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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Moralisme perverti et judiciarisation</title>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>



		<description>&lt;p&gt;On assiste &#224; la multiplication de faits troublants, dont le rapprochement confirme l'ampleur du changement du regard sur la moralit&#233; et le contr&#244;le social qui affecte nos soci&#233;t&#233;s. Cela touche tous les pays dits occidentaux, anglo-saxons en premier lieu. Mais ce qu'il para&#238;t int&#233;ressant de souligner est la mani&#232;re de proc&#233;der. Rien &#224; voir avec les pr&#233;fets &#224; l'ancienne, fa&#231;on Napol&#233;on III, agissant directement comme repr&#233;sentants du pouvoir, ou un syst&#232;me totalitaire assumant d'&#234;tre tel : on a ici des autorit&#233;s suppos&#233;es ind&#233;pendantes, comme l'Arcom, agissant en fonction d'une mission suppos&#233;e de moralisation publique. Ou encore des entreprises, r&#233;seaux sociaux ou banques, cens&#233;es appliquer une &#8216;d&#233;ontologie' ou une &#8216;&#233;thique' qu'ils ont le devoir d'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne entre en r&#233;sonnance avec un autre, de plus grande ampleur et plus inqui&#233;tant, qui est la judiciarisation d'un ensemble de pr&#233;occupations personnelles ou collectives. Ce n'est plus le parti ou le pouvoir qui d&#233;cident - qui restent tous deux politiques ; mais le juge, qui en principe ne l'est pas &#8211; et cela au nom d'une suppos&#233;e morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre cette &#8216;morale' n'est pas la morale, mais une suppos&#233;e moralit&#233; &#224; base relativiste, fond&#233;e sur le culte f&#233;tichique de l'autonomie de la personne, y compris dans la d&#233;finition par chacun de ses propres r&#232;gles et valeurs, m&#234;me quand elle est paradoxale. Ainsi lorsqu'on vous oblige &#224; consid&#233;rer comme femme un individu dont l'&#233;vidence de vos yeux vous montre que c'est un homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la morale c'est la recherche du bien, et notamment du bien commun. Ce n'est donc pas l'id&#233;e de moralisation qui doit &#234;tre rejet&#233;e, mais son d&#233;voiement radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;


		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un moralisme envahissant et pervers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; la multiplication de faits troublants, dont le rapprochement confirme l'ampleur du changement du regard sur la moralit&#233; et le contr&#244;le social qui affecte nos soci&#233;t&#233;s. Cela touche tous les pays dits occidentaux, anglo-saxons en premier lieu. Des exemples fran&#231;ais r&#233;cents vont de l'acharnement de l'Arcom contre les cha&#238;nes ne respectant pas la doxa officielle, &#224; la fermeture arbitraire de comptes sur les r&#233;seaux sociaux et de comptes bancaires, sans explication m&#234;me pr&#233;texte. Ce qui est vis&#233; alors est plut&#244;t ce qu'on appelle g&#233;n&#233;riquement l'extr&#234;me-droite, d&#233;cid&#233;ment partout pr&#233;sente. Le c&#244;t&#233; lutte politique saute aux yeux. Mais ce qu'il para&#238;t int&#233;ressant de souligner est la mani&#232;re de proc&#233;der et l'argument donn&#233;. Rien &#224; voir en effet avec les pr&#233;fets &#224; l'ancienne, fa&#231;on Napol&#233;on III, agissant directement comme repr&#233;sentants du pouvoir : on a ici des autorit&#233;s suppos&#233;es ind&#233;pendantes, agissant en fonction d'une mission suppos&#233;e de moralisation publique. Ou encore des entreprises, r&#233;seaux sociaux ou banques, cens&#233;es appliquer une &#8216;d&#233;ontologie' ou une &#8216;&#233;thique' qu'ils ont le devoir d'imposer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, en soi, qu'une entreprise se reconnaisse une obligation morale, sous le nom de responsabilit&#233; sociale (RSE) est dans son principe une bonne chose, car de quoi parle la morale sinon de la recherche du bien, et qu'esp&#233;rer de mieux que des organisations puissantes cherchent le bien ? Certes, on s'attendrait naturellement &#224; ce que ce bien soit d'abord cherch&#233; dans leur mission propre : offrir des biens et services r&#233;ellement bons et utiles, &#224; un prix convenable, en respectant l'environnement et traitant bien ses collaborateurs, ses clients et ses fournisseurs. Le bon sens &#224; l'ancienne y verrait une priorit&#233;, avant de se pr&#233;occuper des m&#339;urs sexuelles des collaborateurs, ou de lutter contre l'affreuse extr&#234;me-droite. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ces pr&#233;occupations ont pour elles le double avantage de ne rien co&#251;ter, car sans effet sur le business, et de donner un brevet politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La judiciarisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce ph&#233;nom&#232;ne entre en r&#233;sonnance avec un autre, de plus grande ampleur et plus inqui&#233;tant, qui est la judiciarisation d'un ensemble de pr&#233;occupations personnelles ou collectives. Ainsi le d&#233;lit d'entrave dans le cas de l'avortement, ou lorsqu'on vous oblige &#224; consid&#233;rer comme femme, avec des pronoms f&#233;minins, un individu dont l'&#233;vidence de vos yeux vous montre que c'est un homme. Ce peut &#234;tre du fait de la loi ; c'est plus souvent la d&#233;marche propre des juges, qui se sont arrog&#233; depuis 40 ans des pouvoirs exorbitants, soi-disant pour v&#233;rifier la conformit&#233; de textes de lois ou de r&#232;glements &#224; la constitution (on vise en r&#233;alit&#233; des d&#233;clarations de droits mises en pr&#233;ambule, qui n'&#233;taient d'ailleurs pas faites pour cela), et en pratique &#224; poser un jugement sur des textes pourtant d&#233;cid&#233;s par des autorit&#233;s l&#233;gitimes. Ce faisant, ils se substituent de fait &#224; la d&#233;cision politique m&#234;me suppos&#233;e &#8216;d&#233;mocratique', par appr&#233;ciation sur la base de principes &#224; pr&#233;tention moralisante. De m&#234;me pour le juge constitutionnel, comme on l'a revu tout r&#233;cemment (euthanasie, r&#233;seaux sociaux). Ce n'est plus le parti ou le pouvoir qui d&#233;cide - qui restent tous deux politiques ; mais le juge, qui en principe ne l'est pas. Au-del&#224; des questions de personnes, cela joue d&#233;sormais aussi un r&#244;le majeur dans bien d'autres domaines, par exemple le blocage judiciaire de grands travaux collectifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de diff&#233;rences &#233;videntes, ce ph&#233;nom&#232;ne a une affinit&#233; importante avec le premier. Dans les deux cas, on juge selon un syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences d&#233;sormais dominant et se pr&#233;sentant comme moralisant. Dans les deux cas, le d&#233;cideur n'est pas habilit&#233; politiquement. Ce qui est coh&#233;rent avec le moralisme, car ce qui est mis en avant n'est plus apparemment une question de pouvoir, mais l'application d'un sch&#233;ma suppos&#233; moral, qui est en r&#233;alit&#233; id&#233;ologique, et n'a pas de compte &#224; rendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Nouvelle &lt;i&gt;morale&lt;/i&gt;, nouvelles m&#233;thodes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que cette &#8216;morale' n'est pas la morale de nos p&#232;res encore vant&#233;e par Jules Ferry, mais une moralit&#233; &#224; base relativiste, fond&#233;e sur le culte f&#233;tichique de l'autonomie de la personne et prenant la place de l'h&#233;t&#233;ronomie de la loi naturelle. En r&#233;alit&#233; d'ailleurs, ce n'est pas m&#234;me l'autonomie qui est vis&#233;e, mais le culte d'une autod&#233;termination absolue, y compris dans la d&#233;finition par chacun de ses propres r&#232;gles et valeurs, m&#234;me quand elle est paradoxale. Rappelons &#224; nouveau le cas de la transition de genre : je n'ai pas le droit de dire l'&#233;vidence (que ce monsieur n'est pas une femme), car ce qui compte est ce qu'il dit de lui-m&#234;me : il s'identifie comme femme, et donc toute la soci&#233;t&#233; est tenue de le suivre. Ce n'est pas la question du respect de la personne (principe en soi moral) qui est ici en jeu, mais le suppos&#233; respect d&#251; comme un absolu &#224; toute expression arbitraire de cette personne. En outre, non seulement cette suppos&#233;e morale est une fausse morale, mais elle intervient dans un contexte politique et culturel constructiviste : comme dans la tradition r&#233;volutionnaire, on voit fondamentalement la soci&#233;t&#233; comme quelque chose qui peut et doit &#234;tre remodel&#233; &#224; partir de principes pos&#233;s a priori. Aucune h&#233;sitation donc &#224; imposer cette id&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref donc, on a le croisement de trois &#233;l&#233;ments : une nouvelle pseudo-moralit&#233; de l'autod&#233;termination, un constructivisme social &#224; base id&#233;ologique, et une judiciarisation ou proc&#233;duralit&#233;. Ces trois &#233;l&#233;ments se combinent de fa&#231;on coh&#233;rente : s'il s'agit en effet de reconstruire la soci&#233;t&#233; &#224; partir de principes abstraits qui affirment qu'il n'y a pas de vrai ou de bien en soi en dehors de l'autod&#233;finition de chacun, la prise de d&#233;cision sort du champ de la responsabilit&#233; politique au sens traditionnel, et devient la mise en &#339;uvre d'un programme id&#233;ologique dont le seul but est pr&#233;cis&#233;ment cette autonomisation de l'individu. Quoi de plus logique alors que d'en faire un jeu de principes s'appliquant &#224; tout le monde, sous le contr&#244;le de corps sp&#233;cialis&#233;s dont les autorit&#233;s dites ind&#233;pendantes et les tribunaux sont l'expression naturelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, un juriste am&#233;ricain comme Adrian Vermeule a rappel&#233; dans un livre r&#233;cent, Common Good Constitutionalism (Recovering the Classical Legal Tradition), ce que peut &#234;tre une interpr&#233;tation juridique de la loi (en l'esp&#232;ce de la constitution am&#233;ricaine) selon la tradition classique, appliqu&#233;e &#224; la recherche de ce que peut &#234;tre le bien objectif, le bien commun, et cela d&#232;s la d&#233;finition m&#234;me des droits. Les droits sont en effet une expression de la justice, qui attribue &#224; chacun ce qui lui est d&#251; : ce qu'on reconna&#238;t lui &#234;tre objectivement d&#251;. On n'a pas &#224; reconna&#238;tre un droit sur la base de ce que proclame arbitrairement un individu, mais au vu de ce qui lui est r&#233;ellement d&#251; par la soci&#233;t&#233;. Pour ce faire, on ne cherche pas &#224; reconstruire la soci&#233;t&#233; &#224; partir d'un corpus d'id&#233;es abstraites ; on la prend &#224; la lumi&#232;re de son exp&#233;rience historique et de la v&#233;rit&#233; des faits, et on d&#233;cide en conscience de ce qui va dans le sens du bien commun, reconnu comme s'imposant objectivement comme bien, &#224; rechercher avec prudence et humilit&#233;. Qu'un homme se prenne pour une femme est alors identifi&#233; comme son probl&#232;me personnel ; la soci&#233;t&#233; peut parfois avoir &#224; l'aider, mais pas &#224; le suivre dans son fantasme, encore moins l'imposer &#224; tous. De m&#234;me, un d&#233;bat politique doit &#234;tre libre, car c'est dans sa logique m&#234;me, sauf pour ce qui n'a pas de pertinence pour ce d&#233;bat (comme les insultes personnelles). Un &#233;quipement est &#224; appr&#233;cier en fonction de ce qu'il apporte au bien commun. Un migrant clandestin est &#224; respecter mais n'a aucun droit &#224; imposer son s&#233;jour sur place. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le contraste avec ce qu'est devenue la pratique judiciaire se r&#233;v&#232;le alors impressionnant. Ce n'est donc pas l'id&#233;e de moralisation qui doit &#234;tre rejet&#233;e, mais son d&#233;voiement radical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une d&#233;rive progressiste : sacraliser l'autod&#233;termination de l'individu</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-derive-progressiste-sacraliser-l-autodetermination-de-l-individu.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Culture de mort</dc:subject>
		<dc:subject>Euthanasie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'exemple du d&#233;bat sur l'euthanasie est a priori surprenant. Ses adversaires ont d&#233;velopp&#233;s des tr&#233;sors d'arguments raisonnables pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois. Or ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat. C'est que les partisans de l'euthanasie ont une conception diff&#233;rente de la morale et par l&#224; du sacr&#233;. Ce qu'ils sacralisent, c'est l'autod&#233;termination de l'individu.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/mouth-guard-4955470_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une intensit&#233; &#233;motive qui paralyse l'argumentation rationnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur que nous commettons tous spontan&#233;ment est d'aborder les convictions des autres selon leur contenu intellectuel ou rationnel. Or la dimension &#233;motionnelle est essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connait d&#233;j&#224; le cas de scientifiques attach&#233;s &#224; leur th&#233;orie et pouvant la d&#233;fendre passionnellement, mais cela ne donne pas toute la mesure du ph&#233;nom&#232;ne. Car dans le domaine politique et moral, la valorisation &#233;motionnelle d'une conviction ne r&#233;v&#232;le pas seulement un degr&#233; d'attachement ; elle signale souvent un ressort puissant : une forme de sacralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de loi sur l'euthanasie : on a d&#233;velopp&#233; des tr&#233;sors d'arguments tr&#232;s raisonnables, souvent remarquablement, pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois : la protection des plus faibles ; l'aide &#224; apporter &#224; quelqu'un qui veut se suicider pour l'en emp&#234;cher. Bien s&#251;r, il y a de ce c&#244;t&#233; aussi une dimension &#233;motionnelle, l'horreur &#224; l'&#233;gard de ce qui est une forme de meurtre ; et une dimension explicitement religieuse chez beaucoup. Mais elles ne sont pas n&#233;cessaires. Les arguments rationnels &#233;voqu&#233;s sont forts par eux-m&#234;mes. Or il est &#233;vident qu'ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est significatif ici est en effet ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233;. L'intensit&#233; de l'effort en faveur de l'euthanasie ne s'explique pas par le seul positionnement politique. Il y a l&#224; aussi un &#233;l&#233;ment de conviction intense, et se voulant &#224; sa fa&#231;on moral. D'o&#249; provient-il ? Sans doute de l'id&#233;e du droit absolu de l'individu de choisir son destin comme il l'entend, et m&#234;me sa nature. C'est donc cette nouvelle &#8216;morale' qu'il faut interroger, d'autant qu'on la retrouve dans bien des causes soci&#233;tales actuelles, le mariage pour tous &#233;tant l'&#233;tape la plus caract&#233;ristique, ou les &#8216;causes' LGBT. La mobilisation &#233;motionnelle y va bien au-del&#224; de l'enjeu, ainsi la passion dans certains milieux pour la cause des &#8216;trans'. On touche manifestement l&#224; &#224; une dimension qui pour les convaincus est sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle sacralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici un autre ph&#233;nom&#232;ne remarquable : le glissement observ&#233; depuis 60 ans du culte du h&#233;ros au culte de la victime, qui tend pr&#233;cis&#233;ment &#224; &#234;tre sacralis&#233;e, comme le montre l'excellente analyse de Fran&#231;ois Azouvi Du h&#233;ros &#224; la victime : la m&#233;tamorphose contemporaine du sacr&#233;. Ce qui est d'ailleurs en consonance avec une certaine mentalit&#233; d&#233;mocratique : par d&#233;finition, le h&#233;ros, ce n'est pas tout un chacun ; tandis que la victime, c'est potentiellement tout le monde. La victime n'a aucun m&#233;rite dans son sort (contrairement au h&#233;ros) ; elle demande certes soin et sollicitude, mais pas une sacralisation. Pourquoi alors celle-ci ? Sans doute parce que ce qui est en cause est le fait que s'il y a victime, c'est qu'on a touch&#233; &#224; la personne et &#224; ses droits, suppos&#233;s sacr&#233;s ind&#233;pendamment de ce que cette personne est ou fait (sauf dans le cas de ceux qui contreviennent &#224; cette nouvelle morale, qu'on appellera les fascistes). C'est cette sacralisation qui conduit &#224; des vagues d'indignation intense (comme dans le cas de George Floyd), qui vont bien au-del&#224; du cas concern&#233;. C'est l&#224; en un sens une nouvelle religion de l'individu ; en comprenant bien s&#251;r le mot religion au sens figur&#233;, car il y a l&#224; nulle transcendance. Mais cela comporte une dimension &#233;vidente de &#8216;sacr&#233;' : les Droits sont sacr&#233;s, l'immunit&#233; personnelle est sacr&#233;e (toujours hors &#8216;fascistes'). Cette absolutisation de l'auto-d&#233;termination conduit m&#234;me, dans le cas de l'euthanasie, &#224; glorifier un suppos&#233; droit &#224; dispara&#238;tre. Vous n'&#234;tes pas victime parce que vous allez mourir, car vous le choisissez ; vous &#234;tes victime parce que vous souffrez, et que l'affreuse soci&#233;t&#233; ne vous aide pas &#224; mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se relie &#224; un autre ph&#233;nom&#232;ne : le glissement d'une compr&#233;hension de la d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple &#224; une d&#233;mocratie identifi&#233;e &#224; des principes, et notamment aux Droits, tels qu'interpr&#233;t&#233;s par les juges et les Cours supr&#234;mes. On n'h&#233;site plus &#224; casser ou brider l'expression populaire si elle est contraire aux Principes sacr&#233;s. Certes, le progressisme a toujours &#233;t&#233; au fond &#233;litiste et autoritaire, la fraction avanc&#233;e conduisant le peuple car, une fois &#233;clair&#233;, il comprendra que c'&#233;tait pour son bien. Mais justement, autrefois le progressiste avait confiance dans l'id&#233;e que le peuple comprendrait. Ici on a l'impression qu'il n'en est plus si s&#251;r, car la tentation populiste menace et l'inqui&#232;te beaucoup, et qu'il faut donc canaliser ce peuple. La sc&#232;ne europ&#233;enne actuelle en montre bien des exemples. Mais parmi les causes de cette &#233;volution, il faut compter, comme not&#233; ci-dessus, le glissement &#233;motionnel et parareligieux qui s'est produit. Pour simplifier, dans la mesure o&#249; il y avait une mystique chez les r&#233;publicains &#224; l'ancienne, elle portait sur le peuple ; maintenant elle s'en d&#233;tache, et ne vise plus que l'individu et ses &#8216;Droits'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme du chr&#233;tien progressiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a incidemment des cons&#233;quences curieuses dans le petit monde des chr&#233;tiens progressistes. Ils sont habitu&#233;s &#224; refuser de voir les d&#233;rives de notre soci&#233;t&#233; comme telles, et au contraire &#224; interpr&#233;ter ce qui se passe comme un mouvement historique en soi sain, qu'il faut simplement bien comprendre et canaliser. M&#234;me si c'est quand m&#234;me assez &#233;loign&#233; de ce qu'un chr&#233;tien viserait spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le progressiste se trouve en porte-&#224;-faux lorsque cette &#233;volution heurte frontalement une conviction chr&#233;tienne profonde, comme dans le cas de l'euthanasie. Alors que dans le cas du mariage pour tous, il a pu se sentir peu concern&#233;, voire choqu&#233; par la mobilisation de ses coreligionnaires conservateurs, ici il se regimbe. Sauf cas particulier, la grande majorit&#233; d'entre eux s'est oppos&#233;e au projet de loi. Ces progressistes plus sinc&#232;res font alors l'exp&#233;rience douloureuse de ce que vit le &#8216;conservateur', qui voit depuis longtemps ses convictions profondes bless&#233;es par l'&#233;volution sociale. Mais ici le conflit est entre deux convictions &#233;motionnellement intenses : leur foi d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre leur attachement irrationnel &#224; ce si&#232;cle, nourri d'une lecture na&#239;ve de Vatican II. Gageons qu'ils finiront en majorit&#233; par surmonter cette p&#233;rip&#233;tie d&#233;sagr&#233;able. Mais peut-&#234;tre certains finiront par comprendre qu'il y a l&#224; un vrai probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a derri&#232;re ces controverses &#233;motionnellement intenses (une morale r&#233;ellement v&#233;cue est &#233;motionnellement toujours intense), un d&#233;bat de fond, qui oppose en d&#233;finitive deux morales diff&#233;rentes. Plus pr&#233;cis&#233;ment, on a d'un c&#244;t&#233; une vraie morale au sens classique du terme, n&#233;cessairement &#8216;h&#233;t&#233;ronome' pour parler comme Marcel Gauchet. Car une morale, c'est la reconnaissance qu'une chose est bonne ou mauvaise objectivement ; le bien et le mal ne peuvent &#234;tre le fait de choix personnels, lesquels sont des pr&#233;f&#233;rences, et non des exigences morales. Et d'un autre c&#244;t&#233;, une pr&#233;tendue &#8216;morale' de l' &#8216;autonomie', qui est en quelque sorte une &#8216;morale' des r&#232;gles du jeu : chacun d&#233;finit sa morale personnelle comme il le souhaite ; et le sacr&#233; se d&#233;place sur le respect absolu cens&#233; devoir &#234;tre apport&#233; &#224; ce &#8216;libre' choix. En ce sens, et contrairement &#224; ce qu'on lit ici ou l&#224;, les wokes attach&#233;s au sort des &#8216;communaut&#233;s' cens&#233;ment opprim&#233;es (noirs, femmes, LGBT etc.) sont dans la droite ligne des suppos&#233;es Lumi&#232;res et de leur programme dit d'&#233;mancipation, fond&#233; sur le refus de l'h&#233;t&#233;ronomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le sacr&#233; s'applique &#224; des r&#233;alit&#233;s profond&#233;ment antinomiques, l'opposition est radicale et le dialogue rationnel tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/une-derive-progressiste-sacraliser-lautodetermination-de-lindividu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Tradition et communaut&#233;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Tradition-et-communaute.html</link>
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		<dc:date>2024-12-06T17:06:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Tradition</dc:subject>
		<dc:subject>Tradition et communaut&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a une vision fausse tr&#232;s r&#233;pandue, qui d&#233;peint le r&#244;le de la tradition dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, comme un diktat, un imp&#233;ratif arbitraire et &#233;touffant impos&#233; du dehors aux personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut arriver. Mais g&#233;n&#233;raliser cette description est insuffisant ou faux, tant pour d&#233;crire ces soci&#233;t&#233;s que pour comprendre ce qu'est une tradition. Car une tradition ne se comprend pas sans reconna&#238;tre son double r&#244;le, de r&#233;gulation de la soci&#233;t&#233; sur la base de l'exp&#233;rience acquise, et de constitution m&#234;me de cette soci&#233;t&#233;, par le rapprochement des personnes autour de r&#233;alit&#233;s communes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple par les courses camarguaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais nos soci&#233;t&#233;s prennent le chemin inverse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Tradition-et-communaute-13-+.html" rel="tag"&gt;Tradition et communaut&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a une vision fausse tr&#232;s r&#233;pandue dans les sciences humaines qui d&#233;peint le r&#244;le de la tradition dans les soci&#233;t&#233;s anciennes, comme une forme de diktat, d'imp&#233;ratif arbitraire impos&#233; du dehors aux personnes. On aurait dit et pens&#233; : c'est la tradition et donc on fait, sans se poser de question. Les m&#234;mes mettent en avant la distinction entre des soci&#233;t&#233;s autonomes (la n&#244;tre) et d'autres, h&#233;t&#233;ronomes ; dans celles-ci, la loi commune, les valeurs et r&#233;f&#233;rences fondamentales, tomberaient en quelque sorte du ciel comme des absolus indiscutable &#224; prendre tel quel sans d&#233;bat. Ceci se fait, cela ne se fait pas, sans discussion. Notamment au nom de la tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle description recouvre une certaine r&#233;alit&#233;, mais la r&#233;flexion reste tr&#232;s insuffisante, tant pour d&#233;crire ces soci&#233;t&#233;s, que surtout pour comprendre ce qu'est une tradition. Sur le premier point, pour prendre un exemple, quiconque conna&#238;t un tant soit peu l'histoire m&#233;di&#233;vale sait que c'&#233;tait une soci&#233;t&#233; mobile, en &#233;volution constante, et nullement fig&#233;e, encore moins au nom d'une tradition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second point rejoint mon propos ici, qui relie tradition et communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je vais prendre un exemple actuel dans un domaine totalement diff&#233;rent. Dans ma r&#233;gion, il y a la tradition des courses de taureaux camarguaises ; et partout, la population ou une partie appr&#233;ciable de celle-ci y va, toutes classes et &#226;ges confondus. C'est clairement reconnu, et v&#233;cu comme traditionnel. Mais &#233;videmment pas en ob&#233;issant &#224; un quelconque imp&#233;ratif traditionnaliste, ou &#224; la suite d'une pression sociologique. C'est surtout d'abord un fait simple : la communaut&#233; locale s'y retrouve dans quelque chose qu'elle juge int&#233;ressant et o&#249; elle a plaisir &#224; se rassembler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On retrouve ici un des aspects ou fonctions de la tradition, qui est la s&#233;lection au cours de l'histoire de certaines mani&#232;res de faire, jug&#233;es positives ou int&#233;ressantes. J'ai analys&#233; plus en d&#233;tail cette nature de la tradition dans mon Eloge de la tradition (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/La-tradition-ou-l-Histoire-comme.htm&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/La-t...&lt;/a&gt;l ), ainsi que l'effet d&#233;l&#233;t&#232;re qui r&#233;sulte de l'id&#233;ologie relativiste moderne, hostile &#224; la tradition mais source d'un individualisme sans limites, destructeur du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela s'appuie aussi sur le fait que c'est un instrument d'identification de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que, plus g&#233;n&#233;ralement, une norme sociale v&#233;cue ne sert pas qu'&#224; r&#233;guler les comportements comme le ferait une norme l&#233;gale ou r&#233;glementaire : elle a aussi pour r&#244;le de constituer la communaut&#233;, dans son ressenti. Dans ce contexte, on appelle tradition un usage commun qui n'est ni obligatoire &#224; proprement parler, ni principalement &#224; but moral ou r&#233;gulateur, mais communautaire, &#233;tant entendu bien s&#251;r qu'il apporte aussi un contenu, par exemple un certain spectacle dans le cas des courses camarguaises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est &#224; cette lumi&#232;re qu'on peut regarder en sens inverse ce que J&#233;rome Fourquet nous d&#233;crit comme &#171; m&#233;tamorphoses fran&#231;aises &#187; : ces mutations majeures dans les comportements fran&#231;ais depuis environ 40 ans, qu'il pr&#233;sente encore r&#233;cemment dans son dernier livre du m&#234;me nom. Qu'il s'agisse de l'effondrement du catholicisme (ou sur un mode mineur, du communisme), de l'am&#233;ricanisation, des modes asiatiques, ou de la prolif&#233;ration anarchique des pr&#233;noms, un point commun est la rupture d'une tradition structurante, ant&#233;rieurement indiscut&#233;e, sans qu'elle soit remplac&#233;e par une autre jouant un r&#244;le analogue. Rupture qui appara&#238;t d'embl&#233;e li&#233;e &#224; une mont&#233;e de l'individualisme sous une forme radicale et &#224; une rupture relative du lien social. D'o&#249; d'ailleurs les mutations qu'on observe dans le champ politique, ou dans des manifestations de type nouveau, tr&#232;s peu structur&#233;es, comme les gilets jaunes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai, parall&#232;lement, que plusieurs des &#233;volutions que d&#233;crit Fourquet sont d'un autre ordre, principalement &#233;conomique : la d&#233;sindustrialisation, ou le tertiaire commercial dominant la vie commune, et maintenant la livraison &#224; domicile. Mais en r&#233;alit&#233; ces &#233;volutions renforcent l'effet pr&#233;c&#233;dent, puisque l&#224; aussi un &#233;l&#233;ment rassembleur ou commun se trouve remplac&#233; par un autre qui n'a plus cet effet : le supermarch&#233; est purement fonctionnel, et plus encore la livraison &#224; domicile, contrairement au commerce traditionnel qui est un support de sociabilit&#233;. De m&#234;me le tourisme de masse rapporte, mais il ne cr&#233;e aucun lien social ; il d&#233;value m&#234;me la sp&#233;cificit&#233; locale en en faisant un objet commercial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le m&#234;me sens, on trouvera un &#233;l&#233;ment comme les migrations de masse, qui dans ce contexte de d&#233;composition relative du collectif, &#224; la fois rencontrent moins d'obstacle, et surtout ne d&#233;bouchent pas naturellement sur une forme d'int&#233;gration par assimilation, puisqu'il y a de moins en moins de soci&#233;t&#233;, car de moins en moins de r&#233;f&#233;rences communes. Moins de traditions&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A quand le grand retournement, le retour &#224; une autre conception et pratique de la vie commune ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/POUR-UN-GRAND-RETOURNEMENT.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/POUR...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Pourquoi les r&#233;voltes &#233;chouent-elles d&#233;sormais ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pourquoi-les-revoltes-echouent-elles-desormais.html</link>
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		<dc:date>2024-05-20T14:51:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Id&#233;ologie dominante</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;volte</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On assiste &#224; un curieux paradoxe depuis 40 ans : nous avons une domination id&#233;ologique et culturelle de la gauche, suppos&#233;e contestataire ; elle est particuli&#232;rement virulente et efficace dans l'imposition d'un type de pens&#233;e et d'une forme de politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des mouvements de protestation ont pu et peuvent germer et prendre de l'ampleur tr&#232;s rapidement, mobilisant beaucoup de monde, notamment gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, et faisant beaucoup de bruit : Occupy Wall street, Indignados, Soul&#232;vements de la terre, Black Lives Matter etc. De gauche en g&#233;n&#233;ral, parfois neutres (Gilets jaunes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ils retombent assez vite malgr&#233; les apparences du d&#233;but.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi les r&#233;voltes &#233;chouent-elles d&#233;sormais ? Et pour l'avenir ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec des mouvements de r&#233;volte dans le monde occidental&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On assiste &#224; un curieux paradoxe depuis 40 ans : nous avons une domination id&#233;ologique et culturelle de la gauche, suppos&#233;e contestataire ; elle est particuli&#232;rement virulente et efficace dans l'imposition d'un type de pens&#233;e et d'une forme de politiquement correct (wokisme et f&#233;minisme dur, &#233;cologie culpabilisante etc.). Et cependant on ne peut que constater l'&#233;chec des mouvements de protestation ou de r&#233;volte (en g&#233;n&#233;ral de gauche, parfois neutres ; on mettra ici de c&#244;t&#233; les mouvements &#224; th&#232;me professionnel). Sur la p&#233;riode il a &#233;t&#233; bien s&#251;r possible &#224; des partis de gauche d'arriver au pouvoir, mais c'&#233;taient des partis classiques, de type social-d&#233;mocrate. Ni r&#233;volutionnaires, ni li&#233;s &#224; des mouvements de protestations. Et ils n'ont pas eu d'impact massif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant des mouvements de protestation ont pu et peuvent germer et prendre de l'ampleur tr&#232;s rapidement, mobilisant beaucoup de monde, notamment gr&#226;ce aux r&#233;seaux sociaux, et faisant beaucoup de bruit. Mais ils retombent assez vite malgr&#233; les apparences du d&#233;but : Occupy Wall street, Indignados, Gilets jaunes, Soul&#232;vements de la terre etc. La plus significative et la plus intense a &#233;t&#233; Black Lives Matter (BLM) aux Etats-Unis, mais l&#224; aussi le souffl&#233; est retomb&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces r&#233;voltes sont en g&#233;n&#233;ral th&#233;matiques : contre la finance, la politique agricole, des infrastructures lourdes, les Blancs etc. Tr&#232;s vari&#233;es donc, plut&#244;t &#224; gauche mais parfois neutres (Gilets jaunes, un cas un peu &#224; part), avec un point commun : le rejet des gens au pouvoir, v&#233;cus comme une caste. Mais elles ne changent pas grand-chose : des modifications de curseurs, le rappel d'une mesure ponctuelle, ou l'arr&#234;t d'un projet. Sauf &#233;ventuellement &#224; enfoncer le clou dans le champ id&#233;ologique, dans le sens des id&#233;es dominantes, en particulier en bloquant les points de vue diff&#233;rents. Au plus, on aura un effet sur les finances publiques, notamment en France o&#249; le pouvoir ach&#232;te toutes les contestations, notamment depuis Macron, et un effet de blocage encore accru. Mais ces r&#233;voltes ne d&#233;bouchent jamais sur un mouvement politique nouveau, et parfois m&#234;me l'ont exclu explicitement (Gilets jaunes). Aucune synth&#232;se nouvelle ou perspective n'en sort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, les &#233;meutes de banlieue &#224; base d'immigr&#233;s ou de leurs descendants n'ont pas non plus d'effet durable autre que de d&#233;pense budg&#233;taire - type 2002 ou 2023, mis &#224; part l'effet local de renforcement de l'anarchie et du r&#232;gne des petits chefs locaux ou des dealers. Elles sont, il est vrai, particuli&#232;rement peu articul&#233;es id&#233;ologiquement ou politiquement ; mais elles sont suffisamment per&#231;ues comme dans le sens de la doxa pour rester sans vraie opposition ou r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, quand la manifestation est class&#233;e &#224; droite et qu'elle n'est donc pas politiquement correcte, il n'y a aucun effet, politique, id&#233;ologique ou budg&#233;taire, quelle qu'en soit l'ampleur (Manif pour tous) &#8211; autre que de rejet dans la rh&#233;torique dominante, voire dissolution des mouvements, m&#234;me simples groupuscules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand les r&#233;voltes r&#233;ussissent &#224; renverser un pouvoir, c'est toujours en dehors du monde d&#233;velopp&#233; occidental. Mais cela n'aboutit pas non plus &#224; de vrais changements, sauf en pire : les suppos&#233;s Printemps arabes en sont un bon exemple. On pourrait aussi citer plusieurs retournements appr&#233;ciables en Afrique, ainsi dans le Sahel, mais dont la r&#233;ussite reste l&#224; aussi &#224; d&#233;montrer. A mettre &#224; part cependant, un cas tr&#232;s particulier : les &#233;meutes de Maidan en Ukraine. C'est une r&#233;volte r&#233;ussie, de son point de vue, et qui a d&#233;bouch&#233; sur des &#233;v&#233;nements dramatiques. Mais cela n'a pris d'ampleur que du fait d'un contexte strat&#233;gique unique ; sinon ce serait rest&#233; sans doute une p&#233;rip&#233;tie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en revenir aux pays d&#233;velopp&#233;s, on notera la diff&#233;rence avec les glissements politiques observ&#233;s sur la m&#234;me p&#233;riode, &#224; savoir la mont&#233;e impressionnante des &#171; populismes &#187; et de ce qu'on appelle extr&#234;me droite ; or ces mouvements prennent habituellement grand soin &#224; se d&#233;marquer des r&#233;voltes. On a ici des mouvements politiques bien r&#233;els - m&#234;me si leur doctrine et leurs propositions sont souvent assez peu consistantes. Mais ils restent &#224; contre-courant et ont souvent une r&#233;elle difficult&#233; &#224; gouverner de fa&#231;on originale, hors cas particuliers : voir les cas de Trump, Bolsonaro, Salvini ou Meloni, ou du PIS. Seul l'exemple hongrois a &#233;t&#233; durable. On notera ici encore la diff&#233;rence avec le monde non-occidental, ce dont t&#233;moigne la r&#233;ussite politique d'un Modi en Inde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un sympt&#244;me de d&#233;liquescence ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment expliquer la faible r&#233;ussite des mouvements de r&#233;volte, qui sont pourtant eux en g&#233;n&#233;ral en phase avec l'id&#233;ologie dominante ? Rappelons d'abord que les mouvements violents, r&#233;volutions en particulier, terrorismes, ont &#233;t&#233; rarement efficaces dans l'histoire, au vu des buts qu'ils proclamaient. Mais ici c'est l'insignifiance qui domine, du moins &#224; ce stade.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une explication possible est le recul des structures collectives qui auraient pu &#224; d'autres &#233;poques leur donner de la consistance sur la dur&#233;e : l'individualisme, le recul de l'associatif, celui encore plus fort de toutes les autorit&#233;s et pas simplement celles &#171; de droite &#187; : syndicats, partis politiques etc. Ces derniers deviennent en effet de simples machines, sans base autre que de quelques militants plus ou moins agit&#233;s mais instables, et tr&#232;s peu dans la population, hors r&#233;sonance temporaire sur des slogans ou des causes vite oubli&#233;s. Voir LFI, voir les &#233;cologistes. Il y a encore moins de base sociale un tant soit peu identifi&#233;e comme l'&#233;tait la classe ouvri&#232;re. On fonctionne en r&#233;alit&#233; sur le mode du spectacle ou m&#234;me du happening, de la flash mob. D'o&#249; la recherche d'effets m&#233;diatiques ou de symboles &#233;motionnels permettant d'agiter les r&#233;seaux sociaux, mis cela n'a qu'un temps. En face, il est vrai, la r&#233;pression est de son point de vue plut&#244;t rus&#233;e, &#233;vitant avec une certaine efficacit&#233; les cycles provocation/ r&#233;pression.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre explication est dans les modalit&#233;s de domination de l'id&#233;ologie dominante : suffisante pour imposer ses r&#233;f&#233;rences dans certains domaines symboliquement forts (m&#339;urs et symboles), elle n'est pas &#233;quip&#233;e, ni pertinente, pour mordre v&#233;ritablement sur le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, on a d'un c&#244;t&#233; une agitation sporadique, parfois intense, jamais durable, en g&#233;n&#233;ral en phase avec les id&#233;es dominantes dans les m&#233;dias ou la culture, politiquement correctes et imposant le politiquement correct mais sans aller plus loin ; et de l'autre, comme on l'a vu, des mouvements politiques &#224; base bien plus large, populistes, mais conspu&#233;s par la pens&#233;e dominante. Et dans les deux cas, assez peu de consistance dans les id&#233;es ou programmes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se dit alors que cela peut durer un certain temps. Une telle constatation n'offre certes pas de certitude pr&#233;dictive. Mais elle montre la difficult&#233; d'un changement politique un tant soit peu significatif dans des soci&#233;t&#233;s pourtant apparemment fluides comme les n&#244;tres. Encore une fois, cela ne fait pas dispara&#238;tre l'emprise apparemment croissante de l'id&#233;ologie, dont on voit les effets &#224; l'Universit&#233;, dans les m&#233;dias ou les tribunaux. Mais la traduction politique ou structurelle en est comparativement limit&#233;e. Au moins pour l'instant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut changer, avec l'accumulation des d&#233;rives, la fatigue des castes au pouvoir, les limites des solutions budg&#233;taires et de l'endettement. Cela dit, en cas de rupture, le gagnant aura bien du mal, entre la r&#233;probation et l'hostilit&#233; qui affectent les droites, et l'impr&#233;paration manifeste, les d&#233;lires intellectuels ou l'inconsistance des gauches.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/pourquoi-les-revoltes-echouent-elles-desormais/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Vivre ensemble, ou se supporter ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Vivre-ensemble-ou-se-supporter.html</link>
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		<dc:date>2023-08-24T15:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Communaut&#233; politique</dc:subject>
		<dc:subject>Vivre ensemble</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup du vivre ensemble. Mais il ne s'agit pas simplement de subsister les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres : nous vivons dans des ensembles fortement int&#233;gr&#233;s, des communaut&#233;s. Or dans nos soci&#233;t&#233;s actuelles les syst&#232;mes de valeurs et les r&#233;f&#233;rences essentielles diff&#232;rent de plus en plus, parfois radicalement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est alors : peut-on faire communaut&#233; avec des gens avec qui on diverge sur des points essentiels, dont la vision du monde est compl&#233;tement diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup du vivre ensemble. Mais il ne s'agit pas simplement de subsister les uns &#224; c&#244;t&#233; des autres : nous vivons dans des ensembles fortement int&#233;gr&#233;s, des communaut&#233;s. Or dans nos soci&#233;t&#233;s actuelles les syst&#232;mes de valeurs et les r&#233;f&#233;rences essentielles diff&#232;rent de plus en plus, parfois radicalement. La question est alors : peut-on faire communaut&#233; avec des gens avec qui on diverge sur des points essentiels, dont la vision du monde est compl&#233;tement diff&#233;rente ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne logique, pour qu'il y ait communaut&#233; il faut des &#233;l&#233;ments fondamentaux communs. Pas seulement des int&#233;r&#234;ts, car cela suppose de pouvoir se parler, de faire des choix ensemble ; cela suppose aussi une forme de solidarit&#233;, qui elle-m&#234;me suppose de s'identifier ; donc qu'on ait en commun des &#233;l&#233;ments essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quand on parle de communaut&#233;, ce qui est en jeu est distinct du niveau pragmatique de savoir comment on fait pour traiter au mieux avec les gens qu'on rencontre ou avec qui on a affaire, encore que d&#233;j&#224; cela suppose un minimum de points communs. En effet, ce niveau pratique peut reposer au moins en partie sur la n&#233;gociation et sur la coercition - si un pouvoir est &#224; m&#234;me de l'exercer. On peut alors avoir une mani&#232;re de &#8216;vivre ensemble', mais qui reste en de&#231;&#224; d'une vraie communaut&#233;. Et encore, cela suppose l'existence d'&#233;l&#233;ments communs suffisants pour faire respecter un minimum d'ordre, notamment pour constituer un pouvoir qui ne soit pas violence pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fracture croissante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose &#224; notre &#233;poque et de plus en plus. Car ce qu'il la caract&#233;rise est l'ampleur des divergences. On pense bien s&#251;r &#224; la ligne de fracture r&#233;sultant des migrations croissantes et de la cohabitation de cultures profond&#233;ment diff&#233;rentes au sein d'une soci&#233;t&#233; qui s'affiche comme multiculturelle, notamment du fait de l'islam. Mais cette divergence restera encore en germe, ou locale, tant que la population allog&#232;ne n'aura pas atteint un seuil quantitatif. En r&#233;alit&#233;, la divergence est au moins aussi profonde entre des personnes &#224; la sensibilit&#233; classique ou traditionnelle, comme c'est mon cas, et par exemple des gens comme les Verts &#224; la Sandrine Rousseau, ou la plupart des Insoumis, &#224; commencer par JL M&#233;lenchon. Certes, ce sont l&#224; des positions provocatrices ou extr&#234;mes. Mais le m&#234;me effet est r&#233;guli&#232;rement obtenu par certains propos ou d&#233;cisions d'E. Macron, par exemple sur la colonisation ou les migrations : ce personnage est actuellement le chef de l'Etat, il est suppos&#233; rassembler, mais par de telles d&#233;clarations non seulement il heurte des sensibilit&#233;s, mais surtout il suscite l'id&#233;e qu'il y a entre lui et nous une rupture profonde, un foss&#233; infranchissable dans les jugements essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, dans la vie quotidienne il restera des points communs appr&#233;ciables de langage, ou de ce qui reste de politesse. De m&#234;me, lorsque des questions factuelles dominent, comme souvent dans la vie &#233;conomique, dans l'entreprise, il peut &#234;tre plus ais&#233; de trouver des points d'accord ou coop&#233;ration. Mais cela ne permet pas de d&#233;passer le stade de ce que j'ai appel&#233; la n&#233;gociation ; au niveau global, cela permet de cohabiter, pas de fonder une vision commune, donc pas de communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouveaut&#233; dans l'histoire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A-t-on exp&#233;riment&#233; ce genre de situation dans le pass&#233; ? On pense ici au choix de la religion catholique ou protestante au XVIe si&#232;cle, ou encore &#224; l'opposition entre catholiques (ou royalistes) et voltairiens (ou r&#233;publicains) au XIXe et d&#233;but XXe si&#232;cle. Nul doute que ces divergences devaient induire des sentiments de profonde diff&#233;rence. Cependant, me semble-t-il, la divergence actuelle est nouvelle. Catholiques et protestants divergeaient sur le choix de la religion, pas sur son r&#244;le. De m&#234;me, r&#233;publicains et catholiques ou royalistes partageaient la m&#234;me morale sur des points essentiels, et surtout le m&#234;me patriotisme, sauf exceptions minoritaires. D&#233;sormais, c'est le sentiment d'&#233;tranget&#233; qui domine : ces gens aux valeurs tr&#232;s diff&#233;rentes sont de plus en plus des &#233;trangers les uns aux autres. Nous ne parlons plus la m&#234;me langue. En revanche, dans le m&#234;me camp on peut trouver sot ce que quelqu'un dit, ou m&#234;me choquant, mais ce n'est pas incompr&#233;hensible, ni &#233;tranger. Cette &#233;tranget&#233; mutuelle n'&#233;tait semble-t-il pas le cas aux &#233;poques pr&#233;cit&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera qu'au XVIe si&#232;cle ces divergences ont conduit &#224; des &#233;pisodes de violence mutuelle bien sup&#233;rieure &#224; ce que nous connaissons, au moins actuellement. Il r&#232;gne en un sens une plus grande tol&#233;rance, alors m&#234;me que la divergence est plus profonde. On pourrait expliquer en partie ce calme relatif par le fait que cette divergence est relativement r&#233;cente et encore en &#233;volution : on peut la dater des r&#233;volutions de m&#339;urs des ann&#233;es 60, et encore la coupure ne s'est affirm&#233;e que progressivement. C'est vrai, mais cela ne d&#233;crit qu'une partie de la r&#233;alit&#233;. Bien s&#251;r, on &#233;voquera surtout ici la tol&#233;rance relative actuelle par le syst&#232;me de valeurs dominant, relativiste, par la reconnaissance de la libert&#233; d'expression, etc. Mais cela ne r&#233;pond que partiellement &#224; la question pos&#233;e, en tout cas pas au fond. Dit autrement, cela suppose le probl&#232;me r&#233;solu. Si en effet on voit dans cette tol&#233;rance un ensemble de r&#232;gles communes, de principes r&#233;gulateurs de la conduite, cela peut &#234;tre tout &#224; fait utile et b&#233;n&#233;fique ; mais cela reste au fond des r&#232;gles du jeu, qui ne suffisent pas pour faire une communaut&#233;, parce que ce ne sont pas des r&#233;ponses, des r&#233;f&#233;rences communes substantielles. Si en revanche, comme le fait l'id&#233;ologie dominante, on y voit des valeurs fondamentales, cela veut dire qu'on prend pr&#233;cis&#233;ment partie pour ce syst&#232;me de valeurs-l&#224;, et qu'on exclut les syst&#232;mes alternatifs, notamment les r&#233;f&#233;rences classiques et traditionnelles. Cela d'autant plus que c'est l&#224; une id&#233;ologie de l'&#233;mancipation, constamment en mouvement, qui vise &#224; changer la soci&#233;t&#233; et &#224; dire en permanence aux gens ce que d&#233;sormais il leur faut croire et respecter ; elle n'a donc pas les vertus de la stabilit&#233; et est toujours conqu&#233;rante de fa&#231;on nouvelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une situation intenable&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire une communaut&#233;, des r&#232;gles du jeu aident &#233;videmment, mais ne suffisent pas. Pas m&#234;me les Droits de l'homme, trop abstraits, et susceptibles d'interpr&#233;tations variables. Le fait est particuli&#232;rement &#233;vident lorsqu'un effort commun est n&#233;cessaire (guerre, grandes priorit&#233;s budg&#233;taires), ou quand les r&#232;gles affectent de fa&#231;on majeure une des communaut&#233;s, comme dans l'exemple majeur de l'&#233;cole. Le choix des mati&#232;res et contenus de l'enseignement, des m&#233;thodes p&#233;dagogiques et plus g&#233;n&#233;ralement du syst&#232;me d'&#233;ducation mettent en jeu des valeurs fondamentales et affectent profond&#233;ment ceux qui r&#233;cusent les valeurs dominantes. C'est &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; vrai quand l'&#233;cole (et le syst&#232;me de sant&#233;) s'embarquent sur des th&#233;ories nouvelles comme celle du genre, et d&#233;terminent chirurgicalement le sort d'enfants suppos&#233;s transgenres contre l'avis de leurs parents. Il en est de m&#234;me quand un probl&#232;me de soci&#233;t&#233; se pose comme celui de l'euthanasie, car m&#234;me si on va pr&#233;tendre que je reste libre de ne pas y avoir recours, savoir que cela se pratique me choque, et en outre alt&#232;re mon rapport aux soignants. Ou quand on accuse de discrimination coupable devant les tribunaux ceux qui pensent que pr&#233;cis&#233;ment il faut faire une diff&#233;rence entre les comportements. On soulignera aussi l'importance du budg&#233;taire, centrale dans nos soci&#233;t&#233;s : la mont&#233;e continue de l'endettement trahit cette incapacit&#233; &#224; prendre collectivement des d&#233;cisions majeures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est &#233;videmment accrue par la domination d'un politiquement correct qu'on appellera progressiste ou de gauche, et notamment dans sa phase actuelle, d&#233;constructiviste, woke et autres, de plus en plus mena&#231;ante pour la libert&#233; d'expression. Il y a certes une forme d'incoh&#233;rence entre d'un c&#244;t&#233; un principe affich&#233; de libert&#233;, d'&#233;mancipation et l'exaltation de la diversit&#233;, et de l'autre l'exaltation des valeurs de la R&#233;publique comprises comme r&#233;gulatrices de la vie commune d'une fa&#231;on qui tend &#224; devenir intol&#233;rante. Ce que les id&#233;es de tol&#233;rance avaient de facilitateur pour la vie commune, malgr&#233; leurs limites, se trouve contrari&#233; ou m&#234;me remis en cause par ce militantisme, &#224; l'occasion agressif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, il y a une telle opposition entre syst&#232;mes de valeurs et de r&#233;f&#233;rences que si on parle et s'exprime, on sait qu'on ne parle v&#233;ritablement qu'&#224; une minorit&#233; culturellement proche, au moins sur certains points essentiels. Et encore, c'est trop souvent plus par une affinit&#233; de slogans simplifi&#233;s ou de symboles plus que par un v&#233;ritable partage d'id&#233;es et de valeurs. A cela s'ajoute en effet l'affaiblissement de la culture, et la r&#233;duction de la communication &#224; des formes simplifi&#233;es, proches de slogans, comme on le voit en dominante dans les r&#233;seaux sociaux. Avec les autres, et sauf heureuses exceptions, ce qui r&#233;git les relations est au mieux une forme de n&#233;gociation, reposant au fond sur un rapport de forces. On le voit sur large &#233;chelle aux Etats-Unis actuellement, avec ce qu'on appelle guerre des cultures, mais ce sera de plus en plus le cas en Europe. Un risque &#233;vident &#224; terme est celui de la violence, d'une violence en outre relativement aveugle car mal dirig&#233;e et mal cibl&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que la pr&#233;sence de contrecultures peut jouer dans certains cas un r&#244;le important dans la vie commune, qui peut &#234;tre positif tant qu'elles subsistent. Prenons l'exemple de l'arm&#233;e, surtout au niveau des officiers. Choisir un tel m&#233;tier ne peut &#234;tre une simple question de genre de vie ou de technique, du fait qu'on y met sa vie en jeu. Cela suppose donc un syst&#232;me de valeurs bien sp&#233;cifique, offert traditionnellement dans nos pays par la culture classique ant&#233;rieure, mais difficilement compatible avec le syst&#232;me de valeurs progressiste. Ce qui montre le chemin parcouru depuis la IIIe R&#233;publique, o&#249; un officier de gauche &#233;tait plus naturel. Le syst&#232;me sape en fait cette sous-culture dont il a pourtant besoin. Parall&#232;lement, la pr&#233;sence d'&#233;l&#233;ments d'origine &#233;trang&#232;re en nombre important dans cette m&#234;me arm&#233;e, au niveau du rang, peut se r&#233;v&#233;ler ambigu&#235; : facteur d'assimilation voire de mobilisation de forces suppl&#233;mentaires pour le pays, ou au contraire &#233;ventuellement &#224; terme, facteur de renversement du pouvoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, au niveau collectif une tentation de solution minimaliste (et donc pas id&#233;ale) est ce que j'appellerai la voie ottomane : on organise consciemment la coexistence de communaut&#233;s &#224; autonomie relative. Cela dit, une telle solution supposait un pouvoir imp&#233;rial et para&#238;t malais&#233;e en contexte d&#233;mocratique. D'une part, elle est incoh&#233;rente avec l'id&#233;ologie d&#233;mocratique, domin&#233;e par des r&#233;f&#233;rences progressistes et se voulant universelle. D'autre part, elle est difficilement compatible avec le m&#233;canisme d&#233;mocratique lui-m&#234;me, qui comporte une lutte pour le pouvoir et la possible domination de la majorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au niveau des int&#233;ress&#233;s, c&#244;t&#233; conservateur ou classique, c'est paradoxalement &#224; une voie de ce genre que conduirait l'option de la contre-soci&#233;t&#233;, appel&#233;e b&#233;n&#233;dictine par Rod Dreher ; c'est aussi un peu ce qu'on a pu vivre pendant une p&#233;riode sous la IIIe R&#233;publique avec ce qu'on appelait les deux jeunesses, la catholique et la r&#233;publicaine. L'avantage en est un meilleur maintien des diff&#233;rences ; mais le risque collectif est celui d'une coupure encore plus radicale. La voie dite b&#233;n&#233;dictine a un certain sens en termes d&#233;fensifs, notamment dans l'&#233;ducation, mais elle ne saurait pas constituer une solution, car elle signale un abandon de la lutte au niveau des institutions communes, et l'abandon de ce qui peut rester de dialogue ou de reconnaissance mutuelle, abandons qui ne sont ni n&#233;cessaires ni satisfaisants, surtout dans une soci&#233;t&#233; aussi contr&#244;l&#233;e et domin&#233;e par l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait d'autant plus risqu&#233; que la divergence &#233;voqu&#233;e ici, qui touche la population d'origine europ&#233;enne, se compliquera de plus en plus &#224; l'avenir de l'autre divergence, opposant cette m&#234;me population dans ses cultures diverses &#224; une population notamment musulmane de plus en plus nombreuse et de moins en moins assimil&#233;e. L'alliance actuelle entre la gauche et les migrants a des bases fragiles. L'instabilit&#233; de l'ensemble devrait s'accro&#238;tre sensiblement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tout ceci r&#233;sulte la confirmation de l'id&#233;e que l'existence de telles divergences n'est pas optimale et m&#234;me dangereuse, pouvant conduire soit &#224; une anarchie relative, soit &#224; l'immobilisme, soit au r&#232;gne de la force, pas n&#233;cessairement bien inspir&#233;e. Mais cela confirme aussi que la voie progressiste n'est pas viable sur la dur&#233;e, car elle ne fonde pas une communaut&#233;, et en outre elle est instable. Seule offre une solution stable la voie de la pens&#233;e politique classique, avec des r&#233;f&#233;rences communes reconnues comme fondatrices d'une vie de communaut&#233; civilis&#233;e, compatibles d'ailleurs avec une assez grande diversit&#233;, du moment que ces r&#233;f&#233;rences sont mises au centre de la vie commune. Mais nous n'en sommes pas l&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans l'intervalle, il faut d&#233;velopper bon gr&#233; mal gr&#233; un art de vie en p&#233;riode malsaine, suffisamment protecteur pour &#233;viter d'y &#234;tre happ&#233; et broy&#233;, mais suffisamment habit&#233; par le souci du bien commun et la participation &#224; la vie commune pour &#233;viter les d&#233;rives collectivement nuisibles. Du grand art&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/vivre-ensemble-ou-se-supporter/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Les d&#233;rapages collectifs : quand une soci&#233;t&#233; va dans le mur</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-derapages-collectifs-quand-une-societe-va-dans-le-mur.html</link>
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		<dc:date>2023-05-24T15:46:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;rapage collectif</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous avons tous en t&#234;te ce que peut &#234;tre le d&#233;rapage collectif d'un soci&#233;t&#233;, le fait que le d&#233;bat public dans un pays, les id&#233;es re&#231;ues qui fondent l'agir collectif, finissent par d&#233;river gravement par rapport aux besoins du moment et &#224; la situation r&#233;elle du pays. Et cela m&#234;me sans r&#233;volution ou rupture, par un blocage du d&#233;bat qui perdure dans le temps et s'aggrave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La France actuelle en offre un exemple particuli&#232;rement spectaculaire, depuis les ann&#233;es 70, et ne para&#238;t pas pr&#234;te de se corriger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La comparaison avec d'autres pays est ici &#233;difiante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nous avons tous en t&#234;te ce que peut &#234;tre le d&#233;rapage collectif d'un soci&#233;t&#233;, le fait que le d&#233;bat public dans un pays, les id&#233;es re&#231;ues qui fondent l'agir collectif, finissent par d&#233;river gravement par rapport aux besoins du moment et &#224; la situation r&#233;elle du pays - que ce dernier soit d&#233;mocratique ou autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En disant cela, on pense spontan&#233;ment d'abord aux changements radicaux de syst&#232;me politique dans un sens collectivement d&#233;sastreux : l'Allemagne en 1933, la Russie en 1917. Dans les cas de ce genre, le d&#233;rapage r&#233;pond &#224; une situation bloqu&#233;e et comporte un saut dans le vide vers quelque chose de tout &#224; fait nouveau. Un autre exemple possible qui vient &#224; l'esprit est celui de la d&#233;rive personnelle d'un homme qui dirige un syst&#232;me, notamment un dictateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce que je voudrais &#233;voquer ici est un peu diff&#233;rent : c'est le cas de d&#233;rapages collectifs sans saut dans le vide, par d&#233;rive &#233;tal&#233;e dans le temps ; et donc dans une soci&#233;t&#233; qui n'est ni saisie par la rapidit&#233; des &#233;v&#233;nements, ni hors d'&#233;tat de r&#233;fl&#233;chir ou de d&#233;battre, qui pourrait donc - et si le monde &#233;tait rationnel, qui devrait - prendre conscience de son d&#233;rapage, et r&#233;agir contre ; mais elle ne le fait pas. Les Cassandres ne manquent pourtant pas, qui avertissent du danger ; mais elles restent minoritaires et ne sont pas &#233;cout&#233;es. Bien s&#251;r pendant tout un temps une explication partielle est le fait que la d&#233;rive n'est pas encore totalement &#233;vidente, et reste donc discutable. Mais cela ne rend pas compte de cet &#233;trange ph&#233;nom&#232;ne du contraste entre la d&#233;rive de tous et la faiblesse relative de la prise de conscience et de la r&#233;action.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans de tels cas, le fait est que certaines formes de pens&#233;e deviennent dominantes et incontournables, imposant leurs crit&#232;res de raisonnement, alors m&#234;me qu'elles aboutissent &#224; des d&#233;cisions contreproductives. Et surtout, plus surprenant encore, qui sont souvent contreproductives de leur point de vue m&#234;me. Ce genre de d&#233;rive peut durer un temps significatif sans &#234;tre corrig&#233;, et quand il devient clair qu'il y a un probl&#232;me, c'est tr&#232;s tard et le probl&#232;me est devenu grave.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple actuel particuli&#232;rement caract&#233;ristique est celui de la France depuis 1974. Tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement des d&#233;cisions absurdes y sont prises, mais rarement corrig&#233;es, dans des domaines vari&#233;s : le regroupement familial des immigr&#233;s, les nationalisations, la retraite &#224; 60 ans, les 35 heures, la n&#233;gligence puis le recul programm&#233; du nucl&#233;aire, l'effondrement de l'effort militaire, la baisse dramatique du niveau scolaire, la politique africaine, l'immigration incontr&#244;l&#233;e, la d&#233;molition des prestations familiales et la baisse de la natalit&#233; etc. Avec une constante, le d&#233;rapage de la dette publique. Sauf sur le premier point (nationalisations, suivies des privatisations), il n'y a pas eu de marche arri&#232;re assum&#233;e : ou on vit avec la mauvaise d&#233;cision, ou on bricole pour faire semblant ou corriger les effets les plus criants. La gauche (PS et ses alli&#233;s) a souvent eu la responsabilit&#233; premi&#232;re de ces d&#233;rives ; mais souvent aussi la responsabilit&#233; a &#233;t&#233; ensuite partag&#233;e, et la droite (RPR, UMP, LR etc.) n'est jamais revenue vraiment sur de mauvaises d&#233;cisions m&#234;me si elle s'y &#233;tait oppos&#233;e au d&#233;part.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela met en &#233;vidence quelque chose de plus que le jeu normal des divergences et des erreurs : il y a &#224; l'&#233;vidence dans ce pays un biais collectif, un attachement &#224; un mode de pens&#233;e et d'action d&#233;ficient mais qu'on ne veut pas corriger. Cela passe notamment par un refus de l'effort collectif, le refus de redresser les situations &#233;tablies abusives, qui peut se rencontrer dans d'autres pays mais n'atteint pas ces proportions. Et cela ne se limite pas &#224; une incapacit&#233; &#224; agir, car tr&#232;s vite c'est l'existence m&#234;me du probl&#232;me qui n'est pas vraiment mise sur le tapis et se trouve vite oubli&#233;e dans le d&#233;bat collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien qu'on ait une d&#233;rive analogue dans la Russie poutinienne, qu'a bien mise en lumi&#232;re l'&#233;chec relatif de la Russie dans son op&#233;ration en Ukraine. Je ne place pas ici du point de vue de la condamnation morale de l'agression, mais de ce que le r&#233;gime cherchait lui-m&#234;me &#224; faire. La grande id&#233;e du r&#232;gne de V. Poutine &#233;tait de restaurer la Russie dans une position de vraie puissance. Or ce que l'on constate, c'est une incapacit&#233; militaire qui a stup&#233;fait m&#234;me le monde des sp&#233;cialistes, et une faiblesse &#233;conomique relative qui &#233;tait mieux connue mais est devenue bien plus visible. Ce qui met &#233;videmment en lumi&#232;re l'existence de failles profondes qui ne datent pas d'hier et paraissent structurelles. Manifestement le r&#233;gime s'est intoxiqu&#233; lui-m&#234;me, et la soci&#233;t&#233; russe avec, notamment sur sa r&#233;alit&#233; militaire et sur l'&#233;tat des lieux politiques en Ukraine. On dit que c'est pr&#233;visible pour un r&#233;gime autoritaire, les gens flattant le prince en lui cachant les mauvaises nouvelles. Mais de nombreux r&#233;gimes autoritaires se sont r&#233;v&#233;l&#233;s au contraire militairement efficaces (Hitler jusqu'en 41) ou capables de redresser leurs erreurs (Staline).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les Etats-Unis offrent un spectacle assez diff&#233;rent. Ils ont connu de graves d&#233;rives et commis d'&#233;normes erreurs, voire pires ; la pression collective peut y devenir &#224; un moment plus parano&#239;aque qu'ailleurs et avec une grande intensit&#233; dans l'erreur. Voir les exemples de la prohibition de l'alcool, du Vietnam, de l'Iraq ; ou actuellement du &lt;i&gt;wokisme&lt;/i&gt;. Mais le fait est qu'ils se corrigent souvent bien plus vite. Ainsi actuellement dans leurs rapports avec la Chine, apr&#232;s une longue n&#233;gligence. Et donc si dans leur cas &#233;checs et r&#233;ussites alternent, l'effet d'ensemble est moins &#233;vident que dans les exemples pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certains c&#244;t&#233;s, la Chine pr&#233;sente elle aussi un paysage complexe : le d&#233;lire mao&#239;ste a &#233;t&#233; suivi d'une rectification profonde qui a &#233;t&#233; fructueuse. Mais on peut en revanche se poser la question depuis Xi Jinping, qui a raidi le m&#233;canisme et pourrait aboutir &#224; le gripper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche on peut discerner une autre tr&#232;s large d&#233;rive collective dans le m&#233;canisme europ&#233;en, notamment avec sa tentative de sortie de l'histoire et son r&#234;ve d'un Etat post-national pacifiste et exemplaire. On s'est gauss&#233; de Fukuyama, mais son pays (les Etats-Unis) n'a jamais pens&#233; sortir de l'histoire. L'Europe oui. Et m&#234;me l'actuelle guerre en Ukraine ne la r&#233;veille pas vraiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait aussi citer dans des genres tr&#232;s diff&#233;rents les d&#233;rapages argentins, qui sont une constante dans ce pays depuis le d&#233;lire p&#233;roniste. Et &#224; bien des points de vue le d&#233;ni de r&#233;alit&#233; qui affecte l'Eglise catholique depuis le Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on faire dans ces cas-l&#224; ? Justement, le probl&#232;me na&#238;t largement du fait que le pays qui entre dans ce genre de d&#233;rive s'est pr&#233;cis&#233;ment construit, dans la phase en question, pour ne pas voir les probl&#232;mes qui l'affectent, ou au moins pour refuser les consid&#233;rations en ce sens dans le d&#233;bat public. Un point d'action qui vient alors imm&#233;diatement &#224; l'esprit est la restauration d'une certaine qualit&#233; du d&#233;bat, ce qui suppose un d&#233;bat sans diabolisation. Car si on diabolise tout ce qui s'oppose aux id&#233;es dominantes, le d&#233;bat se ferme. Diabolisation : on retrouve une maladie bien fran&#231;aise.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les trois pouvoirs : le politique, le spirituel, et l'&#233;conomique, et leur r&#233;partition dans le monde de demain</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-trois-pouvoirs-le-politique-le-spirituel-et-l-economique-et-leur.html</link>
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		<dc:date>2023-02-06T17:03:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Organisation des pouvoirs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a dans la r&#233;gulation de la vie commune trois grands types de pouvoir : le politique, le spirituel (les valeurs essentielles), et l'&#233;conomique. Autrement dit le pouvoir de commander, les r&#233;f&#233;rences communes directrices, et les richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la r&#233;partition de ces pouvoirs dans les soci&#233;t&#233;s connues met en &#233;vidence l'originalit&#233; de la situation actuelle, caract&#233;ris&#233;e par la faiblesse des r&#233;f&#233;rences spirituelles, au profit notamment de l'&#233;conomie. Situation &#233;trange et paradoxale, qui tendrait &#224; faire consid&#233;rer notre &#233;poque comme une p&#233;riode de transition non durable. A laquelle devrait faire suite, par un renversement en profondeur de nos r&#233;f&#233;rences collectives, un retour du moral et du spirituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Organisation-des-pouvoirs-+.html" rel="tag"&gt;Organisation des pouvoirs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a dans la r&#233;gulation de la vie commune trois grands types de pouvoir : le politique, le spirituel (les valeurs essentielles), et l'&#233;conomique. Autrement dit le pouvoir de commander, les r&#233;f&#233;rences communes directrices, et les richesses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;flexion sur la r&#233;partition de ces pouvoirs dans les soci&#233;t&#233;s connues met en &#233;vidence l'originalit&#233; de la situation actuelle, caract&#233;ris&#233;e par la faiblesse des r&#233;f&#233;rences spirituelles, au profit notamment de l'&#233;conomie. Situation &#233;trange et paradoxale, qui tendrait &#224; faire consid&#233;rer notre &#233;poque comme une p&#233;riode de transition non durable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons-les d'abord en termes traditionnels, pour voir ensuite le cas de notre soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le sch&#233;ma d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a d'abord la fonction morale ou spirituelle au sens large, qui est normalement une autorit&#233;, sous une forme ou une autre. C'est le pouvoir fondateur de ce qui a valeur collective, donc en un sens du fondement de la souverainet&#233;, mais aussi de la morale collective, puisqu'il dit ce qui doit &#234;tre. Il se r&#233;f&#232;re bien s&#251;r au d&#233;part &#224; tout ce qui d&#233;passe l'humain ou le mat&#233;riel ordinaire, notamment &#224; tout ce qui est surnaturel, religieux, mais aussi &#224; toute valeur jug&#233;e collectivement indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis on a la fonction ou pouvoir politique et militaire, pouvoir de direction et de coercition, qui est l&#224; soit pour mettre de l'ordre aux divers sens du terme, soit pour contraindre ceux qui ne rentrent pas dans les sch&#233;mas collectifs. Il exerce sur l'homme au minimum un pouvoir interpersonnel, physique (la contrainte), &#233;ventuellement aussi moral (une forme aussi d'autorit&#233;) mais alors il s'appuie sur la premi&#232;re fonction. Dans ce deuxi&#232;me cas, il participe du pouvoir pr&#233;c&#233;dent ; dans le premier il est &#224; dominante mat&#233;rielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, on a la fonction &#233;conomique au sens large, qui produit soit directement ce qui donne une quelconque satisfaction, un plaisir, soit ce qui est instrument ou moyen pour autre chose. Ce n'est pas une autorit&#233; ; elle s'adresse &#224; l'homme en l'attirant par cette perspective de satisfaction, directe ou indirecte, en lui proposant ce qui sera pour lui un objet ma&#238;tris&#233;, qu'il utilisera comme il l'entend. Ce pouvoir est mat&#233;riel et s'exerce en s'appuyant sur le besoin ou le d&#233;sir. Selon le cas, ce qu'on appelle aujourd'hui culturel rel&#232;ve de ce niveau, s'il est objet de consommation ; ou du spirituel au sens large, s'il est porteur d'une ouverture &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, on retrouve largement la trilogie indoeurop&#233;enne ch&#232;re &#224; G. Dum&#233;zil. Mais l'approche d&#233;velopp&#233;e ici est purement pratique ; elle ne suppose notamment pas l'existence de repr&#233;sentations ou d'arch&#233;types premiers. Pourquoi alors ces trois fonctions ? Parce qu'au fond il s'agit de faire agir ensemble des &#234;tres libres, mais imparfaits, et vitalement reli&#233;s les uns aux autres. On peut alors les orienter et motiver au moyen de r&#233;f&#233;rences propos&#233;es comme v&#233;rit&#233;s et valeurs, ce qui leur montre le monde et lui donne du sens (fonction 1) ; on peut les contraindre afin qu'ils agissent dans un certain sens reconnu souhaitable, notamment les uns par rapport aux autres (fonction 2) ; et enfin on peut les faire d&#233;ployer leur activit&#233; concr&#232;te sur la base de leurs d&#233;sirs, afin de r&#233;aliser ce qui les attire (fonction 3).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une distinction tripartie diff&#233;rente et innovante a &#233;t&#233; propos&#233;e par Beno&#238;t XVI, du fait de sa d&#233;finition de la soci&#233;t&#233; civile, regroupant associations, famille, Eglise, etc., et fond&#233;e sur le don. Elle constitue pour lui un des trois piliers, les deux autres &#233;tant la sph&#232;re publique, coercitive, et l'ordre marchand, fond&#233; sur l'&#233;change et le calcul d'int&#233;r&#234;t. Trois termes donc, mais pas tout &#224; fait les m&#234;mes que ceux que j'ai utilis&#233;s. C'est ce qu'il appelle soci&#233;t&#233; civile qui diff&#232;re le plus, puisqu'il regroupe ma sph&#232;re des id&#233;es et valeurs fondamentales (pouvoir spirituel au sens large) avec le secteur priv&#233; des associations, familles, l'action caritative etc. C'est que l'objectif n'est pas le m&#234;me : comme je me concentre ici sur la question des pouvoirs, je laisse en dehors le secteur de l'association et du don, qui ne me para&#238;t pas en soi faire intrins&#232;quement l'objet d'un pouvoir. Bien entendu, on peut exercer un pouvoir par le don ; mais pour cela il faut une traduction de ce don ou de cette association dans l'une des fonctions ici examin&#233;es : si je donne et que l'autre se sente oblig&#233;, c'est du fait d'une croyance ; si on s'associe, il y aura un objet (le plaisir d'&#234;tre ensemble, une production ou un service, un impact sur la soci&#233;t&#233;, et bien s&#251;r des croyances communes). Ce qui ne veut bien s&#251;r pas dire que ce domaine de la gratuit&#233; soit sans importance, tout au contraire, notamment pour donner du sens &#224; la soci&#233;t&#233;. Je garde donc ici la classification pr&#233;sent&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des pouvoirs plus ou moins concentr&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, chacune de ces trois fonctions peut correspondre &#224; un centre de pouvoir ou une organisation sp&#233;cifique, qui peut en outre &#234;tre plus ou moins concentr&#233;. A un extr&#234;me, on a un monopole, au moins relatif : seule une institution dispose du pouvoir en question. On a ensuite, au milieu, le cas d'une organisation plurielle mais oligarchique : plusieurs organes, mais en nombre limit&#233; disposent de ce pouvoir. Enfin, &#224; l'autre extr&#234;me, on a une atomisation : le pouvoir est largement diffus&#233;, m&#234;me si tous ne l'ont pas. Cela peut ressembler aux trois cat&#233;gories de r&#233;gimes politiques d'Aristote (monarchie, aristocratie, et r&#233;publique), mais ce qui est vis&#233; ici est un peu diff&#233;rent : il ne s'agit pas de savoir comment est organis&#233; chaque pouvoir, s'il est d&#233;tenu par une personne, plusieurs, ou un grand nombre, mais si ce pouvoir lui-m&#234;me est concentr&#233; sur une institution, ou sur plusieurs. De fait, chacune de nos trois fonctions, qu'elle soit monopolistique, oligopolistique, ou atomis&#233;e, peut &#234;tre dans chaque cas monarchique, aristocratique ou d&#233;mocratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les r&#233;partitions entre ces fonctions ont chang&#233; de fa&#231;on dramatique dans l'histoire, par exemple entre le Moyen Age et l'&#233;poque moderne. Je l'ai montr&#233; dans mon livre Chr&#233;tient&#233; et D&#233;mocratie : &#171; l'&#233;volution qui a conduit au passage de la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle [dans sa forme classique, celle du milieu du XXe si&#232;cle] s'est accompagn&#233;e d'un bouleversement complet de l'organisation de la soci&#233;t&#233;, que l'on peut sch&#233;matiser comme suit, en comparant la situation telle qu'elle &#233;tait pens&#233;e &#224; l'&#233;poque f&#233;odale (au d&#233;but du Moyen Age) et un Etat d&#233;mocratique moderne, au sens du XXe si&#232;cle. Dans le premier cas, m&#233;di&#233;val, le seul pouvoir vraiment organis&#233; &#233;tait le pouvoir spirituel, religieux, avec un chef (&#233;lu par ses pairs), le pape, et une organisation b&#226;tie autour de lui. Dans l'autre, le seul pouvoir comparable est celui du chef d'Etat ou de gouvernement : ce n'est plus un pouvoir religieux, mais la t&#234;te d'une organisation politique stable. Au contraire, dans le premier cas (m&#233;di&#233;val) le pouvoir politique &#233;tait divis&#233;, en comp&#233;tition permanente, de taille tr&#232;s variable, plus ou moins hi&#233;rarchis&#233;, plus ou moins puissant, et instable. Le Moyen Age est fascinant comme paradigme d'une vie collective qui est &#224; l'oppos&#233; du sch&#233;ma moderne, fond&#233; qu'il &#233;tait sur une multiplicit&#233; de libert&#233;s concr&#232;tes et de pouvoirs s'&#233;quilibrant entre eux, et non sur la toute-puissance de l'Etat. L'Etat et le gouvernement sont en effet deux choses diff&#233;rentes ; le premier, s'il est fort, est tendanciellement totalitaire ; le deuxi&#232;me doit &#234;tre fort pour assurer sa mission, qui est limit&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est analogue &#224; la situation du politique dans le monde m&#233;di&#233;val est dans le monde actuel le pouvoir &#233;conomique, les entreprises jouant [&#8230;] le r&#244;le qu'avaient alors les principaut&#233;s f&#233;odales. En revanche, dans le cas f&#233;odal, le pouvoir &#233;conomique &#233;tait local, tr&#232;s morcel&#233;, d'ordre priv&#233; et subordonn&#233; au politique ou au religieux en dehors de quelques activit&#233;s de grand commerce. Dans le cas de nos soci&#233;t&#233;s, ce qui est analogue &#224; cette derni&#232;re situation, c'est le statut [&#8230;] du pouvoir religieux justement, totalement &#233;clat&#233;, et non reconnu en dehors de la sph&#232;re priv&#233;e. Malgr&#233; les apparences, on peut d'ailleurs presque en dire autant de l'activit&#233; intellectuelle dans son ensemble. Comme on le voit, il y a donc une sorte de mouvement tournant, chaque type de soci&#233;t&#233; donnant &#224; un des pouvoirs un r&#244;le plus ou moins centralis&#233;, d&#233;centralis&#233; ou atomis&#233; selon les cas. Si l'on utilise ce sch&#233;ma comme r&#233;f&#233;rence, on v&#233;rifiera qu'il est in&#233;vitable que les crit&#232;res applicables dans un contexte le soient difficilement dans un autre. Ceci vaut notamment pour la question [&#8230;] de la pluralit&#233; des r&#233;f&#233;rences religieuses. L'Eglise m&#233;di&#233;vale ne tol&#233;rait pas d'organisation rivale dans le monde chr&#233;tien : exactement comme le pouvoir politique moderne, qui a un r&#244;le r&#233;f&#233;rentiel central comparable, ne tol&#232;re pas d'organisation &#233;tatique rivale sur son territoire. Ce qui compte en effet est ce qui constitue par excellence le lien social. C'&#233;tait alors l'appartenance religieuse, c'est au XXe si&#232;cle la nation. Inversement l'id&#233;e de deux pouvoirs politiques se tol&#233;rant l'un l'autre sur le m&#234;me territoire nous appara&#238;t tout &#224; fait impensable. Elle &#233;tait pourtant fr&#233;quente au Moyen Age, puisqu'ils n'&#233;taient pas fondateurs du lien social essentiel. En d'autres termes, le lieu d'exercice du pluralisme &#233;tait diff&#233;rent, parce que le fondement de la soci&#233;t&#233; &#233;tait diff&#233;rent. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, il faut bien comprendre que nous parlons ici de dominantes. Par exemple la premi&#232;re fonction que nous d&#233;crivons ici est celle qui donne les principes ultimes auxquels une soci&#233;t&#233; donn&#233;e se r&#233;f&#232;re en derni&#232;re analyse. Cela ne signifie pas que ces principes soient appliqu&#233;s par tous et en tous cas ; ni m&#234;me qu'ils soient bien compris et que toutes les cons&#233;quences en soient logiquement tir&#233;es. Le Moyen Age par exemple, soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne dans sa norme centrale, se caract&#233;risait par une extraordinaire bigarrure de valeurs, antiques, f&#233;odales, barbares etc. Cela ne signifie m&#234;me pas que ce soient-l&#224; les seuls principes et valeurs qui animent la soci&#233;t&#233; en question : ce n'est jamais le cas (sauf peut-&#234;tre des soci&#233;t&#233;s tr&#232;s primitives). Ce qui importe ici est la fonction normative, le pouvoir reconnu &#224; un m&#233;canisme social pour qu'il puisse jouer lorsque c'est jug&#233; appropri&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et plus ou moins normatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, de m&#234;me que ces trois fonctions sont organis&#233;es de fa&#231;on variable, leur r&#244;le relatif et leur importance pour la soci&#233;t&#233; varient. Pour &#234;tre complet, il faudrait donc aussi distinguer trois niveaux d'importance, qu'on pourrait appeler le n&#233;cessaire, le pragmatique, et le non-significatif. Dans le premier, on a un niveau d'exigence important, voire essentiel. Dans le second, on accepte une adaptation empirique aux faits. Dans le troisi&#232;me, on consid&#232;re que la question n'a pas d'importance publique. En d'autres termes, il y a dans toute soci&#233;t&#233; une fonction qui est une r&#233;f&#233;rence centrale (niveau 1) ; une autre qui est reconnue comme r&#233;alit&#233; pratique importante (niveau 2) ; le reste &#233;tant enfin consid&#233;r&#233; secondaire (niveau 3). Cela ne signifie pas que la fonction qui jouit du niveau 1 soit jug&#233;e sup&#233;rieure, mais qu'elle est charg&#233;e de ce qui est estim&#233; s'imposer dans cette soci&#233;t&#233;, et des conditions pratiques dans lesquelles cela peut &#234;tre atteint. De m&#234;me, le second niveau peut &#234;tre dans la pratique prescriptif, mais on le per&#231;oit comme le domaine dans lequel se font les choses, m&#234;me si ce n'est pas de fa&#231;on id&#233;ale : on admet que ses r&#232;gles soient sous contr&#244;le du premier. Le troisi&#232;me niveau comprend ce qui est jug&#233; sans importance ou purement priv&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement il y a une corr&#233;lation tr&#232;s forte entre ces trois niveaux et les trois fonctions pr&#233;c&#233;dentes : plus une fonction est r&#233;f&#233;rentielle, plus elle tend &#224; avoir un monopole, car de vraies normes r&#233;gulatrices de la vie commune ne peuvent &#234;tre multiples. Et plus elle est insignifiante, plus elle peut se diviser. R&#233;ciproquement, ce qui est unique tend &#224; &#234;tre normatif. Comme on sait, les soci&#233;t&#233;s anciennes donnaient toutes une grande importance au facteur spirituel (la premi&#232;re fonction d&#233;crite pr&#233;c&#233;demment). La soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale par exemple concentrait ses exigences normatives sur le religieux. Elle admettait un certain pragmatisme, de niveau 2 donc, dans le champ du politique (compris au sens large, en y incluant toute l'architecture des pouvoirs dans la soci&#233;t&#233; civile). Mais il &#233;tait au moins en th&#233;orie guid&#233; et encadr&#233; par le niveau 1. En revanche elle mettait l'&#233;conomie en niveau 3, utilitaire et m&#233;prisable, peu apte &#224; la th&#233;orisation et moins digne de la consid&#233;ration publique. Il y avait donc une bonne correspondance entre l'organisation des pouvoirs et leur r&#244;le normatif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cette relation entre les deux &#233;chelles n'est pas absolument n&#233;cessaire. La soci&#233;t&#233; moderne, &#224; l'&#233;poque de l'Etat-nation classique (XIXe et gros du XXe si&#232;cle), &#233;tait par exemple sur ce plan complexe. Formellement, elle refusait tout r&#244;le ordonnateur &#224; la premi&#232;re fonction, surtout sous sa forme religieuse ; elle la refoulait donc en principe au niveau priv&#233; ; il n'y avait donc pas de pouvoir organis&#233; en la mati&#232;re. En cela elle &#233;tait tr&#232;s sp&#233;cifique dans l'histoire. Pourtant, en fait, elle admettait des r&#233;f&#233;rences collectives, qui &#233;taient m&#234;me tr&#232;s importantes dans la soci&#233;t&#233; concern&#233;e, notamment la d&#233;mocratie et les droits de l'homme, ou le patriotisme. Ces r&#233;f&#233;rences se pr&#233;sentaient comme une mani&#232;re d'organiser le jeu des libert&#233;s et des pouvoirs ; dans cette soci&#233;t&#233; cela n'incombait pas &#224; une organisation particuli&#232;re, un centre de pouvoir identifiable, mais c'&#233;tait diffus. D'o&#249; une situation originale : bien que ne disposant en th&#233;orie pas d'un porte-parole, une telle id&#233;ologie se situait en importance au premier rang dans la hi&#233;rarchie des normes, avec un statut d'exigence. En revanche, le reste de la fonction &#8216;spirituelle' ou morale &#233;tait rel&#233;gu&#233; dans l'insignifiance ; il y a l&#224; co&#239;ncidence entre ce rang inf&#233;rieur et la dispersion de ses supports. En fait, les valeurs consid&#233;r&#233;es ci-dessus, les seules alors significatives, &#233;taient des valeurs politiques, donc reli&#233;es &#224; la deuxi&#232;me fonction. Dans une certaine mesure donc, l'Etat avait absorb&#233; une partie de la premi&#232;re fonction, r&#233;pandant une id&#233;ologie officielle avec un r&#244;le magist&#233;riel, renforc&#233; de l'importance du patriotisme. Configuration dont on a vu d'ailleurs les dangers ; ils restaient limit&#233;s dans le cas lib&#233;ral parce que ce n'&#233;tait qu'une partie de la fonction qui &#233;tait ainsi assum&#233;e, l'autre &#233;tant rel&#233;gu&#233;e, en th&#233;orie au moins, dans l'insignifiance de la vie priv&#233;e. Mais ils sont devenus terrifiants dans les d&#233;rives totalitaires du XXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Sp&#233;cificit&#233; de la situation actuelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce mod&#232;le encore typique dans le courant du XXe si&#232;cle a &#233;volu&#233; fortement depuis 1970. Dans la phase ant&#233;rieure (celle des &#8216;hussards de la R&#233;publique' en France) une morale commune, largement du christianisme la&#239;cis&#233;, &#233;tait admise par tous, et articul&#233;e sur le niveau politique (avec le patriotisme). Depuis on glisse vers une conception relativiste, tant de la morale que des Droits de l'Homme, fond&#233;e sur des r&#232;gles du jeu. L'id&#233;ologie s'&#233;pure donc, et se concentre de plus en plus sur un r&#244;le nettement distinct de la deuxi&#232;me fonction (politique). Par ailleurs, le lien &#233;troit que le patriotisme m&#234;l&#233; &#224; la d&#233;mocratie r&#233;alisait entre l'id&#233;ologie dominante et la fonction politique s'att&#233;nue consid&#233;rablement (surtout en Europe). En outre, cette id&#233;ologie relativiste, d&#233;sormais diffuse, s'impose aussi &#224; l'Etat, qui n'en est plus le propagateur premier &#8211; m&#234;me s'il se met largement &#224; son service. On pourrait s'&#233;tonner qu'une fonction non centralis&#233;e puisse avoir un tel r&#244;le normatif. Mais le fait qu'une norme ne soit pas identifi&#233;e &#224; une autorit&#233; n'implique pas qu'elle ne s'exerce pas comme norme ; son influence peut prendre une autre forme, notamment celle d'une pression collective, ou de r&#232;gles socialement contraignantes, et qui le deviennent parfois juridiquement (les tribunaux jouent aussi souvent ce r&#244;le et notamment le Conseil constitutionnel, la Cour europ&#233;enne de justice etc.). C'est ce qui appara&#238;t avec nos soci&#233;t&#233;s, qui refusent en th&#233;orie tout magist&#232;re, mais acceptent de fait la pression obs&#233;dante d'une forme ou d'une autre de &#8216;politiquement correct'. En d'autres termes, et contrairement &#224; la structure m&#233;di&#233;vale, l'absence de pouvoir spirituel central organis&#233; n'emp&#234;che pas le r&#244;le normatif de l'id&#233;ologie dominante. De son c&#244;t&#233;, l'&#233;crasement du pouvoir spirituel v&#233;ritable (le reste de tout ce qui est moral ou spirituel), dans ses manifestations explicites, reste une r&#233;alit&#233;, notamment ses formes organis&#233;es ; le niveau religieux reste marginalis&#233; dans l'architecture explicite de la soci&#233;t&#233; (hors Islam). M&#234;me si la situation reste mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomique ensuite, longtemps moins significatif, est mont&#233; en puissance et il dispose gr&#226;ce &#224; la mondialisation d'un affranchissement sans pr&#233;c&#233;dent. Il ne r&#233;cup&#232;re pas pour autant le degr&#233; de centralit&#233; qu'avait pr&#233;c&#233;demment le politique, car il n'y a pas un organe de pouvoir &#233;conomique central ; mais il aligne des pouvoirs oligopolistiques consid&#233;rables. Parfois m&#234;me, il tend &#224; rivaliser avec le politique, pour prendre lui aussi un r&#244;le r&#233;f&#233;rentiel et m&#234;me normatif par certains c&#244;t&#233;s (il est vrai limit&#233;s). Ce qui est logique dans une perspective relativiste ; en effet, si on refuse toute norme dictant une conduite ou proposant des buts objectifs, hors les r&#232;gles du jeu relativiste qui sont alors sacr&#233;es, l'effort tend &#224; se situer sur l'utilisation efficace des moyens, donc sur l'&#233;conomique (y compris les droits sociaux). Et comme nous l'avons fait remarquer ailleurs, l'argent fournit une r&#233;f&#233;rence commune commode, en l'absence de toute autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;conomique, qui a &#233;merg&#233; durant la p&#233;riode et est devenu objet conscient de r&#233;flexion et d'action, est moins normatif, plus flexible, plus facile &#224; utiliser comme outil de compromis. Il a plus t&#244;t que le politique radicalis&#233; son acceptation du relativisme. Le mod&#232;le du march&#233; est en effet de loin ce qui permet le plus facilement les choix concrets que le syst&#232;me exige et qu'il ne peut traiter par r&#233;f&#233;rence &#224; une valeur commune. L'argent est disponible pour jouer ce r&#244;le, et c'est l'instrument le plus neutre et le plus flexible de tous. D&#232;s lors, l'&#233;conomie tend de plus en plus &#224; fournir les r&#233;f&#233;rences communes, ou plut&#244;t les moyens de l'arbitrage, puisque les autres niveaux sont d&#233;faillants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui ne veut &#233;videmment pas dire que sa cohabitation avec eux est sans probl&#232;me. On constate par exemple une contradiction tendancielle permanente entre le capitalisme et l'id&#233;ologie d&#233;mocratique, entre le pragmatisme du premier et la volont&#233; de normalisation de la seconde. Plus efficace et plus adapt&#233;, le champ &#233;conomique est en m&#234;me temps le plus frustrant par rapport &#224; la recherche de normes et de valeurs. Or cette recherche m&#234;me refoul&#233;e revient en permanence, car c'est un besoin essentiel de l'homme, puisqu'il ne peut pas ne pas se poser la question de la valeur de ce qu'il fait. R&#233;guli&#232;rement alors, le politique r&#233;appara&#238;t aussi, drap&#233; dans le manteau de la morale. D'o&#249; la volont&#233; au moins affich&#233;e de moraliser la vie &#233;conomique elle-m&#234;me, et pas seulement par le biais de l'intervention de l'Etat : des &#233;thiques en tout genre envahissent l'espace public. La soci&#233;t&#233; ne peut pas fonctionner sans r&#233;f&#233;rence, et les individus cherchent un sens. Mais c'est &#224; travers des actions multiples et h&#233;t&#233;rog&#232;nes, d&#233;sesp&#233;rant de tout grand discours fondateur. Le &#171; capitalisme &#187; (l'&#233;conomie moderne) constitue selon Jean Baechler (dans son livre sur le Capitalisme) une &#233;trange d&#233;viation et m&#234;me un antihumanisme. L'alternative, dit-il, n'est alors pas politique, mais &#233;thique et religieuse. Mais c'est l&#224; que cet auteur, comme la plupart, s'arr&#234;te en chemin, car il pr&#233;cise : &#8216;donc' personnelle et priv&#233;e. Il n'est d&#232;s lors plus &#224; m&#234;me de conclure par un pronostic, et le reconna&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par tous ces c&#244;t&#233;s en tout cas, le r&#244;le du politique est d&#233;sormais menac&#233;. M&#234;me si pour certains il reste le niveau o&#249; l'id&#233;al joue, au moins en th&#233;orie : pour d'autres, nombreux, il est de plus en plus rel&#233;gu&#233; &#224; un niveau pragmatique et non plus normatif. En outre, la mondialisation affaiblit de plus en plus le monopole &#233;tatique : les Etats restent, mais ils ne sont plus au centre exclusif de la soci&#233;t&#233; ; ils basculent sur un positionnement oligopolistique. En d'autres termes, le pouvoir politique se situe de fa&#231;on croissante en niveau 2 (pragmatique), et de monopoliste il devient oligopolistique - m&#234;me s'il garde encore en principe le monopole relatif de la souverainet&#233;. Un instant apparemment vainqueur, du fait qu'il s'&#233;tait octroy&#233; un r&#244;le central comme donneur de normes et souverain d&#233;mocratique ne rendant de compte &#224; personne, il est d&#233;sormais remis en cause. L'affaiblissement d&#233;j&#224; relev&#233; du politique dans les d&#233;mocraties modernes se traduit notamment par le glissement du comportement des politiques vers un r&#244;le verbal et th&#233;&#226;tral, ins&#233;r&#233; dans le flux constant de nouvelles qu'instaure le syst&#232;me m&#233;diatique, et volontiers narcissique. Le tout tr&#232;s &#233;loign&#233; de la dignit&#233; ancienne du politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce sch&#233;ma, on n'a donc actuellement aucun pouvoir en position centrale exclusive ; on a des pouvoirs politiques et &#233;conomiques oligopolistiques, les &#233;conomiques montant en force ; ils sont les uns et les autres faiblement normatifs, essentiellement &#224; un niveau pragmatique ; et on a enfin un pouvoir moral ou spirituel diffus, sauf au niveau de l'id&#233;ologie relativiste qui, elle, est clairement dominante, du moins en Europe : mais elle n'est pas centralis&#233;e et est en partie d&#233;connect&#233;e de la deuxi&#232;me fonction (politique) ; on a aussi une remont&#233;e d'influence du religieux ici ou l&#224; mais qui reste dispers&#233;e et d&#233;sorganis&#233;e. On mesure le changement pour le politique par rapport &#224; la p&#233;riode &#8216;moderne', avant 1970, car il est remis&#233; d&#233;sormais &#224; un niveau interm&#233;diaire ; mais aussi le rel&#232;vement du statut de l'&#233;conomique, et le r&#244;le divis&#233; du normatif (ou id&#233;ologique) : pr&#233;pond&#233;rant au niveau du relativisme qui domine, il reste divis&#233; au niveau des propositions spirituelles ou morales concr&#232;tes. Sauf le consensus id&#233;ologique sur des r&#232;gles du jeu relativistes, et l'effet unifiant du march&#233;, il n'y donc plus de r&#233;f&#233;rence commune. Tout ceci para&#238;t conduire &#224; l'id&#233;e que la p&#233;riode que nous traversons est une p&#233;riode de transition, de recomposition, qui peut &#234;tre radicale. Et l'hypoth&#232;se qui vient naturellement &#224; l'esprit, si on admet que la roue va continuer &#224; tourner, est celle d'une possible remont&#233;e de la premi&#232;re fonction, religieuse ou spirituelle, peut-&#234;tre dans un premier temps sous forme plurielle (oligopolistique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autres exemples de soci&#233;t&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons constat&#233; des diff&#233;rences radicales entre les points extr&#234;mes que sont la soci&#233;t&#233; m&#233;di&#233;vale et la p&#233;riode actuelle sous ses deux formes, modernit&#233; et postmodernit&#233;. Qu'en est-il des autres grandes civilisations de l'histoire ? La soci&#233;t&#233; chinoise ancienne (l'Empire) &#233;tait construite sur le niveau politique, lequel &#233;tait &#224; la fois centralis&#233; et normatif ; le pouvoir spirituel n'&#233;tait pas unifi&#233; (puisqu'on tol&#233;rait des alternatives comme le bouddhisme ou le tao&#239;sme) ; mais il &#233;tait hi&#233;rarchis&#233;, peu diversifi&#233;, avec une &#233;pine dorsale qui &#233;tait la tradition confuc&#233;enne. Donc, selon notre mod&#232;le, oligopolistique et pragmatique. Etant entendu que le confucianisme &#233;tait assum&#233; par le pouvoir politique et l'administration, qui s'y identifiaient largement et de cette mani&#232;re jouaient un r&#244;le normatif. L'&#233;conomique &#233;tait en bas, divis&#233; et m&#233;pris&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'Inde classique distinguait explicitement les trois pouvoirs, selon le mod&#232;le indo-europ&#233;en ; l'&#233;conomique &#233;tait l&#224; aussi tr&#232;s &#233;clat&#233; et plac&#233; en bas (c'est d'ailleurs apparemment le cas de toutes les soci&#233;t&#233;s anciennes) ; les deux autres pouvoirs &#233;taient oligopolistiques (pas de pouvoir central dominant) et relativement pragmatiques (ce qui offre une ressemblance suggestive avec la soci&#233;t&#233; actuelle). Toutefois un corpus souple de croyances religieuses &#233;tait commun &#224; la plupart et donnait son architecture &#224; la soci&#233;t&#233; ; ces convictions communes &#233;taient normatives, mais pas incarn&#233;es dans un pouvoir centralis&#233;. L&#224; aussi, une ressemblance avec la situation actuelle. Mais outre le m&#233;pris de l'&#233;conomique, la diff&#233;rence majeure avec notre soci&#233;t&#233; &#233;tait que ces croyances &#233;taient r&#233;ellement religieuses, donnant donc positivement une morale et une signification au monde et &#224; la soci&#233;t&#233;, et m&#234;me en l'esp&#232;ce un ordre moral et social complet ; alors que dans nos soci&#233;t&#233;s, c'est une id&#233;ologie, ax&#233;e sur les r&#232;gles du jeu, donc de champ limit&#233; et dans sa mise en pratique d&#233;pendante des dimensions politiques et &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le mod&#232;le musulman classique &#233;tait totalement unifi&#233; sur le plan des r&#233;f&#233;rences religieuses, auxquelles il donnait la premi&#232;re place et un r&#244;le ordonnateur de la soci&#233;t&#233;, beaucoup plus exclusif que celui du christianisme ; mais pas plus que l'Inde il ne le structurait sous un pouvoir unifi&#233;. Une seule norme, supr&#234;me ; mais une r&#233;partition oligopolistique ou m&#234;me atomis&#233;e des autorit&#233;s religieuses elles-m&#234;mes. L'&#233;conomique &#233;tait divis&#233;, assez pragmatique, estim&#233; s'il &#233;tait marchand, m&#233;pris&#233; pour l'agriculture. Le politique en revanche &#233;tait dans une situation sp&#233;cifique par rapport au religieux : &#224; la fois d&#233;connect&#233;, puisqu'il n'y avait pas de l&#233;gitimit&#233; v&#233;ritable donn&#233;e &#224; un pouvoir politique pr&#233;cis (sauf dans une certaine mesure le califat) ; et &#233;troitement reli&#233; puisqu'il devait &#234;tre l'instrument du religieux (et qu'en fait il dominait la soci&#233;t&#233;, sous r&#233;serve de la norme religieuse).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexions sur la sortie du religieux au profit de l'&#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre la situation actuelle, et notamment le r&#244;le paradoxal du pouvoir normatif ou spirituel ? On ne peut traiter &#233;videmment la question &#224; fond ici, mais quelques indications peuvent donner un &#233;clairage utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pippa Norris et Ronald Inglehart (Sacred and Secular : Religion and Politics Worldwide Cambridge University Press 2004) ont cherch&#233; &#224; mesurer quelles sont l'importance et l'emprise r&#233;elles de la s&#233;curisation aujourd'hui, et ses cons&#233;quences politiques. Ils montrent la baisse r&#233;guli&#232;re de la participation religieuse dans les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es depuis 40 ans. Ils ne l'expliquent pas par les th&#232;ses de Weber sur la rationalisation du monde sous l'impact de la science, bien au contraire : ils montrent que les soci&#233;t&#233;s croyantes ont statistiquement plus confiance en la science que les autres. Ils ne reviennent pas plus &#224; celles de Durkheim sur le r&#244;le fonctionnel des autorit&#233;s religieuses, qu'&#233;roderait celui croissant de l'Etat, car on constate que dans les soci&#233;t&#233;s avanc&#233;es les attentes diminuent plus vite en mati&#232;re religieuse qu'en mati&#232;re sociale : c'est la religion comme telle qui est attaqu&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur th&#232;se centrale est que la d&#233;saffection intervient lorsque les soci&#233;t&#233;s concern&#233;es ont atteint un degr&#233; suffisant de s&#233;curit&#233;, notamment en termes de sant&#233;, d'&#233;ducation ou de survie, gr&#226;ce &#224; l'Etat-providence, et qu'inversement la religion est forte lorsque la survie personnelle est en jeu. Elle serait, notamment dans les couches pauvres, un moyen de supporter des tensions trop fortes, en trouvant une source d'optimisme, en ce monde ou dans l'autre, gr&#226;ce &#224; l'intervention d'une autorit&#233; bienveillante divine. Inversement, lorsque la s&#233;curit&#233; augmente, le besoin de respecter certaines r&#232;gles (notamment de m&#339;urs) diminuerait, la tol&#233;rance augmenterait &#8211; et la natalit&#233; baisserait. En m&#234;me temps, ils notent une cons&#233;quence au d&#233;part surprenante, qui est que malgr&#233; la s&#233;cularisation la proportion de croyants tend &#224; cro&#238;tre sur la plan&#232;te, pour des raisons d&#233;mographiques m&#233;caniques : les croyants font plus d'enfants. Ce qui va d'apr&#232;s eux augmenter au niveau mondial les tensions li&#233;es &#224; la religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La th&#232;se est plausible et m&#233;rite attention. Notons cependant que ces r&#233;sultats ne sont pas tous indiscutables. Elle met au moins en &#233;vidence une des dimensions in&#233;dites de l'&#233;volution : des soci&#233;t&#233;s relativistes sont apparues, dans lesquelles le r&#244;le tut&#233;laire de la religion devient faible ou n&#233;gligeable - m&#234;me s'il n'est pas d&#233;montr&#233; que cette &#233;volution est in&#233;luctable, et ceci se relie &#224; un sentiment de s&#233;curit&#233;, plus ou moins fond&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on peut aussi aborder le probl&#232;me sous un angle plus fondamental. Car s'il y a en un sens plus de s&#233;curit&#233;, des questions essentielles restent, que traitait le religieux, et notamment celle de la mort. Christian Asperger (Catholica n&#176; 91) diagnostique justement dans le mouvement qui affecte nos soci&#233;t&#233;s depuis le XVIIIe si&#232;cle, dans l'emprise croissante de la rationalit&#233; &#233;conomique que nous avons vue en premi&#232;re partie, une forme illusoire de n&#233;gation de la mort : il s'agit de &#171; sublimer la finitude v&#233;cue en infinitude imaginaire &#187;. La propri&#233;t&#233; mat&#233;rielle et l'activit&#233; &#233;conomique seraient alors une forme de r&#233;ponse &#224; notre peur de la mort. C'est que l'&#234;tre humain n'a pas la capacit&#233; d'autolimitation des animaux. Sa terreur devant la nature sublim&#233;e se transforme en volont&#233; de ma&#238;trise. Le d&#233;sir est &#224; comprendre comme moyen de remplacer de fa&#231;on illusoire le seul d&#233;sir qui compte (la place vide en lui qui est ouverte pour l'infini et donc pour Dieu, ou si on ne croit pas, autant que possible par le vrai, le beau et le bien) et qui conduit &#224; viser &#224; &#171; vivre dans la joie d'un d&#233;sir non combl&#233; &#187;. Le refus de cette voie conduit &#224; un m&#233;lange de cupidit&#233; et de peur ; l'autre est trait&#233; comme un instrument, et appr&#233;ci&#233; au seul vu de son potentiel de prestation mat&#233;rielle. Ce dont la forme ultime est ce que nous venons de diagnostiquer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est peut-&#234;tre alors la dimension mat&#233;rialiste dominante en Occident qui explique par r&#233;action la tentation actuelle d'une fuite vers l'Orient (bouddhiste ou autre). Quand on regarde le rayon religion de n'importe quelle grande librairie, ce sont les religions orientales qui dominent. Selon un paradoxe apparent on se tourne donc dans la direction oppos&#233;e &#224; l'id&#233;ologie dominante. Car ce qui caract&#233;rise ces religions est un tel m&#233;pris pour la mati&#232;re, qu'il n'est plus besoin de s'en occuper. Mais si de telles conceptions cohabitent en pratique avec le culte actuel de la mati&#232;re, c'est qu'ils se situent sur deux sph&#232;res oppos&#233;es qui ne se rencontrent pas. En pratique, cet orientalisme reste tr&#232;s superficiel ; c'est bien souvent une consommation plus chic parmi d'autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Probl&#233;matique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, la diversit&#233; des organisations possibles se constate donc exp&#233;rimentalement. Mais cela laisse ouverte la question de l'optimum d'articulation entre les diff&#233;rents niveaux. Et toutes les combinaisons ne sont pas constat&#233;es &#233;galement. Dans les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures &#224; la n&#244;tre, on l'a vu, la premi&#232;re fonction, alors religieuse, &#233;tait toujours soit r&#233;f&#233;rentielle (parfois de fa&#231;on tr&#232;s forte), soit au minimum de l'ordre du pragmatique, mais m&#234;me alors, un corpus commun de r&#233;f&#233;rences spirituelles &#233;tait admis par tous (et parfois plusieurs corpus). Parall&#232;lement, son organisation allait du centralis&#233; &#224; l'oligopolistique, sans jamais &#234;tre atomis&#233;e. Dans toutes ces soci&#233;t&#233;s, le principe spirituel avait donc un r&#244;le normatif reconnu et g&#233;n&#233;ralement commun &#224; toute la soci&#233;t&#233;, m&#234;me s'il pouvait &#234;tre pragmatique. De ce point de vue, la soci&#233;t&#233; moderne, qui le rel&#232;gue en principe dans l'insignifiance et l'atomisation, est sans pr&#233;c&#233;dent. Cela dit, comme on l'a vu, sous la forme bien sp&#233;cifique de l'id&#233;ologie d&#233;mocratique, maintenant relativiste, ce r&#244;le est plus important que son absence d'organisation et de sp&#233;cificit&#233; affirm&#233;e ne le laisserait supposer. Il y a en r&#233;alit&#233; plus que jamais une id&#233;ologie dominante, assez li&#233;e au politique au moins jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente. Il n'en reste pas moins que son champ, limit&#233; &#224; des r&#232;gles du jeu, et son refus de prendre position positivement sur des valeurs communes subjectives permettant de valoriser ce qui est collectivement et personnellement reconnu bon, fait des soci&#233;t&#233;s ainsi r&#233;gies, les n&#244;tres, un cas unique, effet direct du paradigme de neutralit&#233; moderne que j'ai &#233;voqu&#233; par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le politique aussi pouvait &#234;tre tant&#244;t centralis&#233;, tant&#244;t pluriel, mais il n'a jamais &#233;t&#233; atomis&#233; ; il &#233;tait parfois normatif, parfois pragmatique, mais jamais insignifiant. La soci&#233;t&#233; moderne n'est pas diff&#233;rente sur ce plan, sauf que le politique avait r&#233;cup&#233;r&#233; pendant un temps une part du r&#244;le r&#233;f&#233;rentiel que le spirituel avait perdu &#8211; mais il para&#238;t le perdre &#224; nouveau. Quant &#224; l'&#233;conomique, il &#233;tait autrefois presque partout atomis&#233;, rarement oligarchique ; en outre son importance reconnue &#233;tait marginale, tout au plus de l'ordre du pragmatique. Ce n'est que dans les soci&#233;t&#233;s modernes qu'il a acquis un r&#244;le essentiel, allant du pragmatique &#224; un quasi-r&#233;f&#233;rentiel, avec des organisations puissantes m&#234;me si elles sont rarement unitaires. Il y a donc eu dans l'architecture de la soci&#233;t&#233; occidentale moderne une sorte d'inversion de r&#244;les entre le spirituel et l'&#233;conomique. D'o&#249; des questions : y a-t-il un sens &#224; vouloir faire jouer &#224; l'&#233;conomique un r&#244;le central ? Est-ce durable ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse me para&#238;t claire : ce ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233; viable que dans une perspective relativiste, qui est conduite d&#232;s lors &#224; magnifier le march&#233; et l'&#233;lection d&#233;mocratique comme seuls moyens de rep&#233;rage collectif du sens. Solution dont rien ne prouve qu'elle soit viable &#224; l'&#233;tat pur et sur la dur&#233;e, d'autant qu'en r&#233;alit&#233; la soci&#233;t&#233; a continu&#233; et continue encore dans une mesure non n&#233;gligeable &#224; vivre sur les ressources spirituelles et morale ant&#233;rieures. Au vu de l'analyse conduite ici, sa perp&#233;tuation ne para&#238;t en tout cas pas cr&#233;dible&lt;i&gt; a priori&lt;/i&gt;. Il appara&#238;t d&#232;s lors qu'une &#233;volution n&#233;cessaire sera pr&#233;cis&#233;ment la remise &#224; l'honneur de la r&#233;flexion sur les r&#233;f&#233;rences morales et spirituelles, sous une forme reconnue socialement, faisant autorit&#233;, &#233;ventuellement de fa&#231;on plurielle, et id&#233;alement avec un corps commun consistant de r&#233;f&#233;rences, formant la base d'un v&#233;ritable droit naturel. Le mouvement tournant, que nous avons observ&#233; au cours des si&#232;cles, peut en effet se poursuivre et fournir l'occasion d'un retournement, comme je l'ai d&#233;crit dans mon livre &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;. M&#234;me si un tel changement de paradigme repr&#233;senterait par d&#233;finition une &#233;volution tr&#232;s profonde, qui est encore tr&#232;s loin de nos perspectives.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Soci&#233;t&#233;s fragment&#233;es et dilemmes politiques</title>
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		<dc:date>2021-11-29T09:46:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Individualisme</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233; fragment&#233;e</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous vivons d&#233;sormais dans un pays et une soci&#233;t&#233; profond&#233;ment fragment&#233;s, comme le montre entre autres J&#233;rome Fourquet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Les &#233;l&#233;ments qui permettaient traditionnellement de construire un sentiment de communaut&#233; sont remis en cause ou en tout cas relativis&#233;s. La consommation l'emporte, et c'est une chose individuelle. M&#234;me si elle d&#233;bouche sur des mouvements gr&#233;gaires, car une foule n'est pas une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ces conditions l'offre politique est difficile et l'insatisfaction domine. M&#234;me l'opposition entre localisme et mondialisme reste impr&#233;cise et regroupe des ensembles h&#233;t&#233;rog&#232;nes, sur lesquels il est difficile de b&#226;tir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fragmentation et individualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on cherche une image de la situation r&#233;elle de notre pays (mais qui a son pendant ailleurs), profond&#233;ment fragment&#233;e, une excellente lecture est celle du dernier livre de J&#233;rome Fourquet (&lt;i&gt;La France sous nos yeux&lt;/i&gt;, apr&#232;s &lt;i&gt;L'Archipel fran&#231;ais&lt;/i&gt;). Il met en &#233;vidence un double mouvement : de pr&#233;dominance de la consommation et des services, et de fragmentation des pr&#233;f&#233;rences. Ce qui d&#233;bouche sur une destruction des &#233;l&#233;ments de communaut&#233; &#224; diff&#233;rents niveaux : la consommation est en effet chose individuelle. M&#234;me si elle d&#233;bouche sur des mouvements gr&#233;gaires, car une foule n'est pas une communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, traditions et communaut&#233;s peuvent subsister ; mais c'est avec un statut diff&#233;rent : sans cr&#233;er un effet d'ensemble, en tout cas durable, ce ne sont plus que des options particuli&#232;res. M&#234;me lorsque un syst&#232;me ou une habitude se r&#233;pandent : le port de jeans par exemple est source d'uniformit&#233; mais pas d'identification (contrairement d'ailleurs &#224; ses d&#233;buts dans les ann&#233;es 60).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'est-ce que cela signifie pour les diff&#233;rents moyens d'agr&#233;gation sociale des volont&#233;s ? Le premier effet est logiquement un avantage donn&#233; au march&#233;. Sur le march&#233;, je choisis ce que je veux et comme je veux &#8211; dans la gamme offerte mais qui est large, et &#233;videmment sous r&#233;serve du prix. Le march&#233; permet de traiter l'individualisme, ou de s'en accommoder, car chacun agit seul et obtient un certain r&#233;sultat. Certes il a des effets collectifs par agr&#233;gation, mais cela laisse une marge importante d'autonomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution peut aussi et accessoirement jouer en faveur de l'associatif, lui aussi d&#233;centralis&#233; et volontaire. Mais en r&#233;alit&#233; cela favorise plut&#244;t les mouvements collectifs spontan&#233;s et peu durables &#8211; car l'associatif pour vraiment fonctionner suppose l'engagement, lequel implique une restriction &#224; l'individualisme.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Le dilemme du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En revanche la d&#233;cision publique, qui en d&#233;finitive s'impose &#224; tous et repose donc sur une forme de coercition, va directement contre cet sorte d'individualisme. Elle ne peut satisfaire que partiellement les d&#233;sirs individuels pris isol&#233;ment. Et donc logiquement par ce c&#244;t&#233; elle laisse insatisfait. C'est a fortiori le cas s'il y a divergence entre les personnes sur leur vision du monde. Et plus encore si on s'identifie avec un groupe minoritaire ou s'il y a polarisation ethnique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'y ajoute la pratique croissante du picorage au niveau des id&#233;es et &#8216;valeurs' et de leur juxtaposition incoh&#233;rente. Ou des effets de mode, qui rassemblent un temps mais ne sont pas durables. Sur de telles bases, on ne peut rien d&#233;finir qui soit commun, et donc au niveau de l'id&#233;e de communaut&#233;. Or la d&#233;cision politique s'applique &#224; tous et suppose donc cet &#233;l&#233;ment de communaut&#233; ; sinon elle appara&#238;t arbitraire &#224; une majorit&#233; de gens. Certes, on a en contrepoids la tendance humaine &#224; l'agr&#233;gation et m&#234;me au respect de l'autorit&#233; (ou du pouvoir). Mais elle est bien plus faible dans un contexte individualiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; une in&#233;vitable fragmentation politique, et des oppositions plus virulentes entre ceux qui prennent des options diff&#233;rentes. Celui qui est en face nous horripile plus, et sans contrepoids suffisant dans un &#233;l&#233;ment commun. Et c'est plus encore vrai dans le champ politique, car le pouvoir est en jeu, dont je sais que ses d&#233;cisions vont peser sur moi, que cela me plaise ou pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les opinions peuvent alors rester fragment&#233;es, rendant la synth&#232;se politique difficile ou impossible. Ou alors elles se coalisent en pour ou contre, face &#224; un ennemi commun (effet Trump). On partage intens&#233;ment les convictions de ceux avec qui on se regroupe, mais on rejette les autres. En ce sens l'effet Zemmour pourrait lui ressembler, m&#234;me si &#224; ce stade la capacit&#233; &#224; regrouper reste bien plus limit&#233;e. L'effet Macron, lui, consiste &#224; regrouper une minorit&#233; bien plac&#233;e ; il s'appuie sur le fait qu'il est en accord avec le syst&#232;me de pens&#233;e dominant et rassemble des gens qui vont dans le sens de ce syst&#232;me ou sont en phase avec lui dans leur vie. Mais cela reste une solution minoritaire et par d&#233;faut ; elle ne parvient au pouvoir que par la faiblesse des alternatives et l'agencement particulier du syst&#232;me politique fran&#231;ais.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Somewhere et anywhere ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une polarisation possible dans cette optique est celle que le britannique David Goodhart a propos&#233; entre ceux qu'il appelle somewhere et anywhere : pour faire simple, ceux qui sont mondialis&#233;s, profitent de l'internationalisation et/ou s'y identifient ; et ceux qui restent &#224; l'&#233;cart, tant dans leurs int&#233;r&#234;ts que dans leurs pr&#233;f&#233;rences. Il n'y a pas de doute que cela correspond &#224; une opposition r&#233;elle, qui peut d&#233;boucher sur une polarisation politique, comme on l'a vu avec le Brexit. On est tent&#233; de voir le m&#234;me effet dans le deuxi&#232;me tour E. Macron contre M. Le Pen de 2017 - et peut-&#234;tre de 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que cela corresponde &#224; une r&#233;alit&#233;. Mais les &#233;l&#233;ments ainsi regroup&#233;s sont eux-m&#234;mes disparates ; les somewhere par exemple de type gilets jaune sont culturellement impr&#233;gn&#233;s de sous-culture am&#233;ricaine et ne d&#233;veloppent pas v&#233;ritablement de culte alternatif de la tradition nationale. Et o&#249; classer les &#233;cologistes (les Verts) ? Leur conception du local, qu'ils disent soutenir, n'a pas grande chose &#224; voir avec celle des gilets jaunes. O&#249; mettre aussi les conservateurs ? Et comment analyser la divergence entre populistes de droite et populistes de gauche, tous deux hostiles &#224; la mondialisation, mais de positions oppos&#233;es sur les migrations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, avec une polarisation politique du type deuxi&#232;me tour 2017, on reste dans de grandes coalitions sans base politique pr&#233;cise et programme bien dessin&#233; (contrairement avec ce que l'id&#233;e simple du Brexit avait permis). Ce programme et cette vision paraissent plus articul&#233;s dans le cas des anywhere de type Macron, mais ce n'est que parce qu'il s'agit pour eux de prolonger les politiques suivies de fa&#231;on dominante un peu partout depuis 30 ans. L'adh&#233;sion reste minoritaire et le charme s'&#233;puise (comme on le voit avec la construction europ&#233;enne, durablement bloqu&#233;e). En sous-jacent la fragmentation subsiste, comme on le voit dans l'offre politique un peu partout. M&#234;me en Allemagne.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La fragilisation du syst&#232;me d&#233;mocratique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation, que devient la d&#233;mocratie, comprise comme syst&#232;me politique ? Ind&#233;niablement elle fonctionne bien plus mal ; comme on dit en anglais, elle livre mal la marchandise et elle laisse une profonde insatisfaction. Sachant que, d'un autre c&#244;t&#233;, elle offre une possibilit&#233; d'alternance et de recomposition que n'ont pas d'autres syst&#232;mes, ce qui laisse un espace pour un mouvement possible ; on peut toujours esp&#233;rer, l&#224; o&#249; on est, que le mal peut s'arr&#234;ter ou souhaiter une revanche&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, l'offre d'une ligne politique solide et construite, d'une vision de la soci&#233;t&#233; coh&#233;rente, qui serait la d&#233;marche logique, s'av&#232;re difficile. Cela reste utile pour modifier les &#233;quilibres du moment, les faire &#233;voluer dans un sens souhait&#233; ; mais cela ne donne pas v&#233;ritablement une solution &#224; court terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une vraie solution supposera un changement bien plus profond, et le d&#233;passement au moins partiel de cet &#233;tat d'anarchie culturelle. Ce n'est pas en vue &#224; ce stade, m&#234;me si on peut et doit y travailler.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Entre &#8216;complotisme' et propagande, que faire ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Entre-complotisme-et-propagande-que-faire.html</link>
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		<dc:date>2021-09-23T08:53:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Complotisme</dc:subject>
		<dc:subject>Information</dc:subject>
		<dc:subject>Propagande</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il n'y a sans doute pas de soci&#233;t&#233; o&#249; l'information est dans l'ensemble fiable et objective, m&#234;me si on la limite &#224; la r&#233;alit&#233; des faits, autant qu'elle est possible. La crise de la covid et les difficult&#233;s du d&#233;bat &#224; son sujet ont mis &#224; nouveau en lumi&#232;re ce fait bien connu de nos soci&#233;t&#233;s : on d&#233;bat intens&#233;ment m&#234;me sur ce qui apparemment n'est pas le fruit d'une id&#233;ologie, mais une simple appr&#233;ciation de faits. La situation est d'autant plus paradoxale qu'il s'agit au d&#233;part d'une question m&#233;dicale, apparemment au moins non id&#233;ologique et m&#234;me scientifique. Mais l'observation vaut &#233;videmment pour bien d'autres domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon propos n'est pas ici de r&#233;pondre aux interrogations de fond dans ces divers cas, mais de proposer quelques r&#233;flexions sur le probl&#232;me que tout cela nous pose : concr&#232;tement, comment s'orienter dans de tels contextes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Propagande-+.html" rel="tag"&gt;Propagande&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il n'y a sans doute pas de soci&#233;t&#233; o&#249; l'information est dans l'ensemble fiable et objective, m&#234;me si on la limite &#224; la r&#233;alit&#233; des faits, autant qu'elle est possible. Et contrairement &#224; ce qu'on croit souvent, pas particuli&#232;rement dans les soci&#233;t&#233;s dites d&#233;mocratiques, ne serait-ce que parce que l'information y est un enjeu de pouvoir important et souvent d&#233;cisif. La crise de la covid et les difficult&#233;s du d&#233;bat &#224; son sujet ont mis &#224; nouveau en lumi&#232;re ce fait bien connu de nos soci&#233;t&#233;s : on d&#233;bat intens&#233;ment m&#234;me sur ce qui apparemment n'est pas le fruit d'une id&#233;ologie, mais une simple appr&#233;ciation de faits. La situation est d'autant plus paradoxale qu'il s'agit au d&#233;part d'une question m&#233;dicale, apparemment au moins non id&#233;ologique et m&#234;me scientifique. Mais l'observation vaut &#233;videmment pour bien d'autres domaines, o&#249; la r&#233;alit&#233; des faits est importante mais controvers&#233;e &#8211; &#233;cologie par exemple. On l'a vu m&#234;me dans le cas de r&#233;sultats &#233;lectoraux comme aux derni&#232;res pr&#233;sidentielles am&#233;ricaines, qu'une majorit&#233; d'&#233;lecteurs r&#233;publicains consid&#232;re adult&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mon propos n'est pas ici de r&#233;pondre aux interrogations de fond dans ces divers cas, mais de proposer quelques r&#233;flexions sur le probl&#232;me que tout cela nous pose : concr&#232;tement, comment s'orienter dans de tels contextes ? Quelle information pour quel d&#233;bat ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour analyser les causes possibles de d&#233;formation de l'information, on peut proposer de partir d'une distinction, entre d'un c&#244;t&#233; ce qui est l'influence d'un biais politique ou id&#233;ologique (y compris par un paradigme structurant toute la pens&#233;e collective), et d'un autre c&#244;t&#233; une action consciente de d&#233;sinformation ou de propagande, publique ou priv&#233;. Ce n'est pas seulement pour mieux comprendre l'intention de celui qui conditionne ainsi l'information ; c'est aussi parce que cela colore la nature de notre relation et plus profond&#233;ment, selon l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne, notre rapport &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas en effet, on sait que telle ou telle position r&#233;sulte d'un biais rep&#233;rable, d'un parti pris au sens litt&#233;ral du terme (soit par formatage ou adh&#233;sion id&#233;ologique, soit par choix d'un camp dans un combat politique), et on en tiendra compte dans l'appr&#233;ciation de ce que l'autre vous dit. Mais il restera au moins en principe une certaine possibilit&#233; de communication, malgr&#233; le filtre ou la d&#233;formation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me cas en revanche, il n'y a plus &#224; proprement parler d'information, plus de rapport avec des faits, mais un pur essai de manipulation, qui n'est donc plus de la communication au sens propre. Si c'est g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est ce qui caract&#233;rise les r&#233;gimes totalitaires. Dans la pratique, cela conduit alors &#224; une m&#233;fiance g&#233;n&#233;ralis&#233;e, et m&#234;me &#224; voir la possibilit&#233; m&#234;me d'une v&#233;rit&#233; nous &#233;chapper comme l'avait not&#233; Hannah Arendt, car on ne peut alors plus raisonnablement tenter de restituer une image de la r&#233;alit&#233; concern&#233;e. Une situation de ce type a pu appara&#238;tre aussi en cas de guerre, lorsque les besoins du combat ont &#233;t&#233; invoqu&#233;s pour interrompre de fait une partie du d&#233;bat ; mais dans ce cas c'&#233;tait en principe provisoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu les deux situations peuvent se m&#234;ler, mais la distinction me para&#238;t n&#233;anmoins importante. Elle est particuli&#232;rement utile pour d&#233;terminer sa position concr&#232;tement par rapport &#224; l'information disponible et au d&#233;bat public - selon l'appr&#233;ciation qu'on porte de la situation o&#249; on se trouve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une premi&#232;re attitude, extr&#234;me, est ce qu'on peut appeler la dissidence. Si on se situe en dissidence, c'est qu'on pense que le second effet (la manipulation) domine, soit en g&#233;n&#233;ral, soit sur telle ou telle question particuli&#232;re. Alors on n'a plus confiance en ce qui se dit, et on per&#231;oit le syst&#232;me comme totalitaire ; logiquement alors d'une certaine mani&#232;re on sort du d&#233;bat public, dans une forme ou une autre de contre-soci&#233;t&#233; (ou en dialogue de sourds avec la soci&#233;t&#233;). Surgit alors un difficult&#233; majeure, qui est qu'il faut red&#233;finir ses bases d'information et de connaissance, puisqu'on ne croit plus dans le d&#233;bat g&#233;n&#233;ral. Or les bases alternatives qui sont alors disponibles ne sont a priori pas plus s&#251;res, et dans le plus mauvais cas on risque de se rabattre sur n'importe quoi. En outre, dans une telle contre-soci&#233;t&#233;, le danger est qu'il n'y ait plus de contr&#244;le mutuel et de d&#233;bat, ou beaucoup moins, car la priorit&#233; est &#224; se prot&#233;ger contre le discours dominant ou officiel. On court alors un double risque : comme dans les r&#233;gimes totalitaires, celui de ne plus pouvoir faire confiance (sauf &#224; ceux de m&#234;me sensibilit&#233;) ; et au contraire celui d'avaler ce qui circule dans les sph&#232;res alternatives. Naturellement si on consid&#232;re se trouver dans une telle situation, on n'a pas le choix : on doit faire ce qu'on peut avec ce qu'on a. Mais il faut alors &#234;tre conscient des risques et limites de cette position.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel cas, c'est &#233;videmment sur la base de ce genre de probl&#232;me que l'autre camp d&#233;ploie l'accusation de complotisme. En soi elle est d'ailleurs inadapt&#233;e, car le complotisme au sens propre suppose l'id&#233;e d'un complot, lequel serait l'explication v&#233;ritable d'un ph&#233;nom&#232;ne constat&#233;. Or on peut &#234;tre en dissidence sans croire &#224; un tel complot organis&#233; &#224; l'avance. On le voit avec l'immigration : le &#8216;grand retournement' est consid&#233;r&#233; complotiste et ceux qui en parlent stigmatis&#233;s, sans qu'ils croitent n&#233;cessairement &#224; ce qu'un complot organise l'immigration en cause. Cela dit, que ce mot soit utilis&#233; dans la dialectique dominante pour d&#233;consid&#233;rer l'adversaire n'emp&#234;che pas qu'il puisse aussi d&#233;signer le cas &#233;ch&#233;ant un ph&#233;nom&#232;ne r&#233;el : il y a bien des gens qui croient qu'un petit groupe d'homme manipule toute la soci&#233;t&#233; intentionnellement, en la trompant syst&#233;matiquement. Mais le mot a &#233;t&#233; &#233;tendu dans la dialectique ambiante pour stigmatiser tous ceux qui consid&#232;rent que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale ou sur un point donn&#233;, l'information est syst&#233;matiquement fauss&#233;e et se sont mis en dissidence. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'attitude alternative &#224; la dissidence consiste &#224; juger que dans la situation o&#249; l'on est, il y a certes de nombreux biais dans le d&#233;bat public, id&#233;ologiques et politiques, et bien des cas de mauvaise foi ou de manipulation, mais &#224; estimer qu'il y a suffisamment de d&#233;bat public pour pouvoir y participer et y puiser des &#233;l&#233;ments utilisables en proportion appr&#233;ciable. Comme on l'a dit, cela peut rester possible m&#234;me si la pens&#233;e collective est domin&#233;e par un ou des paradigmes qui la structurent dans le mauvais sens (comme le relativisme moral dominant nos soci&#233;t&#233;s, et le mat&#233;rialisme qui lui est li&#233;), car on peut s'efforcer de rep&#233;rer leurs effets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La menace devient plus grave si se multiplient les effets de censure, ce qui est d&#233;j&#224; une forme de manipulation, car cela risque de d&#233;boucher sur une rupture du d&#233;bat public, comme c'est le cas avec le politiquement correct actuellement dominant dans certains domaines, et a fortiori lorsque cela passe au stade de la r&#233;pression, comme par exemple avec la sacralisation de l'avortement, les limitations au d&#233;bat sur l'immigration, ou le terrorisme intellectuel d'un certain antiracisme. Sans parler de la censure exerc&#233;e de fa&#231;on arbitraire et sans rendre de comptes par des monopoles priv&#233;s de supports d'information comme Facebook ou Twitter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes &#233;videmment dans cette situation interm&#233;diaire. Il reste un d&#233;bat public, et il est important d'y participer ; il reste une possibilit&#233; large d'acc&#232;s &#224; de l'information ; mais la tendance au r&#233;tr&#233;cissement des possibilit&#233;s d'expression dans nos soci&#233;t&#233;s est manifeste. Cela contribue &#233;videmment puissamment &#224; ce que se diffuse la dissidence &#233;voqu&#233;e ci-dessus, puisque dans bien des cas on constate une manipulation par la pens&#233;e dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation, floue et encore interm&#233;diaire, il est clair qu'on risque de perdre un bien pr&#233;cieux : celui du d&#233;bat et de la confrontation des id&#233;es ou m&#234;me des affirmations factuelles ; avec le risque que, m&#234;me si on s'inspire de principes ou d'id&#233;es en soi saines, on se trouve soit dans l'incertitude, soit comme on l'a vu, dans la tentation de se contenter d'alternatives factuellement pas plus fiables que le discours dominant. L'opposition, et, quand elle est justifi&#233;e, la dissidence, impliquent donc une exigence particuli&#232;rement forte de v&#233;rit&#233; : pas seulement une exigence sur les principes, les id&#233;es g&#233;n&#233;rales, mais aussi une exigence sur les faits. Une v&#233;ritable asc&#232;se intellectuelle &#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans Politique magazine octobre 2021 &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/entre-complotisme-et-propagande-que-faire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le virus, la science et la d&#233;cision </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-virus-la-science-et-la-decision.html</link>
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		<dc:date>2020-07-03T09:31:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Science</dc:subject>
		<dc:subject>Risques</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis la science sur la sellette. On a vu des scientifiques &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques prises sur la base d'&#233;tudes pas s&#233;rieuses ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a science et science. Entre les sciences dures, les sciences hypoth&#233;tiques, et ce qu'on appelle les sciences humaines, le degr&#233; de fiabilit&#233; varie &#233;norm&#233;ment. Ce qui laisse au d&#233;cideur politique toute sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine,&lt;i&gt; N&#176; 193 &#8226; Juillet - ao&#251;t 2020.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Principes-politiques-.html" rel="directory"&gt;Sociologie et vie commune&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Science-+.html" rel="tag"&gt;Science&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Prevention-des-risques-+.html" rel="tag"&gt;Risques&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis la science sur la sellette. On a vu des scientifiques &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques prises sur la base d'&#233;tudes pas s&#233;rieuses ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il y a science et science. Entre les sciences dures, les sciences hypoth&#233;tiques, et ce qu'on appelle les sciences humaines, le degr&#233; de fiabilit&#233; varie &#233;norm&#233;ment. Ce qui laisse au d&#233;cideur politique toute sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science mise en cause ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis la science sur la sellette. On a vu des scientifiques a priori comp&#233;tents et respectables &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques majeures prises sur la base de publications pas s&#233;rieuses mais issues de revues renomm&#233;es ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire apr&#232;s quelques semaines, comme sur l'utilit&#233; des masques. Le politique &#233;tant &#224; la remorque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour le citoyen c'est tr&#232;s troublant. D'autant plus que ce domaine de la sant&#233; est particuli&#232;rement sensible, car des vies sont en jeu. Et que les d&#233;cisions &#224; prendre mettaient en cause radicalement tant des libert&#233;s publiques majeures que l'activit&#233; &#233;conomique ; rappelons qu' &#224; la suite de ces mesures, nous allons conna&#238;tre notre pire r&#233;cession en temps de paix, comparable &#224; la crise de 1929. Or la motivation du confinement, purement sanitaire, se fondait sur les arguments de ces scientifiques que sont les m&#233;decins. Le pauvre citoyen, assomm&#233; par ces nouvelles, s'est donc trouv&#233; bon gr&#233; mal gr&#233; devoir suivre le troupeau, sans &#234;tre toujours convaincu du bien-fond&#233; de ce qui se passait. Suspicion d'autant plus l&#233;gitime que les r&#233;sultats obtenus par les diverses politiques suivies varient &#233;norm&#233;ment selon les pays, sans aucune corr&#233;lation avec les budgets sant&#233;. On va de l'efficacit&#233; impressionnante des pays d'Asie libre (Cor&#233;e, Taiwan etc.), &#224; celle relative mais r&#233;elle de l'Allemagne, pour finir aux lamentables r&#233;sultats tant sanitaires qu'&#233;conomiques des Fran&#231;ais, Britanniques, Italiens et autres Espagnols. Pourquoi les uns ont bien vu les choses et pas les autres, puisque c'est la m&#234;me &#233;pid&#233;mie, et a priori la m&#234;me science ? Ajoutons que cet &#233;pisode dramatique intervient dans un contexte o&#249; la confiance dans les effets b&#233;n&#233;fiques de la science et de la technique est &#233;rod&#233;e, notamment avec l'&#233;cologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, que ce soit pour la crise sanitaire ou pour l'&#233;cologie, la solution passe elle aussi par la science et la technique. Nous avons donc besoin de la science, mais nous d&#233;couvrons avec consternation qu'elle n'envoie souvent pas un message clair et s'av&#232;re m&#234;me bien ambigu&#235;. Parall&#232;lement, pour la plupart d'entre nous, nous ne nous sentons pas en &#233;tat d'en juger par nous-m&#234;mes. Moralit&#233;, nous devons nous habituer &#224; vivre dans cette situation, qui se reproduira. Cela dit, quelques distinctions pratiques peuvent nous &#233;clairer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il y a science et science. Il y a d'abord des domaines o&#249; des lois peuvent &#234;tre &#233;nonc&#233;es et v&#233;rifi&#233;es exp&#233;rimentalement sur grande &#233;chelle. Ainsi d'une tr&#232;s grande partie des sciences physiques. Dans ces cas, ce que dit la science est raisonnablement fiable &#8211; m&#234;me si cela ne nous dispense pas de notre responsabilit&#233; dans l'usage qui en est fait. Mais malheureusement, ce n'est qu'une partie de ce qu'on appelle science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sciences hypoth&#233;tiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite des domaines o&#249; la science n'est pas en &#233;tat de formuler ce genre de lois v&#233;rifiables et v&#233;rifi&#233;es. Dans ce cas, sur la base des donn&#233;es qu'il a, le scientifique fait des hypoth&#232;ses, monte des mod&#232;les, et tente de v&#233;rifier les cons&#233;quences qu'il en tire. Son avis reste pr&#233;cieux et indispensable, parce qu'il a un r&#233;el savoir, a priori bien plus &#233;toff&#233; que celui du profane. Mais il peut aussi se tromper, les avis peuvent diverger, et les jeux d'int&#233;r&#234;ts ou de pouvoirs sont importants. Une partie appr&#233;ciable de ces avis est en outre bas&#233;e sur des mod&#232;les, dont la fiabilit&#233; n'est pas &#233;vidente surtout si les donn&#233;es manquent. C'est &#233;videmment le cas avec notre virus : il ressemble certes &#224; d'autres virus connus, et ce n'est pas la premi&#232;re &#233;pid&#233;mie qui survient ; on ne part donc pas de rien. Mais il a aussi des sp&#233;cificit&#233;s fortes, et elles sont mal connues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela veut dire une chose simple : dans une telle situation, on ne peut pas d&#233;cider purement et simplement sur la base d'avis scientifiques, comme l'a sottement proclam&#233; notre gouvernement &#224; l'&#233;poque. Il faut &#233;videmment les &#233;couter, mais le r&#244;le du d&#233;cideur subsiste dans son int&#233;gralit&#233;, apr&#232;s d&#233;bat. Comment doit-il op&#233;rer ? Il n'y a &#233;videmment pas de m&#233;thode g&#233;n&#233;rale. Mais il y en a au moins une minimale : regarder ce qu'on a fait dans le pass&#233;, et ce que font ceux qui r&#233;ussissent ailleurs. En l'esp&#232;ce cela aurait &#233;t&#233; tr&#232;s utile. A nouveau, en s'instruisant de l'exp&#233;rience des pays d'Asie, pass&#233;e et pr&#233;sente, et en prenant des d&#233;cisions tr&#232;s rapidement, on pouvait r&#233;duire massivement l'impact de cette &#233;pid&#233;mie : masques g&#233;n&#233;ralis&#233;s, fermeture des fronti&#232;res, interdiction des rassemblement, tests syst&#233;matiques... Naturellement cela suppose aussi d'y avoir r&#233;fl&#233;chi &#224; l'avance et d'avoir pris un minimum de pr&#233;cautions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'incertitude sur le champ scientifique ne se limite pas &#224; ces cas. Un domaine analogue est celui de l'histoire, ou dans un autre genre, de l'ex&#233;g&#232;se religieuse : aucune exp&#233;rimentation n'est alors possible, et on en est r&#233;duit &#224; faire des raisonnements &#224; partir des donn&#233;es disponibles, par construction fragmentaires. Une telle activit&#233; est respectable, et peut donner certaines certitudes, mais elles sont partielles. Il est donc ridicule de se draper dans ce qui est un tissu d'hypoth&#232;ses pour en tirer des conclusions d'autorit&#233;. Croire par exemple avec la foi du charbonnier que l'ex&#233;g&#232;se scientifique est fiable comme peut l'&#234;tre la chimie est une lourde erreur, dont de nombreux th&#233;ologiens abusent de nos jours. Si vous regardez de pr&#232;s cette ex&#233;g&#232;se dite scientifique, vous verrez qu'elle fonctionne pour l'essentiel sur la base de raisonnements probabilistes, dont la base est souvent faible. Ce qui est d'autant plus paradoxal que son objet est une histoire sainte, suppos&#233;e fruit d'une action divine, dont il est logique d'attendre qu'elle narre des faits exceptionnels, qui sont donc statistiquement improbables&#8230; Encore une fois l'exercice est l&#233;gitime ; mais il ne saurait que rarement conduire &#224; des conclusions scientifiques au sens v&#233;ritable du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les sciences humaines et le jeu des interactions sociales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a maintenant un troisi&#232;me domaine, qui recouvre toutes les affaires humaines, objet de ce qu'on appelle les sciences humaines, dans lequel la certitude est beaucoup plus faible encore. Sociologie, science politique, &#233;conomie m&#234;me (malgr&#233; ses chiffres) rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie. En fait c'est le mot m&#234;me de science qui est alors &#233;quivoque. Cet emploi est justifi&#233; s'il souligne qu'on peut dans ces domaines aussi mener une vraie exploration &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, en s'inspirant des sciences dures ou autrement, et par l&#224; parvenir &#224; des &#233;l&#233;ments qu'on peut appeler des savoirs. Mais il est abusif si, en employant le m&#234;me mot que pour les sciences dures, on se pare ind&#251;ment de la certitude relative mais objective que ces derni&#232;res peuvent donner, qui est hors de port&#233;e dans les &#8216;sciences' humaines. Car si dans ces domaines on ne parvient pas aux m&#234;me certitudes, c'est pour des raisons fondamentales et durables. Non seulement parce que la mati&#232;re est tr&#232;s compliqu&#233;e, r&#233;sultant de l'action de millions de volont&#233;s distinctes et relativement autonomes ; que les &#233;motions et appr&#233;ciations subjectives y jouent un r&#244;le majeur ; ou que le savant n'est pas neutre par rapport &#224; la mati&#232;re qu'il &#233;tudie. Mais aussi pour une raison essentielle, rarement soulign&#233;e, qui est le caract&#232;re r&#233;flexif de ces sciences, &#224; savoir le fait que dans ces mati&#232;res proclamer une loi ou une v&#233;rit&#233;, ou agir sur leur objet, change par l&#224; m&#234;me cet objet. Cela peut selon les cas invalider la loi, m&#234;me si elle &#233;tait vraie avant, ou l'autov&#233;rifier, m&#234;me si elle &#233;tait contestable. On voit cela d&#233;j&#224; avec les pr&#233;visions de trafic. Ou avec les &#233;pid&#233;mies, car si le comportement du virus ne d&#233;pend pas de nous, en revanche l'annonce d'une conclusion dite scientifique, ou la prise de mesures sanitaires change le comportement des gens. D&#232;s lors, dans tous ces domaines le r&#244;le du d&#233;cideur ou du dirigeant est essentiel, mais c'est un r&#244;le politique, car il s'agit d'influencer au mieux le comportement de millions de gens dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion pratique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui se pr&#233;sente comme science ressemble au fond &#224; l'information. On disserte beaucoup aujourd'hui sur les m&#233;faits de l'information bidon sur les r&#233;seaux sociaux ou les m&#233;dias, les fameuses fake news. Sauf cas extr&#234;mes, la solution n'est pas de les interdire, mais de pr&#233;venir le public que cela existe, et l'encourager &#224; exercer un esprit critique sur l'origine des informations, leur vraisemblance etc. Il faut manifestement op&#233;rer de la m&#234;me mani&#232;re avec ce qui se pare du nom de science. Et cela vaut encore plus pour les d&#233;cideurs, qui ne peuvent pas se dissimuler derri&#232;re une suppos&#233;e science transform&#233;e en oracle, m&#234;me s'ils doivent &#233;videmment &#233;couter les savants. Leur m&#233;tier, c'est la communaut&#233; et leur responsabilit&#233; envers elle. Ce que fera cette communaut&#233; sera en bonne partie le r&#233;sultat de leur action, rarement un effet calculable &#224; l'avance par la science. Il est donc l&#233;gitime que leur responsabilit&#233; soit totalement engag&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine,&lt;i&gt; N&#176; 193 &#8226; Juillet - ao&#251;t 2020.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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