<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?id_rubrique=31&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Quels peuvent &#234;tre &#224; terme les effets g&#233;opolitiques de la m&#233;thode Trump ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Quelles-peuvent-etre-a-terme-les-effets-geopolitiques-de-la-methode-Trump.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Quelles-peuvent-etre-a-terme-les-effets-geopolitiques-de-la-methode-Trump.html</guid>
		<dc:date>2025-05-26T06:56:32Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Trump et l'international</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;alisme</dc:subject>
		<dc:subject>Relations internationales</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'est pas ais&#233; de situer le r&#233;volution trumpienne dans le champ des relations internationales, encore moins de tenter d'&#233;valuer ses effets sur la dur&#233;e. Cela d&#233;pendra bien s&#251;r de l'effet mat&#233;riel imm&#233;diat qu'il aura obtenu dans ses diff&#233;rents points d'application - mais aussi de la dur&#233;e de son action. Rappelons que Trump n'est pas r&#233;&#233;ligible et qu'il perdra probablement les mid-terms dans 18 mois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est tr&#232;s probable qu'il aura acc&#233;l&#233;r&#233; des &#233;volutions latentes et que le monde d'apr&#232;s sera assez diff&#233;rent du monde d'avant. Moins id&#233;ologique, plus polycentrique, plus mercantile. Les Europ&#233;ens devraient y r&#233;fl&#233;chir&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-et-l-international-+.html" rel="tag"&gt;Trump et l'international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ordre-international-+.html" rel="tag"&gt;Ordre international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Realisme-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;alisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Relations-internationales-+.html" rel="tag"&gt;Relations internationales&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/geopolitics-9502438_640.jpg?1787417298' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'est pas ais&#233; de situer le r&#233;volution trumpienne dans le champ des relations internationales, encore moins de tenter d'&#233;valuer ses effets sur la dur&#233;e, c'est-&#224;-dire le degr&#233; de changement dans la logique g&#233;opolitique sur laquelle cette irruption tonitruante est susceptible de d&#233;boucher. Cela d&#233;pendra bien s&#251;r de l'effet mat&#233;riel imm&#233;diat qu'il aura obtenu dans ses diff&#233;rents points d'application - mais aussi de la dur&#233;e de son action. Rappelons que Trump n'est pas r&#233;&#233;ligible ; plus pr&#232;s de nous, les &#233;lections &#224; mi-mandat sont proches (novembre 2026), d&#233;bouchant selon une certaine probabilit&#233; sur la perte de contr&#244;le du Congr&#232;s, et elles d&#233;pendront largement de facteurs internes am&#233;ricains, bien plus que de la situation internationale, sauf d&#233;flagration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#233;thode Trump, si on peut s'exprimer ainsi, rend particuli&#232;rement difficile cet exercice, m&#234;me si comme on le fera ici on se limite &#224; la logique d'ensemble, sans consid&#233;rer chaque pays ou situation. Si on se situe toutefois au niveau des principes, de la vision, il appara&#238;t qu'il y a une grande constance dans ses prises de position en la mati&#232;re, depuis plus de 30 ans, notamment autour des id&#233;es de la priorit&#233; &#224; l'int&#233;r&#234;t national am&#233;ricain con&#231;u de fa&#231;on assez mercantiliste, de refus de toute politique id&#233;ologique &#224; pr&#233;tention moralisante, de la conviction que les Etats-Unis sont exploit&#233;s par d'autres et notamment leurs alli&#233;s (lesquels devraient contribuer beaucoup plus &#224; leur d&#233;fense), et de l'intuition que la d&#233;sindustrialisation est un drame, nourrie par l'insuffisance de la protection. Ces convictions constituent une rupture &#233;vidente par rapport au consensus qui malgr&#233; les apparences a domin&#233; la politique internationale am&#233;ricaine depuis longtemps (et un retour partiel au XIXe si&#232;cle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre &#233;l&#233;ment de rupture, de nature diff&#233;rente, est la m&#233;thode du dealer qu'il affectionne : lancer une s&#233;rie d'actions, regarder ce que cela donne, ajuster, prendre ce qui marche, laisser tomber le reste et poursuivre. M&#233;thode qui se combine avec la conviction personnelle qu'il a un talent de dealmaker exceptionnel, et qu'il peut se passer d'une connaissance pr&#233;cise des terrains (ici internationaux) auxquels il l'applique. Il en r&#233;sulte en pratique des objectifs concrets apparemment contradictoires, et un tourbillon de d&#233;cisions largement illisible, au moins au d&#233;part. Cette m&#233;thode est comme on sait particuli&#232;rement disruptive dans les relations &#233;conomiques, autour de l'utilisation massive mais apparemment al&#233;atoire de l'arme des droits de douane. Manquent &#224; l'&#233;vidence plusieurs &#233;l&#233;ments n&#233;cessaires &#224; une vision v&#233;ritablement strat&#233;gique, et notamment une image cible du type de r&#233;sultat &#224; obtenir sur la dur&#233;e et par quels moyens, ainsi que la prise en compte du fait que ses partenaires internationaux ont leurs propres vues et qu'il n'est pas &#233;vident que le passage en force brutal soit toujours la bonne m&#233;thode.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On remarque toutefois au moins deux &#233;l&#233;ments de continuit&#233; avec ses pr&#233;d&#233;cesseurs : le primat national am&#233;ricain d'abord ; en effet, si chez lui il prend une forme agressive et provocatrice, il a toujours &#233;t&#233; pr&#233;sent, avec cette diff&#233;rence que ses pr&#233;d&#233;cesseurs pr&#233;tendaient qu'il y avait identit&#233; entre ces int&#233;r&#234;ts et ceux de la plan&#232;te ou m&#234;me de la morale, du fait de la suppos&#233;e vocation universaliste unique des Etats-Unis. C'est ensuite la perspective de l'usage de la force, l&#224; aussi sous une forme apparemment plus agressive et brutale chez lui, enrob&#233;e chez les autres, mais au fond toujours pr&#233;sente. Notons cependant que c'est sous sa premi&#232;re pr&#233;sidence que les Etats-Unis ont fait le moins de guerres, et qu'il met actuellement en avant le d&#233;sir d'arr&#234;ter toute une s&#233;rie de guerres. Il n'est donc pas exclu qu'il finisse par &#234;tre le pr&#233;sident le moins guerrier ; mais l&#224; encore il peut changer d'avis. Continuit&#233; aussi dans la tendance am&#233;ricaine permanente &#224; ne pas voir l'autre puissance comme ayant ses int&#233;r&#234;ts et sa volont&#233; propres, qu'il faut discerner pour choisir la position la plus appropri&#233;e, et donc en composant avec cet autre, m&#234;me s'il y a guerre ; mais au contraire &#224; tenter en permanence d'imposer sa propre vision jusqu'au bout en usant au maximum de sa puissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#233;videmment pr&#233;matur&#233; d'anticiper sur ce qui peut se passer pendant les 18 mois qui viennent, ou les 3 ans et demi. La m&#233;thode m&#234;me du deal implique par nature qu'elle soit &#224; la fois impr&#233;visible et al&#233;atoire dans ses r&#233;sultats. C'est particuli&#232;rement &#233;vident dans les dossiers actuellement les plus imm&#233;diatement visibles : l'Ukraine, Gaza, ou les relations commerciales. La tendance am&#233;ricaine inv&#233;t&#233;r&#233;e &#224; la simplification abusive des questions se combine ici avec la m&#233;thode brutale et impatiente du faiseur de deals. La forme de transparence qu'affectionne Trump, &#224; coups de r&#233;seaux sociaux, rend d'ailleurs compte en temps r&#233;el de sa perplexit&#233; devant certaines situations, ainsi en Ukraine. Mais on ne peut non plus en aucun mani&#232;re exclure qu'il obtienne certains r&#233;sultats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il est possible et utile de se poser la question de son effet sur la dur&#233;e, en ce qui concerne la sc&#232;ne internationale en g&#233;n&#233;ral et son mode de fonctionnement, ses usages et r&#232;gles du jeu. M&#234;me si l&#224; aussi cela d&#233;pendra en partie des r&#233;sultats obtenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question premi&#232;re ici est celle de l'id&#233;ologie : alors que l'Europe, au moins dans l'imm&#233;diat, continue &#224; afficher le maintien d'une position m&#234;lant &#233;troitement messianisme id&#233;ologique et strat&#233;gie, notamment sur l'Ukraine, le basculement des Etats-Unis dans un autre camp, s'il durait, serait un fait majeur. Mais il est essentiel ici de remarquer que les Europ&#233;ens sont les seuls surpris. Pour le reste du monde, et depuis pas mal de temps, la r&#233;duction de la passion id&#233;ologique occidentale est d&#233;sir&#233;e depuis longtemps ; en tout cas, cette passion n'est plus partag&#233;e, comme en t&#233;moigne entre autres l'expansion &#233;tonnante du forum des BRICS, m&#234;me si les ambitions de ses membres sont par ailleurs tr&#232;s vari&#233;es. La multipolarit&#233; est &#224; l'ordre du jour. Ce fait fondamental peut laisser penser qu'il y a des possibilit&#233;s s&#233;rieuses que sur ce plan le trumpisme survive &#224; Trump : m&#234;me si elle heurte certains traits structurels de la conception du monde am&#233;ricaine (le messianisme), elle en retrouve d'autres aussi profonds (la m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard du monde ext&#233;rieure).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue peut valoir pour les relations &#233;conomiques internationales : la tendance r&#233;cente, particuli&#232;rement &#233;vidente depuis le Covid, &#233;tait &#224; un certain redimensionnement de la mondialisation, notamment au vu des graves effets de d&#233;pendance mis en lumi&#232;re ; les secousses trumpiennes les soulignent d'ailleurs plus encore. Aux Etats-Unis, cela r&#233;sonne avec le th&#232;me de la r&#233;industrialisation, d&#233;j&#224; fortement pr&#233;sent dans la politique de Biden. Sur ces plans, la brutalit&#233; graphique de Trump aura sans doute acc&#233;l&#233;ra une r&#233;volution mentale d&#233;j&#224; en cours : non pas la sortie du capitalisme, mais en un sens le passage vers un autre capitalisme, bien plus mercantiliste et m&#234;l&#233; &#224; la puissance publique que le pr&#233;c&#233;dent, y compris sur le plan militaire &#8211; et qui rappelle l'ancien capitalisme, celui du XVIIIe si&#232;cle par exemple. Le tout en phase avec l'immense d&#233;convenue populaire, le non-alignement des &#171; &#233;lites &#187; avec leur peuple, pourtant en contexte suppos&#233; d&#233;mocratique, ce qui a &#233;t&#233; et reste la source du populisme et para&#238;t enracin&#233; et donc durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution ne serait pourtant pas &#224; analyser purement et simplement comme le basculement dans un monde de relations internationales r&#233;gis par une forme de r&#233;alisme. Car ce mot recouvre des r&#233;alit&#233;s multiples, tant au niveau des doctrines strat&#233;giques que dans son sens courant. Le trumpisme se pr&#233;sente certes comme &#8216;r&#233;alisme' dans sa m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;ologie et dans sa reconnaissance de r&#233;alit&#233;s factuelles, allant de l'impossibilit&#233; d'une victoire ukrainienne &#224; la prise en compte de la d&#233;tresse populaire de l'Am&#233;rique moyenne et pauvre. Mais il est moins r&#233;aliste dans sa vision bien trop simplifi&#233;e des autres puissances et dans son insuffisante inscription dans la longue dur&#233;e : n'est pas Bismarck qui veut. En outre, dans son affirmation du seul int&#233;r&#234;t national, il ne retient qu'une des compr&#233;hensions possibles du terme r&#233;alisme : la plus directe et brutale. Mais comme justement la r&#233;alit&#233; est bien plus complexe, il lui manque ce faisant la prise en compte d'autres perspectives, plus proches de la tradition europ&#233;enne ancienne, et plus en phase avec un monde multipolaire : celle du concert europ&#233;en, o&#249;, m&#234;me dans la guerre, on tient compte du fait que l'on a des partenaires, qu'ils sont l&#224; sur la dur&#233;e, et dont il faut prendre en compte la fa&#231;on de voir les choses et les objectifs propres. De m&#234;me, on peut r&#233;cuser le moralisme pr&#233;dicateur et au fond tr&#232;s agressif d'une certaine pratique occidentale ; cela ne fait pas disparaitre le besoin profond du souci d'un vrai bien commun, lequel ne peut &#234;tre recherch&#233; que justement sur la base d'une consid&#233;ration r&#233;aliste des faits et de ce qu'on peut faire r&#233;ellement pour aller dans le sens du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/quelles-peuvent-etre-a-terme-les-effets-geopolitiques-de-la-methode-trump/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/quelles-peuven...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'ordre ou le d&#233;sordre international apr&#232;s Trump : essai de perspective</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/L-ordre-ou-le-desordre-international-apres-Trump-essai-de-perspective.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/L-ordre-ou-le-desordre-international-apres-Trump-essai-de-perspective.html</guid>
		<dc:date>2025-03-24T17:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Trumpisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trump et l'international</dc:subject>
		<dc:subject>Ordre international</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'irruption du tourbillon Trump change profond&#233;ment le fonctionnement collectif sur la sc&#232;ne internationale. Son caract&#232;re impr&#233;visible et son langage brutal en rendent l'analyse difficile pour les partenaires des Etats-Unis. M&#234;me si on discerne quelques courants pas toujours coh&#233;rents, comme le r&#233;alisme g&#233;opolitique, ou la tentation n&#233;o-mercantile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel sera l'effet &#224; terme ? S&#251;rement un recul massif de la tendance occidentale &#224; morig&#233;ner moralement le reste de la plan&#232;te, y compris &#224; coups d'interventions militaires. Peut-&#234;tre un r&#233;veil des pays europ&#233;ens de leur r&#234;ve commode, &#224; l'abri de l'US Army. Et sans doute un monde de plus en plus &#233;videmment multipolaire, &#224; l'&#233;quilibre instable, o&#249; les rapports de forces jouent un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trumpisme-+.html" rel="tag"&gt;Trumpisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-et-l-international-+.html" rel="tag"&gt;Trump et l'international&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ordre-international-+.html" rel="tag"&gt;Ordre international&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/grunge-795307_1920.jpg?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un article ant&#233;rieur (&#171; &lt;i&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Entre-communication-de-choc-et.html&#034; class=&#034;spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;Entre communication de choc et incertitude calcul&#233;e, que penser du trumpisme ?&lt;/a&gt;&lt;/i&gt; ), &#034;, j'&#233;voquais les incertitudes soulev&#233;es par la m&#233;thode trumpienne : sa puissance communicationnelle (surprise et choc), et ses limites (provocations et grossi&#232;ret&#233;). Mais surtout son insuffisance de perspective strat&#233;gique claire, autre que la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts et la brutalit&#233; dans les n&#233;gociations (plus d'ailleurs que l'usage de la force militaire).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pose mal cette question en Europe. L'extraordinaire &#233;motionnalit&#233; des r&#233;actions aux &#233;v&#233;nements intervenus, en particulier avec l'Ukraine, en dit long sur le mode de raisonnement de nos contemporains, m&#234;me avertis et intelligents. La propension &#224; sauter d&#232;s que possible sur le terrain facile de l'indignation morale pouss&#233;e &#224; blanc en est une composante symptomatique. La rationalit&#233; et le r&#233;alisme bien compris en font les frais. Et donc le v&#233;ritable souci moral, qui suppose une appr&#233;ciation juste des r&#233;alit&#233;s. Le seul b&#233;n&#233;fice est la prise de conscience de la r&#233;alit&#233; du monde, et notamment le besoin d'un effort de d&#233;fense cr&#233;dible des pays europ&#233;ens, enfin perceptible pour ceux-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les incertitudes n'en sont pas moins l&#224;. Elles portent notamment sur la strat&#233;gie de Trump, dont on peine &#224; d&#233;m&#234;ler toute la logique, au milieu des influences multiples qui s'exercent sur lui, de la bizarrerie de ses d&#233;clarations, ou du rythme saccad&#233; de ses d&#233;cisions. Essayons de d&#233;m&#234;ler les pistes possibles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les logiques explicatives &#224; l'&#339;uvre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a un point &#233;vident : son refus de la politique id&#233;ologique, pr&#233;tendument morale, celle des bien mal-nomm&#233;s &#171; n&#233;o-conservateurs &#187;, qui sont en r&#233;alit&#233; des progressistes violents, visant &#224; l'instauration partout de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme par le bombardement. Et, plus largement, de la posture &#224; pr&#233;tention moralisante des Occidentaux jusqu'&#224; ce tournant. Mais ledit tournant, malgr&#233; son importance, ne suffit pas &#224; d&#233;finir une politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut y voir ensuite l'adoption d'une forme de r&#233;alisme g&#233;opolitique, du type d&#233;fendu depuis des ann&#233;es aux Etats-Unis par un homme du calibre de John Mearsheimer. Ce courant de pens&#233;e est clairement pr&#233;sent dans l'entourage de Trump, et influent. Ce n'est pas de la realpolitik au sens bismarckien, mais la constatation de la pr&#233;dominance des rapports de force dans la communaut&#233; internationale, dans la mesure o&#249; il n'y a pas d'autorit&#233; commune, et o&#249; chacun est pris dans la logique de la strat&#233;gie et du risque que chacun peut pr&#233;senter pour l'autre. Dans cette perspective, la priorit&#233; est donn&#233;e &#224; la rivalit&#233; avec la Chine (le &#8216;pivot' asiatique, &#224; la suite d'Obama), d'o&#249; un rapprochement avec la Russie, qui, selon cette ligne, avait &#233;t&#233; malencontreusement renvoy&#233;e dans les bras de P&#233;kin &#224; la suite de la guerre en Ukraine. Mais Trump n'a semble-t-il pas la vision longue que cette approche suppose, et d'autres influences agissent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut noter aussi la dimension &#233;conomique, la moins claire : un m&#233;lange entre une forme de mercantilisme - se traduisant notamment par des droits de douane et l'utilisation de pressions pour s'ouvrir des d&#233;bouch&#233;s commerciaux - ; et des pr&#233;occupations de s&#233;curit&#233; : volont&#233; d'une autonomie industrielle dans des secteurs clefs, et recherche du contr&#244;le de ressources rares devenues d&#233;cisives avec les d&#233;veloppements technologiques. Plus le souci de r&#233;duire le co&#251;t de la protection militaire am&#233;ricaine, notamment en Europe. Une telle approche conduit en l'esp&#232;ce &#224; des actions opportunistes et des voltefaces, dans le style de Trump ; ainsi men&#233;e, elle peut en partie recouvrir la pr&#233;c&#233;dente, mais aussi la contredire. Une autre influence enfin est celle d'Elon Musk, de Peter Thiel, et d'autres, eux aussi adeptes des bouleversements radicaux, mais un angle de vision diff&#233;rent, car libertarien, et plus tourn&#233;e vers l'interne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains voient en revanche dans la strat&#233;gie de Trump un changement de camp des Etats-Unis, id&#233;ologique, par rapprochement avec ce qu'on voit comme le camp autoritaire russo-chinois. Mais cette approche binaire ne colle pas avec le fait que Trump n'est pas un id&#233;ologue, qu'il met la Chine a premier rang des menaces, et que son horizon est court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut rappeler justement son besoin de montrer tr&#232;s rapidement des r&#233;sultats coh&#233;rents avec les annonces, tant par son temp&#233;rament de faiseur de deal que du fait que le temps lui est compt&#233; : en octobre 2027, on aura les &#233;lections de mid-term et la perte probable de contr&#244;le du Congr&#232;s. Notamment du fait des facteurs &#233;conomiques, domaine dans lequel la coh&#233;rence du trumpisme est peu assur&#233;e, et le risque de d&#233;cevoir son &#233;lectorat assez &#233;lev&#233; (sur l'inflation en particulier).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres encore soulignent certains &#233;l&#233;ments &#233;motionnels pr&#233;sents chez lui, ou des a priori non r&#233;ductibles aux rationalit&#233;s pr&#233;c&#233;dentes. Ainsi le soutien donn&#233; &#224; Isra&#235;l, au-del&#224; des administrations pr&#233;c&#233;dentes, et concomitamment sa haine de l'Iran. On &#233;voque aussi, &#224; tort ou &#224; raison, une certaine estime de Poutine ; un m&#233;pris de l'Europe, jug&#233;e d&#233;cadente ou woke ; ou une volont&#233; de revanche sur ses ennemis d&#233;mocrates, etc. Tout cela joue son r&#244;le, mais ne donne pas une ligne g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit influences multiples et horizons tr&#232;s courts, dit difficult&#233; &#224; rep&#233;rer une ligne strat&#233;gique claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un tournant majeur probablement, mais pas de feuille de route pour l'avenir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle pourra &#234;tre la sc&#232;ne internationale apr&#232;s le passage de cet ouragan ? Par d&#233;finition il n'est pas facile de le cerner, et le cours des &#233;v&#233;nements peut conduire &#224; des r&#233;sultats inattendus. Mais on peut avancer les &#233;l&#233;ments suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier et le plus manifeste est la remise en cause appr&#233;ciable des rapports transatlantiques et du r&#244;le de l'id&#233;ologie &#224; l'occidentale. A vrai dire, c'&#233;taient d&#233;j&#224; des tendances &#224; l'&#339;uvre, m&#234;me si les Europ&#233;ens ne voulaient pas le voir. Le r&#244;le jusque-l&#224; dominant d'une id&#233;ologie occidentale moralisante, r&#233;cus&#233; par Trump, l'&#233;tait depuis longtemps par la plupart des pays du monde, comme en t&#233;moigne la mont&#233;e des BRICS. Et le r&#233;&#233;quilibrage des rapports transatlantiques &#233;tait d&#233;sir&#233; depuis longtemps par les Am&#233;ricains. La nouveaut&#233;, pour les Europ&#233;ens, est dans la soudainet&#233; et brutalit&#233; de l'&#233;volution. C'est pour eux un choc, mais ils auraient pu se r&#233;veiller avant. Une telle rupture est sans doute durable, m&#234;me si elle peut se nuancer en cas d'&#233;lection d'un d&#233;mocrate apr&#232;s Trump, en 2028.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre facteur majeur est l'absence de perspective collective, de doctrine, de message envoy&#233; au monde, autre que la d&#233;fense de ses int&#233;r&#234;ts et l'usage de la force en cas de besoin, outre une certaine brutalit&#233; dans l'expression et la n&#233;gociation. Ce qui implique que cela ne d&#233;bouchera logiquement pas sur un nouveau jeu de r&#232;gles, un nouveau paradigme &#233;clairant la sc&#232;ne internationale, autre que le fait de rapports de forces plus nus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le sch&#233;ma commun&#233;ment admis auparavant en Occident, et pouss&#233; &#224; l'extr&#234;me par les &#171; n&#233;o-conservateurs &#187;, celui d'une religion de la d&#233;mocratie et des droits de l'homme et d'un ordre international suppos&#233; r&#233;gul&#233;, &#233;tait certes largement hypocrite, mais il avait un certain pouvoir r&#233;f&#233;rentiel ; il &#233;tait donc apparemment &#233;clairant et r&#233;gulateur pour ceux qui y croyaient. Ce paradigme progressiste n'est pas remplac&#233; ; il subsiste donc ici ou l&#224;, notamment chez les Europ&#233;ens. Mais sans se renouveler, la panique r&#233;gnant sur ce plan en Europe. Et, bien avant Trump, il a &#233;t&#233; de plus en plus r&#233;cus&#233; par le reste de la plan&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seule alternative mise en avant ici ou l&#224; est le discours chinois id&#233;alis&#233;, celui d'un monde r&#233;solument polycentrique, o&#249; la r&#232;gle du respect mutuel aboutit &#224; ce que chacun est le ma&#238;tre chez soi, dans la vari&#233;t&#233; des approches et id&#233;ologies. Il est &#224; rapprocher (plus ou moins fid&#232;lement) du concept confuc&#233;en, con&#231;u &#224; nouveaux frais, de tianxia, &#8216;tout sous le ciel', espace politique universel civilis&#233; &#8211; gr&#226;ce &#224; l'influence bienveillante de la Chine. On peut y soup&#231;onner le besoin, pour celle-ci, de prot&#233;ger son syst&#232;me &#224; l'int&#233;rieur, et d'assurer une forme d'h&#233;g&#233;monie &#224; l'ext&#233;rieur, l&#224; o&#249; elle le peut. Mais &#224; ce stade, l'id&#233;e en question reste embryonnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y aura donc a priori pas de nouvelle perspective commune ; nous sommes dans l'&#339;il du cyclone. En dominante, la soci&#233;t&#233; mondiale sera sans doute plus que jamais celle d'une pluralit&#233; de forces, cherchant empiriquement un &#233;quilibre.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;div class='rss_ps'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/lordre-ou-le-desordre-international-apres-trump-essai-de-perspective/&#034;&gt;Paru dans Politique Magazine N&#176; 245, un peu modifi&#233; ici.&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Entre communication de choc et incertitude calcul&#233;e, que penser du trumpisme ?</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Entre-communication-de-choc-et-incertitude-calculee-que-penser-du-trumpisme.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Entre-communication-de-choc-et-incertitude-calculee-que-penser-du-trumpisme.html</guid>
		<dc:date>2025-02-20T17:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trumpisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection, Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par un tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. Certains aspects sont a priori bienvenus, d'autres moins, et certains choquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique les appr&#233;ciations violentes que cela suscite en Europe. Mais cela m&#233;rite surtout de prendre un peu de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on peut s'interroger sur la strat&#233;gie &#224; terme et sur les buts ultimes poursuivis : on retrouve ici les limites du populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trumpisme-+.html" rel="tag"&gt;Trumpisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par une tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Cela r&#233;sulte de la masse m&#234;me de ces d&#233;cisions, de leur radicalit&#233;, de la nouveaut&#233; de la m&#233;thode, et de l'acceptation tranquille d'une rupture radicale &#224; l'&#233;gard des conventions jusqu'ici re&#231;ues, y compris d'ailleurs, &#224; l'occasion, de r&#232;gles juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. L'avenir dira dans quelle mesure cela aura &#233;t&#233; efficace du point de vue des auteurs ; mais il est probable qu'il en restera quelque chose d'appr&#233;ciable, et s&#251;rement plus que s'ils avaient proc&#233;d&#233; progressivement et gentiment. &lt;i&gt;Shock and awe&lt;/i&gt; disent les Am&#233;ricains. Ce n'est pas l'instinct spontan&#233; des Europ&#233;ens, mais c'est puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle appr&#233;ciation de fond peut-on porter, m&#234;me si &#233;videmment on n'en est qu'au tout d&#233;but ? J'y vois quatre fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier front est ce qu'on peut appeler au sens large l'h&#233;g&#233;monie de la pens&#233;e progressiste, qui avait pris des proportions caricaturales, notamment aux Etats-Unis, avec le wokisme. Elle a ind&#233;niablement re&#231;u des coups vigoureux : en premier lieu, le d&#233;mant&#232;lement de l'USAID a mis en &#233;vidence &#224; la fois l'aberration de financements purement id&#233;ologiques et le client&#233;lisme d'ONG bien positionn&#233;es. Mais le mouvement massif de recul des pratiques DEI (diversit&#233;, &#233;quit&#233;, inclusion ; en fait, du wokisme, y compris les pratiques trans et LGBT), qui avaient gangren&#233; toute une partie des entreprises et de l'administration, n'est pas moins frappant. L&#224; encore, on ne pourra juger qu'&#224; terme ; mais le choc est appr&#233;ciable. On ne boudera pas un sentiment g&#233;n&#233;ral de satisfaction devant cette remise des pendules &#224; l'heure &#224; l'&#233;gard d'une emprise devenue l&#224;-bas obsessionnelle et &#233;touffante, et qui se r&#233;pand ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me front est celui des migrations : remettre en cause la situation aberrante de millions de clandestins th&#233;oriquement ill&#233;gaux, mais de fait tol&#233;r&#233;s, est en soi coh&#233;rent. Et cela envoie un signal fort aux candidats &#233;ventuels. Il reste que, m&#234;me en mettant de c&#244;t&#233; la question des m&#233;thodes, cela ne donne pas &#224; ce stade une image claire de l'avenir sur ce plan : transformer l'Am&#233;rique en forteresse ? Reconvertir des millions d'Am&#233;ricains dans les m&#233;tiers occup&#233;s par les migrants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me front est celui des guerres et n&#233;gociations internationales, en premier lieu Ukraine et Gaza. Le choc n'est pas moins r&#233;el, mais l'appr&#233;ciation &#224; porter plus complexe. D'un c&#244;t&#233;, on a une recherche de solutions &#224; des probl&#232;mes lancinants, qu'il fallait traiter un moment ou un autre : c'est en soi bienvenu ; on dira m&#234;me : il &#233;tait temps. D'un autre c&#244;t&#233;, on entend des d&#233;clarations tonitruantes et surprenantes : int&#233;r&#234;t pour des annexions qui rappellent le bon vieux temps (Groenland, Panama, voire Canada) ; ou projets aberrants de d&#233;logement de l'enti&#232;ret&#233; de la population de Gaza. Mais le terrain est ici autrement plus difficile : c'est l'intraitable question isra&#233;lo-palestinienne, dans un Moyen Orient connu depuis des mill&#233;naires pour ses sables mouvants ; ou la partie de poker avec le retors et implacable Vladimir Poutine, apr&#232;s trois ans de guerre atroce et d'oppositions passionnelles. Reste donc &#224; voir ce que pourra faire Trump sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un domaine apparent&#233;, le coup de pied dans la fourmili&#232;re europ&#233;enne a le m&#233;rite de mettre en &#233;vidence la vacuit&#233; des discours va-t'en guerre atlantistes engag&#233;s dans une confrontation irresponsable et ingagnable avec la Russie, ou le d&#233;calage manifeste entre la caste dominante et l'opinion populaire (entre autres sur les migrations), soulign&#233; par JD Vance. Mais la mise en cause par le camp Trump est trop centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, brutalement assum&#233;s, pour &#234;tre pleinement audible et fructueuse. En outre, la m&#233;thode ouvre une b&#233;ance, dans laquelle les europ&#233;istes vont tenter de s'engouffrer, selon leur mantra habituel (toujours plus d'Europe). Ce qui voudrait dire plus d'emprise bureaucratique et de palabres continuels, mais pas plus d'ind&#233;pendance, ni de s&#233;curit&#233;. Fort heureusement, ils ne sont pas d'accord entre eux. L&#224; aussi, un jeu tr&#232;s ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me front est l'&#233;conomie, o&#249; la coh&#233;rence du trumpisme ne saute pas aux yeux, entre d&#233;fense des masses am&#233;ricaines et d&#233;r&#233;glementation ; entre populisme et r&#233;forme de l'Etat men&#233;e par un milliardaire ; entre lutte contre l'inflation et droits de douanes ou &#233;limination de la main d'&#339;uvre immigr&#233;e clandestine ; entre affirmation de la puissance am&#233;ricaine et ouverture d'une confrontation commerciale &#224; l'issue incertaine et aux r&#232;gles floues. C'est le front le moins clair. On est donc ici dans l'expectative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, sur ces deux derniers fronts notamment, la m&#233;thode Trump, celle d'un n&#233;gociateur de deals immobiliers, produit un effet de surprise, qui de son point de vue plonge utilement les parties adverses dans l'incertitude. Mais cette m&#234;me incertitude s'&#233;tend malheureusement aux buts poursuivis. Certes son entourage para&#238;t plus consistant et structur&#233; que dans son premier mandat, avec ici ou l&#224; des id&#233;es plus claires et souvent bien orient&#233;es. Mais cela n'efface pas l'incertitude sur Trump lui-m&#234;me, comme en t&#233;moignent ses &#233;clats &#233;tranges, ou sur la vari&#233;t&#233; de ces influences. Il n'est donc pas facile de porter un jugement de fond sur ce qui pourra ressortir de cette exp&#233;rience in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces consid&#233;rations s'ajoute celle du style et de la m&#233;thode. Passons sur l'agressivit&#233; du personnage : certes, elle choque moins outre-Atlantique et para&#238;t parfois ressusciter un XIXe si&#232;cle am&#233;ricain qu'on avait oubli&#233; ici. Mais le style n'est pas neutre. La vulgarit&#233; et l'agressivit&#233; permanentes, le m&#233;pris des adversaires ne sont pas des instruments permettant la construction de relations civilis&#233;es, en interne comme en externe. Et donc, m&#234;me si dans l'ensemble le trumpisme se trouvait &#233;ventuellement avoir un bilan positif, il faudra passer &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, &#224; qui est attach&#233; &#224; la tradition de civilisation et de culture classiques qui est l'honneur de nos pays, tout cela pose un probl&#232;me de fond. On peut en effet admettre qu'un prix soit pay&#233; pour d&#233;loger l'emprise de l'id&#233;ologie progressiste, mais il faut &#234;tre au clair sur la cible. Or le probl&#232;me pos&#233; par ce qu'on appelle au sens large populisme, bien au-del&#224; de Trump d'ailleurs, est qu'il vient par la force des choses de la p&#233;riph&#233;rie de la soci&#233;t&#233;, et qu'il n'est donc ni polic&#233;, ni tr&#232;s &#233;labor&#233; dans ses conceptions et analyses (les conceptions vraiment conservatrices au bon sens du terme, plus &#233;labor&#233;es aux Etats-Unis qu'en Europe, restent minoritaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; vient du fait que le paradigme progressiste, culturellement dominant, a dans une large mesure confisqu&#233; &#224; son profit les r&#233;f&#233;rences moralisantes et civilisatrices de nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple, l'affirmation sans complexe d'un int&#233;r&#234;t national pur est en un sens rafra&#238;chissante par rapport aux hypocrisies ant&#233;rieures et &#224; la brutalit&#233; dangereuse des &#171; n&#233;ocons &#187; et leur imp&#233;rialisme id&#233;ologique ; mais elle n'est &#233;videmment pas sans ses risques, si elle conduit &#224; intensifier les affrontements. Et si on peut &#234;tre satisfait de voir les petits marquis ou les pr&#234;cheurs exalt&#233;s, bruxellois ou germanopratins, d&#233;log&#233;s de leurs certitudes arrogantes et menac&#233;s dans leur emprise croissante, il ne faut pas que par cette occasion on jette le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain, et qu'on fasse sauter des barri&#232;res civilisatrices, ou tout simplement des r&#232;gles du jeu utiles. De m&#234;me, si on ne peut qu'applaudir &#224; la marginalisation des d&#233;lires de la th&#233;orie du genre, cela ne saurait &#224; soi seul restaurer une conception juste et saine de la sexualit&#233; et plus encore de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, cela ne dispense pas de la r&#233;forme intellectuelle et morale dont parlait Renan. Chez eux comme en Europe, elle reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur&lt;/i&gt; Politique magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les fronti&#232;res apr&#232;s Trump : Groenland et Panama</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-frontieres-apres-Trump-Groenland-et-Panama.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Les-frontieres-apres-Trump-Groenland-et-Panama.html</guid>
		<dc:date>2025-02-09T17:20:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Groenland</dc:subject>
		<dc:subject>Modification de fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Trump</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donald Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland, ainsi que le canal de Panama. Et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique, c'est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation ; cela ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte &#8211; encore que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est int&#233;ressant de le prendre au mot. Dans quelles circonstances cela pourra-t-il avoir un sens ? Et qu'est-ce que cela peut signifier pour l'&#233;volution des relations internationales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Groenland-+.html" rel="tag"&gt;Groenland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Modification-de-frontieres-+.html" rel="tag"&gt;Modification de fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland ainsi que le canal de Panama, et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin. Il ajoutait qu'il apparaissait naturel que le Canada soit lui aussi int&#233;gr&#233; dans l'Union, mais cette fois sans usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que dans la logique de Donald Trump, ceci est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation, et ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte. Cela pourrait aussi relever de son go&#251;t pour les provocations apparemment gratuites, ce dont Gaza vient de faire les frais de fa&#231;on spectaculaire. Mais le cas du Groenland et du Panama est plus plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors int&#233;ressant de le prendre au mot, et d'analyser la signification de telles d&#233;clarations pour le cadre international dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de r&#233;flexions d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un billet pr&#233;c&#233;dent (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Les-modifications-de-frontieres.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Les-...&lt;/a&gt; )j'avais &#233;voqu&#233; la question de la modification des fronti&#232;res par la force. Je notais : &#171; il peut &#234;tre l&#233;gitime de vouloir poser le principe d'un respect des fronti&#232;res existantes, qui ne seraient pas modifiables sauf accord mutuel, et cela au nom de la paix&#8230; Cela dit, l'examen des pr&#233;c&#233;dents depuis 1945 montre que m&#234;me s'il a servi de r&#232;gle de base, le principe a connu une existence souvent chaotique. On a pu r&#233;guli&#232;rement s'assoir dessus, et m&#234;me justifier son exact contraire, parfois par de grands arguments moralisants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je rappelais par ailleurs que &#171; la mise en &#339;uvre du principe peut aboutir &#224; des r&#233;sultats embarrassants. Prenons le cas de Taiwan, reconnue comme partie int&#233;grante de la Chine par la plupart des Etats. Le respect des fronti&#232;res reconnues, compris litt&#233;ralement, va ici manifestement dans le sens de P&#233;kin. Ce qui choque. Et donc on cherche &#224; moduler le principe&#8230; Soit en consid&#233;rant qu'une fronti&#232;re m&#234;me contestable au d&#233;part devient l&#233;gitime avec le temps, ce qu'en pratique on fait assez largement... Soit en se calant sur des proc&#233;dures d'autod&#233;termination&#8230; Mais si on retient ce crit&#232;re, on risque justement de conduire &#224; des remises en causes nombreuses des fronti&#232;res existantes par toutes sortes de s&#233;paratistes, ou d'intervenants ext&#233;rieurs, du plus souple au plus violent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je concluais que &#171; ce principe a rendu de r&#233;els services ici ou l&#224;. C'est un moyen de calmer le jeu, qui n'est pas &#224; m&#233;priser. Mais &#224; condition de ne pas le voir comme le grand principe moral qu'on tend &#224; en faire ; c'est simplement une r&#232;gle pratique, pragmatique, permettant de maintenir la paix dans bien des cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas du Groenland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on dire des cas &#233;voqu&#233;s ? Pas grand-chose sur le Canada, car Trump ne parle pas d'employer la force. Les deux autres sont de ce point de vue plus int&#233;ressants. En commun est le fait qu'ils constituent ou peuvent constituer des enjeux strat&#233;giques majeurs, et qu'en m&#234;me temps la population directement concern&#233;e est minime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense Groenland est un enjeu g&#233;opolitique majeur, dans la perspective du contr&#244;le de l'Arctique et pour ses mati&#232;res premi&#232;res, et il le devient chaque jour plus avec le r&#233;chauffement climatique. Concr&#232;tement, m&#234;me tout imp&#233;rialisme mis &#224; part, et sans vouloir choquer personne, on pourrait d&#232;s lors d&#233;fendre l'id&#233;e que les 57 000 habitants actuels ne peuvent &#234;tre le seul d&#233;cideur, et peut-&#234;tre m&#234;me pas le d&#233;cideur principal &#8211; ce qui n'exclut pas de respecter leurs droits par ailleurs (autonomie, acc&#232;s aux fruits des ressources, culture etc.). En sens inverse, le principe d'autod&#233;termination a un r&#244;le r&#233;el : c'est, comme le respect des fronti&#232;res, une balise, fr&#234;le, mais qui r&#233;gule et limite quelque peu les app&#233;tits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui d'autre alors aurait voix au chapitre ? C&#244;t&#233; am&#233;ricain, la revendication est ancienne, mais n'a aucune base historique ou culturelle. Elle ne peut donc consister que dans l'affirmation d'un &#233;quivalent de la prise de possession d'une res nullius : cela revient &#224; dire que le Groenland n'&#233;tant ni peupl&#233; par une vraie nation, actuelle ou potentielle, ni capable de se d&#233;fendre, ni d'exploiter ses ressources, un autre peut et doit le faire. Or, pourrait-on avancer dans cette ligne, les Etats-Unis sont ceux qui actuellement assument ces fonctions, m&#234;me si c'est sur le mode mineur (notamment par une base militaire). Mais &#233;videmment, dans un tel cas, d'autres pourraient avoir aussi des ambitions. En un sens, la d&#233;claration d'int&#233;r&#234;t de Trump est au minimum un moyen de dire &#224; ces derniers : attention, &#231;a m'int&#233;resse, n'y touchez pas ou vous aurez affaire &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le principe d'autod&#233;termination, une objection majeure vient &#233;videmment du r&#244;le du Danemark et derri&#232;re lui, de l'Europe. Jusqu'&#224; r&#233;cemment le Groenland &#233;tait danois. D&#233;sormais, c'est un territoire autonome, simplement associ&#233; &#224; l'Union europ&#233;enne, mais dont le Danemark assume en th&#233;orie la d&#233;fense, et qui demande l'ind&#233;pendance. D'un c&#244;t&#233; donc, le lien existe, et dans la mesure o&#249; on entrerait dans le raisonnement pr&#233;c&#233;dent, les Danois seraient plus fond&#233;s que les Am&#233;ricains &#224; revendiquer l'&#238;le, et derri&#232;re eux l'Europe. Cela dit, il ne para&#238;t pas &#233;vident que ce soit l'option pr&#233;f&#233;r&#233;e des Groenlandais eux-m&#234;mes. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, sans l'appui d&#233;terminant des Am&#233;ricains, les Europ&#233;ens seraient incapables de d&#233;fendre le Groenland contre une attaque par un grand pays. Il n'est donc pas &#233;vident qu'ils soient en &#233;tat de revendiquer pour eux seuls la d&#233;cision ; m&#234;me s'ils sont l&#233;gitimement une partie prenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, en cas de pression soutenue de Trump, on peut concevoir qu'une solution se d&#233;gage apr&#232;s n&#233;gociation, avec in&#233;vitablement un r&#244;le appr&#233;ciable des Am&#233;ricains. On peut aussi imaginer que la question passe dans l'arri&#232;re-plan pendant un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation pourrait se tendre dans la zone, avec une vraie menace (russe, chinoise ou autre), militaire ou &#233;conomique. Ce n'est pas le cas actuellement. Mais si cela se produisait, une action un peu brutale des Etats-Unis serait certes contraire au droit, mais ni incoh&#233;rente avec leur comportement pass&#233; (et pas seulement au XIXe s.), ni purement arbitraire. Dans un cas extr&#234;me, ce serait peut-&#234;tre m&#234;me indispensable. Mais alors les Groenlandais seraient peut-&#234;tre les premiers &#224; la demander&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de Panama&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cas est assez diff&#233;rent historiquement, car l'Etat m&#234;me de Panama a &#233;t&#233; de fait cr&#233;&#233; assez brutalement par les Etats-Unis (par s&#233;cession forc&#233;e hors de la Colombie, en 1903), justement &#224; propos du canal. Ce dernier est une voie d'eau internationale majeure. En outre, les Etats-Unis en avaient gard&#233; le contr&#244;le total jusqu'en 1999, le retrait faisant suite &#224; une d&#233;cision de restitution prise sous le pr&#233;sident Carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les Am&#233;ricains revenaient sur cette d&#233;cision, en reprenant le contr&#244;le du canal, ils pourraient &#233;voquer le pr&#233;c&#233;dent historique. Ils pourraient en outre, comme pour le Groenland, souligner l'int&#233;r&#234;t majeur du canal ainsi que l'incapacit&#233; du Panama (pays de 4,5 M d'habitants, sans arm&#233;e v&#233;ritable) de le d&#233;fendre contre une puissance agressive. Plus, inversement, le risque &#233;ventuel d'un pouvoir local qui en fasse un usage hostile. Et, contrairement au Groenland, ils sont la seule puissance ayant vocation &#224; intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, sauf n&#233;gociation aboutissant plus ou moins paisiblement &#224; une solution, un usage de la force ne serait certainement pas fond&#233; &#224; ce stade. Mais si une vraie menace devait se concr&#233;tiser, il ne faudrait pas s'&#233;tonner de voir les Am&#233;ricains agir. Et, au moins dans certaines circonstances (non r&#233;alis&#233;es &#224; ce jour), cela pourrait se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, il ne faut voir en l'esp&#232;ce les paroles de Donald Trump ni comme des paroles en l'air, ni comme de la pure arrogance irrationnelle. L'int&#233;r&#234;t des Am&#233;ricains a une certaine rationalit&#233;. Mais sauf concr&#233;tisation manifeste d'une menace sur ces territoires, actuellement non av&#233;r&#233;e, l'usage direct de la force peut difficilement &#234;tre d&#233;fendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle action, si elle se produisait, serait en outre un coup de canif appr&#233;ciable dans une conception westphalienne des relations internationales, o&#249; en principe on respecte la souverainet&#233; des autres ; et a fortiori si on se r&#233;f&#232;re &#224; une norme bas&#233;e sur le droit. Certes, on l'a rappel&#233;, ce ne serait pas le premier de ces coups de canif. Mais la mani&#232;re de faire serait un &#233;l&#233;ment nouveau. En effet, m&#234;me si sur Panama ou m&#234;me le Groenland on pourrait soutenir que le r&#233;alisme donne quelconque consistance aux objectifs de Trump, le fait d'assumer sans complexe un comportement r&#233;gul&#233; par ses seuls int&#233;r&#234;ts et envisageant sans retenue le recours &#224; la violence pour les satisfaire constitue un &#233;l&#233;ment nouveau dans les relations internationales actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on resterait dans le contexte d'un interventionnisme militaire am&#233;ricain qui est une donn&#233;e quasiment permanente depuis 1945 (sauf, &#233;trangement, sous Trump I !). Mais l'adoption d'une ligne explicitement centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains est n&#233;anmoins une nouveaut&#233;, car les motivations affich&#233;es par eux pendant cette p&#233;riode avaient toujours une forte dimension id&#233;ologique (sinc&#232;re ou pas), et en tout cas affichaient le respect de certaines r&#232;gles. Ici on raisonnerait sur un crit&#232;re d'enjeu purement strat&#233;gique, qui justifierait d'agir sans plus de consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la plan&#232;te, cela pourrait inqui&#233;ter un peu plus pas mal de monde. Mais cela constituerait &#233;videmment et surtout un pas majeur dans le glissement vers un nouveau style de rapports. On l'a dit, il ne s'agit pas l&#224; de principes absolus et sacrosaints ; mais ils ont une certaine vertu pour calmer le jeu &#224; l'occasion. Dans un tel monde, il n'y aurait plus de motif pour condamner l'invasion du Kowe&#239;t par Saddam : si une coalition se formait dans un tel cas afin de r&#233;sister au coup de force, ce serait par un pur calcul d'int&#233;r&#234;ts ou de rapports de forces. Et donc, m&#234;me si on doit reconna&#238;tre les limites des r&#232;gles, leur effacement complet repr&#233;senterait un changement a priori peu souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ajoutons qu'&#224; terme une telle &#233;volution serait particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;surrection du concept d'empire, appel&#233; &#224; un vrai avenir comme je l'ai &#233;voqu&#233; par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/les-frontieres-apres-trump-groenland-et-panama/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/les-frontieres...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Guerre des cultures &#187; aux Etats-Unis : l'aspect politique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Guerre-des-cultures-aux-Etats-Unis-l-aspect-politique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Guerre-des-cultures-aux-Etats-Unis-l-aspect-politique.html</guid>
		<dc:date>2022-11-21T17:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre des cultures</dc:subject>
		<dc:subject>Etats-Unis</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pour celui qui persiste &#224; se fier aux m&#233;dias fran&#231;ais, ce qu'on appelle aux Etats-Unis guerre des cultures est quelque peu occult&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne Trump. Or cette guerre des cultures et la radicalisation du combat politique qui l'accompagne est bien ant&#233;rieure &#224; l'&#233;mergence politique de Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un facteur d&#233;sormais structurant pour beaucoup d'institutions am&#233;ricaines et pour tout le d&#233;bat politique. On l'a vu encore aux &#8216;midterms'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Guerre-des-cultures-+.html" rel="tag"&gt;Guerre des cultures&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Etats-Unis-+.html" rel="tag"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Pour celui qui persiste &#224; se fier aux m&#233;dias fran&#231;ais, ce qu'on appelle aux Etats-Unis guerre des cultures est quelque peu occult&#233; par le ph&#233;nom&#232;ne Trump. Or cette guerre des cultures et la radicalisation du combat politique qui l'accompagne est bien ant&#233;rieure &#224; l'&#233;mergence politique de Trump. C'est un facteur d&#233;sormais structurant pour beaucoup d'institutions am&#233;ricaines et pour tout le d&#233;bat politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une radicalisation des oppositions, &#224; fondement culturel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je l'ai constat&#233;e personnellement au niveau du Congr&#232;s, ayant eu l'occasion de contacts annuels sur place depuis un vingtaine d'ann&#233;es et jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment. A ce niveau politique, on est pass&#233; de la culture du compromis, d&#233;crite pendant longtemps comme typique des Am&#233;ricains, &#224; un affrontement de plus en plus radical, sans piti&#233;, et cela sur n'importe quel sujet. L'anciennet&#233; relative du ph&#233;nom&#232;ne le fait donc remonter bien avant Trump. Mais le r&#244;le de ce dernier est n&#233;anmoins important, car il a radicalis&#233; en son temps la forme que cela prend politiquement au plus haut niveau, en lui donnant en outre un style populiste pour le moins tr&#232;s particulier, et inqui&#233;tant pour bien des &#233;lecteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vie politique ant&#233;rieure, elle, pouvait opposer des lignes tr&#232;s diff&#233;rentes comme par exemple dans les ann&#233;es 30, mais ne se pr&#233;sentait pas comme guerre inexpiable entre conceptions radicalement diff&#233;rentes de la vie et de la soci&#233;t&#233; sur des points essentiels, c'est-&#224;-dire comme guerre des cultures. En fait il n'y a pas de pr&#233;c&#233;dent avant la guerre de S&#233;cession, le cas de cette derni&#232;re &#233;tant assez diff&#233;rent : l'opposition des deux camps, cristallis&#233;e sur la question de l'esclavage, prenait une forme g&#233;ographique et m&#234;me linguistique (accent encore visible aujourd'hui) entre Nord et Sud, s&#233;par&#233;s en outre par des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques. Rien de tel aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La radicalit&#233; de cette opposition au niveau politique n'est pas non plus corr&#233;l&#233;e &#224; une intensification du d&#233;bat de fond sur des sujets classiques comme les in&#233;galit&#233;s et les questions sociales, ou la politique &#233;trang&#232;re ou militaire &#8211; m&#234;me si ce d&#233;bat peut &#234;tre intense. Ce qui para&#238;t caract&#233;riser cette opposition est d'&#234;tre structur&#233;e par la &#8216;guerre des cultures', qui porte comme on sait sur des questions soci&#233;tales comme la coupure raciale, l'avortement, le f&#233;minisme, les questions LGBT ou de genre, etc., le tout &#233;tant f&#233;d&#233;r&#233; aujourd'hui par le wokisme. Ce qui remonte &#224; plusieurs dizaines d'ann&#233;es, mais s'est r&#233;guli&#232;rement intensifi&#233;. Comme le dit J. D. Hunter dans le Figaro en septembre 2022, &#171; nous sommes &#224; un stade o&#249; les gens ne peuvent plus se parler parce qu'ils ne reconnaissent m&#234;me pas le langage moral de l'autre &#187; ; d'o&#249; une peur les uns des autres qui devient dominante. Dans les universit&#233;s (mais aussi par ricochet dans une certaine mesure, les entreprises) on assiste en outre &#224; une v&#233;ritable r&#233;volution culturelle, avec remise en cause radicale et souvent violente de la culture commune, telle qu'elle &#233;tait comprise auparavant : des universitaires sp&#233;cialistes de latin et grec d&#233;noncent l'enseignement de ces langues comme typiques de l'oppression blanche occidentale&#8230;. Des g&#233;n&#233;rations nouvelles sont d&#233;sormais &#233;duqu&#233;es dans cette vision nouvelle et destructrice ; bien des grandes entreprises organisent des stages de r&#233;&#233;ducation de leurs cadres sur ces sujets. Ce ph&#233;nom&#232;ne tend &#224; &#234;tre imit&#233; en Europe, mais pas dans les m&#234;mes proportions. En sens contraire la r&#233;action contre cette situation est forte et r&#233;pandue, consid&#233;rablement plus qu'en Europe. Le cas de l'avortement le d&#233;montre : peu remis en cause de ce c&#244;t&#233; de l'Atlantique, il fait actuellement l'objet de mesures de restrictions parfois consid&#233;rables dans de nombreux Etats am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons incidemment que cette lutte &#226;pre entre deux conceptions n'existe pas politiquement au m&#234;me degr&#233; dans les autres pays anglosaxons, de tradition britannique, m&#234;me si elle se retrouve dans le champ culturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre diff&#233;rence de grande importance entre les deux rives de l'Oc&#233;an est la question de l'immigration. Elle fait bien s&#251;r l'objet d'un d&#233;bat des deux c&#244;t&#233;s, comme choix politique. Mais leur signification en termes de guerre de cultures est tr&#232;s diff&#233;rente : rappelons qu'aux Etats-Unis l'immigration est tr&#232;s largement latinoam&#233;ricaine, donc d'une culture pas radicalement diff&#233;rente. Si les espoirs de ceux qui pensaient que ces immigr&#233;s seraient plus facteurs de conservatisme ont &#233;t&#233; jusqu'ici plut&#244;t d&#233;&#231;us (ils votent d&#233;mocrate aux 2/3), il reste que la question de l'immigration n'a pas de lien manifeste avec la guerre des cultures. Situation donc tr&#232;s diff&#233;rente de celle de l'Europe, o&#249; la culture traditionnelle est mise en cause sur deux fronts, par la gauche culturelle d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre par l'immigration d'une population culturellement diff&#233;rente et qui veut le rester, les deux s'alliant &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effets politiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre la radicalisation des affrontements, la guerre des cultures a un effet appr&#233;ciable sur la recomposition des partis politiques. C'est notamment vrai du camp r&#233;publicain, o&#249; elle se combine avec l'effet Trump. Le parti est d&#233;sormais consid&#233;rablement plus raidi sur les aspects soci&#233;taux, mais &#233;volue aussi sur le plan &#233;conomique, o&#249; il passe de parti de l'ouverture des fronti&#232;res &#224; une position beaucoup plus complexe, avec remise en cause de l'id&#233;e de mondialisation syst&#233;matique. M&#234;me glissement sur le plan des id&#233;es : en concurrence avec le courant libertarien anti&#233;tatique, toujours pr&#233;sent (voir le Tea Party), on observe une remont&#233;e appr&#233;ciable de la pens&#233;e conservatrice am&#233;ricaine v&#233;ritable, plus dans la ligne de Russell Kirk, avec m&#234;me une tendance &#224; assumer plus clairement une position franchement alternative aux id&#233;es dominantes : voir ainsi les contributions de qualit&#233; et &#224; succ&#232;s d'un Patrick Deneen (Why Liberalism Failed) ou plus de vulgarisation mais bien vue d'un Sohrab Ahmari (The Unbroken Tread : Discovering the Wisdom of Tradition in an Age of Chaos), qui ont m&#234;me eu les honneurs d'un article du Monde &#8211; et m&#233;ritent la lecture. Le mot conservateur, qui tendait &#224; se fondre dans une forme de lib&#233;ralisme (au sens europ&#233;en du terme), ou m&#234;me dans une position d'id&#233;ologie d&#233;mocratique conqu&#233;rante &#224; l'international, avec les si mal nomm&#233;s n&#233;oconservateurs, tend &#224; reprendre son sens originel. De fait, c'est le seul moyen d'aborder la guerre des cultures, en d&#233;passant les question particuli&#232;res pour remonter aux positions fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique pur, voire &#233;lectoral, l'effet est plus ambigu. Il y a eu ind&#233;niablement un glissement &#224; droite d'une partie de l'&#233;lectorat ; mais inversement les &#233;lecteurs situ&#233;s entre deux, dits ind&#233;pendants, peuvent &#234;tre effray&#233;s par certaines attitudes, ainsi sur l'avortement, ou par les prises de position de Trump, per&#231;ues comme extr&#234;mes et d&#233;stabilisatrices (notamment sa mise en cause de la l&#233;gitimit&#233; des &#233;lections, assez mal per&#231;ue dans ce public). Ou parlant peu aux jeunes (m&#234;me s'ils ne votent que tr&#232;s peu, c'est essentiellement d&#233;mocrate). Ainsi aux derni&#232;res midterms, qui ont &#233;t&#233; tr&#232;s d&#233;cevantes pour les R&#233;publicains &#8211; m&#234;me si les D&#233;mocrates n'ont fait que limiter la casse, et cela apr&#232;s avoir mis sur la table des d&#233;penses d&#233;mentielles, par centaines de milliards de dollars. A ces midterms, la gauche m&#233;diatique a attaqu&#233; les r&#233;publicains en renversant l'accusation : ce seraient eux qui brandiraient la hache de guerre des cultures (avortement, transition de genre, LGBT etc.), cr&#233;ant de l'instabilit&#233; et restreignant les libert&#233;s. Non sans que cette attaque marque des points, car dans la vision lib&#233;rale (au sens europ&#233;en) que partagent bien des R&#233;publicains et surtout les ind&#233;pendants, spontan&#233;ment on voit mal pourquoi remettre en cause la diversit&#233; sexuelle, les changements de genre, l'avortement (avec la nouvelle position de la Cour supr&#234;me, qui laisse pourtant le choix aux politiques) etc. - sans percevoir la r&#233;alit&#233; normative et rigide de la nouvelle doxa, son terrorisme intellectuel et ses effets destructeurs. Ajout&#233; aux effets d'inqui&#233;tude qu'inspire le style Trump sur beaucoup de gens, ces attaques ont jou&#233; dans le r&#233;sultat de ces &#233;lections.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre limite &#224; la qualit&#233; du d&#233;bat est sociog&#233;ographique : la carte montre que sauf exceptions, le camp d&#233;mocrate est celui des grandes m&#233;tropoles de la c&#244;te Ouest et du Nord Est, plus une partie du Midwest, le reste, le plus visible sur la carte, &#233;tant surtout r&#233;publicain. Comme si une forme de sociologie l'emportait sur le combat des id&#233;es. Le parti d&#233;mocrate n'est plus par nature un parti de classes populaires ; celles-ci sont dans une mesure croissante r&#233;publicaines, au mois chez les blancs. La domination id&#233;ologique du politiquement correct &#224; tendance woke tend &#224; se recouvrir avec la domination sociale des classes gagnantes de la mondialisation, en alliance avec certaines couches populaires (noirs, partie des latinos). Tout ceci veut dire aussi que la situation n'est pas stabilis&#233;e, avec un risque accru de violence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et pour nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut en &#234;tre la signification pour nous ? On l'a compris, la situation n'est pas exactement la m&#234;me qu'en Europe. Nul doute que l'id&#233;ologie woke qui se d&#233;verse sur nos milieux universitaires et m&#233;diatiques y a un degr&#233; de radicalisation, d'intol&#233;rance et de violence, qu'elle n'aurait pas sans le raidissement qu'elle a acquis aux Etats-Unis. En m&#234;me temps, cela limite sa capacit&#233; &#224; colorer tout le champ politique ici. Il en r&#233;sulte ce conformisme politiquement correct qui est le n&#244;tre, moins agressif, mais r&#233;gnant beaucoup plus exclusivement que l&#224;-bas, et offrant, en France du moins, une capacit&#233; de stigmatisation, notamment de la m&#233;chante extr&#234;me-droite, qui a encore r&#233;cemment montr&#233; son efficacit&#233; avec l'affaire Fournas. En d'autres termes, une r&#233;alit&#233; qui a sa logique chez eux, conditionne dans les pays culturellement domin&#233;s comme le n&#244;tre une situation assez diff&#233;rente, mais vuln&#233;rable, et y maintient une domination culturelle &#8216;progressiste,', entre la gauche pure et dure et les macronistes, qui est plus difficilement contest&#233;e que l&#224;-bas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d'autant plus que chez eux comme ici, l'id&#233;ologie dominante est ancr&#233;e dans les structures de base de la pens&#233;e collective, ce paradigme de neutralit&#233; qui caract&#233;rise le d&#233;bat public en Occident et donne un avantage au d&#233;part &#224; tout ce qui para&#238;t aller dans le sens de l'&#233;mancipation de l'individu. En d'autres termes, qui gauchit d'embl&#233;e la guerre des cultures dans ce sens. Ainsi chez les &#233;lecteurs mobiles la question de l'avortement tend &#224; jouer &#233;lectoralement en faveur des progressistes, car leur position para&#238;t laisser un choix. A nouveau, on l'a vu aux midterms, sachant que ce n'&#233;tait qu'un des facteurs en jeu (&#224; c&#244;t&#233; d'autres comme Trump, l'inflation ou la s&#233;curit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, dans un tel contexte, autant il est justifi&#233; en soi et m&#234;me n&#233;cessaire de pousser un argument soci&#233;tal autant qu'on peut, autant il faut &#234;tre conscient des limites que cela rencontre en fonction du degr&#233; de maturation des &#233;lectorats &#8211; et des autres facteurs en pr&#233;sence. A certains moments, trop c'est trop. Sur le fond, mais aussi beaucoup sur la mani&#232;re : la m&#233;thode DeSantis (en Floride), clairement hostile aux wokes et menant la guerre des cultures plus habilement, a bien mieux r&#233;ussi que l'attitude agressive et pas toujours cr&#233;dible de Trump. Mais bien s&#251;r cela ne justifie pas l'inertie : le combat doit &#234;tre men&#233;, mais comme dans tout combat il faut savoir o&#249; est le rapport de forces ; et il change constamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Politique magazine&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/la-guerre-des-cultures-aux-etats-unis/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le soft power am&#233;ricain est toujours l&#224;&#8230; mais il mue</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-soft-power-americain-est-toujours-la-mais-il-mue.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-soft-power-americain-est-toujours-la-mais-il-mue.html</guid>
		<dc:date>2020-07-27T09:28:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Soft power</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La notion de soft power introduite par Joseph Nye a eu un succ&#232;s imm&#233;diat. C'est une forme de pouvoir dans la vie internationale, non par usage de la force mais par persuasion et influence ; elle r&#233;sulte de l'image que projette un &#201;tat, mais aussi la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, du fait de sa culture, de ses productions au sens large, de ses id&#233;es, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains pensent qu'avec M. Trump le soft power am&#233;ricain est durablement alt&#233;r&#233;. Je pense au contraire qu'il mue mais reste pr&#233;pond&#233;rant. L'influence du mouvement Black Lives Matter dans tout le monde occidental nous le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Soft-power-+.html" rel="tag"&gt;Soft power&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La notion de soft power introduite par Joseph Nye a eu un succ&#232;s imm&#233;diat. On sait que pour lui il s'agit d'une forme de pouvoir dans la vie internationale, non par usage de la force mais par une forme de persuasion ; elle r&#233;sulte de l'image que projette un &#201;tat, du fait de ses performances, de sa communication, de son comportement ou de son id&#233;ologie ; mais aussi de la soci&#233;t&#233; consid&#233;r&#233;e, de son style, de sa culture, de ses productions culturelles au sens large, de ses id&#233;es, de son activit&#233; scientifique ou autre etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme souvent dans ces cas, le concept a &#233;t&#233; interpr&#233;t&#233; de fa&#231;on h&#233;t&#233;roclite et parfois approximative. On le voit avec nos chers journalistes de la presse bienpensante qui s'offusquent des frasques de M. Trump et en d&#233;duisent que le soft power am&#233;ricain est de ce fait durablement alt&#233;r&#233;, confondant ainsi ce pouvoir avec l'image momentan&#233;e qu'a dans les m&#233;dias l'administration actuellement en place &#224; Washington.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en est-il donc de ce soft power am&#233;ricain ? Il est vrai que depuis 20 ans plusieurs &#233;v&#233;nements essentiels ont sensiblement alt&#233;r&#233; l'image des Etats-Unis et par l&#224; son aura. Ainsi la d&#233;sastreuse exp&#233;dition d'Iraq en 2003. Ou la dramatique crise financi&#232;re de 2008. Un autre facteur majeur a &#233;t&#233; la profonde &#233;volution de la sc&#232;ne politique interne am&#233;ricaine depuis une vingtaine d'ann&#233;es, donc bien avant Trump, avec pour base ce qu'on appelle l&#224;-bas culture wars, guerres de cultures, ces oppositions radicales, id&#233;ologiques, religieuses ou autres d&#233;chirant le pays et qui se traduisent concr&#232;tement au Congr&#232;s par une guerre de tranch&#233;e implacable entre R&#233;publicains et D&#233;mocrates, contrastant de fa&#231;on impressionnante avec le relatif consensus et l'esprit de compromis qui pr&#233;valaient autrefois. Et bien s&#251;r, au niveau du Pr&#233;sident, par les changements appr&#233;ciables de message au niveau international selon le titulaire du poste, que ce soit en bilat&#233;ral ou multilat&#233;ral. C&#244;t&#233; pouvoirs publics, l'image projet&#233;e est donc ind&#233;niablement plus hach&#233;e et heurt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais est-ce la fin de l'histoire ? Il me para&#238;t int&#233;ressant ici d'&#233;largir ce concept de soft power, y compris dans la d&#233;finition de Nye et de ses successeurs, qui tend &#224; se concentrer sur l'influence exerc&#233;e par le pouvoir politique, l'Etat, &#224; travers son chef effectif. Or dans le cas des Etats-Unis une part appr&#233;ciable de l'influence r&#233;elle de ce pays s'exerce &#224; travers d'autres canaux, d'autres parties du pouvoir politique ou de l'administration, ou m&#234;me en dehors d'elle. Je prends deux exemples. L'un est l'avalanche de protestations et m&#234;me l'hyst&#233;rie collective qui a saisi le monde occidental &#224; la suite de la mort tragique de G. Floyd. Voil&#224; un &#233;v&#233;nement am&#233;ricain, qui, lu &#224; travers le prisme local, a d&#233;termin&#233; non seulement un mouvement collectif appr&#233;ciable dans ce pays, mais aussi &#224; l'&#233;tranger, au moins dans la sph&#232;re occidentale et plus exactement dans l'Europe de l'Ouest. Or ce mouvement est inexplicable sans prise en compte de l'&#233;volution en profondeur des universit&#233;s am&#233;ricaines, mettant la question de la discrimination (vraie ou suppos&#233;e) en position premi&#232;re et m&#234;me parfois exclusive dans le d&#233;bat public, et qui a fini par impr&#233;gner en profondeur ce d&#233;bat public dans le pays. Mais aussi par l&#224; m&#234;me, dans les pays sous son influence, car on y constate de plus en plus avec retard la m&#234;me &#233;volution, France comprise. Aid&#233;e d'ailleurs par l'action directe d'institutions am&#233;ricaines, ambassades comprises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre exemple est le r&#244;le des r&#233;seaux sociaux. On voit les controverses opposant D. Trump &#224; Twitter, et la position plus r&#233;serv&#233;e de Facebook. Mais cela ne doit pas nous faire perdre de vue qu'au-del&#224; de ces &#233;v&#233;nements, ce d&#233;bat lui aussi proprement am&#233;ricain influence la plan&#232;te enti&#232;re, du moins la plan&#232;te dite occidentale (hors Chine, Russie et quelques autres), qui est abonn&#233;e de fa&#231;on massive &#224; ces supports et &#224; eux seuls, et en subit donc la politique de filtrage et en fait de censure, outre le fait m&#234;me d'adopter la logique m&#234;me de ces supports et ce que cela implique pour le fa&#231;onnage de l'opinion Ce n'est en outre qu'une petite partie de l'extraordinaire emprise des Gafam, notable en mati&#232;re technologique, et notamment de recherche scientifique (avec des budgets cumul&#233;s comparables &#224; ceux civils du gouvernement am&#233;ricain), le tout bas&#233; sur une puissance financi&#232;re incomparable, avec des marges massives et une grande ind&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des financements de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces exemples et d'autres montrent que si on consid&#232;re comme &#233;l&#233;ment du soft power non pas seulement ce qui est directement au service du gouvernement concern&#233;, pris au sens &#233;troit, mais l'influence politique globale que le pays exerce &#224; l'&#233;tranger, y compris en exportant ses d&#233;bats internes, alors le soft power am&#233;ricain appara&#238;t toujours consid&#233;rable, et manifestement pr&#233;pond&#233;rant (toujours en mettant partiellement en dehors Chine, Russie et d'autres). Il tend m&#234;me &#224; bien des points de vue &#224; se renforcer, du moins sur le plan id&#233;ologique, notamment dans sa zone d'influence la plus directe. En outre, on peut m&#234;me consid&#233;rer que les &#8216;guerres des cultures' am&#233;ricaines, malgr&#233; leurs inconv&#233;nients pour ce pays, peuvent inversement contribuer &#224; son rayonnement, en exportant ses d&#233;bats. En outre, conduisant &#224; poser les probl&#232;mes en termes am&#233;ricains, cela facilite consid&#233;rablement l'orientation qui est donn&#233;e ensuite par le gouvernement am&#233;ricain, quel qu'il soit, puisque le terrain est pr&#234;t pour l'accueillir. Ce qui est la d&#233;finition m&#234;me du soft power. Un &#233;ventuel pr&#233;sident d&#233;mocrate pourra ainsi utiliser le mouvement suivant la mort de G. Floyd comme cheval de bataille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, on peut voir un paradoxe &#224; qualifier de soft power des d&#233;bats et manifestations (comme celles suivant la mort de G. Floyd), alors que non seulement ils contestent le pouvoir ex&#233;cutif am&#233;ricain, au moins en partie, mais surtout que cela donne de ce pays une image pour le moins ambigu&#235;, et m&#234;me assez n&#233;gative. On a m&#234;me soutenu que les Etats-Unis avaient d&#233;sormais les inconv&#233;nients du soft power plus que ses avantages. La r&#233;alit&#233; est bien s&#251;r entre les deux : inconv&#233;nients et avantages sont tous deux pr&#233;sents, mais dans le cadre de ce qui est plus que jamais une h&#233;g&#233;monie id&#233;ologique et m&#233;diatique peu disput&#233;e dans sa sph&#232;re. Etant entendu que cela reste une h&#233;g&#233;monie : cela n'emp&#234;che pas une certaine originalit&#233; europ&#233;enne ici ou l&#224;, mais elle n'est pas motrice au niveau mondial, ni m&#234;me significative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; C'est d'autant plus vrai, au moins dans la p&#233;riode imm&#233;diate, que comme je l'ai relev&#233; dans plusieurs billets ant&#233;rieurs, il n'y a sur ce plan &#224; ce stade aucune alternative au niveau mondial. La Chine, seul candidat possible actuellement, a m&#234;me choisi, au moins pour le moment avec Xi Jinping, une voie inverse : la voie classique de la relation de puissance pure, r&#233;elle, mais &#224; ce stade sans v&#233;ritable capacit&#233; de rayonnement id&#233;ologique ou culturel. La &#8216;pens&#233;e Xi-Jinping', exalt&#233;e sur place, m&#233;lange &#233;trange de syst&#232;me de pouvoir et d'oripeaux confuc&#233;ens ou mao&#239;stes, ne para&#238;t pas devoir briller &#224; l'&#233;tranger. Et le rayonnement de sa soci&#233;t&#233; civile tout comme celui de son Internet, tous deux corset&#233;s sont par le fait m&#234;me tr&#232;s faibles. Cela dit, la Chine y gagne de ce fait sur un autre plan, car elle peut jouer la carte d'une relative neutralit&#233; id&#233;ologique, ce qui peut plaire &#224; bien des gouvernements. Il est &#224; noter que ni le Tibet, ni les Ouighours ni m&#234;me Hongkong ne suscitent de r&#233;action comparable &#224; l'&#233;tranger, m&#234;me de loin, &#224; la mort de G. Floyd. Parall&#232;lement, son effort technologique impressionnant, notamment en intelligence artificielle (IA) et en grandes entreprises du Net (Baidu, Alibaba, Tencent etc.), devrait s'av&#233;rer &#224; terme un instrument de puissance consid&#233;rable, m&#234;me s'il est encore peu perceptible : totalement ind&#233;pendantes de leurs cousines am&#233;ricaines, ces entreprises sont de taille &#233;norme, tr&#232;s comp&#233;titives, et disposent de bases de donn&#233;es sans &#233;gales, ce qui d&#233;cisif pour l'IA. Leur d&#233;ploiement ext&#233;rieur est donc tout &#224; fait concevable, et plus encore &#224; mesure que les censures id&#233;ologiques croissantes de Twitter, Facebook et autres rebuteront. Bas&#233;es sur une puissance technique et une efficacit&#233; particuli&#232;re, elles peuvent devenir des comp&#233;titeurs redoutables. Mais cela resterait encore une forme de puissance purement mat&#233;rielle - sauf si, &#224; terme plus long, un message original finissait par &#233;merger de Chine (la m&#233;ritocratie politique pouvant en &#234;tre un &#233;l&#233;ment). L'avenir peut donc montrer l&#224; aussi que le soft power n'est jamais acquis, et qu'il peut changer de nature. Mais l&#224; encore, comme je l'ai r&#233;guli&#232;rement soulign&#233;, c'est dans 20 ou 30 ans qu'on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt; le 27 juillet 2020 &lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/le-soft-power-est-toujours-la-mais-il-mue/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/le-soft-power-e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
