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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L&#233;on XIV et le grand chantier de la Doctrine sociale de l'Eglise</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Leon-XIV-et-le-grand-chantier-de-la-Doctrine-sociale-de-l-Eglise.html</link>
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		<dc:date>2025-05-21T08:55:03Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il est &#233;videmment trop t&#244;t pour pr&#233;voir les grands axes du nouveau pontificat. Mais nous avons un indice : le nom du nouveau pape. On a expliqu&#233; pourquoi il avait &#233;t&#233; choisi : par r&#233;f&#233;rence &#224; L&#233;on XIII et &#224; son encyclique Rerum Novarum (1891), lancement de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Et le pape l'a confirm&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Doctrine sociale de l'Eglise devrait donc &#234;tre un des points majeurs d'attention du pontificat. Comment et dans quels domaines ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Leon-XIV-+.html" rel="tag"&gt;L&#233;on XIV&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/saint-pierre-1633682_1920.jpg?1787417304' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il est &#233;videmment trop t&#244;t pour pr&#233;voir les grands axes du nouveau pontificat. Mais nous avons un indice : le nom du nouveau pape. On a expliqu&#233; pourquoi il avait &#233;t&#233; choisi : par r&#233;f&#233;rence &#224; L&#233;on XIII et &#224; son encyclique &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; (1891), lancement de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Et le pape l'a confirm&#233;. La Doctrine sociale de l'Eglise devrait donc &#234;tre un des points majeurs d'attention du pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un nom qui est tout un programme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En choisissant L&#233;on, le nouveau pape a d'embl&#233;e pos&#233; deux actes significatifs. D'un c&#244;t&#233;, il a &#233;vit&#233; le pi&#232;ge de l'identification &#224; un de ses pr&#233;d&#233;cesseurs imm&#233;diats : ni Pie XIII, ni Jean XXIV, ni Paul VII, ni Jean-Paul III, ni Fran&#231;ois II. Pas d'&#233;tiquette pos&#233;e &#224; l'avance ; pas d'identification avec un camp ou un autre. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il n'a pas voulu poser un acte hors-s&#233;rie, avec un nom jamais port&#233; comme Fran&#231;ois ; ou port&#233; il y a tr&#232;s longtemps et parlant peu aux contemporains, comme Cl&#233;ment, Nicolas ou Martin. Il a pris un nom de pape typique (le quatorzi&#232;me), mais d'un pape relativement proche, dont les actes majeurs ont une r&#233;sonance aujourd'hui (la Doctrine sociale justement). Nom qui est en outre celui de papes importants, en particulier d'un des deux papes fondateurs du premier mill&#233;naire qualifi&#233;s de &#8216;grands' : L&#233;on Ier. Pape du courage : c'est l'homme qui a arr&#234;t&#233; Attila en allant le confronter personnellement ; et c'est l'homme qui a remis sur la bonne voie une controverse qui d&#233;rapait en concile (le &#171; Tome &#224; Flavien &#187; sur la double nature du Christ). Ce que L&#233;on XIV ne peut &#233;videmment pas ignorer, et donc qu'il assume. Il s'inscrit donc r&#233;solument dans une continuit&#233; ; ce qui est en coh&#233;rence avec son apparence &#224; la tribune de Saint Pierre, avec mozette et &#233;tole.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce n'est pas pour afficher pour autant un programme de restauration. La r&#233;f&#233;rence &#224; L&#233;on XIII, l'homme de &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; (&#171; des choses nouvelles &#187;) permet de mettre l'accent sur l'avenir. Naturellement, nos m&#233;dias ont insist&#233; sur la dimension sociale au sens actuel, alors que la Doctrine Sociale parle de la soci&#233;t&#233; humaine en g&#233;n&#233;ral &#8211; qui inclut le social au sens usuel. Bien entendu, L&#233;on XIV a confirm&#233; depuis sa sensibilit&#233; sociale en ce sens &#233;troit (notamment l'attention aux pauvres et exclus). Mais il a pr&#233;cis&#233; aussi que, de m&#234;me que &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; parlait de questions de son temps (la condition ouvri&#232;re), il compte aborder les d&#233;veloppements nouveaux en la mati&#232;re, notamment l'&#232;re digitale et l'intelligence artificielle - avec ses cons&#233;quences pour l'emploi. L&#224; aussi, il a &#233;vit&#233; de se laisser enfermer dans des cases d&#233;finies &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pas l'homme des cases et &#233;tiquettes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Intervenant le 17 mai devant les membres de la Fondation &lt;i&gt;Centesimus annus Pro Pontifice&lt;/i&gt;, d&#233;di&#233;e &#224; la Doctrine sociale, il a tenu un discours &#233;quilibr&#233;, soulignant le r&#244;le du dialogue et de la rencontre (comme entre patrons et ouvriers au temps de &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt;), notamment dans l'&#233;coute des pauvres. Il a soulign&#233; aussi l'importance de la m&#233;thode, de la mani&#232;re d'aborder les probl&#232;mes (plus que l'&#233;nonciation de solutions, ce que le terme de doctrine &#233;voque chez certains) : la doctrine est pour lui &#233;laboration progressive au vu des situations nouvelles et des &#8216;signes des temps' &#224; scruter (dont la &#8216;r&#233;volution digitale'), mais un d&#233;veloppement dans la poursuite de la v&#233;rit&#233; et il insiste sur la rigueur n&#233;cessaire dans ce processus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc il insiste, en perspective chr&#233;tienne, sur l'attention aux pauvres et leur &#233;coute, il ne d&#233;veloppe pas &#224; ce stade des sujets attendus comme les migrants, mais plut&#244;t le contexte nouveau de la digitalit&#233;. L&#224; aussi il &#233;vite qu'on l'&#233;tiquette. Ce qui ne veut pas dire qu'il ne parlera pas de ces sujets &#224; l'avenir. Il y aurait grand int&#233;r&#234;t &#224; clarifier par exemple le d&#233;bat sur l'&lt;i&gt;ordo amoris&lt;/i&gt; (pour simplifier, doit-on donner la priorit&#233; &#224; ses proches et par l&#224; aussi &#224; son pays ?), qui m&#233;rite mieux que la r&#233;ponse &#224; l'emporte-pi&#232;ce du pape Fran&#231;ois, qui revient &#224; nier la question. D'autant que le nouveau pape a l'image d'un homme d'&#233;coute ; or m&#234;me si la formule de Vance peut &#234;tre critiqu&#233;e comme simpliste, le pasteur universel qu'est le pape se doit de r&#233;pondre au souci exprim&#233;. Mais L&#233;on XIV, si on a bien compris, ne voudra le faire qu'au moment appropri&#233;, apr&#232;s m&#251;re r&#233;flexion. Gageons aussi qu'il voudra &#233;viter le choc frontal avec Trump que nos chers m&#233;dias attendent avec gourmandise ; ce qui ne veut pas dire qu'il ne sera pas ferme et courageux quand et l&#224; o&#249; il le faudra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, c'est sur la DSE en g&#233;n&#233;ral qu'on peut l&#233;gitimement l'attendre. Tout indique qu'elle devrait &#234;tre un des grands chantiers du pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La Doctrine sociale : une urgence&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quel &#233;trange sort que celui de la Doctrine sociale ! Apr&#232;s l'impulsion immense donn&#233;e par L&#233;on XIII, elle s'est d&#233;velopp&#233;e jusqu'au Concile, mais a connu ensuite, dans le milieu qui donnait le ton, l'aile progressiste, une d&#233;faveur profonde hors exceptions, et &#233;t&#233; m&#234;me trait&#233;e d' &#171; id&#233;ologie &#187; par des th&#233;ologiens de premier plan. C'est saint Jean-Paul II qui l'a remise en selle, avec des textes majeurs, dont &lt;i&gt;Centesimus annus&lt;/i&gt; en 1991, et une mise en forme ordonn&#233;e et rationnelle, le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise&lt;/i&gt; (2004). De fa&#231;on &#233;tonnante, cela a d&#233;bouch&#233; non seulement sur un int&#233;r&#234;t consid&#233;rablement plus grand pour cette Doctrine, mais aussi sur son adoption par tout le spectre de sensibilit&#233; catholique, y compris progressiste (qui croient qu'elle l'est). Encore d&#233;velopp&#233;e sous Beno&#238;t XVI, elle l'a &#233;t&#233; sous Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; entrant dans son champ, mais aussi &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; (m&#234;me si son statut doctrinal est moins net).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; un double risque. Le premier est celui de la confusion entre le champ d'intervention du magist&#232;re, qui concerne la foi et les m&#339;urs, en l'esp&#232;ce les principes moraux applicables &#224; la vie sociale ; et ce qui revient aux la&#239;cs : la responsabilit&#233; de la politique &#224; suivre dans le respect de ces principes. Or la fronti&#232;re entre principes et politiques n'est pas toujours facile &#224; discerner, comme l'exemple du pape Fran&#231;ois l'a montr&#233;. Risque accentu&#233; par le fait que la DSE comporte par nature une partie li&#233;e aux circonstances.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second risque est de trop mettre l'accent sur ces seules questions, en occultant de fait le c&#339;ur de la foi, le besoin de conversion, priorit&#233; naturelle des pasteurs de l'Eglise, et notamment du premier d'entre eux. Mais au vu de ce qui a &#233;t&#233; not&#233; du pape L&#233;on XIV, on peut penser qu'il saura trouver la ligne juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un grand chantier&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Reste qu'il y a beaucoup &#224; faire dans ce champ de la DSE, outre ce qu'a mentionn&#233; le pape. D&#233;j&#224; au niveau des principes, des notions comme le bien commun ou la dignit&#233; de la personne humaine, tr&#232;s utilis&#233;es dans les textes, se r&#233;v&#232;lent &#224; la r&#233;flexion moins clairs qu'il n'y para&#238;t, le second surtout. De m&#234;me pour les Droits de l'homme, apparemment communs avec la soci&#233;t&#233; ambiante, mais compris en r&#233;alit&#233; de fa&#231;on assez diff&#233;rente. Il faut aussi assurer la coh&#233;rence du magist&#232;re dans le temps, et aborder courageusement des questions laiss&#233;es en suspens entre doctrines r&#233;centes et positions anciennes, comme la libert&#233; religieuse ou le taux d'int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute toute une s&#233;rie de questions majeures encore en suspens. Le r&#244;le de l'Etat au service du bien commun, traditionnellement reconnu, mais mis en doute par le pape Fran&#231;ois dans Fratelli tutti. Les migrations, entre accueil des personnes en souffrance et maintien de la communaut&#233; nationale. Les in&#233;galit&#233;s, qu'il ne suffit pas de d&#233;noncer. L'investissement &#233;thique, sujet majeur en finance. La protection sociale, bien intentionn&#233;e mais co&#251;teuse. Mais aussi la notion d'&#233;cologie humaine, face &#224; une &#233;cologie ambiante qui a des vues tr&#232;s diff&#233;rentes. Ou la d&#233;mographie, entre libert&#233; des couples et impact sur la soci&#233;t&#233;. Et bien s&#251;r, la place de la femme dans la communaut&#233;, avec l'immense question du travail domestique. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De quoi bien remplir un pontificat&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/civilisation/leon-xiv-et-le-grand-chantier-de-la-doctrine-sociale-de-leglise/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/civili...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Le c&#339;ur dans Dilexit nos</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-coeur-dans-Dilexit-nos.html</link>
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		<dc:date>2024-11-07T16:55:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>Le coeur en spiritualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Foi et raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Foi-et-raison-71-+.html" rel="tag"&gt;Foi et raison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Essai d'analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le central du c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est la mise en exergue d'une niveau essentiel dans ce qui constitue notre personne : le c&#339;ur, lieu de l'int&#233;riorit&#233; et centre de la personne. Comme dit le &#167; 9, c'est : &#171; le lieu o&#249; toute personne, quelle que soit sa cat&#233;gorie et sa condition, fait sa synth&#232;se ; l&#224; o&#249; l'&#234;tre concret trouve la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix&#8230; le centre, le centre de lui-m&#234;me &#187;. Le c&#339;ur (&#167;10) est &#171; distinct des forces et des passions humaines consid&#233;r&#233;es isol&#233;ment les unes des autres &#187; ; et dans ce &#171; centre personnel &#187;, &#171; la seule chose qui puisse tout unifier est en fin de compte l'amour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expression de &#8216;c&#339;ur' est en m&#234;me temps un symbole (&#167; 53) : &#171; au cours de l'histoire et dans diverses parties du monde, le c&#339;ur est devenu le symbole de l'intimit&#233; la plus personnelle, ainsi que de l'affection, des &#233;motions et de la capacit&#233; d'aimer&#8230;. Lorsqu'une personne tombe amoureuse et qu'elle est proche de l'&#234;tre aim&#233;, les battements de son c&#339;ur s'acc&#233;l&#232;rent ; lorsqu'une personne souffre d'abandon ou de tromperie de la part d'un &#234;tre aim&#233;, elle ressent une forte oppression au niveau du c&#339;ur. Pour exprimer qu'une chose est sinc&#232;re et vient vraiment du centre de la personne, on dit : &#8220;Je te le dis du fond du c&#339;ur&#8221;. &#187; On voit ici combien, dans cette conception, ce c&#339;ur de notre personnalit&#233; est d'abord le lieu d'&#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais (&#167; 10) &#171; beaucoup se sont sentis en s&#233;curit&#233; dans le domaine plus contr&#244;lable de l'intelligence et de la volont&#233; afin de construire leurs syst&#232;mes de pens&#233;e&#8230; La n&#233;gligence du c&#339;ur se fait au profit de la rationalit&#233; (ou de la volont&#233;) qui sont des concepts plus ma&#238;trisables intellectuellement. &#187; Et donc ( &#167; 9) : &#171; Malheureusement, des mod&#232;les de comportement assez r&#233;pandus amplifient sa dimension rationnelle et technologique, ou &#224; l'inverse sa dimension instinctive. Le c&#339;ur fait d&#233;faut &#187;. Cette menace est ancienne (&#167; 10) : &#171; la d&#233;valorisation du centre intime de l'homme &#8211; du c&#339;ur &#8211; vient de tr&#232;s loin : on la trouve d&#233;j&#224; dans le rationalisme grec et pr&#233;chr&#233;tien, dans l'id&#233;alisme postchr&#233;tien et dans le mat&#233;rialisme sous ses diverses formes. Le c&#339;ur a peu de place dans l'anthropologie et il est une notion &#233;trang&#232;re pour la grande pens&#233;e philosophique. D'autres concepts tels que la raison, la volont&#233; ou la libert&#233; lui ont &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;s &#187;. &#171; Sa signification est vague et on ne lui a pas donn&#233; de place sp&#233;cifique dans la vie humaine. Peut-&#234;tre parce qu'il n'&#233;tait pas facile de le placer parmi les id&#233;es &#8220;claires et distinctes&#8221; ou en raison de la difficult&#233; &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me : il semblerait que la r&#233;alit&#233; la plus intime soit aussi la plus lointaine de la connaissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu d'une connaissance sup&#233;rieure gr&#226;ce &#224; l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ce r&#244;le central (&#167; 13), &#171; il faut que toutes les actions soient plac&#233;es sous le &#8220;contr&#244;le politique&#8221; du c&#339;ur, que l'agressivit&#233; et les d&#233;sirs obsessionnels se calment dans le bien le plus grand que leur offre le c&#339;ur et dans sa force contre les maux ; il faut que l'intelligence et la volont&#233; se mettent &#233;galement &#224; son service, en sentant et go&#251;tant les v&#233;rit&#233;s plut&#244;t qu'en voulant les dominer comme certaines sciences ont tendance &#224; le faire ; il faut que la volont&#233; d&#233;sire le bien le plus grand que le c&#339;ur conna&#238;t, et que l'imagination et les sentiments se laissent mod&#233;rer par le battement du c&#339;ur. &#187; Comme on voit donc, l'intelligence et la volont&#233; ne sont pas des dimensions essentielles de ce c&#339;ur de notre &#234;tre, mais ils sont &#224; son service ; ce n'est pas l'intelligence ou la raison qui conna&#238;t le bien essentiel, mais le c&#339;ur. En outre, m&#234;me si ce dernier ne se confond pas avec les sentiments, ayant des &#8216;battements' il n'en est pas moins affectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur a une capacit&#233; de connaissance unique, due au fait qu'il est le si&#232;ge de l'amour (&#167; 16) : &#171; cette force unique du c&#339;ur nous aide &#224; comprendre pourquoi il est dit que, lorsqu'une r&#233;alit&#233; est saisie avec le c&#339;ur il est possible de mieux la conna&#238;tre, et plus compl&#232;tement &#187;. La cause en est connue : &#171; &#8216;le fond de la r&#233;alit&#233; c'est l'amour' &#187; (Saint Bonaventure). Et d'&#233;voquer Heidegger, pour qui &#171; la philosophie ne commence pas par un concept pur ou une certitude, mais par une &#233;motion &#187;. Ce qui laisse entendre &#224; nouveau que le c&#339;ur est d'abord &#233;motionnel, et donc qu'on conna&#238;t mieux et plus profond&#233;ment par l'&#233;motion seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#167; 21 pr&#233;cise d&#232;s lors : &#171; Le noyau de tout &#234;tre humain, son centre le plus intime, n'est pas le noyau de l'&#226;me mais de toute la personne dans son identit&#233; unique qui est &#224; la fois &#226;me et corps. Tout s'unifie dans le c&#339;ur qui peut &#234;tre le si&#232;ge de l'amour avec la totalit&#233; de ses composantes spirituelles, &#233;motionnelles et m&#234;me physiques. En d&#233;finitive, si l'amour y r&#232;gne, la personne r&#233;alise son identit&#233; de mani&#232;re pleine et lumineuse, car tout &#234;tre humain a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; avant tout pour l'amour, il est fait dans ses fibres les plus profondes pour aimer et &#234;tre aim&#233; &#187;. De ce fait (&#167; 23), &#171; lorsqu'une personne r&#233;fl&#233;chit, cherche, m&#233;dite sur son &#234;tre et son identit&#233; ou bien analyse des questions sup&#233;rieures ; lorsqu'elle r&#233;fl&#233;chit au sens de sa vie et m&#234;me lorsqu'elle recherche Dieu, si elle &#233;prouve la joie d'avoir entrevu quelque chose de la v&#233;rit&#233;, cela trouve son point culminant dans l'amour. En aimant, la personne sent qu'elle sait pourquoi et dans quel but elle vit... C'est pourquoi, face &#224; son myst&#232;re personnel, la question la plus d&#233;cisive que chacun peut se poser est peut-&#234;tre la suivante : ai-je un c&#339;ur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation v&#233;ritable &#224; Dieu est d'abord par le c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc aussi &#224; ce niveau que la rencontre de Dieu prend v&#233;ritablement son sens. Au 25 : &#171; l&#224; o&#249; le philosophe arr&#234;te sa r&#233;flexion, le c&#339;ur croyant aime, adore, demande pardon et s'offre pour servir &#224; l'endroit que le Seigneur lui donne de choisir pour le suivre. Il r&#233;alise alors qu'il est le &#8220;tu&#8221; de Dieu et qu'il peut &#234;tre un &#8220;je&#8221; parce que Dieu est un &#8220;tu&#8221; pour lui... Accepter son amiti&#233; est une affaire de c&#339;ur et nous constitue en tant que personnes au sens plein du terme &#187;. D'ailleurs (&#167; 26) &#171; saint Bonaventure&#8230; enseignait que &#8216;la foi est dans l'intellect de mani&#232;re &#224; provoquer le sentiment. Ainsi, le fait de savoir que le Christ est mort pour nous ne reste pas une connaissance mais devient n&#233;cessairement sentiment, amour' &#187;. Et pour saint John Henry Newman, &#171; le lieu de la rencontre la plus profonde, avec lui-m&#234;me et avec le Seigneur, n'&#233;tait pas la lecture ou la r&#233;flexion, mais le dialogue priant &#187; dans le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui donne son sens aussi &#224; la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur (&#167; 48) : &#171; La d&#233;votion au C&#339;ur du Christ n'est pas le culte d'un organe s&#233;par&#233; de la personne de J&#233;sus. Nous contemplons et adorons J&#233;sus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, repr&#233;sent&#233; dans une image o&#249; son c&#339;ur est mis en &#233;vidence. Le c&#339;ur de chair est consid&#233;r&#233; comme l'image ou le signe privil&#233;gi&#233; du centre le plus intime du Fils incarn&#233; et de son amour &#224; la fois divin et humain car, plus que tout autre membre de son corps, il est &#8216;signe ou symbole naturel de son immense charit&#233;' &#187; (Pie XII). Et pour lui aussi, le c&#339;ur est d'abord un lieu d'&#233;motion, l'amour en premier lieu (&#167; 60) : &#171; un regard tourn&#233; vers le C&#339;ur du Seigneur contemple une r&#233;alit&#233; physique, sa chair humaine qui permet au Christ d'avoir des &#233;motions et des sentiments bien humains, comme nous, quoi qu'enti&#232;rement transform&#233;s par son amour divin. &#187; Ce r&#244;le de l'&#233;motion se retrouve aussi dans les Exercices Spirituels (&#167; 144) : &#171; Lorsque le retraitant se trouve devant le c&#244;t&#233; bless&#233; du Christ, Ignace lui propose d'entrer dans son c&#339;ur. C'est une mani&#232;re de faire m&#251;rir le c&#339;ur sous la conduite d'un &#8220;ma&#238;tre des affections&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, cette d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur comble les lacunes de la th&#233;ologie, trop &#233;troitement rationnelle. Au &#167; 63 : &#171; &#8216;en raison de l'influence de la pens&#233;e grecque, la th&#233;ologie a longtemps rel&#233;gu&#233; le corps et les sentiments dans le monde du pr&#233;humain, du sous-humain ou tentateur du v&#233;ritable humain. Mais ce que la th&#233;ologie n'a pas r&#233;solu en th&#233;orie a &#233;t&#233; r&#233;solu dans la pratique par la spiritualit&#233;' &#187; &#171; Tout cela a suppl&#233;&#233; aux lacunes de la th&#233;ologie en nourrissant l'imagination et le c&#339;ur, l'amour et la tendresse pour le Christ, l'esp&#233;rance et la m&#233;moire, le d&#233;sir et la nostalgie. La raison et la logique ont pris d'autres chemins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences pratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit aussi &#224; d&#233;passer une autre d&#233;viation, qui est un activisme pur (&#167; 88) : &#171; le C&#339;ur du Christ nous lib&#232;re en m&#234;me temps d'un autre dualisme : celui des communaut&#233;s et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activit&#233;s ext&#233;rieures, les r&#233;formes structurelles d&#233;pourvues d'&#201;vangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les r&#233;flexions s&#233;cularis&#233;es, les propositions qui se pr&#233;sentent comme des prescriptions que l'on veut parfois imposer &#224; tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela nous incite aussi &#224; la charit&#233; (&#167; 205) : &#171; quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d'une relation individuelle, sans nous int&#233;resser &#224; aider les autres &#224; moins souffrir et &#224; mieux vivre ? Peut-on plaire au C&#339;ur qui a tant aim&#233; en restant dans une exp&#233;rience religieuse intime, sans cons&#233;quences fraternelles et sociales ? &#187;. Et aussi &#224; la mission : &#171; il ne s'agit pas non plus d'&#339;uvrer &#224; une promotion sociale d&#233;pourvue de sens religieux qui, en fin de compte, voudrait donner &#224; l'homme moins que ce que Dieu veut pour lui. C'est pourquoi nous devons conclure ce chapitre en rappelant la dimension missionnaire de notre amour pour le C&#339;ur du Christ &#187;. Et il ajoute enfin (&#167; 217) : &#171; le contenu des encycliques sociales Laudato si' et Fratelli tutti n'est pas &#233;tranger &#224; notre rencontre avec l'amour de J&#233;sus-Christ. En nous abreuvant de cet amour, nous devenons capables de tisser des liens fraternels, de reconna&#238;tre la dignit&#233; de tout &#234;tre humain et de prendre soin ensemble de notre maison commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Br&#232;ves remarques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que ces analyses contiennent un message essentiel. Dieu est amour, et la personne humaine dans ce qu'elle a de plus profond et d'essentiel est aussi fondamentalement appel&#233;e &#224; l'amour. Il est donc tout &#224; fait pertinent de parler d'un &#8216;c&#339;ur' qui est &#224; la fois, en poursuivant l'image, centre le plus profond de notre &#234;tre, et si&#232;ge de l'amour. Cela dit, le texte exprime cette r&#233;alit&#233; d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, et notamment en le contrastant avec l'intelligence et la rationalit&#233; d'une part, la volont&#233; de l'autre. On retrouve ici la m&#233;fiance profonde du pape Fran&#231;ois face &#224; tout ce qui est d&#233;marche trop rationnelle ou intellectuelle, m&#233;fiance &#233;tendue ici &#224; la volont&#233;. Certes, le c&#339;ur ainsi compris est pr&#233;sent&#233; comme distinct des &#8216;sentiments' ou &#8216;passions', et comme lieu de synth&#232;se, permettant notamment de ma&#238;triser ces sentiments et passions. Mais il est en m&#234;me temps essentiellement affectivit&#233; et &#233;motion. Une affectivit&#233; qui est selon lui source d'une forme sup&#233;rieure de &#8216;connaissance', qui &#233;chapperait &#224; la philosophie et m&#234;me &#224; la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e classique, et la tradition th&#233;ologique n'ont pas m&#233;connu cette dimension essentielle. Mais cela ne les conduisaient pas &#224; confiner l'intellect et la volont&#233; dans un r&#244;le subalterne. Ce qui fait en effet la sp&#233;cificit&#233; de l'&#234;tre humain, notamment par contraste avec les animaux, c'est d'&#234;tre un &#234;tre conscient, capable de raison. Tout processus de connaissance digne de ce nom suppose par nature de voir, de comprendre et de discerner (&lt;i&gt;intelligere&lt;/i&gt;) ce qu'est la r&#233;alit&#233; qui est en face de lui. Bien entendu, si la rationalit&#233; est r&#233;duite &#224; la conception instrumentale ou abstraite qui tend &#224; dominer la pens&#233;e moderne, elle reste en de&#231;&#224; de ce r&#244;le essentiel. Mais le d&#233;passement de cette conception &#233;triqu&#233;e, aujourd'hui dominante, ne doit pas conduire &#224; exalter la seule affectivit&#233;. Le Logos du Prologue de l'Evangile de saint Jean n'est pas affectivit&#233; pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de l'homme, en pratique, l'affectivit&#233; ou ce qu'il per&#231;oit comme amour n'est pas un guide parfaitement s&#251;r ; il a besoin du regard critique de la raison, y compris dans la recherche du bien. Et ce bien une fois identifi&#233; et authentifi&#233;, il faut ensuite un acte sp&#233;cifique de la volont&#233; pour le rechercher et le suivre. Comme on le voit par exemple dans le mariage, l'affectivit&#233; peut d&#233;truire le bien de la fid&#233;lit&#233; et de l'engagement envers l'autre ; il faut un acte de la volont&#233; pour parvenir &#224; la r&#233;alit&#233; de l'amour authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut donc &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233; de trop insister sur le c&#339;ur per&#231;u essentiellement comme si&#232;ge d'&#233;motion, m&#234;me subjectivement tourn&#233; vers l'amour. Le c&#339;ur de notre &#234;tre, qui se situe d'ailleurs dans notre &#226;me et non au-del&#224;, trouve son sens v&#233;ritable dans la synth&#232;se et juste harmonie entre notre intelligence, comprise comme capacit&#233; de perception du vrai, du beau et du bien (ces derniers termes incluant l'affectivit&#233;) et notre volont&#233;, qui engage notre &#234;tre au service de cette v&#233;rit&#233; et de ce bien. Bien entendu, au niveau spirituel, l'intelligence et la volont&#233; sont relativis&#233;es par la perception d'une r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure, qui est Amour mais qui est aussi &#202;tre transcendant et Beaut&#233; parfaite, et pas pas pure affectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce message vibrant du pape Fran&#231;ois permet de mieux le comprendre : dans ce qu'il a de plus touchant, par son attachement profond au r&#244;le de l'Amour, que ce soit celui de Dieu ou celui de nos fr&#232;res. Mais aussi dans cette tentation de refuser le regard critique et le recul de la raison, qui le font s'emballer pour des causes per&#231;ues &#233;motionnellement sous un certain angle, sans consid&#233;ration suffisante des autres dimensions du r&#233;el. Ainsi avec les migrants. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Pape-Francois-esquisse-de.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Pape...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pape Fran&#231;ois : esquisse de r&#233;trospective sur les particularit&#233;s du pontificat</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pape-Francois-esquisse-de-retrospective-sur-les-particularites-du-pontificat.html</link>
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		<dc:date>2024-10-12T15:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bien qu'avanc&#233;, le pontificat du pape Fran&#231;ois a encore de quoi surprendre. Mais il est d&#233;j&#224; suffisamment rempli pour qu'un essai de r&#233;trospective soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une partie appr&#233;ciable de ses interventions s'inscrit dans le cadre de ce qui est attendu d'un pape, et qu'il a touch&#233; le c&#339;ur de beaucoup de gens. Ce n'est pas l&#224;-dessus qu'on insistera ci-apr&#232;s, mais sur ce qui le met &#224; part, notamment dans ses propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce pontificat restera sans doute dans les esprits comme un ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;cifique. Outre le temp&#233;rament personnel du pape, il ne se r&#233;duit ni &#224; un progressisme pur, ni &#224; une singularit&#233; latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance des options politiques et sociales, vues sous un angle tr&#232;s personnel, et l'agacement du pape envers la pr&#233;cision intellectuelle lui donnent une tonalit&#233; tr&#232;s particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bien qu'avanc&#233;, le pontificat du pape Fran&#231;ois a encore de quoi surprendre. Mais il est d&#233;j&#224; suffisamment rempli pour qu'un essai de r&#233;trospective soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une partie appr&#233;ciable de ses interventions s'inscrit dans le cadre de ce qui est attendu d'un pape, et qu'il a touch&#233; le c&#339;ur de beaucoup de gens. Ce n'est pas l&#224;-dessus qu'on insistera ci-apr&#232;s, mais sur ce qui le met &#224; part, notamment dans ses propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce pontificat restera sans doute dans les esprits comme un ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;cifique. Outre le temp&#233;rament personnel du pape, il ne se r&#233;duit ni &#224; un progressisme pur, ni &#224; une singularit&#233; latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des messages portant avant tout sur des causes mondaines, bien au-del&#224; du cadre chr&#233;tien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord les messages, tels qu'ils sont en g&#233;n&#233;ral per&#231;us. Ecologie et migrants sont les plus intenses. Or ce sont des questions int&#233;ressant croyants et non-croyants : la motivation du pape est religieuse, mais l'objet rel&#232;ve d'une appr&#233;ciation prudentielle, et politique au sens large. Sur l'&#233;cologie, l'&#233;cho a &#233;t&#233; consid&#233;rable, mais le message proprement religieux n'arrive qu'&#224; la fin de &lt;i&gt;Laudato si'.&lt;/i&gt; Sur les migrations, plus disput&#233;es, le pape porte une appr&#233;ciation d'ordre politique en faveur d'un v&#233;ritable droit &#224; l'immigration, qui va bien au-del&#224; de la sollicitude biblique pour un h&#244;te de passage ; et il la m&#234;le avec un vocabulaire religieux, qualifiant m&#234;me de p&#233;ch&#233; grave les tentatives syst&#233;matiques de repousser les migrants (audience du 28 ao&#251;t 2024) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Christianisme-et-migration-la-grande-illusion.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Chris...&lt;/a&gt;). Dans la m&#234;me perspective, on trouve des vues personnelles comme l'hostilit&#233; &#224; la finance (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Entreprises-marche-et-finance-dans-Laudato-si-une-appreciation-bien-negative.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Entre...&lt;/a&gt;), l'&#233;conomie rendue responsable de la pauvret&#233; et des guerres, la r&#233;serve &#224; l'&#233;gard du niveau national (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-pa...&lt;/a&gt; ), ou l'hostilit&#233; &#224; la peine de mort (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est en revanche plus clairement sur le terrain de la foi avec le souci du pape envers les p&#233;riph&#233;ries, l'appel &#224; la mis&#233;ricorde, ou m&#234;me l'exaltation de la fraternit&#233;. Mais si le lien avec le message chr&#233;tien est manifeste, celui-ci n'en a pas le monopole, et surtout le pape les ins&#232;re dans un contexte plus large. L'id&#233;e de fraternit&#233; notamment, th&#232;me central de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, va pour lui au-del&#224; du christianisme et vise l'ensemble des religions et au-del&#224; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, on a le sentiment que dans ce qui est per&#231;u de ces enseignements, caract&#233;ristiques du pape, la dimension sp&#233;cifiquement chr&#233;tienne n'est pas mise au centre, hors croyance g&#233;n&#233;rale en un Dieu commun &#224; toutes les religions. Ce qu'on entend est ins&#233;r&#233; dans le monde, au service de causes politiques ou sociales, tr&#232;s marqu&#233;es par les opinions personnelles de Fran&#231;ois. L'enseignement proprement chr&#233;tien du pape, appr&#233;ciable par ailleurs, est comme occult&#233; par ces messages tonitruants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, on est frapp&#233; par la faible place prise par l'effondrement spectaculaire de la foi chr&#233;tienne et catholique dans ses bastions traditionnels (hors Afrique et Asie) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt; ) La r&#233;action para&#238;t en regard faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la doctrine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la foi et des m&#339;urs, il faut noter la m&#233;fiance du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard de tout ce qui est doctrine et notamment d&#233;finition claire et affirmative, qu'il ressent comme source d'exclusion : des &#8216;pierres' lanc&#233;es &#224; la figure des gens, pour reprendre son expression, source de pharisa&#239;sme et de rigidit&#233;. La v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me para&#238;t s'identifier &#224; l'action, la pens&#233;e &#233;tant &#233;volutive et en marche : la praxis plut&#244;t que la th&#233;orie, le temps plus que &#8216;l'espace' (le pouvoir), &#171; la r&#233;alit&#233; plus importante que l'id&#233;e &#187;, le tout sous l'action suppos&#233;e permanente de l'Esprit. C'est sans doute ce m&#234;me trait privil&#233;giant la spontan&#233;it&#233; sur la rigueur qui explique ses d&#233;clarations parfois &#233;tranges, ou certains passages surprenants de ses nombreux livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela bouleverse l'id&#233;e d'un enseignement coh&#233;rent dans le temps, fond&#233; sur le d&#233;p&#244;t de la foi. Conjugu&#233; avec le souci des p&#233;riph&#233;ries, cela d&#233;bouche sur le choix d'une &#8216;Eglise en sortie', k&#233;notique. Mais qui de ce fait ne b&#233;n&#233;ficie plus des m&#234;mes rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mettra de m&#234;me &#224; part sa conception tr&#232;s particuli&#232;re du &#8216;peuple', jug&#233; cr&#233;atif et capable d'inculturer &#224; chaque &#233;poque et de mani&#232;re nouvelle l'Evangile. Ce peuple est con&#231;u comme d'ordre &#8216;mythique', r&#233;alit&#233; vivante elle aussi en mouvement, qui ne peut &#234;tre abord&#233; que par l'intuition. Et se renouvelant sans cesse par les migrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; doctrinalement une ambig&#252;it&#233; &#233;tudi&#233;e, avec occasionnellement une embard&#233;e vers la rupture (cas de la peine de mort). Ainsi sur les questions de m&#339;urs, celle des divorc&#233;s remari&#233;s &#233;tant exp&#233;di&#233;e par une &#233;trange note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, glos&#233;e ensuite. Ou sur la b&#233;n&#233;diction ambigu&#235; de &#8216;couples' de m&#234;me sexe (&lt;i&gt;Fiducia supplicans&lt;/i&gt;) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-magistere-catholique-apres-Fiducia-supplicans-retour-sur-une-etrange.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-ma...&lt;/a&gt;). C&#244;t&#233; positif, on notera ses gestes justement appr&#233;ci&#233;s envers les personnes marginalis&#233;es. Mais trop vite le message, insuffisamment pr&#233;cis&#233;, se brouille : &#171; qui suis-je pour juger ? &#187;. Comment alors situer l'homosexualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus gravement, ceci rejoint ses accents interreligieux surprenants, paraissant mettre les diff&#233;rentes religions sur le m&#234;me plan comme des voies comparables vers Dieu, ce qui n'est pas le message chr&#233;tien. Comme il l'a expliqu&#233; &#224; Singapour, &#171; toutes les religions sont un chemin vers Dieu &#8230; comme des langues diff&#233;rentes &#8230; Il n'y a qu'un seul Dieu, et &#8230; nos religions sont &#8230; des chemins vers Dieu &#187;. Mais alors qu'est-ce qui fonde son magist&#232;re ? Il d&#233;crit par ailleurs l'islam comme religion de paix &#8211; contrairement aux faits. Et il traite le &#8216;pros&#233;lytisme' de &#8216;b&#234;tise magistrale'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est l'affaiblissement du message, qui devient&lt;br class='autobr' /&gt; flottant ou subjectif. Pourtant le pape sait &#234;tre clair et ferme &#224; l'occasion, ainsi sur l'avortement. Et par ailleurs cette ambig&#252;it&#233; n'est pas dans la ligne progressiste, qui voudrait des changements explicites, sur les m&#339;urs, sur la place des femmes etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exercice bien particulier du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que l'on comprend de l'exercice du pouvoir &#224; Rome, Fran&#231;ois a les qualit&#233;s et les d&#233;fauts de la personnalit&#233; autoritaire : d&#233;cisive pour trancher certains n&#339;uds gordiens, moins efficace lorsque cela se m&#234;le avec la multiplication des canaux de consultation et de d&#233;cision et leur brouillage. Le th&#232;me de la synodalit&#233; coexiste de fa&#231;on &#233;trange avec cette r&#233;alit&#233;. L'avenir dira ce qui en ressortira ; mais l'exercice, men&#233; avec une relative h&#226;te, ne para&#238;t pas &#224; ce stade d&#233;boucher sur des r&#233;sultats lisibles, d'autant que le r&#244;le du pape en ressort plus que jamais renforc&#233; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ecologie-autoritaire-et-synodalite-controlee-les-approches-particulieres-du.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ecolo...&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contraste, l'exaltation de l'ouverture &#224; tous (&lt;i&gt;todos !&lt;/i&gt;) se conjugue &#233;trangement avec la traque des conservateurs et surtout des tradis (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Traditionis-custodes-la-mauvaise-methode.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Tradi...&lt;/a&gt;). M&#234;me si l'acharnement de certains au Vatican n'est sur ce point pas totalement suivi par le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avenir para&#238;t donc plus que jamais ouvert&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, la sp&#233;cificit&#233; personnelle para&#238;t &#234;tre le trait dominant de ce pontificat intense et disruptif. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'aura pas d'effets par la suite, entre autres au vu des nominations au conclave, tr&#232;s orient&#233;es. Mais ce sera sans doute autrement, m&#234;me si cette suite veut s'inscrire dans ses pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, le progressisme politique peut se perp&#233;tuer un certain temps, quitte &#224; ce qu'&#224; terme une r&#233;orientation s'impose, au vu des r&#233;sultats peu convaincants de cette orientation. L'ambigu&#239;t&#233;, elle, ne peut durer, la fonction pontificale &#233;tant essentiellement magist&#233;rielle : il ne s'agit pas de tout r&#233;genter, mais d'&#234;tre clair. Et il sera urgent d'insister &#224; nouveau sur le c&#339;ur du message sp&#233;cifique du christianisme : l'annonce du salut, de la vie &#233;ternelle en Dieu, salut qui passe par le Christ et donc par la foi en Lui, et en qui seul se fonde la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste pour l'avenir un point majeur : la centralit&#233; omnipr&#233;sente du pape dans l'Eglise, o&#249; Fran&#231;ois est le point culminant d'une &#233;volution qui avait commenc&#233; au XIXe si&#232;cle et n'a fait que se renforcer avec les papes postconciliaires, jusqu'&#224; lui inclus, et clairement &#224; l'exc&#232;s. Mais sur ce point l'avenir est ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sous une forme un peu modifi&#233;e dans&lt;/i&gt; Politique magazine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note compl&#233;mentaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On saluera avec l'encyclique &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt;, sur le Sacr&#233; C&#339;ur, du 24 octobre 2024, la nouveaut&#233; d'un beau texte majeur, profond&#233;ment et essentiellement religieux. Cela &#233;quilibre la tonalit&#233; dominante de ses textes ant&#233;rieurs, et donne un sens, un arri&#232;re-plan &#224; toutes ses interventions : c'est le r&#244;le central du c&#339;ur, de l'amour. Cela corrige aussi quelque peu ses propos sur l'&#233;galit&#233; des religions, car il souligne en passant l'apport unique du christianisme. Et cela explique mieux les engagements militants, notamment &#224; l'usage des chr&#233;tiens, tout en confirmant sa tendance &#224; la relativisation de l'intelligence ou de la raison. Cela ne fait donc pas dispara&#238;tre les limites relev&#233;es. Au contraire, l'exaltation de l'affectivit&#233;, oppos&#233;e &#224; la raison, et qu'il tend &#224; confondre avec la personnalit&#233; profonde, peut justifier des positions irrationnelles ou contre-productives, sans l'appui traditionnel sur la doctrine et le discernement critique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>La dignit&#233; dans la d&#233;claration Dignitas infinita : un concept malcommode</title>
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		<dc:date>2024-04-10T15:13:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dignitas infinita</dc:subject>
		<dc:subject>Dignit&#233; humaine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitas infinita&lt;/i&gt; que vient de publier le dicast&#232;re pour la Doctrine de la foi avec l'approbation du pape Francois est importante &#8211; m&#234;me si elle contient peu d'&#233;l&#233;ments nouveaux. Et notamment elle confirme utilement de nombreux points parfois perdus de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la centralit&#233; donn&#233;e &#224; ce concept de dignit&#233;, malgr&#233; ses ambig&#252;it&#233;s multiples, soul&#232;ve de r&#233;elles questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; des paradoxes : on y condamne &#224; raison l'euthanasie au nom de la dignit&#233; humaine, mais ceux qui la demandent le font pr&#233;cis&#233;ment eux aussi au nom de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc y regarder de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; un texte bien difficile &#224; appr&#233;cier &#233;quitablement. Cette d&#233;claration du 25 mars et publi&#233;e le 7 avril provient du dicast&#232;re pour la Doctrine de la foi, mais avec l'approbation du pape Francois ; elle est donc importante. Elle rassemble des enseignements multiples du pape et de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, sous l'&#233;gide du concept de dignit&#233; humaine, &#233;lev&#233; &#224; un niveau fondateur. Mais il y a en fait peu d'&#233;l&#233;ments nouveaux : c'est surtout sur la th&#233;orie du genre et sur le changement de sexe (cela dit, on aurait appr&#233;ci&#233; une r&#233;flexion plus en profondeur sur ces points). C'est surtout l'occasion de rappeler des enseignements parfois oubli&#233;s ou pass&#233;s sous silence ; ce qui est en soi bienvenu, ainsi en ce qui concerne le caract&#232;re objectif des pr&#233;ceptes moraux et de la vision de l'homme qui fondent ces enseignements. Je n'&#233;laborerai donc pas ces aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Multiplicit&#233; de sens de la dignit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va moins de soi est le concept m&#234;me de dignit&#233;, dans l'usage qui en est fait. Non qu'il y ait un doute sur le caract&#232;re fondamental de la dignit&#233; ontologique de l'homme, cr&#233;&#233; d'abord &#224; l'image de Dieu, dignit&#233; ensuite rehauss&#233;e par l'incarnation du Christ et la r&#233;demption (notions traditionnelles, qu'on retrouve par exemple dans l'offertoire de la messe tridentine). M&#234;me si l'id&#233;e nouvelle de dignit&#233; &#8216;infinie' ne va pas de soi. A proprement parler en effet, seul Dieu est infini ; de plus, si la dignit&#233; de l'homme &#233;tait vraiment infinie, au sens propre du terme, elle devrait en bonne logique &#234;tre un absolu l'emportant sur toute autre consid&#233;ration. On ne devrait jamais mettre quelqu'un en prison par exemple. Pourrait-il d'ailleurs aller en enfer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le texte note &#224; juste titre aux &#167; 7 et 8 qu'on peut comprendre la dignit&#233; de fa&#231;ons multiples et qu'en particulier &#224; c&#244;t&#233; de la dignit&#233; ontologique, que l'homme ne peut pas perdre, on a la dignit&#233; sociale (conditions de vie) et la dignit&#233; existentielle (appr&#233;ci&#233;e subjectivement). Et on a surtout la dignit&#233; morale, qui peut &#171; effectivement &#234;tre perdue &#187; (comme dit le texte) du fait du p&#233;ch&#233;. Cette notion traditionnelle est en effet essentielle. C'est &#224; ce titre que la th&#233;ologie classique, &#224; commencer par saint Thomas, justifiait la possibilit&#233; de traiter diff&#233;remment les personnes selon leur comportement : par exemple, de les arr&#234;ter et de les mettre en prison. Ce rappel du texte au &#167; 7 est bienvenu ; mais dans tout le reste du texte, on ne retrouve pratiquement plus de distinction : tout l'argumentaire se r&#233;f&#232;re &#224; une seule notion de dignit&#233;, dont on comprend qu'il s'agit de la seule dignit&#233; ontologique, elle-m&#234;me infinie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons pourtant que le texte lui-m&#234;me reconna&#238;t un &#233;tagement au niveau m&#234;me de la dignit&#233; ontologique, puisqu'il note au &#167; 20 la vocation de l'homme &#224; la &#171; pl&#233;nitude de la dignit&#233; &#187; - dans la vie &#233;ternelle. Pl&#233;nitude qui n'est donc pas encore atteinte&#8230; m&#234;me si naturellement c'est une &#233;minente dignit&#233; que d'y &#234;tre appel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une utilisation peu &#233;vidente du concept de dignit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pose deux s&#233;ries de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, justement, l'effacement de l'id&#233;e d'une dignit&#233; morale conduit &#224; des raisonnements en blanc ou noir sur des sujets qui m&#233;riteraient plus de distinctions. Ainsi la guerre juste ou la peine de mort, b&#234;tes noires du pape Fran&#231;ois. Or il est bizarre de condamner radicalement la guerre au nom de l'absolu de la dignit&#233;, mais d'admettre le droit &#224; se d&#233;fendre, qui est une forme de guerre (demandez aux Ukrainiens). La th&#233;orie de la guerre juste m&#233;rite une traitement moins cavalier, et de ne pas manier la dignit&#233; comme un joker dans les raisonnements - et de m&#234;me pour la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la notion de dignit&#233; ne conduit pas aussi clairement que dit le texte &#224; certaines conclusions, qui supposent pour &#234;tre admises d'autres consid&#233;rations. Notamment religieuses ; car si le &#167; 6 explique que la dignit&#233; humaine &#171; infinie &#187; est perceptible m&#234;me aux yeux de la raison, cela ne va pas de soi dans la r&#233;alit&#233;. Cela suppose aussi, comme le texte le montre bien, une id&#233;e objective (et relationnelle) de la nature humaine et de ses droits et devoirs (&#167;&#167; 25 et suivants). Ce qui conduit &#224; une conception bien particuli&#232;re de la dignit&#233;, que ce terme n'implique pas n&#233;cessairement. Et qui n'est pas la conception dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, m&#234;me comprise ainsi, l'id&#233;e de dignit&#233; ne suffit pas pour en tirer toutes les cons&#233;quences que le texte veut en tirer. D&#233;j&#224; il ne va pas de soi que la peine de mort soit indigne, notamment compar&#233;e avec la prison &#224; vie ; la th&#233;ologie classique consid&#233;rait qu'un vrai criminel avait perdu suffisamment de dignit&#233; morale pour &#234;tre puni, y compris au prix de sa vie. Plus encore, alors que le texte condamne (&#224; raison) l'euthanasie, le fait de fonder ce jugement sur la dignit&#233; humaine ne va pas de soi, en particulier &#224; notre &#233;poque. Les d&#233;fenseurs de l'euthanasie l'appellent justement &#171; droit &#224; mourir dans la dignit&#233; &#187;. Pour condamner cette pratique, le recours &#224; la dignit&#233; ne suffit donc pas ; il faut y ajouter notamment ce simple commandement : &#171; tu ne tueras pas &#187;. De fa&#231;on analogue, si l'id&#233;e de dignit&#233; est pertinente pour condamner la GPA (car la personne humaine y fait l'objet d'une transaction), c'est moins &#233;vident pour la PMA : il faut pour cela y ajouter une consid&#233;ration sur la f&#233;condit&#233; humaine, qui passe par un rapport sexuel entre deux personnes, qui est ou devrait &#234;tre exclusivement un rapport d'amour. M&#234;me remarque pour la condamnation du changement suppos&#233; de sexe ; ce n'est une atteinte &#224; la dignit&#233; et donc contestable que parce que c'est une mutilation d'une part, et d'autre part la n&#233;gation d'une r&#233;alit&#233; naturelle, sans doute sympt&#244;me d'un mal-&#234;tre que l'op&#233;ration ne peut r&#233;soudre car si quelqu'un est m&#233;content d'&#234;tre une femme (ou un homme), ce n'est pas la mutilation et l'artifice qui y changeront quoi que ce soit. Il est dommage &#224; ce sujet qu'en abordant pour la premi&#232;re fois aussi clairement ces questions l'Eglise en reste &#224; un discours relativement peu &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, la notion de dignit&#233; n'est donc pas un &#233;clairage v&#233;ritablement pertinent, ou plus exactement elle n'est pas suffisante ni m&#234;me toujours indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une port&#233;e mal ajust&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que si la notion de dignit&#233; a le grand avantage de parler &#224; nos contemporains, comme celle de droits de l'homme, elle a deux d&#233;fauts communs avec celle-ci. D'un c&#244;t&#233;, l'Eglise en l'utilisant est oblig&#233;e chaque fois de rappeler que la conception qu'elle en a n'est que partiellement la m&#234;me que celle commun&#233;ment re&#231;ue dans nos soci&#233;t&#233;s ; d'o&#249; un risque permanent de confusion et de faux accord. D'un autre c&#244;t&#233;, ce sont des notions qui poussent naturellement &#224; la revendication, et donc &#224; une attitude centr&#233;e sur soi : au nom de mes droits ou de ma dignit&#233;, j'exige que&#8230; Elle est peu &#8216;relationnelle'. Or ce qui est plus fondamental que les droits, c'est les devoirs : je ne peux voir mes droits respect&#233;s que si les autres les respectent, c'est-&#224;-dire font leur devoir. De m&#234;me pour la dignit&#233; : il faut que les autres se reconnaissent le devoir de respecter ma dignit&#233; pour que celle-ci le soit. Et donc l&#224; aussi le concept de dignit&#233; n'est pas autosuffisant : sous cet angle, il doit &#234;tre ins&#233;r&#233; dans le contexte de la morale (et du devoir) d'un c&#244;t&#233;, et du bien commun de l'autre. Et donc des conditions r&#233;elles dans lesquelles vivent les soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, l'ensemble des d&#233;veloppements du texte sur la dignit&#233; des pauvres, des exclus, des migrants etc., n'a de sens que replac&#233; dans le cadre de la soci&#233;t&#233;, des personnes, qui peuvent seules assurer les prestations en question. Mais c'est alors pour elles un devoir, &#224; assurer au mieux de leurs possibilit&#233;s, et sans remettre en cause la vie commune (comme dans le cas de migrations d&#233;passant les bornes). En faisant de la dignit&#233; un absolu (infini) on fait l'impasse sur cette r&#233;alit&#233; majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total donc, voici un texte dans la ligne du pontificat actuel, m&#234;lant des consid&#233;rations tr&#232;s bien venues et souvent courageuses, avec d'autres insuffisamment &#233;labor&#233;es et trop domin&#233;es par quelques concepts &#233;rig&#233;s en absolu. En r&#233;alit&#233;, la notion de dignit&#233; vaut surtout pour rappeler &#224; chaque d'entre nous ce qu'est essentiellement l'autre personne que nous rencontrons : une image de Dieu, malgr&#233; ses d&#233;fauts et limites. Mais comme concept explicatif &#224; usage large, elle est trop g&#233;n&#233;rale, trop polys&#233;mique pour &#233;clairer &#224; elle seule les questions qui se posent, et conduire &#224; des r&#233;ponses appropri&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le magist&#232;re catholique apr&#232;s Fiducia supplicans : retour sur une &#233;trange approche</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-magistere-catholique-apres-Fiducia-supplicans-retour-sur-une-etrange.html</link>
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		<dc:date>2024-01-22T16:17:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Fiducia supplicans</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s ces exp&#233;riences &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son grand agenda de transformation de l'Eglise n'a que tr&#232;s rarement pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Mais on juxtapose une praxis &#233;volutive &#224; une doctrine suppos&#233;e maintenue, sans vrai pont entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. L'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. Y compris, d&#233;sormais, chez bien des &#8216;conservateurs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s l'exp&#233;rience &#233;trange de ce pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moins de doctrine, plus de processus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, depuis le d&#233;but se sont multipli&#233;es les interventions pontificales h&#226;tives et improvis&#233;es, les d&#233;clarations &#224; l'emporte-pi&#232;ce dans l'avion ou devant des journalistes sur lesquelles les services du Vatican doivent ensuite fournir des explications embarrass&#233;es. Mais cela pouvait rester une question de temp&#233;rament personnel du pape. Plus significatifs sont les textes soigneusement ambigus, &#224; commencer par la fameuse note de &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt; (AL) sur les divorc&#233;s-remari&#233;s : l'opacit&#233; du texte et le choix du support (note de bas de page) avaient suscit&#233; des torrents de commentaires ; le pape lui-m&#234;me avait d&#251; faire une d&#233;claration, o&#249; il validait l'interpr&#233;tation des &#233;v&#234;ques argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien qu'il y ait l&#224; une m&#233;thode et une position globales. On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine : risque du pharisa&#239;sme qui jette des affirmations abruptes &#224; la figure des gens, &#171; comme des pierres &#187; dit-il ; risque plus profond de bloquer, par des objections, des processus se d&#233;roulant dans le temps et qui en ont besoin. Cela se r&#233;sume dans la conjonction de deux de ses aphorismes favoris : &#171; le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace &#187; (l'espace symbolisant la prise de contr&#244;le, jug&#233;e suspecte) et &#171; la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e &#187; (m&#233;fiez-vous des id&#233;es et de leur logique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son agenda de transformation de l'Eglise n'a presque jamais pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Bien au contraire, il a insist&#233; chaque fois sur l'id&#233;e que la doctrine ne changeait pas. Le fait est &#233;vident avec &lt;i&gt;Fiducia supplicans&lt;/i&gt; (FS), &#224; travers les propos r&#233;p&#233;t&#233;s de son porte-parole le cardinal Fernandez. Mais r&#233;guli&#232;rement on introduit, &#224; c&#244;t&#233; de la doctrine, des &#233;l&#233;ments nouveaux qui, pour un esprit logique, ne sont pas d'embl&#233;e coh&#233;rents avec elle, et notamment une pratique (une praxis ?) nouvelle, cens&#233;e &#234;tre l'&#233;mergence, dans le temps, de processus situ&#233;s &lt;i&gt;dans la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, sup&#233;rieurs selon cette approche &#224; &lt;i&gt;l'id&#233;e&lt;/i&gt; doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul cas o&#249; on peut voir un changement frontal assum&#233; de la doctrine est la peine de mort, avec une modification brutale du cat&#233;chisme, d&#233;cid&#233;e sans d&#233;bat ni concertation, d'ailleurs inutile puisque l'impossibilit&#233; pratique de la mettre en &#339;uvre dans le contexte actuel &#233;tait d&#233;j&#224; affirm&#233;e par le texte ant&#233;rieur. Mais ce dernier prenait soin de rappeler la doctrine traditionnelle sans la contredire. Ici, dans la formulation comme dans les justificatifs, on donne l'impression que l'&#233;volution de la sensibilit&#233; (sur la &#8216;dignit&#233; de l'homme') suffit &#224; elle seule pour remettre en cause vingt si&#232;cles pratiquement unanimes et solidement appuy&#233;s sur la Bible. De fa&#231;on symptomatique, ici aussi, le processus &#233;volutionniste prime manifestement sur l'attachement &#224; la permanence de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire glisser la doctrine par juxtaposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que c'est l&#224; le seul exemple de changement assum&#233; ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'autres exemples de changements r&#233;els, mais plus subtils. Ils ne se pr&#233;sentent pas comme tels, mais juxtaposent des affirmations nouvelles avec la doctrine ant&#233;rieure, sans faire le pont entre les deux. Ainsi du passage de la d&#233;claration d'Abu Dhabi, indiquant que le pluralit&#233; des religions &#233;tait voulue par Dieu : les bonnes &#226;mes l'expliquent par des besoins diplomatiques. Mais ce sont toutes les &#233;vocations que le pape Fran&#231;ois fait des religions autres que chr&#233;tiennes qui manifestent chez lui une forme d'acceptation de cette pluralit&#233;. Et ce n'est jamais confront&#233; avec la doctrine, celle que rappelait nagu&#232;re encore la d&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Jesus&lt;/i&gt;, pour qui le christianisme est la seule religion essentiellement vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour un texte majeur du magist&#232;re comme l'encyclique Fratelli tutti, comme je l'avais fait observ&#233; dans un article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt;). A c&#244;t&#233; d'une inspiration de fond stimulante (sur la fraternit&#233; notamment), le pape met de nombreuses touches personnelles aboutissant &#224; modifier de fait sensiblement l'enseignement magist&#233;riel. Ainsi sur les migrations, paraissant affirmer un droit absolu, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut, et marginalisant l'Etat national, comme si d&#233;sormais le seul bien commun &#233;tait universel. Ou la guerre juste, le pape expliquant m&#234;me que la doctrine jusque-l&#224; permanente n'a plus de valeur &#8211; mais sans la changer. Plus troublante est &#224; nouveau la place de la religion. L'essentiel du texte se comprend sans religion (m&#234;me s'il utilise des textes chr&#233;tiens) ; ce n'est qu'&#224; la fin qu'on lit d'une part que la fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu ; mais que d'autre part celle-ci suffit, donc dans le cadre de n'importe quelle religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels glissements sont &#224; rapprocher de ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; en mati&#232;re morale, avec &lt;i&gt;AL&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt;. Dans ces cas, c'est l'appel au discernement qui prend de telles proportions qu'on ne sait plus quelle est la port&#233;e r&#233;elle des principes. Cela aboutit en pratique &#224; la m&#234;me juxtaposition de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales maintenues et de possibilit&#233;s ouvertes, dont la coh&#233;rence avec les pr&#233;c&#233;dentes n'est pas v&#233;ritablement trait&#233;e. Dans ces deux cas, la logique de ces voies nouvelles, telles qu'on les comprend spontan&#233;ment, e&#251;t impliqu&#233; par coh&#233;rence une modification des principes : un deuxi&#232;me mariage dans un cas (comme chez les orthodoxes) ; une r&#233;vision de la morale sexuelle (notamment sur l'homosexualit&#233;) dans l'autre. Mais cela aurait soulev&#233; de tr&#232;s graves questions et justement ce n'est pas la m&#233;thode employ&#233;e. La solution est attendue de la praxis, du travail du temps, suppos&#233; guid&#233; par l'Esprit. Mais comment concilier cela avec un magist&#232;re ? Si la doctrine se trouve relativis&#233;e de fait par le titulaire en place, quelle est l'autorit&#233; de l'un et de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une approche nouvelle mais peu convaincante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est en partie explicable par une tradition j&#233;suite o&#249; l'exaltation du discernement a pu d&#233;boucher autrefois sur les joies de la casuistique, et par le contexte argentin de la th&#233;ologie du peuple, m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard des &#233;lites. Ce n'est pas celle du magist&#232;re ant&#233;rieur, attach&#233; &#224; la continuit&#233; et &#224; la coh&#233;rence dans la doctrine. Mais ce n'est pas non plus celle des progressistes : ils soutiennent le pape Fran&#231;ois, mais auraient pr&#233;f&#233;r&#233; des positions nettes, des changements doctrinaux assum&#233;s, voire une anthropologie diff&#233;rente. Ceux qui pensaient que &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt; apaiserait les dissidents allemands ou autres seront bien d&#233;&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement abrupt et autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. Si la r&#233;volte contre FS reste un cas exceptionnel, l'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. D&#233;tachement des progressistes, mais c'&#233;tait le cas depuis longtemps. Mais d&#233;sormais aussi des conservateurs, comme on le voit notamment aux Etats-Unis, avec la multiplication de livres et articles sur les limites de la papaut&#233; et sur les exc&#232;s pass&#233;s de ce qu'ils appellent hyperpapalisme, qu'ils font d'ailleurs remonter bien avant Fran&#231;ois. En clair, les conservateurs sont de moins en moins ultramontains : une rupture historique majeure, et trop peu soulign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le successeur de Fran&#231;ois devra donc s'y prendre autrement, sauf &#224; &#233;largir la d&#233;chirure, ou &#224; perdre encore en cr&#233;dibilit&#233;. Plus d'&#233;coute, plus de coh&#233;rence, et la concentration sur l'essentiel : le message permanent de la foi et ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le nom du futur pape : un choix d&#233;licat et charg&#233; de signification</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-nom-du-futur-pape-un-choix-delicat-et-charge-de-signification.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-nom-du-futur-pape-un-choix-delicat-et-charge-de-signification.html</guid>
		<dc:date>2024-01-09T16:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Nom du pape</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous ne savons pas quand se posera la question du nom du futur pape, et peu importe ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de r&#233;fl&#233;chir sur ce que signifiera le choix qui sera fait le moment venu. Car c'est loin d'&#234;tre simple, ni neutre, qu'on imagine un Pie XIII, un Paul VII, un Jean-Paul III, un Beno&#238;t XVII, un Fran&#231;ois II&#8230; Ou encore, comme le pape Fran&#231;ois le faisait avec humour, un Jean XXIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la possibilit&#233; d'une innovation. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Ecrit en janvier 2024 ; voir le commentaire final sur le nouveau pape &#233;lu en mai 2025]&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Ecrit en janvier 2024 ; voir le commentaire final sur le nouveau pape &#233;lu en mai 2025]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas quand se posera la question du nom du futur pape, et peu importe ici. Mais il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de r&#233;fl&#233;chir sur ce que signifiera le choix qu'il fera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les choix r&#233;cents et les pr&#233;c&#233;dents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; ce choix &#233;tait assez naturel. Pendant plusieurs si&#232;cles, les papes restaient sagement sur des pr&#233;noms de pr&#233;d&#233;cesseurs, souvent des adjectifs moralisants (Innocent, Urbain, Cl&#233;ment etc.). Ce fut &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; le cas avec la s&#233;rie des Pie, activ&#233;e avec Pie VII &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle et rest&#233;e pr&#233;pond&#233;rante jusqu'&#224; Pie XII, mort en 1958. La plupart des papes de cette p&#233;riode ont pris ce nom, et de ce fait le choix n'&#233;tait pas porteur d'une signification particuli&#232;re. Il y a eu certes quelques papes qui ont fait des choix diff&#233;rents, mais c'&#233;tait sur des noms classiques de papes (L&#233;on, Gr&#233;goire, Beno&#238;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens Jean XXIII pouvait &#234;tre interpr&#233;t&#233; dans cette optique, mais avec un &#233;l&#233;ment de nouveaut&#233; : un nom de pape certes (vu le chiffre) mais qui n'&#233;tait plus port&#233; depuis des si&#232;cles, et d'ailleurs pas par des papes connus. Mais comme on sait, il symbolise depuis le tournant majeur de Vatican II. Son successeur Paul VI est plus encore li&#233; avec le Concile : il a certes choisi un nom classique, d&#233;j&#224; port&#233; par un pape, mais c'&#233;tait il y a longtemps (XVIe s.). Dans les deux cas il semble bien que les saints de ce nom (saint Jean, saint Paul) aient eu plus d'importance dans le choix que les pr&#233;d&#233;cesseurs. Continuit&#233; donc en un sens, puisque ce sont des noms de papes, mais innovation au fond. Ensuite Jean-Paul Ier a innov&#233; plus nettement, puisqu'il a fait manifestement r&#233;f&#233;rence &#224; ses deux pr&#233;d&#233;cesseurs, mais par la nouveaut&#233; d'un nom double. Son successeur Jean-Paul II lui a rendu ensuite hommage, apr&#232;s son tr&#232;s court pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette p&#233;riode pouvait donc accr&#233;diter une image combinant continuit&#233; et innovation. Seul Beno&#238;t XVI fera un choix un peu &#224; part, reprenant un nom classique de pape, encore honor&#233; au XXe si&#232;cle par Beno&#238;t XV, pr&#234;cheur de paix en plein conflit de 14-18 ; mais c'est aussi un nom de grand saint, saint Beno&#238;t, ce qui rappelait les choix de Jean XXIII et Paul VI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du pape Fran&#231;ois est dans cette perspective plus original. En effet il est le premier pape depuis le premier mill&#233;naire &#224; ne pas reprendre un nom de pr&#233;d&#233;cesseur. C'est bien s&#251;r &#224; nouveau un nom de grand saint, saint Fran&#231;ois d'Assise, en outre coh&#233;rent avec les choix pr&#233;f&#233;rentiels du nouveau pape. Plus traditionnel est en revanche son choix de ne pas s'appeler Fran&#231;ois Ier, car c'est le cas de tous les papes seuls de leur nom dans les listes officielles ; il s'appellera ainsi uniquement si apr&#232;s lui vient un Fran&#231;ois II. Mais il r&#233;sulte de tout cela un effet ind&#233;niable de nouveaut&#233; et m&#234;me de familiarit&#233;, que tente d'att&#233;nuer l'appellatif &#8216;pape Fran&#231;ois', parall&#232;lement &#224; &#8216;Fran&#231;ois' tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pourra faire le suivant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera &#233;videmment libre mais il est int&#233;ressant d'&#233;valuer le poids des choix pr&#233;c&#233;dents, qui donnera une signification appr&#233;ciable &#224; ce que fera le nouveau pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d&#233;j&#224; on imagine qu'il reprenne un choix de pr&#233;d&#233;cesseur proche, cela sera imm&#233;diatement per&#231;u comme une d&#233;claration de proximit&#233; avec le pape en question : ainsi un Pie XIII, un Jean XXIV, un Paul VII, un Jean-Paul III, un Beno&#238;t XVII, un Fran&#231;ois II &#233;ventuels seront mis dans la lign&#233;e de Pie XII, Jean XXIII etc. De m&#234;me sans doute, plus loin dans le temps, un Gr&#233;goire XVII, ou un L&#233;on XIV. De toute cette s&#233;rie les moins surinterpr&#233;t&#233;s seraient sans doute Jean XXIV (nom cit&#233; avec humour par le pape Fran&#231;ois), voire L&#233;on XIV, mais sans &#234;tre neutres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter cela, le recours &#224; un pape ant&#233;rieur ne donne pas une solution imm&#233;diate ; la plupart d'entre eux sont peu connus et le nom ne parlerait pas (Cl&#233;ment XV ? Innocent XIV ? Alexandre IX) ?). Il serait alors sans doute plus judicieux de prendre un nom qui soit aussi celui d'un saint important, comme ce fut le cas pour Jean et Paul : Nicolas VI, peut-&#234;tre Etienne X (ou XI), ou mieux Martin VI seraient alors les choix les plus naturels, notamment le dernier : Martin V est le pape qui a mis fin au grand schisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre solution est celle de Fran&#231;ois : prendre un nom sans pape pr&#233;d&#233;cesseur. On pourrait imaginer tout simplement d'abord que le nouveau pape garde son pr&#233;nom, cas assez normal au d&#233;but de la papaut&#233;, rar&#233;fi&#233; ensuite, le dernier &#233;tant Marcel II au XVIe s. Appliqu&#233; aux derniers papes cela aurait donn&#233; en fran&#231;ais Ange, Charles, Joseph ou Georges. C'est curieux mais concevable. Cela peut donner aussi un sens de modestie : je reste qui je suis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon reste la solution du grand saint, comme Fran&#231;ois d'Assise ; beaucoup d'entre eux n'ont pas vu leur nom repris par un pape, et cela d&#232;s les ap&#244;tres : pas de pape Joseph, Jacques, Thomas, Philippe etc. Ni d'ailleurs Michel, ou encore Augustin, Basile, Athanase, Dominique, Ignace ou autre. Mais il faudra alors expliquer le choix par les particularit&#233;s du saint en question, ce qui sera moins imm&#233;diat qu'avec Jean, Paul ou Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit donc, le choix reste &#233;videmment ouvert. Mais il n'est pas neutre, et pas si facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compl&#233;ment du 8 mai 2025&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection du pape L&#233;on XIV et le choix de ce nom s'inscrivent parfaitement dans cette analyse. D'un c&#244;t&#233; c'est un choix dans la continuit&#233; : un nom de pape relativement r&#233;cent, mais en &#233;vitant les identifications trop faciles et trop connot&#233;es avec les Pie, Paul, Jean-Paul etc. Comme il est dit ci-dessus, les moins surinterpr&#233;t&#233;s sont Jean XXIV et L&#233;on XIV. Mais ne n&#233;gligeons pas l'autre c&#244;t&#233; : l'allusion &#224; L&#233;on XIII, pape de la Doctrine sociale de l'Eglise, que tous ont relev&#233;e ; et aussi derri&#232;re, celle au pape saint L&#233;on le Grand, pape de la Doctrine (face aux monophysites) et de la Paix (face &#224; Attila). Un des plus grands papes de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Ecologie autoritaire et synodalit&#233; contr&#244;l&#233;e : les approches particuli&#232;res du pape Fran&#231;ois</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ecologie-autoritaire-et-synodalite-controlee-les-approches-particulieres-du.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Ecologie-autoritaire-et-synodalite-controlee-les-approches-particulieres-du.html</guid>
		<dc:date>2023-10-22T15:27:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Laudate Deum</dc:subject>
		<dc:subject>Synode</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Certaines des prises de positions r&#233;centes du pape Fran&#231;ois mettent &#224; nouveau en &#233;vidence des facteurs communs caract&#233;ristiques de son approche tr&#232;s particuli&#232;re, alors m&#234;me qu'elles portent sur des sujets tr&#232;s diff&#233;rents. Ainsi sa demande d'une gouvernance &#233;cologique mondiale d'un c&#244;t&#233; ; ou le processus synodal de l'autre. L'examen de l'un et de l'autre montre ainsi que cela met en jeu une conception bien sp&#233;cifique du pouvoir, ainsi que du rapport &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souligner cette sp&#233;cificit&#233; tr&#232;s personnelle de l'approche de Fran&#231;ois n'enl&#232;ve rien &#224; son autorit&#233; pastorale, mais la situe avec ses forces et ses limites. Et donc ses risques. &lt;br class='autobr' /&gt;
Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Certaines des prises de positions r&#233;centes du pape Fran&#231;ois mettent &#224; nouveau en &#233;vidence des facteurs communs caract&#233;ristiques de son approche tr&#232;s particuli&#232;re, alors m&#234;me qu'elles portent sur des sujets tr&#232;s diff&#233;rents. Ainsi sa demande d'une gouvernance &#233;cologique mondiale d'un c&#244;t&#233; ; ou le processus synodal de l'autre. L'examen de l'un et de l'autre montre ainsi que cela met en jeu une conception bien sp&#233;cifique du pouvoir, ainsi que du rapport &#224; la v&#233;rit&#233; et &#224; la doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Souligner cette sp&#233;cificit&#233; tr&#232;s personnelle de l'approche de Fran&#231;ois n'enl&#232;ve rien &#224; son autorit&#233; pastorale, mais la situe avec ses forces et ses limites. Et donc ses risques.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Ecologie et gouvernement mondial&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une gouvernance mondiale autoritaire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me si le r&#233;cent texte &lt;i&gt;Laudate Deum&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce texte est analys&#233; ici : https://www.pierredelauzun.fr/Lauda.... (&#8230;)&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; ) n'innove pas par rapport &#224; &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt;, il contient des passages symptomatiques d'une certaine conception du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un c&#244;t&#233; en effet, le pape, exc&#233;d&#233; par ce qu'il estime &#234;tre l'inertie g&#233;n&#233;rale, en appelle &#224; une direction mondiale autoritaire ; il demande en effet (35) &#171; &#8216;des organisations mondiales plus efficaces, &lt;i&gt;dot&#233;es d'autorit&#233;&lt;/i&gt; pour &lt;i&gt;assurer&lt;/i&gt; le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux'. &#187; Quant aux COPs, dont &#224; venir la COP28 de Duba&#239;, l&#224; aussi, dit-il (52) &#171; les accords n'ont &#233;t&#233; que peu mis en &#339;uvre parce qu'aucun m&#233;canisme ad&#233;quat de contr&#244;le, de r&#233;vision p&#233;riodique et de sanction en cas de manquement, n'a &#233;t&#233; &#233;tabli. &#187;. Et donc (59) &#171; si l'on veut sinc&#232;rement que la COP28 soit historique, qu'elle nous honore et nous ennoblisse en tant qu'&#234;tres humains, on ne peut qu'attendre d&lt;i&gt;es formes contraignantes&lt;/i&gt; de transition &#233;nerg&#233;tique qui pr&#233;sentent trois caract&#233;ristiques : efficaces, contraignantes et facilement &lt;i&gt;contr&#244;lables&lt;/i&gt; &#187;. La base politique de ces autorit&#233;s n'est pas pr&#233;cis&#233;e. Ce qui compte c'est qu'elles puissent imposer leurs d&#233;cisions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui contraste avec la critique (fond&#233;e) du paradigme technocratique qu'on trouve par ailleurs dans ce m&#234;me texte. Et notamment au 23 : &#171; il est effrayant de constater que les capacit&#233;s accrues de la technologie donnent &#224; ceux qui ont la connaissance, et surtout le pouvoir &#233;conomique d'en faire usage, une emprise impressionnante sur l'ensemble de l'humanit&#233; et sur le monde entier. Jamais l'humanit&#233; n'a eu autant de pouvoir sur elle-m&#234;me et rien ne garantit qu'elle s'en servira bien, surtout si l'on consid&#232;re la mani&#232;re dont elle est en train de l'utiliser. En quelles mains se trouve et pourrait se trouver tant de pouvoir ? Il est terriblement risqu&#233; qu'il r&#233;side en une petite partie de l'humanit&#233; &#187;. Naturellement ce qu'il d&#233;nonce ici, ce sont les puissants, selon lui mal intentionn&#233;s presque par d&#233;finition. Mais combien plus ce texte pourrait s'appliquer &#224; un pouvoir mondialis&#233; ! Car qu'il y aurait-il de plus technocratique qu'une telle autorit&#233; ? Technocratie m&#234;l&#233;e de compromis politiques &#224; haut niveau comme il se doit. Ainsi de l'id&#233;e de fixation mondiale d'un prix du carbone.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que cette demande d'une autorit&#233; mondiale retrouve sous des formes diff&#233;rentes un th&#232;me qui remonte &#224; Jean XXIII, relay&#233; ensuite par Beno&#238;t XVI. Dans &lt;i&gt;Pacem in Terris&lt;/i&gt; Jean XXIII disait (en 1963) au n&#176; 137 : &#171; de nos jours, le bien commun universel pose des probl&#232;mes de dimensions mondiales. Ils ne peuvent &#234;tre r&#233;solus que par une &lt;i&gt;autorit&#233; publique&lt;/i&gt; dont le pouvoir, la constitution et les moyens d'action prennent eux aussi des dimensions mondiales et qui puisse exercer son action sur toute l'&#233;tendue de la terre. &#187;. Mais en m&#234;me temps, ajoutait-il, &#171; il n'appartient pas &#224; l'autorit&#233; de la communaut&#233; mondiale de limiter l'action que les &#201;tats exercent dans leur sph&#232;re propre, ni de se substituer &#224; eux. &#187; &lt;i&gt;Caritas in Veritate&lt;/i&gt; de Beno&#238;t XVI a repris le th&#232;me cinquante ans apr&#232;s (en 2009), au n&#176; 67 : &#171; Pour le gouvernement de l'&#233;conomie mondiale, pour assainir les &#233;conomies frapp&#233;es par la crise [etc. &#8230;], pour assurer la protection de l'environnement et pour r&#233;guler les flux migratoires, il est urgent que soit mise en place une v&#233;ritable &lt;i&gt;Autorit&#233; politique mondiale&lt;/i&gt; telle qu'elle a d&#233;j&#224; &#233;t&#233; esquiss&#233;e par [&#8230;] Jean XXIII. Une telle Autorit&#233; devra &#234;tre r&#233;gl&#233;e par le droit, se conformer de mani&#232;re coh&#233;rente aux &lt;i&gt;principes de subsidiarit&#233; et de solidarit&#233;&lt;/i&gt;, &#234;tre ordonn&#233;e &#224; la r&#233;alisation du bien commun [&#8230;] Cette Autorit&#233; devra en outre &#234;tre reconnue par tous, &lt;i&gt;jouir d'un pouvoir effectif&lt;/i&gt; pour assurer &#224; chacun la s&#233;curit&#233;, le respect de la justice et des droits &#187;. Dans les deux cas, une d&#233;claration utopique un peu &#233;trange, qui ne tranche pas entre l'appel &#224; la d&#233;cision mondiale et le rappel soigneux de la n&#233;cessaire subsidiarit&#233;. Le pape Fran&#231;ois lui donne un tour particulier, plus concret, mais aussi bien plus technique, et surtout fort peu subsidiaire. Et il insiste avec beaucoup plus de force sur ce qu'il estime &#234;tre l'urgence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remarquons que ce th&#232;me de l'autorit&#233; mondiale est un de ses leitmotive. Ainsi dans &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; (2020), apr&#232;s une critique du r&#244;le jug&#233; &#233;triqu&#233; et d&#233;pass&#233; des nations (172) : &#171; le XXIe si&#232;cle est le th&#233;&#226;tre d'un &lt;i&gt;affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux&lt;/i&gt;, surtout parce que la dimension &lt;i&gt;&#233;conomique et financi&#232;re&lt;/i&gt;, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la &lt;i&gt;maturation d'institutions internationales&lt;/i&gt; devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner. [&#8230;] On devrait au moins inclure &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial&lt;/i&gt;, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Confort&#233;e par la pression des bases&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne veut toutefois pas dire que le pape n&#233;glige le niveau des bases. Mais dans sa d&#233;marche leur r&#244;le est tr&#232;s diff&#233;rent de l'approche subsidiaire classique. D'un autre c&#244;t&#233; en effet, le pape reprend dans ce m&#234;me &lt;i&gt;Laudate Deum&lt;/i&gt; des th&#232;mes qui lui sont familiers : l'opposition entre les puissants, g&#233;n&#233;ralement vus comme mal intentionn&#233;s et nocifs, et la base populaire, toujours saine, approche qu'en d'autres domaines on serait tent&#233; de situer comme populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un bout en effet, (13) &#171; malheureusement, la crise climatique n'est pas vraiment un sujet d'int&#233;r&#234;t pour les grandes puissances &#233;conomiques, soucieuses du plus grand profit au moindre co&#251;t et dans les plus brefs d&#233;lais possibles. &#187; (29) &#171; La d&#233;cadence &#233;thique du pouvoir r&#233;el est d&#233;guis&#233;e par le marketing et les fausses informations, qui sont des m&#233;canismes utiles aux mains de ceux qui disposent de plus de ressources afin d'influencer l'opinion publique &#187;. (31) &#171; La logique du profit maximum au moindre co&#251;t, d&#233;guis&#233;e en rationalit&#233;, en progr&#232;s et en promesses illusoires, rend impossible tout souci sinc&#232;re de la Maison commune et toute pr&#233;occupation pour la promotion des laiss&#233;s-pour-compte de la soci&#233;t&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tandis qu'&#224; l'autre bout, &#224; la base (38) &#171; &#224; moyen terme, la mondialisation favorise les &#233;changes culturels spontan&#233;s, une plus grande connaissance mutuelle et des chemins d'int&#233;gration des populations qui finissent par conduire &#224; un &lt;i&gt;multilat&#233;ralisme &#8216;d'en bas'&lt;/i&gt; et pas seulement d&#233;cid&#233; par les &#233;lites du pouvoir &#187;. (43) &#171; Dans ce cadre, des espaces de conversation, de consultation, d'arbitrage, de r&#233;solution des conflits et de supervision sont n&#233;cessaires, bref, une sorte de plus grande &#8216;&lt;i&gt;d&#233;mocratisation&lt;/i&gt;' dans la sph&#232;re mondiale pour exprimer et int&#233;grer les diff&#233;rentes situations &#187;. Il va m&#234;me jusqu'&#224; soutenir (58) que &#171; lors des conf&#233;rences sur le climat, les actions de groupes fustig&#233;s comme &#8216;radicalis&#233;s' attirent souvent l'attention. Mais ils comblent un vide de la soci&#233;t&#233; dans son ensemble qui devrait exercer une saine &#8216;pression' ; car toute famille doit penser que l'avenir de ses enfants est en jeu &#187;. Le rapprochement entre l'avenir de nos enfants et ceux qui sont souvent des milices d'extr&#234;me gauche violentes est ind&#233;niablement provocateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la limite principale de cette analyse n'est pas l&#224; : elle est dans le fait que, dans la r&#233;sistance aux mesures &#233;cologiques, on trouve tr&#232;s souvent dans la r&#233;alit&#233; des forces populaires, et ce n'est pas, ou pas seulement, parce qu'elles seraient manipul&#233;es, tant s'en faut ; c'est parce qu'elles sont bien plus affect&#233;es par ces mesures que les puissants, qui savent et peuvent s'adapter. Le pape ne para&#238;t pas int&#233;grer v&#233;ritablement un fait comme la r&#233;volte des gilets jaunes ; alors qu'en face, &#224; Davos, l'id&#233;e d'&#233;cologie ne fait aucun probl&#232;me, encore moins celle d'une gouvernance mondiale. En r&#233;alit&#233;, dans la pratique, si jamais cette id&#233;e de gouvernance mondiale &#233;cologique d&#233;bouchait, ce serait &#233;videmment avec les gens que Davos symbolise que cela se ferait (priv&#233;s ou publics) ; ceux que le pape conspue r&#233;guli&#232;rement &#8211; mais qu'il consulte aussi &#224; l'occasion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des perspectives limit&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut cependant admettre que dans les domaines qu'on vient d'&#233;voquer, l'effet de ces prises de positions pontificales sera a priori sinon n&#233;gligeable, du moins tr&#232;s limit&#233;. Sans avoir un &#233;cho massif, elles ont &#233;t&#233; aimablement salu&#233;es par des gens qui &#233;taient de toute fa&#231;on d'accord, communiant dans une doxa dominante qui tend bien plus &#224; admettre le r&#233;chauffement qu'&#224; le nier : le cri du pape ne fait que s'ajouter &#224; toutes ces voix partout pr&#233;sentes. Mais une occasion est perdue de rappeler un principe cher &#224; l'Eglise, et valable notamment en &#233;cologie, celui de subsidiarit&#233; (&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Il faut pourtant souligner l'importance majeure d'une &#233;cologie d&#233;centralis&#233;e (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la mise en place r&#233;elle d'une telle autorit&#233; mondiale, ses chances sont comme on sait tr&#232;s faibles dans le contexte g&#233;opolitique actuel, multipolaire, et a fortiori dans ce domaine o&#249; les int&#233;r&#234;ts sont tr&#232;s divergents. Cela ne veut pas dire que des actions ne sont pas possibles sur tel ou tel point, mais sans proportion avec la th&#233;matique ici &#233;voqu&#233;e. Ce n'est pas comme cela que la plan&#232;te sera sauv&#233;e, si elle peut et doit l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Corr&#233;lation avec le synode&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Similitude des proc&#233;d&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus troublante, et plus suggestive, est l'affinit&#233; que l'analyse peut mettre en &#233;vidence entre ce qui vient d'&#234;tre dit sur le climat, et le processus dit synodal. Dans ce dernier aussi, on rencontre en effet le m&#234;me double mouvement : d'un c&#244;t&#233;, l'exaltation des initiatives et consultations &#224; la base, mais selon un &lt;i&gt;modus operandi&lt;/i&gt; &#224; la repr&#233;sentativit&#233; limit&#233;e et encadr&#233; dans ses conclusions successives ; et le m&#234;me appel &#224; une mystique du peuple sous-jacente. Ce qui est suivi des r&#233;unions d'un synode qui travaille &#224; huis clos, selon des proc&#233;dures &#233;tranges. Le tout est mis sous l'&#233;gide de l'Esprit saint - sans que rien n'&#233;tablisse d'ailleurs que ce dernier, qui selon la Bible souffle o&#249; il veut, authentifie ce qu'on mettra sous son nom : la dynamique des groupes est une chose, le souffle de l'Esprit en est une autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de l'autre c&#244;t&#233;, on rencontrera surtout au terme du processus la d&#233;cision pontificale, souveraine. Le choix ultime appartiendra au pape, avec d'autant plus de libert&#233; pour agir que des id&#233;es diverses auront pu passer le stade ant&#233;rieur. On l'a vu avec le Synode sur l'Amazonie : cela va probablement se r&#233;p&#233;ter ici. L'enjeu a &#233;t&#233; tr&#232;s volontairement con&#231;u large ; l'&lt;i&gt;Instrumentum laboris&lt;/i&gt; remet sur la table de nombreux sujets auxquels le magist&#232;re ant&#233;rieur &#233;tait convaincu d'avoir apport&#233; des r&#233;ponses doctrinales. Cela dit, et &#224; l'exemple du Synode sur l'Amazonie comme de celui sur la famille, cela ne r&#233;sulte pas n&#233;cessairement d'un t&#233;l&#233;guidage, m&#234;me si certains comme le cardinal Zen le qualifient de manipulation. Il y a des chances au contraire que, comme dans les cas pr&#233;c&#233;dents, et selon sa m&#233;thode, le pape laisse s'exprimer une gamme de positions, passablement canalis&#233;es bien s&#251;r mais en partie excessives, comme des ballons d'essai, pour choisir ensuite le degr&#233; qui lui convient, qui va dans son sens sans cr&#233;er la d&#233;chirure qu'il redoute. On devra attendre 2025 pour avoir la r&#233;ponse finale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, la ressemblance avec le processus de gouvernance &#233;cologique est manifeste : conversations &#224; la base, d&#233;cisions souveraines en haut ; avec dans les deux cas la m&#234;me mise entre parenth&#232;ses des structures interm&#233;diaires, toutes deux d'ailleurs r&#233;guli&#232;rement marginalis&#233;es ou critiqu&#233;es par le pape : en l'esp&#232;ce, les nations d'un c&#244;t&#233;, le clerg&#233; de l'autre. Cela dit, il y a une diff&#233;rence &#233;vidente et majeure : dans le cas du synode, le pape est dans son domaine, et son discours est performatif. En revanche celui de l'&#233;cologie est hors de sa port&#233;e, et le discours est alors essentiellement - comme on dit &#8211; &#8216;proph&#233;tique'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Contenu id&#233;ologique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous met sur la piste d'un aspect important, qui concerne les id&#233;es. Cette fois, on pourrait presque dire que, entre les deux domaines &#233;voqu&#233;s, les m&#233;thodes sont oppos&#233;es. Dans les sujets externes, et notamment en &#233;cologie, c'est une forme de dogmatisme : il y a une seule v&#233;rit&#233; et on fustige les critiques ; on retrouve une approche quelque peu semblable avec les migrants. En mati&#232;re religieuse, c'est une strat&#233;gie inverse qui est mise en &#339;uvre, du fait que le stock de dogmes h&#233;rit&#233;s ne va pas toujours dans le sens voulu, et bloque. Dans ce cas, alors que le progressiste traditionnel, plus intellectuel, prenait ces &#233;l&#233;ments de doctrine de front et tentait de les &#233;carter ou de les remplacer, le pape Fran&#231;ois, lui, ne croit pas, en soi, &#224; l'approche dogmatique ou m&#234;me doctrinale, qu'il juge mutilante, la bonne d&#233;marche &#233;tant pour lui celle des processus (le temps sup&#233;rieur &#224; l'espace, la r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e etc.). D&#232;s lors, il contourne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re morale, la m&#233;thode s'appuie alors sur une forme de renouveau de la casuistique : le jugement moral cas par cas est le recours absolu par utilisation syst&#233;matique du terme de &#8216;discernement'. En &#8216;discernant', on peut cas par cas faire ce que la logique de la doctrine exclut, ce qui permet de contourner les effets jug&#233;s abrasifs du dogme moral, dans le cadre d'une culture qui est finalement celle de l'ambig&#252;it&#233; &#233;tudi&#233;e. Nous en avons plusieurs exemples : la fameuse note de bas de page de &lt;i&gt;Amoris Laetitia&lt;/i&gt; sur les divorc&#233;s remari&#233;s, ou plus r&#233;cemment la r&#233;ponse aux &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de certains cardinaux sur la b&#233;n&#233;diction des couples homosexuels. S'y ajoute l'usage d'un vocabulaire lui aussi flou ou ambigu, dont les mots synode ou voie synodale sont de bons exemples. En un sens, cela vise aussi la nature m&#234;me du synode en cours, qui se pr&#233;sente comme synode d'&#233;v&#234;ques, alors qu'il ne l'est plus vraiment dans sa logique &#8211; et qu'il n'a pas grand-chose &#224; voir avec les synodes des Eglises orientales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre domaine, on peut trouver une analogie entre ce proc&#233;d&#233; et ce qu'on constate dans le dialogue interreligieux. D'un c&#244;t&#233;, des palabres &#224; la base, sympathiques sans doute, mais de peu d'effet autre que la rencontre entre personnes ; de l'autre, le rapport direct du pape avec le Grand Imam d'Al-Azhar, d&#233;bouchant sur des d&#233;clarations communes, floues et parfois th&#233;ologiquement bizarres (la pluralit&#233; des religions suppos&#233;e voulue par Dieu, si on en croit le document final). Et le pape ne manque pas une occasion dans ses textes majeurs d'en appeler &#224; toutes les religions, de fait mises sur le m&#234;me plan, sans que cela donne lieu l&#224; aussi &#224; une quelconque explicitation doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre de 2019, &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; (&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb3&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Ce livre est pr&#233;sent&#233; ici https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&#034; id=&#034;nh3&#034;&gt;3&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), je soulignais la remarquable continuit&#233; et coh&#233;rence du d&#233;veloppement doctrinal catholique ant&#233;rieur, authentifi&#233; par le magist&#232;re. Mais je relevais &#224; la fin : &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme &#187;. Nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous trouvons donc devant des paradoxes. Le pape para&#238;t admettre sans sourciller l'autorit&#233; des scientifiques, exigeant une mise en &#339;uvre prompte et efficace de leurs pr&#233;conisations, au niveau international. Mais il s'inqui&#232;te de l'usage excessif de l'enseignement moral de l'Eglise (les dogmes moraux utilis&#233;s, dit-il, comme des pierres qu'on lance aux gens) ; il ne le modifie pas frontalement (peine de mort mise &#224; part&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb4&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;La seule exception qu'a assum&#233;e le pape &#224; ce proc&#233;d&#233; de contournement du (&#8230;)&#034; id=&#034;nh4&#034;&gt;4&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;), mais il donne sur les points d&#233;licats diverses m&#233;thodes ou indications pour en pratique le contourner, quitte &#224; assumer ce qu'il faut bien appeler une incoh&#233;rence de fait avec les principes. De m&#234;me, par ailleurs, il souligne sans cesse les richesses des religions diverses, contrastant avec le cl&#233;ricalisme end&#233;mique qui empesterait semble-t-il la sienne, et para&#238;t s'accommoder de cette pluralit&#233; peu compatible avec la doctrine. Et dans un autre domaine, il exalte la suppos&#233;e bonne sant&#233; morale et religieuse des masses, et fustige l'&#233;go&#239;sme des puissants en proie &#224; un paradigme technocratique paralysant ; mais c'est pour recommander une approche mondialis&#233;e qui aboutirait naturellement &#224; une emprise sans pr&#233;c&#233;dent de ces puissants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a en fait au fond &#224; tout cela des &#233;l&#233;ments communs et convergents. L'un est &#224; l'&#233;vidence cette exaltation de bien des id&#233;es et th&#233;matiques dominantes de l'&#233;poque, et plus g&#233;n&#233;ralement de ce qui est en dehors de l'Eglise, qui paraissent jouir d'un a priori syst&#233;matique de sympathie, soit pour les approuver tels quels (comme l'&#233;cologie), soit pour les &#233;couter et leur donner une place, ainsi en mati&#232;re de m&#339;urs. Comme si l'Esprit saint parlait d&#233;sormais essentiellement &#224; travers le monde. L'autre &#233;l&#233;ment est le go&#251;t prononc&#233; pour les m&#233;thodes autoritaires, apr&#232;s un foisonnement &#224; la base qui est ensuite arbitr&#233; par en-haut ; mais o&#249; tout ce qui est interm&#233;diaire tend &#224; s'effacer dans l'insignifiance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque de ces processus par glissade, que le pape souhaite contr&#244;l&#233;s, est qu'on ne s'y retrouve plus : ce qui est retenu par les uns est une forme de rupture bienvenue ; par les autres, un blanc-seing donn&#233; aux id&#233;es de l'&#233;poque, ou un appui donn&#233; de fait &#224; des forces dangereuses. Un peu de clarification et de coh&#233;rence s'imposerait. Et un peu plus de subsidiarit&#233; vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru (avec un texte l&#233;g&#232;rement diff&#233;rent) dans&lt;/i&gt; Politique magazine. &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/ecologie-autoritaire-et-synodalite-controlee-les-approches-particulieres-du-pape-francois/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce texte est analys&#233; ici : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Laudate-Deum-un-cri-d-alerte-dans-la-ligne-de-Laudato-si.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Lauda...&lt;/a&gt;. Naturellement il contient bien d'autres choses que les passages cit&#233;s ici.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Il faut pourtant souligner l'importance majeure d'une &#233;cologie d&#233;centralis&#233;e et de subsidiarit&#233;. J'ai &#233;voqu&#233; dans un article les intuitions tr&#232;s fortes de Roger Scruton sur ce point &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Une-perspective-differente-Scruton-et-l-ecologie-conservatrice.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Une-p...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb3&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh3&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 3&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;3&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Ce livre est pr&#233;sent&#233; ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb4&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh4&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 4&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;4&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;La seule exception qu'a assum&#233;e le pape &#224; ce proc&#233;d&#233; de contournement du dogme sans remise en cause est le changement explicite d'enseignement qu'il a propos&#233; ant&#233;rieurement sur la peine de mort : c'est sans doute parce qu'il ne changeait rien pour les fid&#232;les en pratique &#8211; m&#234;me si, sur le plan des principes, cela pose comme on sait de s&#233;rieux probl&#232;mes de coh&#233;rence avec l'enseignement pass&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Voir mon &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Fraternite-nation-et-guerre-juste-Reflexions-a-partir-de-l-encyclique-Fratelli.html</link>
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		<dc:date>2021-09-05T14:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Traditionis custodes : la mauvaise m&#233;thode </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Traditionis custodes</dc:subject>
		<dc:subject>Rite extraordinaire</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le motu proprio du pape Fran&#231;ois Traditionis custodes sur la liturgie a fait couler d&#233;j&#224; beaucoup d'encre. J'y ajoute n&#233;anmoins ces quelques r&#233;flexions, notamment en r&#233;ponse &#224; ce que j'ai lu ici ou l&#224;. Cela concerne notamment le rapport &#224; Vatican II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le motu proprio du pape Fran&#231;ois &lt;i&gt;Traditionis custodes&lt;/i&gt; sur la liturgie a fait couler d&#233;j&#224; beaucoup d'encre. J'y ajoute n&#233;anmoins ces quelques r&#233;flexions, notamment en r&#233;ponse &#224; ce que j'ai lu ici ou l&#224;. Attach&#233; &#224; la liturgie antique, dans laquelle j'ai retrouv&#233; la foi, je vais souvent aussi &#224; des messes dans la nouvelle et ne me sens nullement enferm&#233; dans une quelconque chapelle. Je n'en ai pas moins &#233;t&#233; interloqu&#233; par ce texte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord clair qu'en l'esp&#232;ce et contrairement &#224; ce qu'on dit ici ou l&#224; l'analyse de fond de Beno&#238;t XVI diff&#232;re radicalement de celle de Fran&#231;ois. Pour le premier la liturgie dite tridentine (en fait bien plus ancienne) n'a jamais &#233;t&#233; abrog&#233;e et constitue un tr&#233;sor &#224; valeur permanente. D'o&#249; le terme de forme extraordinaire. Cela n'a donc rien &#224; voir avec une parenth&#232;se mis&#233;ricordieuse. Cela dit, il demandait non seulement la reconnaissance de la validit&#233; de Vatican II et du rite actuel, qu'il appelait forme ordinaire ; mais aussi l'enrichissement mutuel des deux formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fran&#231;ois, lui, tol&#232;re ce rite l&#224; o&#249; il existe, si l'&#233;v&#234;que le permet, mais il vise clairement son extinction. La diff&#233;rence est donc fondamentale, ce qui rare de fa&#231;on aussi explicite entre deux papes qui se succ&#232;dent (il faut sans doute remonter au Moyen Age pour avoir l'&#233;quivalent). Le motif avanc&#233; est double : d'un c&#244;t&#233; un rejet suppos&#233; de Vatican II, et de l'autre dit-on la construction d'une Eglise de fait s&#233;par&#233;e. Ce constat peut invoquer des r&#233;alit&#233;s ici ou l&#224;, mais il a trois d&#233;fauts graves. D'abord il ne vaut que pour certains fid&#232;les ou pr&#234;tres, et encore partiellement : &#224; mon sens et dans mon exp&#233;rience personnelle certainement pas pour une majorit&#233; des fid&#232;les concern&#233;s. Ensuite il ne reconna&#238;t nulle part les bienfaits pourtant observables et appr&#233;ciables du rite, y compris en termes missionnaires. Enfin il para&#238;t identifier ce rite, et la spiritualit&#233; ou la discipline qui y sont li&#233;es dans l'esprit des fid&#232;les, avec le rejet de Vatican II.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est fondamental. La question ici est de savoir si apr&#232;s ce concile et la vague de changement op&#233;r&#233;s en s'en r&#233;clamant, les fid&#232;les sont tenus de s'aligner sur ces choix en coupant toute r&#233;f&#233;rence aux rites et pratiques ant&#233;rieurs. Or comme Beno&#238;t XVI l'a fait remarquer, la r&#233;forme liturgique a &#233;t&#233; d'une radicalit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent. Il y a trop de diff&#233;rences entre les deux dans l'esprit et la lettre pour qu'on puisse pr&#233;tendre que chacun puisse trouver dans le nouveau rite, surtout comme il est pratiqu&#233;, tout ce qu'on trouvait dans l'ancien. Il est d&#232;s lors l&#233;gitime que des fid&#232;les puissent demander l'usage de cet ancien rite, parce qu'ils s'y retrouvent et y puisent la spiritualit&#233; que le nouveau ne leur donne pas ou pas au m&#234;me degr&#233; ; par ailleurs ce rite ant&#233;rieur n'a pas &#233;t&#233; abrog&#233;. Il en est de m&#234;me pour le cat&#233;chisme ou d'autres &#233;l&#233;ments de pratique religieuse. Cela d'autant plus que la r&#233;forme liturgique de 1969 va bien au-del&#224; de ce que demandait la constitution conciliaire sur la liturgie. On aurait parfaitement pu appliquer celle-ci par une r&#233;forme bien plus mod&#233;r&#233;e, probablement plus fid&#232;le au texte, qui aurait gard&#233; l'essentiel du rite alors existant. Dans ce cas la demande d'une continuit&#233; aurait eu moins de sens. Le fait est qu'on a choisi une interpr&#233;tation radicale : c'est concevable ; mais il faut alors admettre que la place existe pour la fid&#233;lit&#233; de certains &#224; la formule ant&#233;rieure, qui date rappelons-le dans ses traits essentiels de plus de 14 si&#232;cles pendant lesquels elle a nourri toute la vie de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue la formule retenue par le pape pr&#233;c&#233;dent dans son motu proprio &#233;tait tout &#224; fait judicieuse, avec sa distinction entre une forme ordinaire et une forme extraordinaire dans un m&#234;me rite. On objecte qu'il y a toujours eu unit&#233; de rite. Outre que c'est faux (rites orientaux, rites ambrosien, mozarabe, dominicain etc.), il n'y a pas non plus de pr&#233;c&#233;dent au bouleversement de 1969. On dit que les fid&#232;les n'ont pas &#224; choisir leur rite ; mais outre que l'int&#233;r&#234;t de pr&#233;voir deux formes dans le m&#234;me rite romain r&#233;pond juridiquement &#224; cette question, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale les fid&#232;les sont libres de se ressourcer dans une spiritualit&#233; plut&#244;t qu'une autre : tiers-ordre dominicain, carme ou franciscain, communaut&#233;s nouvelles, oblatures monastiques etc. Et donc logiquement qu'ils suivent un rite et des r&#233;f&#233;rences correspondant &#224; cette spiritualit&#233;, en l'esp&#232;ce pour simplifier plus verticaux, plus sensibles &#224; la transcendance, plus conscients des fins derni&#232;res, etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce r&#233;gime a obtenu de tr&#232;s bons r&#233;sultats &#224; mon sens, dans une bonne partie des cas. Avec deux limites : l'une, qui est cette minorit&#233; qui refuse au moins de fait la validit&#233; de Vatican II et de la messe en forme ordinaire ; or cette option est inacceptable. La reconnaissance de la validit&#233; de Vatican II comme concile est incontournable, comme de la validit&#233; du rite actuel. Encore faut-il distinguer le concile et son suppos&#233; esprit : comme le rappelait Beno&#238;t XVI, le concile doit &#234;tre lu dans la continuit&#233; de l'Eglise, et dans ses textes. Il faut en outre distinguer la fid&#233;lit&#233; &#224; l'Eglise, y compris au concile, qui devrait aller de soi, avec un accord &#224; donner sur tout ce qui a &#233;t&#233; fait &#224; partir de l&#224;, toutes les interpr&#233;tations, et plus g&#233;n&#233;ralement tout ce qui s'est pass&#233; depuis et se passe actuellement, et qui va dans tous les sens : cet accord n'a pas &#224; &#234;tre exig&#233; - sauf d&#233;cision imp&#233;rative du magist&#232;re. Le concile a bon dos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une question qu'on relie &#224; celle-ci et qui a mis le feu aux poudres est celle de la conc&#233;l&#233;bration : l'ancien rite ne la pr&#233;voyait pas sauf cas tr&#232;s particuliers. Si un pr&#234;tre consid&#232;re la conc&#233;l&#233;bration comme non valide en soi, &#224; mon sens il s'exclut de lui-m&#234;me. En revanche, dans le cadre du rite ant&#233;rieur, il est normal qu'il ne la pratique pas. Reste le cas des conc&#233;l&#233;brations &#224; sens eccl&#233;sial, comme la messe chrismale. A vrai dire, je comprends mal ceux des pr&#234;tres &#8216;tradis' qui les refusent. Quels que soit leurs arguments en termes de rite, le geste de coupure que cela implique ou qui est per&#231;u comme tel est tr&#232;s mal venu. Mais de l&#224; &#224; les anath&#233;miser, il y a un pas. Sur tous ces points, le r&#244;le de l'&#233;v&#234;que est tr&#232;s important, avec l'aide de tous. Il en est de m&#234;me pour une question essentielle : la n&#233;cessit&#233; de cultiver le sens de l'Eglise, qui doit habiter les deux formes et leurs fid&#232;les : ni refus de ceux qui ne pensent pas comme vous, ni ignorance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre limite du motu proprio pr&#233;c&#233;dent a &#233;t&#233; l'enrichissement mutuel des rites, qui &#233;tait attendu, mais s'est peu observ&#233;. Dans le cas de l'extraordinaire, le point central ici a &#233;t&#233; l'incoh&#233;rence du Vatican. Si en effet il y a une forme extraordinaire vivante, permanente, elle ne peut rester fig&#233;e sur les livres de 1962. Elle doit donc &#233;voluer, ne serait-ce qu'en introduisant les nouveaux saints proclam&#233;s par l'Eglise, en permettant des pr&#233;faces plus vari&#233;es etc. Mais en en gardant l'esprit, et donc l'essentiel de la lettre. Or contrairement &#224; ce que dit Mgr Batut dans le Figaro, ce blocage ne provient pas principalement du refus des fid&#232;les, mais de l'absence d'autorisation de Rome. On est en revanche plus l&#233;gitime en demandant &#224; chaque c&#244;t&#233; de s'inspirer des vertus de l'autre forme du rite ; mais cela n'implique pas unification arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y avait donc motif &#224; une nouvelle &#233;tape, avec renforcement du r&#244;le des &#233;v&#234;ques, et activation de l'instance romaine en charge de la question, pour un r&#244;le plus proactif dans les deux cas, et appel aux fid&#232;les &#224; l'appui. Mais pas pour ce texte tristement partial, d&#233;pourvu de mis&#233;ricorde et m&#234;me violent, qu'est le nouveau motu proprio. Le pape Fran&#231;ois nous avait habitu&#233;s &#224; un autre discours : importance de la mis&#233;ricorde, souci de l'&#233;coute et notamment des p&#233;riph&#233;ries etc. Fort heureusement, bien des &#233;v&#234;ques, et notre conf&#233;rence &#233;piscopale, ont reconnu le besoin d'apaisement. Il d&#233;pend donc d&#233;sormais de tous que cette situation soit v&#233;cue le moins mal possible, voire si possible en en tirant du bien, avec l'aide de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ajout du 25 janvier 2022&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point essentiel est l'usage contestable du terme &#8216;unicit&#233;', notamment celle du rite romain. On confond la mesure par laquelle un tel rite est reconnu comme le rite normal d'un partie (tr&#232;s majoritaire) de l'Eglise latine avec l'id&#233;e qu'il ne doit exister qu'une seule forme de ce rite. Or d'une part il y a toujours eu plusieurs formes du rite romain (usages anciens, congr&#233;gations religieuses, etc.) ; et d'autre part la radicalit&#233; de la r&#233;forme introduite par Paul VI (au-del&#224; des demandes du Concile) en faisait ce qui pourrait &#234;tre justement consid&#233;r&#233; comme un autre rite. Si ce rite n'avait que modifi&#233; ici ou l&#224; le pr&#233;c&#233;dent (enrichissement des lectures, simplifications etc.) dans la logique du Concile, le probl&#232;me ne se serait pas pos&#233;. Mais l'ampleur des diff&#233;rences est telle qu'il n'est pas possible de consid&#233;rer que c'est la m&#234;me r&#233;alit&#233; simplement ajust&#233;e. Notamment, cela implique que les r&#233;alit&#233;s spirituelles et rituelles qu'ils manifestent sont diff&#233;rentes. Et comme la pr&#233;c&#233;dente ne peut perdre sa valeur, ni ne peut &#234;tre abrog&#233;e (comme l'a soulign&#233; Beno&#238;t XVI) elle repr&#233;sente un tr&#233;sor pour l'Eglise, irrempla&#231;able, &#224; c&#244;t&#233; &#233;videmment de la nouvelle avec ses m&#233;rites propres. C'est tr&#232;s exactement ce que le pape &#233;m&#233;rite avait voulu traduire dans sa formulation en distinguant dans un m&#234;me rite romain une forme ordinaire et une extraordinaire. Il aurait fallu donc aller encore plus loin et notamment enrichir le rite extraordinaire, comme d'ailleurs la CDF avait commenc&#233; &#224; le faire. Pas le traquer comme une menace. Les mesures disciplinaires &#224; l'&#233;gard de ceux qui refusent tel ou tel signe jug&#233; essentiel de communion sont une autre question.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Catholicisme : Du bon usage du magist&#232;re </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re catholique n'a pas de sens s'il n'est pas pris au s&#233;rieux et suivi, au moins par les plus engag&#233;s et les plus fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sortie de l'encyclique Fratelli tutti, apr&#232;s d'autres textes, donne &#224; la question un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ? Et au fond, &#224; quoi nous engage ce magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; abord&#233; cette question dans &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ?&lt;/i&gt; (2018). Mais la sortie de l'encyclique &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, apr&#232;s d'autres textes, lui donne un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique fid&#232;le, qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques faits de base. Le point central est que le magist&#232;re n'a d'autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (c'est-&#224;-dire de morale). Pas de fait, de v&#233;rit&#233; scientifique, ou de choix prudentiel dans une situation donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point important est la distinction que fait le magist&#232;re lui-m&#234;me entre trois niveaux d'autorit&#233; (Code de droit canonique, canons 747 sqq.). Deux d'entre eux rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; : c'est d'abord le magist&#232;re extraordinaire du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique ; puis le magist&#232;re ordinaire universel des &#233;v&#234;ques et du pape, dans leur enseignement permanent. Et l&#224; il faut que le caract&#232;re d'infaillibilit&#233; soit clairement &#233;tabli : comme il est dit, &#171; aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Mais si c'est le cas, l'adh&#233;sion pleine du fid&#232;le est demand&#233;e, car elle fait partie int&#233;grante de la foi. Il y a ensuite un troisi&#232;me niveau (canon 752 du Code), qui est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : dans ce cas, ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. L'adh&#233;sion demand&#233;e n'est alors pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [&lt;i&gt;obsequium&lt;/i&gt;] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. On peut ajouter enfin un dernier niveau, encore en de&#231;&#224;, qui est l'enseignement courant des &#233;v&#234;ques : il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y adh&#233;rer avec une &#171; r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;. On aurait donc tort de consid&#233;rer que tout ce que disent le pape ou les &#233;v&#234;ques doit &#234;tre automatiquement re&#231;u tel quel : il y a une claire hi&#233;rarchie, et si le respect confiant et l'&#233;coute sont toujours demand&#233;s, le degr&#233; d'adh&#233;sion final varie consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que si cet enseignement &#233;tait immuable, la question du magist&#232;re ne se poserait pas. Mais comme on sait, il fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. La conception orthodoxe de ce d&#233;veloppement (voir ici mon &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; Lethielleux-Art&#232;ge 2018) est qu'il s'agit du d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans ce qu'on appelle le &#171; d&#233;p&#244;t de la foi &#187;, issu de la R&#233;v&#233;lation et transmis &#224; travers les Ecritures et la Tradition. Ce n'est donc pas une innovation sur le fond, car il n'y a pas de nouvelle r&#233;v&#233;lation divine. Le magist&#232;re est l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise, d&#233;velopp&#233;s au fil des questions et de la r&#233;flexion certes, mais contenus potentiellement dans ces pr&#233;misses ; cela n'a rien &#224; voir avec le r&#244;le d'un gourou qui d&#233;ciderait arbitrairement la ligne du moment. Cela n'a rien &#224; voir non plus avec l'action d'un parlement qui change des lois lorsqu'il le juge bon. Il s'en d&#233;duit logiquement que ces d&#233;veloppements ne peuvent pas contredire les enseignements pr&#233;c&#233;dents s'ils sont d&#233;finitifs. Et c'est logique : pourquoi suivre un magist&#232;re qui proclamerait ce qu'il pr&#233;senterait comme des v&#233;rit&#233;s, mais qui se contredirait au fil du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va quelque peu diff&#233;remment du &#171; magist&#232;re authentique &#187;, qui n'est pas d&#233;finitif. Des fluctuations sont alors possibles, s&#251;rement dans l'expression, mais &#233;ventuellement aussi dans le contenu des enseignements en question. En effet, si des affirmations rel&#232;vent r&#233;ellement du magist&#232;re, elles contiennent des &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; essentiels ; mais il est parfaitement possible hors infaillibilit&#233; (et notamment au niveau du magist&#232;re authentique), que ces &#233;l&#233;ments restent partiels, ou insuffisamment exprim&#233;s, ou accompagn&#233;s d'erreurs de fait. Dans ce m&#234;me livre je discerne des cas historiquement constat&#233;s d'affirmations qui ont &#233;t&#233; nuanc&#233;es ou corrig&#233;es par la suite. C'est lorsqu'elles ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, et donc sans effectuer une synth&#232;se suffisante. Ou, plus fr&#233;quemment, si elles s'appuyaient en r&#233;alit&#233; sur des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et d&#232;s lors transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques, appr&#233;ciations de situation etc.). C'est ce que nous reverrons plus en d&#233;tails. Dans les faits cependant, comme je l'ai montr&#233; dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement visant soigneusement &#224; la coh&#233;rence, et o&#249; les points d'inflexion sont peu nombreux et explicables, il est peu douteux que les fid&#232;les peuvent avoir le sentiment d'&#233;volutions beaucoup plus significatives dans ce que leurs pasteurs leur disent, surtout depuis soixante ans, d'autant que de nombreuses voix, m&#234;me &#224; niveau &#233;lev&#233;, tendent &#224; accr&#233;diter une interpr&#233;tation &#233;volutive du magist&#232;re. C'est notamment le cas avec l'enseignement du pape Fran&#231;ois, m&#234;me si de nombreuses voix non moins autoris&#233;es soulignent au contraire sa continuit&#233; avec l'enseignement ant&#233;rieur. Avant d'&#233;voquer ces questions plus en d&#233;tails, il est important de relever que les points en question ne se situent que rarement au c&#339;ur de la doctrine traditionnelle, et dans ce cas pas de fa&#231;on nette (ainsi la fameuse note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;). En fait il s'agit bien plus de questions &#224; la fronti&#232;re de la r&#233;flexion morale et du choix politique ou &#233;conomique, comme les migrations, la peine de mort ou la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci souligne d'autant plus le besoin d'une r&#233;flexion claire et lucide sur les limites du magist&#232;re dans ces mati&#232;res, ce qui sera notre sujet ici. Ajoutons que la probl&#233;matique est en l'esp&#232;ce color&#233;e par l'insistance du pape Fran&#231;ois sur une approche pastorale, visant &#224; mettre en mouvement les chr&#233;tiens, et &#224; lancer des processus &#233;volutifs, plus que sur une &#233;laboration doctrinale pr&#233;cise, dont il craint les effets bloquants. Ce qui peut conduire &#224; un effet de flou doctrinal. On sait en effet que le pape Fran&#231;ois s'est souvent montr&#233; m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale : il la per&#231;oit parfois comme un carcan, que des personnes peu mis&#233;ricordieuses instrumentalisent (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple, qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. On comprend bien s&#251;r ce souci. Mais l'inconv&#233;nient d'un tel positionnement est qu'il risque de jeter le trouble, sans donner de r&#233;ponse claire, surtout quand le pape ne r&#233;pond pas avec la clart&#233; voulue aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; des quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Et cela tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que la doctrine change. Sachant que le pape Fran&#231;ois n'a en r&#233;alit&#233; jamais remis en cause la validit&#233; de l'approche doctrinale en soi, ni la permanence de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question clef de la limite entre morale et savoir profane : le cas de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la question du degr&#233; d'autorit&#233; des d&#233;clarations du magist&#232;re, se pose la question de ses limites, et notamment de ce qui sort du champ de la loi et des m&#339;urs. On l'a dit, par exemple, les questions scientifiques et techniques sont en principe exclues du champ du magist&#232;re. Mais o&#249; est la limite exacte entre les deux ? J'ai examin&#233; en d&#233;tails ce point dans le cas de l'&#233;conomie (revue &#8216;&lt;i&gt;Sedes Sapientiae&lt;/i&gt;' au N&#176; 147 mars 2019). La difficult&#233; vient du fait que tout jugement moral comporte une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; et un tel examen inclut tr&#232;s souvent, et de fa&#231;on parfois essentielle, une dimension technique ou scientifique. Il en r&#233;sulte qu'il est presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension morale, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il ne l'est a priori pas (&lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; nous le rappelle d'ailleurs, &#224; propos des donn&#233;es &#233;cologiques). Il est donc n&#233;cessaire de tenter de pr&#233;ciser cette limite. Ajoutons que cela peut donner un &#233;clairage sur le d&#233;veloppement de la doctrine, car ces &#233;nonciations d&#233;pendent en partie de notions scientifiques et techniques, ou encore de perceptions sociales qui sont l&#233;gitimement en &#233;volution. Cela m&#234;me si les exigences proprement &#233;thiques d&#233;gag&#233;es par le magist&#232;re doivent garder leur valeur dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, j'ai propos&#233; quatre exemples o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre vu comme un changement doctrinal ou &#224; une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure, m&#234;me s'il y a &#224; mon sens en r&#233;alit&#233; continuit&#233; dans le jugement moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple, de loin le plus important, est l'usure (au sens ancien de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t). On est en effet pass&#233; d'une condamnation abrupte autrefois &#224; une acceptation de fait et en partie de droit - m&#234;me si on n'a pas de texte clair et d&#233;finitif sur le sujet. On pr&#233;tend parfois qu'on a proc&#233;d&#233; par multiplication des exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne d'interdiction, au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas, mais sans la faire dispara&#238;tre. Mais ce n'est pas coh&#233;rent avec la pratique actuelle, qui accepte sans r&#233;serve le principe de l'int&#233;r&#234;t ; en outre, il me para&#238;t que l'analyse met en &#233;vidence les erreurs de l'approche ancienne, notamment par insuffisance de l'analyse technique. On avait certes raison de reconna&#238;tre que l'argent en soi n'est pas f&#233;cond, et qu'il doit &#234;tre au service de l'initiative et du travail humains ; mais on n'avait pas per&#231;u que l'argent m&#234;me pr&#234;t&#233; pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un capital qui a une capacit&#233; r&#233;elle &#224; contribuer &#224; la cr&#233;ation de richesse. Avec de l'argent m&#234;me emprunt&#233;, un entrepreneur peut cr&#233;er plus de richesse que sans. Ce pr&#234;t peut d&#232;s lors l&#233;gitimement &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en toute justice. Dans ce cas, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, et elle ne rel&#232;ve pas de la morale, ni de la R&#233;v&#233;lation. Dit autrement, dans les condamnations de l'&#233;poque la v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, &#233;tait m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes. Et bien &#233;videmment il n'est pas choquant qu'un fait technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si le principe moral subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. La recommandation qu'a faite l'Eglise du r&#233;gime corporatiste (notamment sous Pie XI) &#233;tait fond&#233;e en d&#233;finitive sur le besoin de prise en charge du bien commun, notamment par la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, en l'esp&#232;ce au sein des professions. Ce sont comme telles des exigences morales permanentes. En revanche le choix pr&#233;cis du corporatisme comme technique d'organisation sociale rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation politique ou technique, ce qu'on appelle un choix prudentiel, comme tel hors du champ de l'&#233;nonciation de principes moraux, et donc hors du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour un passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (de Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. L&#224; aussi, le principe moral &#233;tait clair et peu contestable : il faut en tant que de besoin qu'un march&#233; soit encadr&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Mais le texte &#233;tait plus pr&#233;cis et envisageait un certain type de d&#233;marche : un dispositif international, avec r&#233;gulation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est d&#233;fendable, mais elle ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, et on peut douter qu'elle doit praticable au niveau international. En tout cas elle ne rel&#232;ve pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence au N&#176; 171 ce qu'on appelle le march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoirs publics. Mais ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme, et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Naturellement on peut contester la pertinence de la mise en place de tels droits n&#233;gociables sur un march&#233;. Mais une telle option n'est pas immorale. L&#224; aussi, si la pr&#233;occupation morale de r&#233;gulation des &#233;missions est fond&#233;e, le jugement n&#233;gatif port&#233; par l'encyclique sur cette technique ne para&#238;t pas faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il y a bien une distinction &#224; faire entre deux champs : celui d'abord de l'exigence morale, qui rel&#232;ve du magist&#232;re, impliquant une forme de soumission intellectuelle du fid&#232;le - sous r&#233;serve de la possible remise en cause si on est hors du champ de l'infaillibilit&#233;, mais dans ce cas c'est apr&#232;s examen attentif et motifs tr&#232;s solides. Et il y a ensuite la constatation de situation ou de faits, l'analyse technique, et le choix de solutions : dans ces cas, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. Sachant que bien s&#251;r le respect et l'&#233;coute s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique, o&#249; les sujets sont plus d&#233;licats et o&#249; jugement moral et jugement de fait tendent &#224; se m&#234;ler plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le champ politique et les prises de position du pape Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle encyclique du pape Fran&#231;ois, sortie le 4 octobre 2020, &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, pose quelques probl&#232;mes &#224; ce sujet. Il est &#233;vident qu'on ne parle pas ici d'infaillibilit&#233; ; on est tout au plus dans ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit que ce dernier implique reste une exigence forte. Qu'en dire dans le cas de cette encyclique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment dans ce texte une inspiration de fond, fond&#233;e sur la foi et l'exigence du bien, qui est non seulement bienvenue, mais magnifique, comme je l'ai relev&#233; par ailleurs. C'est le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; entre tous les hommes, qui est un message chr&#233;tien fondamental. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement dans la ligne de l'exigence &#233;vang&#233;lique, ainsi d'ailleurs que de la pens&#233;e classique. Mais en m&#234;me temps le pape m&#234;le ce rappel essentiel avec des conceptions politiques qui lui sont particuli&#232;res, et qui ne paraissent pas relever du champ du magist&#232;re. Prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations d'abord. Le pape para&#238;t soutenir un droit absolu de tout migrant &#224; aller s'installer l&#224; o&#249; il veut afin de chercher une vie meilleure. On d&#233;passe ici largement le cas du r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et s'enfuit dans le pays le plus proche. On note en outre que dans ce texte (contrairement &#224; d'autres d&#233;clarations du pape, mais de bien moindre autorit&#233; qu'une encyclique), aucun r&#244;le n'est reconnu &#224; la communaut&#233; nationale d'accueil pour r&#233;guler cette entr&#233;e (sinon par le respect des droits des habitants ant&#233;rieurs). L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; la prot&#233;ger d'une arriv&#233;e massive de nouveaux venus qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. Plus largement, l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; politique organis&#233;e, avec une autorit&#233; &#224; sa t&#234;te, est de fait absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer ; en tout cas ce n'est pas par une organisation politique sp&#233;cifique &#224; cette communaut&#233;. D'autant que pour le pape d'ailleurs, m&#234;me l'id&#233;e de peuple est &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre juste ensuite. Le pape nous explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore d&#233;velopp&#233;e et enseign&#233;e dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique. Il condamne en outre la dissuasion nucl&#233;aire dans son principe : la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e. A cela s'ajoute une vision quelque peu ir&#233;nique de la vie internationale : une confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort. Dans le prolongement de sa d&#233;cision ant&#233;rieure de modifier le cat&#233;chisme sur ce point, le pape laisse entendre que la doctrine ant&#233;rieure, qui admettait sa possibilit&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la conception que nous avons de la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie. Non seulement il para&#238;t &#233;vacuer ici l'enseignement traditionnel, mais il n'examine pas ses arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la religion enfin. L'essentiel du texte porte sur la fraternit&#233;, et il peut &#234;tre compris sans religion (m&#234;me si bien s&#251;r il se r&#233;f&#232;re &#224; des textes chr&#233;tiens). En revanche, &#224; la fin, le pape explique d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, et donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que cette croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le consid&#233;rable donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar. Ce qui pose deux s&#233;ries de questions consid&#233;rables. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela croire en Dieu ? Car une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas, ou mal. D'un autre c&#244;t&#233; et surtout, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam sur ce point. Dans le cas de la violence, l'affirmation est surprenante (mais retrouve des propos ant&#233;rieurs du pape). La simple lecture du Coran et l'examen de la pratique musulmane, prouvent pourtant que la r&#233;alit&#233; est notablement diff&#233;rente : une de ces religions, le christianisme, a pu &#234;tre violente mais c'&#233;tait malgr&#233; ses textes, et il ne s'est pour l'essentiel pas r&#233;pandue par ce moyen. L'autre, l'islam, recommande la violence et la guerre au service de la religion, tant dans ses textes que dans sa pratique constante ; et elle s'est r&#233;pandue en grande majorit&#233; par la guerre. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter d'autres d&#233;s&#233;quilibres dans le texte, notamment par omission. Par exemple, les doctrines et d&#233;rapages politiques qui y sont d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans motifs d'ailleurs). Mais on ne trouve rien sur d'autres d&#233;rives majeures de la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, celle de ce que les papes pr&#233;c&#233;dents appelaient la culture de mort. On ne trouve par exemple rien dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comme c'est fr&#233;quent chez le pape Fran&#231;ois, tout ce qui est &#233;conomique (&#233;conomie de march&#233;) est pr&#233;sent&#233; sous un jour n&#233;gatif (sauf cinq lignes sur la noble vocation de l'entrepreneur). En soi ce que le pape d&#233;nonce correspond trop souvent &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais peut-on consid&#233;rer que l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s se r&#233;duisent &#224; ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect th&#233;orique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser ces questions ? Rappelons d'abord &#224; nouveau que le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, ne peuvent se faire dans la contradiction, sauf &#224; se ruiner : pourquoi devrait-on s'incliner devant un enseignement qui pourra &#234;tre contredit le lendemain ? Restent les questions soulev&#233;es par ces d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, on pourrait bien s&#251;r rappeler que dans ce texte le pape ne manifeste pas l'intention d'intervenir sur le plan doctrinal. Il le dit tr&#232;s clairement au d&#233;but de son encyclique, au n&#176; 6. &#171; Les pages qui suivent n'entendent pas r&#233;sumer la doctrine sur l'amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture &#224; toutes les personnes. Je livre cette encyclique sociale comme une &lt;i&gt;modeste contribution &#224; la r&#233;flexion&lt;/i&gt; [je souligne] pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187; Il n'en reste pas moins qu'il &#233;nonce des affirmations qui sont en soi d'ordre doctrinal. Compte tenu de l'auteur, et de l'autorit&#233; de la forme &#8216;encyclique', la question de l'interpr&#233;tation de ces passages subsiste donc dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se divise elle-m&#234;me en deux : d'un c&#244;t&#233;, qu'est-ce qui entre dans le champ du magist&#232;re ? Et de l'autre, que peut-on penser de ce qui appara&#238;t comme &#233;volution doctrinale (restant ouverte la question du caract&#232;re officiel de celle-ci) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La limite de la foi et des m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point (celui du champ du magist&#232;re) rappelons &#224; nouveau que tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a l&#233;gitimement ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans leur expression. Or l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas, comme on l'a vu : outre la question de l'autorit&#233; des textes consid&#233;r&#233;s, y &#233;chappent la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels ; ces derniers, eux, incombent aux fid&#232;les, notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). On peut ranger ici par exemple la question de la guerre juste, puisque le pape para&#238;t d&#233;duire la remise en cause de ce concept d'une &#233;valuation de la guerre moderne, suppos&#233;e d&#233;sormais trop destructrice (guerre totale) : or on peut avoir sur ce sujet une appr&#233;ciation factuelle diff&#233;rente de la sienne, car il n'y a pas que des guerres totales &#224; notre &#233;poque, c'est m&#234;me le contraire. De m&#234;me son analyse de l'ONU, qui n'est qu'un moyen. Bien entendu cette qualification ne remet pas en question le principe moral indiscutable de la recherche de la paix, ou du bien qu'il y a dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rangera &#224; mon sens dans la m&#234;me cat&#233;gorie, hors champ du magist&#232;re, l'id&#233;e du pape selon laquelle le v&#233;ritable islam n'est pas violent, qu'on trouve exprim&#233;e de fa&#231;on encore plus nette dans Evangelii gaudium (au n&#176;253 : &#171; Face aux &#233;pisodes de fondamentalisme violent qui nous inqui&#232;tent, l'affection envers les vrais croyants de l'Islam doit nous porter &#224; &#233;viter d'odieuses g&#233;n&#233;ralisations, parce que le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence. &#187;). C'est en effet une affirmation de fait, portant sur une autre religion, et non un point de foi chr&#233;tienne, ou de morale. Affirmation d'ailleurs tr&#232;s contestable sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des consid&#233;rations analogues valent aussi &#224; mon sens pour les migrations. Le principe moral de l'accueil de la personne dans le besoin est &#233;videmment chr&#233;tien, et essentiel. De m&#234;me celui de la destination universelle des biens. Mais personne n'en d&#233;duit un droit illimit&#233; de toute personne dans le besoin &#224; entrer chez moi et &#224; s'y installer, encore moins &#224; revendiquer d'y &#234;tre tenu comme membre de la famille. Il convient donc d'analyser cas par cas o&#249; se situe le bien commun d'une nation : dans un accueil illimit&#233; (en ne s'arr&#234;tant qu'au respect des droits des actuels citoyens) comme para&#238;t dire le pape ; ou dans un discernement pouvant aller jusqu'&#224; n'admettre qu'un petit nombre de candidats, ceux-l&#224; seuls qui sont r&#233;ellement en danger personnel, ou d&#233;sireux de s'assimiler ? Sans compter toutes les positions interm&#233;diaires. Il s'agit l&#224; d'un choix prudentiel, bas&#233; sur une analyse factuelle de la situation. Ajoutons que la th&#232;se du droit illimit&#233; remettrait en cause l'enseignement et la pratique ant&#233;rieure de l'Eglise sur l'autonomie des r&#233;alit&#233;s terrestres ainsi que sur le statut des communaut&#233;s politiques, car elles n'auraient alors plus de maitrise de leur destin, qui serait dict&#233; par des principes abstraits g&#233;n&#233;raux prenant la forme de droits absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'&#233;volution doctrinale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point (l'&#233;volution doctrinale &#233;ventuelle), il y a au fond tr&#232;s peu d'exemples &#224; &#233;voquer. On trouve d'abord la question de la peine de mort. J'ai trait&#233; la question plus en d&#233;tail dans &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Continuite-doctrinale-du-magistere.html?PHPSESSID=b7d79ed2f3083fd1f1524b016eda3b24&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Continuite-d...&lt;/a&gt;. On l'a dit, le pape a demand&#233; une modification du cat&#233;chisme ; lequel consid&#233;rait auparavant qu'&#224; notre &#233;poque la peine de mort ne se justifiait pas (vu les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale), mais ne remettait pas en question la doctrine ant&#233;rieure selon laquelle elle pouvait &#234;tre licite en soi (le texte d'alors la rappelait m&#234;me explicitement), d'autant qu'elle a de tr&#232;s solides fondements bibliques et doctrinaux. La r&#233;daction nouvelle, sans &#234;tre totalement claire, para&#238;t indiquer (outre les arguments sur les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale) que le progr&#232;s de la conscience de la dignit&#233; de l'homme conduisait &#224; condamner en soi la peine de mort. On pourrait donc soutenir qu'il s'agit bien d'un point doctrinal, et qu'il y a eu changement de doctrine (le cat&#233;chisme dit que &#171; la peine de mort est inadmissible &#187;, au moins &#224; partir de maintenant). Or il ne s'agit alors pas uniquement d'une question de fait : elle entre dans le champ de la morale, puisqu'on invoque un progr&#232;s de la conscience ; ce n'est pas non plus un choix prudentiel, puisque dans cette lecture l'exclusion para&#238;t totale, et elle n'est pas laiss&#233;e &#224; un jugement d'esp&#232;ce. Mais inversement, on peut contester qu'&#224; soi seule une modification du cat&#233;chisme permette de changer une doctrine, m&#234;me si c'est un document tr&#232;s important, car il est cens&#233; rassembler un &#233;tat de doctrine, pas en &#233;noncer une nouvelle. En outre l'argument d'un progr&#232;s dans la conscience est tout &#224; fait nouveau dans le d&#233;bat doctrinal et sa port&#233;e reste peu claire ; il pourrait d'ailleurs conduire &#224; des fluctuations dans tous les sens. On ajoutera que la d&#233;cision a &#233;t&#233; quelque peu exp&#233;ditive et qu'aucune argumentation n'est donn&#233;e qui r&#233;fute les fondements de la doctrine ant&#233;rieure (notamment la Bible). Or la doctrine s'appr&#233;cie dans la continuit&#233;, comme Beno&#238;t XVI l'avait rappel&#233; (herm&#233;neutique de la continuit&#233;). Enfin et surtout on peut lire le texte actuel du cat&#233;chisme, qui se base sur la situation pr&#233;sente (conscience nouvelle et &#233;tat des m&#233;thodes p&#233;nales) comme ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; cette situation (et non &#224; une v&#233;rit&#233; morale en soi, quelle que soit l'&#233;poque) ; voire estimer qu'il s'agit de fait d'un question prudentielle (puisqu'elle est variable selon la situation), et non doctrinale. Ce d&#233;bat complexe n'est donc pas clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pos&#233;e porte comme on l'a vu sur les autres religions, islam compris : le pape nous dit &#224; la fin de l'encyclique que Dieu y est notre p&#232;re comme dans le christianisme. Cela para&#238;t rejoindre une autre id&#233;e r&#233;currente de ce m&#234;me pape, qui semble reconna&#238;tre &#224; ces religions une r&#233;elle validit&#233; comme telles, (et donc bien au-del&#224; de ce que dit le Concile, qui se borne &#224; dire que ce qui est bon en elles est bon). Formul&#233;e ainsi, la proposition serait un changement de doctrine : on a toujours li&#233; en christianisme la paternit&#233; divine envers nous avec celle du P&#232;re avec le Fils et avec notre position de fr&#232;res adoptifs de celui-ci. Elle n'a d'ailleurs de sens que pour qui admet la Trinit&#233;, donc pour un chr&#233;tien. Reste que le pape n'a pas formul&#233; une telle th&#232;se de fa&#231;on aussi claire et manifestement doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la consid&#233;ration des limites du champ du magist&#232;re, ainsi que l'exclusion des donn&#233;es de fait ou prudentielles, montrent qu'il n'y a pas &#224; ce stade de probl&#232;me majeur sur le plan des principes (sous r&#233;serve du d&#233;bat d&#233;licat mais localis&#233; sur la peine de mort), &#224; condition de bien d&#233;limiter ce qui rel&#232;ve r&#233;ellement du magist&#232;re. Cela souligne cependant par contraste l'importance d'avoir des d&#233;clarations claires, explicites et manifestement doctrinales pour que les r&#232;gles d'ob&#233;issance s'appliquent. Reste un trouble r&#233;el, encore accru par la r&#233;serve du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard du travail doctrinal comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, on est alors devant une t&#226;che qui n'est qu'apparemment nouvelle . D'un c&#244;t&#233; le pape est le pasteur, et le catholique doit l'&#233;couter, s'impr&#233;gner de son message pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, s'en inspirer et se mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, il lui faut discerner ce qui est d'ordre doctrinal (magist&#233;riel) et ce qui ne l'est pas, et comprendre la doctrine dans la continuit&#233;. L'ob&#233;issance est donc une t&#226;che, intellectuellement exigeante. Loin du suivisme na&#239;f qui a paru pr&#233;valoir un certain temps, et qui subsiste dans bien des esprits, progressistes ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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