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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Investir pour le bien commun Premi&#232;re partie : l'investissement &#233;thique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Investir-pour-le-bien-commun-Premiere-partie-l-investissement-ethique.html</link>
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		<dc:date>2022-06-01T12:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Actionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'investissement &#233;thique, et de fait il se d&#233;veloppe de plus en plus. L'id&#233;e sous-jacente est celle de la responsabilit&#233; que comporte toute propri&#233;t&#233;, appliqu&#233;e au cas particulier de l'investissement financier au sens large. Ce bon usage, int&#233;grant un souci du bien commun, peut devenir un enjeu majeur. Et notamment du fait que chaque investissement r&#233;alis&#233; avec un tel souci envoie un message aux entreprises, &#224; travers le march&#233;. D'o&#249; le lien entre cette question et ce qu'on appelle responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ou RSE, comprise au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier article on &#233;voquera la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;servant pour un deuxi&#232;me article la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s (environnement, social etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Actionnaires-+.html" rel="tag"&gt;Actionnaires&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup de l'investissement &#233;thique, et de fait il se d&#233;veloppe de plus en plus. L'id&#233;e sous-jacente est celle de la responsabilit&#233; que comporte toute propri&#233;t&#233;, appliqu&#233;e au cas particulier de l'investissement financier au sens large. Ce bon usage, int&#233;grant un souci du bien commun, peut devenir un enjeu majeur. Et notamment du fait que chaque investissement r&#233;alis&#233; avec un tel souci envoie un message aux entreprises, &#224; travers le march&#233;. D'o&#249; le lien entre cette question et ce qu'on appelle responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ou RSE, comprise au sens large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce premier article on &#233;voquera la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;servant pour un deuxi&#232;me article la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s (environnement, social etc.)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Ajout du 2 mai 2024. Vient de para&#238;tre chez Boleine &lt;/i&gt; Pierre de Lauzun : Epargner en vue du bien commun : l'investissement &#233;thique. &lt;i&gt;Voir aussi &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Epargner-en-vue-du-bien-commun-L-investissement-ethique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Eparg...&lt;/a&gt;&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment investir ? Actions et obligations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A la base de cet examen se pose la question centrale pour tout d&#233;tenteur d'argent : comment l'investir et par l&#224; orienter l'&#233;conomie ? Rappelons d'abord qu'avant toute r&#233;flexion sur le choix des entreprises ou projets dans lesquels on investit, il y a la question des instruments financiers eux-m&#234;mes. Naturellement, ils vont d&#233;pendre des horizons de placement : sur un horizon court, on se place n&#233;cessairement sur des produits de taux, eux-m&#234;mes relativement courts (Sicav ou fonds de court terme ou peu sensibles, comptes bancaires). Sur un horizon plus long, et a fortiori tr&#232;s long, lequel doit &#234;tre privil&#233;gi&#233;, le choix peut se porter sur des produits de taux (Sicav obligataires ou obligations notamment), sur de l'immobilier, ou sur des actions, ce qui va en principe du moins risqu&#233; au plus risqu&#233;. Sachant que comme on sait, en principe plus l'horizon est long, plus les produits dits risqu&#233;s rapportent (ce qui est logique), et donc en un sens deviennent moins risqu&#233;s. Toutes les donn&#233;es historiques montrent que le meilleur placement sur le tr&#232;s long terme, ce sont les actions, c'est-&#224;-dire les entreprises. Ajoutons enfin qu'entre les deux cat&#233;gories de titres, cot&#233;s et non-cot&#233;s, il n'y a &#233;videmment pas a priori de pr&#233;f&#233;rence morale ; sachant que le non-cot&#233;, peu ou pas liquide par d&#233;finition, peut par-l&#224; signifier une certaine solidarit&#233;, mais aussi un risque accru ; il peut aussi &#234;tre le moyen d'agir pour des causes plus particuli&#232;res qui ne sont pas repr&#233;sent&#233;es dans les titres cot&#233;s. Naturellement aussi, la strat&#233;gie d'investissement va d&#233;pendre de la position de chacun, de ses moyens, de ses connaissances et de ses besoins. Transformer toute la population en boursiers n'aurait &#233;videmment aucun sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;thique, il en est de m&#234;me. Sous r&#233;serve du point pr&#233;c&#233;dent, il faut reconna&#238;tre ce point essentiel mais peu familier pour beaucoup de gens, surtout en France : la priorit&#233; &#233;thique des actions sur les autres modes d'investissement, notamment sur les titres de dette. Non seulement parce qu'elles permettent d'agir plus directement sur les entreprises, puisque l'actionnaire est propri&#233;taire conjoint de cette entreprise et vote dans les assembl&#233;es g&#233;n&#233;rales sur ses grandes orientations et le choix de sa direction &#8211; et peut aussi avoir &#224; prendre position sur la cession de l'entreprise (OPA et autres). Mais c'est aussi parce que l'investissement en fonds propres (en actions) est dans sa logique profonde plus solidaire du sort des entreprises (s'il n'est pas d&#233;tourn&#233; comme objet de sp&#233;culation au mauvais sens du terme) : si elles prosp&#232;rent, il s'appr&#233;cie fortement ; si elle perd, il perd, voire dispara&#238;t. En outre, il faut rappeler que tous les grands drames financiers ont &#233;t&#233; d'une mani&#232;re ou d'une autre des crises de la dette. Sans parler des effets potentiellement destructeurs de la dette publique, qui finance pour l'essentiel des d&#233;penses courantes et s'accro&#238;t sans rel&#226;che depuis plus de 40 ans. Les risques importants li&#233;s &#224; l'endettement et l'effet de levier sont centraux dans nos syst&#232;mes financiers (comme je l'&#233;voque dans d'autres articles &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Dette-publique-que-faire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Dette...&lt;/a&gt; ; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-dette-la-monnaie-les-Etats.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;). La dette est utile si le risque est faible, si elle n'implique pas mise en danger de l'emprunteur, du pr&#234;teur, et de la soci&#233;t&#233; plus g&#233;n&#233;ralement. Elle peut en outre pr&#233;senter un autre risque, celui de report des d&#233;cisions sur les g&#233;n&#233;rations futures, sauf si elles financent un investissement productif permettant son remboursement. On soulignera ici la nocivit&#233; de la plupart des dettes publiques selon ce crit&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces consid&#233;rations il faut ajouter une cat&#233;gorie &#224; part d'investissements, ceux qu'on appelle solidaires, et qui recouvrent des r&#233;alit&#233;s assez variables. Pour simplifier, ce sont d'un c&#244;t&#233; des investissements r&#233;alis&#233;s dans des entreprises (ou des projets) solidaires, c'est-&#224;-dire ayant une politique, une gestion, une affectation des r&#233;sultats etc., qui comportent une dimension importante de solidarit&#233;. Et d'un autre c&#244;t&#233;, des investissements plus classiques (mais g&#233;r&#233;s de fa&#231;on &#233;thique), avec un m&#233;canisme d'affectation partielle du r&#233;sultat &#224; la solidarit&#233; : en g&#233;n&#233;ral, une partie des revenus est donn&#233;e &#224; une ou des &#339;uvres d&#233;finies &#224; l'avance. Ainsi le fonds Proclero. Les deux formules sont bonnes, mais diff&#233;rentes. Mais cela n'efface pas le besoin de pr&#233;occupation &#233;thique dans les investissements classiques, qui sont mon sujet ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Investissement et march&#233;s financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre consid&#233;ration vise l'intervention m&#234;me sur les march&#233;s financiers. Car l'investisseur, ou celui qui g&#232;re ses fonds, doit intervenir sur les march&#233;s. Au-del&#224; de la r&#233;gulation, ce qui importe est le jugement prudentiel et moral des op&#233;rateurs et des investisseurs ; leurs choix fa&#231;onnent la r&#233;alit&#233; des march&#233;s, dont les r&#233;sultats d&#233;pendent fortement des valeurs et fonctionnements collectifs. Comme on sait, le march&#233; financier joue un r&#244;le essentiel dans le placement et l'orientation de l'&#233;pargne, et donc comme lieu o&#249; s'&#233;changent des signaux, ce qui implique une forme de responsabilit&#233;. Tout ordre pass&#233; sur un march&#233; est en m&#234;me temps un signal, un message, qui oriente l'action des agents &#233;conomiques dans un sens ou un autre. Il est donc vital d'envoyer au march&#233; financier les meilleurs messages possibles pour une orientation optimale des ressources financi&#232;res. Et ici l'investisseur est directement impliqu&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;voquera pas ici en d&#233;tails ce qu'on pourrait appeler l'&#233;thique des march&#233;s - que j'ai aussi d&#233;velopp&#233;e par ailleurs (voir [-&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&lt;/a&gt; ), en soulignant le besoin &#233;vident d'une r&#233;vision profonde de leur fonctionnement y compris au niveau des acteurs (mais aussi dans la r&#233;glementation et la l&#233;gislation). Elle devrait inclure des principes comme la recherche par les participants du prix le plus juste, impliquant le refus de nourrir les bulles financi&#232;res ; ce qui implique de s'abstenir de la sp&#233;culation comprise comme un jeu sur les fluctuations irrationnelles des march&#233;s. Ce souci &#233;thique implique aussi de reconna&#238;tre la valeur d'un investissement sur la longue dur&#233;e (impliquant un actionnariat stable), notamment parce que cela comporte une vraie connaissance de l'entreprise, une participation active &#224; sa gouvernance, une solidarit&#233; sur la dur&#233;e etc., et bien s&#251;r un r&#244;le actif et responsable, engag&#233;, des actionnaires. Sachant qu'il faut admettre aussi que la sortie, la vente des titres reste possible, notamment s'il y a besoin, urgence ou impossibilit&#233; de se faire entendre de la direction, ou d&#233;couverte de comportements jug&#233;s condamnables. Mais ce peut &#234;tre le cas aussi si le prix (le cours) est irrationnel, notamment &#224; la hausse. On pourrait objecter ici que chaque investisseur est petit par rapport au march&#233;, ou face aux gros joueurs ; l'&#233;pargnant de base p&#232;se alors tr&#232;s peu. Mais outre que le souci moral n'en subsiste pas moins, agir reste possible. D'abord en combinant les efforts. Ensuite, en se rappelant que le march&#233; est tr&#232;s sensible, et qu'il n'est pas besoin d'&#234;tre un acteur dominant pour le faire bouger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question des actifs financiers non cot&#233;s, donc &#233;chappant aux march&#233;s. En soi, ils ne sont ni meilleurs ni pires ; l'influence des investisseurs sur l'orientation des entreprises correspondantes peut selon les cas &#234;tre plus grande ou plus petite. Cela dit, outre le risque proprement financier venant de l'absence de liquidit&#233;, qui fait qu'on peut rester coll&#233; comme on dit quand on a besoin de l'argent ou qu'on n'est plus d'accord, un des d&#233;fauts de ces actifs est justement de ne pas &#234;tre sur la place publique. Le risque est alors d'une baisse relative des standards, financiers mais surtout &#233;thiques, et concomitamment d'une r&#233;duction sensible de l'information disponible. Les titres non-cot&#233;s rel&#232;vent en tout cas de la m&#234;me probl&#233;matique &#233;thique que les autres, tout en demandant une vigilance accrue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Orienter les entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'objet de l'investissement, ce sont en g&#233;n&#233;ral des entreprises. On consid&#232;re ici l'entreprise comme une communaut&#233; d'hommes, certes sp&#233;cialis&#233;e et imparfaite, mais dont les objectifs et missions d&#233;passent largement son seul r&#233;sultat financier. Il en r&#233;sulte qu'une responsabilit&#233; majeure incombe &#224; celui qui est son propri&#233;taire, l'actionnaire. On l'a dit aussi, c'est pour le chr&#233;tien le propri&#233;taire qui est justiciable de la r&#232;gle de destination universelle des biens, qui doit ordonner l'exercice de toute propri&#233;t&#233; priv&#233;e. M&#234;me si les positions &#233;thiques qui guident aujourd'hui le d&#233;bat sur la responsabilit&#233; sociale de l'entreprise ne sont pas toutes acceptables, c'est un fait que se r&#233;pand toujours plus la conviction selon laquelle comme dit Beno&#238;t XVI &#171; la gestion de l'entreprise ne peut pas tenir compte des int&#233;r&#234;ts de ses seuls propri&#233;taires, mais aussi de ceux de toutes les autres cat&#233;gories de sujets qui contribuent &#224; la vie de l'entreprise : les travailleurs, les clients, les fournisseurs des divers &#233;l&#233;ments de la production, les communaut&#233;s humaines qui en d&#233;pendent &#187;. Mais les responsables ultimes ce sont les propri&#233;taires. Y compris donc de ce souci. Certes, comme je l'ai &#233;voqu&#233; dans d'autres articles, il y a d'autres mod&#232;les de propri&#233;t&#233; des entreprises et d'autres mod&#232;les d'entreprises. Mais il y a toujours quelqu'un celui qui d&#233;cide en derni&#232;re analyse, et comme on l'a vu c'est lui le &#8216;propri&#233;taire' au sens large, celui &#224; qui incombe ce devoir. Certes, tr&#232;s souvent ils d&#233;l&#232;guent ce r&#244;le &#224; des professionnels de la gestion. Mais ces derniers travaillent sur la base des instructions qu'ils re&#231;oivent (ou du mode de gestion qu'ils ont propos&#233; dans la description de leurs produits). De m&#234;me, les entreprises ont des dirigeants, mais eux aussi sont d&#233;pendants des priorit&#233;s des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les priorit&#233;s que se d&#233;finissent les propri&#233;taires, donc les investisseurs sont donc d&#233;cisives pour l'orientation du march&#233; et par l&#224; des entreprises. Comme on sait, cette gestion collective est aujourd'hui largement court-termiste, au vu de ses &#8216;benchmarks' ou &#233;talonnages, index&#233;s sur les seuls cours de bourse. Ce qui constitue une v&#233;ritable aberration. Inversement, cela donne par contraste une importance centrale &#224; l'investissement socialement responsable, ou &#233;thique. Il en r&#233;sulte qu'il doit &#234;tre une priorit&#233; pour tout homme de bonne volont&#233; ; en fait, ce devrait logiquement &#234;tre la seule forme d'investissement. Cela vaut &#233;galement lorsque par d'autres organisation de la propri&#233;t&#233;, les prioritaires sont les salari&#233;s comme dans une coop&#233;rative, les clients comme dans le mutualisme, et dans tout type d'organisation. La responsabilit&#233; du propri&#233;taire reste dans son principe la m&#234;me. Naturellement aussi, autant qu'aux propri&#233;taires, les principes qu'on va &#233;voquer s'appliquent mutatis mutandis aux personnes qu'ils mettent &#224; la t&#234;te de l'entreprise, c'est-&#224;-dire ses dirigeants ; et &#224; toute personne exer&#231;ant une certaine responsabilit&#233; &#224; son niveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons n&#233;anmoins qu'il serait erron&#233; de faire des seules entreprises le support unique de l'am&#233;lioration de la vie &#233;conomique et plus largement de la soci&#233;t&#233;. La fonction de l'entreprise est par nature limit&#233;e, et consiste notamment dans l'&#233;laboration, la proposition et la vente de biens et services en faisant un profit ou en tout cas sans perte. La soci&#233;t&#233; est un enjeu bien plus large, qui concerne beaucoup d'autres acteurs, associatifs, particuliers et bien &#233;videmment les d&#233;cideurs politiques. Un risque est en outre de voir des activistes se concentrer sur des points sp&#233;cifiques qui leur tiennent &#224; c&#339;ur, &#233;ventuellement ext&#233;rieurs &#224; l'entreprise, et de gauchir par l&#224; le choix de priorit&#233;s. L'enfer est pav&#233; de bonnes intentions, ou suppos&#233;es telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les moyens pour agir : comment se pose la question&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment s'organiser ? Il y a d'embl&#233;e deux grandes voies pour l'investisseur : l'une est la gestion directe, l'autre &#224; travers un gestionnaire et notamment &#224; travers des fonds existants. Cela va d&#233;pendre &#233;videmment de l'ampleur des sommes &#224; g&#233;rer. Mais dans tous les cas, un point essentiel est &#224; noter : il y a un int&#233;r&#234;t majeur, voire une n&#233;cessit&#233;, au regroupement des forces, et donc &#224; la coop&#233;ration la plus large entre fonds ou gestionnaires inspir&#233;s par les m&#234;mes principes. Soit par rapprochement, notamment des gestionnaires, soit par action commune, soit par &#233;change de principes et de m&#233;thodes. Un deuxi&#232;me point essentiel est de susciter ou encourager des op&#233;rateurs sp&#233;cialis&#233;s &#224; orientation &#233;thique, ou au minimum un souci en ce sens d'op&#233;rateurs existants, et cela &#224; tous les niveaux : g&#233;rants, analystes, agences de notation, services aux investisseurs etc. Ce qui appara&#238;t en tout cas est la n&#233;cessit&#233; d'avoir un plan d'action. Il est tr&#232;s important de se rappeler qu'il ne s'agit pas seulement de g&#233;rer, d'acheter et de vendre, mais aussi d'orienter &#224; son niveau l'action des entreprises. Ce qui implique autant que possible un engagement direct avec elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que la logique de ces actions para&#238;t incompatible avec la forme de gestion actuellement tendanciellement dominante, qui est la gestion passive. Elle consiste comme on sait &#224; se borner &#224; dupliquer un indice, en g&#233;n&#233;ral un indice assez large de march&#233;, ou sectoriel (ETFs). Cela permet des frais plus bas que la gestion active, et donc en moyenne un r&#233;sultat meilleur. Mais outre que c'est en g&#233;n&#233;ral peu compatible avec une gestion &#233;thique, c'est une forme d'irresponsabilit&#233; &#224; l'&#233;gard de la logique du march&#233;, lequel n'est d&#233;termin&#233; que par la gestion active ; c'est une attitude de passager clandestin (free-rider) peu &#233;thique en elle-m&#234;me, sauf &#233;videmment besoin ou situation particuli&#232;re. Et c'est incompatible avec un r&#244;le actif de l'actionnaire, par exemple en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les actions &#224; mener&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas id&#233;al, le plan d'action d'un investisseur &#233;thique se d&#233;cline ainsi :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Int&#233;gration des exigences &#233;thiques dans son analyse, ses processus de d&#233;cision, et sa mise en &#339;uvre. Ce qui veut dire y allouer du temps et des ressources ; suivre les d&#233;veloppements sur le march&#233; (les nouveaux produits) ; si le g&#233;rant est ext&#233;rieur, le surveiller et dialoguer avec lui ; et demander la prise en compte de ces consid&#233;rations &#233;thiques aux fournisseurs &#224; tous les niveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Mise en &#339;uvre. Il s'agit de chercher l'information, aller au contact, soutenir les initiatives des actionnaires allant dans le bon sens ; demander l'information non disponible (ce qui est souvent le cas pour ce qui int&#233;resse l'investissement &#233;thique) ; exercer activement ses droits de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Contact avec les entreprises : c'est un point essentiel, un investisseur est un partenaire, et non pas un juge.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Promotion des exigences &#233;thiques. Cela comporte l'aide entre institutions &#224; souci proche ; les demandes en ce sens aux fournisseurs ; l'aide &#224; la formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Communication. Il faut ici suivre la politique qu'on a arr&#234;t&#233;e dans les organes de d&#233;cision ; communiquer dessus ; communiquer avec les b&#233;n&#233;ficiaires ; et revoir r&#233;guli&#232;rement la politique suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Lutte contre les actions parasites. Je range ici les campagnes men&#233;es par des groupes de pression, &#233;ventuellement id&#233;ologiques, pour faire plier les entreprises dans un sens trop partiel ou contestable. Paradoxalement le d&#233;veloppement du souci &#233;thique augmente dangereusement cette sorte de pollution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, la plupart des investisseurs ne sont pas en &#233;tat d'assumer ces diff&#233;rentes actions. D'o&#249; &#224; nouveau le double besoin de f&#233;d&#233;rer les forces et de susciter des op&#233;rateurs sp&#233;cialis&#233;s. Ce besoin est particuli&#232;rement important sur une question clef &#233;voqu&#233;e &#224; plusieurs reprises : l'information. Il faut insister sur ce point. L'information actuellement disponible est en effet d'abord et essentiellement financi&#232;re ; elle est comme telle indispensable. Mais la logique de l'investissement &#233;thique implique la prise en compte de plusieurs autres crit&#232;res majeurs, ce qui implique de savoir ce qui se passe. Or les donn&#233;es correspondantes ne sont souvent non seulement pas disponibles publiquement, mais pas m&#234;mes &#233;labor&#233;es par l'entreprise elle-m&#234;me &#8211; m&#234;me si la loi exige de fournir certaines donn&#233;es dans des domaines comme l'environnement, ou le social au sens &#233;troit, et que la conscience de ce besoin est croissante. Sachant que le dialogue direct avec les entreprises peut donner des r&#233;ponses. C'est peut-&#234;tre un des domaines o&#249; l'effort qu'il faudra collectivement fournir est le plus important. Notamment dans la perspective &#233;thique, dont la logique est ambitieuse en la mati&#232;re, et donc a des besoins sp&#233;cifiques. Le besoin de coop&#233;ration doit d&#232;s lors y &#234;tre particuli&#232;rement important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point &#224; souligner est la modification sensible du r&#244;le qu'on attendra des gestionnaires professionnels. Actuellement le r&#244;le d'actionnaire actif est relativement secondaire dans leurs priorit&#233;s ; alors que l'analyse men&#233;e ici montre que ce devrait au contraire &#234;tre essentiel. Ce qui suppose entre autres une r&#233;allocation de moyens importante. Et soit l'&#233;limination des autres, soit leur p&#233;nalisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#233;thodes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chaque investisseur, ou chaque gestionnaire, doit d&#233;velopper ses propres m&#233;thodes. Parmi les m&#233;thodes classiques de gestion &#233;thique au sens large, on &#233;voquera rapidement les suivantes. L'exclusion d'abord est une m&#233;thode de s&#233;lection tr&#232;s populaire dans le monde anglosaxon, et historiquement la plus ancienne : on &#233;tablit une liste d'entreprises, d'activit&#233;s ou de fonds qu'on exclut du champ des possibles parce qu'ils ne respectent pas tel ou tel crit&#232;re - parfois avec une zone grise. Par exemple une activit&#233; polluante, ou le travail des enfants chez des sous-traitants. Ce n'est pas toujours simple de la mettre en pratique, notamment dans le cas de grandes entreprises multi-activit&#233;s. Ou si l'activit&#233; consid&#233;r&#233;e est un m&#233;lange de bon et de mauvais. D'o&#249; alors l'importance de d&#233;finir des seuils de pertinence. Cela peut et doit aussi s'accompagner d'un dialogue avec les entreprises qui se situent &#224; la limite, pour tenter d'orienter leur action. Ethiquement cela correspond bien &#224; certaines exigences mieux qu'&#224; d'autres : lorsqu'on a clairement identifi&#233; comme mauvaise ou bonne une activit&#233;, ou des produits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La s&#233;lection des meilleurs de la classe ou &#8220;best in class&#8221; ensuite consiste &#224; s&#233;lectionner dans chaque sous-ensemble de valeurs mobili&#232;res qu'on a d&#233;termin&#233; celle qui est la meilleure selon les crit&#232;res retenus, par exemple sous l'angle &#233;cologique, et/ou on &#233;limine les moins bonnes. L'avantage est de se baser de fa&#231;on pratique sur la r&#233;alit&#233; du march&#233;, et d'exercer une certaine pression &#8211; &#224; condition de la communiquer. L'inconv&#233;nient est double : d'un c&#244;t&#233;, on accepte par-l&#224; de financer des activit&#233;s ou des m&#233;thodes contestables, parce qu'on n'a pas trouv&#233; mieux. D'un autre c&#244;t&#233;, on risque de ne pas faire &#233;voluer des pratiques si elles sont adopt&#233;es par toute une branche d'activit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste enfin le choix proactif de certaines activit&#233;s ou entreprises : dans ce cas, on choisit d&#233;lib&#233;r&#233;ment telle ou telle pr&#233;occupation, tel ou tel secteur ou groupe de secteur, et on investit dans les entreprises correspondant le mieux aux objectifs qu'on s'est donn&#233;s. L'avantage est de viser positivement ce qu'on veut favoriser. L'inconv&#233;nient est de restreindre l'univers des choix possibles. Cela rend aussi moins pertinente la r&#233;f&#233;rence &#224; des &#233;talonnages de march&#233;s (&#8216;benchmarks' ou indices). Cela suppose en outre une m&#233;thodologie robuste et transparente, avec une intention claire, et une mesure d'impact de performance sociale ou environnementale. Cela peut cependant aller d'une m&#233;thode suivie pour orienter des investissements classiques (de type boursier) &#224; une action plus directe, dans la ligne de ce qu'on appelle l'investissement &#224; impact, &#8220;impact investing strategies&#8221;, qui se porte d'ailleurs souvent sur du non-cot&#233;. Cela vise notamment des secteurs jug&#233;s urgents : l'agriculture durable, les &#233;nergies renouvelables, la conservation de la nature, la microfinance, ou la fourniture de besoins de base accessibles (logement, sant&#233;, &#233;ducation). Pas plus que les autres strat&#233;gies, cela n'exclut pas qu'il y ait un objectif de rendement ; mais il peut &#234;tre en dessous du march&#233;, ou ajust&#233; au risque (par comparaison avec des produits existants classiques, venture capital, private equity etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons qu'une certaine combinaison de ces diverses m&#233;thodes est non seulement concevable, mais dans une certaine mesure n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, &#224; nouveau, sur le plan des principes l'investissement socialement responsable est le seul investissement justifiable, s'il est compris dans son sens &#233;thique plein, qui l'oriente au bien commun. Bien entendu, un tel &#233;largissement des perspectives donne le vertige. Au minimum, il implique des outils consid&#233;rables, d'analyse, de collecte d'information, et d'action collective ; puis la cr&#233;ation d'instruments de gestion collective s'en inspirant. Beaucoup de progr&#232;s sont encore &#224; r&#233;aliser, et nous n'en sommes qu'au tout d&#233;but. En outre, on ne peut tout faire, et il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, notamment de la vie de l'entreprise. Un travail consid&#233;rable s'impose donc ; et ce travail est n&#233;cessairement collectif. Mais justement, il n'y a lieu ni de s'en effrayer, ni de culpabiliser. Un tel travail se d&#233;roulera sur la base de l'action capillaire de personnes nombreuses, chacune agissant l&#224; o&#249; elle peut, comme elle peut. C'est m&#234;me la caract&#233;ristique d'un soci&#233;t&#233; libre et d&#233;centralis&#233;e.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Investir pour le bien commun Deuxi&#232;me partie : quelle &#233;thique pour les entreprises</title>
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		<dc:date>2022-06-01T12:19:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Entreprise et gratuit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Parties prenantes</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans un article pr&#233;c&#233;dent, j'ai &#233;voqu&#233; la question g&#233;n&#233;rale de l'investissement &#233;thique, r&#233;alis&#233; dans le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'examinerai ici la question des ciri&#232;res ou des objectifs recherch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On croit trop souvent que la question est simple, et notamment qu'elle se limite au d&#233;veloppement durable, ou m&#234;me au seul probl&#232;me climatique ; ou encore qu'on peut tout mettre sous le fameux sigle ESG : environnement, social et gouvernance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est en r&#233;alit&#233; beaucoup plus large, et inclut en particulier le souci de toutes les parties prenantes de l'entreprise, clients, fournisseurs et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-privee-.html" rel="directory"&gt;Finance personnelle&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Parties-prenantes-+.html" rel="tag"&gt;Parties prenantes&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi mon livre paru depuis&lt;/i&gt; &#034;Epargner en vue du bien commun : L'investissement &#233;thique&#034; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Epargner-en-vue-du-bien-commun-L-investissement-ethique.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Eparg...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de l'investissement &#233;thique est &#224; la mode, et c'est plut&#244;t bien en soi. Mais ces mots recouvrent aujourd'hui des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Dans l'approche &#8216;&#233;thique' dominante, par exemple dans les &#8216;Principes de l'investissement responsable' de l'ONU de 2006, ces pr&#233;occupations sont centr&#233;es sur l'environnement, le social et la gouvernance (ESG). En pratique m&#234;me, la dimension environnementale l'emporte, suivie de loin par le &#8216;social'. Ce qui est bon, mais quelque peu limit&#233;. Dans une perspective v&#233;ritablement &#233;thique, et notamment d'inspiration chr&#233;tienne (Doctrine sociale de l'Eglise), il faut que se d&#233;veloppent des grilles d'analyse plus ambitieuses que celle-l&#224;, int&#233;grant le souci de relations &#233;thiques avec l'ensemble des partenaires de l'entreprise, au bon sens du mot &#233;thique, et donc en d&#233;finitive dans la perspective du bien commun. Le vocabulaire en termes d'ESG, actuellement dominant, ne peut pas suffire pour cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'une part, les crit&#232;res officiels d'appr&#233;ciation &#233;thique des entreprises sont &#224; &#233;largir car il y a aussi les responsabilit&#233;s envers les clients, les fournisseurs, les communaut&#233;s o&#249; elle intervient et la communaut&#233; d'origine (ce qu'on appelle les parties prenantes). Certains cherchent &#224; mettre ces pr&#233;occupations sont le nom d'ESG, mais cela implique d'&#233;largir au-del&#224; du raisonnable le sens de ces mots, d'une fa&#231;on qui n'est plus compr&#233;hensible et surtout conduit en pratique &#224; mettre dans l'ombre une partie des exigences correspondantes. Il faudrait au minimum parler d'ESGPP, en ajoutant les &#8216;parties prenantes'. D'autre part, la compr&#233;hension m&#234;me des crit&#232;res peut &#234;tre diff&#233;rente si on se place d'un point de vue &#233;thique &#224; la fois v&#233;ritablement exigeant et bas&#233; sur les r&#233;alit&#233;s, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que se d&#233;veloppent des analyses plus ambitieuses que les actuelles, plus larges et plus pr&#233;cises. Il s'agit finalement de r&#233;pondre &#224; la question suivante : comment l'entreprise assume-t-elle ses responsabilit&#233;s envers les personnes et diff&#233;rentes communaut&#233;s humaines avec qui elle est en relation, et plus largement avec l'environnement ? Le point central est de consid&#233;rer les institutions &#233;conomiques dans lesquelles on investit comme de v&#233;ritables communaut&#233;s humaines, finalis&#233;es &#224; leur bien commun, et dans lesquelles le d&#233;veloppement humain de ceux qui y participent, et la contribution &#224; la soci&#233;t&#233; au sens large, sont des priorit&#233;s essentielles, dans le cadre d'une &#233;thique objectivement fond&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le verra, les cat&#233;gories que nous utilisons ne sont pas des absolus et se recouvrent en partie. Mais un avertissement, d'ores et d&#233;j&#224; : ne nous laissons pas impressionner par l'ampleur du sujet, qui est consid&#233;rable. Il y a beaucoup &#224; faire, mais ce qui importe d'abord, c'est d'avancer, m&#234;me de fa&#231;on partielle. Ce qui suit ne peut donc &#234;tre qu'une esquisse de la r&#233;flexion &#224; d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin que nous &#233;voquons ici ce qui peut incomber aux entreprises et &#224; leurs responsables. Mais une partie appr&#233;ciable de l'action d&#233;pend aussi des pouvoirs publics, ainsi en mati&#232;re sociale et environnementale. Et notamment la concurrence peut impliquer leur intervention pour &#233;viter que soient p&#233;nalis&#233;es les entreprises au comportement &#233;thique par rapport &#224; leurs concurrents moins scrupuleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers l'environnement &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'environnement est avec le social de loin le plus important des crit&#232;res actuellement pris en compte dans ce qu'on appelle finance &#233;thique ou ESG. Il fait partie des crit&#232;res ESG officiels et ne pose pas de probl&#232;me dans son principe. En revanche la pratique est complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci concerne &#233;videmment le d&#233;veloppement durable au sens &#233;troit, le r&#233;chauffement y compris la transition vers le non-carbone et la sortie des carburants fossiles, les ressources naturelles notamment en eau et air, la lutte contre la pollution au sens le plus large (contamination de zones comprise), la pr&#233;servation de la biodiversit&#233;, le respect de zones comme les for&#234;ts pluviales, la non-surexploitation des ressources, la pr&#233;servation de la couche d'ozone, la gestion des d&#233;chets etc. Dans une acception plus large du terme environnement, on peut inclure aussi le refus des exp&#233;rimentations animales ou de l'&#233;levage intensif, voire celui des manipulations g&#233;n&#233;tiques. Ce souci peut m&#234;me &#234;tre &#233;tendu &#224; l'&#233;cologie humaine dans son ensemble, &#224; commencer par les droits de l'embryon. La perspective est alors plus vaste que dans l'approche dominante. En revanche on ne mettra pas sous cette rubrique des questions l&#233;gitimes comme la s&#233;curit&#233; alimentaire, la limitation de l'acc&#232;s des personnes &#224; l'eau, l'air ou la terre, aux m&#233;dicaments ou &#224; la nourriture etc. En effet, cela rel&#232;ve &#224; mon sens plus logiquement de la responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient, &#233;voqu&#233;e ci-apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me ce domaine d&#233;fini, la pratique est complexe et tr&#232;s technique, et souvent le choix entre les alternatives n'est pas simple. Si on voulait &#234;tre complet, il faudrait une philosophie d'ensemble sur ce qui est jug&#233; bon, neutre ou mauvais dans le processus de production actuel pris dans son ensemble, au vu de son impact actuel et futur sur l'environnement. Or la question de ce qu'on appelle d&#233;veloppement durable, qui est apparemment simple, est en r&#233;alit&#233; assez complexe selon l'horizon choisi, les hypoth&#232;ses d'impact faites, l'&#233;volution attendue du progr&#232;s technique, l'appr&#233;ciation de la renouvelabilit&#233; des ressources etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;nergie et les mati&#232;res premi&#232;res, l'activit&#233; mini&#232;re en sont des exemples &#233;vidents. Que faire par exemple avec le nucl&#233;aire ? La r&#233;ponse ne va pas de soi. Le nucl&#233;aire est proscrit par la plupart des fonds anglo&#8208;saxons, alors que les g&#233;rants fran&#231;ais tendent &#224; le retenir favorablement puisque, contrairement aux &#233;nergies fossiles, il ne rejette pas de gaz &#224; effet de serre (&#224; mon sens , c'est avec raison). Mais comme on sait, les risques et co&#251;ts sur le long terme sont difficiles &#224; appr&#233;cier (notamment le stockage final des d&#233;chets). De m&#234;me pour les OGM. Le besoin de se faire une doctrine environnementale est donc majeur, et la r&#233;ponse n'est pas simple. Le manque de donn&#233;es scientifiques, souvent pointues, est en outre ici particuli&#232;rement criant ; et l'investisseur a besoin d'un travail d'&#233;laboration externe significatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un champ o&#249; le besoin de donn&#233;es et d'analyses est particuli&#232;rement fort ; mais en m&#234;me temps, il est relativement plus quantifiable qu'un autre ; en outre, il y a de plus en plus des demandes r&#233;glementaires en ce sens, ce qui permet d'avoir acc&#232;s &#224; une information non n&#233;gligeable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers le personnel et les collaborateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le social est ensuite parmi les autres crit&#232;res actuels (ESG) le plus important et le plus d&#233;velopp&#233;. La dimension sociale renvoie d'abord &#224; la gestion des ressources humaines : respect du droit du travail, modalit&#233;s de recrutement, formation et gestion des carri&#232;res, reconversion et adaptabilit&#233;, qualit&#233; des conditions de travail, respect de la vie priv&#233;e, dialogue social, participation des salari&#233;s, prise en compte de situation sp&#233;cifiques comme les handicap&#233;s, question de la diversit&#233; du recrutement etc. Dans le cadre des crit&#232;res re&#231;us au niveau international, et notamment dans le cas des multinationales, les entreprises sont invit&#233;es en outre &#224; &#171; respecter la libert&#233; d'association et &#224; reconna&#238;tre le droit de n&#233;gociation collective ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toutes les formes de travail forc&#233; ou obligatoire ; contribuer &#224; l'abolition effective du travail des enfants ; contribuer &#224; l'&#233;limination de toute discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession &#187;. Cela inclut le respect des droits de l'homme bien compris ; et peut conduire aussi &#224; agir pour le d&#233;veloppement du droit du travail local. Il faut en effet rappeler que dans le cas de ces entreprises multinationales, ce souci s'applique &#224; des environnements tr&#232;s vari&#233;s et o&#249; le droit du travail est notablement diff&#233;rent de celui des pays avanc&#233;s. En termes de principes, on refusera en outre ce qu'on appelle aujourd'hui discrimination (sexe, race, couleur, religion, langue, condition sociale), m&#234;me si la question est dans la pratique moins simple que ce qui est souvent dit ; il faut notamment &#233;viter la dictature des groupes de pressions id&#233;ologiques de type woke, particuli&#232;rement obsessionnelle et nocive aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une optique &#233;thique, les exigences de l'approche ESG officielle paraissent pouvoir &#234;tre reprises dans leur principe, avec une s&#233;rieuse nuance pour la question de la diversit&#233; des m&#339;urs, tr&#232;s &#224; la mode dans les grandes entreprises, notamment am&#233;ricaines, en partie parce que cela leur permet d'&#233;viter des campagnes hostiles agressives, tout en impliquant assez peu de contraintes pour la vie r&#233;elle des affaires. Au contraire, on respectera les personnes, mais on ne mettra a priori pas sur le m&#234;me plan la famille v&#233;ritable et ces formes diverses de vie priv&#233;e qui au fond ne concernent pas l'entreprise. En outre, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, la demande de prise en compte des exigences de la vie familiale doit &#234;tre bien plus marqu&#233;e qu'elle ne l'est habituellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre et surtout, comme on l'a dit, l'entreprise doit &#234;tre comprise comme communaut&#233; d'hommes, au service de la communaut&#233; humaine plus large, avec l'id&#233;e que la personne doit pouvoir se r&#233;aliser dans son travail. Et la r&#233;mun&#233;ration doit permettre de vivre et de faire vivre dignement sa famille. En fait, c'est toute l'entreprise qui doit &#234;tre centr&#233;e sous cet angle sur l'homme, celui qui y travaille, sa famille, et tous les partenaires de l'entreprise. D'o&#249; une approche globale, pouvant m&#234;me inclure une contribution au d&#233;veloppement de la vie priv&#233;e du travailleur &#8211; si celui-ci la souhaite. Car si le collaborateur d&#233;pend de l'entreprise, la r&#233;ciproque est vraie, et plus encore de nos jours avec l'&#233;conomie du savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, le besoin de donn&#233;es est important, m&#234;me si les lois les imposent dans certains cas ; mais certaines seront sp&#233;cifiques aux exigences &#233;voqu&#233;es ci-dessus et donc difficiles &#224; trouver, hors dialogue direct avec l'entreprise et son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233; dans la gouvernance, rapports avec les actionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gouvernance est le troisi&#232;me crit&#232;re officiel ESG, qui, outre la qualit&#233; du fonctionnement des organes dirigeants de l'entreprise, direction g&#233;n&#233;rale, conseil, AG, s'&#233;largit &#224; l'ensemble des relations avec les actionnaires, &#224; commencer par le respect de leurs droits. Cela comporte en outre la promotion de l'ind&#233;pendance et de la comp&#233;tence des administrateurs, la transparence et le niveau de la r&#233;mun&#233;ration (au sens large) des dirigeants etc. On peut aussi ranger ici l'attitude globale de l'entreprise envers les pr&#233;occupations ESGPP et plus g&#233;n&#233;ralement l'int&#233;gration dans l'ensemble de ses processus de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233;, ainsi que le respect des engagements pris &#224; cet &#233;gard, par exemple dans les statuts, les d&#233;clarations publiques, ou la &#8216;raison d'&#234;tre'. Certains incluent en outre ici les questions de la corruption, ou des pratiques commerciales choquantes ; mais elles me paraissent plut&#244;t relever elles aussi de la relation avec les communaut&#233;s locales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'approche ESG dominante peut &#234;tre l&#224; aussi reprise dans ses traits principaux, notamment la transparence, l'organisation du conseil d'administration etc., une politique pleinement &#233;thique sera logiquement plus exigeante sur la philosophie qu'affiche l'entreprise, notamment en regard des demandes financi&#232;res de ses propri&#233;taires, les actionnaires. Le principe doit &#234;tre pos&#233; que l'entreprise ne peut &#234;tre ordonn&#233;e au seul profit des actionnaires ; en outre, ces derniers ont plus de devoirs que dans la perspective dominante. La r&#233;mun&#233;ration des dirigeants notamment doit &#234;tre alors plus encadr&#233;e en fonction de consid&#233;rations de justice (commutative et distributive). Dans cette logique, il s'agit donc d'aller plus loin, et de veiller &#224; ce que les actionnaires exercent leur r&#244;le de fa&#231;on active et responsable, et puissent le faire sur la base de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233; (c'est l'ensemble des autres crit&#232;res ici examin&#233;s), et int&#233;gr&#233;s dans sa gouvernance. M&#234;me si un comportement &#233;thique est payant sur la dur&#233;e longue (voir mon ouvrage La finance peut-elle &#234;tre au service de l'homme ?) Notons cependant que de telles consid&#233;rations se font jour ici ou l&#224; dans les cercles professionnels et dans beaucoup d'entreprises, m&#234;me si la pratique est tr&#232;s variable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les clients, y compris sur les produits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une perspective &#233;thique, la responsabilit&#233; envers les clients, comprise au sens large, est un souci majeur, et c'est l&#224; &#224; mon sens une assez nette diff&#233;rence avec l'approche ESG dominante, qui n'y insiste pas assez. Il est &#233;vident que l'entreprise d&#233;pend de fa&#231;on vitale de ses clients ; mais cela ne veut pas dire que ceux-ci fassent l'objet d'un traitement pleinement satisfaisant sur le plan &#233;thique. Cela vise au minimum la qualit&#233;, la pertinence et la s&#233;curit&#233; des produits et l'information donn&#233;e aux consommateurs. Mais cela s'&#233;tend aussi &#224; la nature des produits fabriqu&#233;s, en fonction de leur r&#244;le au service du v&#233;ritable &#233;panouissement de l'homme, au moins par la d&#233;marche dite d'exclusion : cela vise alors au minimum, les drogues, les jeux d'argent, et la pornographie (un march&#233; colossal de nos jours), les produits abortifs etc. Ces soucis s'entendent naturellement au processus de production, conduisant &#224; &#233;carter par exemple les recherches m&#233;dicales avec utilisation d'embryons ou les exp&#233;rimentations animales abusives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; encore le d&#233;bat peut exister, ainsi pour les armements : d'un c&#244;t&#233;, ils sont source de mort et contribuent &#224; une course aux armements tr&#232;s dispendieuse. D'un autre c&#244;t&#233;, laisser les industries d'armements &#224; certains pays moins scrupuleux peut &#234;tre bien pire, et l'ind&#233;pendance suppose une capacit&#233; d'armement. Au minimum, le souci &#233;thique comporte en priorit&#233; la lutte contre certaines armes : bact&#233;riologiques et chimiques, mines anti-personnelles et bombes &#224; fragmentation par exemple. De m&#234;me pour les produits addictifs : si tout ce qui conduit &#224; l'addiction est nocif, en revanche un certain usage mod&#233;r&#233; ne pose pas de probl&#232;me. Les anglo-saxons tol&#232;rent mal par exemple la pr&#233;sence de qu'ils appellent alcools (y compris le vin et la bi&#232;re !), alors que ce sont des dimensions anciennes et estimables de notre culture ou de notre alimentation, &#224; dose mod&#233;r&#233;e bien s&#251;r. Dans le cas de la pornographie en revanche, la condamnation est simple et totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la consid&#233;ration des clients et des produits doit aller bien au-del&#224;, en fonction de la fonction sociale du produit propos&#233; : l'entreprise doit proposer des produits utiles et s&#251;rs, durables, et &#224; un juste prix. Cette derni&#232;re question est bien plus importante qu'on ne l'estime habituellement ; et nos contemporains aussi d&#233;testent &#234;tre &#8216;grug&#233;s'. Or autant, voire plus que le jeu du march&#233;, c'est d&#233;sormais la d&#233;cision du vendeur qui fait le prix, et certains d'entre eux sont r&#233;solument iniques (dans les produits de luxe par exemple, ou dans bien des services, ainsi les commissions d'intervention dans la banque de d&#233;tail) ; le march&#233; n'exerce pas la pression qu'il faudrait, notamment quand le mythe de la marque alt&#232;re le jugement des acheteurs. Le style de publicit&#233; adopt&#233; doit lui-m&#234;me faire l'objet d'une r&#233;flexion particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, ce domaine est un de ceux o&#249; dans la perspective de l'&#233;thique classique, les exigences vont bien au-del&#224; de l'approche ESG, m&#234;me comprise largement (sauf &#224; inclure toute la morale dans le &#8216;social'). Du coup aussi, l'information peut &#234;tre encore plus difficile d'acc&#232;s (par exemple dans le cas d'une grande entreprise ayant de multiples activit&#233;s, ou pour analyser la politique des prix). Mais non moins d&#233;sirable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les fournisseurs et distributeurs, et m&#234;me le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers les fournisseurs et distributeurs sera &#233;galement un crit&#232;re important, bien plus que dans l'ESG officielle. Un rapport de confiance et sur la dur&#233;e avec eux est lui aussi tr&#232;s important pour la vie de l'entreprise sur la longue dur&#233;e. On cite ici souvent la pr&#233;vention des conflits d'int&#233;r&#234;ts et des pratiques anti-concurrentielles (cartels de droit ou plus souvent de fait, li&#233;es aux pratiques commerciales) ou plus largement in&#233;quitables. Ou la diffusion des bonnes pratiques dans la cha&#238;ne de valeur en amont et en aval de la production. Tout cela est bien s&#251;r tout &#224; fait fond&#233;. Mais l'approche &#233;thique est logiquement plus exigeante, notamment &#224; nouveau en termes de juste prix, ainsi que du besoin de relations de partenariat sur la dur&#233;e, voire de solidarit&#233; envers les fournisseurs, surtout lorsqu'ils sont plus faibles que l'entreprise concern&#233;e. Il y a l&#224; aussi beaucoup &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut en outre &#233;tendre ceci &#224; la responsabilit&#233; envers le march&#233; au sens large, concurrents compris. Notamment lorsqu'il y a un processus collectif de formation des prix, par exemple sur les march&#233;s financiers, la bonne d&#233;termination du prix &#233;tant alors un &#233;l&#233;ment du bien commun (voir mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-est-ce-qu-un-bon-marche-financier-et-comment-le-realiser.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Qu-es...&lt;/a&gt;). Les pratiques de sp&#233;culation sauvage de certains organismes sont ici manifestement &#224; sanctionner. De m&#234;me le manque de transparence, les manipulations comptables etc. L&#224; encore, selon les cas, rep&#233;rer de telles pratiques pourra ne pas &#234;tre facile ; a fortiori si les exigences qu'on pose vont au-del&#224; de celles commun&#233;ment reconnues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard des communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La responsabilit&#233; envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient n'est pas toujours &#233;voqu&#233;e ; elle est pourtant elle aussi tr&#232;s importante. Certains l'incluent sous le &#8216;social' de l'ESG. Ou sous la gouvernance. Mais c'est une pr&#233;occupation en soi, logiquement distincte de celles-ci. Elle porte d'abord bien s&#251;r sur des cas dramatiques, comme le risque de compromission avec des r&#233;gimes politiques inacceptables (peut-on financer la Birmanie en &#233;poque de dictature ? Ou un barrage comportant des d&#233;placements brutaux de populations ?) Mais le souci vise aussi des mati&#232;res beaucoup plus famili&#232;res, certains principes de conduite dans les affaires comme la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin, la complicit&#233; dans le blanchiment d'argent sale, et bien s&#251;r l'&#233;norme question de l'&#233;vasion fiscale. D'une certaine mani&#232;re, &#224; sa fa&#231;on le non-respect d'autres standards, sociaux, &#233;cologiques ou autres, peut aussi rentrer en partie dans cette cat&#233;gorie, si l'enjeu est significatif pour la communaut&#233; humaine impact&#233;e. Ainsi par exemple une hausse inconsid&#233;r&#233;e du prix de produits alimentaires peut remettre en cause la s&#233;curit&#233; alimentaire de communaut&#233;s enti&#232;res. Le sujet peut en outre inclure comme on l'a vu le souci plus g&#233;n&#233;ral de &#171; promouvoir et respecter la protection du droit international relatif aux droits de l'homme &#187; et &#171; ne pas se rendre complices de violations des droits de l'homme &#187;, au-del&#224; du personnel de l'entreprise. Ainsi en cas de non-respect av&#233;r&#233; des peuples indig&#232;nes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi les pr&#233;occupations ambiantes seront approfondies et &#233;largies. Le fait de ne pas se livrer &#224; des pratiques r&#233;pr&#233;hensibles ou de ne pas en &#234;tre complice est une premi&#232;re &#233;tape. Mais il faut aller au-del&#224; : l'entreprise doit prendre en compte sa participation &#224; la communaut&#233;, comprise comme contribution positive au d&#233;veloppement de celle-ci, et responsabilit&#233; envers elle. En m&#234;me temps, comme on le voit l&#224; aussi, la disponibilit&#233; des donn&#233;es n'est pas acquise ; en outre et surtout, plus que dans tout autre domaine, les choix &#224; faire peuvent l&#233;gitimement faire l'objet d'appr&#233;ciations variables. On peut par exemple se demander si comme le demandent certains une entreprise doit consid&#233;rer la pr&#233;sence de la peine de mort dans un pays comme un facteur n&#233;gatif &#224; prendre en compte. A ce compte il faudrait boycotter les Etats-Unis, la Chine et le Japon... De fa&#231;on analogue, la responsabilit&#233; envers la communaut&#233; nationale d'origine de l'entreprise consid&#233;r&#233;e n'est pratiquement pas &#233;voqu&#233;e dans la litt&#233;rature ESG. Sauf sans doute la question des paradis fiscaux, moyen de soustraire des revenus fiscaux l&#233;gitimes &#224; un pays, en g&#233;n&#233;ral celui d'origine. Mais le souci est plus vaste : c'est celui des devoirs d'une entreprise devenue internationale envers son pays d'origine, qui lui a fourni de quoi se d&#233;velopper, et ses capitaux. C'est notamment la question de la localisation de sa capacit&#233; d'investissement et de ses d&#233;veloppements futurs, et celle, tr&#232;s sensible, de la fermeture de certains sites. Inutile de souligner que, dans ce domaine tout particuli&#232;rement, l'obtention d'informations pertinentes n'est pas chose ais&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je reprends ici les points de ma conclusion du premier article : en d&#233;finitive, sur le plan des principes l'investissement socialement responsable est le seul investissement justifiable, s'il est compris dans son sens &#233;thique plein, qui l'oriente au bien commun. Bien entendu, un tel &#233;largissement des perspectives donne le vertige. Au minimum, il implique des outils consid&#233;rables, d'analyse, de collecte d'information, et d'action collective, et nous n'en sommes qu'au tout d&#233;but. En outre, on ne peut tout faire, et il faut tenir compte des r&#233;alit&#233;s, notamment de la vie de l'entreprise. Un travail consid&#233;rable s'impose donc ; et ce travail est n&#233;cessairement collectif. Mais justement, il n'y a lieu ni de s'en effrayer, ni de culpabiliser. Un tel travail se d&#233;roulera sur la base de l'action capillaire de personnes nombreuses, chacune agissant l&#224; o&#249; elle peut, comme elle peut. C'est m&#234;me la caract&#233;ristique d'un soci&#233;t&#233; libre et d&#233;centralis&#233;e. Cela valait pour l'action sur les march&#233;s, &#233;voqu&#233;e dans cet autre article ; cela vaut aussi pour la recherche d'une exigence &#233;thique plus riche et plus responsable, &#233;voqu&#233;e ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Placement &#233;thique : les crit&#232;res officiels ne suffisent pas</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Placement-ethique-les-criteres-officiels-ne-suffisent-pas.html</link>
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		<dc:date>2015-05-08T12:43:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce qu'on appelle dans le jargon &#8216;investissement socialement responsable' (ISR) devrait &#234;tre un enjeu majeur. Investir, c'est financer l'&#233;conomie de demain. Bien choisir ses investissements, c'est envoyer aux entreprises les signaux sur ce qu'on estime prioritaire pour fa&#231;onner l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; de demain. L'investisseur responsable, c'est celui qui a compris ce r&#244;le collectif de l'investissement, et la responsabilit&#233; que cela implique. Tout investissement devrait &#234;tre socialement responsable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'ISR officiel est bien &#233;triqu&#233;, r&#233;duit qu'il est &#224; l'environnement, au social et &#224; la gouvernance. Ce qui est bien mais tr&#232;s insuffisant pour celui qui regarde la vie &#233;conomique avec des exigences fortes ; et notamment le chr&#233;tien. Il faut donc aller au-del&#224;. Et donc en pratique c'est une gamme large de crit&#232;res qu'il faut d&#233;velopper, et poser aux entreprises comme &#233;talon de mesure, en sus des crit&#232;res financiers usuels. Esquissons-les rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Investissement-ethique-+.html" rel="tag"&gt;Investissement &#233;thique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Investissement-responsable-+.html" rel="tag"&gt;Investissement responsable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Gestion responsable et exigence &#233;thique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'on appelle dans le jargon &#8216;investissement socialement responsable' devrait &#234;tre un enjeu majeur. Investir, c'est financer l'&#233;conomie de demain. Bien choisir ses investissements, c'est envoyer aux entreprises les signaux sur ce qu'on estime prioritaire pour fa&#231;onner l'&#233;conomie et la soci&#233;t&#233; de demain. L'investisseur responsable, c'est celui qui a compris ce r&#244;le collectif de l'investissement, et la responsabilit&#233; que cela implique. En un sens donc tout investissement devrait &#234;tre socialement responsable. Evidemment, dans la pratique, les fonds investis sont en g&#233;n&#233;ral g&#233;r&#233;s par des gestionnaires professionnels. Mais les instructions qui leur sont donn&#233;es par ceux qui leur confient leur argent ont un r&#244;le majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le souci d'une certaine &#233;thique s'est traduit par le d&#233;veloppement de ce qu'on appelle l'investissement socialement responsable (ISR) ou responsabilit&#233; sociale de l'entreprise (RSE). Ce mot d'investissement responsable recouvre aujourd'hui des r&#233;alit&#233;s assez variables, en g&#233;n&#233;ral trop &#233;troitement comprises. Certains le confondent m&#234;me avec le seul souci du d&#233;veloppement durable, l&#233;gitime mais partiel : une &#233;conomie esclavagiste pourrait &#234;tre en d&#233;veloppement durable. Dans l'approche RSE telle qu'elle est actuellement comprise l'exigence &#233;thique au sens plein du terme joue un r&#244;le limit&#233;, m&#234;me si c'est au fond par une forme d'&#233;thique qu'on d&#233;cide de favoriser la RSE. Des pactes ont &#233;t&#233; &#233;labor&#233;s sous l'&#233;gide de l'Onu, notamment le &#8216;Global compact' de Kofi Annan (2002). Cela vise principalement les droits de l'homme, le droit du travail, la lutte contre la corruption, et le respect de l'environnement. Toujours sous la m&#234;me &#233;gide, les &#8216;Principes de l'investissement responsable' de 2006 y font r&#233;f&#233;rence ; ils sont clairement centr&#233;s sur l'environnement, le social et la gouvernance (ESG). L'approche ESG domine actuellement massivement la r&#233;flexion et l'action en mati&#232;re d'ISR. C'est plut&#244;t bien, certes, mais trop &#233;troit. En tout cas cela n'est certainement pas suffisant pour celui qui regarde la question avec les exigences de la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc que se d&#233;veloppent des grilles d'analyse plus ambitieuses que les actuelles, &#224; la fois plus larges et pr&#233;cises, qui int&#232;grent le souci de relations v&#233;ritablement &#233;thiques avec l'ensemble des partenaires de l'entreprise dans laquelle on envisage d'investir. Car la question centrale est la suivante : comment l'entreprise dans laquelle j'envisage d'investir assume-t-elle ses responsabilit&#233;s envers les diff&#233;rentes communaut&#233;s humaines avec qui elle est en relation, et plus largement avec l'ensemble de la Cr&#233;ation ? Cela conduit &#224; envisager les crit&#232;res suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers l'environnement&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je le cite en premier car c'est avec le social de loin le plus important dans les crit&#232;res actuellement pris en compte. Il fait partie des crit&#232;res ESG officiels et ne pose pas de probl&#232;me dans son principe. En revanche la pratique est complexe. A un niveau concret et imm&#233;diat, la dimension environnementale touche la conception, la production et la distribution des produits (transport compris). Cela vise en particulier la pr&#233;vention et le contr&#244;le de la pollution, la protection des ressources en eau, la pr&#233;servation de la biodiversit&#233;, toute la gestion des d&#233;chets etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si on veut &#234;tre complet, il faut avoir une philosophie d'ensemble sur ce qui est jug&#233; bon, neutre ou mauvais dans l'&#233;conomie et la mani&#232;re de vivre actuelle prise dans son ensemble, au vu de leur impact pr&#233;sent et futur sur l'environnement. Cela pose donc des questions de fond, techniquement complexes. L'&#233;nergie et les mati&#232;res premi&#232;res en sont un exemple &#233;vident. Que faire avec le nucl&#233;aire ? Le charbon ? La r&#233;ponse ne va pas de soi : le nucl&#233;aire est proscrit par la plupart des fonds anglo&#8208;saxons, alors que les g&#233;rants fran&#231;ais ISR tendent &#224; le retenir favorablement puisque, contrairement aux &#233;nergies fossiles, il ne rejette pas de gaz &#224; effet de serre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question peut enfin &#234;tre &#233;largie &#224; la responsabilit&#233; envers les personnes &#8216;utilis&#233;es' dans le processus de production : le droit de l'embryon notamment devrait en exclure toute utilisation. Puis envers les &#233;l&#233;ments de la nature autres que les hommes. Ainsi la question des tests sur les animaux. A ce sujet il y a aussi des diff&#233;rences marqu&#233;es entre les pays : les investisseurs militants anglo&#8208;saxons excluent les entreprises qui les pratiquent, alors que cela a peu d'&#233;chos en Europe continentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit sur tous ces points il faut choisir, et r&#233;solument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers le personnel et les collaborateurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est parmi les crit&#232;res actuels le plus important et le plus d&#233;velopp&#233; avec l'environnement. Il faut rappeler d'embl&#233;e que dans le cas des entreprises multinationales ce souci s'applique &#224; des environnements tr&#232;s vari&#233;s, o&#249; le droit du travail est notablement diff&#233;rent de celui des pays avanc&#233;s. La dimension sociale renvoie d'abord &#224; la gestion des ressources humaines (modalit&#233;s de recrutement, formation et gestion des carri&#232;res, reconversion et adaptabilit&#233;, qualit&#233; des conditions de travail, respect de la vie priv&#233;e, dialogue social, participation des salari&#233;s, prise en compte de situation sp&#233;cifiques comme les handicap&#233;s, question de la diversit&#233; du recrutement etc.). Dans le cadre des crit&#232;res re&#231;us au niveau international, les entreprises sont invit&#233;es &#224; respecter la libert&#233; d'association et &#224; reconna&#238;tre le droit de n&#233;gociation collective ; &#224; contribuer &#224; l'&#233;limination de toutes les formes de travail forc&#233; ou obligatoire, &#224; l'abolition effective du travail des enfants, et &#224; l'&#233;limination de toute discrimination en mati&#232;re d'emploi et de profession. Cela peut conduire aussi &#224; agir pour le d&#233;veloppement du droit du travail local (voir ci-apr&#232;s). Dans l'ensemble, et sous r&#233;serve de la complexit&#233; des situations locales, le crit&#232;re para&#238;t assez clair.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mais &#224; un niveau plus large, nous dit-on, cela inclut aussi le respect des &#8216;droits de l'homme' ou celui de la &#8216;diversit&#233;'. Il faut alors r&#233;pondre &#224; des questions peu neutres, par exemple sur la diversit&#233; des m&#339;urs : mariage gay etc. Or les choix de l'ESG officielle ne vont pas de soi dans une approche croyante, ou m&#234;me fond&#233;e sur la seule loi naturelle. C'est notamment vrai de l'enseignement catholique. Certes on respectera les personnes, mais on ne mettra pas sur le m&#234;me plan la famille v&#233;ritable (les parents et les enfants qu'ils ont faits ensemble et qu'ils &#233;l&#232;vent) et les formes diverses de vie commune qu'on promeut aujourd'hui ou met au m&#234;me niveau. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, dans cette optique plus exigeante, la prise en compte de la vie familiale sera bien plus marqu&#233;e. Ou la reconnaissance du fait que la personne se r&#233;alise dans le travail. Ou l'association des salari&#233;s au processus de d&#233;cision. C'est donc bien un ensemble de crit&#232;res alternatifs d'investissement qu'il faut promouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s des actionnaires, relations de l'entreprise avec ses actionnaires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La gouvernance n'est pas toujours un concept clair. Dans le contexte &#233;troit de l'ESG, elle est sur le m&#234;me plan que l'environnement et le social. Mais ces derniers sont un but en soi ; la gouvernance elle est subordonn&#233;e &#224; d'autres buts. En soi la gouvernance c'est la mani&#232;re dont on organise la prise de d&#233;cision : question importante mais subordonn&#233;e. Il est vrai que certains &#233;tendent la notion de gouvernance &#224; toute une s&#233;rie de dimensions qu'ils ne prennent pas en compte par ailleurs : par exemple, la nature des produits, ou les rapports avec les communaut&#233;s o&#249; s'ins&#232;re l'entreprise. On y range aussi l'attitude globale de l'entreprise envers les pr&#233;occupations ESG et l'int&#233;gration dans ses processus de d&#233;cision de crit&#232;res plus larges que la rentabilit&#233;. Mais il me para&#238;t plus rationnel d'examiner ces pr&#233;occupations comme telles et de ne consid&#233;rer comme gouvernance que ce qui touche &#224; la prise de d&#233;cision, y compris la communication.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement dans le cadre actuel, on tend bien souvent &#224; limiter l'objectif de la gouvernance aux pratiques des entreprises vis-&#224;-vis de leurs actionnaires, compris d'ailleurs comme lui &#233;tant ext&#233;rieurs : respect du droit des actionnaires, promotion de l'ind&#233;pendance et de la comp&#233;tence des administrateurs, transparence de la r&#233;mun&#233;ration des cadres dirigeants, organisation du conseil d'administration etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche ESG de la gouvernance est en soi acceptable dans son principe. Mais l&#224; encore, dans une optique &#233;thique alternative, on sera plus exigeant sur la philosophie qu'affiche l'entreprise, notamment en regard des demandes financi&#232;res de ses propri&#233;taires, les actionnaires. Par exemple, le principe (catholique) de destination universelle des biens exclut que l'entreprise soit ordonn&#233;e au seul profit financier des actionnaires. Ou des dirigeants, notamment au vu de leurs r&#233;mun&#233;rations...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les clients, y compris sur les produits&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc certains &#233;tendent la dimension gouvernance aux comportements sur les march&#233;s et vis-&#224;-vis des clients et des fournisseurs, en r&#233;alit&#233; c'est une question en soi. La relation avec les clients comporte au minimum la s&#233;curit&#233; des produits et l'information donn&#233;e aux consommateurs sur ces produits. Mais elle s'&#233;tend aussi &#224; la nature des produits fabriqu&#233;s, notamment dans les proc&#233;dures de s&#233;lection par exclusion : alcool, armes, jeu, militaire, nucl&#233;aire, tabac.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la question est &#224; la fois vaste et simple : une entreprise doit proposer des produits utiles et s&#251;rs, &#224; un juste prix, dans le cadre de relations de partenariat - lorsque cela a un sens. Une telle exigence sur le r&#244;le et l'utilit&#233; des produits fait une nette diff&#233;rence avec l'approche ESG qui ne lui donne pas une place centrale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les fournisseurs et distributeurs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est aussi une question centrale. On cite d&#233;j&#224; dans la litt&#233;rature la pr&#233;vention des conflits d'int&#233;r&#234;ts et des pratiques de corruption, ou anti-concurrentielles. Ou parle de la diffusion des bonnes pratiques dans l'ensemble de la cha&#238;ne de valeur en amont et en aval de la production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi une approche &#233;thique est n&#233;cessairement plus exigeante. D'abord en termes de juste prix. Ensuite sur le besoin de relations de partenariat, voire de solidarit&#233; envers les fournisseurs, surtout lorsqu'ils sont plus faibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers les communaut&#233;s o&#249; l'entreprise intervient&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains l'incluent sous le &#8216;social' de l'ESG. Ou sous la gouvernance. Mais c'est une pr&#233;occupation en soi. Parmi les exemples de questions qu'on peut se poser : pouvait-on financer la Birmanie &#224; l'&#233;poque de la dictature ? Un barrage avec des d&#233;placements brutaux de populations ? Ce souci peut inclure le souci de respecter la &#8216;diversit&#233;', ou de &#171; promouvoir et &#224; respecter la protection du droit international relatif aux droits de l'homme &#187;. Un autre point fr&#233;quemment soulev&#233; est celui de la corruption sous toutes ses formes, y compris l'extorsion de fonds et les pots-de-vin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi de telles pr&#233;occupations ambiantes sont &#224; prendre en compte mais &#224; approfondir. Le fait de ne pas se livrer &#224; des pratiques r&#233;pr&#233;hensibles ou de ne pas en &#234;tre complice est une premi&#232;re &#233;tape. Mais il faut aller au-del&#224; : l'entreprise doit prendre en compte sa participation &#224; la communaut&#233; o&#249; elle intervient, comprise comme contribution positive au d&#233;veloppement de celle-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Responsabilit&#233;s envers la communaut&#233; d'origine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question est peu pos&#233;e. On parle bien s&#251;r des paradis fiscaux, et &#224; raison : le tort de ceux qui en usent et abusent est de soustraire des revenus fiscaux l&#233;gitimes &#224; un pays, en g&#233;n&#233;ral celui d'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un passage de l'encyclique &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt; souligne elle les devoirs d'une entreprise devenue internationale envers son pays d'origine, qui lui a fourni de quoi se d&#233;velopper, et notamment ses capitaux. C'est notamment la question de l'utilisation de la capacit&#233; d'investissement de l'entreprise et de la localisation de ses d&#233;veloppements. La solidarit&#233; avec le pays de d&#233;part est une vraie exigence. M&#234;me si elle ne doit emp&#234;cher ni le d&#233;veloppement international, ni une pr&#233;sence dans les pays &#233;mergents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit on n'est qu'au d&#233;but du processus. C'est toute une gamme large de crit&#232;re qu'il faut d&#233;velopper, et poser aux entreprises comme &#233;talon de mesure, en sus des crit&#232;res financiers usuels. Bien au-del&#224; de l'ESG officielle !&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Investir dans les actions : priorit&#233; collective, devoir moral </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Investir-dans-les-actions-priorite-collective-devoir-moral.html</link>
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		<dc:date>2013-11-20T13:59:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Actionnaires</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les Fran&#231;ais se d&#233;tournent des actions, toutes les enqu&#234;tes le montrent. Pire, nous n'avons plus en France d'acheteur naturel d'actions. R&#233;sultat : nos entreprises sont de plus en plus contr&#244;l&#233;es par les investisseurs &#233;trangers. Quant aux moins grandes, elles ont du mal &#224; trouver des fonds propres sur le march&#233;. Cette situation est grave pour notre avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant investir en actions, est &#224; la fois le meilleur 'investissement et le plus moral, celui qui pr&#233;sente le moins de risque collectif sur la dur&#233;e, et celui qui vise seul le vrai long terme. Si c'est fait sainement bien s&#251;r&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre le seul moyen pour r&#233;aliser ce placement sur large &#233;chelle c'est un march&#233; financier, une vraie Bourse. Si elle est bien organis&#233;e&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'excuse donc pas certaines turpitudes et d&#233;rives de la finance actuelle. Mais cela situe la question : organiser un placement collectif en actions dans des conditions saines est une priorit&#233; collective majeure. Urgent en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Investir dans les actions : une priorit&#233; collective, un devoir moral&lt;/i&gt; &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La d&#233;saffection des Fran&#231;ais pour les actions &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Deux enqu&#234;tes publi&#233;es r&#233;cemment jettent une lumi&#232;re crue sur une r&#233;alit&#233; qui fait peser une v&#233;ritable &#233;p&#233;e de Damocl&#232;s sur notre avenir : la d&#233;saffection des investisseurs et des &#233;pargnants fran&#231;ais pour la Bourse. Selon la premi&#232;re, r&#233;alis&#233;e pour les Echos, les fonds fran&#231;ais ne repr&#233;sentent plus aujourd'hui qu'un quart des fonds investis dans le CAC40, soit huit points de moins en deux ans, alors que les fonds nord-am&#233;ricains en d&#233;tiennent d&#233;sormais un tiers. La seconde, dans le cadre du salon Actionnaria met en &#233;vidence que l'investissement en actions suscite la m&#233;fiance de 73 % des &#233;pargnants fran&#231;ais. Les Fran&#231;ais boudent la Bourse et cela ne date pas d'hier. Et avec les nouveaux ratios il ne faut pas compter sur les banques et de moins en moins sur les compagnies d'assurance pour acheter des actions ; quant aux fonds de pension nous n'en avons pas, sans parler des hedge funds. Nous n'avons donc plus d'acheteur naturel d'actions. Les &#233;tudes de la Banque de France confirment les effets de cette d&#233;saffection. Fin 2012, c'est 46,3 % du CAC40 qui est d&#233;tenu par des non-r&#233;sidents, et 41,5 % de l'ensemble des soci&#233;t&#233;s cot&#233;es. Faut-il s'en contenter ? Evidemment non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'abord, cela fragilise les strat&#233;gies de long terme de nos entreprises. L'exp&#233;rience est formelle : en cas de crise, les investisseurs se recentrent vers leur base g&#233;ographique d'origine, avec les effets d&#233;stabilisateurs que cela peut avoir pour les &#233;metteurs qui s'appuient trop fortement sur une &#233;pargne internationale. 2007 a ainsi vu la participation des non-r&#233;sidents dans le capital du CAC 40 baisser brutalement de 5,5 points par rapport &#224; l'ann&#233;e pr&#233;c&#233;dente. Notre pays a su cr&#233;er de tr&#232;s grandes entreprises, internationales, dont la qualit&#233; et le dynamisme attirent les investisseurs &#233;trangers, et il faut s'en f&#233;liciter. Mais nous serions fous d'en abandonner la ma&#238;trise &#224; d'autres. Et si les grandes entreprises courent des risques en raison de leur d&#233;pendance toujours plus grande aux financements &#233;trangers, du moins y ont-elles acc&#232;s. Ce qui n'est pas le cas de la plupart de nos PME et ETI, qui elles, souffrent cruellement d'une p&#233;nurie de financement car elles n'ont dans la majorit&#233; des cas pas les moyens d'acc&#233;der &#224; ces capitaux internationaux. Or l'offre de cr&#233;dit est contrainte, et le besoin de fonds propres est litt&#233;ralement vital. Mais l'&#233;pargne nationale disponible en actions est de plus en plus insuffisante, vu la r&#233;ticence des Fran&#231;ais pour ce genre d'investissement. Les perspectives pour les PME et ETI sont donc peu r&#233;jouissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a pourtant pas de fatalit&#233; &#224; une telle situation. L'aversion au risque et &#224; l'&#233;pargne longue n'est pas inscrite dans nos g&#232;nes. C'est l'&#233;pargne de nos compatriotes qui, au XIX&#232;me si&#232;cle et XX&#232;me si&#232;cle, a permis &#224; la France de devenir une grande puissance industrielle en fournissant les capitaux n&#233;cessaires au d&#233;veloppement de ses entreprises. Certes, quelques petits signaux positifs sont apparus r&#233;cemment (all&#233;gement du r&#233;gime des plus-values, cr&#233;ation du PEA PME, &#8230;). Pour autant, ils ne forment pas un ensemble &#224; la hauteur de l'enjeu national que constitue la mobilisation de notre &#233;pargne au service de nos entreprises. Il faudrait pour cela beaucoup plus de coh&#233;rence et de stabilit&#233; - notamment dans les politiques fiscales, actuellement presque syst&#233;matiquement biais&#233;es contre les actions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralit&#233; du placement en actions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Indispensable au pays, un tel investissement est en outre moral. L'investissement en actions est bien plus sain que l'endettement maladif qui caract&#233;rise nos &#233;conomies. Les grands drames financiers ont tous &#233;t&#233; des crises de la dette. Les actions sont de nature radicalement diff&#233;rente et ne pr&#233;sentent pas le m&#234;me probl&#232;me - sauf bien s&#251;r si elles sont financ&#233;es &#224; cr&#233;dit, comme en 1929. Si en effet une soci&#233;t&#233; finance des actifs par des fonds propres (des actions), et que son investissement tourne mal, elle perd de l'argent et &#233;ventuellement son capital. Mais l&#224; s'arr&#234;te l'effet direct : en soi cela ne cr&#233;e pas d'effet domino, donc pas de crise g&#233;n&#233;ralis&#233;e. C'est le contraire avec l'endettement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue du d&#233;biteur aussi la dette pr&#233;sente des risques importants : comme il est tenu juridiquement de la rembourser, cela peut le conduire &#224; la faillite. Alors que le capital (financement en fonds propres) n'a jamais &#224; &#234;tre rembours&#233; et que sa r&#233;mun&#233;ration (dividendes) n'&#233;tant pas obligatoire peut &#234;tre diff&#233;r&#233;e en cas de difficult&#233;s. Pour une entreprise c'est donc le financement le plus adapt&#233; toutes choses &#233;gales par ailleurs ; l'endettement ne devrait intervenir qu'en compl&#233;ment. Le seul financement possible de l'al&#233;a est en fonds propres : un argent que l'entreprise poss&#232;de, dont la perte peut &#234;tre envisag&#233;e. L'oublier est d&#233;vastateur. Naturellement, le risque pour l'investisseur est plus &#233;lev&#233; s'il est en fonds propres, mais sa r&#233;mun&#233;ration plus &#233;lev&#233;e en moyenne. Le financement sain du risque, c'est d'abord les fonds propres !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De leur c&#244;t&#233;, les investisseurs en actions ont plus que les autres une pr&#233;f&#233;rence pour l'avenir, car la rentabilit&#233; de leur placement n'est certaine que sur longue p&#233;riode, et risqu&#233;e sinon. En outre, qui raisonne &#224; dix ou vingt ans : le budget de l'Etat, ou Renault, ou Total, ou BNP Paribas ? L'annualisation du budget limite l'horizon de l'Etat, d'o&#249; le report incessant des d&#233;penses actuelles sur les g&#233;n&#233;rations futures. Ce qui b&#226;tit l'avenir, la cr&#233;ation durable de richesse, ce sont d'abord les entreprises. Ou un Etat amaigri et non endett&#233;. Or seule une base actionnariale forte leur donne les moyens d'investir &#224; long terme. C'est ce qui justifie le r&#244;le des actionnaires dans la marche de l'entreprise, m&#234;me si d'autres parties prenantes doivent aussi avoir leur mot &#224; dire. En r&#233;sum&#233; l'investissement en actions est le seul qui &#233;tablit une solidarit&#233; financi&#232;re entre l'investisseur et l'entreprise financ&#233;e. En ce sens c'est le plus moral de tous. Sous r&#233;serve bien s&#251;r que l'actionnaire utilise ses droits dans le bon sens !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Eglise va dans le m&#234;me sens. La condamnation m&#233;di&#233;vale ne visait que le pr&#234;t pur, pas le profit d'entreprise, ni la participation &#224; un projet avec les risques correspondants : parts de navire se livrant au grand commerce, ou de ce que nous appellerions soci&#233;t&#233; industrielle ou commerciale ; en bref tout investissement en fonds propres. Comme disait saint Thomas d'Aquin : &#171; Celui qui confie une somme &#224; un marchand ou &#224; un artisan par mode d'association, ne leur c&#232;de pas la propri&#233;t&#233; de son argent qui demeure bien &#224; lui, de sorte qu'il participe &#224; ses risques et p&#233;rils au commerce du marchand et au travail de l'artisan ; voil&#224; pourquoi il sera en droit de r&#233;clamer, comme une chose lui appartenant, une part du b&#233;n&#233;fice. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Moralit&#233; de l'utilisation de la Bourse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s bien : il faut investir en actions. Mais pourquoi le march&#233; financier, la Bourse ? Il n'est d'abord pas cr&#233;dible de vouloir financer des &#233;conomies comme les n&#244;tres sans large appel &#224; un march&#233; financier. Car s'il n'y a pas de march&#233; l'investisseur garde l'op&#233;ration jusqu'&#224; son terme (cr&#233;dit) ou ind&#233;finiment (actions). On dit que la relation peut alors &#234;tre plus directe et personnelle. Mais elle rencontre tr&#232;s vite ses limites. L'absence de cotation implique d'abord qu'il n'y ait pas d'indication ext&#233;rieure de prix, ni de confrontation &#224; l'opinion de tierces personnes sur l'op&#233;ration consid&#233;r&#233;e. Sauf partenaires loyaux et comp&#233;tents, l'arbitraire r&#232;gne. C'est ensuite l'absence de liquidit&#233;. Dans le cas d'une participation au capital, on ne sait pas comment sortir de l'op&#233;ration et on peut rester ind&#233;finiment &#8216;coll&#233;', au bon vouloir du propri&#233;taire de l'entreprise. Sauf motif particulier personne ne s'engage sur de tels risques sur grande &#233;chelle : d&#232;s lors, la grande majorit&#233; des investisseurs, surtout petits et moyens, n'a ni le d&#233;sir ni les moyens de se lier ainsi &#224; une entreprise particuli&#232;re. C'est pourquoi la fourniture de fonds propres sur une &#233;chelle un tant soit peu significative suppose un march&#233; financier, au moins depuis le XIXe si&#232;cle. Rappelons enfin que les objets principaux de la finance de march&#233; sont les actions, qui sont un argent confi&#233; quasiment &#224; perp&#233;tuit&#233;, et les obligations qui sont des pr&#234;ts sur une dur&#233;e relativement longue. Derri&#232;re les fluctuations &#224; court terme, d&#233;coulant du fait qu'on peut les acheter ou les vendre, il y a l&#224; un argent confi&#233; sur la longue ou tr&#232;s longue dur&#233;e. Aucun autre dispositif n'en fait autant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes une relation de longue dur&#233;e, cultivant la confiance r&#233;ciproque, est une excellente chose, en finance aussi ; et il est souhaitable d'orienter activement le syst&#232;me en ce sens. Mais ne m&#233;langeons pas les niveaux : ni les entreprises ni les relations commerciales n'ont forc&#233;ment vocation &#224; la p&#233;rennit&#233; ; ce ne sont ni des familles, ni des patries. Et les rapports d'argent ne sont pas des rapports idylliques o&#249; on s'engage forc&#233;ment sur la longue dur&#233;e, ni m&#234;me o&#249; cette fid&#233;lit&#233; s'impose toujours moralement. En outre la transaction n'exclut pas la relation. Le retour souhaitable &#224; des relations plus fid&#232;les et plus responsables ne doit pas se fonder sur la disparition du march&#233;, mais sur un usage diff&#233;rent de ce march&#233;. Ce n'est pas en emp&#234;chant les gens de vendre qu'on cr&#233;e des relations loyales et mutuellement b&#233;n&#233;fiques, bas&#233;es sur une perspective plus large que le pur calcul de rendement, mais en cultivant l'id&#233;e du bienfait de ces relations longues quand elles sont possibles, et c'est fr&#233;quemment le cas. M&#234;me si bien s&#251;r des mesures r&#233;glementaires peuvent et doivent aider, notamment des avantages fiscaux octroy&#233;s aux relations et investissements fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit rien de tout cela ne r&#233;duit la responsabilit&#233; de l'investisseur en actions, qui est le propri&#233;taire collectif de l'entreprise. Il est responsable moralement de son investissement et des indications qu'il envoie &#224; l'entreprise, directement ou par le jeu du march&#233;. Au-del&#224; de tous les exc&#232;s justement d&#233;nonc&#233;s d'une finance parfois irresponsable ou d&#233;brid&#233;e, qu'il faut encadrer, il ne sert &#224; rien d'incriminer le march&#233; pour des questions de soci&#233;t&#233; essentielles, mais qui se posent &#224; un niveau bien plus fondamental. Un march&#233; demande toujours &#224; &#234;tre enserr&#233; dans des r&#232;gles, c'est un point indiscutable et la crise du subprime nous l'a rappel&#233; violemment. Mais il est d'abord et surtout d&#233;termin&#233; par le syst&#232;me de valeur des acteurs : ce qui fait le march&#233;, c'est la hi&#233;rarchie de priorit&#233;s de ces acteurs. Et l&#224; on retrouve les valeurs fondamentales de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e. C'est donc l&#224;-dessus qu'il nous incombe moralement d'agir en derni&#232;re analyse. Et cela va bien au-del&#224; de ce qu'on appelle habituellement investissement socialement responsable&#8230;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Epargnant et responsable</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Epargnant-et-responsable.html</link>
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		<dc:date>2012-03-06T14:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Investissement &#233;thique</dc:subject>
		<dc:subject>Investissement responsable</dc:subject>
		<dc:subject>Epargner en vue du bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;D&#233;bat dans le cadre des Mardis des Bernardins&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les responsabilit&#233;s de l'&#233;pargnant dans la vie &#233;conomique ? Sur quelle base &#233;thique fonder sa responsabilit&#233; d'&#233;pargnant ? Comment l'int&#233;r&#234;t individuel et collectif du consommateur peut-il tenir compte de l'int&#233;r&#234;t plus large de l'&#233;conomie et de la cit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mardi 6 mars 2012, de 20h &#224; 21h45&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec lien pour voir et &#233;couter en direct&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Epargnant et responsable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans le cadre du cycle &#171; Question d'entreprise &#187; intitul&#233; &#171; Citoyen et acteur responsable de la vie &#233;conomique &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Mardi 6 mars 2012, de 20h &#224; 21h45&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les responsabilit&#233;s de l'&#233;pargnant dans la vie &#233;conomique ? S'en remettre &#224; des institutions sp&#233;cialis&#233;es et garanties par l'Etat ? Rechercher le rendement maximum ? Investir sur le long terme pour contribuer au d&#233;veloppement de l'&#233;conomie ? Concilier maintien de son patrimoine et solidarit&#233; avec les plus d&#233;munis ? Que peut-il attendre des organismes gestionnaires ou utilisateurs d'&#233;pargne ? Comment prend-il en compte l'int&#233;r&#234;t du salari&#233; et du consommateur qu'il peut aussi &#234;tre ? Sur quelle base &#233;thique fonder sa responsabilit&#233; d'&#233;pargnant ? Comment l'int&#233;r&#234;t individuel et collectif du consommateur peut-il tenir compte de l'int&#233;r&#234;t plus large de l'&#233;conomie et de la cit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec la participation de :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre de Lauzun, directeur g&#233;n&#233;ral d&#233;l&#233;gu&#233; de la F&#233;d&#233;ration Bancaire Fran&#231;aise et d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association Fran&#231;aise des March&#233;s Financiers-AMAFI ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Hubert Fondecave, directeur g&#233;n&#233;ral d'Ethiea Gestion, soci&#233;t&#233; de gestion de portefeuille ;&lt;br class='autobr' /&gt;
Me Pascal Julien Saint Amand, notaire.&lt;br class='autobr' /&gt;
D&#233;bat anim&#233; par Christian de Cacqueray, journaliste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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