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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (premi&#232;re partie)</title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier article : l'h&#233;ritage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-242-+.html" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Confucianisme-+.html" rel="tag"&gt;Confucianisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier article : la vision confuc&#233;enne de l'homme et de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient de culture chinoise, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel avec par exemple Tu Weiming, Tongdong Bai ou, c&#244;t&#233; anglosaxon, Daniel A. Bell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conception confuc&#233;enne de la soci&#233;t&#233; humaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception confuc&#233;enne, l'harmonie au sein du groupe joue un r&#244;le plus important que l'action personnelle ou individuelle, qui est centrale dans la tradition occidentale, surtout moderne. On cherche le succ&#232;s du groupe et non celui de la personne, l'adaptation plus que le contr&#244;le. De ce fait, ce qui correspond au &#8216;droit' ne repose pas sur une lutte entre opposants, &#224; r&#233;soudre gr&#226;ce &#224; un principe ou des r&#232;gles, mais sur la recherche d'une accommodation. Une notion centrale chez Confucius est celle de ren, le sens de l'humain compris comme relationnel : le &#8216;moi' est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels. Ce lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain : c'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se placer. Un autre axiome de l'humanisme confuc&#233;en, c'est la place qu'il donne &#224; l'&#233;ducation et au d&#233;veloppement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision confuc&#233;enne est donc fondamentalement sociale ; il faut que les relations sociales aient une base morale appropri&#233;e, ce qui veut dire ne reposer ni sur la force, ni sur la comp&#233;tition. Les institutions interm&#233;diaires sont &#233;ducatives, et cela commence par la famille, dont le r&#244;le est central, &#224; la fois directement et comme mod&#232;le de toute organisation, avec un jeu de relations et de responsabilit&#233;s bien d&#233;finies (c'est la formule de Mencius sur les cinq relations : p&#232;re-fils, mari-femme, etc.). On peut prendre l'image de cercles concentriques qui reviennent &#224; la personne plac&#233;e dans sa famille : si elle se gouverne bien, tout fera de m&#234;me. Cela dit il ne s'agit pas d'un autoritarisme, car il y a r&#233;ciprocit&#233; : Confucius recommande aux enfants de montrer aux parents leurs torts, et de m&#234;me entre mari et femme. En m&#234;me temps la discussion ne peut &#234;tre totalement libre, car il y a des r&#232;gles morales et de d&#233;cence. La libert&#233; n'est alors pas libert&#233; de choisir ; d'ailleurs la famille, qui en est le point de d&#233;part, est une institution non volontaire ; or elle est un mod&#232;le m&#234;me pour les associations libres. En pratique cela laisse cependant une marge r&#233;elle de libert&#233; (et donc d'esprit d'entreprise) mais autrement que par notre libert&#233; individuelle : c'est ici par insertion dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point essentiel est le r&#244;le de ce qu'on traduit par &#8216;rite', li. C'est un comportement juste plus que le suivi de r&#232;gles. Pour Anne Cheng il &#171; joue dans le bon fonctionnement du gouvernement un r&#244;le fondamental puisqu'il canalise les &#233;nergies et les instincts individuels dans des comportements recevables, guidant et facilitant ainsi les rapports politiques et sociaux. Aussi mesure-t-on l'injustice du pr&#233;jug&#233; selon lequel Confucius est un &#8216;ritualiste'. C'est l'esprit, non la lettre, du rituel qu'il tente de retrouver. Loin de pr&#244;ner une adh&#233;sion aveugle, dogmatique, &#224; une forme quelconque d'&#233;tiquette ou de r&#232;gles arbitraires, il accorde leur juste importance &#224; l'exp&#233;rience et au jugement de chacun. Le yi est ce sens du juste, cette capacit&#233; de juger par soi-m&#234;me de ce qu'il est &#233;quitable et judicieux de faire dans telles ou telles circonstances &#187;. Et elle ajoute : &#171; un esprit occidental ne manque pas de s'&#233;tonner de cette absence de crit&#232;res absolus, de valeurs abstraites, dans la &#8216;philosophie' de Confucius. Mais ce qui en fait l'originalit&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette intuition que le crit&#232;re du Juste change avec le temps et les circonstances. &#187; Au niveau politique, le souverain doit s'imposer par la bienveillance et non par la force : la notion-clef est l'harmonie plus que le pouvoir et surtout la contrainte. Il n'y a par ailleurs pas de r&#233;f&#233;rence proprement religieuse &#224; la morale, mais des r&#233;f&#233;rences historiques. En Chine le Ciel ne parle pas : c'est l'histoire qui d&#233;gage le sens des choses, et ce sens est moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en outre pas une morale abstraite : c'est une morale enracin&#233;e dans des situations concr&#232;tes, et notamment dans un tissu de relations sociales qui commence par la famille et se r&#233;gule par ces &#8216;rites'. Si on se met soi-m&#234;me en ordre (moralement et en termes de sagesse) on rayonne sur sa famille, qui se met en ordre, puis de proche en proche la soci&#233;t&#233;, et enfin le monde et la nature. Mais en m&#234;me temps, cet ordre est en harmonie avec celui de l'univers par la m&#233;diation du pouvoir politique, au centre duquel est l'Empereur, Fils du Ciel, dont la m&#234;me harmonie int&#233;rieure est requise pour obtenir celle de l'ensemble. Le principe d'harmonie universelle li r&#233;git cela, un peu comme le droit naturel en Occident ; mais &#224; nouveau, la voie normale pour l'atteindre, plus que la raison, est le d&#233;veloppement du soi. Mais comme on le voit cela retrouve aussi certains points essentiels de la tradition occidentale classique (les vertus au sens aristot&#233;licien comme dispositions personnelles cultiv&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avantage de ces &#8216;rites', m&#234;me aujourd'hui, est d'impliquer ensemble des personnes de statut social diff&#233;rent. C'est ce qui explique qu'on ait en Asie une plus grande &#233;galit&#233; entre les personnes, en m&#234;me temps que ce souci des rites ; en effet, traditionnellement les puissants ne s'affirment normalement pas d'abord par la richesse ou le pouvoir. Et cela vaut notamment pour les relations entre professeurs et &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir comment le syst&#232;me occidental peut &#234;tre per&#231;u &#224; partir de l&#224;. Daniel A. Bell nous propose une critique int&#233;ressante de la pens&#233;e occidentale, du point de vue d'un confucianisme moderne. L'id&#233;e traditionnelle en Chine est selon lui qu'il faut &#233;tudier jusqu'&#224; 40 ans et plus, et ne commencer &#224; examiner le monde de fa&#231;on critique qu'apr&#232;s. En d&#233;veloppant trop t&#244;t l'esprit critique, on risque de d&#233;boucher sur une forme de relativisme. La m&#233;thode socratique ne va d&#232;s lors pas de soi, car elle favorise trop cet examen critique - Socrate avait d'ailleurs n&#233;glig&#233; sa famille. A l'id&#233;e d'un d&#233;veloppement de l'esprit critique chez les &#233;tudiants, suppos&#233;s penser par eux-m&#234;mes d&#232;s que possible, s'oppose le d&#233;veloppement de la capacit&#233; empathique &#224; comprendre les sentiments et le v&#233;cu des autres : il ne s'agit pas de gagner dans des d&#233;bats, mais de gagner les c&#339;urs, en comprenant ce que les autres vivent, en se souciant d'eux. Il faut donc &#234;tre r&#233;serv&#233; dans l'expression de ses critiques ; ce qui compte est le comportement effectif ult&#233;rieur : l'harmonie (mais id&#233;alement pas la conformit&#233;). Dit autrement, on ne peut critiquer efficacement que quand on a gagn&#233; la confiance. Il faut notamment se mettre en cause soi-m&#234;me avant de critiquer les autres, sinon on suscite hostilit&#233; et agression, et on d&#233;t&#233;riore les relations. La r&#233;ticente occidentale face aux campagnes moralisantes men&#233;es par l'Etat en Asie s'oppose, dit Bell, &#224; la recherche l&#224;-bas de tout ce qui va dans le sens de l'am&#233;lioration de soi, qui fait consid&#233;rer ces campagnes comme bienvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note par ailleurs la conception de l'universit&#233; comme formant des &#233;lites, &#224; pr&#233;parer comme telles. Le professeur est vu comme une autorit&#233; intellectuelle, aussi neutre que possible, mais donnant un exemple de sagesse et de vertu morale. Ce qui suppose que les professeurs soient juges du caract&#232;re moral des &#233;l&#232;ves et qu'on exige plus de vertu morale d'eux que des autres professions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme en politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conception, chacun a le devoir d'&#234;tre ce qu'il est dans la soci&#233;t&#233; ; plus que la subsidiarit&#233;, ce qui appara&#238;t est une forme de hi&#233;rarchie des r&#244;les. Au niveau politique, on doit gouverner pour le peuple, mais on sait que de toute fa&#231;on c'est une minorit&#233; qui gouverne ; ce qui importe est d'inculquer chez les dirigeants une forme d'humilit&#233; et le souci du peuple. Confucius consid&#232;re que le peuple est limit&#233; dans sa capacit&#233;, notamment parce qu'il n'a eu aucun acc&#232;s &#224; une formation ; mais il est d'autant plus important que les dirigeants s'occupent de lui ; et il doit y avoir r&#233;ciprocit&#233; entre sujet et souverain, m&#234;me si elle est in&#233;galitaire. Certes Mencius justifiait le meurtre du tyran, celui qui ne respecte pas les r&#232;gles morales et notamment les devoirs de son r&#244;le ; mais la tradition chinoise dominante n'a pas retenu cette id&#233;e, et plut&#244;t celle que l'empereur est l&#224; au service du peuple. Le confucianisme effectif est un gouvernement pour le peuple plus qu'un gouvernement du peuple. Dans un tel contexte, les &#8216;citoyens' peuvent attendre beaucoup de choses de l'Etat et notamment une aide n&#233;cessaire pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;, nourris et prot&#233;g&#233;s ; une administration juste des affaires ; le r&#232;gne de la vertu par l'exemple ; un droit de remontrance filial ; et un certaine degr&#233; de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on tend &#224; penser en Occident, l'importance de la dimension sociale et communautaire ne d&#233;bouche donc pas sur le pur r&#232;gne de la loi, tout au contraire, mais sur le sens que chacun doit avoir de la conduite appropri&#233;e, qui fait &#233;viter comme honteuses les erreurs de conduites. Le confucianisme donne, &#224; sa fa&#231;on, une grande responsabilit&#233; &#224; la personne dans l'ordonnancement politique, puisque l'id&#233;al est un gouvernement de la vertu qui inculque l'int&#233;riorisation des r&#233;f&#233;rences morales par l'exemple. Cet accent mis sur la culture du soi moral int&#233;rieur est critiqu&#233; comme na&#239;f par les Occidentaux, surtout dans la vie politique. Mais pour les Chinois ce sont les Occidentaux qui sont na&#239;fs en croyant qu'on peut faire vivre une soci&#233;t&#233; sur la base de vues h&#233;t&#233;roclites g&#233;r&#233;es par des r&#232;gles du jeu et de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que dans la pratique, comme le montre l'histoire chinoise, la tentation du gouvernement autoritaire par la &#171; loi &#187; (la tradition de ce qu'on appelle dans ce contexte les &#8216;l&#233;gistes', c'est-&#224;-dire un r&#233;gime fond&#233; sur une r&#233;glementation stricte et sans exception, appuy&#233;e sur la force) a &#233;t&#233; constante. La premi&#232;re et la plus importante a &#233;t&#233; la construction imp&#233;riale. R&#233;alis&#233;e &#224; l'origine par les Qin (deux si&#232;cles avant JC) sur la base des principes l&#233;gistes appliqu&#233;s de fa&#231;on particuli&#232;rement brutale, le r&#233;gime a ensuite et tr&#232;s t&#244;t (avec les Han), fait sienne la doctrine confuc&#233;enne, plus ou moins rigidifi&#233;e, mais en gardant dans la pratique une bonne part de l'h&#233;ritage des &#8216;l&#233;gistes'. Les textes confuc&#233;ens, tr&#232;s humanistes, se sont transform&#233;s en textes sacr&#233;s. D'o&#249; un m&#233;lange &#233;tonnant, mais qui a dur&#233; plus de 20 si&#232;cles. Ce mode de fonctionnement imp&#233;rial est en Chine le seul mod&#232;le politique h&#233;rit&#233; et pr&#233;sent &#224; l'esprit de tous. Il est fond&#233; dans les comportements non pas sur la d&#233;lib&#233;ration, mais sur l'influence et la captation de la bienveillance du souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le mod&#232;le politique confuc&#233;en est celui de la famille ; &#224; l'autre bout de la soci&#233;t&#233;, l'autorit&#233; du souverain est celle du p&#232;re. On pourrait croire que cela &#233;limine tout espace entre ces deux p&#244;les. Mais en pratique un tel espace existe. Certes traditionnellement on estime que les associations n'ont de sens que si elles aident &#224; l'accomplissement des autres devoirs, &#224; dominante familiale ; mais cela mine le principe de l'association volontaire plus que sa pratique. Il y a eu en fait de nombreuses associations en Chine et depuis longtemps, et c'est ce qui ressemble le plus &#224; une soci&#233;t&#233; civile &#224; l'occidentale. Cela dit, contrairement &#224; l'Occident, l'espace qui leur &#233;tait laiss&#233; par l'Etat &#233;tait en principe contingent et r&#233;vocable, et la relation entre Etat et soci&#233;t&#233; civile fondamentalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e (elle le reste plus que jamais aujourd'hui). Une soci&#233;t&#233; civile v&#233;ritable suppose la reconnaissance d'une sph&#232;re priv&#233;e pleinement justifi&#233;e par elle-m&#234;me. Mais la place de la soci&#233;t&#233; civile chinoise reste &#224; la fois importante, pr&#233;caire et pas clarifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps d'autres souplesses apparaissent. Par exemple, la famille est &#224; extension variable selon le sens qu'on veut lui donner (du concept le plus &#233;troit au cercle le plus large). En fait les corps interm&#233;diaires ne sont pas vus comme des rameaux, &#233;ventuellement r&#233;unis entre eux, &#224; l'occidentale, mais comme des r&#233;alit&#233;s fluides et en interp&#233;n&#233;tration. Ils ne sont en outre pas compl&#232;tement s&#233;par&#233;s du gouvernement : soit pour le relayer, y compris dans des affaires &#8216;priv&#233;es' ; soit en sens inverse pour influencer la sph&#232;re politique (r&#244;le de la famille dans la vie politique et des affaires). En r&#233;sum&#233;, le confucianisme, et donc la tradition chinoise, ne contient pas une justification claire de l'autonomie des corps interm&#233;diaires, et il fait appel &#224; des arguments pragmatistes pour les appr&#233;cier ou arbitrer dans la pratique. Mais &#224; partir de la famille il leur fait une certaine place, quoique jamais compl&#232;tement autonome par rapport &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que contrairement &#224; ce qu'on pourrait penser, une certaine forme d'universalisme est possible sur ces bases. La notion de famille, qui est le mod&#232;le pour les autres relations sociales, est extensible selon les circonstances. Par application du ren, m&#234;me si on n'a pas de famille, on peut se cr&#233;er un lien avec les autres, en se souciant de leurs besoins. A la limite, cela peut int&#233;grer toute l'humanit&#233;, sous le double angle de la pi&#233;t&#233; filiale et de la fraternit&#233;. Sur le plan politique, la notion de fronti&#232;re n'est d&#232;s lors pas essentielle ; ce qu'on vise peut inclure tout ce qui est sous le ciel. On pense alors humanit&#233; plus que nation. Cela ne veut pas dire &#233;galit&#233; et cohabitation des cultures et nations ; il y a tr&#232;s clairement une culture sup&#233;rieure (chinoise) et elle doit se r&#233;pandre chez les barbares. Mais ce n'est pas non plus un imp&#233;rialisme, car elle ne recommande normalement pas l'usage de la force. Cela dit, Mencius para&#238;t justifier une forme d'interventionnisme ext&#233;rieur lorsque la population d'un autre pays souffre d'une tyrannie et appelle une intervention ext&#233;rieure pour en &#234;tre d&#233;livr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons dans une deuxi&#232;me article les conclusions qu'on peut essayer de tirer de cette pens&#233;e originale et puissante, pour la p&#233;riode actuelle et l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (deuxi&#232;me partie) </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Confucianisme-et-societe-moderne-deuxieme-partie.html</link>
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		<dc:date>2021-12-14T09:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>
		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme et l'avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu dans un pr&#233;c&#233;dent article les principes de base du confucianisme. Voyons ce qu'il peut signifier aujourd'hui, sur la base de ce que nous disent les principaux auteurs n&#233;oconfuc&#233;ens actuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le confucianisme face &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que les soci&#233;t&#233;s asiatiques actuelles sont tr&#232;s &#233;loign&#233;es du mod&#232;le initial. L'influence des conceptions occidentales d'un c&#244;t&#233;, les &#233;volutions sociales et &#233;conomiques de l'autre, ont favoris&#233; l'individualisme &#8211; outre l'effondrement de la natalit&#233; partout, fruit indirect et paradoxal du souci de l'&#233;ducation. La vision confuc&#233;enne est tr&#232;s d&#233;cal&#233;e par rapport aux m&#233;tropoles d'aujourd'hui, fragment&#233;es, individualistes et globalis&#233;es, avec la culture de masse, la mobilit&#233; sociale, et les m&#233;dia. La culture que demande le confucianisme n'est pas facile &#224; d&#233;velopper dans ce contexte. Rappelons cependant que les traces de la tradition confuc&#233;enne restent consid&#233;rables. Le souci du consensus social reste fort. La discussion ne peut &#234;tre totalement libre car il y a les r&#232;gles morales et de d&#233;cence. M&#234;me &#224; Taiwan, le plus pays peut-&#234;tre libre et le plus ouvert de la zone, on cultive le consensus et on limite le pluralisme moral. Par exemple, les lois obligent les enfants &#224; s'occuper de leurs parents &#226;g&#233;s ; on r&#233;prime la pornographie et le journalisme &#224; sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on l'a vu, le confuc&#233;en tend &#224; voir les d&#233;saccords &#233;thiques comme quelque chose de regrettable : comme un manque d'information ou de formation. De m&#234;me au niveau collectif : le gouvernement des sages doit autant que possible &#233;liminer les d&#233;saccords. D'o&#249; le d&#233;fi pos&#233; par le pluralisme moderne : parce qu'il y a d&#233;saccord sur ce qu'est la vie bonne ; parce que le pouvoir risque d'imposer de fa&#231;on paternaliste ou moraliste ses vues ; parce qu'il y a risque permanent d'autoritarisme. D'autant que le confucianisme n'a pas la notion d'autonomie personnelle pour &#233;quilibrer, et que sa conception du bien est probl&#233;matique dans nos soci&#233;t&#233;s. Il reste que dans la perspective confuc&#233;enne une souplesse existe ; on peut avoir une pluralit&#233; ou m&#234;me des contradictions entre jugements moraux, notamment selon la grande vari&#233;t&#233; des circonstances. D'o&#249; l'importance du discernement, de la flexibilit&#233;, et du sens du temps appropri&#233;. Et on peut avoir des conclusions diff&#233;rentes selon les personnes, toutes deux respectables. De m&#234;me pour les rites, qui doivent &#234;tre eux aussi appropri&#233;s, et peuvent &#233;voluer dans le temps. En revanche s'agissant de d&#233;saccords de fond, il ne peut y avoir de d&#233;saccord raisonnable. Dans un tel cas, deux solutions : soit viser la perfection et intervenir, soit pr&#233;f&#233;rer la non-coercition. L'influence de la tradition l&#233;giste pousse alors au premier terme, alors que le deuxi&#232;me est plus confuc&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne, on l'a vu, les relations humaines sont largement non instrumentales et la communication se r&#233;f&#232;re &#224; un d&#233;p&#244;t de discours communs partag&#233;s ; on a vu la recherche de l'harmonie et de la r&#233;conciliation. On per&#231;oit d&#232;s lors les choses autrement que dans l'individualisme dominant, avec son &#233;galit&#233; quantitative, son syst&#232;me &#233;conomique ne valorisant que le m&#233;rite mesurable, son &#8216;progr&#232;s' social mesur&#233; par des r&#232;gles formelles, et une insistance sur les droits individuels au d&#233;triment des responsabilit&#233;s sociales. Sur le plan de la loi et des coutumes, le point central pour le confuc&#233;en est de savoir comment cultiver des habitudes socialement productives. Dans ce syst&#232;me, il n'y a pas antagonisme oblig&#233; entre dirigeants et dirig&#233;s, ni pluralit&#233; de conceptions individuelles de la bonne vie ; la loi est un simple compl&#233;ment bureaucratique aux m&#339;urs, qui sont l'essentiel. Den outre, dans cette conception on ne peut construire une communaut&#233; sur la base d'une &#233;galit&#233; simple : chaque r&#244;le et fonction doit &#234;tre reconnu. Cela dit, chacun sait m&#234;me en Occident que des biens communs essentiels comme la famille, le m&#233;rite acad&#233;mique ou les associations sont des institutions non &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de droits n'a pas naturellement sa place dans un tel contexte : ils sont donn&#233;s par la soci&#233;t&#233; et doivent &#234;tre d&#233;velopp&#233;s par l'&#233;ducation ; le recours &#224; la loi est jug&#233; n&#233;gatif car destructeur des rapports sociaux. On tend &#224; privil&#233;gier l'harmonisation des int&#233;r&#234;ts par rapport &#224; la pure d&#233;fense de droits individuels. Il faut d&#233;velopper alors les m&#233;canismes non l&#233;gaux : les pratiques et les valeurs importent plus que les droits. Le r&#244;le du langage et de la culture est ici essentiel. Pour nos auteurs, un des enjeux essentiels est l'enchantement du monde social : la culture est &#8216;enchant&#233;e' en cela qu'elle op&#232;re en nous avant tout niveau conscient. La s&#233;cularisation ou d&#233;mystification aboutit en revanche &#224; son d&#233;senchantement, d'o&#249; un monde post-culturel. Or l'art et l'exp&#233;rience esth&#233;tique sont essentiels pour toute soci&#233;t&#233;. Or une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne compl&#232;tement rationalis&#233;e est difficile &#224; imaginer. Si donc la d&#233;mocratie suppose le d&#233;senchantement, elle ne peut &#234;tre confuc&#233;enne. Comment alors s'inspirer du confucianisme ? A nouveau, les rites sont des moyens d'enchanter les choses. Ils sont bas&#233;s sur les personnes, leurs relations mutuelles, le moment et le lieu ; c'est une identit&#233; en action, qui vaut &#224; tout moment et pour tous les gestes de la vie, m&#234;me priv&#233;s, et elle est familiale : c'est de la famille que tout rayonne, et non d'une transcendance religieuse. Nos auteurs d&#233;duisent de ceci que si la d&#233;mocratie se d&#233;veloppe en Chine, elle doit le faire sur la base de pratiques culturelles et de mouvements venant naturellement de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit le dilemme n'est pas simple &#224; r&#233;soudre. Il faut reconna&#238;tre que partout en Asie les syst&#232;mes traditionnels confuc&#233;ens d'&#233;ducation ont disparu ou disparaissent, notamment les classiques, et sont remplac&#233;s par d'autres plus modernes. Par ailleurs, l'importance de l'&#233;ducation morale &#233;tait encore fortement soulign&#233;e dans les manuels r&#233;cents, mais cela &#233;volue. En revanche, les m&#233;dias y promeuvent une image d'uniformit&#233; individualiste, qui se veut lib&#233;r&#233;e et en r&#233;alit&#233; remplace un mod&#232;le par un autre. Ce mod&#232;le, r&#233;pandu partout, influence tout le monde ; mais il n'a pas &#233;t&#233; con&#231;u pour fournir une r&#233;f&#233;rence commune. La d&#233;mocratie supposerait un sentiment d'appartenance, mais elle ne diffuse pas une culture qui fournisse cette r&#233;f&#233;rence. La combinaison entre les deux est donc difficile : qui dit d&#233;mocratie dit lib&#233;ralisme, individualisme ; cela ne se relie pas avec les valeurs confuc&#233;ennes. Les enseignants cor&#233;ens disaient que ces derni&#232;res valent dans la sph&#232;re familiale, mais pas dans celle publique, o&#249; pr&#233;vaut la d&#233;mocratie. Mais cette dichotomie ne s'est av&#233;r&#233;e pas durable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perspectives du confucianisme politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un recueil collectif r&#233;cent (&lt;i&gt;Confucianism for the Modern World&lt;/i&gt;), les auteurs proposent l'id&#233;e de d&#233;mocratie personnaliste, dans laquelle le sens du groupe, de la consultation mutuelle, de la d&#233;cision collective per&#231;ue comme plus s&#251;re que la d&#233;cision individuelle, permet d'&#233;viter les ph&#233;nom&#232;nes d'exclusion caract&#233;ristiques de nos d&#233;mocraties. Certains &#233;l&#233;ments import&#233;s avec la d&#233;mocratie occidentale leur posent probl&#232;me : ainsi la relativisation des &#8216;rites' au profit du formalisme juridique ; ou l'insistance sur le droit au d&#233;triment de la responsabilit&#233; sociale. Pour r&#233;soudre les disputes, la m&#233;diation &#233;tait le moyen pr&#233;f&#233;r&#233; dans la Chine traditionnelle, plus que la poursuite en justice ; celle-ci est vue comme socialement n&#233;gative, et &#233;go&#239;ste. On vise avant tout la r&#233;conciliation, l'harmonie. Dans cette optique, le sens de la communaut&#233; est absent des Lumi&#232;res ; il n'y a pas de &#8216;fraternit&#233;'. Il faut au contraire remplacer l'int&#233;r&#234;t de l'individu par la r&#232;gle d'or, le souci du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e occidentale de constitution, disent-ils, m&#233;lange deux concepts contradictoires : une confiance dans le peuple pour gouverner, mais une m&#233;fiance envers le pouvoir de la majorit&#233;. L'id&#233;e est en tout cas de restreindre le pouvoir gouvernemental. Or pour le confuc&#233;en ce qui est le plus important est la culture des citoyens, l'harmonie entre leurs dispositions int&#233;rieures et l'ordonnancement public. Mais nos auteurs admettent que ce peut &#234;tre une m&#233;thode commode pour un gouvernement autoritaire : il faut donc le combiner avec le constitutionnalisme occidental, et admettre que le confucianisme est &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine la politique est d'abord l'art d'obtenir une harmonie politique &#8211; et pas le pluralisme occidental comme tel, avec une proc&#233;dure pour d&#233;cider. L'id&#233;e est plut&#244;t que les int&#233;r&#234;ts doivent pouvoir se concilier. On insiste sur la flexibilit&#233; et non les dogmes, la pratique plus que la th&#233;orie. On s&#233;duit et manipule plus qu'on n'en appelle &#224; des principes g&#233;n&#233;raux. Ou alors c'est la violence (celle des &#8216;l&#233;gistes'). On insiste donc sur l'agent unificateur, le dirigeant. D'o&#249; l'importance donn&#233;e au langage et &#224; la formulation correcte de la politique suivie. Car l'accent est mis sur la dimension performative du langage ; la langue est une pratique sociale. Et peu d'importance est donn&#233;e au choix moral autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos auteurs, il faut &#224; la fois des droits et des rites ; ils sont compl&#233;mentaires. Si on insiste trop sur les rites comme les confuc&#233;ens, on menace la libert&#233; de pens&#233;e ; les rites soutiennent une hi&#233;rarchie et assurent la solidarit&#233; de la soci&#233;t&#233;. En Chine on tend &#224; voir les droits comme de simples int&#233;r&#234;ts, et non comme des principes moraux. Mais selon Tu Weiming le confucianisme repens&#233; peut aider &#224; inscrire les droits dans le langage commun de l'humanit&#233;, car il permet leur enracinement dans la culture locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;galit&#233; est une autre divergence majeure avec l'Occident. C&#244;t&#233; dirigeants, il faut transparence et acceptation de la responsabilit&#233; (&lt;i&gt;accountability&lt;/i&gt;) envers tous ; mais pour que des dirigeants soient responsables, il faut qu'ils soient disciplin&#233;s. Or paradoxalement, avec la d&#233;mocratie moderne, les dirigeants sont plac&#233;s plus hauts que des monarques : on trouve en effet &#233;trange l'id&#233;e de les sermonner sur le plan moral. Comme le d&#233;veloppe Tongdong Bai notamment dans son livre au titre &#233;vocateur &lt;i&gt;Against Political Equality&lt;/i&gt;, les premiers confuc&#233;ens ont tr&#232;s t&#244;t per&#231;u que les masses n'avaient pas la capacit&#233; n&#233;cessaire &#224; prendre des d&#233;cisions politiques saines. Mais en m&#234;me temps l'Etat, dit Mencius, est l&#224; au service du peuple. Il semble donc que le peuple a la capacit&#233; de juger s'il est satisfait ou non du gouvernement, mais pas de d&#233;cider ce qui peut le satisfaire : appr&#233;cier et non d&#233;cider. Il ajoute que le principe &#171; une personne, un vote &#187; cr&#233;e un sentiment anti-&#233;lite st&#233;rile, et surtout ne tient pas compte de ceux qui ne votent pas : les futures g&#233;n&#233;rations, les &#233;trangers, etc. Les int&#233;r&#234;ts de ceux qui parlent haut et fort l'emportent sur ceux des autres. Par ailleurs, les questions complexes d'aujourd'hui d&#233;passent totalement la comp&#233;tence de la plupart des gens. En outre dit-il, aujourd'hui se tenir inform&#233; est presque impossible ; et beaucoup de gens peuvent l&#233;gitimement pr&#233;f&#233;rer d'autres centres d'int&#233;r&#234;t plus personnels que la vie politique. Cela d&#233;bouche sur une id&#233;e de r&#233;gime politique hybride : on cherchera &#224; r&#233;duire l'influence des citoyens incomp&#233;tents, mais on exigera des gouvernants le souci du bien commun, car leur statut repose sur le fait de servir le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme actuel dans la pratique en Chine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre relativement r&#233;cent (&lt;i&gt;Le Sage et le peuple - Le renouveau confuc&#233;en en Chine&lt;/i&gt;), S&#233;bastien Billioud et Jo&#235;l Thoraval analysent le confucianisme dans la Chine actuelle, et notent une multiplicit&#233; de niveaux : le niveau populaire spontan&#233;, qui y voit une r&#232;gle de vie ou un mod&#232;le &#233;ducatif ; le niveau officiel, qui y voit un rappel de la tradition nationale chinoise, combin&#233; &#224; un appel &#224; la moralit&#233; et au respect de l'autorit&#233; ; l'un et l'autre s'ajoutant enfin au confucianisme des intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avec le niveau officiel que le rapport est le plus ambigu. Dans la Chine actuelle, on cite &#224; l'occasion Confucius, et on organise des manifestations en son honneur (ou les laisse se produire). Mais deux caract&#233;ristiques du r&#233;gime sont l'id&#233;ologisation (en th&#233;orie, marxiste) et la marchandisation de la culture. D'o&#249; la contradiction performative des manifestations officielles : c'est en pratique un Confucius sans confucianisme ; il n'y a pas d'int&#233;riorisation, mais une rationalisation instrumentale. Cela ressemble d'ailleurs surtout &#224; des meetings politiques mao&#239;stes, avec une allure martiale et une population h&#233;t&#233;roclite. Or le mao&#239;sme tient bien plus des &#8216;l&#233;gistes', d'ailleurs admir&#233;s par Mao, que de Confucius, qu'il a combattu &#233;nergiquement. S'il y a donc bien une sorte d'approbation publique de Confucius dans le discours officiel chinois actuel, contrastant avec la critique de la d&#233;mocratie lib&#233;rale dans ce m&#234;me discours, les confuc&#233;ens, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, sont eux assez critiques du gouvernement chinois, celui de Mao &#233;videmment, mais aussi le r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela contraste fortement avec la position bien plus forte du confucianisme &#224; Taiwan : son rayonnement relatif s'y appuie sur des organisations religieuses autonomes, pluralistes et &#339;cum&#233;niques. A P&#233;kin il y a une volont&#233; de contr&#244;le id&#233;ologique, d'o&#249; une diffusion restreinte et trop format&#233;e de l'h&#233;ritage culturel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du confucianisme proprement dit, la question de l'avenir reste ouverte. Un retour &#224; une soci&#233;t&#233; pleinement confuc&#233;enne reste &#233;videmment improbable. Mais trois points m&#233;ritent une attention particuli&#232;re, compte tenu de l'importance de l'Asie et notamment de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est de garder en m&#233;moire l'arri&#232;re-plan d'impr&#233;gnation confuc&#233;enne dans toutes ces cultures, qui explique bien des comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est la le&#231;on qu'on peut tirer pour nous d'une tradition de pens&#233;e qui pr&#233;sente de fortes affinit&#233;s avec la pens&#233;e classique occidentale, malgr&#233; ses limites et des diff&#233;rences &#233;videntes. Notamment dans son souci de la communaut&#233;, du bien commun, et de la morale sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est d'aider &#224; penser l'exp&#233;rience politique chinoise actuelle, notamment avec Xi Jinping, qui hybride le mao&#239;sme et la tradition des &#8216;l&#233;gistes' avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme (au moins au niveau verbal), et se pr&#233;sente comme une alternative &#224; la d&#233;mocratie occidentale : gouvernement d'une &#233;lite issue du peuple, mais pr&#233;tendant &#339;uvrer pour le peuple, en pratique d'une main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Cr&#233;dit et g&#233;opolitique : r&#233;flexions sur le cas chinois</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Credit-et-geopolitique-reflexions-sur-le-cas-chinois.html</link>
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		<dc:date>2021-01-31T16:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine et g&#233;opolitique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La Chine s'est comme on sait lanc&#233;e depuis 20 ans dans une politique de grande envergure de pr&#234;ts internationaux, acc&#233;l&#233;r&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, notamment dans l'initiative dite des routes de la soie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes g&#233;opolitiques, cela pose au moins deux s&#233;ries de questions. D'une part, quelle base de pouvoir cela conf&#232;re-t-il &#224; la Chine ? D'autre part est-ce cher pay&#233;, est-ce un emploi rationnel de ses disponibilit&#233; financi&#232;res massives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-et-geopolitique-+.html" rel="tag"&gt;Chine et g&#233;opolitique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La Chine s'est comme on sait lanc&#233;e depuis 20 ans dans une politique de grande envergure de pr&#234;ts internationaux ; elle a &#233;t&#233; acc&#233;l&#233;r&#233;e ces derni&#232;res ann&#233;es, notamment dans l'initiative dite des routes de la soie (Belt and Road Initiative), avec plus de 1000 milliards promis. Il n'y a pas de donn&#233;e s&#251;re pour comparer son r&#244;le avec celui des m&#233;canismes &#8216;occidentaux' classiques, mais il est clair qu'elle est d&#233;sormais au premier rang des financements internationaux ; certaines ann&#233;es les volumes pr&#234;t&#233;s par les institutions chinoises d&#233;passent le total des institutions financi&#232;res multilat&#233;rales du type Banque mondiale. Corr&#233;lativement il y a encore moins de donn&#233;es sur les succ&#232;s et &#233;checs de cette politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes g&#233;opolitiques, cela pose au moins deux s&#233;ries de questions. D'une part, quelle base de pouvoir cela conf&#232;re-t-il &#224; la Chine ? D'autre part est-ce cher pay&#233;, est-ce un emploi rationnel de ses disponibilit&#233; financi&#232;res massives ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une part importante de cette politique d'internationalisation massive d&#233;coule de fa&#231;on logique de l'expansion &#233;conomique chinoise et corr&#233;lativement de son r&#244;le d&#233;sormais massif dans l'activit&#233; &#233;conomique mondiale, &#224; commencer par le commerce, qui implique aussi un r&#233;seau d'investissements pour s'assurer des approvisionnements plus s&#251;rs (notamment en mati&#232;res premi&#232;res, p&#233;trole en premier lieu) mais aussi pour des motifs commerciaux voire de production (m&#234;me s'ils sont plus rares en l'esp&#232;ce). Ce n'est pas l'objet principal de cet article, qui se concentre sur la dimension g&#233;opolitique. Mais cela a sa propre signification sur ce plan aussi, puisque cela remet partiellement en cause le r&#244;le jusques l&#224; pr&#233;pond&#233;rant des pays dits occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelques rappels de fait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les moyens employ&#233;s ne diff&#232;rent pas dans leur principe des techniques utilis&#233;es par les pays &#8216;occidentaux', le cr&#233;dit ayant un r&#244;le largement pr&#233;pond&#233;rant (et notamment les cr&#233;dits classiques, non concessionnels), suivis de loin par les investissements directs. Mais cette similitude ne doit pas occulter le fait que l'organisation &#233;conomique chinoise implique une bien plus grande coordination et un bien plus grand contr&#244;le des autorit&#233;s centrales. En outre l'intervention para&#238;t bien plus massivement concentr&#233;e sur les grands projets et les infrastructures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, une similitude insuffisamment soulign&#233;e entre les &#233;conomies occidentales et chinoise actuelles est le r&#244;le d&#233;mesur&#233; du cr&#233;dit, d&#233;j&#224; et surtout en interne, mais aussi dans le cadre du d&#233;veloppement ext&#233;rieur. Depuis la crise de 2008, et comme les pays &#8216;occidentaux', la Chine ach&#232;te une partie de sa croissance par le cr&#233;dit. On conna&#238;t mal l'&#233;tat de sant&#233; r&#233;el du syst&#232;me financier chinois en interne, et notamment de ses banques, mais on peut douter de la qualit&#233; d'une partie appr&#233;ciable de ces cr&#233;dits ; il en est de m&#234;me a fortiori de ses cr&#233;ances externes. De ce point de vue et &#233;trangement la ressemblance avec le syst&#232;me &#8216;occidental' actuel est r&#233;elle, avec sans doute une qualit&#233; moyenne des cr&#233;dits encore plus faible, compens&#233;e en partie par le r&#244;le plus intrusif du syst&#232;me gouvernemental. Une telle strat&#233;gie financi&#232;re est dans les deux cas tr&#232;s diff&#233;rente des moyens utilis&#233;s par le monde europ&#233;en avant 1914, o&#249; le r&#244;le de l'investissement direct &#233;tait consid&#233;rable &#8211; m&#234;me si la similitude avec les fameux emprunts russes et d'autres analogues est r&#233;elle ; en outre le contr&#244;le politique &#233;tait autrement plus assur&#233; &#224; l'&#233;poque (du moins jusqu'&#224; la d&#233;b&#226;cle de 1914), ce qui donnait bien plus de s&#233;curit&#233; aux cr&#233;ances (au moins avant 1914).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas chinois s'ajoute &#224; ceci le besoin particulier d'emploi des &#233;normes r&#233;serves et exc&#233;dents du pays, ainsi que de r&#233;duire la concentration excessive, encore aujourd'hui, sur le papier d'Etat occidental, notamment am&#233;ricain, peu r&#233;mun&#233;rateur et non d&#233;pourvu de risque dans le contexte des relations entre ces pays. M&#234;me d'un point de vue purement financier, la diversification est pour la Chine non seulement tentante, mais indispensable, soit en cr&#233;dits, soit en investissements directs. Mais cela n'explique pas l'orientation m&#234;me de ces investissements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche une diff&#233;rence massive entre la politique de cr&#233;dit internationale chinoise et celle &#8216;occidentale' est l'absence de conditionnalit&#233; relative &#224; la structure politique interne du pays consid&#233;r&#233;, et m&#234;me &#224; sa politique ext&#233;rieure (sauf &#224; l'&#233;gard de Taiwan) sauf service minimal. A cela s'ajoute une assez grande opacit&#233;, et, en cas de d&#233;faut, l'absence de participation &#224; tout m&#233;canisme collectif de conditionnalit&#233; multilat&#233;rale du type Club de Paris ou de Londres (habituellement coupl&#233; &#224; un programme &#233;conomique et financier sous l'&#233;gide du FMI). Au minimum cela donne aux pays concern&#233;s une alternative au syst&#232;me financier occidental, avec un jeu de r&#232;gles tr&#232;s profond&#233;ment diff&#233;rent, qui peut &#234;tre jug&#233;e appr&#233;ciable par ces pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche la Chine n'h&#233;site pas en cas de d&#233;faillance &#224; transformer ses cr&#233;ances en actifs (ainsi avec le port en eau profonde de Hambantota au Sri Lanka fin 2017) ; ce qui n'est pas n&#233;cessairement avantageux pour elle en termes purement financiers, mais peut s'av&#233;rer utile dans une perspective g&#233;opolitique, notamment lorsqu'on consid&#232;re l'importance des financements d'infrastructures qu'elle assure (chemins de fer, ports, routes, production d'&#233;nergie etc.), ce dont elle peut esp&#233;rer une sensible am&#233;lioration de la s&#233;curit&#233; de ses approvisionnements et plus largement de ses routes commerciales. De ce point de vue, la dimension g&#233;opolitique se m&#234;le &#233;troitement &#224; la dimension commerciale ou financi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'impact sur l'&#233;conomie locale est plus difficile &#224; mesurer, l'effet positif direct pouvant &#234;tre compens&#233; par des effets n&#233;gatifs (non rentabilit&#233; des investissements, utilisation de main d'&#339;uvre chinoise, concurrence des produits chinois avec l'&#233;conomie locale etc.). De fa&#231;on analogue, l'effet d'endettement peut devenir tr&#232;s lourd pour le pays concern&#233; (comme avec les financements occidentaux) : l'effet positif peut alors &#234;tre contrebalanc&#233; par le poids de la dette. Or sur ce plan, m&#234;me si les donn&#233;es restent fragmentaires, rien n'indique que la Chine envisage des abandons de cr&#233;ances appr&#233;ciables (hors cas limit&#233;s de cr&#233;dits concessionnels finalement annul&#233;s, et hors simples r&#233;&#233;chelonnements) ; elle ne se distinguerait donc pas des pays &#8216;occidentaux', sauf go&#251;t pour la conversion en actifs mais qui peut avoir ses inconv&#233;nients politiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[|&gt; &lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/credit-et-geopolitique-reflexions-sur-le-cas-chinois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out auto&#034; rel=&#034;nofollow external&#034;&gt;http://geopragma.fr/credit-et-geopolitique-reflexions-sur-le-cas-chinois/&lt;/a&gt;]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En termes de structuration du syst&#232;me financier mondial enfin, l'impact de cet effort est faible, les outils communs (monnaies de r&#233;serve, march&#233;s financiers ouverts) restant pour l'essentiel occidentaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;El&#233;ments d'appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un effet &#233;vident de cette politique est l'exercice de ce qu'on peut appeler un soft power minimal : en entretenant un r&#233;seau de pays amis, la Chine peut escompter au besoin un certain soutien politique, notamment au sein des organisations multilat&#233;rales internationales, m&#234;me s'il ne faut pas l'exag&#233;rer au vu de la concurrence qui r&#232;gne. Cela rentre dans la panoplie classique des puissances &#224; l'heure actuelle ; et la Chine n'est pas la seule &#224; jouer cette carte, en dehors m&#234;me des Occidentaux (Japon, Inde, Taiwan et autres s'y emploient aussi).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, l'absence de conditionnalit&#233; politique directe exclut, au moins &#224; ce stade, l'utilisation de ces financements &#224; l'appui d'une politique qu'on pourrait qualifier d'id&#233;ologique ; tout au plus aide-t-elle au maintien de r&#233;gimes qui auraient &#233;ventuellement disparu, mais sans qu'ils se rattachent &#224; un mod&#232;le que la Chine favoriserait. Il semble en outre qu'elle manifeste une plus grande indiff&#233;rence aux crit&#232;res &#233;cologiques, ce qui peut g&#234;ner la mise en place de normes internationales. Dans son discours enfin, la Chine insiste sur un comportement qu'elle affiche comme diff&#233;rent de celui d'une puissance classique et &#224; la limite du tiers-mondisme, ce qui n'est pas sans rappeler certains traits de l'&#233;poque mao&#239;ste malgr&#233; les diff&#233;rences &#233;videntes. Mais c'est d&#233;sormais sans id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la dominante claire de la strat&#233;gie chinoise est largement de type mercantiliste, si on d&#233;gage ce terme de ses traits les plus archa&#239;ques : une strat&#233;gie de puissance o&#249; le souci g&#233;opolitique est en g&#233;n&#233;ral tr&#232;s pr&#233;sent et indissolublement m&#234;l&#233; avec une strat&#233;gie &#233;conomique, mais de fa&#231;on non id&#233;ologique. Strat&#233;gie o&#249; l'utilisation de l'argent para&#238;t originale : apparemment pas obs&#233;d&#233;e par la rentabilit&#233; rapide ou sp&#233;cifique de chaque op&#233;ration, elle l'inscrit dans le cadre plus large d'une pr&#233;sence chinoise laquelle, dans une vision optimiste, par sa masse, la coordination de ses actions et leur orientation pourrait rentabiliser au bout du compte l'effort globalement fait. Les in&#233;vitables mauvaises surprises (pertes, r&#233;&#233;chelonnements, r&#233;pudiations etc.) seraient alors compens&#233;es par une pr&#233;sence globale sinon irr&#233;sistible, du moins incontournable. Ce serait &#224; bien des points de vue une copie inspir&#233;e de ce qui a jusqu'&#224; maintenant r&#233;ussi &#224; la Chine en interne (malgr&#233; l&#224; aussi des risques r&#233;els). L'avenir dira si le d&#233;ploiement de cette strat&#233;gie &#224; l'&#233;tranger aura le m&#234;me succ&#232;s. On peut penser cependant que la casse sera sensiblement plus importante qu'en interne : m&#234;me si le r&#233;gime a pu estimer que c'est le prix &#224; payer, l'int&#233;r&#234;t de financer massivement des pays comme le Venezuela de Chavez puis de Maduro, le Soudan et d'autres n'appara&#238;t pas &#233;vident, sans parler des r&#233;&#233;chelonnements auxquels la Chine a d&#251; d&#233;j&#224; consentir. D'ailleurs cela semble devoir la conduire &#224; ralentir le rythme, comme bien des signaux le laissent supposer d&#232;s maintenant : d'ores et d&#233;j&#224; il semble que le volume des cr&#233;dits faits par la China Development Bank et l'Exim chinoise ait &#233;t&#233; drastiquement r&#233;duit en 2020, ann&#233;e il est vrai particuli&#232;re. Voire &#224; calmer le jeu par rapport &#224; une p&#233;riode qui avec le d&#233;but de recul que nous avons, appara&#238;t quelque peu exalt&#233;e ; mais sans n&#233;cessairement en changer les motivations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;i&gt;le 1er f&#233;vrier 2021&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>O&#249; va le r&#233;gime chinois ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ou-va-le-regime-chinois.html</link>
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		<dc:date>2020-03-24T10:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le cadre th&#233;orique chinois du r&#233;gime reste stable, mais il y a une consid&#233;rable inflexion sous Xi Jinping, par rapport &#224; Deng Xiaoping et m&#234;me Jiang Zemin et Hu Jintao, qui se placent entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais malgr&#233; la rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e, nettement mao&#239;ste, ce n'est cependant pas un pur retour au mao&#239;sme, il reste m&#234;me assez partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-il &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-242-+.html" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le motif de la question nous est donn&#233; par la sensible inflexion du r&#233;gime sous Xi Jinping. Le cadre th&#233;orique du r&#233;gime reste stable, mais il y a une consid&#233;rable inflexion par rapport &#224; Deng Xiaoping, et m&#234;me Jiang Zemin et Hu Jintao, qui se situent entre les deux. C'est notamment un durcissement : le culte de la personnalit&#233; revient, la r&#233;pression de la soci&#233;t&#233; civile est syst&#233;matique, et plus particuli&#232;rement celle des religions. L'exigence nouvelle &#224; leur &#233;gard est qu'elles servent de relais au parti, en en int&#233;riorisant l'id&#233;ologie et les priorit&#233;s. La lutte est m&#233;thodique contre tout ce qui ressemble &#224; des r&#233;seaux un tant soit peu significatifs (en termes de taille, ou de diss&#233;mination r&#233;gionale), s'ils viennent de la base et non du parti. L'opacit&#233; de la relation au pass&#233; est encore plus grande, notamment par rapport &#224; l'&#233;poque mao&#239;ste ou plus r&#233;cente. Sans parler &#233;videmment du recours massif &#224; la technologie pour assurer le contr&#244;le (reconnaissance faciale, et syst&#232;me de notation sociale personnelle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; la rh&#233;torique d&#233;ploy&#233;e, nettement mao&#239;ste, ce n'est cependant pas un pur retour au mao&#239;sme ; il reste m&#234;me assez partiel. En revanche, la d&#233;viation est importante par rapport au r&#233;gime Deng, et &#224; ses successeurs, non dans l'appareillage, mais dans la pratique, consid&#233;rablement moins pragmatique. On en garde certes la base &#233;conomique dans son principe, mais on renforce massivement l'appareil d'Etat, et sans corriger sa faiblesse : la non-rentabilit&#233; et le recours massif &#224; l'endettement. De plus, il y a d&#233;sormais un contr&#244;le rigide de tout ce qui bouge, ce qui diminue consid&#233;rablement la capacit&#233; d'&#233;coute du syst&#232;me telle qu'elle pouvait exister du temps de Deng et de ses successeurs, et qui en faisait la force ; et cela fait dispara&#238;tre la plupart des soupapes pour les m&#233;contentements, ainsi que le d&#233;but de construction timide d'une &#8216;soci&#233;t&#233; civile', notamment associative. D'o&#249; un risque important de perte d'efficacit&#233;, m&#234;me dans des domaines non politiques. On en a eu un exemple spectaculaire avec le d&#233;marrage rat&#233; de la lutte contre le coronavirus. Il y a donc de consid&#233;rables vuln&#233;rabilit&#233;s &#224; la base. Inversement, dans ce m&#234;me cas la ma&#238;trise ult&#233;rieure de la contagion est mise en avant par le r&#233;gime comme preuve de sa sup&#233;riorit&#233; sur les pays occidentaux &#8211; ce qui pour fonctionner supposera bien s&#251;r que les annonces soient confirm&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais par-l&#224;, le r&#233;gime s'&#233;loigne de la possibilit&#233; de ce qui pourrait &#234;tre une synth&#232;se politique, analogue &#224; celle qui a fait le succ&#232;s et la long&#233;vit&#233; du r&#233;gime imp&#233;rial (21 si&#232;cles, un record mondial). A l'&#233;poque, la deuxi&#232;me dynastie, les Han, avaient brillamment combin&#233; deux facteurs en les adaptant. L'un est le syst&#232;me de puissance, parfaitement totalitaire, mont&#233; par ces gens cyniques mais froidement r&#233;alistes qu'on appelle les &#8216;l&#233;gistes', comme Han Fei, et qui a &#233;t&#233; la base de l'unification du pays par Qin Shi Huangdi et la premi&#232;re dynastie. La seconde est le confucianisme, doctrine de r&#233;f&#233;rence humaniste, fond&#233;e sur la bienveillance, des m&#339;urs &#233;duqu&#233;es, et une l&#233;gitimit&#233;, confucianisme qui avait &#233;t&#233; sauvagement pers&#233;cut&#233; par les Qin. On aurait donc pu imaginer que, &#224; d&#233;faut d'un changement de r&#233;gime, le r&#233;gime s'oriente vers une synth&#232;se analogue, entre le brutal appareil de pouvoir mao&#239;ste et une r&#233;surgence de formes civilis&#233;es, confuc&#233;ennes ou autres. Au contraire, avec Xi on glisse en arri&#232;re vers un syst&#232;me de type &#8216;l&#233;giste'. L'insistance de Xi sur le r&#232;gne de la loi (vocabulaire qui n'est d'ailleurs pas mao&#239;ste) doit &#234;tre interpr&#233;t&#233;e dans ce sens : ce n'est pas notre &#8216;rule of law' ; ce sont des m&#233;canismes de r&#233;gulation certes plus formalis&#233;s que pr&#233;c&#233;demment, mais toujours avec la pens&#233;e du parti derri&#232;re, et le recours &#224; l'arbitraire lorsque besoin est.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan &#233;tranger, la situation est analogue : certes, on a la spectaculaire initiative des routes de soie, une pr&#233;sence massive en Afrique etc. Mais cette action est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on avait connu avec le mao&#239;sme : on utilise massivement les ressources de la puissance (technologie, financements, arm&#233;e etc.), mais pas d'id&#233;ologie. Tout se passe donc comme si le r&#233;gime substituait une arrogance relative et la d&#233;monstration de force &#224; la construction patiente et au d&#233;but de &#8216;soft power' qui paraissaient en cours d'exploration ; strat&#233;gie qui pourrait se confirmer moins payante. De fait, le bras de fer avec Trump ne s'est pas r&#233;v&#233;l&#233; tellement &#224; leur avantage, au moins en termes de perception, y compris semble-t-il en interne. Mais cela peut changer avec le virus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233; donc, finalement, le recours verbal au mao&#239;sme ne doit pas tromper : on en garde le potentiel de r&#233;surgence autoritaire plus que le &#8216;soft power' ou la vraie base id&#233;ologique, dont il ne reste que l'apologie d'un syst&#232;me autoritaire qui dans son usage externe se pr&#233;sente paradoxalement comme pragmatique et peu id&#233;ologique. On notera d'ailleurs aussi le contraste total entre le d&#233;sordre organis&#233; de la r&#233;volution culturelle, m&#234;me promu par en-haut, et la chape de plomb administrative qui se met en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle peut alors &#234;tre l'&#233;volution future ? Si on admet le maintien vraisemblable de l'efficacit&#233; du contr&#244;le par le r&#233;gime, cela exclut une r&#233;volution, dont l'issue serait d'ailleurs impr&#233;visible. D&#232;s lors l'&#233;volution ne peut &#234;tre qu'interne ; mais elle est non seulement possible, mais probable. Une erreur r&#233;pandue est en effet de voir ces r&#233;gimes comme monolithiques et immuables. Or un exemple majeur du contraire a &#233;t&#233; le renversement tr&#232;s profond qui s'est op&#233;r&#233; fin des ann&#233;es 70, entre la R&#233;volution culturelle et la ligne Deng. Un tel glissement est possible dans les deux sens, comme on le voit avec Xi qui corrige &#224; son tour la vague Deng.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est difficile &#224; anticiper du dehors. C'est pourtant important dans une perspective g&#233;opolitique : nous proc&#233;derons donc par sc&#233;narios. Dans cette r&#233;flexion, un exemple ant&#233;rieur suggestif pour l'esprit peut nous &#234;tre fourni par le Japon imp&#233;rial d'apr&#232;s Meiji, r&#233;gime lui aussi oligarchique et assez opaque, et travers&#233; de forces multiples. On pourrait proposer alors deux sc&#233;narios. Le sc&#233;nario 1 serait un retour &#224; la ligne ant&#233;rieure, type Deng. Cela ressemblerait au Japon de l'&#232;re Taish&#333;, appel&#233; un peu abusivement la d&#233;mocratie de Taish&#333;, autour de la premi&#232;re guerre mondiale (1912-1926), mais avec un potentiel de projection externe bien sup&#233;rieur. Dans le cas de la Chine, cela ne signifierait sans doute pas la diminution de la pr&#233;sence mondiale ni de son intensification, mais le retour &#224; une ligne plus souple, moins arrogante ; peut-&#234;tre dans le sens d'un &#8216;soft power' &#224; plus long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; tort ou &#224; raison le Japon de Taish&#333; s'&#233;tait senti rejet&#233; par les puissances occidentales du temps. Le scenario 2 a &#233;t&#233; d&#232;s lors ensuite celui du glissement vers le militarisme. C'est ce qu'on per&#231;oit mal en Europe, car le ph&#233;nom&#232;ne y &#233;tait tr&#232;s diff&#233;rent des fascismes divers : en effet il a &#233;t&#233; non pas le fruit de la prise de pouvoir par un mouvement politique nouveau, encore moins r&#233;volutionnaire, mais d'un glissement au sein m&#234;me du r&#233;gime, qui s'est radicalis&#233; au travers de sa branche militaire. Une telle radicalisation est alors difficilement arr&#234;table dans de tels modes de fonctionnement opaques et apparemment consensuels, et, comme on l'a vu, elle peut vite devenir tr&#232;s d&#233;raisonnable. Et dans ce pr&#233;c&#233;dent, le r&#244;le moteur central a &#233;t&#233; l'ext&#233;rieur, la confrontation avec la situation internationale. C'est ce qui peut se passer en Chine. Bien s&#251;r, parmi les diff&#233;rences majeures entre la Chine actuelle et le Japon d'alors, il y a le fait que ce dernier &#233;tait imp&#233;rialiste et guerrier d&#232;s ses d&#233;buts, sous Meiji, ce qui n'&#233;tait pas le cas de la Chine jusque r&#233;cemment. De plus, on peut imaginer que dans le cas de celle-ci, le r&#244;le des facteurs internes sera beaucoup plus important, comme il l'est depuis 1949. Il est possible donc que dans ce sc&#233;nario on ait plus une involution paroxystique qu'un d&#233;bordement ext&#233;rieur. Mais la tentation d'un exutoire externe peut &#234;tre aussi tr&#232;s forte. La marmite est donc &#224; surveiller de pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci peut donner des indications sur la conduite &#224; tenir &#224; l'&#233;gard de la Chine. D'un c&#244;t&#233;, il ne faut pas baisser la garde, tout au contraire, mais remettre en cause l'effarante complaisance occidentale envers elle sur les plans commerciaux, industriels et technologiques. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, une attitude trop agressive, et notamment trop id&#233;ologique, peut contribuer &#224; acc&#233;l&#233;rer une d&#233;rive &#233;ventuelle du r&#233;gime, sans apporter de r&#233;sultat positif. De ce point de vue, la tentation actuelle des d&#233;mocrates am&#233;ricains, posant la question en termes d'opposition id&#233;ologique dure, n'est sans doute pas la plus adapt&#233;e, compar&#233;e &#224; ce qu'on pourrait appeler un pragmatisme muscl&#233; &#233;vitant la rupture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site de G&#233;opragma &lt;a href=&#034;http://geopragma.fr/ou-va-le-regime-chinois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://geopragma.fr/ou-va-le-regime...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La Chine et la d&#233;mocratie</title>
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		<dc:date>2010-02-27T18:23:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Une conclusion qui n'est pas donn&#233;e d'avance &lt;br class='autobr' /&gt;
(Lecture de La Chine et la d&#233;mocratie publi&#233; sous la direction de Mireille Delmas-Marty et Pierre-Etienne Will Fayard 2007). &lt;br class='autobr' /&gt;
La question de la d&#233;mocratie en Chine est un enjeu majeur, d'autant que le r&#233;gime continue avec assurance dans sa voie, fort de ses succ&#232;s &#233;conomiques. Sans donner une r&#233;ponse univoque, ce gros livre collectif est une mine d'informations sur ce th&#232;me, bousculant un certain nombre d'id&#233;es re&#231;ues. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'h&#233;ritage imp&#233;rial (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une conclusion qui n'est pas donn&#233;e d'avance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Lecture de La Chine et la d&#233;mocratie publi&#233; sous la direction de Mireille Delmas-Marty et Pierre-Etienne Will Fayard 2007).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la d&#233;mocratie en Chine est un enjeu majeur, d'autant que le r&#233;gime continue avec assurance dans sa voie, fort de ses succ&#232;s &#233;conomiques. Sans donner une r&#233;ponse univoque, ce gros livre collectif est une mine d'informations sur ce th&#232;me, bousculant un certain nombre d'id&#233;es re&#231;ues.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'h&#233;ritage imp&#233;rial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Au d&#233;part, il est int&#233;ressant de se remettre &#224; l'esprit les r&#233;actions &#224; la d&#233;mocratie de fonctionnaires chinois au XIXe : ils la voyaient comme une forme de corruption et un refus de tout int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral, une somme d'int&#233;r&#234;ts priv&#233;s, mat&#233;rialistes ou opportunistes, et domin&#233;e par l'argent. Comment d'ailleurs donner le droit de vote &#224; tous, alors qu'il y a des diff&#233;rences &#233;videntes entre les hommes selon la qualit&#233; &#233;thique et le savoir ? En outre, l'&#233;ducation et la vertu sont r&#233;clam&#233;es du haut fonctionnaire et &#171; sont les seules garanties possibles d'objectivit&#233;, d'impartialit&#233; et de d&#233;fense des int&#233;r&#234;ts sup&#233;rieurs de l'Etat et donc du peuple &#187;. Cette vision reste pr&#233;gnante dans la Chine actuelle : l'id&#233;e est r&#233;pandue qu'il faut confier le pouvoir &#224; une &#233;lite &#233;clair&#233;e et non &#224; des ignorants ou des businessmen ; &#171; une gestion comp&#233;tente et s&#233;rieuse, attach&#233;e aux vrais probl&#232;mes et libre de toute entrave politicienne &#187;. Dans le confucianisme, une pr&#233;occupation essentielle est de savoir quel est celui qui est le plus apte &#224; gouverner, et comment le pr&#233;parer ; on compare en permanence la relation d'autorit&#233; publique &#224; la relation parents/enfant. Il faut souligner la faible importance de la revendication &#233;galitaire, m&#234;me apr&#232;s 1911. L'id&#233;e &#8216;un homme une voix' para&#238;t &#233;trang&#232;re. M&#234;me l'&#233;ducation de masse est l&#224; non pour donner l'autonomie, mais pour faire &#233;merger des individus d'&#233;lite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, dans de nombreux pr&#233;ceptes et r&#232;gles de l'&#233;poque imp&#233;riale on trouvait un principe profond&#233;ment int&#233;rioris&#233; qu'on peut appeler en un sens d'&#233;galit&#233; (pas de classe privil&#233;gi&#233;e) : dans les examens, dans le code p&#233;nal, dans la fiscalit&#233;. On le trouve aussi dans le fonctionnement de nombreuses associations et guildes, avec des responsabilit&#233;s donn&#233;es &#224; tour de r&#244;le &#224; chacun et des &#233;lections, ou dans l'importance des leaders villageois, des associations et confr&#233;ries en milieu urbain. Plus g&#233;n&#233;ralement coexistait un encadrement administratif plut&#244;t l&#233;ger avec un encadrement id&#233;ologique et culturel tr&#232;s important, impr&#233;gnant toute la soci&#233;t&#233;, et c'est par lui que se faisait le lien entre la l&#233;gitimit&#233; politique et les formations sociales locales. On avait aussi une tradition bien &#233;tablie d'opposition populaire aux exc&#232;s du pouvoir bureaucratique, une sorte de droit de remontrance ou de protestation, not&#233;e par tous les observateurs &#233;trangers ; on avait m&#234;me des r&#233;unions de protestations notifi&#233;es &#224; l'avance, sans parler des affiches. On peut y ajouter la capacit&#233; &#224; r&#233;sister aux imp&#244;ts, constat&#233;e par les m&#234;mes observateurs : &#171; le peuple chinois d&#233;cide lui-m&#234;me de ses imp&#244;ts &#187; (Giles) ; ils &#233;taient d'ailleurs faibles et stables. Il faut enfin noter le taux d'alphab&#233;tisation alors relativement &#233;lev&#233; : 30 &#224; 45 % des hommes. On baignait dans un univers d'&#233;crits ; tous les villages avaient une &#233;cole primaire. Le sentiment du peuple &#233;tait en outre le principe de l&#233;gitimit&#233; ultime, dans la tradition confuc&#233;enne interpr&#233;t&#233;e &#224; travers Mencius, avec la notion de &#171; mandat c&#233;leste &#187; fondant la l&#233;gitimit&#233; de chaque dynastie mais r&#233;vocable. Mais cela ne minait en rien les fondements de la monarchie chinoise et son autorit&#233; imperturbable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Contr&#244;le bureaucratique et juridique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faut souligner d'abord le r&#244;le du Yuan de contr&#244;le (censorat), organe majeur de l'administration imp&#233;riale, avec censure des fonctionnaires et contr&#244;le des comptes, id&#233;e reprise par Sun Yat-sen. Il s'agit bien de la v&#233;rification par un organe de la conformit&#233; des actes avec une norme. Sous les Ming ces censures &#233;taient publiques, et ont fait l'objet d'une exploitation politique. Mais il n'y avait pas de juge administratif : la critique passait toujours &#224; l'int&#233;rieur de l'administration ; le censorat &#233;tait suppos&#233; agir de sa propre initiative et formellement ne pouvait &#234;tre saisi. Le nombre de ces censeurs &#233;tait tr&#232;s r&#233;duit mais tous les documents passaient entre leurs mains. Ni l'empereur ni l'administration ne pouvaient normalement agir de fa&#231;on totalement arbitraire. Il y avait disaient les missionnaires &#8216;supr&#233;matie de la loi'. En fait c'&#233;tait plus compliqu&#233;, car les r&#232;gles &#233;taient multiples et souvent inapplicables. En outre, si un &#233;dit avait par d&#233;finition valeur l&#233;gale, on pouvait aussi lui opposer une r&#233;sistance bureaucratique somme toute assez efficace. Comme r&#233;f&#233;rence, il y avait d'abord les Classiques, corpus intangible et sacralis&#233;, sup&#233;rieur &#224; tout texte produit par les dynasties subs&#233;quentes ; ils fondaient un certain pouvoir intellectuel des lettr&#233;s. On avait ensuite &#171; les institutions des anc&#234;tres &#187;de la dynastie, corps de r&#233;f&#233;rences variant &#224; chaque dynastie. Et enfin la masse de textes divers. Mais pour les censeurs l'essentiel relevait de la r&#232;gle morale : l'intention, la &#8216;sinc&#233;rit&#233;' des administrateurs, dans la tradition confuc&#233;enne. Il n'y avait d'ailleurs pas d'Etat &#224; proprement dit : on ne pouvait s'en prendre qu'&#224; des personnes. Et on ne pouvait pas censurer l'empereur. On pouvait respectueusement critiquer son comportement et lui adresser des reproches, notamment au nom des Classiques, ou lui opposer les institutions dynastiques, ou les &#8216;mod&#232;les anciens', m&#234;me si cela n'avait pas valeur juridique directe. On opposera ici la situation sous les Ming (critiques parfois f&#233;roces de l'empereur Wanli) et sous les Qing mandchous (peu ou pas de droit de critique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du p&#233;nal, le principe de l&#233;galit&#233; des d&#233;lits et des peines est peut &#234;tre une invention chinoise, car il y remonte aux Tang, soit avant l'an mille., alors qu'il n'&#233;tait que latent avant le XVIIIe si&#232;cle en Europe. En Chine, la clart&#233; sur la loi et les peines &#233;tait proclam&#233;e ; en revanche il n'y avait rien sur les libert&#233;s et droits, mais nous dit-on cela n'a pas emp&#234;ch&#233; le syst&#232;me d'&#234;tre &#8216;juste et pr&#233;visible'. L'id&#233;e est pr&#233;sente depuis Confucius : la clart&#233; sur les ch&#226;timents &#233;claire le peuple. De fait, le droit en Chine &#233;tait publi&#233; et largement vulgaris&#233;. La technique juridique &#233;tait d'avoir un cadre g&#233;n&#233;ral de lois, appel&#233;es &#8216;l&#252;', et une mise en &#339;uvre plus pr&#233;cise par d'autres lois, les &#8216;li'. Il n'y avait pas de r&#233;troactivit&#233; sauf si elle profitait &#224; l'accus&#233;. La r&#232;gle de droit comme syllogisme, concept d&#233;velopp&#233; par Beccaria, se trouvait constamment appliqu&#233;e en Chine sur le plan judiciaire - contrairement &#224; l'id&#233;e r&#233;pandue que le syllogisme leur est &#233;tranger. Mais il n'y a avait aucune r&#233;f&#233;rence de droit alternative &#224; la loi, comme la coutume : la seule loi est publique et bureaucratique. Et pas de droit civil (mais nous dit-on a-t-il jou&#233; un r&#244;le dans le passage &#224; la d&#233;mocratie ?) On constate m&#234;me l'&#233;mergence d'une communaut&#233; de juristes &#224; la fin de l'Empire ; c'est la parution du code imp&#233;rial de 1740 qui l'a fait &#233;merger. Il donnait primaut&#233; &#224; la loi vivante, la plus r&#233;cente, avec un m&#233;canisme d'int&#233;gration des nouvelles lois tous les 5 ans et de refonte tous les 10 ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience de la d&#233;mocratie au XXe si&#232;cle avant le r&#233;gime communiste&lt;br class='autobr' /&gt; Le livre fait un examen complet des tentatives diverses de r&#233;publique entre la chute de l'Empire en 1911 et l'arriv&#233;e au pouvoir des communistes. La singularit&#233; de la Chine est dans la pr&#233;sence dominante apr&#232;s 1911 de l'id&#233;e re&#231;ue qu'il fallait absolument une r&#233;volution culturelle, une rupture compl&#232;te avec le pass&#233;, notamment du fait de l'irruption des id&#233;es occidentales. L'analyse d'Yves Chevrier est qu'il y avait eu au contraire une &#233;volution r&#233;elle, interne au syst&#232;me chinois, qui potentiellement int&#233;grait la modernit&#233; sans rupture avec l'Empire, et d&#233;bouchait sur un Etat-nation. Mais elle a &#233;chou&#233; politiquement (contrairement au Japon), et c'est pour cela qu'il y a eu ensuite volont&#233; de rupture. On insiste trop souvent dit-il sur l'id&#233;e que l'occidentalisation &#233;tait superficielle et que cela a conduit &#224; un saut in&#233;vitable vers un nouvel universalisme, r&#233;volutionnaire. En r&#233;alit&#233; il y a eu politiquement, et &#224; l'int&#233;rieur du pays, un mouvement nationaliste r&#233;formateur ou radical. Mais mal g&#233;r&#233; notamment par la dynastie, il a conduit &#224; sortir de fa&#231;on d&#233;sordonn&#233;e de l'Empire. Notamment, ce n'est pas la &#8216;nation' qui excluait la dynastie Qing ; mais elle qui s'en est exclue en s'opposant aux notables et &#224; la soci&#233;t&#233; civile. Or faute du support imp&#233;rial la maturation &#233;tait impossible. L'Empire avait eu une forme d'institution in&#233;gale et partielle de la soci&#233;t&#233; civile, par des moyens non-politiques, que la r&#233;publique a &#233;chou&#233; &#224; construire avec des moyens neufs. D&#232;s lors la dimension politique l'a emport&#233; mais sur le mode de l'illusion, jusqu'au mao&#239;sme. La sortie de l'Empire s'est faite au profit d'un activisme destructeur et non d'une institutionnalisation et construction de l'Etat, qui en fasse le garant des droits des individus. On a le m&#234;me probl&#232;me aujourd'hui. &#171; C'&#233;tait autour du titre imp&#233;rial et de la fonction qu'il repr&#233;sentait que s'organisaient la politique, la vie sociale et la culture en Chine. Comment, d&#232;s lors, reconstruire le politique au milieu du vide laiss&#233; par la disparition de ce m&#234;me titre, et qui plus est en pleine modernisation ? &#187; &#171; Dans la plupart des cas c'est le discours sur le despotisme &#233;clair&#233; qui a domin&#233;, sous des formes variables, la pratique politique jusqu'au moment de la prise du pouvoir par les communistes &#187;. Ce rejet du compromis culturel du d&#233;but du si&#232;cle &#233;tait aussi rejet du confucianisme. Ce stade est aujourd'hui d&#233;pass&#233;, mais il reste le mythe d'une contradiction entre la culture chinoise et la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a donc eu une longue phase d'illusion lyrique comme en France en 1848, &#224; dominante r&#233;volutionnaire, phase dont on n'est sorti que vers 1990. On exaltait l'autonomie des sujets sans penser la construction institutionnelle de leur libert&#233;. Les &#233;quipements institutionnels de la d&#233;mocratie r&#233;elle &#233;taient absents, non seulement de la r&#233;alit&#233;, mais des concepts. On s'occupait beaucoup d'Etat et de pouvoir, mais dans une violence symbolique, sur un terrain en fait culturel plus que politique. Etre d&#233;mocrate n'avait plus rien avoir avec des &#233;lections ou des militants : c'&#233;tait se lib&#233;rer et agir pour la libert&#233; des autres. On imaginait un social qui se construise sans instrument politique et sans contradictions. Ce qui &#233;mergea est un Etat qui n'avait pas acquis son autonomie, sa neutralit&#233; institutionnelle : l'Etat politis&#233; de la r&#233;volution. Le r&#233;gime de Nankin (le Guomindang alors encore sur le continent) &#233;tait lui aussi celui d'une r&#233;volution avort&#233;e, qui restait tributaire de la pens&#233;e r&#233;volutionnaire du nationalisme chinois tel qu'il s'est alors construit. C'&#233;tait sa marque originale, tr&#232;s diff&#233;rente du processus de reconstruction et de mobilisation du pass&#233; avec invention de la tradition auquel ont proc&#233;d&#233; les nationalismes non r&#233;volutionnaire. Il n'y a eu d&#232;s lors aucun conservatisme structur&#233;. Ce n'est donc pas la tradition qui s'est oppos&#233;e &#224; la d&#233;mocratie, mais l'&#233;chec d'une politique moderne qui a compromis l'id&#233;ologisation conservatrice. Cela se fera bien apr&#232;s et &#224; Taiwan. Sur le continent la facette autoritaire domine toujours ; l'institutionnalisation de la libert&#233; y prend la voie du droit, faute de pouvoir ouvrir celle de la d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'&#233;volution du r&#233;gime communiste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aspects politiques et id&#233;ologiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il existe toujours au sein du parti une fraction qui estime que le socialisme doit &#234;tre d&#233;mocratique, m&#234;me si elle ne domine pas. A usage externe, le r&#233;gime ne s'oppose pas ouvertement &#224; la d&#233;mocratie et aux Droits de l'Homme, mais explique que cela suppose d&#233;veloppement et adaptation aux caract&#233;ristiques chinoises. A usage interne en revanche ce qui l'emporte est la propagande marxiste et nationaliste, et la critique des syst&#232;mes politiques occidentaux. &#171; L'&#233;volution politique de la Chine depuis les deux &#233;checs de 1979 et de 1989 semble montrer une d&#233;termination du pouvoir &#224; emp&#234;cher syst&#233;matiquement que les r&#233;formes &#233;conomiques ne d&#233;bouchent sur une authentique d&#233;mocratisation du r&#233;gime. &#187; Le probl&#232;me de la forme politique n'est toujours pas r&#233;solu. L'Etat est faible parce qu'il est d&#233;vor&#233; par le Parti. &#171; La Chine est dirig&#233;e par une institution, le Bureau Politique du Comit&#233; central, qui n'est cit&#233; nulle part dans la Constitution &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, malgr&#233; les &#233;checs une chose domine, nouvelle : l'id&#233;e de souverainet&#233; populaire (zhuquan zai min) est consid&#233;r&#233;e comme seul fondement l&#233;gitime du pouvoir. Mais pour justifier la d&#233;mocratie, deux tendances sont pr&#233;sentes : pour l'une, elle dynamise le peuple (mais cette th&#232;se p&#232;se peu face &#224; la tentation du despotisme &#233;clair&#233;) ; l'autre la valorise en soi, dans une perspective qui peut &#234;tre soit occidentaliste, soit traditionaliste (appel aux valeurs chinoises classiques revues pour l'occasion). Il existe donc de ce point de vue une tradition d&#233;mocratique, et les intellectuels en sont les principaux acteurs. Mais leur rapport &#224; la soci&#233;t&#233; reste ambigu : ils y apparaissent souvent comme des &#233;trangers. D'o&#249; la tentation r&#233;p&#233;t&#233;e du despotisme &#233;clair&#233;, comme de son pendant le populisme r&#233;volutionnaire. La nouveaut&#233; apr&#232;s 1980 est l'apparition du terme fazhi (l&#233;galit&#233;), utilis&#233; la plupart du temps en bin&#244;me avec minzhu (d&#233;mocratie). Elle ne vise pas la participation au pouvoir, mais l'Etat lib&#233;ral, la l&#233;galit&#233;. D'o&#249; le retour des notions de droits de l'homme et de libert&#233; de parole. Au-del&#224; des id&#233;es, cette &#233;vocation est populaire car elle renvoie &#224; l'exp&#233;rience douloureuse de chacun, qu'ont &#233;t&#233; les ann&#233;es de mao&#239;sme. Apr&#232;s la phase des ann&#233;es 80 qui portait sur la d&#233;mocratie imm&#233;diate, la dominante dans les ann&#233;es 90 s'est donc d&#233;port&#233;e sur le lib&#233;ralisme et le constitutionnalisme, et le terme de libert&#233; l'emporte sur celui de d&#233;mocratie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est cependant difficile de cr&#233;er un Etat de droit tant que le Parti communiste aura le dernier mot sur ce qui est ou n'est pas juste pour lui-m&#234;me. M&#234;me les &#233;lections locales contribuent &#224; la mont&#233;e des pratiques d&#233;mocratiques, mais sans remettre en cause la r&#232;gle du parti unique : &#171; les &#233;lections directes locales produiront une nouvelle l&#233;gitimit&#233; pour le Parti communiste et contribueront &#224; stabiliser l'ensemble du syst&#232;me plut&#244;t qu'&#224; l'&#233;roder. Ainsi, le monopole du Parti communiste peut &#234;tre et sera certainement renforc&#233; pendant encore une longue p&#233;riode. &#187; Ceci dit, &#171; la qualit&#233; proc&#233;durale des &#233;lections villageoises s'est consid&#233;rablement am&#233;lior&#233;e durant la derni&#232;re d&#233;cennie. &#187; Mais elles sont suppos&#233;es s'op&#233;rer sous l'autorit&#233; du Parti. Le parti s'adapte donc et &#171; essaie de renforcer son pouvoir monopolistique en introduisant graduellement plus de transparence et de d&#233;mocratie proc&#233;durale dans les d&#233;cisions internes en mati&#232;re de recrutement de fonctionnaires locaux &#187; ; il organise des &#233;lections en en conservant le contr&#244;le, qui lui donnent un nouveau souffle ; &#171; il n'y a pas de raison de croire que l'am&#233;lioration future des &#233;lections villageoises, voire l'introduction syst&#233;matique d'&#233;lections cantonales directes, toujours sous la tutelle du Parti unique, doivent &#234;tre consid&#233;r&#233;e par la population comme autant de manipulations non d&#233;mocratiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A Taiwan en revanche, l'&#233;volution d&#233;mocratique s'est faite, apr&#232;s la croissance &#233;conomique et sans impact n&#233;gatif pour elle, et sans tensions sociales du fait des in&#233;galit&#233;s. Il y a eu en outre processus interactif entre les autorit&#233;s et les forces de l'opposition. Peut-&#234;tre le Guomindang avait-il surestim&#233; son avantage de d&#233;part. En outre, les engagements du r&#233;gime allaient en ce sens : l'id&#233;ologie de Sun Yat-sen diffus&#233;e partout d&#233;bouchait sur une forme de capitalisme d'Etat, qui supposait une organisation de type d&#233;mocratique. Une dimension importante a &#233;t&#233; l'id&#233;e que l'int&#233;r&#234;t de l'&#238;le passait avant la reconqu&#234;te d&#233;sormais hypoth&#233;tique du continent. Mais m&#234;me l&#224; le processus reste partiel : le parlement est rest&#233; sous le contr&#244;le du Guomindang (et maintenant &#224; nouveau la pr&#233;sidence).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du droit&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le lien entre d&#233;mocratie et Etat de droit para&#238;t aller de soi en Occident ; mais la r&#233;alit&#233; est plus incertaine, dans le contexte postmoderne marqu&#233; par &#171; l'incertitude, la complexit&#233; et l'ind&#233;termination &#187;, et o&#249; la mondialisation bouleverse les cartes. Dans ce contexte, le r&#233;gime chinois ne conteste plus la l&#233;gitimit&#233; l&#233;gale et rationnelle de l'Etat de droit. On assiste m&#234;me &#224; un gros travail de r&#233;daction voire de codification juridique, apr&#232;s le nihilisme l&#233;gal de la R&#233;volution culturelle. Certains esp&#232;rent une affirmation progressive des droits et de la s&#233;paration des pouvoirs par le jeu de la dynamique juridique. Le droit peut en effet &#234;tre la seule voie praticable. Certes le syst&#232;me des assembl&#233;es est devenu une forme de caisse de r&#233;sonance pour les dol&#233;ances de la soci&#233;t&#233; chinoise ; mais la distribution des pouvoirs l&#233;gislatifs n'est pas claire. Certes aussi, professionnalisation et technicit&#233; jouent en d&#233;faveur du parti ; mais c'est compens&#233; par la cooptation des talents qu'il op&#232;re. On constate l'influence croissante des experts et professionnels du droit dans les r&#233;formes. Les premiers enjeux sont le contr&#244;le de la l&#233;galit&#233; des actes administratifs et celui de la constitutionnalit&#233; des lois. Mais il n'y a pas encore de vraie hi&#233;rarchie des normes. L'adh&#233;sion &#224; l'OMC joue un r&#244;le important pour faire aller vers un &#233;tat de droit &#233;conomique. Mais il faut prendre en compte le caract&#232;re morcel&#233; et enchev&#234;tr&#233; du pouvoir, et le gros probl&#232;me de l'application uniforme des lois. On finit m&#234;me par s'en remettre au Parti pour rechercher l'application uniforme des lois. De leur c&#244;t&#233;, les assembl&#233;es s'affirment mais ne peuvent pas rompre le lien avec le Parti, si bien que l'on peut se demander &#171; si les assembl&#233;es populaires ne risquent pas de devenir essentiellement des armes l&#233;gales que le Parti pourrait utiliser pour surveiller une bureaucratie plus diff&#233;renci&#233;e et plus sophistiqu&#233;e tout en enrichissant sa palette de contr&#244;le id&#233;ologique et personnel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faudrait au moins une r&#233;forme suffisante pour qu'un syst&#232;me de contre-pouvoirs garantisse l'ind&#233;pendance et l'impartialit&#233; de la justice face aux gouvernants. Il faut souligner ici les liens entre le parquet et le Parti, les privil&#232;ges judicaires des membres du Parti, les instructions directes donn&#233;es aux tribunaux par les dirigeants locaux, l'autonomie de la police, l'importance de l'insertion des magistrats dans le tissu de pouvoir local. D'o&#249; la tentation du centre d'y rem&#233;dier en augmentant le r&#244;le du Parti. Le r&#233;sultat est variable selon la r&#233;gion et l'exposition &#224; l'&#233;tranger. Par ailleurs un &#233;tat de droit complet au sens occidental actuel supposerait les droits de l'homme, qui donnent la possibilit&#233; de s'opposer au pouvoir sur la base du droit, la primaut&#233; de l'individu dans l'organisation sociale et politique, l'instrumentalisation de l'&#201;tat, et un droit qui dote chacun d'un statut, du pouvoir d'exiger et d'une capacit&#233; d'action. Ce n'est pas du tout le cas en Chine. Selon l'auteur, Etat de droit et d&#233;mocratie ainsi compris sont deux principes consubstantiels. Mais d'autres comme Peerenboom croient &#224; la possibilit&#233; d'un Etat de droit non d&#233;mocratique, notamment en Chine.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Vue d'ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le principe de l&#233;galit&#233; existe bien &#224; sa fa&#231;on dans la tradition chinoise ; mais pas celui de garantie judicaire car il n'y a jamais eu ind&#233;pendance des juges. Un dilemme central est le suivant : la notion de &#171; gouvernement par les hommes &#187; a &#233;t&#233; disqualifi&#233;e par la pratique mao&#239;ste ; mais c'est celle qui &#233;tait valoris&#233;e par la tradition confuc&#233;enne, avec un sens &#233;videmment diff&#233;rent. Peut-elle &#234;tre compl&#232;tement remplac&#233;e par le gouvernement par la loi, traditionnellement tenu en suspicion et r&#233;serv&#233; au p&#233;nal ? Dans la tradition en outre, justice et police sont dans les mains de l'ex&#233;cutif et non de pouvoirs ind&#233;pendants. Comment peut-il y avoir d&#233;mocratie dans ce contexte ? Ce peut &#234;tre nous dit-on par une &#171; f&#233;condation juridique du terrain politique &#187;. Mais aussi par la r&#233;f&#233;rence traditionnelle &#224; la primaut&#233; du peuple, voire un retour au pr&#233;c&#233;dent de l'exp&#233;rience de d&#233;bat relativement libre et critique sous les Ming tardifs, il y a quatre si&#232;cles... Il y avait en outre certainement un contr&#244;le des abus de pouvoir par les fonctionnaires, par droit de p&#233;tition et censorat. Mais la notion m&#234;me de soci&#233;t&#233; civile, floue &#224; l'&#233;poque, n'est aujourd'hui toujours pas stabilis&#233;e. Quant &#224; la question des Droits de l'Homme, la Chine n'accepte &#224; ce stade ni la censure de la loi ni la condamnation de l'Etat. En r&#233;sum&#233; nous dit-on la modernisation a deux dominantes : autoritaire et lib&#233;rale ; elle peut tout &#224; fait d&#233;boucher sur un ordre juridique qui ne serait opposable ni aux acteurs publics, ni aux acteurs &#233;conomiques. Et les dirigeants chinois de leur c&#244;t&#233;, acceptent la mondialisation &#233;conomique, mais pas la politique, tandis qu'ils h&#233;sitent sur la juridique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous dirons pour notre part en bref que la question de la d&#233;mocratie en Chine para&#238;t tout &#224; fait ouverte. Evolution vers un r&#233;gime plus complexe, civilis&#233;, r&#233;gul&#233; : c'est possible voire, si on est optimiste, concevable si les tendances actuelles se poursuivent. Cela peut aller jusqu'&#224; une d&#233;mocratie formelle mais autoritaire, un paternalisme &#224; la singapourienne. Mais une d&#233;mocratie &#224; l'occidentale ? Ce n'est apparemment pas &#224; ce stade dans les cartes. Et si cela le devenait, tout pousse &#224; croire que cela prendrait la forme d'un parti dominant, comme c'est le cas en fait &#224; Ta&#239;wan et au Japon, sous une forme originale et sans doute plus contr&#244;l&#233;e. Mais qui vivra verra&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avril 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Publi&#233; initialement dans Libert&#233; politique)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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