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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le magist&#232;re et l'&#233;laboration doctrinale : ce qu'en dit Newman</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-magistere-et-l-elaboration-doctrinale-ce-qu-en-dit-Newman.html</link>
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		<dc:date>2025-08-01T16:09:50Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne</dc:subject>
		<dc:subject>Cardinal Newman</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Saint John Henry, cardinal Newman est un des plus grands penseurs catholiques du XIXe si&#232;cle et m&#234;me de l'histoire. Le pape L&#233;on XIV le met maintenant au rang de Docteur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses contributions majeures est sa r&#233;flexion sur le d&#233;veloppement de la Doctrine chr&#233;tienne : il monter la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'un tel d&#233;veloppement, mais dans une optique de continuit&#233; profonde, et non de rupture ou de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-apr&#232;s une analyse de sa pens&#233;e, extraite de mon livre &#171; La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &#187; (Art&#232;ge Lethielleux 2018).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Revelation-chretienne-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Cardinal-Newman-+.html" rel="tag"&gt;Cardinal Newman&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/cardinal-63163_640.jpg?1787417295' class='spip_logo spip_logo_right' width='116' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Saint John Henry, cardinal Newman est un des plus grands penseurs catholiques du XIXe si&#232;cle et m&#234;me de l'histoire. Le pape L&#233;on XIV le met maintenant au rang de Docteur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une de ses contributions majeures est sa r&#233;flexion sur le d&#233;veloppement de la Doctrine chr&#233;tienne : il montre la possibilit&#233; et la n&#233;cessit&#233; d'un tel d&#233;veloppement, mais dans une optique de continuit&#233; profonde, et non de rupture ou de remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On trouvera ci-apr&#232;s une analyse de sa pens&#233;e, extraite de mon livre &#171; &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; &#187; (Art&#232;ge Lethielleux 2018) pr&#233;sent&#233; ici : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Centralit&#233; de l'Eglise &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Distinguer la v&#233;rit&#233; de l'erreur &#224; partir du donn&#233; r&#233;v&#233;l&#233; ? &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Que signifie une pr&#233;tention aussi extraordinaire de la part de l'Eglise catholique ? Le grand penseur qu'&#233;tait le cardinal Newman&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;John Henry Cardinal Newman An Essay on the Development of Christian Doctrine (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; est peut-&#234;tre celui qui a &#233;labor&#233; les vues les plus f&#233;condes sur ce sujet, d&#232;s le XIXe si&#232;cle : rappelons-les. Il pose d'abord le probl&#232;me du choix entre l'Eglise catholique et les autres voies chr&#233;tiennes, le point central &#233;tant de savoir si oui ou non la promesse de l'Esprit, la promesse d'infaillibilit&#233; pour prononcer le mot fatidique, a &#233;t&#233; faite &#224; l'Eglise catholique. Or dit-il si l'Esprit a r&#233;v&#233;l&#233; &#224; l'humanit&#233; les donn&#233;es de base lui permettant de trouver la voie de son salut, il a d&#251; en m&#234;me temps lui donner le moyen de comprendre, sans risque d'erreur, o&#249; &#233;tait cette v&#233;rit&#233; et comment elle pouvait se comprendre. L'Eglise pr&#233;tend pr&#233;cis&#233;ment avoir cette mission. Le point ensuite est de savoir si cette pr&#233;tention est justifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il convient d'abord dit-il de regarder si, dans la Tradition elle-m&#234;me, dans l'enseignement que les chr&#233;tiens ont tir&#233; de la R&#233;v&#233;lation, le r&#244;le de l'Eglise appara&#238;t assez t&#244;t. Newman rappelle &#224; ce sujet que les nombreux t&#233;moignages qui plaident en faveur de cette Eglise sont plus anciens que de nombreux &#233;l&#233;ments de foi qui sont pourtant indiscut&#233;s par les autres chr&#233;tiens : c'est le cas de l'imp&#233;ratif d'unit&#233;, du primat de Pierre, du d&#233;veloppement doctrinal des premiers si&#232;cles etc. En d'autres termes, celui qui remonte dans l'histoire de l'Eglise trouve que &lt;i&gt;les &#233;l&#233;ments qui accr&#233;ditent la th&#232;se catholique d'un r&#244;le central du magist&#232;re, apparaissent &lt;/i&gt; avant &lt;i&gt;de nombreux autres d&#233;veloppements doctrinaux que les autres chr&#233;tiens admettent pourtant&lt;/i&gt;. Il appara&#238;t donc dit-il que l'Eglise du Christ, d&#232;s qu'elle a commenc&#233; &#224; penser sur elle-m&#234;me, &#224; s'exprimer dans un langage r&#233;flexif, a mis en avant des &#233;l&#233;ments typiquement catholiques sur le magist&#232;re, bien avant qu'elle n'&#233;labore des positions de fond admises par tous les chr&#233;tiens aujourd'hui. En sens inverse, si on r&#233;cuse l'Eglise catholique, il faut remonter tr&#232;s t&#244;t dans cette n&#233;gation, pratiquement aux origines, et alors abandonner des &#233;l&#233;ments de d&#233;finition doctrinale aussi essentiels que la Trinit&#233;, l'Incarnation, la nature du Christ etc. &lt;i&gt;C'est en effet une Eglise qui est substantiellement l'Eglise catholique qui a d&#233;fini tous ces &#233;l&#233;ments essentiels du christianisme, m&#234;me protestant.&lt;/i&gt; D&#232;s lors, celui qui r&#233;cuse le catholicisme doit revenir &#224; un niveau extr&#234;mement primitif de formulation, en fait &#233;vanescent, car ant&#233;rieur aux premiers textes doctrinaux disponibles puisque ceux-ci sont d&#233;j&#224; catholiques. En revanche, qui admet cette r&#233;flexion collective et sa justesse doit reconna&#238;tre que d&#232;s les origines l'Eglise s'est comprise comme fond&#233;e en v&#233;rit&#233;, garantie par l'Esprit, et que c'est sur cette base qu'elle a proclam&#233; ces principes essentiels ; on ne peut fonder cela que sur un principe d'infaillibilit&#233; qui trouve alors sa pleine logique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute l'argument plus th&#233;ologique esquiss&#233; ci-dessus. Il para&#238;t naturel de penser que le Cr&#233;ateur a voulu intervenir dans les affaires humaines (l'Eternit&#233; dans le temps), en pr&#233;voyant de transmettre une connaissance de Lui claire et distincte, afin de r&#233;sister &#224; la formidable &#233;nergie du scepticisme. Non seulement une r&#233;v&#233;lation est indispensable, mais elle ne suffit pas : il faut en outre &lt;i&gt;un guidage, car tout discours m&#234;me r&#233;v&#233;l&#233; restera toujours susceptible d'interpr&#233;tations multiples, surtout un discours &#233;labor&#233; au cours du temps et qui est r&#233;cit d'une histoire&lt;/i&gt;. Ce qui d&#233;bouche sur un pouvoir fiable (donc infaillible). Non en faisant mat&#233;riellement dispara&#238;tre la libert&#233; de pens&#233;e, mais &lt;i&gt;en offrant un guidage pour ceux qui ont compris le v&#233;ritable sens de la confiance dans l'autorit&#233; du magist&#232;re, et qui l'acceptent&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement doctrinal&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si l'on comprend ainsi le r&#244;le du magist&#232;re, on constate &#224; quel point il est li&#233; &#224; la question du d&#233;veloppement doctrinal. Car s'il s'agissait d'en rester au seul texte r&#233;v&#233;l&#233;, suppos&#233; transparent, point ne serait besoin d'un magist&#232;re : on l'a dit, l'Islam en offre un exemple, le Coran &#233;tant suppos&#233; atemporel et &#8216;&#233;vident'. Dans le christianisme, le principe de d&#233;veloppement est pr&#233;sent d&#232;s les origines, et il donne son unit&#233; &#224; toute l'histoire catholique. D&#233;veloppement veut dire que la communaut&#233; des croyants a re&#231;u avec la R&#233;v&#233;lation un d&#233;p&#244;t, qu'elle est tenue non seulement de transmettre mais de d&#233;velopper, pas pour y ajouter des &#233;l&#233;ments nouveaux, mais pour le comprendre et l'expliciter dans sa pl&#233;nitude. Et que pour cela l'assistance de l'Esprit lui est donn&#233;e, dans le cadre de l'Eglise instaur&#233;e par le Christ. &lt;i&gt;C'est &#224; nouveau un ph&#233;nom&#232;ne philosophiquement remarquable, en fait unique dans l'histoire humaine, que ce d&#233;veloppement avec approfondissement, &#233;tal&#233; avec coh&#233;rence sur plusieurs si&#232;cles ou mill&#233;naires, et en outre sur plusieurs civilisations. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En langage moderne, il comporte &#224; la fois un &#233;l&#233;ment de tradition et de transmission, qui est &#233;vident, mais aussi une forme de &#8216;progr&#232;s', si on peut d&#233;tourner ce mot de l'usage actuel. On devrait en effet ne parler v&#233;ritablement de progr&#232;s que lorsque l'&#233;l&#233;ment qui suit n'annihile pas l'&#233;l&#233;ment pr&#233;c&#233;dent, mais en rend compte et le d&#233;veloppe. Si au contraire chaque nouveaut&#233; vide de sens l'&#233;poque pr&#233;c&#233;dente, d'une part on ne voit pas sur quoi elle base ses propres pr&#233;tentions au respect ; et d'autre part il est s&#251;r d'avance qu'elle sera balay&#233;e &#224; son tour. Son seul m&#233;rite est alors d'&#234;tre ce qui domine &#224; une &#233;poque donn&#233;e ; mais ce n'est pas un argument convaincant ou contraignant pour les consciences : rien n'emp&#234;che alors chacun de penser &#224; sa guise. Et bien entendu c'est exclusif d'un propos de v&#233;rit&#233;. C'est comme on le reverra plus en d&#233;tails le d&#233;faut principal de ce qu'on peut appeler l'historicisme, cette forme de relativisme appliqu&#233;e aux &#8216;v&#233;rit&#233;s' historiques successives. D&#232;s lors, pour qu'il y ait v&#233;ritablement progr&#232;s, au sens d'une situation qui est &#224; chaque &#233;tape &#8216;sup&#233;rieure' au moins dans son explicitation &#224; celles qui la pr&#233;c&#233;dent, il faut qu'il y ait communication avec le pass&#233;, c'est-&#224;-dire prise en charge de ses r&#233;sultats par ce qui suit, avec un tri justifi&#233; objectivement entre ce qui m&#233;rite de poursuivre, et le reste. Il faut donc &#224; nouveau ce qu'on appelle une tradition, pour qu'il y ait prise en charge, et une autorit&#233;, pour qu'on puisse authentifier la s&#233;lection entre les d&#233;veloppements fid&#232;les et les autres. Et la plus naturelle est celle qui non seulement a fonctionn&#233; pendant quinze ou vingt si&#232;cles ; et qui en outre nous a transmis la r&#233;f&#233;rence de base elle-m&#234;me, les Ecritures - car c'est historiquement l'autorit&#233; de l'Eglise qui nous a donn&#233; les Ecritures. Dit autrement, &#224; nouveau, &lt;i&gt;le m&#234;me mouvement qui conduit &#224; reconna&#238;tre une autorit&#233; dans les Ecritures elles-m&#234;mes, conduit &#224; en chercher une pour leur interpr&#233;tation, et &#224; reconna&#238;tre pour cela l'entit&#233; qui nous a enseign&#233; et transmis les Ecritures et les interpr&#232;te depuis les origines.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autorit&#233; et discipline&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, nous dit Newman, il est normal et n&#233;cessaire que l'Eglise demande aux fid&#232;les une adh&#233;sion &#224; son magist&#232;re. Cela n'implique pas de servitude pour notre esprit, car ce qui lui est propos&#233; est l'adh&#233;sion libre &#224; l'Esprit, coh&#233;rente avec la foi. Cela ne se traduit en pratique pas non plus par une st&#233;rilisation ; ce qu'on constate au contraire est une remarquable productivit&#233; intellectuelle, qui est caract&#233;ristique dit-il des p&#233;riodes de force de l'autorit&#233; eccl&#233;siastique. Il est &#224; noter aussi que l'autorit&#233; est en d&#233;finitive limit&#233;e &#224; un assez petit nombre de d&#233;finitions fondamentales, et toujours li&#233;e par l'Ecriture et la Tradition. En fait, les jugements priv&#233;s et la prolif&#233;ration des opinions diverses sont une caract&#233;ristique constante de la vie de l'Eglise, normale et en soi bonne ; il y a comme un jeu altern&#233; entre ces opinions et l'autorit&#233;. &lt;i&gt;L'infaillibilit&#233; correspond donc &#224; un besoin pr&#233;cis, et &#224; ce besoin seulement : limiter l'extravagance de la pens&#233;e, pas supprimer sa libert&#233;&lt;/i&gt;, et pour cela en rester &#224; un axe qui n'est que le prolongement de l'autorit&#233; d&#233;j&#224; reconnue par d&#233;finition, si on est chr&#233;tien, celle de la R&#233;v&#233;lation. Quel est le poids qu'exerce par exemple sur l'esprit ou la conscience l'obligation actuelle de croire &#224; l'Immacul&#233;e conception ? On sait que saint Bernard ou saint Thomas n'&#233;taient pas convaincus de cette id&#233;e, alors non d&#233;finie comme dogme. Mais dit Newman s'ils vivaient aujourd'hui, ils l'accepteraient ; car cette acceptation est le fruit de la lente construction de l'Eglise, et de si&#232;cles de d&#233;bats. En l'esp&#232;ce, huit si&#232;cles pour une d&#233;finition nouvelle. Mais qui d&#233;sormais appara&#238;t pleinement naturelle, du moins aux esprits ouverts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut en revanche para&#238;tre plus difficile &#224; comprendre, du moins &#224; notre &#233;poque, que l'autorit&#233; eccl&#233;siale puisse intervenir dans la discipline ordinaire de l'Eglise, en particulier en mati&#232;re de livres, de morale personnelle etc. En effet l'Eglise elle-m&#234;me reconna&#238;t ne pas &#234;tre infaillible en la mati&#232;re : de quel droit alors imposer ses vues ? Mais comme dit Newman, on peut en dire autant des communaut&#233;s protestantes, qui ne se privent pas d'exercer un contr&#244;le mutuel. A notre &#233;poque, on pourrait ajouter, a fortiori, que l'opinion publique, ou les m&#233;dias, exercent une surveillance comparable, de fa&#231;on parfois sourcilleuse (le politiquement correct). Mais au-del&#224; de ces consid&#233;rations, l'important est de voir le r&#244;le de cette autorit&#233;, qui est de guidage collectif. Il s'agit en d&#233;finitive du devoir du pasteur d'orienter les choses au mieux, et notamment de prot&#233;ger ce qui dans la vie collective peut &#234;tre menac&#233; par des initiatives anarchiques&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce peut &#234;tre notamment pour des raisons de maturation : il existe des (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Pour l'individu, il s'agit de tenir compte de la remarque qui lui est faite par son pasteur, qu'il ne peut pas ignorer. Personne ne lui demande une discipline int&#233;rieure hypocrite ; mais il doit tenir compte de la l&#233;gitime r&#233;gulation collective, m&#234;me s'il n'est pas d'accord avec une d&#233;cision particuli&#232;re&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Newman ajoute que les s&#233;v&#233;rit&#233;s pass&#233;es &#233;taient en g&#233;n&#233;ral justifi&#233;es, avec (&#8230;)&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La question des non-catholiques&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors traiter le cas de ceux qui se trouvent dans un contexte tel que l'acc&#232;s &#224; cette tradition, et plus encore l'acceptation de cette autorit&#233;, ne vont pas pour eux de soi, ce qui est le cas notamment des non-chr&#233;tiens ou des non-catholiques, notamment s'ils sont n&#233;s tels ? Car les m&#234;mes motifs de fid&#233;lit&#233; &#224; sa tradition peuvent les pousser &#224; rester non-chr&#233;tiens ou non-catholiques. Selon Newman, on arrive &#224; la v&#233;rit&#233; par une accumulation de probabilit&#233;s. Mais pour passer de ces probabilit&#233;s &#224; la foi, la force motrice est J&#233;sus-Christ ; elle n'op&#232;re que si notre volont&#233; coop&#232;re avec Lui. En d'autres termes, les arguments intellectuels ne suffisent pas pour deux raisons : d'une part parce qu'ils ne s'imposent pas avec l'&#233;vidence implacable d'une d&#233;monstration math&#233;matique ; et d'autre part parce que m&#234;me si une d&#233;monstration tr&#232;s solide &#233;tait apport&#233;e, et que bien s&#251;r la gr&#226;ce &#233;tait pr&#233;sente, il serait toujours possible de la refuser, du fait du libre-arbitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la base de son exp&#233;rience personnelle (il vient de l'anglicanisme), Newman nous dit que quelqu'un qui part d'une conception erron&#233;e, mais reposant sur une tradition respectable, doit la poursuivre avec une fid&#233;lit&#233; ob&#233;issante. La voie juste consiste donc d'abord &#224; embrasser la religion qui est devant nous - m&#234;me s'il se trouve qu'elle est par ailleurs objectivement fausse. En effet, les semences de v&#233;rit&#233; qu'elle contient ont un pouvoir d'autocorrection et de germination, de sorte que si Dieu le veut, on sera conduit &#224; approfondir sa foi et de ce fait, par ob&#233;issance encore, &#224; l'abandonner si elle est erron&#233;e. On est ici tr&#232;s loin des conceptions modernes (d'ailleurs incoh&#233;rentes) qui admettent l'&#233;quivalence des voies : il y a une voie juste, qui est dans cette optique la foi catholique ; mais en m&#234;me temps des situations culturelles, sociales ou historiques diverses conduisent de nombreux hommes &#224; ne pas la conna&#238;tre. Qu'ils embrassent alors avec loyaut&#233; et fid&#233;lit&#233; leur religion, et l'approfondissent avec honn&#234;tet&#233; ; et ils pourront d&#233;couvrir la voie v&#233;ritable, si cela correspond &#224; ce que la Providence souhaite et au vu de leur situation. A condition, ajouterai-je, de rester attentifs &#224; la voix qui leur parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La th&#232;se oppos&#233;e : le &#171; lib&#233;ralisme &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La conception oppos&#233;e &#224; celle-ci est ce que Newman appelle &#8216;lib&#233;ralisme', qu'on peut r&#233;sumer comme suit : fonder les doctrines religieuses sur la raison, la compr&#233;hension qu'on en a, ou l'opinion ; ne pas accepter d'autorit&#233; ext&#233;rieure ; mettre la science au-dessus de la R&#233;v&#233;lation ; soumettre le christianisme &#224; l'Histoire (c'est-&#224;-dire le relativiser historiquement) ; donner un caract&#232;re absolu aux jugements priv&#233;s ou &#224; la conscience - m&#234;me immoraux ; consid&#233;rer que le pouvoir la&#239;c n'a pas le devoir de maintenir la v&#233;rit&#233; religieuse ou inversement qu'il peut r&#233;guler les mati&#232;res religieuses ; dire que le peuple est la seule source l&#233;gitime du pouvoir ; estimer que la connaissance est en soi source de vertu. Cette simple &#233;num&#233;ration montre l'importance de la r&#233;volution copernicienne qu'a op&#233;r&#233;e le XIXe si&#232;cle ; elle reste, comme on le voit, de nos jours plus que jamais d'actualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Newman consid&#232;re que ce &#8216;lib&#233;ralisme' est une fausse libert&#233; de pens&#233;e, notamment lorsqu'elle s'applique &#224; des domaines que l'esprit humain est incapable de ma&#238;triser et m&#234;me de saisir. Ce point est &#224; mon sens essentiel : il nous rappelle que, au vu des &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;dents, dans un cadre de foi, &lt;i&gt;l'utilisation d'une d&#233;marche de jugement purement individuel appliqu&#233;e &#224; la R&#233;v&#233;lation est irrationnelle&lt;/i&gt;. Ce qui fonde le primat de la pens&#233;e individuelle &#8216;lib&#233;rale' est en r&#233;alit&#233; une sorte de nouvelle foi, non plus en Dieu, mais &#171; en l'homme &#187; ainsi con&#231;u. Mais, et le point est essentiel, &lt;i&gt;qui &#233;rige la pens&#233;e individuelle en juge absolu se ferme alors&lt;/i&gt; ipso facto &lt;i&gt;&#224; la R&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;. La capacit&#233; de pens&#233;e individuelle est incommensurable &#224; Dieu. Elle doit donc, dit-il, &#234;tre remplac&#233;e par la question : o&#249;, quand et comment Dieu s'est-il r&#233;v&#233;l&#233; ? L'exp&#233;rience montre en outre la st&#233;rilit&#233; anarchique de l'exploration individuelle en la mati&#232;re, faute de crit&#232;re objectif. Plus profond&#233;ment, dit-il, ce sont tous les principes premiers qui &#233;chappent &#224; la capacit&#233; cr&#233;atrice individuelle. Tout individu qui pense ou ressent quoi que ce soit consciemment le fait &#224; partir de donn&#233;es et de r&#233;f&#233;rences qui &#224; 99% sont issues de la soci&#233;t&#233; qui l'entoure et donc de ce qu'on peut appeler au sens large la tradition. Affirmer le primat cr&#233;ateur exclusif de la conscience individuelle est donc inepte en g&#233;n&#233;ral, et totalement dans un domaine comme la foi, qui d&#233;passe infiniment par nature ces capacit&#233;s individuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une cons&#233;quence particuli&#232;re, inattendue pour l'esprit moderne, qui est ce que Newman traite sous le terme d'&#171; &#233;conomie &#187;, et qui consiste &#224; ne pas expliquer, par principe, une doctrine sacr&#233;e &#224; quelqu'un qui n'est pas pr&#233;par&#233; pour cela. Ce qu'il rapproche du pr&#233;cepte &#233;vang&#233;lique : ne pas jeter de perles aux pourceaux. Dans la Bible, la Providence n'a r&#233;v&#233;l&#233; que progressivement les v&#233;rit&#233;s qu'elle enseignait. Par exemple Dieu a longtemps accept&#233; que soit faite de Lui une pr&#233;sentation en partie anthropomorphique, car les esprits n'&#233;taient pas pr&#234;ts &#224; comprendre ce que pouvait &#234;tre un Esprit infini, incommensurable &#224; l'homme. En d'autres termes, &lt;i&gt;si la foi rel&#232;ve d'un domaine qui transcende la capacit&#233; spontan&#233;e de la raison individuelle, on ne doit tenter de la transmettre qu'&#224; celui qui est pr&#234;t pour cela&lt;/i&gt; - non pas &#224; quelqu'un qui aurait la formation intellectuelle appropri&#233;e, mais &#224; qui est m&#251;r. Nous retrouvons le r&#244;le essentiel du temps, cette fois du temps du d&#233;veloppement personnel&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Voir ici mon Temps Histoire Eternit&#233;, Parole et Silence 2005. ; pr&#233;sent&#233; (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Car au fond, la foi est affaire de relations entre personnes, qui se d&#233;roulent toujours dans le temps. Ce qui nous &#233;claire aussi &lt;i&gt;un paradoxe apparent d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; : le domaine de la Foi, qui nous rapporte &#224; une Eternit&#233; plus radicalement hors du temps que toutes les v&#233;rit&#233;s scientifiques ou philosophiques, voit son apprentissage et sa compr&#233;hension, individuelle comme collective, s'inscrire bien plus que celles-ci dans un d&#233;roulement temporel. Car cet apprentissage de l'Eternit&#233; est transformation, et nous ne devenons autres (et nous-m&#234;mes) qu'au fil du temps.&lt;/i&gt; C'est bien par le temps que nous nous ouvrons &#224; l'Eternit&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le d&#233;veloppement de la doctrine chr&#233;tienne selon Newman&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement d'une id&#233;e en g&#233;n&#233;ral, selon Newman&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#171; la question du d&#233;veloppement dans le temps de l'explicitation de la R&#233;v&#233;lation, notamment dans le travail de formulation et d'authentification du magist&#232;re. Newman est &#224; nouveau celui qui a propos&#233; sur ce point la conception la plus &#233;labor&#233;e. Il fournit un heureux antidote aux th&#232;ses que nous venons d'&#233;voquer. Comme comprend-il la possibilit&#233; d'un d&#233;veloppement fid&#232;le, dans le temps, d'une v&#233;rit&#233; en soi immuable, qui appartient au d&#233;p&#244;t de la foi et &#233;tait donc pr&#233;sente dans la R&#233;v&#233;lation d&#232;s le d&#233;but ? Son id&#233;e de base est la distinction fondamentale &#224; faire entre raison explicite et raison implicite : &lt;i&gt;on peut avoir une id&#233;e claire d'une doctrine, la &#8216;poss&#233;der', sans pour autant &#234;tre &#224; m&#234;me d'en exprimer toute la logique et toutes les cons&#233;quences.&lt;/i&gt; Dans la vie courante elle-m&#234;me, on peut avoir une vision sans pouvoir l'expliciter, voire m&#234;me sans en &#234;tre conscient. En mati&#232;re religieuse, cette constatation implique que l'absence de formulation dogmatique pendant une p&#233;riode ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre pr&#233;sente de fa&#231;on latente, plus ou moins ressentie mais non exprimable, dans les p&#233;riodes ant&#233;rieures. &lt;i&gt;Une v&#233;rit&#233; peut rester inexprim&#233;e pendant des si&#232;cles, alors m&#234;me qu'elle a &#233;t&#233; &#8216;la vie secr&#232;te de millions d'&#226;mes fid&#232;les'. &lt;/i&gt; Le point central est la coexistence de ces deux termes : d'un c&#244;t&#233;, l'id&#233;e n'a pas &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;e explicitement, voire pas m&#234;me consciemment ; mais de l'autre, elle a pu et peut effectivement habiter et mouvoir des &#234;tres, dans sa v&#233;rit&#233;. Cela veut dire aussi que le d&#233;veloppement ult&#233;rieur ne peut &#234;tre une addition au sens propre : &#171; &lt;i&gt;l'Eglise n'en sait pas plus que ne le savaient les Ap&#244;tres&lt;/i&gt; &#187; (Essay op. cit. p. xxiii), &lt;i&gt;qui avaient la pl&#233;nitude de la r&#233;v&#233;lation&lt;/i&gt;. Ils pouvaient donc avoir les id&#233;es sans en &#234;tre explicitement conscients. &#171; &lt;i&gt;They would without words know all the truths concerning the high doctrines of theology, which controversialists after them have [&#8230;] reduced to formulae, and developed through arguments&lt;/i&gt;. &#187; Jusqu'&#224; leur d&#233;veloppement explicite, de telles id&#233;es sont tenues par l'Eglise implicitement, donc sans les soumettre &#224; ses pouvoirs de r&#233;flexion et de raisonnement&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb5&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;&#8220;implicitly and without subjecting them to its reflecting and reasoning (&#8230;)&#034; id=&#034;nh5&#034;&gt;5&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Mais un ap&#244;tre qui aurait &#233;t&#233; plac&#233; devant une interrogation formelle comme le fera ult&#233;rieurement l'Eglise, aurait r&#233;pondu la m&#234;me chose qu'elle, parce que sa doctrine implicite est la m&#234;me que la sienne, et aussi compl&#232;te.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, il faut aller au-del&#224; de la mat&#233;rialit&#233; du langage : dans le d&#233;veloppement de la foi, il n'y a pas eu adjonction r&#233;guli&#232;re d'id&#233;es ou de th&#232;mes nouveaux, non attest&#233;s par la foi initiale, mais au contraire d&#232;s le d&#233;but une intuition g&#233;n&#233;rale, renfermant tous les aspects peu &#224; peu explicit&#233;s P&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb6&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;. Grelot La foi en J&#233;sus-Christ &#224; l'aube du christianisme. Revue thomiste T. (&#8230;)&#034; id=&#034;nh6&#034;&gt;6&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas du christianisme, cette analyse prend un sens et une dimension particuli&#232;re, puisque la Providence est l&#224; pour garantir cette fid&#233;lit&#233;. Mais le point de d&#233;part est pr&#233;sent&#233; par Newman comme g&#233;n&#233;ral et potentiellement valable pour toutes les id&#233;es ou doctrines (il nous cite ainsi le droit divin des rois, les droits de l'homme, le libre-&#233;change, l'utilitarisme, l'&#233;picurisme etc.&#8230;). Au d&#233;but nous dit-il (p. 37), ceux qui s'en sont convaincus ne les connaissent pas de fa&#231;on claire et explicite, d'o&#249; une agitation g&#233;n&#233;rale, et des conflits entre interpr&#233;tations possibles. Puis petit &#224; petit les diff&#233;rents aspects en sont mis en lumi&#232;re, et un enseignement bien d&#233;fini &#233;merge, combinant les aspects vari&#233;s que chacun avait vu s&#233;par&#233;ment, de sorte qu'elle est, de fa&#231;on alors visible, &#171; pour chaque esprit s&#233;par&#233;ment ce qu'au d&#233;but elle n'&#233;tait qu'&#224; eux tous pris ensemble &#187;. Elle sera &#233;galement confront&#233;e et aux autres doctrines, plus ou moins rivales, et aux circonstances concr&#232;tes, g&#233;ographiques, sociales etc., dans un vaste travail individuel et collectif. Elle pourra alors devenir, selon le cas, base ou r&#233;f&#233;rence de tel ou tel aspect de la vie collective, sans cesser d'&#234;tre la m&#234;me id&#233;e de d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel d&#233;veloppement est dit-il n&#233;cessaire, et m&#234;me vital. Comme il le note, on dit parfois que le ruisseau est plus clair pr&#232;s de sa source ; mais ce n'est pas vrai d'une id&#233;e (p. 40), car elle d&#233;marre au contraire trouble et m&#233;lang&#233;e, et doit s'&#233;purer de ce qui lui est &#233;tranger ou temporaire. Au d&#233;part, on ne sait pas ce qu'elle va donner ; et elle peut rester pendant longtemps inactive. Elle est expos&#233;e &#224; des d&#233;fis, dangers et mutations. &#171; Elle change pour rester la m&#234;me &#187; (&lt;i&gt;it changes with them in order to remain the same&lt;/i&gt;) ; et c'est in&#233;vitable : &#171; ici-bas vivre c'est changer, et &#234;tre parfait c'est avoir chang&#233; souvent &#187; (&lt;i&gt;here below to live is to change, and to be perfect is to have changed often&lt;/i&gt;). Notons ce point important : d'un c&#244;t&#233; ce changement formel est n&#233;cessaire et b&#233;n&#233;fique ; mais d'une autre c&#244;t&#233; l'id&#233;e reste au fond la m&#234;me. Remarquons incidemment ici que nous retrouvons en un sens la dualit&#233; entre le temps et l'&#233;ternit&#233;. Comprenons en outre que ce d&#233;veloppement n'a rien &#224; voir avec la d&#233;duction d'un th&#233;or&#232;me &#224; partir d'un autre : ce n'est pas une pure d&#233;duction logique, accessible d&#232;s le d&#233;part &#224; tout esprit rationnel et comp&#233;tent. C'est un d&#233;veloppement qui n'est possible que dans le cours de l'histoire, par confrontation avec d'autres doctrines et avec des r&#233;alit&#233;s sociales, politiques et culturelles diverses ; et c'est un travail collectif&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb7&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;On retrouve ici certaines des intuitions fortes du pape Fran&#231;ois (laisser (&#8230;)&#034; id=&#034;nh7&#034;&gt;7&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Sa fid&#233;lit&#233; essentielle &#224; l'id&#233;e de d&#233;part n'est en rien incompatible avec des d&#233;veloppements futurs. En d'autres termes c'est un &lt;i&gt;m&#251;rissement&lt;/i&gt;. En outre (pp. 56 sqq.), &#171; plus une id&#233;e doit &#234;tre consid&#233;r&#233;e vivante, plus vari&#233;s seront ses aspects &#187;, et &#171; plus sa nature sera sociale et politique, plus les questions qu'elle soul&#232;ve seront compliqu&#233;es et subtiles, et plus son cours sera long et riche en &#233;v&#233;nements &#187;. &lt;i&gt;C'est donc sur ce domaine social et politique que l'attention doit se porter plus particuli&#232;rement. &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le d&#233;veloppement du christianisme &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait objecter que dans le cas du christianisme la base de la doctrine est donn&#233;e dans les Ecritures. Mais ces id&#233;es que la lettre du texte transmet, qui vont de l'&#233;crivain sacr&#233; &#224; son lecteur, la question est nous dit-il de savoir si &#171; elles atteignent le lecteur aussit&#244;t, compl&#232;tes et pr&#233;cises d&#232;s la premi&#232;re perception, ou si elles s'ouvrent dans son intellect et croissent jusqu'&#224; leur perfection avec le cours du temps &#187;. Or en pratique dit-il il est &#171; extravagant &#187; de penser que le Nouveau testament &#171; comprend les lin&#233;aments de toutes les formes possibles qu'un message divin assumera une fois soumis &#224; une multitude d'esprits &#187;. Ceci est particuli&#232;rement vrai de la part d'une religion enseign&#233;e par un Dieu incarn&#233;. Rien n'implique donc qu'il doive &#233;chapper sur ce point au sort commun aux autres r&#233;alit&#233;s humaines A cela s'ajoute le fait qu'il s'agit d'une religion &#224; vocation universelle, adapt&#233;e &#224; toutes les &#233;poques et les lieux ; il ne peut donc que &#171; varier en relation [&#8230;] avec le monde environnant, et donc se d&#233;velopper &#187;. Nous retrouvons ici la limite issue du fait m&#234;me que les textes r&#233;v&#233;l&#233;s ont &#233;t&#233; r&#233;dig&#233;s &#224; des &#233;poques pr&#233;cises, dans des langages donn&#233;s, et qu'ils sont donc en soi incapables de tout dire dans le d&#233;tail pour toujours. Ce d&#233;veloppement est en outre pr&#233;vu par les Ecritures (p. 73), comme en t&#233;moignent les paraboles sur le Royaume des Cieux et sa croissance (comparaison avec la graine de moutarde). On remarque ici, nous dit-il, le double caract&#232;re spontan&#233; et progressif de ce d&#233;veloppement. Comme tout d&#233;veloppement v&#233;ritable, ce n'est pas le fruit d'une volont&#233;, d'un enthousiasme ou d'un raisonnement ; cela r&#233;sulte de son &#171; pouvoir inn&#233; d'expansion dans l'esprit &#187;, li&#233; avec l'effort de r&#233;flexion et avec le d&#233;veloppement moral de l'esprit consid&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une sp&#233;cificit&#233; de la R&#233;v&#233;lation, par rapport &#224; la religion naturelle, est en outre comme on sait l'introduction d'un facteur d'autorit&#233; (pp. 86 sqq.). La R&#233;v&#233;lation &#171; consiste dans la manifestation de l'invisible Puissance divine, ou dans la substitution de la voix d'un L&#233;gislateur &#224; la voix de la conscience &#187;. La conscience en revanche caract&#233;rise la religion naturelle. Or dit-il il faut ob&#233;ir &#224; l'une et &#224; l'autre, &#224; la conscience tout comme &#224; l'autorit&#233; de l'Eglise, m&#234;me si elles peuvent se tromper (sauf dans certains cas pour la seconde). A nouveau, la lecture de la Bible &#224; elle seule ne suffit pas ; nous avons besoin d'un guide. C'est la fameuse r&#233;plique de l'Ethiopien &#224; l'ap&#244;tre Philippe : comment puis-je comprendre les Ecritures, si je n'ai pas de guide ? D'o&#249; le r&#244;le de l'Eglise, d'autant plus convaincant qu'elle est la seule &#224; avoir cette pr&#233;tention &#224; l'infaillibilit&#233; : &#224; nouveau, s'il y a R&#233;v&#233;lation, il doit y avoir une autorit&#233; pour nous guider, et c'est la seule disponible. Il nous montre par ailleurs (notamment p. 95) avec force que le corps de doctrine d&#233;velopp&#233; par l'Eglise catholique est le seul coh&#233;rent et indiscut&#233; dans sa sph&#232;re, et qu'il n'a pas de rival comparable. En bref, le fait de base est l'existence m&#234;me de ces d&#233;veloppements et leur unicit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ajoute que, dans une r&#233;alit&#233; comme celle du christianisme, d'abord &#171; il ne peut pas ne pas y avoir de d&#233;veloppements ; et ils sont n&#233;cessairement divins puisque le christianisme est divin &#187; ; ensuite &#171; ce sont ceux qui existent, puisqu'il n'y en a pas d'autres &#187; ; et enfin &#171; on les trouve justement l&#224; o&#249; des d&#233;veloppements vrais devaient &#234;tre trouv&#233;s, c'est-&#224;-dire dans les si&#232;ges historiques de l'enseignement apostolique et dans les maisons pleines d'autorit&#233; de tradition imm&#233;moriale &#187;. En outre (p. 155) de tels d&#233;veloppements sont in&#233;vitables, avec le temps et le besoin (&lt;i&gt;doctrine cannot but develop as time proceeds and need arises&lt;/i&gt;) et ils &#171; font partie du syst&#232;me divin, et [&#8230;] donc il est l&#233;gal, ou plut&#244;t n&#233;cessaire, d'interpr&#233;ter les mots et les actions de l'Eglise des d&#233;buts au moyen de l'enseignement plus d&#233;termin&#233; de l'Eglise ult&#233;rieure &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb8&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;That its developments are parts of the Divine system, and that therefore it (&#8230;)&#034; id=&#034;nh8&#034;&gt;8&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; . Ce point est significatif : &lt;i&gt;il l&#233;gitime l'usage des outils d&#233;velopp&#233;s ult&#233;rieurement pour comprendre les premi&#232;res &#233;tapes, loin de toute survalorisation f&#233;tichiste des seules pratiques de la primitive Eglise&lt;/i&gt;. Un bon exemple de tels d&#233;veloppements est selon lui celui de l'institution du pape et des &#233;v&#234;ques. L'&#233;mergence des &#233;v&#234;ques s'est faite nous dit-il &#224; la suite de troubles locaux ; puis celle de la papaut&#233;, &#224; la suite de troubles au niveau &#339;cum&#233;nique. Mais cela ne vaut pas dire qu'elles n'&#233;taient pas latentes - y compris dans la doctrine. Simplement cela n'a &#233;merg&#233; explicitement qu'avec le besoin. Les phrases de l'Evangile fondant la papaut&#233; n'ont pris leur sens plein que lorsque le besoin d'affirmation de celle-ci est devenu manifeste (et que les pers&#233;cutions sont pass&#233;es) ; et alors ce r&#244;le a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ralement accept&#233;, ce qui montre qu'il &#233;tait latent d&#232;s la p&#233;riode ant&#233;rieure (p. 151). L'autorit&#233; notamment doctrinale de Pierre et de ses successeurs, appuy&#233;e par les textes &#233;vang&#233;liques, pouvait op&#233;rer bien avant qu'on la traduise dans des dogmes ; de fait celui de l'infaillibilit&#233; a attendu le XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Crit&#232;res d'un d&#233;veloppement fid&#232;le : les notes&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement un tel d&#233;veloppement doit, pour que ce terme soit justifi&#233;, &#234;tre fid&#232;le &#224; l'id&#233;e de d&#233;part. En effet il est non seulement concevable, mais r&#233;guli&#232;rement observ&#233;, que l'&#233;volution d'une id&#233;e ou d'une doctrine aboutisse &#224; sa corruption (pp. 170 sqq.), comprise comme la destruction d'un organisme qui ne fonctionne plus conform&#233;ment &#224; son &#234;tre. Dans le cas du message r&#233;v&#233;l&#233; une telle hypoth&#232;se serait d&#233;vastatrice. Encore faut-il pouvoir v&#233;rifier si c'est le cas. Pour cela Newman propose des crit&#232;res, qu'il appelle &#171; notes &#187;, qui sont surtout des crit&#232;res de coh&#233;rence. Passons-les en revue. On commencera par trois notes de coh&#233;rence et de permanence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re note est &lt;i&gt;la pr&#233;servation du &#8216;type', ce qu'on peut appeler la permanence dans l'&#234;tre&lt;/i&gt; de ce que l'on consid&#232;re, comme c'est le cas pour un animal dans son processus de croissance, qui reste fid&#232;le au type. Cela peut comporter des modifications substantielles, comme entre l'&#339;uf et l'oiseau. Pour cela, ce qui compte n'est pas la forme ext&#233;rieure : elle s'est maintenue entre la r&#233;publique romaine et le pouvoir imp&#233;rial d'Auguste, alors que la r&#233;alit&#233; &#233;tait radicalement modifi&#233;e ; tandis que, inversement, l'abandon trois si&#232;cles plus tard de ces formes par Diocl&#233;tien n'a pas chang&#233; la substance du pouvoir imp&#233;rial. Le maintien des formes ext&#233;rieures est m&#234;me souvent un mauvais signe, un signe de trahison par insuffisante adaptation, comme le montre l'histoire des Juifs dans l'Ancien testament. L'Evangile a accompli la Loi, alors m&#234;me qu'il pr&#233;sentait apparemment de notables diff&#233;rences par rapport &#224; elle (p. 177).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me note est &lt;i&gt;le respect des principes constitutifs&lt;/i&gt;. Les principes sont ce qu'il y a de permanent dans le d&#233;veloppement, ce qui ne se modifie pas, et qui est abstrait et g&#233;n&#233;ral. Ils se distinguent donc fondamentalement des doctrines, qui peuvent varier au cours de l'&#233;volution. Par l&#224; m&#234;me, ils peuvent n'appara&#238;tre que plus tard qu'elles dans l'&#233;volution, &#224; proportion m&#234;me de leur r&#244;le plus fondamental. En cas d'h&#233;r&#233;sie, ils sont un meilleur test que la doctrine, car si celle-ci change, les principes restent ; la doctrine peut passer d'un extr&#234;me &#224; l'autre, sans que l'orientation de base change ; par exemple, dans le cas du protestantisme, le principe de libre examen est un facteur commun permanent, au-del&#224; des fluctuations des' &#8216;sectes' dans tous les sens possibles. De sorte dit-il que le protestantisme (dont il vient lui-m&#234;me), d&#232;s qu'il affirme quelque chose, soit proclame des principes catholiques sans pouvoir les fonder, soit erre sur la base de son principe (de libre examen), mais sans pouvoir construire (p. 182).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me note est &lt;i&gt;la coh&#233;rence logique&lt;/i&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb9&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Essay op. cit. pp. 189 sqq. Je garde les noms des notes de Newman, mais dans (&#8230;)&#034; id=&#034;nh9&#034;&gt;9&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. Cela ne signifie pas que le d&#233;veloppement se fasse par raisonnement logique &#224; partir de points de d&#233;part, comme on l'a vu. Mais cela implique que les &#233;tapes ult&#233;rieures restent logiquement coh&#233;rentes avec les standards des &#233;tapes ant&#233;rieures. La logique est un facteur de v&#233;rification de coh&#233;rence ex post, suivant le d&#233;veloppement naturel de la doctrine ; ce peut &#234;tre &#224; l'occasion aussi un facteur de d&#233;couverte et d'exploration. Ceci n'a cependant rien &#224; voir avec le rationalisme, qui voit dans la logique le seul facteur de d&#233;veloppement possible, voire le seul fondement, au d&#233;triment de la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s ces trois notes, on trouve un ensemble de crit&#232;res qui sont de coh&#233;rence dans la temporalit&#233;. La troisi&#232;me note est ainsi le pouvoir d'assimilation. L'id&#233;e est que ce qui est vivant cro&#238;t, et qu'il le fait en s'emparant et en assimilant des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs (pp. 185 sqq.). Une conception vivante est capable de prendre des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs &#224; elle et de se les assimiler. Une doctrine s&#251;re de soi et vivante a plus de libert&#233; pour assimiler, au-del&#224; des formes, qu'une doctrine fragile, qui s'en remet aux formes &#233;prouv&#233;es. Ceci se voit dit-il dans la libert&#233; d'allure de l'Eglise romaine. La cinqui&#232;me note est l'anticipation du futur. Cela veut dire que si une th&#232;se se d&#233;veloppe organiquement, on doit trouver dans ses d&#233;buts une anticipation de ce qui se d&#233;veloppera par la suite, m&#234;me si c'est de fa&#231;on primitive et partielle (pp. 195 sqq.). La sixi&#232;me note est une action conservatrice &#224; l'&#233;gard du pass&#233;, c'est-&#224;-dire le respect des acquis des &#233;tapes ant&#233;rieures du d&#233;veloppement (pp. 199 sqq.), tel que, en r&#233;action contre certaines caract&#233;ristiques d'une &#233;tape ant&#233;rieure, on ne va pas au-del&#224; du raisonnable, en remettant en cause ce qui en fait la valeur profonde. &#171; A true development then may be described as one which is conservative of the course of antecedent developments being really those developments and something besides them : it is an addition which illustrates, not obscures, corroborates, not corrects, the body of thought from which it proceeds ; and this is it characteristic as contrasted with a corruption&#8221;. On retrouve cette caract&#233;ristique de la doctrine orthodoxe, qui int&#232;gre toutes les r&#233;alit&#233;s et v&#233;rit&#233;s partielles des doctrines qu'elle rencontre. La septi&#232;me note est enfin la permanence de la vigueur ou vitalit&#233; (pp. 185 sqq.). La dur&#233;e est le signe d'un d&#233;veloppement fid&#232;le, maintenu sur dur&#233;e longue. Les h&#233;r&#233;sies sont normalement de dur&#233;e courte, et les aberrations ne durent pas. La t&#233;nacit&#233; est un signe de permanence de l'id&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la force d'une id&#233;e va au-del&#224; de son expression, tout en &#233;tant lisible &#224; travers celle-ci : c'est ce qui est capable, &#224; del&#224; des fluctuations de l'expression ou de points d'application nouveaux, de demeurer dans sa figure, fid&#232;le &#224; ses principes, coh&#233;rent logiquement, ne r&#233;cusant pas ses expressions ant&#233;rieures, annon&#231;ant ses d&#233;veloppement futurs, capable d'int&#233;grer des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs et de d&#233;fendre ses principes de base et de durer. Ce qui traduit bien entendu la permanence dans le temps de sa fid&#233;lit&#233; &#224; son principe, qui est en l'esp&#232;ce &#233;ternel. &#187;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;John Henry Cardinal Newman &lt;i&gt;An Essay on the Development of Christian Doctrine&lt;/i&gt; University of Notre Dame Press, Notre Dame IN, USA ; 1989 (edition of 1888).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce peut &#234;tre notamment pour des raisons de maturation : il existe des explorations mentales en soi justifi&#233;es, mais qui peuvent &#234;tre pr&#233;matur&#233;es dans un contexte donn&#233;, c'est-&#224;-dire dont l'&#233;lucidation doit &#234;tre renvoy&#233;e aux g&#233;n&#233;rations futures. Le bien collectif peut alors justifier une certaine prudence.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Newman ajoute que les s&#233;v&#233;rit&#233;s pass&#233;es &#233;taient en g&#233;n&#233;ral justifi&#233;es, avec le recul dont nous disposons.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Voir ici mon &lt;i&gt;Temps Histoire Eternit&#233;&lt;/i&gt;, Parole et Silence 2005. ; pr&#233;sent&#233; dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Temps-Histoire-Eternite.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Temps...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb5&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh5&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 5&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;5&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&#8220;&lt;i&gt;implicitly and without subjecting them to its reflecting and reasoning powers&lt;/i&gt;&#8221;. pp. 191-192.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb6&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh6&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 6&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;6&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;. Grelot La foi en J&#233;sus-Christ &#224; l'aube du christianisme. Revue thomiste T. XCIX N&#176; 3 juillet-septembre 1999 pp. 539 sqq.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb7&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh7&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 7&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;7&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;On retrouve ici certaines des intuitions fortes du pape Fran&#231;ois (laisser m&#251;rir les choses avec le temps, ne pas aiguiser les conflits, prendre du recul par rapport aux id&#233;es insuffisamment &#233;labor&#233;es, viser une conception d'ensemble sans exclure une dimension etc.).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb8&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh8&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 8&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;8&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;That its developments are parts of the Divine system, and that therefore it is lawful, or rather necessary, to interpret the words and deeds of the earlier Church by the determinate teaching of the later.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb9&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh9&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 9&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;9&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;&lt;i&gt;Essay&lt;/i&gt; op. cit. pp. 189 sqq. Je garde les noms des notes de Newman, mais dans un ordre diff&#233;rent.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La question du mal : articles dans La Nef</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-question-du-mal-articles-dans-La-Nef.html</link>
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		<dc:date>2024-03-28T16:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Question du mal</dc:subject>
		<dc:subject>Dieu et le mal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question du mal est une vieille interrogation de l'humanit&#233;, peut-&#234;tre d&#232;s les origines. Elle fait l'objet d'un dossier sp&#233;cial de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; , dans lequel je suis intervenu par deux articles, l'un, introductif, sur ce qu'on peut appeler la dimension philosophique, l'autre sur la question de la relation entre le mal et l'existence de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les id&#233;es que j'ai d&#233;velopp&#233;es dans mon livre &lt;i&gt;Dieu le mal et l'histoire&lt;/i&gt;, paru en 2022 chez T&#233;qui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Question-du-mal-+.html" rel="tag"&gt;Question du mal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dieu-et-le-mal-+.html" rel="tag"&gt;Dieu et le mal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question du mal fait l'objet d'un dossier sp&#233;cial de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt; , dans lequel je suis intervenu par deux articles qu'in trouvera ci-apr&#232;s, l'un, introductif, sur ce qu'on peut appeler la dimension philosophique, l'autre sur la question de la relation entre le mal et l'existence de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont les id&#233;es que j'ai d&#233;velopp&#233;es dans mon livre &lt;i&gt;Dieu le mal et l'histoire&lt;/i&gt;, paru en 2022 chez T&#233;qui.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question du mal : le niveau philosophique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La question du mal est une vieille interrogation de l'humanit&#233;, peut-&#234;tre d&#232;s les origines. La dimension chr&#233;tienne est ici essentielle, et ce sera l'objet des diff&#233;rents articles de ce num&#233;ro. Mais il importe d'examiner au pr&#233;alable la mani&#232;re dont le probl&#232;me se pose avant cela : ce qu'on peut appeler la dimension philosophique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mal naturel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re distinction &#224; faire est entre le mal naturel et le mal issu de la responsabilit&#233; d'un &#234;tre spirituel, ange ou homme. Le mal naturel, le fait m&#234;me que notre monde soit imparfait, ne r&#233;sulte pas d'&#233;vidence de la responsabilit&#233; humaine. Sinon, il faudrait imaginer une &#233;poque o&#249; l'homme et les animaux ne connaissaient ni le mal ni la mort. Or cela para&#238;t contradictoire avec la science et avec notre exp&#233;rience. Les &#234;tres vivants tels que nous les connaissons souffrent et meurent, en dehors de toute intervention humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Par ailleurs, ce qui caract&#233;rise notre monde est la limitation des ressources, &#224; commencer par l'espace. Dans ces conditions, la reproduction de la vie n'est pas possible sans la mort, qui permet de limiter le nombre des &#234;tres vivants &#224; un moment. Mais s'il n'y a pas reproduction, il n'y a pas &#233;mergence d'&#234;tres nouveaux. Le d&#233;veloppement m&#234;me d'un &#234;tre vivant, &#224; commencer par le simple fait de manger, suppose dans ce monde la disparition d'un autre, donc une destruction et une souffrance. Or ce d&#233;veloppement est en soi bon. Il appara&#238;t donc que c'est la nature telle que nous la connaissons qui comporte ce mal naturel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La souffrance : on peut estimer que c'est elle qui donne au mal toute sa signification. En effet, la disparition d'un &#234;tre qui ne souffre pas ne para&#238;t pas d'embl&#233;e constituer un mal. Mais dans le cas des &#234;tres vivants la souffrance est un &#233;l&#233;ment essentiel de leur survie et plus encore de leur capacit&#233; de progr&#232;s, car elle les conduit &#224; prendre en compte les menaces et &#224; y r&#233;agir. C'est encore plus vrai dans le cas d'&#234;tres libres comme les hommes. En un sens donc, la souffrance, comprise comme sensibilit&#233; au mal, est pour nous n&#233;cessaire au bien lui-m&#234;me. Bien entendu on peut concevoir un monde sans souffrance, et o&#249; toute limitation dispara&#238;t : celui de la vie &#233;ternelle ; mais il sera radicalement diff&#233;rent de notre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici l&#224;, c'est l'homme qui per&#231;oit et subit plus fortement la pr&#233;sence du mal, parce qu'il est conscient. C'est d'autant plus vrai qu'il se sait &#234;tre une personne, unique, ce qui accro&#238;t le scandale de la souffrance et de la mort. Mais en m&#234;me temps lui seul peut &#224; son niveau lutter contre avec l'aide de Dieu (seul d&#233;cisif), et esp&#233;rer la r&#233;ponse &#224; sa question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mal moral&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mal moral est tr&#232;s diff&#233;rent. Si le mal naturel peut d&#233;boucher sur un bien, puisque l'ordre de la nature le pr&#233;suppose, le mal moral par lui-m&#234;me jamais. Qu'un en &#234;tre libre, dot&#233; de conscience, choisisse un mal moral est un &#233;garement, car il ne s'oriente pas vers le bien v&#233;ritable auquel il est ordonn&#233;, et se perd en recherchant un bien particulier ; c'est ce qu'on appelle p&#233;ch&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le mal moral r&#233;sulte directement de la libert&#233; ; or elle est en soi bonne. Non seulement c'est un don de Dieu mais c'est un &#233;l&#233;ment de similitude avec Lui, et un moyen n&#233;cessaire pour atteindre son plein d&#233;veloppement. Il n'est pas de Dieu d'amour pensable sans libert&#233;. Il en r&#233;sulte qu'un monde comportant la libert&#233; et par l&#224; le risque d'un mal moral est meilleur qu'un monde sans libert&#233;. D'autant que Dieu peut tirer de ce mal un bien sup&#233;rieur. Dans cette perspective, tout mal a son utilit&#233;, comme motif &#224; rachat ou &#224; progr&#232;s, car c'est une occasion de gr&#226;ce et de progr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le mal compris comme n&#233;gativit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est la nature du mal ? Dans la conception classique, ce n'est pas une substance, existant par soi-m&#234;me ; c'est la privation d'un bien qui devrait &#234;tre l&#224; ; par lui-m&#234;me il n'a pas de consistance ni d'existence propre &#8211; car il ne faut parler de mal si la limite r&#233;sulte de la nature de la chose consid&#233;r&#233;e. Dans tout d&#233;sir, ce qui est d&#233;sir&#233; n'est pas le mal que cela peut comporter, mais une dimension de bien que contient l'objet du d&#233;sir. C'est la cons&#233;quence de la d&#233;finition m&#234;me du bien : c'est ce qui nous attire, parce que cela correspond &#224; une demande de notre nature. Il n'y a donc pas sym&#233;trie entre le mal et le bien. Seul le bien est originel et existe par soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un choix mauvais, un bien partiel nous conduit &#224; choisir ce qui en r&#233;alit&#233; est source d'amoindrissement ou de destruction. De ce point de vue, en un sens, plus un &#234;tre est mauvais, plus il est impuissant. Il cherche un certain bien, mais ce n'est pas celui qu'il faudrait, ou pas comme il le faudrait ; et il ne trouve que le contraire de ce qu'il cherchait ; il rencontre le malheur, alors que son &#234;tre cherchait le bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'appel &#224; Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;flexion rationnelle, philosophique, rend compte de la logique profonde de l'existence du mal. Nous n'en restons pas moins sur notre faim, car notre &#234;tre profond reste heurt&#233; par la pr&#233;sence du mal, lequel nous appara&#238;t comme un myst&#232;re fondamental, notamment le mal moral sous ses formes les plus troublantes (&lt;i&gt;mysterium iniquitatis&lt;/i&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pour le croyant, la question prend un tour tr&#232;s diff&#233;rent, d&#232;s lors qu'elle est inscrite dans le contexte de sa relation avec Dieu. D'un c&#244;t&#233; cela soul&#232;ve la question de la pr&#233;sence du mal dans un monde cr&#233;&#233; par un Dieu qui est Amour, qui sera &#233;voqu&#233; dans les articles qui suivent. D'un autre c&#244;t&#233;, justement, l'appel &#224; Dieu que suscite la pr&#233;sence du mal, et la r&#233;ponse de Dieu, constituent une des dimensions essentielles de la vie de foi et du message biblique. Dieu r&#233;pond au mal par un bien plus grand encore, d&#233;j&#224; au niveau de sa Providence quotidienne, et surtout du fait de ce geste inou&#239; consistant &#224; S'incarner et &#224; prendre le mal sur lui, afin de nous ouvrir &#224; l'infini de la vie &#233;ternelle &#8211; si nous acceptons librement ce don. C'est ce que nous verrons dans les diff&#233;rents articles qui suivent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le mal et l'existence de Dieu&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Position du d&#233;bat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse philosophique de la question du mal pose au croyant une question majeure, car elle conduit &#224; l'id&#233;e que Dieu tol&#232;re un certain mal. Cela choque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait observer au pr&#233;alable que la question n'aurait pas beaucoup de sens si Dieu n'existait pas. Car dans ce cas, c'est le terme de bien qui n'aurait pas de sens. Dans une optique mat&#233;rialiste, le mal est tout au plus un ph&#233;nom&#232;ne neuronal, commun avec l'animal, et donc rien d'essentiel. D'une certaine mani&#232;re donc, le croyant voit et ressent plus consciemment le mal que l'ath&#233;e, pour qui ce ne devrait pas &#234;tre un probl&#232;me. Mais pour le croyant la question se pose : comment un Dieu tout-puissant admet-il l'existence du mal, s'Il aurait pu l'emp&#234;cher ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si Dieu est tout-puissant, il peut tout, sauf ce qui est contradictoire ou impossible. Or l'id&#233;e d'un monde sans mal n'est ni contradictoire ni impossible. On peut donc pr&#233;tendre qu'un Dieu tout-puissant aurait pu cr&#233;er un monde sans mal et o&#249; on ferait librement le bien. Inversement, r&#233;pondre &#224; la question du mal implique de montrer que Dieu &lt;i&gt;peut&lt;/i&gt; avoir des raisons pour accepter un certain mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le pr&#233;c&#233;dent article, on a vu que notre monde n'est pas concevable sans mal naturel (la souffrance et la mort). Plus largement, un univers mat&#233;riel, s'il n'est pas statique, comporte n&#233;cessairement le possibilit&#233; que des choses puissent p&#233;rir. Or on ne peut qualifier de mauvais ce qui r&#233;sulte de la nature m&#234;me de quelque chose. La vie est un bien ; elle suppose un d&#233;veloppement mais il est difficilement concevable sans la mort. De m&#234;me, la cr&#233;ation d'&#234;tres conscients et libres est un bien, mais elle implique la possibilit&#233; du mal moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, il faut rappeler qu'il peut &#234;tre n&#233;cessaire qu'une partie, prise seule, puisse &#234;tre d&#233;ficiente, si c'est pour le bien ou la beaut&#233; du tout ; le sens ne se prend qu'un niveau de l'ensemble. Ce qui revient &#224; reconna&#238;tre qu'il faut examiner si ce qu'on a per&#231;u comme mal n'est pas compens&#233; et surtout largement d&#233;pass&#233; par un bien sup&#233;rieur. En particulier, si le mal et la souffrance sont indispensables &#224; la vie dans un monde mat&#233;riel non statique, il est clair qu'il vaut mieux qu'il existe plut&#244;t qu'il n'y ait rien. Et on voit assez de bien dans l'univers pour reconna&#238;tre qu'il est bon qu'il existe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on justifier le mal au nom d'un bien sup&#233;rieur ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains contestent ce raisonnement, en &#233;voquant des maux tels qu'on ne voit pas quel bien peut en r&#233;sulter ou les compenser, et cela d&#232;s le mal naturel. Dans un d&#233;bat c&#233;l&#232;bre, William Rowe pose l'exemple d'une biche qui meurt en souffrant dans un incendie de for&#234;t. Et de poser la question : peut-on raisonnablement penser qu'il y a un bien plus grand que la souffrance de la biche, mais qui suppose celle-ci ? Cela sera encore plus vrai, dit-il, dans le cas d'une souffrance humaine. Quel bien sup&#233;rieur peut justifier ou compenser la souffrance gratuite d'un enfant ? Il ajoute qu'on ne pourra jamais d&#233;montrer que ces souffrances n'auraient pas pu &#234;tre &#233;vit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'embl&#233;e que si on prend cette analyse comme argument contre l'existence de Dieu, elle est contestable. Si quelqu'un est croyant , c'est que, pour des raisons diverses, il pense que Dieu existe. Il pourra en d&#233;duire qu'il y a des raisons &#224; la pr&#233;sence de tel ou tel mal : le fait qu'il ne les connaisse pas avec pr&#233;cision ne fait pas par lui-m&#234;me dispara&#238;tre les motifs pour lesquels il croit en l'existence de Dieu. Et cela d'autant plus que notre connaissance d&#233;taill&#233;e du monde est extr&#234;mement limit&#233;e. Si on reprend l'exemple de la biche, il n'est pas raisonnable de demander qu'on pr&#233;cise le bien &#233;ventuel qui contrebalancerait ce mal, car il n'y a aucune raison pour que ce bien nous apparaisse, surtout en regard de l'infini de la sagesse divine, inaccessible &#224; notre savoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est le point de d&#233;part m&#234;me de Rowe qui est arbitraire. Au nom de quoi affirmer que ce qui appara&#238;t comme un mal n'est jamais justifiable ? Nous avons l'exemple contraire de la r&#233;demption chr&#233;tienne : un bien infini que Dieu nous a donn&#233;, celui de prendre tout le mal sur Lui. D'un c&#244;t&#233;, ce bien est exceptionnel ; mais d'un autre c&#244;t&#233;, il aurait &#233;t&#233; impossible sans ce mal qu'est le p&#233;ch&#233;. De fait, souffrir m&#234;me de fa&#231;on tr&#232;s dure n'est &#224; chaque fois qu'un fait limit&#233;. Il est donc possible et logique de consid&#233;rer que cela puisse &#234;tre compens&#233; et au-del&#224; par un bien plus grand, surtout s'il est infini. Or en particulier, la perspective m&#234;me de la vie &#233;ternelle implique un d&#233;s&#233;quilibre infini en faveur du bien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il convient d'aller au-del&#224; encore. Car si l'argumentation pr&#233;c&#233;dente n'implique pas par elle-m&#234;me la n&#233;gation de la r&#233;alit&#233; de la souffrance, il reste que Dieu est effectivement tout-puissant, et que Sa Providence couvre l'ensemble des &#233;v&#233;nements du monde. Or &#233;motionnellement le spectacle du mal et de la souffrance nous r&#233;volte, et l&#233;gitimement. Mais l'int&#233;r&#234;t des consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes est d'&#233;viter de nous laisser submerger par ces &#233;motions subjectives, et d'en appeler en permanence &#224; la r&#233;alit&#233; de Dieu, &#233;ternel et tout-puissant, et parfaitement bon, au-del&#224; de toute souffrance. Non pour nier le mal et la souffrance, mais pour avoir &#224; l'esprit dans quel contexte elle s'ins&#232;re, et seulement alors penser le sens possible de la souffrance ou du mal. S'il a pleinement conscience de l'infini de Dieu, le croyant peut et doit &#234;tre troubl&#233; profond&#233;ment par la consid&#233;ration d'un mal horrible, mais il n'en d&#233;duira pas que sa foi est vaine, tout au contraire, car d'un c&#244;t&#233;, &#224; nouveau, il en d&#233;duira qu'il ne conna&#238;t pas les raisons sp&#233;cifiques de Dieu, et surtout, d'un autre c&#244;t&#233;, il se rappellera que Dieu est le seul &#224; qui il peut faire appel face &#224; ce mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Marilyn McCord Adams &#233;voque ici le cas d'une personne subissant des maux si horribles qu'il semble que sa vie ne vaille pas d'&#234;tre v&#233;cue. Celui qui tue son enfant dans un accident de voiture n'acceptera pas qu'on lui dise que c'&#233;tait un mal &#224; accepter dans le cadre d'un &#233;quilibre global. Mais pouvoir expliquer les causes d'un mal importe au fond assez peu : ce qui compte est comment l'amour de Dieu peut s'exprimer pour nous, quel espoir nous est offert par Dieu, et par l&#224; comprendre que toute vie vaut la peine d'&#234;tre v&#233;cue, par ce qu'elle est accueil du don de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici, au-del&#224; du r&#233;confort de la vie de foi en ce monde, la perspective de la vie &#233;ternelle. Car si le croyant ne peut en g&#233;n&#233;ral pas savoir comment Dieu intervient particuli&#232;rement dans la vie d'une personne qui souffre, ni le percevoir, il croit dans la promesse d'amour infini qu'est la vie &#233;ternelle, qui est en soi un bien incommensurable &#224; tout mal, et qui est en un sens d&#233;j&#224; pr&#233;sente en nous. Il ne s'agit pas ici d'ignorer ou d'oublier le mal ou la souffrance subie, encore moins de se dispenser d'agir contre ce mal, mais de rappeler cet horizon ultime qui assure la victoire du bien. En un mot, seule la bont&#233; de Dieu et son amour peuvent vaincre le mal - surtout s'il est horrible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi pouvons-nous faire le mal ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons mis jusqu'ici l'accent sur le mal naturel, ou physique. Mais il reste la question du mal moral : celui qui d&#233;pend de la libert&#233; de l'homme (et de l'ange). Certes l&#224; aussi la r&#233;ponse pr&#233;c&#233;dente subsiste : Dieu peut accepter un mal s'il en tire un plus grand bien. En outre la libert&#233; est bonne en soi ; mais elle implique la possibilit&#233; de choisir le mal. Mais il y a en l'esp&#232;ce un objection suppl&#233;mentaire sp&#233;cifique : pourquoi le choix du mal peut-il se faire, compte tenu de la sup&#233;riorit&#233; &#233;vidente du bien ? Dit autrement, pourquoi le monde n'est-il pas tel que le choix du mal moral, m&#234;me th&#233;oriquement possible, soit en pratique exclu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le fait que Dieu a cr&#233;&#233; un monde distinct de Lui, implique qu'il soit expos&#233; &#224; l'imperfection, sinon rien n'existerait en dehors de Lui ; d'autant qu'Il lui a permis d'&#233;voluer en dehors de Lui, par ses propres forces (m&#234;me si elles sont un don de Dieu). Il ne pouvait alors que cr&#233;er un monde poss&#233;dant certaines limites ou imperfections. Qu'un autre monde serait peut-&#234;tre marginalement meilleur que le n&#244;tre n'a de ce point de vue aucune importance. Plus sp&#233;cifiquement, il y aurait une bizarrerie &#224; revendiquer des &#234;tres meilleurs que nous ne sommes : soit cela ne serait qu'une diff&#233;rence de degr&#233;, soit de tels &#234;tres ne seraient plus des &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question devient alors : Dieu devait-il emp&#234;cher le p&#233;ch&#233; d'exister ? Le fait est qu'Il a cr&#233;&#233; une race humaine qui pouvait p&#233;cher et qui l'a fait, et Il le savait car Il est omniscient. John L. Mackie dit ne pas comprendre pourquoi Dieu n'a pas fait des hommes construits de telle fa&#231;on qu'ils auraient toujours choisi librement le bien. Mais, d&#233;j&#224;, &#224; nouveau, seraient-ils vraiment libres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, l'homme (comme l'ange) est simultan&#233;ment ouvert &#224; l'&#234;tre et &#224; l'amour infini de Dieu, sans limite ; mais il est en lui-m&#234;me limit&#233;, et en particulier il n'a pas en lui-m&#234;me sa loi, ce qui le fait &#234;tre. D'o&#249; la tentation de se suffire &#224; lui-m&#234;me ; c'est-&#224;-dire de chercher &#224; r&#233;aliser son aspiration fondamentale &#224; l'infini, sans reconna&#238;tre cette incapacit&#233; intrins&#232;que, en voulant &#234;tre sa loi &#224; lui-m&#234;me. Cette combinaison de l'imperfection et de l'autonomie expose logiquement &#224; mal choisir et &#224; chuter : c'est le p&#233;ch&#233; de Lucifer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains &#233;voquent alors l'action possible de la Providence. Par exemple, de fa&#231;on imag&#233;e, Dieu pouvait faire r&#233;sonner le tonnerre au moment o&#249; Eve cueillait le fruit du mal. Et il aurait fallu que Dieu intervienne syst&#233;matiquement d&#232;s qu'un &#234;tre humain aurait &#233;t&#233; tent&#233;. Mais &#224; nouveau, quel sens aurait une libert&#233; qui serait syst&#233;matiquement remise en cause dans ses effets ? On pourrait dire aussi que le mal ne serait pas choisi si Dieu Se manifestait &#224; l'homme dans Sa pl&#233;nitude. Mais alors il n'y aurait plus de libert&#233;. Surtout, le sens ne serait plus du tout le m&#234;me pour l'homme : conna&#238;tre Dieu serait un donn&#233; absolu et incontournable, et non le fruit de sa r&#233;ponse personnelle, de son cheminement en r&#233;ponse &#224; un appel de Dieu, respectueux de sa libert&#233;. Le cheminement libre est une voie sup&#233;rieure et donc meilleure, malgr&#233; ses risques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains encore objectent que si les hommes sont libres, et que Dieu ne peut pas les contr&#244;ler ult&#233;rieurement, on ne peut pas dire qu'Il est tout-puissant. Mais un &#234;tre peut &#234;tre tout-puissant et se donner des limites, alors qu'un cercle carr&#233; est en soi impossible. Dans aucun monde il n'est possible que des cr&#233;atures libres ne fassent jamais de mal de fa&#231;on certaine. Si le libre arbitre est une limite &#224; ce que Dieu peut faire, Dieu l'accepte parce qu'Il consid&#232;re qu'un monde le comportant est meilleur &#8211; et notamment parce qu'Il tire toujours un bien d'un mal. Et cr&#233;er ce monde &#233;tait un bien, outre &#224; nouveau la perspective de la vie &#233;ternelle. C'est particuli&#232;rement vrai pour le chr&#233;tien, car la r&#233;demption, le sacrifice sur la croix et le rachat de l'humanit&#233;, sont un bien infini, donc sup&#233;rieur &#224; tous les maux possibles ; or ce bien serait impossible sans le p&#233;ch&#233;. C'est le sens du &#8216;&lt;i&gt;felix culpa&lt;/i&gt;' de la nuit de P&#226;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du progr&#232;s int&#233;rieur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute la perspective du progr&#232;s int&#233;rieur. Saint Ir&#233;n&#233;e nous explique que pour des &#234;tres comme nous, la perfection suppose une maturation, laquelle suppose que nous soyons expos&#233;s &#224; la possibilit&#233; de faire le mal. Certains demandent pourquoi il faut endurer des souffrances pour progresser, sans parler des &#233;checs possibles. Mais l&#224; encore, un tel processus caract&#233;rise toute vie terrestre ; notamment, le r&#244;le premier de la souffrance &#233;tant de reconna&#238;tre un mal, progresser suppose un signal, une certaine souffrance. Et si le don de Dieu est plus grand dans la r&#233;demption, cela implique que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le passage par des &#233;preuves rend capable de recevoir plus. Des &#234;tres libres doivent se former librement : &#224; nouveau, c'est la sup&#233;riorit&#233; de celui qui a surmont&#233; les tentations par rapport &#224; celui qui a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; pour rester innocent. Un univers sans mal possible ressemblerait &#224; un environnement id&#233;al pour animal domestique : il n'y aurait plus de place pour la vertu morale, ni pour l'amour. En r&#233;sum&#233;, le monde n'est pas un paradis, c'est un lieu de pr&#233;paration. Ce qui compte est de faire advenir une &#226;me, dans le temps, progressivement, de la pr&#233;parer &#224; l'accueil de l'amour infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t ici finalement est le lien &#233;troit &#233;tabli entre une cr&#233;ation ayant n&#233;cessairement ses limites, comportant le bien essentiel de la libert&#233;, et le r&#244;le du temps et de l'histoire. Car c'est dans le temps que nous pouvons surmonter le mal en vue d'un bien qui le d&#233;passe, mais que ce mal a en un sens rendu possible. Ce qui ne prend pleinement son sens que dans la perspective du savoir et de l'amour infinis de Dieu. C'est donc &#224; nouveau l'horizon de la vie &#233;ternelle qui permet de conclure pleinement &#224; la possibilit&#233; du d&#233;passement du mal, dans ce monde soumis au temps mais qui b&#233;n&#233;ficie de ce m&#234;me temps, et que cet horizon relativise radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; La Nef,&lt;i&gt; n&#176; 367 mars 2024&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La violence de Dieu dans l'histoire selon l'Ancien testament</title>
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		<dc:date>2023-09-10T15:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Violence Bible</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une question lancinante est celle de la violence attribu&#233;e &#224; Dieu dans l'histoire, violence qu'on rencontre en permanence dans les pages de la Bible, notamment l'Ancien testament. Cela choque le lecteur moderne, et pourtant c'est dans la Bible, cens&#233;e &#234;tre inspir&#233;e par Dieu. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions pour aider &#224; &#233;clairer cette question sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Violence-Bible-+.html" rel="tag"&gt;Violence Bible&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une question lancinante est celle de la violence attribu&#233;e &#224; Dieu dans l'histoire, violence qu'on rencontre en permanence dans les pages de la Bible, notamment l'Ancien testament. Cela choque le lecteur moderne, et pourtant c'est dans la Bible, cens&#233;e &#234;tre inspir&#233;e par Dieu. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions pour aider &#224; &#233;clairer cette question sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes et leur enjeu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;l&#233;ments de l'Ancien testament qui peut plus particuli&#232;rement choquer le lecteur contemporain est la pr&#233;sence fr&#233;quente de la violence, notamment &#224; l'occasion de combats o&#249; Dieu intervient activement pour soutenir les ambitions d'Isra&#235;l ou le destin personnel de tel ou tel. On y parle constamment d'ennemis &#224; exterminer ; et on y voit des d&#233;sob&#233;issances mineures punies de fa&#231;on qui nous para&#238;t sauvage et disproportionn&#233;e. Ainsi une sorte d'aura ou de tabou entoure dans toute la p&#233;riode de l'Exode le p&#233;rim&#232;tre sacr&#233;, ou les lois : les gens meurent comme des mouches ou sont massacr&#233;s de fa&#231;on approbatrice d&#232;s qu'ils franchissent certaines limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ces textes ? La question pos&#233;e ici n'a rien &#224; voir avec l'historicit&#233; de ces &#233;v&#233;nements, car c'est le fait qu'ils soient canoniques qui pose probl&#232;me. En effet, m&#234;me s'ils ne se sont pas produits, ce qui choque est qu'il soit dit, avec l'autorit&#233; de la R&#233;v&#233;lation, que Dieu les approuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peut m&#234;me &#234;tre plus choquant si on consid&#232;re que ce sont des r&#233;cits imaginaires. En effet, si comme dans la lecture ancienne, on pense qu'il s'agit de faits dans l'ensemble r&#233;els, mais rapport&#233;s par des t&#233;moins qui, bien qu'inspir&#233;s, n'en ont pas per&#231;u la port&#233;e ou la complexit&#233;, on peut les interpr&#233;ter autrement, &#224; la lumi&#232;re du reste de la R&#233;v&#233;lation. Le texte a alors pour fonction de nous dire ce qui s'est pass&#233;, mais sans que l'interpr&#233;tation qu'il en donne soit &#224; prendre au pied de la lettre. Si en revanche ce sont des r&#233;cits imaginaires, le seul message est celui que nous avons et il n'y a plus derri&#232;re une r&#233;alit&#233; complexe &#224; interpr&#233;ter. Il est alors plus difficile d'&#233;chapper &#224; une lecture plus relativement litt&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, pour bien comprendre ces textes, il faut d'abord tenir compte du mode de r&#233;daction des textes bibliques, qu'on ne saurait prendre litt&#233;ralement, surtout lorsqu'il &#233;voque le point de vue, les &#8216;pens&#233;es' ou les &#8216;sentiments' de Dieu. En outre, il est essentiel de faire une lecture symbolique en termes de combat int&#233;rieur, de lutte entre le Bien et le Mal, y compris en nous. A.M. Crignon souligne par exemple que les psaumes impr&#233;catoires nous rappellent que nous sommes en guerre avec le d&#233;mon, et ces passages violents sont alors tout &#224; fait adapt&#233;s. On peut aussi lire les psaumes qui s'en prennent violemment aux ennemis d'Isra&#235;l comme des pri&#232;res adress&#233;es au Seigneur, donc sans perspective de vengeance personnelle, avec abandon &#224; Sa volont&#233; sur la mani&#232;re dont on sera exauc&#233;, et non pas comme des ex&#233;crations magiques. Tout cela est incontestable et m&#234;me essentiel pour la lecture priante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en rester l&#224; serait insuffisant, car il est manifeste que le texte parle d'&#233;v&#233;nements r&#233;els : il nous dit que le peuple de Dieu est une r&#233;alit&#233; qui s'est traduite aussi en termes socio-politiques, et qui participe de l'incarnation du message et du projet de Dieu dans l'Histoire. Dieu a choisi de se constituer un peuple : c'est un point essentiel de la R&#233;v&#233;lation et on doit prendre au s&#233;rieux la r&#233;alit&#233; sous-jacente aux r&#233;cits bibliques. Or ce peuple rencontre la violence et l'exerce. Il faut donc aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situer les textes dans leur contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut rappeler que la description de Dieu que donne l'Ancien Testament, avec ses traits guerriers et claniques, est directement fonction de la compr&#233;hension du monde qu'avaient les esprits de l'&#233;poque. Un fait essentiel est ici le caract&#232;re progressif de la R&#233;v&#233;lation. Adapt&#233;e &#224; des esprits au d&#233;part assez frustes, caract&#233;ristiques de leur temps, elle se concentrait sur une mission par nature simple (ce qui ne veut pas dire qu'elle n'&#233;tait pas grandiose), qui &#233;tait de constituer au sens concret du terme un peuple d&#233;di&#233; &#224; Dieu. Il y a eu ensuite (la R&#233;v&#233;lation inspirant le travail de r&#233;flexion) &#233;mergence progressive d'un message spirituel, de plus en plus universaliste et de plus en plus moral. D&#232;s lors, certes, ces textes sont inspir&#233;s par Dieu, mais en passant &#224; travers la capacit&#233; de r&#233;ception des gens. Or il est manifeste que dans les phases initiales, il y avait confusion possible entre la lutte contre le Mal comme principe, notamment l'action des d&#233;mons, et la lutte contre les ennemis d'Isra&#235;l : une r&#233;alit&#233; fonci&#232;rement spirituelle y &#233;tait souvent traduite en termes de lutte terrestre. Cela ne veut pas dire que le message divin &#233;tait litt&#233;ralement celui-l&#224;, mais que c'est la mani&#232;re dont il &#233;tait per&#231;u et traduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cette &#233;mergence s'est faite au sein d'une soci&#233;t&#233; r&#233;elle, dans sa r&#233;ponse &#224; l'appel de Dieu. Or qui dit peuple r&#233;el dit faits politiques et sociaux, violence comprise. Violence qui dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque &#233;tait accept&#233;e comme un fait normal et g&#233;n&#233;ralis&#233;. L'action de Dieu dans toute soci&#233;t&#233; prend in&#233;vitablement des formes compatibles avec cette soci&#233;t&#233;, comme l'Ecriture le confirme : le Christ dit ainsi que la loi mosa&#239;que sur le mariage &#233;tait con&#231;ue en fonction de la &#8216;duret&#233; de c&#339;ur' des gens de l'&#233;poque. In&#233;vitablement donc, cette violence s'est manifest&#233;e dans les textes, et ce n'est que progressivement qu'on l'a plus clairement distingu&#233; cette violence politique de la lutte g&#233;n&#233;rale contre le mal, qui passe &#224; l'int&#233;rieur de chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, il s'est agi de l'&#233;ducation sur plusieurs si&#232;cles d'une communaut&#233; b&#233;douine assez sauvage et, comme dit avec amertume le texte, &#171; &#224; la nuque raide &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;calcitrante face &#224; ce genre de le&#231;ons. Il fallait donc que, au moins dans le r&#233;cit qui en a &#233;t&#233; fait, ces le&#231;ons et donc les effets des actes soient efficaces, imm&#233;diats et visibles, ce qui implique une certaine violence. En outre, les m&#339;urs du temps &#233;taient p&#233;n&#233;tr&#233;es de cette violence. La justice sans effet physique exp&#233;ditif &#233;tait inimaginable. Enfin, dans toute la phase de la r&#233;v&#233;lation ancienne, rien n'indique que la foi dans une autre existence, un autre monde comportant r&#233;tribution de nos actes dans celui-ci, ait fait l'objet d'une r&#233;v&#233;lation explicite. Ce qui implique qu'on devait en pratique envisager d&#232;s ce monde ces &#233;l&#233;ments indispensables de la p&#233;dagogie morale que sont la r&#233;compense des bons et la punition des m&#233;chants. Surtout dans le contexte primitif qu'on vient de d&#233;crire. Il est donc clair que Dieu a voulu &#233;viter de r&#233;v&#233;ler trop t&#244;t cet autre monde - source possible de confusions et de projections. La priorit&#233; premi&#232;re, c'&#233;tait d'enseigner l'unicit&#233; de Dieu, son caract&#232;re transcendant, et d'inculquer la foi dans Sa fid&#233;lit&#233; dans l'Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre r&#233;alit&#233; centrale qu'il fallait bien faire sentir &#224; ce peuple, c'&#233;tait la r&#233;alit&#233; de ce monde, qui n'est pas illusion. Et que ce qui s'y passe compte. Il fallait donc &#233;viter deux risques simultan&#233;s : le paganisme (celui des peuples voisins), et l'id&#233;alisme d&#233;sincarn&#233; (celui de l'Inde). Par exemple, il y a eu en Egypte une croyance plus pr&#233;coce au jugement des &#226;mes. Mais c'&#233;tait encore du paganisme : on prolongeait en fait ce monde dans un au-del&#224; qui restait au fond tr&#232;s terrestre. L'effet p&#233;dagogique &#233;tait faible, et le risque d'erreur manifeste. D'o&#249; l'insistance au contraire en Isra&#235;l sur la transcendance divine, coupl&#233;e &#224; Sa fid&#233;lit&#233;. Le royaume terrestre promis par Dieu restait pleinement distinct du niveau divin. Ce n'est que beaucoup plus tard que les esprits ont &#233;t&#233; &#224; m&#234;me de combiner la transcendance absolue de Dieu avec la possibilit&#233; de participer &#224; Sa vie dans l'autre monde. En fait, on n'a pu vraiment franchir ce stade qu'avec l'&#233;tape &#224; la fois concr&#232;te et inou&#239;e de l'Incarnation du Christ. De m&#234;me, on constate que Dieu n'avait pas pour priorit&#233; de donner &#224; son peuple comme enseignement premier le refus de toute violence. Concr&#232;tement, c'est en partie parce que cela aurait &#233;t&#233; incompr&#233;hensible, et aurait d&#233;bouch&#233; sur l'annihilation rapide d'Isra&#235;l. Mais c'est aussi et surtout parce qu'une juste appr&#233;ciation de cette question supposait des &#233;tapes premi&#232;res, et en particulier une juste compr&#233;hension de l'Au-del&#224;. Sinon, la non-violence est une l&#226;che d&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de la violence cens&#233;e &#234;tre exerc&#233;e par Dieu. Pr&#233;cisons ce point. Il faut rappeler que Dieu exerce une certaine &#8216;violence' au sens large du terme, et pour notre bien, notamment pour nous obliger &#224; nous transformer, ou &#224; la suite d'actes objectivement mauvais ; ce qui s'est appliqu&#233; d&#233;j&#224; bien s&#251;r au peuple h&#233;breu. Mais ceci ne veut pas dire que tout ce qui Lui est attribu&#233; dans la Bible corresponde &#224; Sa volont&#233; r&#233;elle, ou plus exactement doive &#234;tre interpr&#233;t&#233; dans ce sens au pied de la lettre. Le premier fait, essentiel, est que les psaumes par exemple ne visent jamais une vengeance r&#233;alis&#233;e par soi-m&#234;me. Il ne s'agit jamais que d'un appel &#224; Dieu. Et si on en appelle &#224; Lui, c'est parce qu'on pense qu'Il doit intervenir, c'est-&#224;-dire parce qu'une injustice majeure est en train de se r&#233;aliser. En d'autres termes, on s'inscrit dans le cadre d'un ordre &#224; r&#233;tablir, d'importance cosmique. Mais le fait est que dans le texte litt&#233;ral, cet ordre est en quelque sorte aplati sur la lutte humaine dont on est t&#233;moin. Le r&#233;tablissement de l'ordre suppose alors, pensait-on, une intervention physique imm&#233;diate, n&#233;cessairement violente. Il appara&#238;t donc que si les intentions et les le&#231;ons sont justes, l'Ancien testament r&#233;duit &#224; sa lettre n'en pratique pas moins souvent une sorte d'aplatissement des perspectives. D'un c&#244;t&#233;, il n'y a souvent pas de profondeur eschatologique : les choses ne paraissent se r&#233;gler qu'en ce monde. De l'autre, la violence appara&#238;t comme le moyen naturel pour cela. Bien s&#251;r il garde pour nous sa valeur, car ses r&#233;f&#233;rences de principe restent valables, et notamment l'exigence de justice. Et nous pouvons lire ces textes avec grand profit, en revenant &#224; ce niveau fondamental, et en faisant comme on l'a dit une lecture symbolique. Mais il n'en restera pas moins la question de leur signification originelle, caract&#233;ris&#233;e par cet aplatissement momentan&#233; des perspectives. Celui-ci ne peut s'expliquer que par le jeu de la p&#233;dagogie divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation de ces &#233;v&#233;nements ne peut donc se limiter &#224; un mode d'exposition n&#233;cessairement dat&#233; historiquement. Quand par exemple dans la Bible Dieu prend parti pour Isra&#235;l dans une lutte arm&#233;e, ou punit de fa&#231;on pour nous disproportionn&#233;e un malheureux, le texte d&#233;crit une situation qui, pour l'auteur sacr&#233;, avec la mentalit&#233; de l'&#233;poque, se suffisait &#224; lui-m&#234;me ; ce qui para&#238;t vouloir dire que Dieu n'a pas jug&#233; bon de le faire aller plus loin dans l'&#233;laboration et la r&#233;flexion. Mais cela ne veut pas dire qu'il nous faille en rester l&#224;, dans une perspective qui serait fondamentaliste. La r&#233;alit&#233; ultime de chaque situation de ce type, telle que Dieu la voit, ne nous est accessible que dans la mesure o&#249; Dieu l'a r&#233;v&#233;l&#233;e, et si c'est le cas, c'est &#224; la lumi&#232;re de l'ensemble de la R&#233;v&#233;lation, y compris des r&#233;v&#233;lations ult&#233;rieures. Une r&#233;alit&#233; d&#233;crite en quelques mots par l'auteur sacr&#233;, parce que dans son optique la description suffisait, aurait probablement &#233;t&#233; trait&#233;e dans une perspective ult&#233;rieure de fa&#231;on consid&#233;rablement plus articul&#233;e. Par exemple, dans le cas d'une punition divine inflig&#233;e &#224; quelqu'un, la punition peut avoir un rapport avec un degr&#233; conscient de p&#233;ch&#233; de la part du coupable, que le texte ne pr&#233;cise pas. En outre, quand il y a une punition par la mort, s'agit-il de tuer des coupables, ou parle-t-on de la mort spirituelle (damnation) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les &#233;pisodes narr&#233;s dans la Bible, par exemple l'invasion des zones canan&#233;ennes par le peuple h&#233;breu, sont-ils des &#233;v&#233;nements historiques &#233;ventuellement d&#233;form&#233;s, et dans quelle mesure ? Ne faut-il pas distinguer la question du d&#233;tail de ces &#233;v&#233;nements, de la lecture globale qu'on doit faire de la volont&#233; de Dieu ? Le texte n'est alors plus vu comme disant ce que Dieu faisait cas par cas, mais comme l'illustration de Son dessein global sur son peuple. On en fait alors une lecture plus distanc&#233;e. La le&#231;on centrale peut &#234;tre juste (Dieu a &#233;t&#233; aux c&#244;t&#233;s de son peuple) ; pas n&#233;cessairement le m&#233;canisme et les motivations ultimes de Son intervention, tels que d&#233;crits si on prend les textes au pied de la lettre sans plus de proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle lecture pour nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans le grand tableau des &lt;i&gt;Exercices&lt;/i&gt; de saint Ignace de Loyola, la lutte du Bien et du mal est ici la toile de fond principale. Elle repr&#233;sente le choix ultime, qui transpara&#238;t dans toutes les situations de choix r&#233;ellement significatifs et existentiels. Mais comme on l'a dit, dans la Bible ce choix est volontiers projet&#233; sur les luttes r&#233;elles entre les hommes. On y vit les luttes entre groupes humains, notamment entre Isra&#235;l et les autres peuples, comme si le Bien &#233;tait clairement identifi&#233; au premier. Le r&#233;dacteur du texte trouve d&#232;s lors naturel de passer au fil de l'&#233;p&#233;e des populations enti&#232;res, ou de voir de menus sacril&#232;ges punis de mort. Cela choque nos conceptions, si on prend les textes au premier degr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous ne pouvons nier l'effet de choc, la puissance des images que cela donne. Car une lutte, une guerre, sont des choses frappantes, concr&#232;tes, &#233;minemment parlantes. La mise en sc&#232;ne de v&#233;rit&#233;s fondamentales sous la forme de rapports entre des hommes concrets est particuli&#232;rement efficace. Le confirme l'image des &lt;i&gt;Deux Etendards&lt;/i&gt; dans saint Ignace, point qui frappe le plus l'imagination dans ses &lt;i&gt;Exercices spirituels&lt;/i&gt; ; or si ces exercices sont &#233;videmment pour nous spirituels, c'est de nouveau &#224; travers une image militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le fait est que Dieu a accept&#233; une p&#233;riode o&#249; des &#233;v&#233;nements ont pu &#234;tre lus ou v&#233;cus en termes extr&#234;mement violents, y compris dans des textes consid&#233;r&#233;s comme r&#233;v&#233;l&#233;s par Lui. D&#232;s lors, deux interpr&#233;tations sont possibles. Soit l'action concr&#232;te de Dieu &#233;tait alors r&#233;ellement diff&#233;rente de ce qu'elle a &#233;t&#233; ult&#233;rieurement, notamment pour les raisons pr&#233;cit&#233;es li&#233;es au milieu et &#224; son immaturit&#233;, par l'acceptation d'un usage plus syst&#233;matique de la violence. Cela conduirait &#224; une lecture relativement plus litt&#233;rale des &#233;pisodes concern&#233;s, y compris dans le cas de villes pass&#233;es au fil de l'&#233;p&#233;e. Ce serait cependant tr&#232;s surprenant, car Dieu userait alors de deux poids et deux mesures assez radicalement diff&#233;rents. Alternativement, et bien plus solidement, on consid&#233;rera que Dieu a laiss&#233; les gens interpr&#233;ter certains &#233;v&#233;nements d'une certaine mani&#232;re, alors qu'&#224; Ses yeux la question &#233;tait plus complexe, parce que les clefs pour le comprendre ne se d&#233;gageraient que par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il en conclure ? Cette identification du bien et du mal avec des conflits humains peut parfois &#234;tre vraie. Mais avec une conscience plus &#233;labor&#233;e, nous pensons que dans la plupart des cas il faut distinguer l'homme, la personne, de la cause avec laquelle il peut s'identifier. Cela r&#233;sulte notamment de la demande du Christ d'aimer nos ennemis : de les aimer comme personnes, ce qui ne fait pas dispara&#238;tre leur qualit&#233; d'ennemis. Et nous savons qu'aucune r&#233;alit&#233; humaine dans quelque situation concr&#232;te que ce soit ne peut pr&#233;tendre s'identifier au Bien absolu, m&#234;me l'Eglise ; car son insertion historique est toujours entach&#233;e d'ambigu&#239;t&#233;. Pour nous donc, le stade d&#233;crit au premier degr&#233; dans ces textes appara&#238;t d'une certaine fa&#231;on d&#233;pass&#233;. Nous les lisons donc autrement. Quand par exemple dans des psaumes on assiste &#224; des sc&#232;nes violentes (par exemple le psaume 109 : il &#233;crase les cr&#226;nes - &lt;i&gt;conquassabit capita&lt;/i&gt; etc&#8230; ou le c&#233;l&#232;bre psaume 136 &lt;i&gt;Super flumina Babylonis&lt;/i&gt;, o&#249; on &#233;crase des enfants) nous l'interpr&#233;tons dans notre lecture comme faisant d'abord allusion au d&#233;mon, plus g&#233;n&#233;ralement au mal sous toutes ses formes ou manifestations (y compris en particulier la mort). Nous y voyons aussi une personnification des mauvaises tendances en nous (le vieil homme). Ensuite seulement et parfois, cela peut viser des personnes, y compris des r&#233;prouv&#233;s. Mais m&#234;me alors, nous savons que ce ne peut prendre de valeur totale et d&#233;finitive qu'au Jugement, car ce sera alors d&#233;finitif. D'ici l&#224;, c'est la mansu&#233;tude qui l'emporte, du point de vue de Dieu, le seul qui vaille. Nous reconnaissons le Christ tout-puissant, le Pantocrator comme celui qui paradoxalement s'offre aussi &#224; nous sans d&#233;fense dans la communion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne doit pas non plus nous faire oublier la fin. Le Christ n'est pas seulement l'Agneau, mais aussi le lutteur. Dans l'Apocalypse, l'Agneau est proclam&#233; vainqueur d'une lutte qui est d&#233;crite comme exceptionnellement violente. La puret&#233; de Dieu est un glaive tranchant&#8230; En d'autres termes, nous ne devons pas &#233;liminer ce que le message a de radical dans son principe, d&#233;crit dans des termes qui ne renient pas comme tel le registre de la violence. Certes, nous savons que cette &#8216;violence' ultime sera justice, et reconna&#238;tra le choix fait par le r&#233;prouv&#233; ; mais cela n'efface pas le caract&#232;re dudit jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus s'abuser de notre suppos&#233;e sup&#233;riorit&#233; morale moderne. Notre vision est plus &#233;labor&#233;e, tant par raffinement de la r&#233;flexion, que surtout du fait de la r&#233;v&#233;lation ult&#233;rieure faite par le Christ, qui a boulevers&#233; notre perception de la violence, excluant d'en faire une r&#233;alit&#233; normale de la vie chr&#233;tienne. Mais cela ne doit pas nous conduire &#224; oblit&#233;rer le message des anciens textes. Et notamment &#224; ne pas &#234;tre lucide sur l'ambigu&#239;t&#233; des motivations actuelles. Dans le refus spontan&#233; de l'homme contemporain face &#224; eux, entre pour une part importante le refus de choisir, de prendre un camp dans la lutte contre le mal, et notamment la lutte qui est &#224; l'int&#233;rieur de nous, avec nos ch&#232;res passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;on finale sur la violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci implique en tout cas qu'on doive admettre que Dieu accepte un certain usage de la violence &#224; des fins &#233;ducatives. Et il faut reconna&#238;tre que, plus g&#233;n&#233;ralement, de fait Dieu a accept&#233; l'existence m&#234;me de la violence, sachant qu'Il sait tirer un bien d'un mal. J'aborde le probl&#232;me du mal plus en d&#233;tails dans mon livre &lt;i&gt;Dieu, le Mal et l'Histoire&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Dieu-le-mal-et-l-histoire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Dieu-...&lt;/a&gt; . On n'est donc pas dans une religion &#224; l'eau de rose. Mais cela ne doit pas conduire non plus &#224; prendre litt&#233;ralement les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il ne faut pas oublier que comme on l'a dit, &#224; la fin, de toute fa&#231;on, on aura une forme de violence, qui est une sorte d'effet boomerang. Le Christ est mort en Agneau, mais reviendra en Juge. Ce point est central pour notre propos. Car si, comme certains le disent, tout le monde &#233;tait sauv&#233;, alors l'Ancien testament serait compl&#232;tement d&#233;pass&#233;, et m&#234;me incompr&#233;hensible. En revanche, s'il y a jugement dernier, son inspiration centrale reste fondamentalement juste : le probl&#232;me de perspective des textes est purement temporel, et le rectifier justifie pleinement la lecture spirituelle, ou all&#233;gorique, de ces passages. Non pour en enlever le sens, mais pour le reporter &#224; la fin des temps. Certes la mis&#233;ricorde y sera reine. Mais pour ceux qui la demandent et l'acceptent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Libert&#233; et vie int&#233;rieure</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Liberte-et-vie-interieure.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Liberte-et-vie-interieure.html</guid>
		<dc:date>2023-06-25T15:38:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Libert&#233; int&#233;rieure</dc:subject>
		<dc:subject>Libert&#233; spirituelle</dc:subject>
		<dc:subject>Vie int&#233;rieure</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La libert&#233;. On peut la voir de bien des mani&#232;res, notamment philosophiques, morales, politiques, &#233;conomiques etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un aspect qui est au c&#339;ur de cette interrogation : la libert&#233; dans la vie spirituelle, la libert&#233; de la vie int&#233;rieure. Apparemment bien &#233;loign&#233; des pr&#233;c&#233;dents, il peut aussi les &#233;clairer de fa&#231;on inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; est comme on sait au c&#339;ur de la promesse chr&#233;tienne : la v&#233;rit&#233; vous rendra libres (Jn 8, 32). La promesse de Dieu est celle de la vraie et pleine libert&#233;. Pourtant la voie propos&#233;e peut appara&#238;tre paradoxale...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et Sciences Sociales (AES)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Liberte-interieure-+.html" rel="tag"&gt;Libert&#233; int&#233;rieure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Liberte-spirituelle-+.html" rel="tag"&gt;Libert&#233; spirituelle&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Vie-interieure-+.html" rel="tag"&gt;Vie int&#233;rieure&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Conf&#233;rence prononc&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'Etudes et Sciences Sociales (AES) le 8 juin 2023.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette ann&#233;e tr&#232;s riche, l'AES a &#233;voqu&#233; de nombreux aspects de la question de la libert&#233;, principalement &#233;conomiques, sociaux et politiques. Mais il en est un qui est au c&#339;ur de cette interrogation : la libert&#233; dans la vie spirituelle, la libert&#233; dans la vie int&#233;rieure. Apparemment bien &#233;loign&#233; des pr&#233;c&#233;dents, il peut aussi les &#233;clairer de fa&#231;on inattendue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; est comme on sait au c&#339;ur de la promesse chr&#233;tienne : la v&#233;rit&#233; vous rendra libres (Jn 8, 32). La promesse de Dieu est celle de la vraie et pleine libert&#233;. Pourtant la voie propos&#233;e appara&#238;t paradoxale, qui valorise notamment l'ob&#233;issance et l'humilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La lib&#233;ration comme d&#233;livrance &#224; l'&#233;gard d'une fausse libert&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord quelques id&#233;es de base. Je n'insisterai pas sur ces faits bien connus ; ils illustrent une dimension essentielle de la voie chr&#233;tienne au sens traditionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; il y a le fait des passions : la libert&#233; est d'abord vue comme d&#233;livrance de l'empire des passions. Bossuet disait aux moines que &#171; les mondains courent &#224; la servitude par la libert&#233;, vous au contraire &#224; la libert&#233; par la d&#233;pendance &#187;. Car, explique-t-il, &#171; je suis, dit saint Augustin, qui l'avait bien &#233;prouv&#233;, je suis parvenu o&#249; je ne voulais pas, en ob&#233;issant &#224; ma volont&#233; &#187;. Et il poursuit : &#171; Voulez-vous que vos passions soient invincibles ? Qui de nous n'esp&#232;re pas de les vaincre un jour ? Mais en les autorisant par notre libert&#233; indocile, nous les mettons en &#233;tat de ne pouvoir plus &#234;tre r&#233;prim&#233;es. Vous suivez vos inclinations, vous faites ce que vous voulez ; vous ne pouvez plus en &#234;tre le ma&#238;tre, vous voil&#224; o&#249; vous ne voulez pas [&#8230;] ; et ces cha&#238;nes, que vous avez vous-m&#234;me forg&#233;es, vous co&#251;teront plus &#224; rompre, que le fer le plus dur [&#8230;] : ainsi vous arrivez &#224; la servitude par la libert&#233; &#187; (1).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre cette perspective ? Les tentations sont des captations conduisant &#224; un asservissement. Elles se pr&#233;sentent comme le fruit ou le moyen de notre libert&#233;, alors qu'elles sont exactement le contraire, et comme un d&#233;sir naturel. Un point essentiel pour l'appr&#233;ciation de la vraie libert&#233; est alors la distinction entre deux plans : ce qui se pr&#233;sente spontan&#233;ment et peut appara&#238;tre naturel, et ce qui est conforme &#224; ce &#224; quoi nous sommes appel&#233;s, notre vraie nature. Sur ce plan, le vocabulaire traditionnel, o&#249; ce qui est recommand&#233; est exprim&#233; en termes de soumission et d'abandon de notre volont&#233; &#224; Dieu, ne doit pas tromper : il ne s'agit pas de faire dispara&#238;tre notre moi au profit de ce qui lui est ext&#233;rieur ; mais d'&#233;liminer l'erreur trompeuse d'un moi apparent qui renie en fait sa nature ultime, au profit d'un moi potentiel plus essentiel, qui est ce pour quoi nous sommes faits, et dont la recherche nous assure une libert&#233; parfaite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce processus ne se fait pas sans effort ni souffrance. Mais dans cette perspective, il ne faut pas confondre la souffrance, qui est n&#233;cessaire pour progresser et qu'il faut accepter avec joie ; et la tristesse au sens de l'ac&#233;die, qui conduit au contraire &#224; refuser le progr&#232;s possible. Dans la parabole du fils prodigue, nous dit Beno&#238;t XVI (2), l'exemple du fils a&#238;n&#233; montre une tentation qui touche des hommes de bien, ou ceux qui se voient tels : c'est, dit-il, une secr&#232;te amertume, car ils auraient aim&#233; eux aussi &#171; partir vers la grande libert&#233; &#187; [la fausse libert&#233; donc] ; ils &#171; portent leur libert&#233; [la voie de la vraie libert&#233;] comme une servitude &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour sainte Th&#233;r&#232;se d'Avila, corr&#233;lativement, &#171; l'exc&#232;s de s&#233;rieux r&#233;v&#232;le un manque de vertu &#187;. Elle &#233;tait inqui&#232;te quand ses novices &#233;taient tristes. En d'autres termes, il manque un &#233;l&#233;ment essentiel &#224; l'approche par la d&#233;livrance que nous venons d'&#233;voquer : reconna&#238;tre que la vraie libert&#233; se vit dans la joie, la joie que donne le Seigneur. Cela appelle donc une autre dimension, plus positive et par l&#224; plus centrale : la possibilit&#233; de parvenir &#224; la vraie libert&#233; suppose de s'ouvrir &#224; la joie du bien objectif, le bien du don infini de Dieu qui est amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La libert&#233; en Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple des maitres spirituels nous montre en quoi c'est possible. Prenons sainte Gertrude (3) d'Helfta, moniale du XIIe si&#232;cle et l'une des plus grandes mystiques de l'histoire chr&#233;tienne. L'essentiel pour elle est Dieu, plus pr&#233;cis&#233;ment le Christ, et cela lui fait prendre conscience de sa mis&#232;re. Comme le dit le P. Doy&#232;re, pour le mystique cette mis&#232;re &#171; qui lui est r&#233;v&#233;l&#233;e dans la lumi&#232;re o&#249; il per&#231;oit - si confus&#233;ment que ce soit - la transcendance divine n'est pas celle de sa vertu, ni m&#234;me de son intention &#187;, mais &#171; plus profond&#233;ment et plus absolument c'est la mis&#232;re de son &#234;tre, non pas en mani&#232;re de connaissance abstraite et m&#233;taphysique mais en mani&#232;re de r&#233;action vitale devant la Pr&#233;sence de l'Etre divin &#187;. C'est &#171; la grandeur m&#234;me des dons divins qui fit l'humilit&#233; de Gertrude &#187;. D'o&#249; le r&#244;le essentiel chez elle du recueillement en soi-m&#234;me, impr&#233;gn&#233; de Dieu ; il n'a rien d'une introspection. Pour rem&#233;dier au d&#233;sordre et &#224; la confusion de son c&#339;ur, &#171; elle compte beaucoup moins sur son effort personnel de discipline que sur la puissance purificatrice de la vie d'union elle-m&#234;me &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, fait remarquable et directement pertinent pour notre sujet, le Seigneur notait que ce qui lui plaisait le plus en elle (4) &#233;tait la &lt;i&gt;libert&#233; de l'&#226;me&lt;/i&gt; (&lt;i&gt;libertas cordis&lt;/i&gt;). Comme dit son biographe de l'&#233;poque &#171; le Seigneur lui-m&#234;me [&#8230;], r&#233;pondant &#224; un homme de pi&#233;t&#233; qui lui demandait dans sa pri&#232;re ce qui lui plaisait davantage en la sainte, [&#8230;] dit : &#8216;la libert&#233; du c&#339;ur'. Dans sa surprise [&#8230;] cette personne dit : &#8216;Je pensais, Seigneur, que votre gr&#226;ce avait fait parvenir son &#226;me &#224; une tr&#232;s haute naissance spirituelle et &#224; un amour d'une &#233;minente ferveur'. Et le Seigneur r&#233;pondit : &#8216;Il en est bien ainsi que tu le penses ; mais la voie en est cette &lt;i&gt;gr&#226;ce de libert&#233;&lt;/i&gt;, bien excellent qui la conduit sans d&#233;tour au sommet de la perfection, puisqu'ainsi, &#224; tout moment, elle est disponible &#224; l'action de tous mes dons, ne permettant jamais &#224; son c&#339;ur de s'attacher &#224; quoi que ce soit qui me ferait obstacle'. &#187; (5)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#232;s de nous, comme dit Eric Rus &#224; propos d'Edith Stein (sainte Th&#233;r&#232;se-B&#233;n&#233;dicte de la Croix) (6) : &#171; l'exp&#233;rience capitale (7) qu'elle relate d&#232;s 1918 [&#8230;] d'une force agissante en elle dans un certain repos de son agir naturel, correspond &#224; l'exp&#233;rience qu'elle d&#233;couvrira chez les mystiques qui &#8216;ont &#233;t&#233; entra&#238;n&#233;s dans leur int&#233;riorit&#233; la plus profonde par quelque chose qui a exerc&#233; une pression plus forte que l'ensemble du monde ext&#233;rieur : l&#224; ils ont &#233;prouv&#233; la pr&#233;sence d'une vie nouvelle, puissante, sup&#233;rieure, celle de la vie surnaturelle, divine' [&#8230;]. Loin de repr&#233;senter une ali&#233;nation, cette ouverture &#224; la force de Dieu nous situe au c&#339;ur de la libert&#233; v&#233;ritable &#187;. Nous retrouvons notre libert&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de r&#233;flexion philosophique le confirme. En m&#233;ditant sur le fait que nous n'avons qu'une existence par participation, en cela que seul Dieu existe pleinement par Lui-m&#234;me, nous prenons conscience de ce que veut dire &#234;tre un instrument entre les mains de Dieu, du sens du &lt;i&gt;fiat voluntas tua&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;Pater&lt;/i&gt;. Et cela aide &#224; r&#233;pondre &#224; la question de ce que nous devons faire : tout simplement prendre conscience du fait que c'est Dieu qui en d&#233;cide. Notre libert&#233; ne peut donc consister &#224; rester en balance entre deux possibilit&#233;s et &#224; choisir selon notre fantaisie, mais &#224; s'ouvrir au dessein de Dieu et &#224; la pl&#233;nitude &#224; laquelle il nous appelle. Dieu, pl&#233;nitude d'&#234;tre, fait &#234;tre chacune de nos d&#233;cisions, et m&#234;me les termes du choix en pr&#233;sence ; celle qui est bonne est celle qui correspond &#224; Son dessein ; mais nous pouvons la refuser. Telle est notre libert&#233; imm&#233;diate, au sens trivial du terme. Mais la pleine libert&#233; ne sera qu'au terme, dans la pl&#233;nitude divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;tachement et libert&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la libert&#233; est donc un point essentiel. Selon l'exemple que nous donnent plus explicitement ces grands saints, le chr&#233;tien accompli est au fond de lui-m&#234;me libre par rapport aux fluctuations du monde, qui ne peuvent que prendre &#224; contre-pied ceux qui y mettent leur espoir. En effet, non seulement il est, au moins &#224; ce niveau profond de son &#234;tre, d&#233;tach&#233; des faux espoirs que le monde donne, mais en outre il l'a remplac&#233; par le seul vrai espoir, celui qui par nature ne peut d&#233;cevoir. Et plus il avance dans sa foi, plus il fait de la place pour cette deuxi&#232;me perspective, infiniment plus vaste. Ou plut&#244;t, il laisse Dieu lib&#233;rer la place pour ce qui &#233;tait et reste au fond le but normal de son &#234;tre, la fin de sa nature profonde. En particulier, cela ne signifie pas disparition de la souffrance ; peut-&#234;tre au contraire. Mais au lieu d'&#234;tre une souffrance passive, subie douloureusement comme une injustice, c'est une souffrance en un sens active, non qu'elle soit provoqu&#233;e par celui qui la vit, mais parce il l'accepte comme &#233;l&#233;ment indispensable, ayant une signification essentielle : de purification d'abord, de participation au salut apport&#233; par le Christ ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; est en tout cas un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif de la strat&#233;gie divine &#224; notre &#233;gard, ou plut&#244;t un des dons essentiels qu'Il nous fait comme &#234;tres cr&#233;&#233;s &#224; Son image, et disposant de cette caract&#233;ristique qui Lui est essentielle. C'est ce que dit la liturgie dans une de ses collectes (8), s'adressant &#224; Dieu : Elimine tout ce qui nous agit contre nous, afin que le corps et l'esprit &lt;i&gt;d&#233;gag&#233;s&lt;/i&gt;, nous puissions Te suivre l'esprit &lt;i&gt;libre&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui bien entendu se relie directement &#224; l'exaltation chr&#233;tienne de la pauvret&#233;, notamment en esprit. Si Dieu marque Sa pr&#233;f&#233;rence pour la pauvret&#233; int&#233;rieure, ce n'est pas choix arbitraire de Sa part, ou pure solidarit&#233; avec ceux qui souffrent ; c'est parce que c'est la seule voie &lt;i&gt;lib&#233;ratrice&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les cons&#233;quences dans nos vies ? C'est d'abord ce que la tradition monastique appelle la &lt;i&gt;vie int&#233;rieure&lt;/i&gt;. Pour Dom Romain Banquet, la vie int&#233;rieure est une &#171; irradiation de la foi dans toutes les puissances de notre &#226;me qui nous servent &#224; conna&#238;tre Dieu, nous-m&#234;mes et les cr&#233;atures &#187;. Elle unifie, vivifie, pacifie, &#233;panouit. C'est un don total de soi &#224; Dieu. La pri&#232;re (oraison) aide &#224; sortir de soi ; elle n'a rien &#224; voir avec l'introspection ; c'est une &#233;tape dans une transformation progressive de toute la personnalit&#233;. Elle conduit &#224; la libert&#233; et l'enjouement : on a abandonn&#233; le fardeau d'&#234;tre des petits dieux, le fait de se prendre au s&#233;rieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu, dans la pratique nous avons le sentiment d'&#234;tre assez loin de ce que ces grands spirituels ont pu vivre ; en outre, ce que nous ressentons ou vivons ne forme pas un bloc homog&#232;ne, il y a plusieurs degr&#233;s. M&#234;me si notre esprit est un, il s'&#233;tale si on peut dire en hauteur par une exposition &#224; des affects tr&#232;s divers, allant du tr&#232;s instinctif, tr&#232;s mat&#233;riel, aux habitudes, aux humeurs, aux sentiments subjectifs, pour finir avec cette &lt;i&gt;fine pointe de l'&#226;me&lt;/i&gt; au sens de saint Fran&#231;ois de Salles, qui seule repr&#233;sente v&#233;ritablement notre libert&#233; et notre ultime responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quence dans nos vies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que cela exclut toute vie active ? L'exemple des mystiques &#224; nouveau prouve le contraire : sainte Th&#233;r&#232;se d'Avila par exemple a &#233;t&#233;, &#224; c&#244;t&#233; de sa vie mystique exceptionnelle, un formidable entrepreneur, passant sa vie sur les routes &#224; n&#233;gocier la formation de nouveaux carmels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ailleurs saint Gr&#233;goire le Grand, comparant vie contemplative et vue active (9), selon un dilemme classique, affirme d'abord que la premi&#232;re a plus de m&#233;rite, car par elle nous &#171; volons vers le d&#233;sir c&#233;leste &#187;, et que pour la seconde simplement nous &#171; faisons du bien &#187;, ce qui fait que la seconde est plut&#244;t &#8216;servitude' et la premi&#232;re &#8216;libert&#233;'. Mais il ajoute aussit&#244;t qu'on peut entrer dans la patrie c&#233;leste sans la vie contemplative ; pas sans la vie active, puisque dans ce cas &#171; on n&#233;glige de faire ce bien &#187;. Lui-m&#234;me d'ailleurs se livre un peu plus loin (10) &#224; des confidences personnelles sur son passage du calme du monast&#232;re &#224; des charges publiques, et notamment au pontificat, constatant la difficult&#233; qu'il rencontre d&#233;sormais &#224; trouver des instants pour le recueillement et par l&#224; &#224; se ressourcer, et s'effor&#231;ant de &#171; vivre &#224; la fois sur les hauteurs et sur ses gardes &#187;. Mais il n'a pas d'h&#233;sitation sur le fait que c'est ce qui est attendu de lui, et il fait la volont&#233; de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bien le message principal que nous envoient les mystiques : non pas que la voie contemplative est la seule bonne, tant s'en faut ; elle peut &#234;tre une vocation particuli&#232;re, mais la seule vocation commune est de faire la volont&#233; de Dieu et donc d'abord de faire le bien. Mais leur vie t&#233;moigne pour nous de la pr&#233;sence irradiante de cette source infinie, qui est la base de notre lib&#233;ration, et qui permet dans la vie concr&#232;te de faire le bien qui est attendu de nous, dans la joie de l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eclairage sur la libert&#233; dans la soci&#233;t&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La libert&#233; v&#233;ritable se trouve donc en derni&#232;re analyse en nous-m&#234;mes, dans notre ouverture &#224; Dieu. Est-ce &#224; dire que tous nos d&#233;bats sur les libert&#233;s publiques, politique ou &#233;conomiques, et sur leur fondement juridique, sont au fond secondaires ? Non bien s&#251;r, et d'abord parce que comme on l'a dit cette lib&#233;ration int&#233;rieure, outre qu'elle reste tr&#232;s variable pour nous en ce monde, comme chacun peut le voir dans sa vie, ne doit en rien conduire &#224; oublier ce pour quoi nous sommes en ce monde : faire le bien. Or faire le bien n'a de sens que si c'est en libert&#233;, et donc nous avons aussi un besoin vital de cet espace de libert&#233; et d'autonomie dans la soci&#233;t&#233;, ce qui suppose des lois ad&#233;quates pour la prot&#233;ger et la r&#233;guler ; d'o&#249; aussi ce souci profond qu'exprime l'id&#233;e de subsidiarit&#233;, ch&#232;re &#224; la Doctrine sociale de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ensuite, plus profond&#233;ment, parce que la libert&#233; int&#233;rieure que nous promet le Seigneur n'est pas une libert&#233; de monade retrouvant son Etre ultime, &#224; la fa&#231;on des religions de l'Inde, mais une libert&#233; de communion et donc de partage, de vie commune. Ce qui implique en ce monde tous les difficult&#233;s et les tracas de cette vie commune. De fait, la personne parfaitement libre qu'est le Fils, dans sa communion avec le P&#232;re, a assum&#233; notre monde et ses soucis, c'est-&#224;-dire en un sens l'interaction de tous ces libert&#233;s maladroites et mal utilis&#233;es qui sont le propre de l'homme ici-bas. D'une certaine mani&#232;re donc, en prot&#233;geant telle libert&#233; publique, telle possibilit&#233; d'entreprendre, ce que nous prot&#233;geons est un &#233;cho lointain, le reflet sous la forme d'une petite lumi&#232;re vacillante, &#233;ventuellement la condition n&#233;cessaire, de cette libert&#233; infinie et splendide que Dieu nous promet, et qu'Il a fait directement entrevoir &#224; certains des siens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Notes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (1) &lt;a href=&#034;https://google.cat/books?hl=fr&amp;output=html_text&amp;id=qI0GAAAAQAAJ&amp;dq=editions%3AOXFORD600005035&amp;jtp=1&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://google.cat/books?hl=fr&amp;...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (2) Joseph Ratzinger Beno&#238;t XVI &lt;i&gt;J&#233;sus de Nazareth&lt;/i&gt; T. 1 Paris Flammarion 2007 p. 236.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (3) Gertrude d'Helfta &lt;i&gt;&#338;uvres spirituelles Le H&#233;raut Livres I-II Paris 1968 Editions du Cerf pp. 39 sqq.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (4) Gertrude d'Helfta &lt;i&gt;op. cit.&lt;/i&gt; p. 176.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (5) Et le texte poursuit : &#171; C'est bien cette m&#234;me d&#233;licate libert&#233; qui faisait qu'elle n'acceptait jamais de garder quoi que ce f&#251;t qui ne lui f&#251;t n&#233;cessaire, mais se faisait autoriser &#224; le donner aussit&#244;t &#224; d'autres, attentive d'ailleurs &#224; favoriser plut&#244;t celles qui en avaient besoin et ne donnant pas ici la pr&#233;f&#233;rence m&#234;me aux personnes les plus intimes sur les plus hostiles &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (6) Eric de Rus dans &lt;i&gt;Edith Stein : Un chemin vers la joie&lt;/i&gt; Colloque du 5 d&#233;cembre 2009 Coll&#232;ge des Bernardins/Editions Parole et Silence 2009 p. 130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (7) Eric de Rus &lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt; p. 134.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (8) &#171; &lt;i&gt;Omnipotens et misericors Deus, universa nobis adversantia propitiatus exclude : ut mente et corpore pariter expediti, quae tua sunt liberis mentibus exsequamur&lt;/i&gt; &#187;. Collecte du 19&#232;me dimanche apr&#232;s la Pentec&#244;te, rite tridentin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (9) Gr&#233;goire le Grand &lt;i&gt;Hom&#233;lies sur Ez&#233;chiel I&lt;/i&gt; Editions du Cerf, 1986, p. 130.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; (10) Gr&#233;goire le Grand &lt;i&gt;ibidem&lt;/i&gt; pp. 454 sqq.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment comprendre qu'il puisse y avoir plusieurs religions, et une seule vraie ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Comment-comprendre-qu-il-puisse-y-avoir-plusieurs-religions-et-une-seule-vraie.html</link>
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		<dc:date>2023-02-24T16:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Foi et raison</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>Religion vraie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La pluralit&#233; des religions a pour troubler le croyant. Et particuli&#232;rement le chr&#233;tien. Comme ce que chacune dit est sur des points importants contradictoire avec ce que disent les autres, elles ne peuvent &#234;tre vraies en m&#234;me temps. Or il est intrins&#232;que &#224; toute religion de pr&#233;tendre sinon repr&#233;senter la v&#233;rit&#233; toute enti&#232;re, du moins d'&#234;tre vraie pour l'essentiel sur son c&#339;ur de croyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle est alors la possibilit&#233; pour une religion de se pr&#233;senter comme religion vraie, comme le christianisme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec mon interview sur RCF.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Foi-et-raison-71-+.html" rel="tag"&gt;Foi et raison&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Religion-vraie-+.html" rel="tag"&gt;Religion vraie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La pluralit&#233; des religions a pour troubler le croyant. Et particuli&#232;rement le chr&#233;tien. Comme ce que chacune dit est sur des points importants contradictoire avec ce que disent les autres, c'est-&#224;-dire incompatible, elles ne peuvent &#234;tre vraies en m&#234;me temps. Or il est intrins&#232;que &#224; toute religion de pr&#233;tendre repr&#233;senter sinon la v&#233;rit&#233; toute enti&#232;re, du moins d'&#234;tre vraie pour l'essentiel sur son c&#339;ur de croyance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette pluralit&#233; contradictoire des religions est a priori difficile &#224; d&#233;passer. En effet, m&#234;me lorsqu'elles affirment &#234;tre compatibles avec la raison, ou rationnelles, elles ne pr&#233;tendent pas &#234;tre d&#233;montrables, au sens d'une d&#233;monstration philosophique et encore moins scientifique. Le catholicisme, qui va le plus loin dans le sens d'une d&#233;monstration possible, limite celle-ci &#224; la seule existence de Dieu ; mais il distingue bien le fait de conclure &#224; l'existence de Dieu et celui d'avoir la foi. Celle-ci suppose en effet une relation &#224; Dieu, une adh&#233;sion et une confiance en Dieu, et la reconnaissance de la R&#233;v&#233;lation biblique comme Parole de Dieu, qui sont d'une nature diff&#233;rente et ne reposent pas sur une d&#233;monstration rationnelle. Tout au plus est possible une argumentation de vraisemblance et de coh&#233;rence (ce qu'on appelle apolog&#233;tique), mais qui n'est pas une d&#233;monstration. En bref, la foi est alors une croyance tr&#232;s particuli&#232;re qui repose en derni&#232;re analyse sur un don de Dieu, croyance certaine puisqu'elle peut aller jusqu'au martyre, mais sans &#234;tre un savoir au sens propre. Voir l&#224;-dessus mon livre Philosophie de la foi, &#233;voqu&#233; ici :&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Philosophie-de-la-foi.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Philo...&lt;/a&gt;. Ou encore &lt;a href=&#034;https://questions.aleteia.org/articles/159/la-foi-suppose-t-elle-un-saut-dans-lirrationnel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://questions.aleteia.org/artic...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ceci qu'il n'y a pas de moyen rationnel pour d&#233;terminer directement la v&#233;rit&#233; de l'une ou de l'autre. Sachant cependant que le comparaison des doctrines et enseignements, ainsi que des comportements des fid&#232;les ou au moins de certains, peut donner des arguments forts de plausibilit&#233; en faveur de telle ou telle religion, notamment par comparaison avec d'autres. Mais une telle d&#233;marche conduit tout au plus &#224; en retenir une seule comme candidat possible &#224; la v&#233;rit&#233;, pas &#224; d&#233;montrer cette v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains s'en tirent en renon&#231;ant &#224; la r&#233;f&#233;rence m&#234;me &#224; la v&#233;rit&#233;, au sens plein de ce mot, compris comme v&#233;rit&#233; objective. La religion devient alors l'expression d'un sentiment subjectif et purement personnel. Mais outre que ce n'est pas ainsi que les religions ont &#233;t&#233; et restent comprises par la plupart des croyants, cela conduit &#224; en changer la nature. Croire en un Dieu sauveur par exemple, c'est croire qu'Il peut sauver, effectivement, vraiment, et notamment dans la vie &#233;ternelle. Si la vie &#233;ternelle est une belle r&#234;verie, on n'est donc en r&#233;alit&#233; plus dans le cadre d'une vrai religion. On se rabat alors sur la morale, par exemple sur la place de l'amour et de la charit&#233; dans le christianisme ; ce qui est certes estimable, mais n'exige plus la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'autres recourent &#224; des conceptions syncr&#233;tistes comme celle de John Hick, qui postulent l'existence d'un R&#233;alit&#233; ultime, en un sens transcendante, et dont les diff&#233;rentes religions ne seraient qu'une approximation ou r&#233;fraction. Mais par d&#233;finition on ne saurait rien de plus de cette R&#233;alit&#233;. Et donc on ne pourrait avoir de religion de cette R&#233;alit&#233;, seulement des religions diverses. Mais alors comment consid&#233;rer une religion particuli&#232;re ? On serait oblig&#233; de n'y voir qu'un reflet, remettant en cause la plupart de ses enseignements, et de ses promesses, y compris le salut et la vie &#233;ternelle. L&#224; aussi il n'en resterait plus grand chose de consistant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la seule d&#233;marche possible : chercher Dieu , ou la V&#233;rit&#233; ou le Salut, dans les religions existantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci reste vrai de religions comme le bouddhisme, m&#234;me s'il prend beaucoup plus ses distances &#224; l'&#233;gard de l'id&#233;e de v&#233;rit&#233; au sens chr&#233;tien. Ce qui fait qu'il peut s'accommoder plus facilement d'une pluralit&#233; de religions, les autres &#233;tant alors vues comme des &#233;tapes possibles et provisoires dans une s&#233;rie de r&#233;incarnations, ce qui n'emp&#234;che pas de parvenir au bout de celles-ci &#224; l'Illumination, et m&#234;me peut provisoirement y contribuer. Mais le bouddhisme aussi propose une voie de salut, et par l&#224; ce que le non-bouddhiste qualifiera sans h&#233;sitation de pr&#233;tention &#224; une forme de v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est alors que certains comme encore r&#233;cemment Yann Schmitt en d&#233;duisent une argumentation contre la possibilit&#233; m&#234;me de la v&#233;rit&#233; en religion, et concluent &#224; leur fausset&#233;. En effet, disent-ils, chaque croyant croit &#224; la v&#233;rit&#233; de sa religion, et donc &#224; la fausset&#233;, au moins sur des points importants, des autres. Mais ces diff&#233;rentes assertions sont contradictoires, sans qu'il y ait moyen de lever le dilemme. Le vrai musulman et le vrai chr&#233;tien croient tous deux fermement en un Dieu unique et transcendant, mais l'un nie la Trinit&#233; et l'Incarnation, l'autre non seulement les affirme mais en fait un point central de sa foi. Comment alors comprendre ces t&#233;moignages contradictoires ? Pour ces critiques, cela veut simplement dire qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; l&#224;-dedans, simplement des v&#233;cus subjectifs. Ce raisonnement a une force incontestable dans la pratique, mais il me para&#238;t sp&#233;cieux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, on ne peut conclure de la pluralit&#233; d'exp&#233;riences de foi contradictoires &#224; l'id&#233;e qu'elles sont toutes fausses : en effet, rien ne s'oppose en termes logiques &#224; ce qu'une seule soit vraie. Quand je dis ici qu'une seule soit vraie, cela ne signifie &#233;videmment pas qu'elle contienne toute la v&#233;rit&#233; ; encore moins que ce que dit l'autre est tout faux. Bien au contraire, outre qu'il y a un noyau commun de pr&#233;ceptes &#224; toutes les religions, elles contiennent toutes (du moins les plus significatives et durables) n&#233;cessairement un ensemble appr&#233;ciable d'&#233;l&#233;ments vrais ou bons, sans quoi personne n'y adh&#233;rerait de fa&#231;on durable. Il est m&#234;me possible de fa&#231;on non contradictoire qu'une seule soit vraie dans son message essentiel, mais que d'autres aient d&#233;velopp&#233; historiquement plus qu'elle tel ou tel &#233;l&#233;ment en soi vrai et bon. A condition que la religion vraie soit &#224; m&#234;me d'int&#233;grer cet &#233;l&#233;ment &#224; un moment ou un autre, sans contradiction avec le reste de son message.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant &#224; rendre compte de l'existence de ces religions diff&#233;rentes, donnant naissance &#224; ce qui appara&#238;t au premier abord comme une forme de foi alternative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;vident que la r&#233;ponse soit la m&#234;me du point de vue de chaque religion. En me situant ici dans le cadre du christianisme (plus exactement catholique) il convient de rappeler ce point sur lequel Joseph Ratzinger (Beno&#238;t XVI) insistait : le fait qu'il se pr&#233;sente comme &lt;i&gt;religion vraie&lt;/i&gt;. Dans cette optique, la foi est comme on l'a dit un don de Dieu. D&#232;s lors, la foi v&#233;ritable ne peut &#234;tre que chr&#233;tienne : Dieu ne va pas donner &#224; quelqu'un une croyance en Lui qui Le pr&#233;sente de fa&#231;on au moins en partie erron&#233;e. Concr&#232;tement, celui qui a la foi croira que J&#233;sus Christ est Dieu, Fils du P&#232;re, mort et ressuscit&#233; pour nous sauver. La d&#233;claration &#8216;&lt;i&gt;Dominus Jesus&lt;/i&gt;' du m&#234;me auteur, approuv&#233;e explicitement par Jean-Paul II, est claire l&#224;-dessus : voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Petite-analyse-de-la-Declaration-Dominus-Iesus.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Petit...&lt;/a&gt;. D&#232;s lors on ne peut envisager s&#233;rieusement que l'Islam, qui nie ces faits, puisse &#234;tre l'objet d'un foi don de Dieu. M&#234;me si bien s&#251;r il contient de nombreux &#233;l&#233;ments vrais et bons. Comme le dit le document (7) : &#171; On doit donc tenir fermement la distinction entre la foi th&#233;ologale [celle du chr&#233;tien] et la croyance dans les autres religions. Alors que la foi est l'accueil dans la gr&#226;ce de la v&#233;rit&#233; r&#233;v&#233;l&#233;e, qui &#8216;permet de p&#233;n&#233;trer le myst&#232;re, dont elle favorise une compr&#233;hension coh&#233;rente' (Jean-Paul II, Encycl. &lt;i&gt;Fides et ratio&lt;/i&gt;, n. 13), la croyance dans les autres religions est cet ensemble d'exp&#233;riences et de r&#233;flexions, tr&#233;sors humains de sagesse et de religiosit&#233;, que l'homme dans sa recherche de la v&#233;rit&#233; a pens&#233; et v&#233;cu, pour ses relations avec le Divin et l'Absolu &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment alors voir ce qu'on appelle, de fa&#231;on donc discutable, la &#171; foi &#187; musulmane par exemple ? Si on pose, ce qui para&#238;t &#233;vident, qu'un grand nombre de croyants musulmans sont sinc&#232;res, il faut expliquer ce qui fonde cette croyance. La d&#233;claration ci-dessus fait appara&#238;tre qu'elles sont le fruit d'une recherche humaine, recherche de Dieu qui est en soi bonne, mais qui n'a d&#233;bouch&#233; dans leur cas et &#224; ce stade que sur des v&#233;rit&#233;s partielles. Mais comme l'homme est fait pour Dieu, et que sa raison le conduit en principe &#224; conclure &#224; l'existence de Dieu, ou au moins d'une V&#233;rit&#233; transcendante, il n'est pas &#233;tonnant qu'il puisse d&#233;velopper une croyance intense et profonde dans une religion m&#234;me non r&#233;v&#233;l&#233;e par Dieu ; &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; si, comme dans le cas de l'Islam, elle reprend des &#233;l&#233;ments r&#233;v&#233;l&#233;s d'origine jud&#233;o-chr&#233;tienne. Apr&#232;s tout d'ailleurs, on constate tous les jours dans d'autres domaines qu'il puisse y avoir intensit&#233; de croyance sinc&#232;re pour une id&#233;e au moins en partie fausse. Ce qui peut d'ailleurs rendre compte du fait que la foi d'un chr&#233;tien puisse &#234;tre plus tourment&#233;e et vacillante que celle d'un musulman : ce n'est pas l'intensit&#233; subjective &#224; un moment donn&#233; qui est l'&#233;talon de la v&#233;racit&#233;. C'est soit les &#339;uvres, soit l'intensit&#233; de foi au moment de l'&#233;preuve, et le sens d'un vie donn&#233;e pour sa foi. C'est toute la diff&#233;rence entre le martyr chr&#233;tien, mort pour ne pas renier sa foi, et le martyr musulman, mort dans une guerre sainte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224;, une autre ligne d'explication est celle que je d&#233;veloppe par ailleurs dans &lt;i&gt;Le Ciel et la For&#234;t, tome II, Le christianisme et les autres religions&lt;/i&gt;. A savoir que &#171; le christianisme fournit la clef de l'exp&#233;rience religieuse de l'humanit&#233;, en cela qu'il int&#232;gre sous une forme sup&#233;rieure tout ce que ces religions ont de positif, tout ce qui en elles a vraiment un sens. Et donc leur noyau de v&#233;rit&#233;. Alors qu'en sens inverse elles ne peuvent int&#233;grer ce qui est essentiel au message chr&#233;tien. Il fournit donc la voie de la v&#233;rit&#233; la plus compl&#232;te qu'il nous soit accessible de conna&#238;tre &#187;. Je renvoie ici &#224; ce livre, ou en aper&#231;u &#224; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Diversite-des-religions-le-christianisme-clef-de-l-experience-religieuse-de-l.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Diver...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon interview sur ce sujet RCF Belgique &#034;Pierre de Lauzun, une chronique tr&#232;s franche !&#034; au 13 octobre 2023&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.rcf.fr/culture/1617?episode=415859&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.rcf.fr/culture/1617?epi...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>L'humilit&#233; de Marie avant l'Annonciation, signe ineffable</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/L-humilite-de-Marie-avant-l-Annonciation-signe-ineffable.html</link>
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		<dc:date>2022-12-07T16:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Humilit&#233; de Marie</dc:subject>
		<dc:subject>Vierge Marie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il est une dimension rarement soulign&#233;e dans la vie de la Vierge Marie, qui est celle de son humilit&#233; avant m&#234;me l'Annonciation - tout en &#233;tant l'Immacul&#233;e conception. On souligne en effet classiquement l'humilit&#233; de sa r&#233;ponse &#224; l'ange lui annon&#231;ant qu'elle allait &#234;tre m&#232;re du Sauveur. Et on a bien s&#251;r raison. Mais on n'&#233;voque pas ce qui pr&#233;c&#232;de : sa vie depuis sa naissance jusqu'&#224; cette annonce. Or elle est pleine d'enseignements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est une dimension rarement soulign&#233;e dans la vie de la Vierge Marie, qui est celle de son humilit&#233; avant m&#234;me l'Annonciation- tout en &#233;tant l'Immacul&#233;e conception. . On souligne en effet classiquement l'humilit&#233; de sa r&#233;ponse &#224; l'ange lui annon&#231;ant qu'elle allait &#234;tre m&#232;re du Sauveur. Et on a bien s&#251;r raison. Mais on n'&#233;voque pas ce qui pr&#233;c&#232;de : sa vie depuis sa naissance jusqu'&#224; cette annonce. Or dans la perspective de l'lmmacul&#233;e conception, toute sa vie a &#233;t&#233; sans p&#233;ch&#233;, avant comme apr&#232;s. Mais si apr&#232;s l'Annonciation elle pouvait &#233;t&#233; &#233;clair&#233;e par cette annonce extraordinaire, ainsi que par l'exp&#233;rience de la vie avec son fils J&#233;sus, ce n'est pas le cas avant, puisque le r&#233;cit m&#234;me de l'Annonciation nous confirme sa surprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons donc avant cette annonce une personne, enfant et jeune adulte, qui ne p&#232;che pas mais qui n'a apparemment re&#231;u aucun message &#233;clairant cette situation exceptionnelle. Or &#224; moins de supposer que Marie &#233;tait inconsciente ou irr&#233;fl&#233;chie, elle ne pouvait pas ne pas avoir constat&#233;, au moins par un simple effet d'&#233;tonnement, qu'elle se distinguait sur ce plan profond&#233;ment de toutes les personnes qu'elle pouvait conna&#238;tre et rencontrer, m&#234;me saintes comme ses parents Anne et Joachim. Lesquels d'ailleurs ne pouvaient pas non plus ne pas se faire la m&#234;me observation. Et m&#234;me s'il n'en ont pas parl&#233; avec Marie, ils ne pouvaient pas avoir avec elle le m&#234;me rapport qu'ils auraient eu avec n'importe quelle autre personne. Pouvait -elle ne pas observer la sp&#233;cificit&#233; de cette situation, tant en elle-m&#234;me, que par rapport &#224; ses parents et tous ceux qu'elle c&#244;toyait ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici qu'appara&#238;t la dimension la plus importante dans cette absence de p&#233;ch&#233; : l'absence de toute p&#233;ch&#233; d'orgueil ou de vanit&#233;. Car si on constate qu'on est en tout point exemplaire, comme ne pas en d&#233;duire qu'on est quelqu'un d'exceptionnel ? Et donc de sup&#233;rieur &#224; toute autre personne ? Et donc concevoir une forme de fiert&#233;, &#224; la mesure de cette exceptionnalit&#233; m&#234;me, confirm&#233;e par l'observation quotidienne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, chacun de nous est si on peut dire &#233;quip&#233; d'un ressort de rappel contre toute forme de fiert&#233;, qui est pr&#233;cis&#233;ment notre p&#233;ch&#233; : chacun de nous commet des actes m&#233;diocres ou mauvais qu'il ne peut pas ne pas voir et qui ne sont pas coh&#233;rents avec l'image positive que nous aimons ou aimerions avoir de nous. Bien s&#251;r on peut les occulter, essayer de les dissimuler &#224; notre conscience ; mais au fond de nous nous savons qu'ils sont l&#224;. Mais &#224; c&#244;t&#233; de leur tristesse, ils ont un c&#244;t&#233; positif, qui est pr&#233;cis&#233;ment de nous rappeler ce que nous sommes, nos limites et nos faiblesses - ce qui id&#233;alement nous ram&#232;ne &#224; une attitude d'humilit&#233; et de demande par rapport &#224; Dieu, &#224; reconna&#238;tre notre d&#233;pendance &#224; son &#233;gard.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien de tel chez la Vierge Marie. Bien au contraire, la simple r&#233;flexion sur ce que son comportement quotidien avait d'exceptionnel pouvait naturellement la conduire &#224; en d&#233;duire qu'elle &#233;tait elle-m&#234;me quelqu'un d'exceptionnel, quelqu'un qui avait en elle-m&#234;me quelque chose &#233;chappant compl&#233;tement &#224; la condition commune. Ce qui du point de vue de l'id&#233;e d'Immacul&#233;e conception, n'&#233;tait pas si faux. Sauf que bien s&#251;r ce qui fait le sens profond de cette id&#233;e, c'est qu'elle est un don enti&#232;rement gratuit de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apparait alors ce qui est sans doute le plus grand m&#233;rite de Marie. A c&#244;t&#233; du fait que, dans les milliers de fois o&#249; elle pouvait p&#233;cher, m&#234;me de fa&#231;on apparemment b&#233;nigne, elle ne l'a pas fait, le trait peut-&#234;tre majeur est qu'elle ne s'en est pas attribu&#233; le m&#233;rite, et qu'elle y a reconnu le don de Dieu. Sinon bien s&#251;r elle serait entr&#233;e dans la zone d'une forme ou d'une autre de fiert&#233; de la cr&#233;ature, qui s'attribue ses richesses et ses vertus comme si elle en &#233;tait &#224; l'origine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est par l&#224; conduit &#224; interpr&#233;ter l'id&#233;e d'Immacul&#233;e conception d'abord et surtout comme une absence intrins&#232;que de toute forme de coupure par rapport &#224; Dieu, une ouverture &#224; sa gr&#226;ce telle que le p&#233;ch&#233;, toujours th&#233;oriquement possible, n'est jamais choisi dans les faits. Adam et Eve aussi n'avaient pas le p&#233;ch&#233; originel, par construction. Mais ils ont p&#233;ch&#233; ; ils ont d&#233;tourn&#233; vers eux les dons de la cr&#233;ation. Marie ne l'a pas fait : mais comme on l'a dit, c'&#233;tait d&#233;j&#224; le cas avant m&#234;me qu'elle ait eu la moindre information sur le r&#244;le qui &#233;tait attendu d'elle. Ce ne peut donc pas &#234;tre expliqu&#233; par ce r&#244;le : c'&#233;tait donc chez elle un acte totalement gratuit. Par-l&#224;, c'est un signe totalement extraordinaire, et humainement inexplicable. Mais un acte qui en revanche &#233;claire sa r&#233;ponse &#224; l'ange : lorsque celui-ci lui annonce non seulement un r&#244;le d&#233;passant infiniment la condition humaine, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; tous les projets qu'elle avait pu avoir auparavant, elle l'accepte humblement en s'en remettant &#224; la volont&#233; divine : qu'il me soit fait selon votre parole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc l&#224; si on y r&#233;fl&#233;chit un message extraordinaire sur la nature humaine : l'une d'entre nous a pu, par son ouverture &#224; la gr&#226;ce dont elle &#233;tait combl&#233;e, non seulement ne jamais p&#233;cher alors qu'elle menait apparemment une vie humaine ordinaire, sans destin particulier, mais surtout le faire pr&#233;cis&#233;ment par une ouverture totale &#224; Dieu et &#224; sa gr&#226;ce. De ce fait, elle nous envoie un message puissant, alors m&#234;me que nous sommes dans une situation diff&#233;rente ; car elle nous &#233;claire sur ce que peut &#234;tre un &#234;tre humain, au moins un : elle nous montre dans sa pl&#233;nitude ce que peut &#234;tre la saintet&#233;, pleinement r&#233;alis&#233;e dans son cas et non pas perspective asymptotique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#233;ditons donc la vie de Marie, non seulement cette partie que nous connaissons tous, avec J&#233;sus &#224; Nazareth puis au Calvaire, mais aussi en amont, celle de la jeune Marie, pure et humble, avant m&#234;me qu'elle ait pu avoir toute id&#233;e de ce que signifiait cette puret&#233; et humilit&#233; exceptionnelles dans le dessein de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Repris sous forme r&#233;duite par &lt;i&gt;Une Minute avec Marie&lt;/i&gt; du 29 mars 2023 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.uneminuteavecmarie.com/2023/mars/2023-03-29/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.uneminuteavecmarie.com/...&lt;/a&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Site :&lt;br class='autobr' /&gt;
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&lt;p&gt;P&lt;i&gt;ublication sous forme modifi&#233;e par&lt;/i&gt; La Nef &lt;br class='autobr' /&gt;
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		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La peur et la crainte : perspective catholique et le&#231;ons possibles</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-peur-et-la-crainte-perspective-catholique-et-lecons-possibles.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/La-peur-et-la-crainte-perspective-catholique-et-lecons-possibles.html</guid>
		<dc:date>2022-09-05T15:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crainte </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Distinguer la peur et la crainte est une op&#233;ration bien utile, entre la prise en compte de dangers bien r&#233;els et une &#233;motion irrationnelle source de bien des erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer cette probl&#233;matique en perspective chr&#233;tienne, je partirai des occurrences des mots &#8216;peur' et &#8216;crainte' dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique et dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise. Cela dessine une opposition entre un concept n&#233;gatif et purement &#233;motionnel, celui de &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt;, irrationnel et &#233;ventuellement manipulable ; et un concept de &lt;i&gt;crainte&lt;/i&gt;, &#224; la fois r&#233;action normale de l'&#234;tre humain face &#224; certaines situations de danger, et comportement recommandable voire n&#233;cessaire, comme la &#8216;crainte' de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;claire certaines probl&#233;matiques contemporaines, comme le r&#233;chauffement climatique ou la guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Distinguer la peur et la crainte est une op&#233;ration bien utile, entre la prise en compte de dangers bien r&#233;els et une &#233;motion irrationnelle source de bien des erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer cette probl&#233;matique, notamment en perspective chr&#233;tienne, je pars ici des occurrences des mots &#8216;peur' et &#8216;crainte' dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique (CEC), ainsi que dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise. L'emploi de ces mots (et du latin correspondant, metus et timor) n'y est pas parfaitement stabilis&#233;. Mais il s'y dessine une opposition entre un concept n&#233;gatif et purement &#233;motionnel, celui de &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt;, irrationnel et &#233;ventuellement manipulable, pouvant aller jusqu'&#224; un &#233;loignement plus ou moins volontaire de Dieu ; et un concept de &lt;i&gt;crainte&lt;/i&gt;, qui comprend &#224; la fois l'id&#233;e d'une r&#233;action normale de l'&#234;tre humain face &#224; certaines situations de danger, et celle d'un comportement recommandable voire n&#233;cessaire, comme la crainte du Seigneur (timor Domini).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les occurrences de &#8216;peur' et &#8216;crainte'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;taillerai pas ici toutes ces occurrences. Il y en a 6 du mot peur dans le CEC. Prenons en 3. Le n&#176;27, &#233;voquant &#171; le d&#233;sir de Dieu inscrit dans le c&#339;ur de l'homme, car l'homme est cr&#233;&#233; par Dieu et pour Dieu &#187;, souligne que ce &#8216;rapport intime et vital qui unit l'homme &#224; Dieu' &#171; peut &#234;tre oubli&#233;, m&#233;connu et m&#234;me rejet&#233; explicitement par l'homme &#187;, entre autres par &#171; cette attitude de l'homme p&#233;cheur qui, de peur, se cache devant Dieu et fuit devant son appel. &#187; Le n&#176; 398 rappelle qu'Adam et Eve &#171; ont peur de ce Dieu dont ils ont con&#231;u une fausse image, celle d'un Dieu jaloux de ses pr&#233;rogatives. &#187; Au sujet des vertus cardinales, au 1806 il est rappel&#233; que &#171; la prudence est la &#8216;droite r&#232;gle de l'action' &#187; mais qu'elle ne se confond ni avec la timidit&#233; ou la peur &#187;. Et au 1808, si &#171; la force est la vertu morale qui assure dans les difficult&#233;s la fermet&#233; et la constance dans la poursuite du bien &#187;, cette vertu &#171; rend capable de vaincre la peur, m&#234;me de la mort, d'affronter l'&#233;preuve et les pers&#233;cutions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citations de &#8216;crainte' sont sensiblement plus nombreuses : 33 occurrences. On peut noter en particulier les passages sur la crainte de la mort et plus encore ceux nombreux sur la crainte de la damnation ou du ch&#226;timent. La traduction latine est en g&#233;n&#233;ral timor, mais avec quelques exceptions (metus). Ces craintes sont en g&#233;n&#233;ral appr&#233;ci&#233;es positivement, en ce sens qu'un tel sentiment est attendu et naturel. C'est notamment vrai pour la crainte (timor) de Dieu, crainte particuli&#232;rement recommand&#233;e puisqu'elle est un des dons du Saint Esprit, cit&#233; comme tel &#224; la suite de la Bible (n&#176; 1831).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on notera en sens inverse au 1828 que &#171; la pratique de la vie morale anim&#233;e par la charit&#233; donne au chr&#233;tien la libert&#233; spirituelle des enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en qu&#234;te de salaire, mais comme un fils qui r&#233;pond &#224; l'amour de &#8216;celui qui nous a aim&#233;s le premier' &#187;. Et plus encore, au 1972 &#171; la Loi nouvelle est appel&#233;e une loi d'amour parce qu'elle fait agir par l'amour qu'infuse l'Esprit Saint plut&#244;t que par la crainte &#187;. L'usage du terme &#171; crainte de Dieu &#187; doit &#234;tre mis dans cette perspective : ne voir que la crainte et non l'amour serait une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend enfin le Compendium, qui traite de la Doctrine sociale, les occurrences de &#8216;peur' sont en revanche rares et peu significatives, comme si elle relevait plus de la morale (ou spiritualit&#233;) personnelle, que de la vie commune, sociale. Pourtant &#224; l'&#233;vidence les peurs collectives existent ; mais la question n'est pas abord&#233;e. Le Compendium utilise le mot crainte plus que le mot peur, visant notamment lui aussi la crainte du Seigneur (11 occurrences), en g&#233;n&#233;ral positivement, malgr&#233; certaines exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, l'emploi des termes n'est pas parfaitement rigoureux, comme le confirme l'irr&#233;gularit&#233; de la correspondance avec les termes latins, m&#234;me si en g&#233;n&#233;ral metus correspond &#224; peur et timor &#224; crainte. Mais on l'a dit, on peut normaliser ces termes en distinguant la peur, qui inhibe, de la crainte, qui est au d&#233;part l&#233;gitime m&#234;me si elle est limit&#233;e (car l'amour va au-del&#224;). On verra alors dans &#8216;peur' un terme nettement n&#233;gatif, d&#233;signant un sentiment irrationnel et contre-productif, qui notamment tend &#224; d&#233;tourner de Dieu. Elle conduit &#224; un jugement ou une action mal orient&#233;s, soit parce que cela nous occulte la r&#233;alit&#233;, soit parce que cela pousse &#224; ne pas agir bien. On doit donc s'&#233;duquer pour lutter contre elle et la surmonter. On notera en particulier l'importance et la signification de la peur de Dieu, celle d'Adam qui se cache, et de tout p&#233;cheur &#224; sa suite &#8211; signe de sa rupture avec Dieu. Notons que cet usage de &#8216;peur' n'est pas exactement celui des dictionnaires, qui admettent, eux, l'id&#233;e de peurs justifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, &#8216;crainte' est un terme normalement plut&#244;t positif, en tout cas naturel. C'est &#233;videmment le cas pour la crainte de Dieu, fr&#233;quemment mentionn&#233;e comme un sentiment normal et n&#233;cessaire. Mais on rencontre aussi la crainte l&#233;gitime du ch&#226;timent et notamment de la damnation. Dans ces cas comme dans d'autres, c'est un sentiment en soi l&#233;gitime et naturel &#8211; m&#234;me s'il peut avoir &#224; &#234;tre relativis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc n&#233;cessaire de distinguer deux attitudes : un sentiment en soi normal et nature, la crainte, qui devient m&#234;me vertueuse dans le cas de la crainte de Dieu, qu'il s'agirait alors de cultiver, et un sentiment trouble, la peur, qui conduit &#224; des attitudes injustifi&#233;es en obscurcissant notre raison et notre c&#339;ur et peut &#234;tre m&#234;me peccamineuse (cas d'Adam au paradis et du p&#233;cheur en g&#233;n&#233;ral). Un point essentiel du point de vue chr&#233;tien est de rappeler que l'opposition des termes est particuli&#232;rement significative dans le cas de la relation &#224; Dieu. La peur de Dieu, d'un c&#244;t&#233;, est clairement une attitude dangereuse, trahissant une rupture ; tandis que la crainte de Dieu est en soi positive (&#224; la suite de l'emploi de ce terme dans la Bible) m&#234;me si elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e si elle se r&#233;duit &#224; elle-m&#234;me et occulte la relation plus fondamentale qu'est l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous rappelle un point latent dans tout ce qui pr&#233;c&#232;de : le discernement entre peur et crainte, et le fait d'avoir &#224; surmonter des craintes, sont des actes de conscience essentiels, o&#249; notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, sous le double &#233;clairage de la foi et de la raison. Cela ne saurait en aucun cas se r&#233;soudre &#224; une question d'intensit&#233;, ni &#224; l'&#233;motion pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le sentiment suscit&#233; par le danger est appel&#233; plut&#244;t crainte, et il peut &#234;tre alors tout &#224; fait l&#233;gitime. Mais il reste un sentiment, dont il para&#238;t essentiel qu'il ne glisse pas vers l'irrationalit&#233; de la peur, mauvaise conseill&#232;re. Quand donc on &#233;voque les dangers qui nous menacent dans le monde d'aujourd'hui (mis&#232;re, p&#233;nuries, changement climatique, &#233;pid&#233;mie, guerre, etc.) et qu'on &#233;voque un renforcement du sentiment de peur, l'examen pr&#233;c&#233;dent conduit &#224; introduire l'id&#233;e d'un discernement, appuy&#233; sur la raison et sur la foi en m&#234;me temps. Mis&#232;re, changement de climat, &#233;pid&#233;mie ou guerre suscitent une crainte l&#233;gitime. Mais elle est &#224; regarder en face, et donc &#224; jauger et &#224; ma&#238;triser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notons d'ailleurs que les grandes peurs de l'histoire (y compris celle connue sous ce nom en 1789 en France, juste avant la R&#233;volution) se caract&#233;risent par leur irrationalit&#233;. Cette Grande Peur de 1789 met aussi en &#233;vidence la possibilit&#233; de la manipulation. Le passage de la perception d'un danger &#224; la crainte et &#233;ventuellement &#224; la peur est donc tout sauf anodin (comme d'ailleurs l'occultation de certains dangers). Et si, entre le danger et la peur, la question du discernement appara&#238;t d&#233;cisive, il sera essentiel d'observer si de tels m&#233;canismes de discernement collectifs existent et s'ils sont pertinents. Il n'est pas &#233;vident qu'on ait progress&#233; sur ce point. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il noter aussi que le discernement qui s'impose s'exerce &#224; deux niveaux. D'un c&#244;t&#233;, celui de l'action concr&#232;te : reconnaissant les justes craintes, bannissant ou surmontant les peurs, on agira, tout en sachant que l'action en ce monde n'est pas n&#233;cessairement couronn&#233;e de succ&#232;s. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, dans la perspective de la foi, et notamment de la vie &#233;ternelle, on sera conduit &#224; prendre en compte la dimension d'amour (charit&#233;) qui va au-del&#224; de toute peur, et relativise m&#234;me la crainte. On pourra alors &#234;tre amen&#233; &#224; aller plus loin dans nos attitudes face &#224; la peur et &#224; la crainte. Pour prendre un exemple concret, le martyr va &#224; l'&#233;vidence au-del&#224; du sage dans sa relation &#224; la crainte de la mort : cette crainte est l&#233;gitime en soi, mais elle doit s'effacer en regard de l'acte de sacrifice de soi que le Seigneur lui demande. De m&#234;me celui, qui &#224; l'imitation du Christ, donne sa vie pour ceux qu'il aime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Essai d'applications concr&#232;tes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;voquerons rapidement en finale deux exemples concrets : l'&#233;cologie et la guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair que la prise de conscience &#233;cologique a donn&#233; lieu &#224; des craintes profondes et l&#233;gitimes : pollution, disparition d'esp&#232;ces, dilapidation de ressources, r&#233;chauffement. Mais d'une part, on notera aussi la tentation de la peur, au sens retenu ici, qui prend dans certains milieux une dimension mill&#233;nariste, avec des campagnes visant &#224; peser sur l'opinion en suscitant une forme de terreur. On rel&#232;vera plus largement la pr&#233;sence dans le public de deux erreurs oppos&#233;es : chez les uns, un essai d'occultation de la question, qui aboutit &#224; nier une crainte pourtant n&#233;cessaire et vertueuse ; et chez d'autres, l'oubli du caract&#232;re relatif de bien des affirmations &#224; pr&#233;tention scientifique, et plus encore du fait humain essentiel que toute solution ou en tout cas progr&#232;s en la mati&#232;re suppose d'agir sur des millions de personnes, qui ont leur volont&#233; propres, leurs d&#233;sirs et leurs habitudes. Le risque est alors que, se convaincant que ces craintes sont fond&#233;es, on c&#232;de &#224; la peur ou suscite cette peur chez ceux qu'on juge trop ti&#232;des, et qu'on soit d&#232;s lors tent&#233; par des mesures radicales et h&#226;tives, contestables parfois et faisant fi de la charit&#233; sociale et du bien commun, et d'ailleurs par-l&#224; condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la guerre est elle aussi d'actualit&#233; avec l'invasion violente de l'Ukraine. La question de l'attitude &#224; tenir face &#224; la Russie offre un champ particuli&#232;rement d&#233;licat pour l'exercice du discernement entre peur et crainte. Car la Russie a l'arme nucl&#233;aire. La crainte d'un affrontement direct entre Otan et Russie a conduit au moins jusqu'ici &#224; ce que l'aide apport&#233;e au pays agress&#233; garde une relative mesure, m&#234;me si la tendance &#224; l'escalade dans les livraisons d'armements est manifeste c&#244;t&#233; am&#233;ricain. Crainte l&#233;gitime ou peur ? Craindre l'extension du conflit est fondamentalement justifi&#233;. Inversement, agiter des peurs irrationnelles et mauvaises conseill&#232;res, par exemple en exag&#233;rant le risque d'une attaque russe ult&#233;rieure sur le reste de l'Europe orientale peut conduire au contraire &#224; une radicalisation fondamentalement dangereuse. Il faut donc plus que jamais raison garder : juste crainte et non peur mauvaise conseill&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;dig&#233; sur la base d'une intervention au colloque annuel de l'AIESC, 2 septembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les derniers temps : l'&#233;clairage de l'Apocalypse</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-derniers-temps-l-eclairage-de-l-Apocalypse.html</link>
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		<dc:date>2020-10-23T14:40:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Apocalypse</dc:subject>
		<dc:subject>Derniers temps</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment comprendre la question de la fin des temps, et donc de l'accomplissement de l'Histoire, en perspective chr&#233;tienne ? L'Apocalypse de saint Jean est la r&#233;f&#233;rence principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre appara&#238;t bien myst&#233;rieux &#224; beaucoup d'entre nous. Mais l'Apocalypse fait partie de la R&#233;v&#233;lation. Et il est ind&#233;niable qu'elle d&#233;crit un d&#233;roulement d'&#233;v&#233;nements, &#224; la fin des temps. Or notre &#233;poque pr&#233;sente des caract&#233;ristiques qui la mettent compl&#233;tement &#224; part. Ce ne serait pas elle qui serait vis&#233;e par ce texte ? Il ne peut &#233;videmment pas y avoir de certitude ici. Mais s&#251;rement mati&#232;re &#224; r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; France catholique &lt;i&gt;n&#176; 3698 (23 octobre 2020)&lt;/i&gt; pp. 31 et 32.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lire l'Apocalypse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre la question de la fin des temps, et donc de l'accomplissement de l'Histoire ? L'Apocalypse de saint Jean est la r&#233;f&#233;rence principale (ainsi que l'Ant&#233;christ &#233;voqu&#233; ici ou l&#224; dans le Nouveau testament). En m&#234;me temps ce livre, le dernier de la Bible chr&#233;tienne, appara&#238;t bien myst&#233;rieux &#224; beaucoup d'entre nous. Bien entendu, il serait na&#239;f de la lire purement et simplement comme la narration pr&#233;cise, &#224; l'avance, d'&#233;v&#233;nements futurs. C'est aussi en un sens une clef de compr&#233;hension des temps et de l'histoire pris dans leur ensemble. Dans cette perspective, le Dragon, les B&#234;tes et Babylone peuvent &#234;tre vus comme des forces latentes et agissantes au cours de l'histoire, autant que comme des ph&#233;nom&#232;nes identifiables de l'avenir. Car dans la perspective religieuse, le temps peut &#234;tre lin&#233;aire sans &#234;tre enferm&#233; dans la succession pure. D'une certaine fa&#231;on, le futur agit sur nous et nous oriente. En m&#234;me temps, l'Apocalypse fait partie de la R&#233;v&#233;lation. Et il est ind&#233;niable qu'elle d&#233;crit un d&#233;roulement d'&#233;v&#233;nements, &#224; la fin des temps. Or Dieu &#233;tant hors du temps voit ces d&#233;veloppements futurs ; Il peut donc envoyer &#224; l'avance des signaux qui nous permettront de comprendre au moins une partie, pertinente pour nous, du sens de ce qui se passera. Il para&#238;t d&#232;s lors difficile de ne pas voir aussi et surtout les B&#234;tes, la Prostitu&#233;e et Babylone comme caract&#233;ristiques de la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le message possible de l'Apocalypse : interpr&#233;tations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en dire ? J. Pieper nous rappelle que parler de l'Ant&#233;christ et du Dragon de l'Apocalypse suppose d&#233;j&#224; qu'on croit &#224; l'existence du d&#233;mon et &#224; son action dans l'histoire. Selon lui aussi, l'Ant&#233;christ rel&#232;ve du politique (comme les B&#234;tes de l'Apocalypse, et Babylone qui est leur cr&#233;ation) : il s'agit clairement de puissances s&#233;culi&#232;res ; les tyrannies diverses que nous connaissons dans l'histoire l'annoncent, mais n'&#233;puisent pas son sens. Ennemis de l'Eglise et des croyants, elles cherchent &#224; les d&#233;truire. Ce que disent ces textes, c'est qu'&#224; la fin on n'aura pas une pluralit&#233; de puissances, mais une seule, m&#234;me si sa nature exacte reste ouverte. Elle ne sera pas cr&#233;atrice d'ordre r&#233;el, tout au contraire ; mais elle sera per&#231;ue comme telle. &#8216;Babylone' sera un &#8216;empire' non seulement universel, mais totalitaire, en outre caract&#233;ris&#233; par une imitation d&#233;form&#233;e du Christ. L'Ant&#233;christ sera asc&#232;te et philanthrope ; il proclamera la paix mais il fera la guerre &#224; tout ce qui s'oppose &#224; lui. On retrouve la m&#234;me id&#233;e chez Soloviev, ou chez Mgr Benson, qui faisait, dans un remarquable roman d'anticipation paru au d&#233;but du XXe si&#232;cle, une description saisissante d'actualit&#233; d'un Ant&#233;christ moderne, apparemment pacifiste et doux &#8211; mais qui pers&#233;cutait sauvagement les chr&#233;tiens, r&#233;duits &#224; une poign&#233;e de r&#233;sistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une perspective analogue que le P. Philippe Plet propose une lecture de l'Apocalypse, et notamment l'hypoth&#232;se selon laquelle la civilisation moderne serait directement vis&#233;e par elle. &#8216;Porte du Ciel' comme le signifie le mot, tentative de d&#233;ification de la part des hommes, la Babylone de l'Apocalypse d&#233;signe selon lui une humanit&#233; qui n'a pas de roi ni une autre figure &#224; sa t&#234;te : &#171; cette civilisation bab&#233;lienne est davantage de type d&#233;mocratique que de type royal &#187;. On y fait de la mati&#232;re et de la vie pr&#233;sente un absolu. Mais, comme d&#233;j&#224; dans l'&#233;pisode de Babel, Dieu y voit un totalitarisme id&#233;ologique : l'humanit&#233; y devient prisonni&#232;re de ses propres &#339;uvres, car si la volont&#233; d'un dictateur est ext&#233;rieure, le &#171; diktat id&#233;ologique &#187; &#171; semble &#233;maner de l'individu qui l'a ratifi&#233; &#187;. Mais Babel a &#233;t&#233; un &#233;chec : il n'y a pas eu d'unit&#233; substantielle entre les hommes, mais une dissolution. Il en sera de m&#234;me de la Babylone apocalyptique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse s'appuie dans son analyse sur l'universalisme du monde actuel. Car &#224; la fin des temps, dit-il &#171; Babylone est une soci&#233;t&#233; contractuelle sans substance, dont toutes les valeurs sont par essence &#8216;marchandes' &#187; ; et non pas b&#226;tie sur la puissance militaire comme la Rome du temps de Jean, et elle organise le monde pr&#233;existant des nations. C'est une culture mondialiste, rassemblant tous les peuples. Le culte de la B&#234;te y remplace celui de Dieu, dans une perspective h&#233;doniste, moyen de f&#233;d&#233;rer tous les peuples de la terre. Il n'y a pas d'instance politique pour g&#233;rer ce r&#233;seau ; Babylone l'incarne. L'&#233;conomie se r&#233;v&#232;le comme le principe organisateur essentiel de ce monde. Mais on y esp&#232;re que, du chaos des int&#233;r&#234;ts particuliers &#233;conomiques, sortira un consensus d'ensemble. Il en est de m&#234;me, dit-il, pour notre monde. Et le christianisme est au fond son seul vrai ennemi. Notre auteur pense donc que &#171; la modernit&#233; est bien la Babylone dont nous parle saint Jean &#187;, mais il pr&#233;cise qu'on n'en est encore aujourd'hui qu'&#224; la naissance, aux fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en penser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de fait un antichristianisme visc&#233;ral dans la modernit&#233;, avec primaut&#233; du subjectivisme et absolutisation du bonheur, compris de fa&#231;on mat&#233;rielle et atteint au moyen de l'&#233;conomie. C'est de plus la premi&#232;re unification incontestable de l'humanit&#233;. C'est en outre la premi&#232;re soci&#233;t&#233; qui s'organise en dehors de toute perspective religieuse, tout en reprenant des points importants du christianisme. Ses idoles m&#234;mes ne sont plus des &#234;tres pr&#233;sent&#233;s comme personnels, mais des abstractions. Or le terme de &#8216;B&#234;te' dans l'Apocalypse ne d&#233;signe pas n&#233;cessairement un animal, mais soit une entit&#233; spirituelle monstrueuse, soit une abstraction (tout aussi monstrueuse), &#224; la fa&#231;on des idol&#226;tries du XXe si&#232;cle, communisme ou nazisme. L'hypoth&#232;se selon laquelle nous serions dans les phases premi&#232;res de la constitution d'une telle Cit&#233; est donc plausible. On notera en outre que, en coh&#233;rence avec les remarques du P. Plet sur le r&#232;gne de la B&#234;te ou la &#8216;Babylone' de saint Jean, la soci&#233;t&#233; mondiale actuelle ne fait pas l'objet d'une unification politique directe. L'Apocalypse distingue en effet bien Babylone et la B&#234;te d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre les divers rois de la terre qui viennent l'adorer : dit autrement, elle admet une pluralit&#233; politique, du moment que l'action est commune et l'emprise id&#233;ologique r&#233;alis&#233;e. On remarquera en revanche qu'il n'est pas ais&#233; d'interpr&#233;ter dans cette perspective ce ph&#233;nom&#232;ne majeur qu'est l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Position de l'Eglise dans ce contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, la responsabilit&#233; historique de l'Eglise est centrale. Or les signes de d&#233;fection sont nombreux (analogue &#224; celle de certaines Eglises d'Asie mineure &#233;voqu&#233;es au d&#233;but de l'Apocalypse). D'un c&#244;t&#233;, l'effondrement de l'activit&#233; missionnaire met en &#233;vidence l'implosion spirituelle d'une partie de l'Eglise : non seulement elle recule dans les pays d&#233;velopp&#233;s, mais trop souvent elle ne se sent plus r&#233;ellement le devoir imp&#233;ratif de convertir, l&#224; ou ailleurs. Elle met en outre essentiellement en avant des imp&#233;ratifs d'ordre politique, social ou &#233;conomique ; or, quelle que soit leur importance r&#233;elle, ce n'est pas l&#224; qu'est sa t&#226;che principale dans la lutte contre le mal, mais dans l'&#233;vang&#233;lisation, qui comporte bien s&#251;r la charit&#233; fraternelle, mais plus encore l'annonce de l'Evangile. Le risque est donc de voir non seulement son implosion continuer, mais, pire encore, une partie de l'Eglise apporter sa contribution &#224; l'id&#233;e d'un pseudo-salut qui serait dans les seules mains de l'homme, ce qui est une des versions les plus plausibles de l'Ant&#233;christ ou de Babylone, en tout cas du visage que ces ph&#233;nom&#232;nes peuvent pr&#233;senter &#224; notre &#233;poque. Et la tendance croissante au syncr&#233;tisme religieux, &#224; l'id&#233;e que toutes les religions sont des voies de salut, va &#233;videmment dans ce sens. Car seul compte alors ce qui est en commun, et cela a toutes chances d'&#234;tre identifi&#233; avec les r&#233;alit&#233;s de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En combinant ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, il faut reconna&#238;tre que l'id&#233;e d'une dimension profond&#233;ment pr&#233;-apocalyptique de notre &#233;poque est suffisamment plausible pour &#234;tre s&#233;rieusement consid&#233;r&#233;e. Naturellement, il n'y a pas de certitude en la mati&#232;re, tant s'en faut. Mais il y a assez de signaux pour prendre l'affaire au s&#233;rieux. Et donc au minimum pour &#234;tre ne pas &#234;tre complaisant avec l'&#233;poque, ni m&#234;me pour n'en voir que les risques mat&#233;riels (notamment &#233;cologiques) ; mais pour &#234;tre mobilis&#233;s sur la partie essentielle, qui se joue dans les &#226;mes. Une grande vigilance s'impose donc face aux &#233;volutions du monde actuel, y compris la tentation r&#233;currente depuis 50 ans &#224; donner la priorit&#233; &#224; la convergence avec ce monde, notamment dans le domaine politique, soit avec les puissances visibles et &#233;tablies, soit plus sournoisement avec les puissances formellement contestataires, mais qui visent &#224; faire aller ce monde encore plus loin dans la direction qu'il a prise. Ce n'est pas qu'il faille tout voir en blanc et noir, ou tout condamner en bloc, car &#224; nouveau la lecture directe du futur ne nous est pas donn&#233;e ; mais le fait est qu'il y a une convergence de signes laissant entendre qu'une action n&#233;faste majeure est &#224; l'&#339;uvre actuellement, qui peut &#234;tre eschatologique : danger donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru avec quelques modifications dans&lt;/i&gt; France catholique &lt;i&gt;n&#176; 3698 (23 octobre 2020)&lt;/i&gt; pp. 31 et 32.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enfer : la le&#231;on de Dante</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Enfer-la-lecon-de-Dante.html</link>
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		<dc:date>2020-07-08T14:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Apocalypse</dc:subject>
		<dc:subject>Derniers temps</dc:subject>
		<dc:subject>Enfer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s instructif, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux dimensions oppos&#233;es doivent y &#234;tre soulign&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, les damn&#233;s y apparaissent comme r&#233;duits &#224; une dimension extr&#234;mement &#233;troite de leur vie pass&#233;e, voire se r&#233;duisent &#224; de pures caricatures, celles d'un type de vice. Le foisonnement complexe de la vie telle que nous la connaissons, sa richesse ambigu&#235; et multiple, la prolif&#233;ration des choix et des possibilit&#233;s, y sont fig&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; dans une seule dimension, voire dans un seul geste. On peut voir l&#224; une des fonctions de l'Enfer : l'auto-r&#233;duction des &#234;tres qui ont choisi le mal &#224; une dimension devenue centrale de leur nature, le p&#233;ch&#233; comme r&#233;duction m&#233;caniste &#224; une pulsion obs&#233;dante d&#233;pourvue de sens. Ceci suppose qu'effectivement l'avare par exemple, une fois bascul&#233; dans la damnation, ne soit plus que cela, que toute sa complexit&#233; d'&#234;tre humain ait &#233;t&#233; annihil&#233;e au profit de cette seule pulsion, et cela tendanciellement d&#232;s avant sa mort. Inversement, en regard, la vie sur terre appara&#238;t riche &#224; profusion : comme si Dieu semait une infinit&#233; de possibles, lesquels finiraient par aboutir, dans les cas de damnation, sur la r&#233;duction terrifiante &#224; une dimension folle. Riv&#233;s au temps, sans acc&#232;s &#224; la seule source in&#233;puisable qui est l'Eternit&#233;, ils se recroquevillent sur la r&#233;p&#233;tition de ce qui a &#233;t&#233; leur choix premier, ce &#224; partir de quoi ils ont dit non. Cet enfer est en outre impr&#233;gn&#233; jusqu'&#224; la moelle de notre terre. Non seulement il en est le reflet ou l'excroissance, puisque tout ce qui s'y passe a son origine sur terre, mais il ne s'y passe rien de nouveau : la v&#233;ritable histoire individuelle s'est d&#233;j&#224; pass&#233;e ailleurs ; et le temps qui lui fait suite n'est que la r&#233;sonance sonore, &#224; l'infini, de ces &#233;v&#233;nements terrestres seuls fondateurs : cet au-del&#224; est un reflet de l'ici-bas. L'enfer est donc comme le portrait de Dorian Gray, un reflet r&#233;v&#233;lateur et passif de ce monde-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais si l'enfer est une analyse spectrale de notre monde et en garde la mat&#233;rialit&#233;, il en perd cependant une dimension centrale : l'ouverture, la libert&#233;, la possibilit&#233; d'&#233;volution. M&#234;me Lucifer, malgr&#233; son r&#244;le central, est totalement passif chez Dante ; on le visite presque comme un mus&#233;e ; il n'a plus rien de commun avec le Malin hyperactif d'autres visions : c'est l'immobilit&#233; absolue, sans aucune forme apparente de volont&#233; (alors m&#234;me que le mal vient de lui). Ce qui n'emp&#234;che pas les damn&#233;s de s'agiter dans tous les sens, fr&#233;n&#233;tiquement. En outre bien s&#251;r, c'est un lieu dont l'amour est totalement absent, parce que refus&#233; par tous. &lt;i&gt;Tout se passe donc comme si l'enfer &#233;tait le r&#233;sidu irr&#233;ductible (par choix) de ce qui se passe de mal dans notre monde.&lt;/i&gt; Donc le p&#233;ch&#233;, c'est-&#224;-dire le d&#233;sordre, l'exc&#232;s dans un sens ou dans l'autre ; quelque chose qui se d&#233;traque, exc&#232;de sa fonction, tourne &#224; vide hors du contexte et donc hors du sens, et refuse la juste voie. Il est remarquable que le degr&#233; extr&#234;me de p&#233;ch&#233;, le plus s&#233;v&#232;rement puni, y soit la trahison : blasph&#232;me supr&#234;me puisqu'elle d&#233;truit les rapports normaux, confiants et cr&#233;ateurs entre les hommes, c'est-&#224;-dire le lien social &#224; sa base ; ce qui est &#224; rapprocher de la pr&#233;sence obs&#233;dante des th&#232;mes politiques dans la Divine Com&#233;die, et notamment des guerres civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tous ces damn&#233;s, dont certains ont &#233;t&#233; des gens de qualit&#233; r&#233;elle, sont l&#224; parce qu'&#224; un moment d&#233;cisif ou de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, ils ont eu des gestes destructeurs du bon ordre du monde, et d'eux-m&#234;mes. L'ordonnancement immuable et glac&#233; de l'enfer est la mise en &#233;vidence de cet effet boomerang : lancer un boomerang est un geste libre, mais ce qui se passe apr&#232;s est d&#233;termin&#233;. C'est pourquoi Dante, malgr&#233; des cas particuliers o&#249; la piti&#233; pour les damn&#233;s l'effleure, est peu sensible &#224; leur sort : comme s'il consid&#233;rait que le sentiment de piti&#233; qu'on peut &#234;tre tent&#233; d'avoir &#233;tait en quelque sorte mal inform&#233;, et que la personne qui conna&#238;t le fonctionnement r&#233;el des choses, ce qui est l'objet de ce voyage initiatique, voit la relation de cause &#224; effet entre le p&#233;ch&#233; et la damnation, donc la relation entre le geste d&#233;r&#233;gl&#233; et le d&#233;sordre qui s'ensuit,&lt;i&gt; le choix fait par le damn&#233; qui transforme sa nature&lt;/i&gt;. Le fait que les damn&#233;s non plus ne montrent pas le moindre repentir confirme cette analyse de l'enfer comme l'envers de notre monde, au sens de l'envers d'un textile : &lt;i&gt;l'enfer r&#233;v&#232;le aussi ce que signifie notre comportement quand nous errons&lt;/i&gt;. C'est un refus de comprendre et d'assumer l'ordre v&#233;ritable des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu ce faisant la personnalit&#233; du damn&#233; appara&#238;t comme &#233;tant plus qu'un facteur apparaissant &#224; un instant t, puis puni ou r&#233;compens&#233; pour toujours sur la base de ce qu'il aura fait pendant une courte p&#233;riode allant de sa naissance &#224; sa mort. D'une certaine fa&#231;on, cette personnalit&#233;, n'existant sous sa forme terrestre que pendant cette p&#233;riode br&#232;ve, est &#233;ternis&#233;e dans le regard de Dieu, qui l'a Lui sous les yeux en permanence, hors du temps. Ce qui effectivement &#233;ternise les actes bons ou mauvais, leurs effets d'ordre ou de d&#233;sordre, mis en &#233;vidence dans les prismes du paradis ou de l'enfer. Du moins, sur la base du choix final et d'ensemble, qui fait basculer la signification globale d'une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De fait, chez Dante m&#234;me, l'opposition n'est pas celle d'un Bien et d'un Mal comparables et sym&#233;triques ; elle oppose au Paradis une &#233;nergie libre, prodigieusement brillante et mobile, &#224; une situation m&#233;canique bloqu&#233;e dans l'enfer. Le Paradis de Dante est merveilleusement actif, comme il convient &#224; quelque chose qui &#8216;tourne', qui &#8216;marche' au sens familier de ces termes. Et l'enfer est un rat&#233;, comme une panne de moteur. En effet, m&#234;me s'il bouge, c'est de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e et st&#233;rile, comme une roue folle. Or on ne met pas sur le m&#234;me plan le bon fonctionnement d'un moteur et ses pannes : celles-ci sont adventices par rapport au premier. Leur existence rappelle l'imperfection du monde, mais elles ne cr&#233;ent ni ne fondent rien. Mais ce qu'il y a de vrai et de bon continue &#224; r&#233;sonner, et peut continuer, en Dieu, &#224; se multiplier &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En d'autres termes, &#224; nouveau, &lt;i&gt;le Mal n'est pas une image inverse de la pl&#233;nitude de l'Etre comme le pensaient les Cathares&lt;/i&gt;, en coh&#233;rence avec leur croyance en un Dieu mauvais aussi puissant que le Bon : c'est un ratage, fruit des limites des &#234;tres autres que divin, mais libres ; et comme tout ratage, il est destin&#233; &#224; &#234;tre en un sens oubli&#233;. Ce qui revient &#224; dire que seul le Paradis est infini : l'Enfer est relatif (ce qui ne veut pas dire inexistant). Si le mal est n&#233;gation ou insuffisance d'&#234;tre, il s'auto-r&#233;duit dans cette n&#233;gativit&#233; ou relativit&#233; ; il reste superficiel. On peut retrouver ici une id&#233;e de la pens&#233;e hindoue et notamment du bouddhisme : aussi douloureux soit-il, le mal participe de l'illusion ; pour le chr&#233;tien, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas r&#233;el, mais qu'il n'est pas essentiel. C'est pourquoi, dans Dante, seuls l'enfer et dans une certaine mesure le purgatoire sont d&#233;peints de fa&#231;on physique : ils participent de notre monde, ce qui n'est pas le cas du Paradis, qui nous r&#233;v&#232;le le bon c&#244;t&#233; de la trame. Et comme on voit, &lt;i&gt;loin de la vision d'un Dieu immobile au sens fig&#233; du terme, le vrai mouvement ou plut&#244;t la vraie libert&#233; est du c&#244;t&#233; de Dieu&lt;/i&gt;. Donc encore une fois le &#8216;Paradis' et &#8216;l'Enfer' ne sont pas sym&#233;triques. L'un est r&#233;v&#233;lation des effets de la pl&#233;nitude divine ; l'autre est corr&#233;lativement l'envers, qui n'a pas de sens. Ou dont le seul sens est de mettre en &#233;vidence ce que fait ou peut faire la cr&#233;ature en refusant Dieu, ce qui par contraste exalte Sa g&#233;n&#233;rosit&#233;. Bien s&#251;r, pendant leur vie, les &#233;lus comme les damn&#233;s ont une part de bien et une de mal. Mais leur option globale et finale les fait basculer : les uns refusent leur part de bien et se recroquevillent sur leur refus, les autres acceptent le pardon pour leur part de mal, et accueillent le bien infini qui en r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La foi suppose-t-elle un saut dans l'irrationnel ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-foi-suppose-t-elle-un-saut-dans-l-irrationnel.html</link>
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		<dc:date>2016-09-03T09:34:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Foi et raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La foi suppose par nature un saut dans un autre ordre de connaissance qui fait entrer en relation avec une Personne infinie et aimante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce saut, bien loin d'&#234;tre irrationnel, conforte la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Foi-et-raison-71-+.html" rel="tag"&gt;Foi et raison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://questions.aleteia.org/articles/159/la-foi-suppose-t-elle-un-saut-dans-lirrationnel/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://questions.aleteia.org/articl...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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