes en l'esp&#232;ce, contrairement &#224; ce qu'on pouvait penser. Certes il y a eu alors d&#233;bandade de l'autorit&#233;, et explosion de m&#339;urs sexuelles nouvelles, mais apparemment cela n'a pas jou&#233; dans le cas de la p&#233;dophilie dans le clerg&#233;. Il y a m&#234;me eu une baisse appr&#233;ciable de celle-ci apr&#232;s 1970. Selon la commission, elle s'explique largement par l'effondrement de l'encadrement catholique de la jeunesse &#224; cette m&#234;me &#233;poque, en particulier la suppression des internats. De fait on ne voit pas d'autre facteur explicatif : il n'y a eu &#224; l'&#233;poque aucune forme de prise de conscience du ph&#233;nom&#232;ne ; on nous signale m&#234;me la disparition des quelques institutions curatives (des clercs concern&#233;s) mises en place dans la p&#233;riode ant&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le pourquoi.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Comment expliquer ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les principaux facteurs mis en avant pour expliquer ces d&#233;rives : une priorit&#233; absolue &#224; l'institution et &#224; sa protection, d'o&#249; l'&#233;touffement des affaires ; l'indiff&#233;rence aux victimes ; la survalorisation ou une v&#233;n&#233;ration excessive du pr&#234;tre ; un flou doctrinal sur la sexualit&#233; ; enfin le c&#233;libat et la masculinit&#233; du clerg&#233;. Prenons-les tour &#224; tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La priorit&#233; absolue &#224; l'institution et l'&#233;touffement des affaires paraissent av&#233;r&#233;s ; mais comme facteur explicatif ce n'est pas enti&#232;rement convaincant. En effet la protection de l'institution est parfaitement compatible avec des punitions (canoniques) et au minimum avec des mesures de limitation des d&#233;g&#226;ts (par mise hors d'&#233;tat de nuire des pr&#233;dateurs). Elle para&#238;t m&#234;me exiger ce genre d'intervention active, m&#234;me si c'est dans le secret. D'ailleurs la crainte m&#234;me du scandale suppose par d&#233;finition qu'on reconnaisse la possibilit&#233; de ce scandale, ce qui implique qu'il y a bien un probl&#232;me, au minimum source de risques pour l'institution. L'attitude rationnelle et responsable est alors d'agir sur la cause, et non pas de balader le pr&#234;tre coupable. Or il n'y a eu rien de tel, au moins dans la grande majorit&#233; des cas. En outre bien s&#251;r de tels actes constituent un p&#233;ch&#233; grave ; ajoutons que la soci&#233;t&#233; civile reconnaissait elle aussi &#224; l'occasion que c'&#233;tait bien d'ordre criminel, au moins dans la p&#233;riode ant&#233;rieure o&#249; cela a pu &#234;tre r&#233;prim&#233; par les tribunaux (par exemple dans le cas de ces fr&#232;res des &#233;coles envoy&#233;s au bagne &#224; la fin du XIXe, qui s'&#233;taient livr&#233;s &#224; ce genre de pratique en internat). Ce qui est mis en &#233;vidence ici est donc un grave probl&#232;me de commandement, m&#234;lant mollesse, solidarit&#233; corporative et compr&#233;hension erron&#233;e de la mis&#233;ricorde. Je suis en revanche plus sceptique sur l'explication avanc&#233;e par certains, selon laquelle le caract&#232;re sacr&#233; du pr&#234;tre impliquerait qu'on l'exempte plus ou moins de sanction : c'est nulle part dans la doctrine morale ; si certains ont pu le penser, c'&#233;tait sans doute pour couvrir un copinage coupable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me facteur est l'indiff&#233;rence aux victimes, entre l'&#233;coute faible ou plut&#244;t inexistante et la sous-estimation de l'impact de tels actes sur les enfants : l&#224; aussi cela para&#238;t av&#233;r&#233; ; c'est m&#234;me un trait majeur, qui nous choque particuli&#232;rement et &#224; raison. Certes, dans certains cas des victimes d&#233;clar&#233;es peuvent &#234;tre des affabulateurs, mais cela ne saurait en aucun cas excuser la tr&#232;s faible prise en compte, surtout en contexte chr&#233;tien : on est ici aux antipodes de la charit&#233;. Certes aussi, &#224; l'&#233;poque on ne donnait pas &#224; ces faits la m&#234;me importance qu'aujourd'hui, o&#249; le victimisme triomphe ; mais l&#224; encore cela n'excuse pas. Voil&#224; donc un second gros probl&#232;me, qui touche cette fois en m&#234;me temps la charit&#233; et la justice, et qui implique une modification profonde du regard et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces deux questions majeures, les autres points sont plus contestables, d'autant que s'y m&#234;le la pr&#233;occupation de certains de pousser leur agenda eccl&#233;sial. La plus s&#233;rieuse est l'id&#233;e d'une survalorisation ou v&#233;n&#233;ration excessive du pr&#234;tre : bien s&#251;r cela existe, mais si cela a pu pousser les familles &#224; ne pas d&#233;noncer un clerc, ou des enfants &#224; ne pas oser se r&#233;volter, cela n'explique pas non plus compl&#233;tement ces attitudes ; car si quelqu'un est vu comme un homme de Dieu, qu'il ait ce genre de pratique est encore plus choquant, et cela devrait pousser le fid&#232;le &#224; reconna&#238;tre le scandale et &#224; r&#233;agir. Le fait est cependant qu'il y a chez certains une difficult&#233; &#224; consid&#233;rer en m&#234;me temps le pr&#234;tre comme homme de Dieu et comme un homme p&#233;cheur. J'y reviendrai car cela suppose l&#224; aussi un changement du regard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passe en revanche plus rapidement sur le c&#233;libat et la masculinit&#233;, &#233;cart&#233;s comme facteurs explicatifs majeurs par la commission ou son pr&#233;sident. Le fait que les chiffres de cas de p&#233;dophilies dans l'Eglise sont, selon la commission, depuis 30 ans dans la moyenne de ce qu'on constate dans d'autres organismes para&#238;t confirmer cette analyse. Par ailleurs, un certain flou sur la vision de la sexualit&#233; se rencontre effectivement (on mettrait notamment sur le m&#234;me plan des faits de gravit&#233; tr&#232;s diff&#233;rente), mais outre qu'il n'a aucun fondement doctrinal r&#233;el, il ne rend pas compte des facteurs pr&#233;c&#233;dents, car les actes dont on parle ici restent &#233;videmment choquants.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Je n'&#233;voquerai pas ici les r&#233;formes sp&#233;cifiques (droit canon, organisation de la justice eccl&#233;siastique, m&#233;canismes d'&#233;coute des victimes, recrutement du clerg&#233;, rapport avec les autorit&#233;s la&#239;ques, etc., sans parler des questions d'indemnisation) pour lesquelles ma comp&#233;tence est plus limit&#233;e. Reste l'analyse de fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord un point. Il ne faut pas faire l'erreur commise r&#233;guli&#232;rement dans toute la p&#233;riode r&#233;cente : r&#233;duire la r&#233;forme n&#233;cessaire &#224; celles qu'on vient d'&#233;voquer, ou, pire, aller jusqu'&#224; la remise en cause des principes de base de la foi catholique. Celle-ci comporte de fa&#231;on essentielle un sacerdoce sacramentel, un r&#244;le particulier de pasteur jou&#233; par des &#233;v&#234;ques et des pr&#234;tres, par-l&#224; pourvus d'une autorit&#233; &#8211; et respect&#233;s comme tels. Si on n'y croit plus, on n'est plus dans l'Eglise catholique. Elle ne peut &#234;tre une masse &#233;galitaire en d&#233;bat permanent, fond&#233;e sur la sacralit&#233; suppos&#233;e de l'individu et de son ressenti ; c'est une communaut&#233; fond&#233;e sur le message &#233;vang&#233;lique et sur la compr&#233;hension qu'en transmet l'Eglise (&#171; tu es Pierre etc. &#187;) ; ce qui implique une forme d'institution. Cela ne veut pas dire qu'elle n'a pas besoin de r&#233;formes, tout au contraire. Mais ce ne peut &#234;tre seulement des r&#233;formes comme on les con&#231;oit dans la soci&#233;t&#233; civile (r&#244;le des la&#239;cs, des femmes etc.), des r&#233;formes en d&#233;finitive de structure et d'organisation. D'autant que cela doit rester coh&#233;rent avec les principes essentiels d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces r&#233;formes, l'action &#224; mener rel&#232;ve d'une tout autre niveau, celui de la r&#233;forme spirituelle, de la conversion, car ce qui fait l'Eglise est la foi, l'esp&#233;rance et la charit&#233;. Sur la base de ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; dans l'examen des causes, cela concerne notamment deux domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord la conversion de la hi&#233;rarchie, dans le sens non de son affaiblissement mais de la r&#233;forme de sa culture et de ses priorit&#233;s, en un mot de son autorit&#233; v&#233;ritablement exerc&#233;e et de sa responsabilit&#233; assum&#233;e, pour les sujets qui le m&#233;ritent comme c'est le cas ici. C'est ce que j'ai appel&#233; une nouvelle r&#233;forme gr&#233;gorienne (voir mon article de 2018 &#171; P&#233;dophile dans l'Eglise : la vraie r&#233;forme &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pedop...&lt;/a&gt;. Cela peut conduire &#224; remettre en question bien des pratiques &#233;piscopales, ou des titulaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite la conversion personnelle, la r&#233;forme du regard et de l'attitude de chacun de nous, et cela notamment envers deux populations. Les victimes bien s&#251;r, pour lesquelles la compassion et l'&#233;coute sont vitales, ce qui suppose de nous beaucoup d'humilit&#233; et de c&#339;ur - mais sans na&#239;vet&#233;, et bien s&#251;r sans livrer les accus&#233;s &#224; la vindicte publique. Le clerg&#233; ensuite ; car il faut int&#233;grer dans le regard port&#233; sur ses membres &#224; la fois le respect filial envers celui qui reste l'homme de Dieu (n'en d&#233;plaise &#224; certains), et la lucidit&#233; sur le fait qu'il s'agit aussi de p&#233;cheurs, &#233;ventuellement de p&#233;cheurs graves, qu'il faut savoir remettre en question lorsque cela s'av&#232;re indispensable, quoiqu'avec les pr&#233;cautions n&#233;cessaires. Notons d'ailleurs que cette remarque vaut d&#233;sormais aussi dans le domaines des id&#233;es et enseignements. On entend de nos jours trop d'opinions multiples, contestables voire h&#233;t&#233;rodoxes, venant du clerg&#233; y compris &#224; assez haut niveau, pour que l&#224; aussi la prudence ne soit de mise. L'appel &#224; l'ob&#233;issance, qu'on a vu se r&#233;p&#233;ter r&#233;cemment, trouve l&#224; dans les deux cas sa limite l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, se pose en sous-jacent la question du rapport au p&#233;ch&#233; et &#224; la mis&#233;ricorde. Depuis longtemps, avant le Concile mais plus encore apr&#232;s, le sens de la gravit&#233; du p&#233;ch&#233;, et notamment du mal fait &#224; autrui et du besoin de r&#233;parer, s'est bien trop estomp&#233;, dans une atmosph&#232;re de ti&#233;deur molle o&#249; tout le monde est gentil et sera sauv&#233;. Le monde r&#233;el est plus dur, et la mort sur la Croix nous rappelle la gravit&#233; des enjeux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corr&#233;lativement, au niveau de l'organisation humaine, la m&#234;me prise de conscience implique un devoir d'intervenir au besoin et disons-le clairement, le cas &#233;ch&#233;ant de punir. La mis&#233;ricorde suppose la justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; ***&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques compl&#233;mentaires (11 octobre)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Chiffres&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les chiffres sont contest&#233;s par certains. De fait, ce n'est pas un domaine o&#249; ils sont tr&#232;s fiables &#8211; sauf les chiffres des affaires trait&#233;es effectivement et des condamnations, mais ils sont bien plus bas que les autres. D'un c&#244;t&#233;, les simples d&#233;nonciations ne doivent pas &#234;tre confondues avec des certitudes ; en outre, ce qu'on qualifie d'atteinte peut varier, entre une caresse mal venue et un vrai viol. D'un autre c&#244;t&#233;, les chiffres les plus &#233;lev&#233;s du rapport, et les plus troublants, sont bas&#233;s sur un sondage qui a &#233;t&#233; ensuite extrapol&#233;, avec les limites de cette m&#233;thode. Cela dit, cela ne fait pas dispara&#238;tre le motif &#224; indignation, ni les observations ci-dessus. En effet les chiffres m&#234;me minima, m&#234;me relativis&#233;s, restent choquants. Et subsistent de m&#234;me les observations de fait sur le comportement de la hi&#233;rarchie : indiff&#233;rence aux victimes, pr&#234;tres coupables non sanctionn&#233;s et souvent laiss&#233;s en contact avec des enfants etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&#201;v&#234;ques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de mes conclusions principales porte sur la d&#233;faillance de la hi&#233;rarchie et sur ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. J'entends par l&#224; une r&#233;forme de structure et de discipline certes, mais aussi et surtout une r&#233;forme de la culture et des m&#233;thodes, voire de la vraie pi&#233;t&#233;. Contrairement &#224; une id&#233;e r&#233;pandue, il y a eu de la part des &#233;v&#234;ques non pas un exc&#232;s mais une insuffisante de l'autorit&#233;, et notamment une manque d'&#233;nergie, de d&#233;termination, et de responsabilit&#233;. Il est &#233;tonnant &#224; ce sujet, que les tr&#232;s nombreuses recommandations du rapport n'abordent pas ce sujet de la s&#233;lection des &#233;v&#234;ques, ni de leur culture collective (avec le syst&#232;me utile mais souvent paralysant des conf&#233;rences &#233;piscopales). Ne faudrait-il pas ajouter des recommandations sur leur recrutement d'une part, leur formation d'autre part (au commandement et &#224; la communication en particulier) ? Chasser les p&#233;dophiles et autres d&#233;rapages, plut&#244;t que de r&#233;server ses foudres aux seul tradis qui n'emb&#234;tent personne, comme c'est souvent le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Parti-pris ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a soulign&#233; ici ou l&#224; la tendance du rapport &#224; s'aventurer dans des domaines o&#249; il n'&#233;tait pas comp&#233;tent, et notamment purement religieux (confession, sens de la hi&#233;rarchie religieuse, morale sexuelle etc.), d'autant qu'il y manifeste un biais &#233;vident dans un sens orient&#233; par les id&#233;es profanes ou par la gauche catholique dissidente. Cela me para&#238;t r&#233;el. Mais &#224; nouveau, cela ne met pas en cause l'aspect factuel. En outre, la plupart des recommandations portent sur l'organisation et ne sont pas contestables dans leur nature (m&#234;me si on peut discuter cas par cas leur pertinence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rapport au pr&#234;tre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je souligne dans ce texte le besoin d'un regard combinant le maintien d'un regard d&#233;f&#233;rent et respectueux envers l'homme de Dieu, et la conscience qu'il reste un homme p&#233;cheur, qui peut avoir &#224; &#234;tre remis en cause en cas de d&#233;rive. Le regard r&#233;trospectif peut ici tromper. La tendance actuelle n'est plus &#224; un respect excessif mais trop souvent &#224; l'inverse, &#224; la banalisation. Mais si le pr&#234;tre est banalis&#233;, on n'a plus de r&#244;le pour lui, et plus de vocations. Notons qu'en sens inverse la d&#233;f&#233;rence ancienne envers le pape s'est encore renforc&#233;e, de fa&#231;on parfois excessive (quel que soit celui-ci).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Datation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;coupage en p&#233;riode (1950-1970, 1970-1990, 1990-2020) n'est pas optimal pour l'analyse, car il ne se relie pas &#224; l'histoire de l'Eglise. Il e&#251;t &#233;t&#233; plus logique de d&#233;couper en 4 : 1950-1965 (fin du Concile) ; 1965-1989 (&#233;lection de Jean-Paul II), 1989-2000 ou 2005 (tournant de la prise de conscience ou &#233;lection de Beno&#238;t XVI), et jusqu'&#224; nos jours. Plus encore, il serait tr&#232;s utile qu'on dispose d'un d&#233;coupage plus fin des chiffres, class&#233;s ann&#233;e par ann&#233;e. Reste que sauf surprise cela n'enl&#232;ve rien &#224; la relativisation de l'impact de 1968 ou m&#234;me du Concile, et au fait que la p&#233;dophilie faisait rage les ann&#233;es pr&#233;c&#233;dentes : il est en effet tr&#232;s peu probable qu'il y ait eu une explosion telle de la p&#233;dophile &#224; la fin des ann&#233;es 60 que cela explique les chiffres &#233;lev&#233;s de 1950-1970.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Opportunit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On souligne r&#233;guli&#232;rement les bienfaits de la transparence, notamment du point de vue des victimes, mais aussi pour conduire &#224; une vrai r&#233;forme. Ces bienfaits sont &#233;videmment r&#233;els et importants. Mais inversement cela ne doit pas conduire &#224; une exc&#232;s de na&#239;vet&#233; suicidaire ou masochiste. Beaucoup de commentaires soulignent que l'Eglise est la seule &#224; effectuer cet exercice, en l'occurrence gratin&#233;. Et donc m&#234;me si le rapport &#233;tait parfaitement indiscutable, et m&#234;me s'il a fait un effort pour situer le cas de l'Eglise dans le contexte du ph&#233;nom&#232;ne bien plus large de la p&#233;dophilie, il attire l'attention sur elle seule, conduisant le public &#224; identifier clerg&#233; catholique et p&#233;dophilie. De la m&#234;me mani&#232;re il souligne cette d&#233;faillance indiscutable de l'Eglise ; mais aucun rapport en regard ne souligne ses bienfaits (action caritative etc.). Le r&#233;sultat est indiscutablement une image gauchie et par l&#224; in&#233;quitable. Ce n'est pas un reproche qui s'adresse au rapport ; mais une question sur l'opportunit&#233; de la d&#233;marche sous cette forme. De fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale, si la transparence est plut&#244;t un bien, ce n'est pas toujours le cas ; la volont&#233; ancienne de discr&#233;tion n'est pas en soi mauvaise, m&#234;me si dans cette affaire elle a jou&#233; un r&#244;le tr&#232;s n&#233;gatif &#224; l'&#233;poque. Ceci dit, au point o&#249; nous en sommes, il faut faire avec et en tirer un bien.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une Eglise embourgeois&#233;e, ou un manque de foi ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-Eglise-embourgeoisee-ou-un-manque-de-foi.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Une-Eglise-embourgeoisee-ou-un-manque-de-foi.html</guid>
		<dc:date>2020-03-01T15:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pratique religieuse</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme se le demandait un dossier de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt;, l'Eglise catholique en France est-elle devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les milieux &#8216;bourgeois' ont plut&#244;t plus transmis la foi que les autres, notamment les conservateurs ; que les milieux populaires ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement ; et enfin que cette Eglise &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire. Faut-il s'arr&#234;ter &#224; ce constat sociologique, vrai, mais incomplet ? N'y a-t-il pas un probl&#232;me plus profond, un probl&#232;me de foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-.html" rel="directory"&gt;Eglise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Catholicisme-+.html" rel="tag"&gt;Catholicisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-de-l-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Crise de l'Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pratique-religieuse-+.html" rel="tag"&gt;Pratique religieuse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dechristianisation-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;christianisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-381-+.html" rel="tag"&gt;Eglise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un dossier r&#233;cent de La Nef a judicieusement pos&#233; la question : l'Eglise catholique, au moins en France, n'est-elle pas devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ? La r&#233;ponse unanime est : oui, sachant qu'une alternative se d&#233;veloppe, du fait de l'immigration chr&#233;tienne, et des Antillais. On souligne alors trois faits : 1. Les milieux dits &#8216;bourgeois' ont sensiblement mieux transmis la foi que les autres, notamment dans le milieu dit &#8216;observant', c'est-&#224;-dire conservateur. 2. Les milieux populaires de souche ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement. 3. L'Eglise qui reste, donc &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire, et para&#238;t sociologiquement peu propre &#224; accueillir les personnes issues de milieux populaires. Ce constat est vrai, mais incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan sociologique, je ferai d&#233;j&#224; trois remarques. 1. Le fait que les &#8216;bourgeois' transmettent mieux est plut&#244;t &#224; leur honneur ; c'est un indice synth&#233;tique d'une capacit&#233; &#224; ne pas &#234;tre domin&#233; par les courants ambiants et &#224; chercher &#224; transmettre ce que l'on juge &#234;tre vrai et bon. 2. L'effondrement relatif de la pratique et de la foi dans les milieux populaires ne r&#233;sulte pas de sa permanence dans les milieux bourgeois, et doit &#234;tre expliqu&#233; par lui-m&#234;me. Dans mon dioc&#232;se de d&#233;part, celui de Viviers ou Ard&#232;che, la pratique &#233;tait massive jusqu'aux ann&#233;es 50 et s'est effondr&#233;e depuis : d&#233;sormais pratiquement personne de moins de 60 ans ne va &#224; la messe. Or la pr&#233;sence &#8216;bourgeoise' est n&#233;gligeable ; en outre, ces gens qui ont 60 &#224; 80 ans aujourd'hui en avaient 30 &#224; 50 il y a trente ans : qu'ont-ils transmis ? 3. L'explication par la seule disparition de la paysannerie avec les ann&#233;es 60 ne suffit pas. C'est &#233;videmment un point majeur. Mais d'un c&#244;t&#233;, il reste une certaine paysannerie ; or elle est d&#233;christianis&#233;e (m&#234;me observation ard&#233;choise). D'un autre c&#244;t&#233;, les milieux urbains ant&#233;rieurement chr&#233;tiens, hors minorit&#233; d'observants, ont eux aussi d&#233;croch&#233;. Il faut donc chercher ailleurs que dans une forme de sociologie m&#233;caniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose une piste d'&#233;clairage. Elle se fonde sur les remarquables travaux de Guillaume Cuchet (Comment notre monde a cess&#233; d'&#234;tre chr&#233;tien Seuil 2018), dont l'enqu&#234;te rigoureuse et impartiale montre l'effet d&#233;cisif qu'a eu la r&#233;volution des ann&#233;es 60 au sein du catholicisme, suite &#224; Vatican II plus ou moins bien assimil&#233;. La rupture brutale de tout un ensemble d'usages et d'exigences (pr&#233;sence &#224; la messe, confession etc.) a eu un effet direct, mais surtout s'est combin&#233;e avec la modification radicale de la conception m&#234;me de la religion et de ses exigences. A un monde tourn&#233; vers les fins derni&#232;res, et donc &#224; l'incertitude sur le salut, qui impliquait un effort constant sur soi-m&#234;me et une pratique suivie, a succ&#233;d&#233; une monde ir&#233;nique o&#249;, pour caricaturer, tout le monde est sauv&#233;, et o&#249; toutes les religions et tous les comportements bien intentionn&#233;s se valent. Dans ce nouveau contexte, le besoin de pratiquer dispara&#238;t, sauf go&#251;t personnel ou id&#233;al. Le tout &#233;videmment puissamment acc&#233;l&#233;r&#233; par la r&#233;volution des m&#339;urs symbolis&#233;e par mai 68, ainsi que par les initiatives intellectualistes et mal con&#231;ues du clerg&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux ph&#233;nom&#232;nes. Le premier est l'implosion des vocations et plus encore de la mission. Des esprits superficiels veulent expliquer le catholicisme ant&#233;rieur par la sociologie et notamment la pression du milieu rural pratiquant, ainsi que la perspective de promotion sociale que le clerg&#233; offrait avant 1905. Cela a exist&#233; ; mais cela ne rend compte ni du syst&#232;me de valeur qui animait ces milieux, et pour qui le salut &#233;tait une vrai question ; ni de l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne de foi. Quand les 2/3 des missionnaires catholiques vers 1870 &#233;taient fran&#231;ais, ce n'est pas par pression sociale car ils pouvaient rester dans leur dioc&#232;se, mais la foi y &#233;tait d'&#233;vidence un facteur majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne est la bien meilleure r&#233;sistance de ces milieux dit &#8216;bourgeois', qui, plus que &#8216;bourgeois', sont en fait &#224; la fois plus &#233;duqu&#233;s et surtout ont une tradition de transmission culturelle et &#233;ducative forte. Comme l'a not&#233; un autre sociologue, Y. Raison du Cleuziou, ce fut un choix de ces milieux, du moins des plus conservateurs, de r&#233;sister aux tendances ambiantes y compris dans l'Eglise, et de maintenir tout ou partie des r&#233;f&#233;rences ant&#233;rieures. En revanche, dans les milieux populaires ou les classes moyennes, la pression sociologique ambiante a &#233;t&#233; dans l'ensemble pr&#233;pond&#233;rante. Mais naturellement, cela ne qualifie pas ces milieux &#233;duqu&#233;s pour un r&#244;le missionnaire aupr&#232;s de leurs compatriotes ; non seulement parce qu'ils n'ont pas particuli&#232;rement ce talent et n'en avaient pas la tradition (hors missions lointaines), mais aussi parce qu'ils ne pouvaient s'abstraire de la nouvelle donne religieuse. Prenons l'exemple des musulmans : le message actuel de fait de l'Eglise de France, sauf exceptions, dans tous les milieux, est qu'on ne doit pas chercher &#224; les convertir, sauf demande expresse de leur part. Mais dans ce cas, on ne voit pas de raison &#224; convertir qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'analyse sociologue, passionnante et indispensable, ne nous donne pas la r&#233;ponse finale. Incriminer l'entre-soi des chr&#233;tiens r&#233;siduels dans les beaux quartiers repose sur une r&#233;alit&#233;, mais si on en reste l&#224;, on n'ira pas loin. Le besoin primordial est de reconna&#238;tre l'implosion spirituelle, la perte des rep&#232;res essentiels. Bien s&#251;r, la foi reste ardente chez bien des gens, y compris de milieu populaire, notamment les Antillais et Africains ; mais bien trop peu. En outre et surtout, c'est sans que le but ultime soit suffisamment mis &#224; l'honneur. &#171; A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie &#233;ternelle ? &#187; (Jn 6-68). Ce qui fait le christianisme c'est la R&#233;surrection, que le Christ nous offre, la vie &#233;ternelle, si nous savons nous convertir. Convertir : voil&#224; le ma&#238;tre mot. Sans notre conversion, personne ne se convertira. Pourquoi les &#233;vang&#233;liques marchent mieux, avec un patrimoine intellectuel et spirituel bien plus pauvre ? Parce qu'ils y croient, intens&#233;ment, et que d&#232;s lors ils accueillent les autres pour partager cette foi. Emprunter leurs m&#233;thodes ne m&#232;nera &#224; rien sans cette transformation int&#233;rieure et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique F&#233;vrier 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>P&#233;dophilie dans l'Eglise : la vraie r&#233;forme </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html</link>
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		<dc:date>2018-08-24T13:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>P&#233;dophilie et Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'acte d'accusation du grand jury de Pennsylvanie a relanc&#233; la question de la longue p&#233;riode d'infection d'une partie du clerg&#233; catholique par la p&#233;dophilie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une pol&#233;mique enflamm&#233;e, &#233;motionnelle et pas toujours bien ordonn&#233;e. Que peut-on en dire ?&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'acte d'accusation du grand jury de Pennsylvanie a relanc&#233; la question de la longue p&#233;riode d'infection d'une partie du clerg&#233; catholique par la p&#233;dophilie (notamment dans le monde anglo-saxon mais pas seulement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut discuter &#233;videmment le sens d'un tel acte d'accusation unilat&#233;ral, concernant des cas ayant souvent plusieurs dizaines d'ann&#233;es, sans d&#233;bat contradictoire, et dont les accus&#233;s sont morts dans une proportion importante. Nul doute que cette mise en accusation de la seule Eglise catholique n'est pas totalement innocente. Livrer &#224; la p&#226;ture des voyeurs des centaines de noms qui en peuvent pas se d&#233;fendre n'est en outre pas une op&#233;ration tr&#232;s &#233;quitable ni tr&#232;s pure. Par ailleurs, et contrairement &#224; l'id&#233;e que certains veulent r&#233;pandre, tout para&#238;t montrer que les actes de p&#233;dophilie ne sont pas l'apanage de l'Eglise catholique, et m&#234;me que la proportion de p&#233;dophiles y est plus basse qu'ailleurs, contrairement &#224; l'impression donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est vrai, mais le catholique ne peut en rester l&#224;. Il ne peut pas se contenter de rester dans la moyenne. Il ne peut pas accepter l'id&#233;e &#233;pouvantable d'un pr&#234;tre catholique, inspirant le respect et l'a confiance due &#224; un homme de Dieu, profiter de cette autorit&#233; morale pour scandaliser un enfant. Ni celle d'un &#233;v&#234;que essentiellement pr&#233;occup&#233; de prot&#233;ger ses collaborateurs en fermant sa porte aux victimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'est donc pass&#233; quelque chose d'effrayant et d'intol&#233;rable. La question est : pourquoi et comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle du cl&#233;ricalisme. Le mot est vague mais il &#233;voque l'id&#233;e d'un Eglise hi&#233;rarchique centr&#233;e sur elle-m&#234;me et sur son pouvoir. Nul doute que le cl&#233;ricalisme ainsi compris soit une des composantes majeures de la d&#233;rive. Est-ce suffisant ? Non. D'abord ce cl&#233;ricalisme en soi ne d&#233;bouche pas sur la p&#233;dophilie, ;il faut quelque chose de plus, une d&#233;rive interne vers certaines pratiques que le cl&#233;ricalisme comme tel n'explique pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuit, une part essentielle du probl&#232;me, au-del&#224; de l'attitude des pr&#234;tres concern&#233;s, est dans celle de leurs sup&#233;rieurs, &#233;v&#234;ques notamment. Des gens qui eux-m&#234;mes ne n'avaient pas ces pratiques inf&#226;mes, mais qui ont pr&#233;f&#233;r&#233; laisser leurs subordonn&#233;s continuer, &#233;ventuellement par mutation dans une autre paroisse. Ou plus haut encore qui ont laiss&#233; un cardinal McCarrick faire une brillante carri&#232;re sans que personne ne s'oppose &#224; cette ascension, alors que beaucoup savaient (il est vrai que ceci met sur la table, plus que la p&#233;dophilie, la pratique d'une forme de harc&#232;lement homosexuel hi&#233;rarchique particuli&#232;rement pervers).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci de l'institution a donc bon dos. Il peut expliquer tout au plus qu'on cherche &#224; dissimuler, &#224; ne pas mettre la question sur la place publique. Un autre souci peut y aller dans le m&#234;me sens, celui de l'image des victimes. Mais cela n'explique ni encore moins justifie le fait de ne pas punir, ni de ne pas mettre hors d'&#233;tat de nuire les d&#233;prav&#233;s. Car les laisser agir avec une impunit&#233; de fait est au contraire d&#233;vastateur pour l'institution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc eu une d&#233;rive grave, qui rel&#232;ve plus de la maffia et de la complicit&#233; que du souci de l'institution. Disons-les choses clairement : du point de vue m&#234;me de l'institution cette attitude &#233;tait inadmissible. Et a fortiori du point de vue des victimes, bless&#233;es par de suppos&#233;s disciples du Christ. En d'autres termes, plus directs : il y a eu une tr&#232;s grave d&#233;faillance du commandement. Un gigantesque d&#233;rapage.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons les faits. On &#233;tait dans un contexte o&#249; l'id&#233;e de p&#233;ch&#233; &#233;tait mise sous le boisseau, o&#249; (ann&#233;es 60 et 70) la priorit&#233; absolue &#233;tait de rencontrer le monde (qui au m&#234;me moment partait en sens inverse dans des m&#339;urs aberrantes) en &#233;vitant tout ce qui ressemblait &#224; la culpabilit&#233;, au p&#233;ch&#233;, &#224; la discipline. Il s'est alors produit d'un c&#244;t&#233; dans une partie du clerg&#233; une pratique tranquillement d&#233;viante, et de l'autre c&#244;t&#233; dans la hi&#233;rarchie l'id&#233;e que la mis&#233;ricorde primait sur tout le reste. Plus de droit p&#233;nal eccl&#233;siastique, plus de directeur de conscience pour les pr&#234;tres, plus de punitions. Et un r&#233;examen de la sexualit&#233;, vue comme une pulsion comme une autre, quelles qu'en soient les manifestations. Rappelons aussi que dans le monde qu'on souhaitait avec ardeur rejoindre, la p&#233;dophile avait d&#233;sormais droit de cit&#233; (&#224; commencer par Le Monde et M. Cohn-Bendit). Le tout en oubliant que le p&#233;ch&#233;, c'est le mal, le mal fait &#224; quelqu'un, en l'occurrence des enfants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On va dire qu'avant tout cela, avant 1960, il y avait d&#233;j&#224; des d&#233;rives. Il faudrait &#233;videmment d'abord prouver qu'elles &#233;taient significatives, et &#224; ma connaissance ces preuves n'ont pas &#233;t&#233; apport&#233;es. Mais au minimum il y avait l'id&#233;e de normes et de discipline, et une autorit&#233;. Donc une reconnaissance de responsabilit&#233;. Et l'id&#233;e que le p&#233;ch&#233; existe, et qu'il conduit &#224; des actes affreux. Trop souvent cela n'a plus &#233;t&#233; le cas dans un certain clerg&#233; soixante-huitard. On commence bisounours, et on finit par se croire tout permis. D'autres ont profit&#233; au contraire de l'id&#233;e de charisme pour jouer au petit gourou, progressiste ou conservateur d'ailleurs. Avec les m&#234;mes effets. Ou ont simplement abus&#233; de l'ambiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;O&#249; en sommes-nous maintenant ? L'enqu&#234;te de Pennsylvanie, et les autres donn&#233;es disponibles, paraissent montrer que la reprise en main, dans laquelle le r&#244;le de Beno&#238;t XVI a &#233;t&#233; essentiel, a donn&#233; des r&#233;sultats : le nombres de cas s'est effondr&#233;. C'est bien. Est-ce assez ? Pas s&#251;r. Car on n'a pas fait l'examen de conscience que la situation demandait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de ce que font les commentateurs qui ressortent de leurs cartons leurs recommandations permanentes, mariage des pr&#234;tres, pr&#233;sence des femmes etc. Comme si le gros des actes p&#233;dophiles en g&#233;n&#233;ral n'&#233;tait pas dans les familles, chez des gens mari&#233;s ou en couple, entour&#233;s de femmes qui n'y peuvent mais. Ni de mener une chasse aux sorci&#232;res comme celle qui s'est d&#233;clench&#233;e contre Mgr Barbarin, dont le sort est entre les mains de la justice civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'examen de conscience adapt&#233;, c'est le retour sur l'&#233;limination du sens du p&#233;ch&#233;, et cons&#233;quemment sur la n&#233;cessit&#233; d'une action contre ses effets inadmissibles lorsque, pratiqu&#233; par le clerg&#233;, il blesse les fid&#232;les. Cette action n'incombe pas en priorit&#233; aux fid&#232;les. Certes, il faut qu'ils r&#233;agissent lorsque des pratiques inadmissibles se d&#233;roulent sous leurs yeux. Mais les premiers acteurs ne sont pas les fid&#232;les ordinaires : ce sont les &#233;v&#234;ques. C'est &#224; eux qu'il incombe de corriger les erreurs et d'&#233;radiquer les pratiques de l&#226;chet&#233; et de complicit&#233;. D'abord par un ressourcement spirituel. Ensuite par la restauration d'une discipline int&#233;rieure et ext&#233;rieure. Et bien s&#251;r en prenant les mesures qui s'imposent, au-del&#224; de la &#8216;correction fraternelle' : sanctions canoniques et justice p&#233;nale la&#239;que - s'agissant de faits criminels. En bref nous avons besoin d'un Gr&#233;goire VII et d'une r&#233;forme gr&#233;gorienne.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Mai 68 et Vatican II : les deux r&#233;volutions</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Mai-68-et-Vatican-II-les-deux-revolutions.html</link>
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		<dc:date>2018-06-29T13:37:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Vatican II</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment le Concile a ouvert les bras au monde au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci partait dans la direction oppos&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article par dans Aleteia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Comment le Concile a ouvert les bras au monde au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci partait dans la direction oppos&#233;e.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on rapprocher Vatican II et mai 68 ? Entre les foules de jeunes en r&#233;volte et les v&#233;n&#233;rables &#233;v&#234;ques assembl&#233;s dans Saint-Pierre la diff&#233;rence para&#238;t &#233;norme. Pourtant ils ont quelque chose en commun, et au minimum un r&#244;le central dans les bouleversements des ann&#233;es soixante.&lt;br class='autobr' /&gt;
Concile, quel concile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Concile avait pour t&#226;che ce que Jean XXIII appelait l'aggiornamento : ne pas changer le d&#233;p&#244;t de la foi mais le dire autrement et dialoguer avec le monde d'aujourd'hui. Le r&#233;sultat est-il en rapport ? Certains insistent sur la mutation, d'autres sur la continuit&#233;. Mais le bouleversement est incontestable. Beno&#238;t XVI avait distingu&#233; le Concile des textes (en th&#233;orie le seul vrai) et le Concile des m&#233;dias. Le mouvement massif de remise en cause qui a alors saisi l'&#201;glise serait alors en grande partie le fruit de cette interpr&#233;tation appel&#233;e concile des m&#233;dias, qui ne s'appuie que partiellement sur les textes conciliaires. &lt;br class='autobr' /&gt;
Mais la r&#233;alit&#233; est plus complexe. Car m&#234;me dans les textes les changements sont importants. Le langage utilis&#233; est tr&#232;s nouveau ; les anath&#232;mes (listes de propositions condamn&#233;es comme fausses) sont supprim&#233;s ; on donne la priorit&#233; absolue au pastoral, etc. Ce qui fait qu'en restant en principe coh&#233;rent on envoie en r&#233;alit&#233; un message assez diff&#233;rent. Par exemple, dans le texte sur les autres religions, Nostra Aetate, on ne parle que de ce que ces religions ont de bon. On peut donc dire qu'on ne change rien. Mais en fait on change l'attitude : au lieu de voir d'abord ces religions comme fausses, on s'attache aux &#233;l&#233;ments communs. Ce qui permettra ensuite &#224; certains de dire qu'elles ont une valeur comme telles. Ce que ne dit pas le texte. Mais son flou sur le sujet a permis le glissement. On voit alors poindre une des affinit&#233;s possibles avec mai 68. &#171; Il est interdit d'interdire &#187; disait ce dernier : en un sens, c'est un peu ce qu'a fait le Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas le seul point commun. Sous un autre angle, les effets de mai 68 sont faibles doctrinalement, mais consid&#233;rables dans la pratique et les m&#339;urs ; or c'est aussi ce qui se passe avec le Concile (au moins celui des m&#233;dias). Prenons la liturgie : des changements aussi embl&#233;matiques que l'orientation du culte ou la communion dans la main ne r&#233;sultent pas de textes conciliaires, mais de la pratique, ent&#233;rin&#233;e par les autorit&#233;s. On peut enfin noter aussi, en commun, cet optimisme utopique caract&#233;ristique de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des diff&#233;rences sensibles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En revanche, en termes de r&#233;sultats concrets les r&#233;sultats sont inverses. &#201;videmment si on voit mai 68 (et tous les &#233;v&#233;nements apparent&#233;s, partout dans le monde d&#233;velopp&#233;) comme une r&#233;volution, c'est un &#233;chec. Mais en r&#233;alit&#233; ce n'&#233;tait pas d'abord une r&#233;volution politique. L'effet principal, massif, en a &#233;t&#233; de bouleverser les m&#339;urs, &#224; commencer par les relations sexuelles, et de refuser toute autorit&#233; et tradition ; avec pour produit involontaire final l'exaltation de la consommation et de l'argent. En tout cas son impact en a &#233;t&#233; immense ; les effets s'en sont fait sentir jusqu'&#224; nos jours, impr&#233;gnant toute la soci&#233;t&#233; bien au-del&#224; de son point de d&#233;part. De son c&#244;t&#233; le Concile n'avait pas l'intention de changer les traits essentiels de la foi catholique. Et s'il a pr&#233;sid&#233; lui aussi &#224; un bouleversement sans pr&#233;c&#233;dent, on a constat&#233; en m&#234;me temps un effondrement quantitatif. L'impr&#233;gnation de la soci&#233;t&#233; par la foi chr&#233;tienne, qui restait tr&#232;s forte, est devenue au fil du temps minime. Sur ce plan donc la ressemblance a ses limites. Dans un cas on a vu une mutation majeure (pas enti&#232;rement voulue) et un effet puissant ; dans l'autre, l'effet socialement visible (je ne parle pas de l'int&#233;riorit&#233; spirituelle) a &#233;t&#233; l'effondrement quantitatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble qu'on puisse trouver la raison de ce contraste dans les positions oppos&#233;es des deux &#233;v&#233;nements par rapport &#224; leurs traditions respectives ainsi qu'&#224; l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; (&#233;mancipation, rejet des normes, individualisme, relativisme), qui refl&#233;tait une tendance lourde d&#233;j&#224; pr&#233;sente, lib&#233;rale et r&#233;volutionnaire. Mai 68 allait tout &#224; fait dans le sens de cette &#233;volution. Mais l'&#201;glise &#233;tait dans la position inverse. Dans la phase ant&#233;rieure elle s'&#233;tait oppos&#233;e vigoureusement &#224; la modernit&#233; ; et cela avait donn&#233; certains r&#233;sultats m&#234;me si elle connaissait une lente attrition, car elle r&#233;sistait assez bien. Cela dit, de fa&#231;on souterraine, une partie du clerg&#233; et des fid&#232;les &#233;taient plus ouverts aux &#171; valeurs &#187; de l'&#233;poque et esp&#233;raient des retrouvailles avec le monde moderne ; s'ajoutant au besoin permanent de ressourcement spirituel et au renouvellement n&#233;cessaire, cela a conduit au Concile. On esp&#233;rait m&#234;me, assez na&#239;vement, que cela pourrait d&#233;boucher sur une rechristianisation. D'o&#249; l'optimisme, et des initiatives plus ou moins d&#233;brid&#233;es. Des traits d'&#233;poque caract&#233;ristiques, mais inattendus dans une institution o&#249; la tradition et l'autorit&#233; jouaient un r&#244;le central. Mais cela a &#233;t&#233; per&#231;u comme un v&#233;ritable t&#234;te-&#224;-queue par rapport aux attitudes pr&#233;c&#233;dentes, d'o&#249; une grande confusion.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Des fruits assez diff&#233;rents&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; le r&#233;sultat. Dans un livre r&#233;cent, Guillaume Cuchet a admirablement analys&#233; l'effondrement de l'&#201;glise catholique en France, commen&#231;ant dans les ann&#233;es 1960 et poursuivie ensuite. On dit que la baisse &#233;tait s&#233;culaire et continue depuis bien longtemps : c'est inexact. Elle a &#233;t&#233; brutale, et pas vraiment pr&#233;par&#233;e par des signes avant-coureurs. On le voit au fait que la conviction commune au d&#233;but des ann&#233;es soixante &#233;tait &#224; la stabilisation de la pratique (sous r&#233;serve d'une lente &#233;rosion s&#233;culaire et de l'exode rural) ; d'o&#249; l'optimisme de l'&#201;glise du temps, qui explique en un sens le Concile et son ton na&#239;vement confiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme Guillaume Cuchet le montre, la baisse soudaine de la pratique date de 1965 et pas de 1968 comme beaucoup le croient. Il y a &#233;videmment l&#224; &#224; l'&#339;uvre des mouvements sociologiques majeurs. Mais souligne-t-il, la datation pr&#233;cise du d&#233;crochage et sa brutalit&#233; mettent en &#233;vidence le choc du Concile et de sa mise en &#339;uvre. La pratique religieuse, obligatoire avant sous peine de p&#233;ch&#233; mortel, l'a &#233;t&#233; d'un coup beaucoup moins. Dieu n'&#233;tait plus (aussi) un juge mais pur amour, incapable de condamner qui que ce soit. Les fins derni&#232;res ont disparu de la pastorale. Certes, ce n'est pas le Concile qui a relativis&#233; la pratique (notamment le r&#244;le de la confession) ou l'id&#233;e de l'enfer. Mais outre qu'il n'insistait pas dessus, il a dans la perception commune relativis&#233; l'id&#233;e que le Salut s'obtenait normalement par l'&#201;glise et ses pratiques. Et de son c&#244;t&#233; le clerg&#233; a progressivement d&#233;mont&#233; l'ancien syst&#232;me de normes, de pratique et de dogmes, ainsi que la religiosit&#233; populaire, tout en bouleversant la liturgie. Pour Guillaume Cuchet tout se passe donc comme si Vatican II avait entra&#238;n&#233; la r&#233;volution qu'il voulait &#233;viter. M&#234;me si pour lui la crise se serait produite de toute fa&#231;on, quoique plus tard et autrement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Tout ne pouvait continuer comme avant&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On ne sait &#233;videmment pas ce qui se serait pass&#233; s'il n'y avait pas eu ce Concile, d&#233;cision personnelle de Jean XXIII. Ou avec un Concile diff&#233;rent. Avec le recul toutefois, on reste &#233;tonn&#233; de l'improvisation et surtout de la na&#239;vet&#233; du processus. La lecture des signes des temps si pris&#233;e alors s'est av&#233;r&#233;e assez d&#233;fectueuse : le Concile a ouvert les bras au monde au moment pr&#233;cis o&#249; celui-ci partait dans la direction oppos&#233;e. On a voulu alors oublier l'id&#233;e ch&#232;re &#224; l'&#201;glise pr&#233;conciliaire que la modernit&#233; contenait des ferments incompatibles avec le message chr&#233;tien. Or non seulement ces ferments &#233;taient bien l&#224;, mais ils se sont nettement aggrav&#233;s avec le passage &#224; la postmodernit&#233; relativiste et libertaire apr&#232;s 1968. Pour ne prendre qu'un domaine, rien ne montre que le Concile ait eu la moindre anticipation de l'avortement de masse, des m&#339;urs dites libres, de la pornographie, de l'effondrement du mariage etc., qui allaient d&#233;ferler sur nos soci&#233;t&#233;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
Cela ne vaut pas dire que tout pouvait continuer comme avant, tant s'en faut : notamment, il fallait chercher &#224; parler aux hommes de notre temps, et reconna&#238;tre ce qu'il y a de bon dans le monde moderne. Plus encore, une r&#233;forme spirituelle s'imposait. Mais il est &#233;tonnant qu'on ait &#224; ce point sous-estim&#233; les tendances profondes de l'&#233;poque et ses ferments destructeurs. Et encore plus &#233;tonnant est le fait que cinquante ans apr&#232;s, l'&#201;glise ne soit pas en &#233;tat de prendre lucidement la mesure de ce qui lui est arriv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans Aleteia le 27 juin 2018&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2018/06/27/mai-68-et-vatican-ii-les-deux-revolutions/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2018/06/27/m...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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