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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>R&#233;ins&#233;rer l'argent dans la r&#233;alit&#233; humaine </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Reinserer-l-argent-dans-la-realite-humaine.html</link>
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		<dc:date>2026-07-06T16:07:59Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Le chr&#233;tien et l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>L'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Les myst&#232;res de l'argent</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne. Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts - malgr&#233; ses limites. Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-L-argent-+.html" rel="tag"&gt;L'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Les-mysteres-de-l-argent-199-+.html" rel="tag"&gt;Les myst&#232;res de l'argent&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/woman-3373913_640.jpg?1787417305' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;REINSERER L'ARGENT DANS LA REALITE HUMAINE
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation&lt;/p&gt;
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'id&#233;e d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations qui suivent trouvent leur origine dans des r&#233;flexions sur l'argent issues de la tradition chr&#233;tienne, ou analogues. Elles sont consid&#233;r&#233;es ici selon leur apport possible au d&#233;bat collectif sur l'&#233;conomie, dans la perspective du bien commun, sans r&#233;f&#233;rence directe &#224; la dimension religieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elles portent d'abord sur l'insertion de l'usage de l'argent dans le tissu des relations sociales, en questionnant le mod&#232;le implicite qui fait abstraction des liens r&#233;unissant les personnes concern&#233;es, et de leurs objectifs. Ce qui conduit &#224; questionner la notion de fongibilit&#233; de l'argent, non &#233;videmment dans sa possibilit&#233; effective, mais dans sa signification. Car en r&#233;alit&#233; l'argent n'est pas fongible du point de vue des utilisateurs ; c'est un instrument de confrontation de d&#233;sirs ou de projets, qui ne prennent leur sens qu'en contexte humain et social, entre autres sur le march&#233;. Ce dernier de son c&#244;t&#233; n'est pas un m&#233;canisme abstrait, mais un fait social, dont la bonne marche importe au bien commun, et l'argent un outil &#224; cette fin. On ne peut donc pas consid&#233;rer cette interaction sans prise en compte tant de ses modalit&#233;s que de sa signification pour les int&#233;ress&#233;s et pour la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, dans l'activit&#233; financi&#232;re, l'argent n'est f&#233;cond qu'associ&#233; au travail, et donc dans une forme de relation humaine &#8211; ce qui donne un sens &#224; l'ancienne pr&#233;vention &#224; l'&#233;gard du paiement d'int&#233;r&#234;ts (malgr&#233; ses limites). Par ailleurs, cet usage dans l'activit&#233; financi&#232;re conduit &#224; interroger le rapport entre l'argent (les march&#233;s de l'argent), et l'avenir, donc la temporalit&#233;. L'avenir &#233;tant en soi impr&#233;visible, donner un r&#244;le d&#233;miurgique aux march&#233;s comme voulait le faire la th&#233;orie des march&#233;s efficients est sans doute illusoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A nouveau, le bon fonctionnement des march&#233;s doit donc &#234;tre appr&#233;ci&#233; comme un fait social : un mode de confrontation entre des projets humains autonomes, confrontation dont il faut rechercher le meilleur r&#233;sultat possible dans la perspective du bien commun. Utiliser cet outil au mieux signifiera alors faciliter l'interaction des d&#233;cisions, mais en les r&#233;ins&#233;rant dans le contexte humain auquel elles servent : en prenant par exemple en compte, pour le march&#233; des actions, de l'impact des transactions sur l'horizon temporel des entreprises. Et ne pas f&#233;tichiser le r&#233;sultat de ces transactions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'insertion sociale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Georg Simmel, dans un ouvrage classique , voyait dans l'argent une capacit&#233; &#224; &#234;tre une repr&#233;sentation universelle, formellement neutre, de toute valeur &#233;conomique. Il est normalement stable dans le temps et ais&#233;ment disponible pour n'importe quelle transaction ou pour stocker de la valeur. Dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et tendanciellement relativiste, il repr&#233;sente donc une forme de stabilit&#233; &#224; travers la possibilit&#233; permanente qu'il offre de mesure commune et par l&#224; d'interaction concr&#232;te. Cela implique qu'il soit d&#233;tach&#233; de toute relation aux objets qu'il mesure, et de toute valeur &#8216;intrins&#232;que' : c'est un pur moyen. Et il ne pr&#233;d&#233;termine en rien son utilisation, au contraire de tout autre actif. D'une certaine fa&#231;on donc, il donne la possible d'une forme d'objectivation et peut devenir par-l&#224; cas par cas moyen de lib&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais justement, comme la monnaie est &#233;changeable contre tout, du moins tout ce qui peut &#234;tre c&#233;d&#233; ou acquis, elle a ses limites : elle ne dit rien sur les objets qu'elle permet de vendre ou d'acheter, en dehors de leur prix. Et a fortiori, elle ne dit rien non plus sur la relation qui existe ou pourrait exister entre les personnes qui &#233;changent. Cela souligne bien son caract&#232;re essentiellement instrumental. De ce fait, se concentrer sur la seule dimension mon&#233;taire pr&#233;sente un risque majeur : celui d'oublier des consid&#233;rations humaines essentielles, et notamment les relations entre personnes et dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Laurence Fontaine, analysant le passage de l'&#233;conomie ancienne &#224; l'&#233;conomie moderne, y voit pr&#233;cis&#233;ment un potentiel de lib&#233;ration. D&#233;crivant les anciennes relations de dette comme largement interpersonnelles et inscrites dans le tissu social, elle discerne avec le XVIIIe si&#232;cle une &#233;volution vers l'objectivation des relations et de l'information. Elle note que &#171; dans ce contexte, les analyses de Simmel sur l'argent qui lib&#232;re des liens personnels sont particuli&#232;rement pertinentes, car l'&#233;change mon&#233;taire met effectivement en &#233;quivalence les choses &#233;chang&#233;es ind&#233;pendamment des liens personnels&#8230; Si &#8216;le march&#233; anonyme des mod&#232;les n&#233;o-classiques n'existe pas dans la vie &#233;conomique', il existe cependant comme une fiction sociale qui structure une nouvelle &#233;conomie politique : la fiction des relations marchandes impersonnelles et &#233;galitaires rend possible l'existence d'une soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique. &#187; Ce qui s'oppose au mod&#232;le relationnel ant&#233;rieur, qui impr&#233;gnait la soci&#233;t&#233; du Moyen Age et de la Renaissance, et dans laquelle le christianisme jouait un r&#244;le important. Mod&#232;le qui s'oppose au mode impersonnel caract&#233;ristique de la soci&#233;t&#233; moderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce nouveau rapport peut &#234;tre alors facteur de d&#233;shumanisation et d'asservissement, puisque pr&#233;cis&#233;ment il ne prend pas en compte l'ensemble des relations pr&#233;sentes ou possibles, ainsi que toute sp&#233;cificit&#233; autre que refl&#233;t&#233;e dans la valeur &#233;conomique marchande. De m&#234;me, il r&#233;duit &#224; une mesure commune mat&#233;rielle toutes les diff&#233;rences qualitatives. Cette mesure commune, objective, est utile pour appr&#233;cier la dimension proprement mat&#233;rielle, &#233;conomique en un sens, de tout choix, mais seulement cette dimension, qui n'est pas la seule ni souvent m&#234;me la principale. Le risque de l'absolutiser est d'autant plus grand qu'il propose une forme d'universalit&#233;, un moyen de tout faire passer &#224; travers son prisme. Dans une soci&#233;t&#233; divis&#233;e et relativiste, il reste parfois le seul moyen de r&#233;soudre une question par une transaction, m&#234;me si par ailleurs on n'est d'accord sur rien. Simmel note m&#234;me que &#171; l'argent, moyen absolu et donc lieu de rencontre d'innombrables s&#233;ries t&#233;l&#233;ologiques, a des rapports significatifs, psychologiquement, avec l'id&#233;e de Dieu &#187; ; comme lui, dit-il, il est la co&#239;ncidence ou le centre commun de tous les oppos&#233;s .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne donne aucun forme d'unit&#233; ou de convergence &#224; la soci&#233;t&#233; ; l'argent peut alors aussi &#234;tre un facteur d'&#233;clatement de celle-ci : r&#233;ducteur de tout lien, source d'in&#233;galit&#233;s mal ressenties, d'autant qu'il n'a pas de fondement dans des liens humains ou dans des valeurs objectives. En perspective chr&#233;tienne, cela rappelle le propos &#233;vang&#233;lique sur le fait qu'on ne peut servir deux ma&#238;tres, Dieu et Mammon (l'argent personnifi&#233; contre le Bien par excellence, qui est amour). Pourtant le m&#234;me texte ne recommande pas de l'&#233;liminer, mais de l'utiliser intelligemment dans le sens du bien, et notamment en faveur de son prochain.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'usage de l'argent : le&#231;ons de la tradition chr&#233;tienne&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Pour aller plus loin, reprenons plusieurs r&#233;flexions issues de la tradition chr&#233;tienne. On peut par exemple trouver chez saint Thomas d'Aquin, autorit&#233; majeure en contexte catholique, les &#233;l&#233;ments d'une conception plus ou moins implicite de l'&#233;conomie et de la monnaie , qui inspirera toute la tradition catholique jusqu'&#224; r&#233;cemment. On &#233;voquera notamment son analyse du juste prix et du taux d'int&#233;r&#234;t ou usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les &#233;changes commerciaux et le juste prix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son analyse du juste prix a &#233;t&#233; souvent mal comprise. Le motif est moral : ne pas vendre quelque chose plus que cela ne vaut. Ce qui suppose d'avoir une notion de prix de r&#233;f&#233;rence, socialement &#233;tabli. Pour faire bref, ce prix est un prix d&#233;rivant des conditions locales ; il est fluctuant et se d&#233;gage par un processus commun de confrontation des besoins &lt;i&gt;(indigentia&lt;/i&gt;). Thomas ne pr&#233;voit donc pas que ce prix soit fix&#233; par la loi. Il ne se r&#233;f&#232;re pas non plus &#224; la nature des choses, mais &#224; la mani&#232;re dont ces choses sont utilis&#233;es par les hommes, &#224; leurs besoins. On retrouve assez clairement ce qu'on appellera plus tard un effet de l'offre et de la demande. Mais cela ne veut pas dire que ce juste prix co&#239;ncide toujours avec le prix de march&#233; au sens habituel aujourd'hui. En particulier, il ne se r&#233;sume pas &#224; un pur accord entre acheteur et vendeur, puisqu'il a un caract&#232;re objectif : il est &#233;tabli implicitement sur un &#8216;march&#233;' large, ouvert, o&#249; tous participent, et o&#249;, en outre, tous sont l&#224; pour rechercher la justice. Il r&#233;sulte en d&#233;finitive de la confrontation large et honn&#234;te des besoins humains et des ressources disponibles &#224; un moment donn&#233; dans un endroit donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parvient &#224; cette mesure gr&#226;ce &#224; cet instrument qu'est la monnaie, &#233;tabli &#224; cet effet selon une convention entre les hommes. Tant la monnaie elle-m&#234;me, que le march&#233; au sens large, sont donc pour lui des institutions humaines, conventionnelles ; mais elles donnent un fondement ad&#233;quat pour l'exercice de la vertu de justice dans notre monde. Il est &#224; noter que cette conception de la monnaie comme pure convention sociale ne fait aucun allusion &#224; l'or ou &#224; l'argent m&#233;taux (contrairement &#224; son &#233;poque). Cela rappelle de fa&#231;on &#233;tonnante la monnaie actuelle, cr&#233;&#233;e dans une large mesure par le syst&#232;me bancaire, mais plac&#233;e sous le contr&#244;le de la banque centrale et sans lien avec une base ext&#233;rieure comme l'or.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t ou usure&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'usure (c'est-&#224;-dire, dans ce contexte, du taux d'int&#233;r&#234;t) est plus complexe : sa prohibition, qui est la position de Thomas, choque notre logique ; mais il est possible de titrer de cette controverse des conclusions int&#233;ressantes. En simplifiant, sa th&#232;se est qu'en demandant un int&#233;r&#234;t &#224; l'occasion d'un pr&#234;t, on vend deux fois la m&#234;me chose : on facture s&#233;par&#233;ment la d&#233;tention de l'argent et son usage (&#224; la diff&#233;rence d'une maison, qu'on peut louer). En sens inverse, il distingue clairement le pr&#234;t de l'investissement en capital, qui, lui, peut &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233;, car il n'est pas consomm&#233; dans la transaction : la propri&#233;t&#233; subsiste. Comme on le voit, l'argumentation se base sur une analyse du r&#244;le de l'argent, diff&#233;rente de la perception actuelle et en partie contestable. Mais ce peut &#234;tre un point de d&#233;part pour des r&#233;flexions f&#233;condes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d'abord dit que l'argent est consomm&#233;. Mais si on pr&#234;te un pain pour &#234;tre mang&#233;, il dispara&#238;t ; tandis que si on pr&#234;te de l'argent, il subsiste et continue &#224; jouer son r&#244;le d'outil pour l'&#233;change ; en outre, le pr&#234;teur obtient en retour une cr&#233;ance sur le d&#233;biteur. Cela dit, m&#234;me si l'argent n'est pas &#224; proprement parler consomm&#233;, il n'est pas non plus directement utilisable - hors transaction, contrairement aux autres biens. On l'a dit, c'est un outil, un pur signe dans la soci&#233;t&#233;, purement instrumental. Il y a donc un aspect justifi&#233; dans le fait de le consid&#233;rer &#224; part des autres biens : il ne sert et n'a de sens que relativement &#224; ce qu'il permet d'acqu&#233;rir. Ce qui veut dire concr&#232;tement qu'on doit toujours l'utiliser en ayant d'abord en vue la r&#233;alit&#233; sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me affirmation est que l'argent n'a aucune dimension productive, qui justifierait une r&#233;mun&#233;ration. Or il est exact que l'argent &#224; soi seul n'est pas productif ; seul le travail humain au sens large (entreprenariat et direction g&#233;n&#233;rale compris) permet de le faire fructifier. Mais il serait erron&#233; de nier la contribution du capital dans cette production. Un ouvrier sans machine ni outil produit massivement moins qu'un ouvrier avec machine. En d'autres termes, l'argent est aussi moyen d'acqu&#233;rir des outils qui contribuent &#224; la production et dont l'usage est d&#232;s lors l&#233;gitimement r&#233;mun&#233;r&#233;. Mais si une r&#233;mun&#233;ration peut &#234;tre moralement licite, on ne doit pas oublier en m&#234;me temps que cet argent n'est productif qu'ins&#233;r&#233; dans le tissu des relations humaines, en association avec le travail.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que l'une des caract&#233;ristiques d'un pr&#234;t est d'&#234;tre exigible en justice, contrairement au capital investi en fonds propres. En ce sens, un pr&#234;teur est bien moins solidaire de l'emprunteur qu'un associ&#233; de l'entreprise. En outre, du fait qu'il est exigible selon des modalit&#233;s stipul&#233;es &#224; l'avance, en g&#233;n&#233;ral ind&#233;pendantes des circonstances, le cr&#233;dit pr&#233;sente une rigidit&#233; dont l'histoire des crises financi&#232;res montre qu'il est la source de risques majeurs. Quand donc Thomas accepte comme licite l'investissement en fonds propres, mais exprime sa r&#233;serve pour le cr&#233;dit comme op&#233;ration &#233;conomique, il per&#231;oit plus ou moins confus&#233;ment une r&#233;alit&#233; importante, que notre &#233;poque, ivre de cr&#233;dit et de dette, devrait m&#233;diter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Synth&#232;se&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que l'analyse de saint Thomas doit &#234;tre inscrite dans le contexte de son temps : l'usure au sens actuel &#233;tait alors un vrai fl&#233;au social. En outre, il convient de rappeler le risque plus g&#233;n&#233;ral repr&#233;sent&#233; par l'argent, relev&#233; par les &#201;vangiles : le fait d'&#234;tre repr&#233;sentatif de tout ce qui peut &#234;tre achet&#233;, ce qui peut en faire le support par excellence d'une d&#233;rive : l'avidit&#233; &#224; l'&#233;gard de ce qui ne devrait &#234;tre qu'instrumental. Remarque qui rencontre celle d'Aristote sur la chr&#233;matistique, o&#249; la volont&#233; d'accumuler ne rencontre aucune limite naturelle. On l'a dit, sa neutralit&#233; m&#234;me accentue ce risque, et donc, au lieu de servir d'outil dans la relation entre des personnes, il devient un objectif en lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il convient donc de corriger l'analyse de Thomas sur l'int&#233;r&#234;t, cela ne fait pas dispara&#238;tre ce qu'il a reconnu de la nature de l'argent : convention sociale permettant l'&#233;change, il n'est pas par lui-m&#234;me productif ; il ne l'est que dans son association avec du travail humain au sens large. Cette r&#233;alit&#233; est moins imm&#233;diatement perceptible dans le cr&#233;dit r&#233;mun&#233;r&#233;, o&#249; on peut avoir tout particuli&#232;rement l'impression fausse que l'argent est productif par lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;ons &#224; en tirer &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de tout ceci deux &#233;l&#233;ments. D'abord, la neutralit&#233; de la monnaie, qui est un pur instrument. Mais cela ne veut pas dire que tout ce qui est possible et l&#233;gal, et qui se r&#233;sout par une op&#233;ration mon&#233;taire est moralement juste. La r&#233;f&#233;rence commune dans ce qui pr&#233;c&#232;de est l'id&#233;e de justice, vertu morale r&#233;gissant les rapports sociaux. La monnaie est un outil &#224; utiliser dans cette perspective, mais qui ne donne pas en elle-m&#234;me la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela implique de regarder autrement les pratiques sociales. C'est d'abord la transaction commerciale et plus particuli&#232;rement le march&#233; : son bon fonctionnement est un enjeu collectif majeur. C'est ce que d&#233;veloppe le pape Beno&#238;t XVI dans son encyclique Caritas in veritate, au N&#176; 35 : &#171; lorsqu'il est fond&#233; sur une confiance r&#233;ciproque et g&#233;n&#233;rale, le march&#233; est l'institution &#233;conomique qui permet aux personnes de se rencontrer, en tant qu'agents &#233;conomiques, utilisant le contrat pour r&#233;gler leurs relations et &#233;changeant des biens et des services fongibles entre eux pour satisfaire leurs besoins et leurs d&#233;sirs. &#187; Mais &#171; abandonn&#233; au seul principe de l'&#233;quivalence de valeur des biens &#233;chang&#233;s, le march&#233; n'arrive pas &#224; produire la coh&#233;sion sociale dont il a pourtant besoin pour bien fonctionner. Sans formes internes de solidarit&#233; et de confiance r&#233;ciproque, le march&#233; ne peut pleinement remplir sa fonction &#233;conomique. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis, au N&#176; 36 &#171; Le march&#233; n'est pas de soi, et ne doit donc pas devenir, le lieu de la domination du fort sur le faible. La soci&#233;t&#233; ne doit pas se prot&#233;ger du march&#233;, comme si le d&#233;veloppement de ce dernier comportait ipso facto l'extinction des relations authentiquement humaines. Il est certainement vrai que le march&#233; peut &#234;tre orient&#233; de fa&#231;on n&#233;gative, non parce que c'est l&#224; sa nature, mais parce qu'une certaine id&#233;ologie peut l'orienter en ce sens. Il ne faut pas oublier que le march&#233; n'existe pas &#224; l'&#233;tat pur. Il tire sa forme des configurations culturelles qui le caract&#233;risent et l'orientent. En effet, l'&#233;conomie et la finance, en tant qu'instruments, peuvent &#234;tre mal utilis&#233;es quand celui qui les g&#232;re n'a comme point de r&#233;f&#233;rence que des int&#233;r&#234;ts &#233;go&#239;stes. Ainsi peut-on arriver &#224; transformer des instruments bons en eux-m&#234;mes en instruments nuisibles. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne doit donc jamais perdre de vue la double insertion du march&#233; dans le contexte des relations sociales et humaines : d'un c&#244;t&#233; sa d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard des priorit&#233;s des personnes, l'enjeu de son mode d'organisation, et de l'autre sa n&#233;cessaire r&#233;insertion dans le champ de la soci&#233;t&#233;, et notamment des pr&#233;occupations de justice distributive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle perspective, on peut voir diff&#233;remment la fongibilit&#233; de l'argent. C'en est une propri&#233;t&#233; bien r&#233;elle, mais ce n'est pas une r&#232;gle d'emploi, une n&#233;cessit&#233; logique, ce qui conduirait &#224; reconna&#238;tre a priori une libert&#233; totale dans son utilisation, sous r&#233;serve du respect de lois elles-m&#234;mes con&#231;ues d'abord pour faciliter cette libert&#233;. Il rel&#232;ve certes de l'autonomie des personnes de prendre leurs responsabilit&#233;s (cons&#233;quence de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e), mais, sous l'angle de l'&#233;thique, elles sont cens&#233;es le faire dans la perspective du bien, et notamment du bien commun, celui de la communaut&#233; (laquelle a d'ailleurs institu&#233; ce m&#234;me argent). Dans cette logique, deux personnes qui font une transaction ne sont pas deux monades qui se rencontrent et qui par hasard auraient cet instrument commun qu'est l'argent, mais deux membres de la communaut&#233; dont chaque acte s'ins&#232;re dans cette communaut&#233; et contribue &#224; la b&#226;tir en utilisant les outils communs, dont la monnaie. M&#234;me si chacun a son r&#244;le et sa vocation propres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, dans cette perspective, on peut avoir &#224; reconsid&#233;rer l'organisation m&#234;me de l'activit&#233; financi&#232;re et du march&#233;. Ce qui facilite la recherche commune du juste prix et l'orientation de l'&#233;pargne dans le sens du bien commun va dans le bon sens ; la pure sp&#233;culation au mauvais sens du terme, c'est-&#224;-dire le parasitage de la fonction normale du march&#233;, est contestable. On en est alors conduit par exemple &#224; contester des pratiques comme le trading haute fr&#233;quence, l'achat de CDS hors couverture, voire la cotation en continu ou m&#234;me le r&#244;le devenu pr&#233;pond&#233;rant de la gestion passive : non seulement ils ne contribuent pas au r&#244;le positif du march&#233; ainsi compris, mais ils le perturbent ou le parasitent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Insertion dans l'horizon de temps&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Encore au-del&#224; de ces consid&#233;rations, se pose la question centrale de la perspective temporelle. Ins&#233;r&#233; dans le flux du temps, l'homme se trouve en permanence confront&#233; &#224; l'incertitude sur l'avenir, et &#224; la n&#233;cessit&#233; cependant de prendre des d&#233;cisions. Sans entrer dans le d&#233;tail, la r&#233;flexion philosophique met en &#233;vidence deux conceptions irr&#233;ductibles du temps : le temps v&#233;cu du moment, le seul r&#233;el pour nous, mais isol&#233; entre un pass&#233; r&#233;volu et un avenir non pr&#233;sent (temps A des philosophes) ; et le temps lin&#233;aire de la datation, objectif mais impersonnel, o&#249; pass&#233;, pr&#233;sent et futur sont en quelque sorte sur une m&#234;me ligne : elle est la seule scientifique, mais ses donn&#233;es de base, pass&#233; et futur, n'existent pas aujourd'hui (temps B des philosophes). Ces deux conceptions sont incompatibles et irr&#233;conciliables si on les prend telles quelles . Or la finance a justement &#224; traiter cette question du temps : prendre dans le pr&#233;sent une d&#233;cision fond&#233;e sur une avenir inconnu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La d&#233;cision financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas des biens de production, et en particulier du capital, le calcul porte en principe sur le flux de biens futurs qu'on esp&#232;re tirer du fait qu'on a mis &#224; la disposition d'un autre une somme d'argent. Ce qu'on appelle finance affecte alors cet argent &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, et notamment des investissements. Elle st cens&#233;e choisir ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat (au sens large) pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. La finance a donc essentiellement &#224; voir avec l'avenir, et avec un avenir &#224; risque. Mais la d&#233;cision se prend au pr&#233;sent, notamment &#224; travers le march&#233; financier. Nous retrouvons donc ici de fa&#231;on tr&#232;s sch&#233;matis&#233;e, et r&#233;duite &#224; une seule dimension mon&#233;taire, les deux notions du temps. D'un c&#244;t&#233;, l'&#233;valuation prend comme r&#233;f&#233;rence le temps lin&#233;aire : elle tente d'&#233;valuer un flux de ressources &#233;tal&#233; sur cette &#233;chelle de temps, et qui n'existe pas encore. D'un autre c&#244;t&#233;, elle le ram&#232;ne au pr&#233;sent en synth&#233;tisant cet ensemble de fa&#231;on actualis&#233;e dans un chiffre op&#233;rationnel : le prix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La tentation du d&#233;miurge : Mammon dieu de l'argent&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on alors attendre du march&#233; financier ? On peut pragmatiquement y voir la simple confrontation &#224; un moment donn&#233; d'un ensemble d'ordres d'achats et de ventes, offrant le plus large choix aux uns et aux autres. C'est &#224; mon sens l'attitude la plus raisonnable. Mais, on l'a rappel&#233;, la th&#233;orie financi&#232;re a &#233;t&#233; plus ambitieuse, &#224; travers la th&#233;orie des march&#233;s efficients. Selon cette conception, longtemps dominante, le march&#233; confronte de la fa&#231;on la plus efficace l'ensemble des informations disponibles &#224; un moment donn&#233; et donne donc de fa&#231;on synth&#233;tique la meilleure image possible de l'avenir. D&#232;s lors, ce r&#233;sultat peut et doit avoir valeur de guidage pour toute d&#233;cision &#233;conomique, qui doit en bonne logique prendre comme &#233;talon ces valorisations. Toute la comptabilit&#233; en r&#233;sulte alors, et tout le calcul financier. Et en particulier, on peut de ce fait en d&#233;duire pratiquement qu'il n'est plus besoin de r&#233;fl&#233;chir en termes de responsabilit&#233;, encore moins de long terme : tout est synth&#233;tis&#233; dans le prix. Lequel fait en revanche l'impasse sur les valeurs et priorit&#233;s non mon&#233;taires, suppos&#233;es relever du seul choix priv&#233;. Le march&#233; ainsi compris, bien au-del&#224; de son r&#244;le pratique, prend alors une fonction d&#233;miurgique : un crit&#232;re chiffr&#233;, op&#233;rationnel, int&#232;gre l'avenir dans le pr&#233;sent &#224; travers l'argent. On comprend alors la v&#233;h&#233;mence de ceux qui d&#233;noncent la financiarisation de la soci&#233;t&#233; : cela revient &#224; d&#233;noncer une r&#233;duction dramatique de l'humain, au nom d'un parti d&#233;miurgique prom&#233;th&#233;en, illusoire, qui ne vise rien de moins qu'&#224; la ma&#238;trise du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspective&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est en m&#234;me temps manifeste de ce qui pr&#233;c&#232;de que ce n'est pas la finance comme telle qui pose probl&#232;me : on ne reproche pas &#224; un outil ce qu'en fait un artisan mal intentionn&#233;. Le march&#233; financier, ramen&#233; &#224; de justes proportions, a un r&#244;le pratique : il permet &#224; l'argent &#233;pargn&#233; de s'investir ou de se red&#233;ployer, et d'op&#233;rer une confrontation indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doit alors &#234;tre le positionnement &#224; prendre, si, contrairement &#224; la vision d&#233;miurgique et r&#233;ductrice ainsi &#233;voqu&#233;e, on cherche &#224; situer le processus de d&#233;cision &#233;conomique et financier dans la r&#233;alit&#233; dans toutes ces dimensions ? On rappellera d'abord le fait que le seul temps r&#233;el pour nous est le pr&#233;sent, mais qu'il va dispara&#238;tre l'instant d'apr&#232;s. Ensuite que nous projetons notre d&#233;cision sur un futur qui n'existe pas &#224; ce stade, mais qui existera, envers lequel notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, mais que nous ne pouvons conna&#238;tre d'un vrai savoir, car nous faisons seulement des hypoth&#232;ses. Enfin, que ces d&#233;cisions que nous prenons, au fond sans tout &#224; fait savoir malgr&#233; le soin que nous y mettons, sont tout sauf anecdotiques ou fugitives, parce que leur cumul conditionne fortement notre avenir collectif : &#224; soi seul cela justifierait que nous y mettions le plus grand soin. Y compris si nous ne sommes pas croyants, en perspective &#233;thique : l'esprit humain est capable de sortir de lui-m&#234;me et de voir ce que signifient ses actes dans une perspective large, notamment en assumant ses responsabilit&#233;s &#224; l'&#233;gard de l'avenir et de la communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, cela plaide puissamment en faveur de l'investissement &#233;thique, notamment mais pas uniquement en perspective &#233;cologique. De fa&#231;on analogue et li&#233;e, cela conduit &#224; donner une importance centrale &#224; la perspective temporelle, y compris celle des entreprises dans lesquelles on investit : la vie de l'entreprise s'appr&#233;cie sur la dur&#233;e, souvent longue. Cela vaut pour l'investisseur, mais cela devrait aussi inspirer le droit et les statuts de l'entreprise. Par exemple en supprimant les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e, ou de gestion passive. Ou encore en modifiant de fa&#231;on radicale la r&#233;mun&#233;ration des dirigeants, notamment en excluant les r&#233;f&#233;rences au court terme, et celles fluctuantes ou manipulables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, un certain d&#233;centrement du regard, puisant dans des sagesses au d&#233;part non &#233;conomiques, ne manque pas d'int&#233;r&#234;t pratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la&lt;/i&gt; Revue d'Economie financi&#232;re &lt;i&gt;N&#176; 162, 2e trimestre 2026&lt;/i&gt;. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/ethique-et-finance&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.aefr.eu/fr/numero/162/e...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Les cryptomonnaies, de vraies monnaies ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-cryptomonnaies-de-vraies-monnaies.html</link>
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		<dc:date>2025-07-26T09:02:11Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>cryptomonnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Bitcoin</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme le nom l'indique, la pr&#233;tention principale des cryptomonnaies est d'&#234;tre des monnaies, mais &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une monnaie a une triple fonction pour une communaut&#233; : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur. Elle doit donc &#234;tre stable et adapt&#233;e aux besoins de l'&#233;conomie. Les monnaies officielles, malgr&#233; leur limites, assurent cette fonction, avec l'appui des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on va le voir, il para&#238;t exclu que les cryptomonnaies puissent jouer ce r&#244;le. Ce sont pour l'essentiel des supports &#224; sp&#233;culation artificielle, d&#233;connect&#233;s de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique &#8211; sauf pour effectuer des transactions opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la blockchain, utilis&#233;e par les cryptomonnaies et qui permet un &#233;change s&#233;curis&#233; hors contr&#244;le public ou priv&#233;, est une autre question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Creation-monetaire-+.html" rel="tag"&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Monnaie-+.html" rel="tag"&gt;Monnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-cryptomonnaie-+.html" rel="tag"&gt;cryptomonnaie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Bitcoin-+.html" rel="tag"&gt;Bitcoin&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/bitcoin-6024249_640_1_.jpg?1787417294' class='spip_logo spip_logo_right' width='100' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Cet article est sur les cryptomonnaies. Pas principalement sur ce qu'on appelle la blockchain. Les cryptomonnaies ont besoin de la blockchain. Mais celle-ci va au-del&#224; des cryptomonnaies : c'est pour simplifier un m&#233;canisme informatique visant &#224; permettre un &#233;change &#233;chappant &#224; tout contr&#244;le public ou priv&#233;, donc anonyme, et pourtant totalement s&#233;curis&#233; ; ce faisant il peut pr&#233;senter un r&#233;el int&#233;r&#234;t pour de nombreuses questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui caract&#233;rise en revanche une cryptomonnaie, comme le nom l'indique, c'est qu'elle se pr&#233;sente comme un support de valeur financi&#232;re, comme un actif, utilisable comme monnaie. Pour porter un jugement sur ce produit et son utilisation, il faut d'abord rappeler ce qu'est une monnaie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'est-ce que la monnaie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Classiquement on reconna&#238;t &#224; la monnaie une triple fonction : &#233;talon de mesure pour les prix des biens &#233;changeables ; moyen de paiement ; et r&#233;serve de valeur pour garder disponible de quoi faire une d&#233;pense ult&#233;rieurement. La monnaie doit donc &#234;tre raisonnablement stable dans le temps et disponible de fa&#231;on commode pour &#234;tre stock&#233;e ou pour payer. Son r&#244;le est majeur, puisqu'il structure toute la vie &#233;conomique. On comprend alors qu'il en faut une juste quantit&#233;, qui peut varier en proportion des besoins, mais sans alt&#233;rer de fa&#231;on significative sa relation avec les biens &#233;changeables. Si par exemple il y a trop de monnaie, elle perd sa valeur par rapport aux biens, et ne joue pas bien son r&#244;le. Et alors une part importante de la confiance qui est &#224; la base de la soci&#233;t&#233; est remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Jusqu'&#224; une p&#233;riode r&#233;cente, les monnaies &#233;taient d&#233;finies par rapport &#224; un m&#233;tal pr&#233;cieux. Mais de la monnaie pouvait d&#233;j&#224; et peut &#234;tre cr&#233;&#233;e par les banques &#224; partir de la cr&#233;ation de cr&#233;dit, pour financer des transactions qu'elles jugent fiables. En effet, si je consid&#232;re une promesse de paiement comme fiable, je peux accepter de la recevoir en paiement &#224; la place de la monnaie au sens &#233;troit. Mais ces monnaies bancaires se rapportent n&#233;anmoins &#224; la monnaie officielle, qui sert de juge de paix. A l'&#233;poque actuelle, la situation est dans son principe la m&#234;me, &#224; ceci pr&#232;s que la monnaie officielle ne se relie plus &#224; quoi que ce soit : elle est r&#233;gul&#233;e par les banques centrales, qui contr&#244;lent la monnaie en circulation, notamment par leurs interventions sur les march&#233;s de l'argent, qu'on appelle la politique mon&#233;taire. Car d&#232;s que les banques cr&#233;ent trop d'argent cela peut produire de l'inflation, socialement dangereuse. Et si elles en pr&#234;tent trop peu, cela &#233;touffe l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La monnaie est-elle toujours publique ? C'est par excellence une institution sociale au sens large : elle ne fonctionne que si un groupe important de gens, qui &#233;changent entre eux, l'accepte et la reconna&#238;t comme telle. En th&#233;orie elle pourrait exister comme fait social sans qu'une autorit&#233; intervienne. En pratique cependant, dans la quasi-totalit&#233; des cas, la monnaie a &#233;t&#233; et reste d&#233;finie par l'autorit&#233; politique qui lui donne son statut. D'abord l'Etat ne peut se d&#233;sint&#233;resser de la monnaie, qui est vitale pour l'&#233;conomie du pays. Une monnaie publique a pour elle le fait que la puissance publique appuie sa reconnaissance : des textes obligent &#224; l'accepter, et les tribunaux n'accordent la protection de la loi que lorsque la cr&#233;ance est libell&#233;e dans une monnaie reconnue. De plus, l'autorit&#233; peut l'imposer pour tous les actes accomplis avec elle, &#224; commencer par le paiement des imp&#244;ts. Une monnaie publique l&#233;gitime et fonctionnant correctement dispose donc d'un avantage &#233;norme, et s'impose de droit ou de fait. Cela dit, des exemples rares existent de refus de la monnaie officielle en faveur d'une monnaie &#233;trang&#232;re (dollar ou autrefois deutschemark), lorsque la monnaie nationale a perdu sa cr&#233;dibilit&#233;. Mais c'est alors en faveur d'un autre monnaie publique, suppos&#233;e solide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de l'absence de base objective des monnaies actuelles, et de la tentation de les utiliser pour des buts politiques, la situation actuelle n'est pas pleinement satisfaisante, loin de l&#224;. Mais elle fonctionne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La nouveaut&#233; des cryptomonnaies&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire alors des cryptomonnaies ? Prenons le bitcoin, mais ce qu'on va en dire est vrai de toutes. Sans entrer dans une analyse pr&#233;cise, pour simplifier c'est le produit d'un processus informatique utilisant la blockchain. La quantit&#233; de bitcoin existante &#224; un moment donn&#233; n'est donc pas reli&#233;e &#224; une activit&#233; &#233;conomique, encore moins g&#233;r&#233;e par une entit&#233; poursuivant un objectif &#233;conomique, social, politique ou autre. Elle r&#233;sulte de l'algorithme d'un c&#244;t&#233;, de l'activit&#233; des utilisateurs de l'autre. Mais la quantit&#233; disponible est pour les usagers un fait brut. Quant &#224; la valeur du bitcoin, qu'on l'exprime dans une des monnaies actuelles ou par rapport &#224; des biens, elle d&#233;pend exclusivement de l'offre et de la demande de bitcoins, et fluctue d&#232;s lors consid&#233;rablement. L'analogue du bitcoin est ici l'or, dont la production est d&#233;coupl&#233;e pour l'essentiel de l'activit&#233; &#233;conomique, et d&#233;pend de r&#233;alit&#233;s mini&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'usager, le bitcoin peut &#234;tre utilis&#233;, en principe avec une s&#233;curit&#233; maximale, sans aucun passage par une entit&#233; quelconque, officielle ou priv&#233;e (banque), qui enregistrerait la transaction : il suffit d'avoir les identifiants voulus et de passer un ordre pour payer. C'est &#233;videmment une grande diff&#233;rence avec les monnaies officielles, dont l'usage passe par une banque, elle-m&#234;me supervis&#233;e. Mais il est important de noter que c'est une fonction diff&#233;rente de la pr&#233;c&#233;dente ; en effet, on peut imaginer des passages par la blockchain permettant des paiements directs dans une monnaie officielle ; de tels dispositifs sont m&#234;me activement envisag&#233;s par les banques centrales ; par ailleurs certaines cryptomonnaies sont rattach&#233;es &#224; une monnaie officielle &#224; travers une institution (banque ou autre) : les stablecoins. L'analogue est cette fois les esp&#232;ces, billets et pi&#232;ces &#8211; qui sont libell&#233;es en monnaie centrale mais eux aussi anonymes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me dimension est la plus cit&#233;e, soit pour critiquer le bitcoin, puisqu'il permet le blanchiment et le financement des activit&#233;s criminelles (comme les esp&#232;ces, mais en plus pratique et plus fluctuant) ; soit pour en faire l'&#233;loge, puisqu'il n'est en principe pas contr&#244;lable par un &#233;tat malveillant : il peut &#234;tre utilis&#233; dans des circonstances dramatiques (guerre etc.), et il permet d'&#233;conomiser sur les frais de transaction. Mais &#224; nouveau, les m&#234;mes remarques pourraient valoir pour un usage de monnaie nationale ou &#233;trang&#232;re &#224; travers la blockchain. Ce n'est donc pas l&#224; ce qui fait la sp&#233;cificit&#233; du bitcoin en tant que tel. D&#232;s lors, on peut voir avec faveur le d&#233;veloppement de syst&#232;mes de paiement par blockchain (comme d'ailleurs de transactions de tout type) sans se prononcer sur le bitcoin lui-m&#234;me (et ses concurrents). Ajoutons que le caract&#232;re anonyme du bitcoin ne permet aucune personnalisation de son usage (y compris social par exemple), contrairement &#224; une monnaie passant par les circuits ouverts, de type bancaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question intrins&#232;que pos&#233;e par le bitcoin est donc autre : c'est le fait de consid&#233;rer comme un actif et par l&#224; une monnaie quelque chose qui est fabriqu&#233; par un programme informatique &#233;chappant &#224; tout pilotage et sans lien avec l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les cryptomonnaies sont-elles l&#233;gitimement des actifs ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique du bitcoin est au d&#233;part libertarienne : elle vise &#224; cr&#233;er un actif totalement ind&#233;pendant dans son volume comme dans son utilisation tant des banques centrales et des gouvernements que des banques commerciales, et donc non soumis aux al&#233;as politiques ou autres, non reli&#233; &#224; l'endettement, ni aux banques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on dire pour autant que ce serait une bonne monnaie ? On l'a dit, la caract&#233;ristique de celle-ci est de permettre &#224; une communaut&#233; &#233;conomique d'effectuer ses transactions, tout en gardant une relation aussi stable que possible avec les biens et services correspondants, et donc en particulier sa valeur dans le temps. Le m&#233;canisme des monnaies actuelles est bas&#233; sur le cr&#233;dit, et se fonde donc sur une part appr&#233;ciable de l'activit&#233; &#233;conomique ; et il est r&#233;gul&#233; activement par une institution, la banque centrale. Il est donc construit en th&#233;orie pour que la relation entre la monnaie et les biens soit stable. Cela dit, l'efficacit&#233; de cette relation d&#233;pend directement de cette r&#233;gulation, qui peut d&#233;vier de deux mani&#232;res : par erreur de la banque centrale ou mauvais diagnostic (comme avec la crise de 2008) ; ou surtout par pression politique (planche &#224; billets, qu'on a vue sur grande &#233;chelle dans les deux guerres mondiales).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, la production de bitcoin ne se relie pas avec la masse des biens et services produits et &#233;chang&#233;s ; c'est de ce point de vue une donn&#233;e ext&#233;rieure. On l'a dit, en cela elle ressemble &#224; l'or (ou l'argent). Il est vrai que ces derniers ont &#233;t&#233; longtemps des r&#233;f&#233;rences mon&#233;taires - m&#234;me si on ne payait pas directement en poids d'or brut, mais dans une monnaie authentifi&#233;e par le souverain, qui elle-m&#234;me se r&#233;f&#233;rait &#224; l'or. Cela dit, il y a deux diff&#233;rences majeures. L'une, que l'or existe de fa&#231;on objective et a aussi un usage non mon&#233;taire important ; utilis&#233; comme monnaie, on le met en relation avec les divers biens et services, ce qui revient &#224; comparer des biens entre eux sur un march&#233; ; alors que le bitcoin en lui-m&#234;me n'est pas un bien. L'autre, corr&#233;lativement, que la valeur du bitcoin se relie exclusivement &#224; ce qu'en pensent ses usagers : ils pourraient pour une raison quelconque s'en d&#233;tourner compl&#232;tement ; ou au contraire, comme c'est actuellement le cas, le rechercher sp&#233;culativement. Il n'y a aucun ressort de rappel dans la r&#233;alit&#233;. D&#232;s lors, la valeur du bitcoin a fluctu&#233; de fa&#231;on consid&#233;rable depuis ses origines et continue &#224; le faire ; c'est une logique de sp&#233;culation, c'est-&#224;-dire d'anticipations auto-entretenues, qui a d&#233;bouch&#233; dans l'ensemble sur une hausse de valeur &#233;norme, avec des p&#233;riodes de chute brutale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En l'&#233;tat, ceci le rend donc inapte &#224; la fonction de monnaie. Et si on l'utilisait de plus en plus comme moyen de paiement, son prix monterait rapidement puisque la quantit&#233; produite ne suivrait pas. Par ailleurs on voit mal la soci&#233;t&#233; dans son ensemble recourir comme monnaie de large usage et de r&#233;f&#233;rence &#224; un algorithme qui reste parfaitement opaque (et qui n'est en r&#233;alit&#233; pas immunis&#233; contre tous les risques, car aucun algorithme ne l'est). Par ailleurs, ce n'est pas non plus un vrai investissement, puisque ce n'est ni un bien de consommation ni un bien de production. Cela n'a notamment rien &#224; voir avec un titre de cr&#233;ance et encore moins avec les actions d'une entreprise, qui se relient, eux, &#224; une r&#233;alit&#233; : m&#234;me si on peut sp&#233;culer dessus, le rappel de r&#233;alit&#233; y est donc possible et se produit &#224; un moment ou un autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, le terme de cryptomonnaie est donc contestable. La fonction sp&#233;culative au mauvais sens du terme y est largement pr&#233;dominante. Hors militants libertariens, elle est peu compatible avec un usage comme monnaie, sauf pour des transactions qui veulent rester opaques et acceptent pour cela un risque important de fluctuation. Nous retrouvons ce fait de base pour appr&#233;cier un fait &#233;conomique : il doit se relier &#224; un bien r&#233;el et &#224; une communaut&#233; humaine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Monnaie impressionniste</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Monnaie-impressionniste.html</link>
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		<dc:date>2022-01-08T13:27:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Syst&#232;me mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Banque centrale</dc:subject>
		<dc:subject>Cr&#233;ation mon&#233;taire</dc:subject>
		<dc:subject>Monnaie</dc:subject>
		<dc:subject>Inflation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cr&#233;ation mon&#233;taire &#224; tout va, inflation, d&#233;ficits : on ach&#232;te la paix sociale, et les banques centrales ne sont pas les derni&#232;res. Et l'inflation qui se fait attendre &#8211; au moins jusqu'&#224; r&#233;cemment. Pourvu que &#231;a dure para&#238;t-on dire. Mais justement, comme cela ne durera pas, que faire ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans L'Incorrect N&#176;49, janvier 2022.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les joies de la cr&#233;ation mon&#233;taire, ou la politique du &#8216;pourvu que &#231;a dure'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
1/ Depuis plus de dix ans, la banque centrale europ&#233;enne a lanc&#233; une politique de Quantitative easing pour endiguer la crise financi&#232;re de 2008 puis celle des dettes souveraines de 2010. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;agir &#224; une crise comme en 2008 et en 20210 est une chose, poursuivre cette politique ind&#233;finiment on l'a fait depuis en est une autre. Dans le premier cas on calme la panique sur les march&#233;s, et on s'arr&#234;te aussit&#244;t le calme r&#233;tabli. Dans le deuxi&#232;me, c'est une politique structurelle. Or, en l'esp&#232;ce, elle est sans pr&#233;c&#233;dent historique. On la justifie en disant qu'il s'agit d'&#233;viter la d&#233;flation, consid&#233;r&#233;e comme un mal sans rem&#232;de. Il y a du vrai l&#224;-dedans ; en effet avec la d&#233;flation (baisse durable des prix), la monnaie s'appr&#233;cie avec le temps : c'est une incitation &#224; tous pour th&#233;sauriser et ne pas d&#233;penser, puisque l'argent liquide s'appr&#233;cie tout seul. De plus les banques centrales sont alors impuissantes, car elles agissent en jouant sur les taux d'int&#233;r&#234;ts : or en d&#233;flation ils tombent &#224; z&#233;ro et y restent, et elles ne peuvent rien y faire sauf &#224; ponctionner les comptes des gens, ce qui est politiquement impraticable. &lt;br class='autobr' /&gt;
En outre bien s&#251;r &#224; c&#244;t&#233; de la lutte contre la d&#233;flation cette politique permet de lisser les r&#233;cessions et par l&#224; aide les gouvernements en place. Curieusement donc ces banques centrales suppos&#233;es ind&#233;pendantes se r&#233;v&#232;lent bien commodes pour les Etats. Ce qui est &#224; rapprocher avec le fait que depuis 1973 les monnaies sont purement conventionnelles, sans lien avec l'or ou quoi que ce soit. Pendant tout un temps d'abord les banques centrales ont &#233;t&#233; rigidement attach&#233;es &#224; la lutte contre l'inflation. Mais du fait des crises, elles ont maintenant pris go&#251;t &#224; des politiques beaucoup plus populaires&#8230; alors m&#234;me que nous ne sommes pas en d&#233;flation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2/ Quel peut &#234;tre l'impact d'une telle r&#233;ponse sur le long terme ? Va-t-on vers un retour de l'inflation et une d&#233;valuation du pouvoir d'achat de notre monnaie ? Quels sont les dangers d'une telle politique ? Peut-il y avoir un risque inverse de d&#233;flation ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faire remonter l'inflation est un but affich&#233; de la BCE : elle vise 2 % et voudrait s'en tenir l&#224; ; mais jusqu'&#224; maintenant elle a eu du mal &#224; y arriver. Cela fait en effet dix ans qu'elle injecte de la monnaie &#224; dose forte et l'inflation est rest&#233;e basse. Elle juge la remont&#233;e actuelle des prix non durable (sortie de la crise Covid). &lt;br class='autobr' /&gt;
Peut-on continuer longtemps cette politique ? Dans tous les exemples historiques de cr&#233;ation mon&#233;taire massive par la banque centrale, il y a eu inflation et souvent hyperinflation. Le risque est donc bien r&#233;el. Or une vraie inflation est ruineuse pour tous ceux qui ne b&#233;n&#233;ficient pas d'un rapport de force leur permettant de pr&#233;server leur pouvoir d'achat (retrait&#233;s, &#233;pargnants, salari&#233;s faibles) ; en outre elle rend tous les calculs sur l'avenir hasardeux. Le seul gagnant v&#233;ritable en cas d'inflation est celui qui a emprunt&#233; &#224; taux fixe et qui voit alors la valeur r&#233;elle de ses dettes baisser : en premier lieu, l'Etat. Sauf que dans un deuxi&#232;me temps, lui aussi est touch&#233; s'il continue &#224; emprunter, puisque les taux d'int&#233;r&#234;ts s'envolent. &lt;br class='autobr' /&gt;
Pourtant nous n'avons pas eu, ou pas encore, une telle inflation : c'est que la p&#233;riode est tr&#232;s particuli&#232;re, notamment du fait de la mondialisation qui &#233;crase les prix, de la faiblesse syndicale et de l'abondance de l'&#233;pargne mondiale. La monnaie ainsi cr&#233;&#233;e a d&#232;s lors gicl&#233; ailleurs, dans une inflation des actifs (actions en bourse, immobilier) et donc dans des bulles. Ou elle a &#233;t&#233; th&#233;sauris&#233;e. Et donc BCE et gouvernements profitent d'une situation tout &#224; fait particuli&#232;re pour s'affranchir des r&#232;gles de long terme. Comme disait Laetitia Bonaparte : pourvu que &#231;a dure ! Sauf que comme on dit sur les march&#233;s les arbres ne montent pas jusqu'au ciel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3/ Plus que jamais, la possession de liquidit&#233;s ou d'&#233;pargne sur un compte bancaire appara&#238;t risqu&#233;e dans un environnement &#233;conomique mondial devenu incertain. Quel est l'image du bon p&#232;re de famille du XXIe si&#232;cle ? Est-ce celui qui investit dans l'&#233;conomie r&#233;elle, dans l'immobilier ? Comment se pr&#233;munir du ph&#233;nom&#232;ne des bulles sp&#233;culatives ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#171; bon p&#232;re de famille &#187; vise deux buts : faire fructifier ses actifs ou au moins les prot&#233;ger, et investir dans l'&#233;conomie de fa&#231;on utile &#224; la communaut&#233;. Pas facile dans un tel environnement. Comme il y a bulle, tous les actifs sont chers, donc avec un fort risque de baisse. Le pire &#233;tant les obligations et par l&#224; l'assurance vie. L'avantage des actions (bourse) est que sur le long terme, c'est le meilleur placement, le plus s&#251;r m&#234;me. En outre c'est investir dans l'avenir, et contribuer au contr&#244;le des entreprises. Mais dans l'intervalle leur valeur fluctue. Si donc on ach&#232;te un peu haut et que le march&#233; conna&#238;t ensuite une p&#233;riode prolong&#233;e de baisse, il faut pouvoir attendre ; dans le pass&#233; cela a pu durer des dizaines d'ann&#233;es, m&#234;me si c'est corrig&#233; ensuite. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'immobilier qu'on occupe soi-m&#234;me a un gros avantage ; on l'habite, et donc il nous sert m&#234;me si son prix baisse. L'immobilier locatif lui est tr&#232;s tax&#233; et pas toujours tr&#232;s rentable. Et l'immobilier commercial fluctue, un peu comme les actions. Quant aux bulles sp&#233;culatives, sauf &#224; &#234;tre tr&#232;s malin, la parade est de se tenir &#224; l'&#233;cart si on pense que les cours sont vraiment trop hauts, et sinon et surtout, investir sur la longue dur&#233;e, en achetant r&#233;guli&#232;rement et donc en moyennant. &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
4/ La pand&#233;mie a-t-elle acc&#233;l&#233;r&#233; le d&#233;classement &#233;conomique de l'Europe par rapport au reste du monde, notamment la Chine et l'Asie du Sud-Est ? Comment rem&#233;dier &#224; ce qui appara&#238;t comme une impossibilit&#233;, pour les pays europ&#233;ens, de conserver une avanc&#233;e technologique en termes d'innovation ? Quelles seraient les r&#233;formes structurelles &#224; op&#233;rer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le recul de l'Europe par rapport &#224; l'Asie est continu depuis 40 ans, et la pand&#233;mie l'a encore mis en &#233;vidence. Les Etats-Unis sont entre les deux : ils ont notamment sur nous l'avantage de leur puissance dans les technologies avanc&#233;es et les grands r&#233;seaux type GAFAM. &lt;br class='autobr' /&gt;
Deux types d'actions seraient n&#233;cessaires : d'un c&#244;t&#233;, mettre au point une forme intelligente d'insertion dans la mondialisation, sans na&#239;vet&#233; et id&#233;ologie libre-&#233;changiste &#224; l'europ&#233;enne : on ne peut pas et doit pas se replier, mais pas non plus &#234;tre na&#239;f. Il faut autant que possible garder le contr&#244;le de ses entreprises et de ses technologies, et sanctionner la concurrence lorsqu'elle est d&#233;loyale ou nocive pour des secteurs clefs de notre &#233;conomie. Ce qui suppose d'&#234;tre souverain. Et d'un autre c&#244;t&#233;, jouer &#224; fond la technologie. Y compris d'ailleurs pour des motifs &#233;cologiques, car on ne s'en sortira pas par la seule sobri&#233;t&#233;, m&#234;me si elle est d&#233;sirable et n&#233;cessaire. &lt;br class='autobr' /&gt;
A cela s'ajoute la remise en ordre des d&#233;penses publiques : il faut de telles d&#233;penses, et parfois il les faudrait m&#234;me plus &#233;lev&#233;es qu'aujourd'hui (dans le r&#233;galien : arm&#233;e, police, justice). Mais globalement il faut sortir des d&#233;ficits qui accumulent une dette intenable &#224; long terme et source de d&#233;pendance. Un bon exemple de ces red&#233;ploiements est l'&#233;ducation, o&#249; on peut et doit faire mieux avec moins. Et il faudrait concentrer la solidarit&#233; sur les besoins urgents, en l'orientant vers la r&#233;insertion des personnes. Mais tout cela vaut dire qu'il y aura bien des m&#233;contents par rapport &#224; la situation actuelle. Et donc cela ne prend son sens que dans le cadre d'un grand mouvement patriotique. Ou d'une vraie crise - et sans doute des deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview parue dans&lt;i&gt; L'Incorrect&lt;/i&gt; N&#176; 49, janvier 2022.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Autonomie nationale et d&#233;tention du capital</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Autonomie-nationale-et-detention-du-capital.html</link>
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		<dc:date>2021-06-21T14:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le du capital</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie nationale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La r&#233;flexion strat&#233;gique doit s'&#233;tendre &#224; la protection et au d&#233;veloppement des activit&#233;s et institutions essentielles pour la communaut&#233; nationale. La crise du Covid nous a rappel&#233; par exemple l'importance d'assurer la s&#233;curit&#233; d'approvisionnements qualifi&#233;s justement de strat&#233;giques. Mais en mati&#232;re &#233;conomique il n'y a pas que les &#233;changes commerciaux ; il y a aussi les mouvements financiers et les rapports technologiques ; et il y a le pouvoir, le contr&#244;le des entreprises. La prise de contr&#244;le d'une entreprise, surtout d'une certaine taille ou jouant un r&#244;le particulier dans la vie collective, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une op&#233;ration neutre. Cela implique &#233;videmment une contr&#244;le minimal par l'autorit&#233; publique sous forme d'autorisation de cette cession, lorsque l'activit&#233; de cette entreprise le justifie. Mais la r&#233;flexion ne peut s'arr&#234;ter l&#224;. Elle doit porter plus g&#233;n&#233;ralement sur le l'ensemble des modalit&#233;s de d&#233;tention des entreprises : droit de vote, statuts, composition des actionnariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autonomie-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Autonomie nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;flexion strat&#233;gique doit s'&#233;tendre &#224; la protection et au d&#233;veloppement des activit&#233;s et institutions essentielles pour la communaut&#233; nationale. La crise du Covid nous a rappel&#233; par exemple l'importance d'assurer la s&#233;curit&#233; d'approvisionnements qualifi&#233;s justement de strat&#233;giques. Mais en mati&#232;re &#233;conomique il n'y a pas que les &#233;changes commerciaux ; il y a aussi les mouvements financiers et les rapports technologiques ; et il y a le pouvoir, le contr&#244;le des entreprises. La prise de contr&#244;le d'une entreprise, surtout d'une certaine taille ou jouant un r&#244;le particulier dans la vie collective, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une op&#233;ration neutre. Cela implique &#233;videmment une contr&#244;le minimal par l'autorit&#233; publique sous forme d'autorisation de cette cession, lorsque l'activit&#233; de cette entreprise le justifie. Mais la r&#233;flexion ne peut s'arr&#234;ter l&#224;. Elle doit porter plus g&#233;n&#233;ralement sur le l'ensemble des modalit&#233;s de d&#233;tention des entreprises : droit de vote, statuts, composition des actionnariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pr&#233;alable : la prise en charge de l'activit&#233; nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de pans entiers ou de segments vitaux de la production aboutit &#224; des bouleversements, par disparition d'emplois et parfois de pans entiers d'activit&#233; (compens&#233;s plus ou moins par d'autres, mais n'affectant pas les m&#234;mes personnes). Pour en &#233;valuer le sens, deux faits sont &#224; consid&#233;rer. D'un c&#244;t&#233;, les th&#233;ories &#233;conomiques classiques sur les bienfaits du commerce international (sp&#233;cialisation sur les avantages comparatifs) sont simplistes. Non seulement on n'est jamais dans le cadre du sch&#233;ma th&#233;orique ; mais en outre les avantages comparatifs sont loin d'&#234;tre des donn&#233;es immuables ; ils d&#233;pendent largement de l'histoire et de la volont&#233; humaine. Se r&#233;signer &#224; une position r&#233;sultant des donn&#233;es du moment est peu rationnel. Mais d'un autre c&#244;t&#233; il serait absurde de viser une forme d'autarcie ; non seulement parce qu'une grande partie des biens n&#233;cessaires ne peuvent &#234;tre produits sur place (mati&#232;res premi&#232;res, sp&#233;cialit&#233;s chimiques, technologiques ou autres), ou pas de fa&#231;on aussi &#233;conomique, mais aussi parce que l'&#233;change porte en soi ses bienfaits. Il se d&#233;duit de tout ceci qu'une attitude intelligente est interm&#233;diaire : une forme d'ouverture raisonn&#233;e et contr&#244;l&#233;e. Mais elle est difficile &#224; assurer politiquement de fa&#231;on rationnelle (on ferme la fronti&#232;re par d&#233;magogie l&#224; o&#249; on devrait rester ouvert, mais on ouvre l&#224; o&#249; on manque d'ambition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est aggrav&#233; par la mobilit&#233; du capital financier. Sans parler des crises que cela peut causer ou aggraver, elle distend de fa&#231;on encore plus forte le lien entre actionnaires et entreprise. Il para&#238;t donc que le degr&#233; de protection ou de contr&#244;le sur les mouvements de capitaux, notamment actions (fonds propres) devrait &#234;tre plus strict que sur celui des marchandises. La question clef est donc l'&#233;laboration d'un mode de gestion collective pragmatique, visant &#224; la protection de la communaut&#233; et notamment du travail, mais sans fermeture m&#233;thodique, combinant d&#233;tention largement locale/nationale des entreprises, culture appropri&#233;e des actionnaires et des travailleurs, et intervention publique judicieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'actionnariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point essentiel soulev&#233; par tous les critiques de notre syst&#232;me &#233;conomique est la financiarisation. Notamment, le march&#233; devient le moyen de tourner la caract&#233;ristique principale de l'actionnariat : l'engagement &#224; risque dans l'entreprise sur la longue dur&#233;e, puisque les actionnaires peuvent vendre leurs titres &#224; tout moment. En un sens donc, le march&#233; boursier est devenu trop souvent le lieu du refus de l'engagement. D'o&#249; son court-termisme et la d&#233;formation que cela imprime au fonctionnement des entreprises, obs&#233;d&#233;es par le seul r&#233;sultat financier observ&#233; instantan&#233;ment. Le sympt&#244;me est particuli&#232;rement aigu dans le cas des OPA (offres publiques d'achat) : elles permettent en effet de changer radicalement l'orientation d'une entreprise, y compris contre sa direction (OPA hostile). Mais c'est aussi un moyen pour ses actionnaires de r&#233;cup&#233;rer leur argent en totalit&#233;, et au prix fort. Le d&#233;sengagement du capital est alors total. En amont, la menace ou la possibilit&#233; permanente d'une telle OPA est en outre un moyen puissant pour les actionnaires et pour le march&#233; de dicter une conduite aux dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose avant tout dans le cas des soci&#233;t&#233;s commerciales. Il ne s'agit pas ici de remettre en question leur principe, et donc celui de l'actionnariat. Il est logique que celui qui prend l'essentiel des risques li&#233;s &#224; l'entreprise soit celui qui prend les d&#233;cisions, en assume les profits et les pertes, et en soit donc au sens propre le propri&#233;taire. Le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; commerciale (par actions) est donc l&#233;gitime, m&#234;me s'il n'est pas le seul, et s'il comporte aussi des devoirs. Il reste que, dans le cas de l'actionnaire d'une soci&#233;t&#233; cot&#233;e, qui a la possibilit&#233; de vendre son action &#224; tout moment, le lien risque d'&#234;tre beaucoup plus l&#226;che &#8211; m&#234;me si pour vendre il doit trouver un acheteur qui se substitue &#224; lui. Et cela peut donner lieu &#224; de multiples exc&#232;s, par court-termisme, financiarisation etc., et plus g&#233;n&#233;ralement non-respect de l'int&#233;grit&#233; de l'entreprise, de sa raison d'&#234;tre et de son r&#244;le collectif. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t majeur de favoriser la d&#233;tention sur longue dur&#233;e ainsi que l'engagement actif des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les voies d'action possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re voie vise &#224; privil&#233;gier avec d&#233;termination la d&#233;tention &#224; long terme. Certes, il serait difficile et illogique de contraindre directement l'ensemble des investisseurs, notamment financiers, &#224; se passer de toute liquidit&#233;. Mais plusieurs moyens sont disponibles pour les inciter &#224; d&#233;tenir les titres sur une certaine dur&#233;e : par exemple, en donnant des droits de vote diff&#233;renci&#233;s selon la dur&#233;e de d&#233;tention, soit apr&#232;s coup, soit par un engagement pris &#224; l'avance. Cela conduit logiquement et au minimum &#224; une mesure simple : supprimer les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e &#8211; ce qu'on fait pourtant fort peu. De m&#234;me lorsque le gestionnaire ne poursuit pas dans sa gestion le bon fonctionnement de l'entreprise, comme dans le cas de la gestion passive ou indicielle. Le g&#233;rant se borne alors &#224; suivre l'indice. Il est alors absurde qu'il exerce des droits de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de r&#233;flexion vise &#224; structurer l'actionnariat en favorisant un noyau dur et stable, par exemple la famille fondatrice, ou les fondateurs en g&#233;n&#233;ral, ou des actionnaires li&#233;es par un pacte (avec des droits de vote accrus, des pouvoirs de veto etc.), ou par des fondations d&#233;di&#233;es comme on va le voir. Ce qui se relie &#233;videmment avec la consid&#233;ration de la raison d'&#234;tre de l'entreprise, qu'on va &#233;voquer. Mais cela peut conduire &#224; la mise en place d'un nouvel investisseur public, avec des moyens cons&#233;quents - ressemblant &#233;ventuellement aux fonds souverains de certains pays. A l'Amafi j'avais propos&#233; la r&#233;activation &#224; cette fin du Fonds de r&#233;serve des retraites cr&#233;&#233; par Jospin, et stupidement mis en liquidation progressive sous Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; d&#233;courager certaines OPA jug&#233;es nocives, soit par des dispositifs externes (examen par les pouvoirs publics ; pression de l'environnement de l'entreprise, etc.), soit par des m&#233;canismes financiers : ainsi les &#8216;poison pills' am&#233;ricaines. Une intervention publique peut notamment se justifier lorsqu'un changement d'actionnariat modifie profond&#233;ment l'orientation de l'entreprise, notamment au profit d'int&#233;r&#234;ts &#233;trangers &#224; la communaut&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, une quatri&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; pr&#233;ciser la &#8216;raison d'&#234;tre' de l'entreprise, qui doit aller au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t p&#233;cuniaire des actionnaires. C'est ce que propose de fa&#231;on un peu timide la loi &#8216;Pacte' fran&#231;aise. Dans l'optique qui est la n&#244;tre, elle devrait s'ins&#233;rer dans une pr&#233;occupation de bien commun et conduire &#224; de vrais engagements. Car l'entreprise est d'abord une communaut&#233; humaine, certes partielle, mais r&#233;elle, qui vise &#224; r&#233;aliser ensemble une &#339;uvre : fournir aux autres, &#224; la soci&#233;t&#233;, certains biens ou services. Le calcul &#233;conomique est une des composantes de cette action, mais pas son centre exclusif. Celui qui ach&#232;te une telle action sait alors clairement quelles sont les orientations de l'entreprise concern&#233;e. Bien entendu, la question se pose du respect ult&#233;rieur de cette &#171; charte fondatrice &#187; en cas de changement massif de l'actionnariat. C'est m&#234;me un enjeu essentiel, notamment pour des soci&#233;t&#233;s cot&#233;es &#224; large actionnariat, car il est tentant pour des pr&#233;dateurs de s'emparer d'une soci&#233;t&#233; g&#233;r&#233;e de fa&#231;on &#233;thique pour en tirer &#224; court terme des superprofits en vivant sur la b&#234;te, ou m&#234;me, plus modestement, pour des actionnaires de chercher &#224; les g&#233;rer dans une perspective purement financi&#232;re. Outre diverses m&#233;thodes juridiques (majorit&#233; tr&#232;s renforc&#233;e pour changer la raison d'&#234;tre, etc.), une proposition attractive de Colin Mayer est d'utiliser des fondations : un conseil de mandataires (&#8216;trustees') est charg&#233; de veiller au respect par les dirigeants (et les actionnaires) de cet objet social, selon des modalit&#233;s librement d&#233;termin&#233;es par les parties int&#233;ress&#233;es. Soit avec des droits sp&#233;cifiques, soit en &#233;tant un actionnaire particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru le 21 juin 2021 sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/dette-et-souverainete-financiere/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/dette-et-souve...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souverainet&#233; financi&#232;re et mouvements de capitaux</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Souverainete-financiere-et-mouvements-de-capitaux.html</link>
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		<dc:date>2021-06-13T14:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le du capital</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comprise comme intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res, la souverainet&#233; financi&#232;re est plus que jamais une question majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'elle n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Nous allons voir que l'inverse est vrai. Car s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aborde ici la souverainet&#233; financi&#232;re en tant que possibilit&#233; d'une intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res. Ce qui ne vise donc pas l'action financi&#232;re directe des Etats, les budgets. Je laisse &#233;galement de c&#244;t&#233; la monnaie pour d'autres articles dans ce m&#234;me num&#233;ro. Je viserai notamment deux points. D'abord les mouvements de capitaux et leur point d'application - la propri&#233;t&#233; des entreprises. Ensuite la r&#233;glementation financi&#232;re, celle des march&#233;s et des interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que la question n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Mais de fait la question subsiste, car m&#234;me s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. En outre la r&#233;glementation proprement internationale est tr&#232;s partielle et elle d&#233;pend de l'adh&#233;sion des parties, donc des Etats ; c'est le cas par exemple des normes prudentielles bancaires. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi : la loi applicable aux mouvements de capitaux, aux entreprises financi&#232;res, aux march&#233;s, et aux titres multiples que sont les instruments financiers, est un acte de souverainet&#233;. Cela dit, quand on parle de souverainet&#233; financi&#232;re, en g&#233;n&#233;ral on va au-del&#224; du prudentiel et on vise une politique cherchant &#224; encadrer l'activit&#233; financi&#232;re en fonction des priorit&#233;s ou int&#233;r&#234;ts d'une communaut&#233; politique. C'est dans cette perspective que nous nous situerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du choix de niveau de souverainet&#233;, entre l'Europe et les Etats membres. Dans un premier temps je ne pr&#233;ciserai pas et j'utiliserai le terme &#8216;souverain' pour l'un et l'autre. Je reviendrai sur ce point ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les probl&#232;mes soulev&#233;s par la mondialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en mati&#232;re financi&#232;re un degr&#233; &#233;lev&#233; de mondialisation. Logiquement on tend &#224; en conclure que le niveau pertinent pour le r&#233;guler au moins sous l'angle prudentiel est le niveau mondial. Partant du fait incontestable qu'il y a des domaines nombreux et vitaux d'int&#233;r&#234;t commun &#224; toute l'humanit&#233;, et une grande libert&#233; de circulation des biens et des capitaux, on conclut alors &#224; la n&#233;cessaire mise en place d'une autorit&#233; internationale &#224; comp&#233;tence large. Mais cela se heurte d'&#233;vidence &#224; des questions pratiques actuellement tr&#232;s difficiles &#224; surmonter - hors exemples particuliers. Certes, une certaine r&#233;flexion normative commune est bienvenue &#224; ce niveau ; ce qui fait qu'il existe des &#8216;autorit&#233;s' internationales, ainsi le Conseil de Stabilit&#233; Financi&#232;re, le Comit&#233; de B&#226;le, l'OICV-IOSCO ou le FMI. Mais m&#234;me pris ensemble leurs champs d'action ne constituent pas une v&#233;ritable r&#233;gulation. Cette observation d'&#233;vidence conduit &#224; faire retour sur les pr&#233;misses : est- il sain que l'espace &#233;conomique mondial soit aussi ouvert que possible, s'il ne peut pas s&#233;rieusement &#234;tre r&#233;gul&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; se pose une autre question de principe. Une r&#233;glementation se r&#233;clame d'un bien commun &#224; assurer. Le bien commun est le bien de personnes en communaut&#233;s. Il y a en un sens un bien commun universel, puisque toute l'humanit&#233; interagit et constitue de ce fait une forme de &#8216;communaut&#233;', quoique non organis&#233;e. Mais comment ce bien commun doit-il &#234;tre trait&#233; ? Un bien commun est l'affaire de tous, mais en derni&#232;re analyse c'est une autorit&#233; politique qui en est responsable ; encore faut-il qu'elle existe, et puisse assumer un tel r&#244;le. Et d'autre part, cela n'implique nullement le transfert maximal de pouvoirs vers le haut : la meilleure r&#233;gulation peut cas par cas &#234;tre d&#233;centralis&#233;e et proche du terrain. Or lorsqu'on prend en compte le degr&#233; r&#233;el d'organisation politiquement disponible, on constate que la communaut&#233; nationale est le stade le plus large d'organisation politique r&#233;elle. Au-dessus, il n'y a actuellement pas de r&#233;alit&#233; politique, autre qu'inter&#233;tatique, ni de base politique &#224; quelque chose de plus large (Europe mise &#224; part).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des remarques analogues peuvent &#234;tre faites pour les march&#233;s. L'analyse &#233;conomique th&#233;orique nous explique que le protectionnisme est un mal et qu'une &#233;conomie m&#234;me peu efficace ou mal dot&#233;e gagne toujours aux &#233;changes internationaux de marchandises. Mais cette th&#233;orie, vraie &#224; un niveau abstrait au moins pour les marchandises, est insuffisante pour analyser la r&#233;alit&#233;. Non seulement parce que sa validit&#233; suppose que des conditions sp&#233;cifiques soient r&#233;alis&#233;es, rarement r&#233;unies, mais plus encore parce qu'elle ignore le d&#233;veloppement d'une &#233;conomie et d'une soci&#233;t&#233; dans le temps : en s'ouvrant, on peut perdre le contr&#244;le de son &#233;conomie et voir &#233;touff&#233;s dans l'&#339;uf ses d&#233;veloppements futurs, ou sacrifier sa capacit&#233; industrielle. Et surtout cela ne tient pas compte du fait que justement la libert&#233; de mouvement des capitaux ruine les pr&#233;misses de la th&#233;orie des avantages comparatifs, car dans une mesure importante ces capitaux d&#233;terminent la comp&#233;titivit&#233; actuelle et future des &#233;conomies concern&#233;es. M&#234;me en termes &#233;conomiques, une communaut&#233; peut donc avoir int&#233;r&#234;t &#224; aider ou prot&#233;ger au moins pendant un temps des activit&#233;s parce qu'elles sont trop jeunes, ou sous-comp&#233;titives. Par ailleurs, du fait des &#233;changes on peut mettre en danger des biens communs essentiels mais non &#233;conomiques, par exemple culturels. Une autre consid&#233;ration majeure est la s&#233;curit&#233;, mise en &#233;vidence par la crise de la Covid 19, qui a rappel&#233; qu'il &#233;tait au minimum indispensable pour un pays de disposer dans la mesure du possible d'un contr&#244;le sur les ressources les plus vitales, et bien souvent d'une capacit&#233; de production propre. Cela s'&#233;tend bien au-del&#224; de la sant&#233; et de la d&#233;fense proprement dite, pour couvrir la s&#233;curit&#233; &#233;conomique au sens large. Celle-ci ne peut &#233;videmment pas &#234;tre absolue, ni l'autonomie souveraine, tant s'en faut. Mais la pr&#233;occupation en est l&#233;gitime et m&#234;me fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait donc conclure &#224; la libert&#233; absolue des &#233;changes sans autre consid&#233;ration - m&#234;me si tr&#232;s souvent les appels au protectionnisme sont int&#233;ress&#233;s et injustifi&#233;s d'un point de vue collectif. D&#232;s lors, il faut admettre que l'ouverture maximale des fronti&#232;res n'est pas toujours conforme au bien des communaut&#233;s, ou m&#234;me au bien commun universel, lequel suppose celui des communaut&#233;s. Excellente dans la plupart des cas, elle peut &#234;tre nuisible dans d'autres, et notamment ruiner la base m&#234;me de la solidarit&#233; et de la vie commune. Sans parler des consid&#233;rables probl&#232;mes fiscaux que tout cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est encore plus vrai des mouvements de capitaux dont la libert&#233; totale peut pr&#233;senter des inconv&#233;nients r&#233;els, &#233;ventuellement consid&#233;rables. D'abord la th&#233;orie des avantages comparatifs ne s'y applique pas. Il n'y a pas de pays naturellement dot&#233;s en la mati&#232;re. Bien s&#251;r il y a des pays &#224; exc&#232;s d'&#233;pargne, et d'autres en manque de capitaux. Mais outre que cet argument ne justifierait la libert&#233; de mouvement que lorsque qu'on constate un tel d&#233;s&#233;quilibre, il fait l'impasse sur l'orientation de cette &#233;pargne, notamment en termes de rapports de pouvoir, actuels et futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages de la libre circulation des capitaux en g&#233;n&#233;ral mis en avant sont le plus grand choix ouvert aux investisseurs et aux demandeurs de capitaux ; la diversification des risques pour les uns et le moindre co&#251;t pour les autres ; et les apports technologiques (ou autres) &#233;ventuels en cas d'investissement direct, facteurs de croissance plus forte. Mais ces avantages, souvent bien r&#233;els, ne sont pas garantis toujours et partout. Dans le cas des investisseurs financiers, le plus grand choix est souvent compens&#233; et au-del&#224; par une moindre connaissance du terrain et une plus grande volatilit&#233;, et par l'absence de solidarit&#233; avec les r&#233;cipiendaires. La diversification des risques peut &#234;tre compens&#233;e et au-del&#224; par une mauvaise mesure de ceux-ci et par les risques syst&#233;miques que l'interconnexion induit. Le moindre co&#251;t imm&#233;diat peut &#234;tre compens&#233; et au-del&#224; par le co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; de l'interd&#233;pendance en cas de crise. Du point de vue de la communaut&#233; d'accueil, il y a notamment un risque de d&#233;stabilisation qu'on a vu dans la crise asiatique des ann&#233;es 90, et dans la crise de 2008, avec son effet d'entra&#238;nement transatlantique. On l'a retrouv&#233; dans la crise europ&#233;enne &#224; partir de 2010. Il est &#233;vident qu'une souverainet&#233; doit en permanence se soucier de ces risques et tenter de les pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux investissements directs, moins contestables, ils peuvent &#233;chapper au contr&#244;le local et se r&#233;v&#233;ler une source de d&#233;pendance forte. Qui dit investissement direct dit en effet contr&#244;le des entreprises. Or m&#234;me multinationales, celles-ci gardent une dimension d'enracinement national essentielle, et savoir o&#249; se situe celui qui les contr&#244;le peut en changer de fa&#231;on importante le destin. Dans le cas extr&#234;me, le pays d'accueil peut y perdre le contr&#244;le de son avenir ; et le pays de d&#233;part, sa substance. Et d'un point de vue politique au bon sens du terme, on ne peut accepter qu'une op&#233;ration boursi&#232;re fasse perdre &#224; un pays le contr&#244;le d'une activit&#233; essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas en soi ill&#233;gitime qu'un certain contr&#244;le raisonn&#233; des investissements et plus g&#233;n&#233;ralement des mouvements des capitaux soit effectu&#233; ; c'est m&#234;me indispensable. De m&#234;me d'ailleurs qu'en sens inverse on puisse avoir &#224; se pr&#233;occuper d'attirer des capitaux &#233;trangers. Keynes avait d&#233;clar&#233; un jour &#224; la Chambre des Lords que la finance devait &#234;tre avant tout nationale. Evidemment un d&#233;cideur public n'est en rien infaillible ; il est en outre sujet &#224; de multiples pressions int&#233;ress&#233;es. Mais sa responsabilit&#233; est suffisamment claire pour qu'il ne puisse se d&#233;sint&#233;resser de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que la souverainet&#233; financi&#232;re au bon sens du terme ne repose pas uniquement sur la r&#232;glementation des mouvements de capitaux. Elle suppose aussi une base d'&#233;pargne forte, orient&#233;e dans le bon sens, c'est-&#224;-dire vers l'avenir et donnant une autonomie appr&#233;ciable. Et donc investie en actions, et dans la recherche. Notons sans d&#233;velopper ce point essentiel que nous en sommes loin en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Europe ou nation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Union europ&#233;enne, la question prend un relief particulier. La libre circulation des capitaux et la libert&#233; d'&#233;tablissement au sein de l'Union y sont un dogme. Nous n'aborderons pas cette question, sinon pour rappeler l'incoh&#233;rence radicale entre ce principe et l'absence presque compl&#232;te d'harmonisation de la fiscalit&#233; et des r&#233;gimes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A usage externe, la question se pose du point d'application des id&#233;es qu'on vient de d&#233;velopper. Le niveau pertinent est-il l'Europe ou l'Etat membre ? Le d&#233;bat d&#233;passe largement ce court article. Pour faire simple, le niveau europ&#233;en est de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d&#233;fendu lorsqu'on insiste sur la taille du march&#233; unique, et sur l'effet de puissance qui peut &#234;tre obtenu par l'Europe au niveau mondial. Mais cela suppose pour fonctionner un consensus suffisant entre les pays membres, qui est loin d'&#234;tre acquis ; les vues sont r&#233;ellement tr&#232;s diff&#233;rentes entre pays, sans parler des conflits d'int&#233;r&#234;t. En outre, hors prudentiel l'approche europ&#233;enne actuelle est r&#233;solument en faveur de la libre circulation (hors atteinte &#224; la concurrence). La &#171; souverainet&#233; &#187; financi&#232;re europ&#233;enne est donc assez r&#233;elle en mati&#232;re de r&#233;gulation technique, mais bien plus faible si on la comprend de la mani&#232;re plus large dont nous l'avons d&#233;finie. Et tant les trait&#233;s que le sentiment de la plupart des &#233;tats-membres tendent &#224; la r&#233;duire &#224; ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc place pour une double approche (quitte &#224; adapter les trait&#233;s ou la pratique) nationale et europ&#233;enne. Le niveau national est alors, au stade actuel, le plus pertinent pour la propri&#233;t&#233; des entreprises, le droit applicable, leur organisation etc. Et pour l'organisation de l'&#233;pargne nationale. Travaillions-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Revue Banque&lt;/i&gt; juin 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Taux d'int&#233;r&#234;t n&#233;gatifs : essai d'&#233;valuation morale</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Taux-d-interet-negatifs-essai-d-evaluation-morale.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Usure</dc:subject>
		<dc:subject>Taux d'int&#233;r&#234;t</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'existence de taux d'int&#233;r&#234;ts n&#233;gatifs, sur tout de fa&#231;on prolong&#233;e, heurte le bon sens spontan&#233;. Comment donc de l'argent pr&#234;t&#233; pourrait-il &#234;tre rendu en diminuant la somme ? Au-del&#224; de cette logique, se pose la question de l'&#233;valuation &#233;thique de la pratique. Pour cela il faut d'abord voir ce dont on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Examen &#224; la lumi&#232;re des consid&#233;rations traditionnelles sur &#034;l'usure&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Taux-d-interet-negatif-+.html" rel="tag"&gt;Taux d'int&#233;r&#234;t&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Taux d'int&#233;r&#234;t n&#233;gatifs : essai d'&#233;valuation morale&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A partir des consid&#233;rations traditionnelles sur &#034;l'usure&#034;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pourquoi un taux d'int&#233;r&#234;t ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le taux d'int&#233;r&#234;t est cens&#233; repr&#233;senter la r&#233;mun&#233;ration du service rendu par le pr&#234;teur qui se d&#233;fait d'un somme d'argent pour un certain temps en la confiant &#224; un emprunteur qui est cens&#233; la rendre &#224; la fin de la p&#233;riode. Cette r&#233;mun&#233;ration couvre cependant plusieurs r&#233;alit&#233;s. Il est int&#233;ressant de les examiner &#224; la lumi&#232;re du d&#233;bat ancien et fourni sur le taux d'int&#233;r&#234;t, appel&#233; alors usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord et surtout l'usage alternatif possible de la somme, et notamment l'investissement, en fonds propres ou en immobilier locatif . On sait que l'Eglise lorsqu'elle prohibait le taux d'int&#233;r&#234;t admettait des exceptions, dont ce qu'on appelait le&lt;i&gt; lucrum cessans&lt;/i&gt; : le cas d'un professionnel, en g&#233;n&#233;ral d'un commer&#231;ant au sens large, qui distrayait une somme de ses actifs pour la pr&#234;ter, somme qui utilis&#233;e professionnellement aurait contribu&#233; &#224; lui faire obtenir un certain gain, lui-m&#234;me l&#233;gitime. On admettait alors un certain int&#233;r&#234;t. Or &#224; l'&#233;poque actuelle on peut consid&#233;rer qu'il y a une forme de &lt;i&gt;lucrum cessans&lt;/i&gt; g&#233;n&#233;ralis&#233;, compte tenu des possibilit&#233;s d'investissement acceptables par ailleurs offertes, ce qui rend un certain taux d'int&#233;r&#234;t l&#233;gitime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela peuvent s'ajouter d'autres consid&#233;rations, comme le prix du temps : le fait qu'il est plus int&#233;ressant de disposer d'un bien tout de suite que dans l'avenir. A l'&#233;poque l'Eglise ne le reconnaissait pas comme motif valable pour une r&#233;mun&#233;ration ou un d&#233;dommagement. Cela dit, on pourrait le mettre sous le terme de &lt;i&gt;damnum emergens&lt;/i&gt;, qui &#233;tait alors accept&#233;, et qui est le d&#233;dommagement d&#251; pour un inconv&#233;nient subi par le pr&#234;teur du fait m&#234;me du pr&#234;t. Reste alors &#224; l'&#233;valuer. Pour cela, la consid&#233;ration de ce qu'aurait pu produire l'argent s'il &#233;tait investi est sans doute &#224; nouveau une bonne r&#233;f&#233;rence morale : qu'est-ce que mon argent aurait pu contribuer &#224; cr&#233;er ? Sachant qu'il convient cependant de le pr&#233;ciser, car de l'argent mis de c&#244;t&#233; et recherchant une certaine s&#233;curit&#233; n'est pas a priori plac&#233; dans les m&#234;mes conditions que celui ins&#233;r&#233; dans un processus productif &#224; risque. J'y reviendrai.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre crit&#232;re alors &#233;galement accept&#233; &#233;tait le &lt;i&gt;periculum sortis&lt;/i&gt;, qui r&#233;pond &#224; un autre probl&#232;me, &#224; savoir la couverture du risque que l'emprunteur ne rembourse pas &#8211; &#233;valu&#233; en g&#233;n&#233;ral sur base statistique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous consid&#233;rerons d&#232;s lors ci-apr&#232;s qu'il est en soi l&#233;gitime qu'il y ait une r&#233;mun&#233;ration &#8216;raisonnable' d'un pr&#234;t, sur la base de ces diff&#233;rents crit&#232;res de justification, mais &#224; pr&#233;ciser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les taux n&#233;gatifs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bonne logique les motivations ci-dessus conduisent &#224; un taux d'int&#233;r&#234;t positif, et tout au plus nul. Comment peut-il devenir n&#233;gatif ? Sans entrer dans le d&#233;tail technique, deux cas sont &#224; distinguer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est celui de la d&#233;flation, de la baisse des prix (sur une dur&#233;e suffisante). Car s'il y a d&#233;flation le pouvoir d'achat de la monnaie augmente avec le temps ; et donc si j'emprunte 100 &#8364; &#224; Paul et que je lui rends 98 deux ans apr&#232;s, mais que les prix ont baiss&#233; de 4 %, ce que je lui rends aura un pouvoir d'achat comparable &#224; 102 aujourd'hui. En termes r&#233;els on peut donc consid&#233;rer que je lui ai pay&#233; 2% d'int&#233;r&#234;t. Bien entendu dans un monde d&#233;flationniste un probl&#232;me est pos&#233; par l'argent liquide, qui s'appr&#233;cie tout seul, ce qui pousse les gens &#224; le th&#233;sauriser. Dans le cas des esp&#232;ces, c'est limit&#233; par le co&#251;t du stockage et le risque de vol. Dans le cas des comptes bancaires, cela justifierait le pr&#233;l&#232;vement par la banque d'un int&#233;r&#234;t n&#233;gatif par ponction sur la dur&#233;e, m&#234;me si cela choque les gens. Dit autrement, s'il y a d&#233;flation il faut raisonner alg&#233;briquement. Ou encore, ne consid&#233;rer que le taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el : taux nominal corrig&#233; par l'inflation ou la d&#233;flation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qu'a connu le Japon. Mais ce n'est pas la situation actuelle en Europe, car l'inflation y est l&#233;g&#232;rement positive. Nos taux d'int&#233;r&#234;ts r&#233;els sont donc n&#233;gatifs. Pourquoi ? Principalement parce que les banques centrales interviennent massivement sur les taux pour les faire baisser (notamment par achat de titres pour le long terme &#8211; le march&#233; financier, et fixation de taux d'intervention pour le court terme - le march&#233; mon&#233;taire). L'objectif est le soutien &#224; l'activit&#233; et la relance d'une inflation suppos&#233;e mod&#233;r&#233;e (objectif fix&#233; &#224; 2%). Accessoirement, cela r&#233;sulte en partie aussi du fait de la masse &#233;norme d'&#233;pargne mondiale, ainsi que des principes ou r&#232;gles r&#233;gissant l'action des gestionnaires de fonds au vu des risques relatifs des diff&#233;rentes formes d'investissement, ce qui en canalise une part appr&#233;ciable vers ceux suppos&#233;s moins risqu&#233;s, emprunts d'Etat en premier lieu. Nous n'examinerons pas ici le bien-fond&#233; ou les risques de ces politiques &#8211; notamment celui de g&#233;n&#233;rer des bulles sur le prix des actifs. Mais le r&#233;sultat clair en est en tout cas des taux d'int&#233;r&#234;ts nominaux n&#233;gatifs. Si cela durait cela signifierait une perte de valeur des actifs des &#233;pargnants investis en produits de taux ; une baisse de rentabilit&#233; des banques ; une perte de l'attrait des placements type assurance-vie, et un report vers des placements plus risqu&#233;s. Comment l'appr&#233;cier &#233;thiquement ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons &#233;voqu&#233; les taux d'int&#233;r&#234;t r&#233;el &#224; propos de la d&#233;flation. Mais en cas d'inflation m&#234;me mod&#233;r&#233;e, l'argent perd de la valeur dans le temps (les taux r&#233;els sont n&#233;gatifs). Si je pr&#234;te 100 et qu'on me rend 100 dans 4 ans apr&#232;s, mais apr&#232;s 6 % d'inflation cumul&#233;e, ce que je re&#231;ois en vaut en r&#233;alit&#233; 94 ; je suis donc manifestement l&#233;s&#233; si l'int&#233;r&#234;t est nul. M&#234;me nos docteurs m&#233;di&#233;vaux hostiles au taux d'int&#233;r&#234;t auraient probablement admis alors la n&#233;cessit&#233; au moins d'une compensation de l'inflation (comme cas de &lt;i&gt;damnum emergens&lt;/i&gt;). Ils auraient d'ailleurs condamn&#233; vigoureusement l'objectif d'une inflation m&#234;me l&#233;g&#232;re, consid&#233;rant que c'&#233;tait miner la valeur de la monnaie, dont le bien commun exige qu'elle soit stable dans le temps. En r&#233;sum&#233;, au minimum le taux devrait couvrir l'inflation, sauf &#224; ne pas respecter une r&#232;gle &#233;l&#233;mentaire de justice commutative. Les &#233;pargnants allemands furieux contre la BCE ont donc quelque raison &#224; l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, faut-il moralement un taux r&#233;el l&#233;g&#232;rement positif ? Je pense que oui, du moins pour les taux longs. Les taux courts, eux, se rapportent &#224; des placements courts, donc quasi liquides : il n'y a alors pas de droit manifeste &#224; r&#233;mun&#233;ration, car ce ne sont pas des investissements ; il faudrait donc simplement compenser l'inflation. Pour les taux longs, on devrait comme on l'a dit a priori consid&#233;rer la possibilit&#233; d'investissements alternatifs clairement productifs (actions ou immobilier) ; mais la comparaison directe n'est pas facile, car les risques sont plus &#233;lev&#233;s dans leur cas, et en outre le sous-jacent peut s'appr&#233;cier, ce qui est exclu pour les cr&#233;dits. Dans leur cas, une consid&#233;ration simple pourrait &#234;tre la r&#233;f&#233;rence au taux de croissance nominal : si en effet la richesse collective s'est appr&#233;ci&#233;e de 2% (croissance), me donner 2 % d'int&#233;r&#234;t est me donner une fraction de la richesse collective produite qui est identique entre le point de d&#233;part et le point d'arriv&#233;e. Cela para&#238;t &#233;quitable. Le calcul th&#233;orique des &#233;conomistes montre d'ailleurs qu'en situation parfaite le taux d'int&#233;r&#234;t devrait &#234;tre &#233;gal au taux de croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La compensation du risque&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes sont centr&#233;es sur la r&#233;mun&#233;ration de l'argent en g&#233;n&#233;ral, sans consid&#233;ration de la nature sp&#233;cifique du d&#233;biteur, et notamment du risque de non-remboursement. Ce risque est tr&#232;s diff&#233;rent de celui d'un investisseur en actions, qui est solidaire de la vie de l'entreprise : le pr&#234;teur peut exiger les sommes dues devant le tribunal ; et donc (hors disfonctionnement du syst&#232;me judiciaire) son risque est la faillite du d&#233;biteur &#8211; en principe appr&#233;ci&#233; par le march&#233;, ou, pour une banque, par des s&#233;ries statistiques de d&#233;faillance par cat&#233;gories, &#233;ventuellement corrig&#233;es. Comme il a &#233;t&#233; dit, il est parfaitement l&#233;gitime en justice commutative de facturer ce risque (si bien s&#251;r c'est fait &#233;quitablement). Si en effet je pourrais pr&#234;ter &#224; 5 ans &#224; un d&#233;biteur sans risque &#224; un taux annuel de 2 %, mais que mon d&#233;biteur a 4% de chances de faire d&#233;faut &#224; 80 % de ce qu'il doit, il est &#233;quitable que je facture 3.2% sur la p&#233;riode, en sus du taux de 2% annuel. Si mon calcul est fait honn&#234;tement, ce n'est pas un gain pour moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce raisonnement vaut &#233;videmment pour les pays d&#233;biteurs. D'autant que dans leur cas il est encore plus difficile de r&#233;cup&#233;rer les sommes dues en cas de d&#233;faillance. On dira : les plus pauvres payent plus. C'est souvent vrai, parce qu'ils sont en g&#233;n&#233;ral moins s&#251;rs. On r&#233;pliquera : ce n'est pas juste. En justice commutative, si. Si on per&#231;oit cela comme injuste, c'est qu'on a &#224; l'esprit un raisonnement de justice distributive (plan&#233;taire) avec une consid&#233;ration de solidarit&#233; n&#233;cessaire. Cela peut valoir pour les Etats, et d'ailleurs l'aide au d&#233;veloppement est normalement bonifi&#233;e. Mais cela ne vaut pas pour les op&#233;rateurs priv&#233;s (hors une &#233;ventuelle bonification publique), sauf choix de leur part et s'ils sont investisseur final.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, ce qu'il faut surtout voir est que la dette publique est en elle-m&#234;me un probl&#232;me. Normalement un Etat ne devrait pas s'endetter ; car les d&#233;ficits (notamment dans les pays avanc&#233;s) sont essentiellement dus aux d&#233;penses courantes et les investissements &#233;ventuels (&#233;ducation par exemple) sont &#224; tr&#232;s long terme. Un pays en d&#233;veloppement pourrait th&#233;oriquement expliquer qu'il a lui d'important investissements &#224; faire. Mais de deux choses l'une : ou c'est vraiment &#224; tr&#232;s long terme et ce devrait &#234;tre financ&#233; par des imp&#244;ts, des dons, ou des pr&#234;ts tr&#232;s bonifi&#233;s et &#224; tr&#232;s long terme. Ou c'est de type priv&#233;, avec un retour r&#233;el commensurable &#224; l'horizon du financement ; mais alors cela devrait &#234;tre isol&#233; et financ&#233; comme un investissement priv&#233; (avec fonds propres et int&#233;r&#234;t normal). J'ajoute qu'en g&#233;n&#233;ral les pays qui se sont d&#233;velopp&#233;s rapidement et efficacement, en Asie, ne se sont pas lanc&#233;s dans des politiques d'emprunts massifs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La prochaine crise financi&#232;re ? Pas d'impatience : &#231;a se pr&#233;pare !</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-prochaine-crise-financiere-Pas-d-impatience-ca-se-prepare.html</link>
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		<dc:date>2018-03-18T14:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La derni&#232;re crise, dix ans d&#233;j&#224; ! A quand la prochaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant nous avait-on dit, la crise de 2008 &#233;tait la derni&#232;re : des mesures drastiques devaient &#234;tre prises pour &#233;viter ce genre d'aventure &#224; l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lais la question est suffisamment pr&#233;sente pour nous convaincre que la pleine confiance n'est pas r&#233;tablie. Notamment du fait du poids de la dette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans l'Homme Nouveau&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La derni&#232;re crise, dix ans d&#233;j&#224; ! A quand la prochaine ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est suffisamment pr&#233;sente pour nous convaincre que la pleine confiance n'est pas r&#233;tablie. Et notamment du fait du poids de la dette. Toute la plan&#232;te croule sous le poids de la dette : partout le ratio de la dette rapport&#233;e au PNB d&#233;passe nettement le niveau de 2007 ; tout pays, tous emprunteurs (particuliers, entreprises, Etats).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant nous avait-on dit, la crise de 2008 &#233;tait la derni&#232;re : des mesures drastiques devaient &#234;tre prises pour &#233;viter ce genre d'aventure &#224; l'avenir. En un sens c'est vrai. En particulier l'appareil des r&#232;gles s'appliquant aux banques et &#224; un moindre degr&#233; aux march&#233;s a &#233;t&#233; r&#233;ellement durci, et pas de peu : &#224; activit&#233; &#233;quivalente, les banques ont plus que doubl&#233; leurs fonds propres (qui fonctionnent comme un matelas de s&#233;curit&#233;). Ce qui veut dire que l&#224; o&#249; pour pr&#234;ter 100 (encours pond&#233;r&#233;s) elles avaient souvent 4 de capital, elles sont maintenant au-del&#224; de 10. Dit autrement, elles sont toutes choses &#233;gales par ailleurs un peu moins endett&#233;es qu'avant - contrairement aux autres acteurs de l'&#233;conomie. S'y ajoutent des mesures multiples et complexes renfor&#231;ant leur capacit&#233; et celle des march&#233;s &#224; r&#233;sister aux chocs. L'ensemble de ces mesures est en train d'&#234;tre finalis&#233;. De ce point de vue, un travail r&#233;el a &#233;t&#233; fait. Alors pourquoi l'inqui&#233;tude ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier signal inqui&#233;tant nous vient de l'autre grand jeu de mesures mises en place apr&#232;s la crise : les interventions massives des banques centrales. L'id&#233;e de d&#233;part &#233;tait bonne : soutenir le plus possible l'activit&#233; au moment de la crise. Mais cela fait dix ans que cela dure. C'est qu'un autre facteur est intervenu : la peur panique de la d&#233;flation ou baisse des prix. C'est l'id&#233;e qu'une fois qu'on est install&#233; en d&#233;flation on n'en sort plus, car les gens d&#233;pensent beaucoup moins puisque leur argent s'appr&#233;cie avec le temps. Au nom de cela les banques centrales d&#233;versent depuis dix ans des quantit&#233;s massives de liquidit&#233; pour faire baisser les taux d'int&#233;r&#234;t et r&#233;animer l'inflation. Sans &#233;norme succ&#232;s, car l'inflation est frein&#233;e par la mondialisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi est-ce inqui&#233;tant ? Parce que l'argent d&#233;vers&#233; va &#224; quelque part. S'il ne nourrit pas l'inflation sur les marchandises, il va sur les march&#233;s financiers et immobiliers et fait artificiellement monter les prix au-del&#224; du raisonnable, et on investit dans n'importe quoi pour avoir du rendement (qu'on n'a plus sur les produits s&#251;rs puisque les taux sont d&#233;prim&#233;s). C'est ce qu'on appelle une bulle. Quand une bulle &#233;clate, on a une crise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre l'essentiel de cet argent finance la croissance de la dette. Tout le monde s'endette, vu que les taux sont si bas. M&#234;me la Chine, qui a r&#233;agi &#224; la crise comme les Occidentaux : par un endettement int&#233;rieur colossal et tr&#232;s dangereux (avec une petite diff&#233;rence quand m&#234;me : l'Etat chinois lui n'est pas endett&#233; envers l'&#233;tranger). Or la dette est l'instrument principal de propagation des grandes crises. Pour une raison simple : si j'investis mon propre argent, que les march&#233;s baissent ou que je fais des pertes, je suis simplement moins riche. Si j'investis de l'argent que j'ai emprunt&#233;, je ne peux plus rembourser ; je fais faillite, et je r&#233;percute la crise sur mon cr&#233;ancier. Si tout le monde pr&#234;te &#224; tout le monde de fa&#231;on excessive, les crises se r&#233;pandent &#224; toute vitesse et deviennent comme on dit syst&#233;miques. En outre si comme on l'a vu on a renforc&#233; les banques, elles restent quand m&#234;me expos&#233;es : environ 90% de leur bilan est fait de fonds emprunt&#233;s. De plus, on a constat&#233; le d&#233;veloppement &#233;norme de ce qu'on appelle banque de l'ombre : des soci&#233;t&#233;s qui ont une fonction proche de celles des banques mais qui ne sont pas soumises &#224; leur r&#233;glementation et &#224; leur supervision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc le risque d'une grande crise est bien r&#233;el. O&#249; d&#233;marrerait-elle ? Par construction on ne le sait pas, car les gens &#233;viteraient les op&#233;rations correspondantes. Presque toujours d'ailleurs une grande crise part d'un secteur jug&#233; &#224; tort s&#251;r, comme les produits toxiques de 2007 qui avaient une si bonne notation financi&#232;re. Que pourraient faire les pouvoir publics ? Essentiellement comme en 2008, faire marcher la planche &#224; billet et inonder le march&#233; de liquidit&#233;s. Cela marchera-t-il ? Peut-&#234;tre, mais &#224; un niveau de risque bien plus &#233;lev&#233;. Car cela fait dix ans maintenant qu'on d&#233;verse ces liquidit&#233;s. Cela ne peut &#233;videmment pas durer ind&#233;finiment. Avec deux grands dangers : l'un, que l'inflation d&#233;marre pour de bon, les liquidit&#233;s emportant tout sur leur passage ; l'autre, que la confiance dans nos monnaies finisse par s'&#233;roder &#8211; car elles ne reposent sur aucune r&#233;alit&#233; autre que la confiance qu'on leur porte Sans compter les risques internationaux (mesures unilat&#233;rales, r&#233;torsions etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et donc il faudrait faire un effort pour &#234;tre plus vertueux. Ne plus s'endetter. Surveiller la banque de l'ombre. Et surtout, compartimenter les march&#233;s : ne pas laisser l'argent circuler librement partout, contr&#244;ler un minimum son espace. Etc. Mais pas de d&#233;magogie (populiste), qui ne ferait qu'acc&#233;l&#233;rer la d&#233;rive : ceux qui selon une vision fausse du pass&#233; recommandent la planche &#224; billet nous poussent sur la planche savonn&#233;e. On pourrait aussi sortir de l'euro, m&#234;me si c'est difficile, mais pas pour &#234;tre plus laxiste encore, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me est que nous sommes habitu&#233;s &#224; toutes ces drogues. En sortir suppose donc un r&#233;el effort. Ce qui veut dire que nos &#233;quilibres socio-politiques en d&#233;pendent. Dit autrement, que la sortie de cette situation se fasse par retour &#224; la vertu politique, ou qu'elle r&#233;sulte d'une nouvelle crise &#224; la suite de quoi on pourrait repartir sur de nouvelles bases, elle implique des mutations politiques profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Paru dans L'Homme Nouveau n&#176;1659 du 17 mars 2018)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Brexit : un d&#233;fi majeur pour l'Europe de la finance </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Brexit-un-defi-majeur-pour-l-Europe-de-la-finance.html</link>
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		<dc:date>2017-01-25T13:11:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Brexit</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le Royaume-Uni a fait le choix d'un Brexit &#171; dur &#187;. Dont acte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; imaginer l'Europe de la finance pour demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/cercle-165355-brexit-un-defi-majeur-pour-leurope-de-la-finance-2059698.php&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lesechos.fr/idees-debats...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La finance et le don </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-finance-et-le-don.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/La-finance-et-le-don.html</guid>
		<dc:date>2015-10-14T12:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Don</dc:subject>
		<dc:subject>Finance et don</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Non, pourra-t-on penser en premier r&#233;flexe : l'une calcule, l'autre non ; l'une cherche toujours &#224; maximiser le r&#233;sultat qu'elle re&#231;oit, l'autre n'attend en principe rien en retour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais oui bien s&#251;r, si on se place au niveau du fonctionnement social, qui suppose simultan&#233;ment le calcul financier et le don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pas d'entreprise qui ne soit en un sens une communaut&#233;, et pas de communaut&#233; sans don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela vaut aussi pour la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La vie en soci&#233;t&#233; et le don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On peut distinguer pour simplifier trois grandes mani&#232;res de faire circuler l'argent : l'&#233;change marchand, la coercition, et le don. Un &#233;change marchand incorpore un calcul : je transf&#232;re quelque chose que je poss&#232;de pour recevoir autre chose en &#233;change, qui dans mon estimation a pour moi une valeur &#233;gale ou sup&#233;rieure &#224; ce que je c&#232;de, valeur mesur&#233;e en termes mon&#233;taires et par l&#224; relevant de la finance. La coercition ensuite, dans nos soci&#233;t&#233;s, est un monopole d'Etat ; une contrepartie est suppos&#233;e s'effectuer sous forme de prestations, mais sans qu'il y ait lien direct ni logique entre eux. Le don enfin suppose un transfert libre, sans attente de retour stipul&#233; &#224; l'avance, contractuel ; ce qui ne veut pas dire qu'il n'y ait pas d'attente d'un certain retour, mais il n'est pas exigible. C'est la principale forme de circulation priv&#233;e non-marchande de l'argent. Le point central est que la soci&#233;t&#233;, et donc l'&#233;conomie qui n'en est qu'un aspect, supposent simultan&#233;ment ces trois modes de circulation de l'argent, et ils sont chacun indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don et le lien social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le don est un ciment essentiel du lien social ; c'est lui qui cr&#233;e la relation dans la soci&#233;t&#233; puisque le lien qu'il &#233;tablit persiste dans le temps et n'est pas annul&#233; par un paiement, comme dans une op&#233;ration commerciale. Car la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e d'hommes qui sont ou entrent en relations en cr&#233;ant entre eux des liens, ce qui demande certains actes, principalement les &#233;changes de dons. Ce lien cr&#233;&#233; par le don se construit notamment sur le fait qu'il &#8216;faut' en principe rendre, sachant que cette obligation reste morale, et se trouve ni&#233;e comme obligation formelle, sinon ce ne serait pas un don. L'id&#233;e de don n'est donc pas exclusive de l'id&#233;e de contrepartie : ce qui le caract&#233;rise est l'absence d'engagement formel ou juridique sur celle-ci. Il y a d'ailleurs toute une gamme de dons en fonction de cette contrepartie attendue, qui vont du pourboire au m&#233;c&#233;nat ou la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la perspective utilitariste, qui fa&#231;onne notre pens&#233;e collective actuelle, on tend &#224; dire au contraire que le vrai don devrait &#234;tre parfaitement d&#233;sint&#233;ress&#233; et on ajoute que c'est en r&#233;alit&#233; impossible. Mais m&#234;me celui qui tient un tel discours accorde en g&#233;n&#233;ral une place majeure &#224; sa famille, et lui donne gratuitement une bonne partie de son temps et de son argent. La famille est en effet de loin le premier et le plus important point d'application du don. Ce qui y est donn&#233;, des parents aux enfants, y est ind&#233;niablement gratuit. Or c'est une institution majeure de la soci&#233;t&#233; puisqu'on y fait et &#233;duque ses futurs membres. Le r&#244;le central du don dans la soci&#233;t&#233; est ici particuli&#232;rement manifeste. Il est &#224; noter en outre qu'un tel don &#233;chappe dans une large mesure au choix : dans la famille on ne choisit pas ses partenaires ; seul le conjoint est choisi, mais le lien conjugal &#233;chappe ensuite &#224; la logique contractuelle, commerciale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don, l'&#233;valuation et le calcul&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prendre en compte la perspective qu'offre le don et son r&#244;le social conduit donc &#224; modifier nos appr&#233;ciations. Par exemple, on dit que le travail des femmes au foyer est gratuit : dans une logique marchande, cela veut dire qu'elles se font rouler ; mais si le don est valoris&#233; par son r&#244;le dans la cr&#233;ation du lien social, l'enjeu est diff&#233;rent (m&#234;me si la question d'une contrepartie subsiste). Et m&#234;me, si on analyse le don comme transaction commerciale, on le trouvera souvent hypocrite puisqu'il nie l'existence d'une contrepartie que souvent on attend. Mais on l'a vu, il s'agit d'affirmer l'ind&#233;termination de la r&#233;ciprocit&#233;, ce qui implique de laisser l'autre libre sans automaticit&#233; du retour. Le lien social est ouvert et doit le rester pour subsister.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une diff&#233;rence majeure est que la transaction commerciale comme telle n'implique pas de lien durable, m&#234;me si elle est compatible avec. M&#234;me s'il dure (cas d'une dette) le rapport commercial ne repose pas sur un lien ant&#233;rieur, et il est possible de le r&#233;voquer en remboursant. Il minimise donc le lien. C'est ainsi que les femmes sont d&#233;sormais souvent pay&#233;es pour faire ce qu'elles faisaient avant pour leur famille ; elles se sentent dit-on &#8216;lib&#233;r&#233;es', mais si elles sont lib&#233;r&#233;es, c'est du lien social : on remplace le lien social par un rapport entre des choses mesurables. En revanche dans un &#233;change social, non commercial, les relations entre personnes pr&#233;dominent. Soyons lucide : ce n'est pas toujours de la bonne fa&#231;on, ce peut &#234;tre injuste ou odieux. Mais c'est souvent bon, et en tout cas la soci&#233;t&#233; en a un besoin absolu pour se constituer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La gratuit&#233; et le don dans la vie &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a surtout &#233;voqu&#233; jusqu'ici le lien social cr&#233;&#233; par le don dans la sph&#232;re personnelle, et notamment familiales. Mais le r&#244;le du don ne s'y limite pas. Le don a aussi sa place au centre de la vie &#233;conomique au sens classique.&lt;br class='autobr' /&gt;
Syst&#232;me public, march&#233; et don&lt;br class='autobr' /&gt;
Je ne parle pas ici de l'intervention du syst&#232;me public, de l'Etat. Il se situe au-del&#224; du domaine commercial ; et il se pr&#233;tend d&#233;sint&#233;ress&#233; comme le sugg&#232;re le terme de service public. Mais il est tr&#232;s diff&#233;rent du don, ne serait-ce que du fait de l'usage massif que l'Etat fait de la contrainte, par la fiscalit&#233;. En outre la logique des prestations publiques implique aussi une forme de calcul : on classifie les gens et on leur attribue certaines prestations car on vise une &#233;galit&#233; de traitement pour une situation donn&#233;e. En outre le fonctionnement bureaucratique vise plus encore que le march&#233; &#224; la d&#233;personnalisation des rapports, avec un risque important d'irresponsabilit&#233;. Par exemple les services sociaux transforment des rapports humains personnalis&#233;s en relations formalis&#233;es, qui sont des prestations d&#233;finies quoique non marchandes. En fait Etat et march&#233; impliquent tous deux un certain aplatissement du lien social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance des rapports impersonnels, &#233;tatiques ou du march&#233;, tend alors &#224; rel&#233;guer la sph&#232;re du don dans un domaine totalement priv&#233;, qu'on suppose comme on l'a vu devoir &#234;tre pur de tout int&#233;r&#234;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le don dans le syst&#232;me &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la r&#233;alit&#233; est beaucoup moins d&#233;coup&#233;e que cela. En r&#233;alit&#233;, l'homme agit dans le cadre d'une soci&#233;t&#233; et a pour cela un besoin vital du lien social. La relation commerciale comme l'intervention &#233;tatique sont des abstractions ; elles isolent une dimension de la r&#233;alit&#233; mais laissent subsister le besoin du lien. Sans lien, il ne reste que l'individu, qui est alors solitaire plus que libre, vuln&#233;rable et st&#233;rile. Mais si on a un besoin vital de lien social, on a besoin du don, et cela reste vrai m&#234;me dans les activit&#233;s mat&#233;rielles, celles dont traite l'&#233;conomie. La logique du don a donc sa place &#224; l'int&#233;rieur de l'activit&#233; &#233;conomique normale, car lui seul cr&#233;e de la socialit&#233;. Concr&#232;tement par exemple, une entreprise p&#233;ricliterait si les employ&#233;s ne lui donnaient pas plus que ce que pr&#233;voit litt&#233;ralement leur contrat de travail, notamment dans leur relation d'entraide. Si chacun calcule chacun de ses efforts, aucune action commune efficace n'est possible. En particulier si une entreprise doit faire des profits et &#234;tre rentable, c'est parce que la condition de sa survie comme de son utilit&#233; sociale est qu'elle consomme moins qu'elle ne produit. Mais ce n'est l&#224; que le r&#233;sultat final qu'elle doit obtenir (le profit). Pour y arriver, il faut qu'elle soit aussi vivante et active que possible en tant que communaut&#233; d'hommes ordonn&#233;s &#224; un but ; ce qui suppose la solidarit&#233; de ses membres, et donc une forme de don mutuel. Naturellement le dosage varie. La composante de don est, en principe, beaucoup plus importante dans le cadre de formules explicitement solidaires : associations, organismes mutualistes, entreprises combinant la recherche d'une forme de profit avec la poursuite d'objectifs humains et sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement il est parfaitement utopique d'envisager une activit&#233; &#233;conomique bas&#233;e sur le seul don. Ceux qui vont dans ce sens critiquent en fait la concentration de la pens&#233;e &#233;conomique sur le seul calcul quantitatif. Car disent-ils cela modifie la prestation r&#233;elle et d&#233;grade la qualit&#233; de ce qui est vendu : c'est la diff&#233;rence entre le plat industriel et celui pr&#233;par&#233; par une maman. M&#234;me le boulanger d'Adam Smith fera un pain diff&#233;rent, nous dit-on, si c'est au moins en partie par altruisme. Mais une telle critique n'a de vraie port&#233;e que face &#224; l'id&#233;e d'une exclusivit&#233; du mod&#232;le de l'&#233;change commercial, bas&#233; sur le seul int&#233;r&#234;t, ne tenant pas compte de la communaut&#233; et des liens humains - lesquels, on l'a vu, supposent des dons au sens large. Or inversement, s'agissant de relations entre personnes non unies par des liens de communaut&#233;, et en particulier des liens &#233;troits, la mobilisation de ressources que permettent la r&#233;mun&#233;ration et l'&#233;change commercial est consid&#233;rablement sup&#233;rieure &#224; celle du don et accro&#238;t massivement la gamme des choix r&#233;els. Avec le r&#244;le de l'Etat (ou celui d'organes collectifs comme les Eglises), elle para&#238;t m&#234;me la seule possible avec une ampleur suffisante entre des personnes qui ne se connaissent pas et n'ont pas de lien r&#233;el ; et elle seule peut se faire sur large &#233;chelle, car pr&#233;cis&#233;ment on sort alors de la relation. En outre, on l'a dit, le don n'est pas par nature meilleur et toujours souhaitable. Il d&#233;pend du lien social, qui n'est ni quantifi&#233; ni pr&#233;visible, et est aussi plus risqu&#233;. Il suppose non seulement des liens, mais qu'ils soient bien orient&#233;s. Ce n'est pas toujours le cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus : l'&#233;ducation au commerce et au calcul financier est un &#233;l&#233;ment indispensable au d&#233;veloppement satisfaisant de la vie des personnes. On l'observe dans le cas de populations d&#233;sh&#233;rit&#233;es : le don d'argent ou de nourriture est indispensable en cas d'urgence ; mais l'apprentissage de la possibilit&#233; de fabriquer des produits et de les vendre, c'est-&#224;-dire de les voir reconnus avec une certaine valeur mon&#233;taire, est une &#233;tape indispensable pour sortir d'un rapport d'assistance perp&#233;tuelle qui n'est pas sain. Plus g&#233;n&#233;ralement, le don refl&#232;te et nourrit la relation entre les personnes, mais ne permet pas de mesurer notre rapport aux choses comme le fait l'&#233;change ; d'o&#249; ce paradoxe apparent qu'il ne refl&#232;te pas non plus toutes les dimensions de notre relation aux autres, car seul l'&#233;change fait appara&#238;tre une mesure possible de cette relation, par le moyen de la monnaie. Le don n'apporte pas non plus n&#233;cessairement &#224; ce lui qui re&#231;oit ce qu'il d&#233;sire, ne mesure pas la raret&#233; des choses, et ne valorise pas mon travail ou celui de l'autre dans sa relation &#224; son r&#233;sultat. Il ne peut donc r&#233;gir la circulation g&#233;n&#233;rale des biens, non seulement en termes d'efficacit&#233;, mais en termes moraux. En particulier, il ne saurait suffire &#224; l'exercice de la vertu essentielle de justice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, il est conforme &#224; la r&#233;alit&#233; et donc indispensable de prendre en compte l'environnement humain et social de l'acte &#233;conomique, et donc le r&#244;le qu'y joue le don ; et notamment le fait qu'une prestation change de sens selon son insertion humaine et relationnelle. Le sens du don est d'&#234;tre une forme essentielle de respiration sociale parce que la transaction commerciale ne couvre qu'une partie des besoins humains. En d'autres termes, le raisonnement lui-m&#234;me montre la limite du calcul int&#233;ress&#233;. Ces consid&#233;rations nous conduiraient d&#232;s lors plut&#244;t &#224; tenter de combiner les deux dimensions du don et du calcul.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quel r&#244;le pour la finance ? La finance et le don&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la finance alors ? Son r&#244;le est d'affecter de l'argent qui n'est pas consomm&#233; et qui est donc &#233;pargn&#233; &#224; des usages possibles, notamment des investissements - occasionnellement une consommation anticip&#233;e. Elle arbitre alors entre les investissements possibles, c'est-&#224;-dire les projets en lice. Il s'agit de choisir ceux qui pr&#233;sentent le &#8216;meilleur' r&#233;sultat : ce terme peut inclure de multiples crit&#232;res, mais notamment un retour sous forme mon&#233;taire, pour un certain risque qu'on accepte d'assumer. Les choix varient selon les priorit&#233;s de chacun, le type d'argent qu'on est charg&#233; de g&#233;rer, les engagements qu'on a pris, etc. Le march&#233; financier est un outil, aidant ou souvent permettant seul ce choix, par la possibilit&#233; qu'il offre de confrontation syst&#233;matique des projets en concurrence, et d'arbitrage entre les diff&#233;rentes options.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit le r&#244;le essentiel que jouent ici les priorit&#233;s des participants. Il n'y a pas une finance identique pour tous. Des exigences d'ordre &#233;thique peuvent notamment conduire &#224; prendre en consid&#233;ration la logique du tissu humain dans lequel s'ins&#232;re l'op&#233;ration vis&#233;e (communaut&#233;s et institutions). Car si l'argent comme tel est fongible, la perspective de l'investisseur ne l'est pas, compte tenu des responsabilit&#233;s qui sont les siennes ou qu'il assume, notamment envers la communaut&#233; qui est &#224; l'origine de cette richesse et dans laquelle il s'inscrit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps, l'id&#233;e d'un march&#233; mondial du capital, a du sens, &#224; l'&#233;vidence, car cela permet (au moins en th&#233;orie) de maximiser les opportunit&#233;s. L'argent &#233;tant fongible (si la monnaie est convertible) est utilisable partout sauf obstacle juridique, et il y a un bien possible dans le fait qu'il puisse &#234;tre propos&#233; partout sur la plan&#232;te. Mais la possibilit&#233; effective de faire cela n'est ni un d&#251; ni une n&#233;cessit&#233;. Car en m&#234;me temps cet argent est le fruit d'un certain travail et ses d&#233;tenteurs s'ins&#232;rent dans une communaut&#233; donn&#233;e ; il peut &#234;tre injuste qu'il se place ailleurs. Seul un jugement cas par cas donnera la r&#233;ponse &#224; la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les limites de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La finance r&#233;elle para&#238;t a priori bien &#233;loign&#233;e des consid&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et notamment du r&#244;le du don. On conna&#238;t les critiques faites &#224; la finance dans l'&#233;conomie actuelle, avec ce qu'on appelle financiarisation : influence excessive, mauvais crit&#232;res de choix, mauvais signaux envoy&#233;s &#224; l'&#233;conomie et l'orientant dans la mauvaise direction, r&#233;tr&#233;cissement de l'horizon sur le tr&#232;s court terme etc. En bref elle ne viserait qu'&#224; maximiser le profit mon&#233;taire calcul&#233; &#224; court terme, plus pr&#233;cis&#233;ment la rentabilit&#233; du capital compris comme facteur de production autonome, isol&#233; de son contexte de d&#233;ploiement humain. Il y a ind&#233;niablement une tendance puissante des financiers &#224; r&#233;duire les r&#233;alit&#233;s &#233;conomiques et les crit&#232;res de d&#233;cisions au seul facteur financier compris de fa&#231;on &#233;troite et univoque. M&#234;me si la n&#233;cessit&#233; de ce calcul est indiscutable. Ceci dit, tout cela n'est que la traduction mon&#233;taire des priorit&#233;s de ceux qui participent au march&#233; et de ce qu'ils pensent de la situation. Il est l&#233;gitime de d&#233;noncer l'id&#233;e que des propri&#233;taires soient d&#233;gag&#233;s de toute consid&#233;ration autre que financi&#232;re au sens &#233;troit. Mais le fait est qu'en soi rien ne les y oblige, et notamment pas l'usage d'outils financiers. On ne voit pas pourquoi de tels calculs et les pratiques correspondantes devraient automatiquement d&#233;boucher sur une activit&#233; d&#233;coupl&#233;e de l'&#233;conomie r&#233;elle, limit&#233;e &#224; des horizons &#224; court terme, et oublieuse des consid&#233;rations &#233;thiques ou sociales. De la m&#234;me mani&#232;re rien n'oblige &#224; ne voir dans ses concitoyens que des gens &#224; exploiter par tous les moyens. On peut par exemple g&#233;rer activement un parc immobilier, mesurer la rentabilit&#233; de travaux &#224; mener, rechercher des financements, fixer les loyers selon le march&#233; etc., tous actes &#224; forte dimension financi&#232;re ; et en m&#234;me temps prendre en compte la situation des personnes log&#233;es, les besoins sociaux ou urbanistiques etc., et ne pas &#234;tre obnubil&#233; par ce qui se passe sur le march&#233; &#224; tout instant. Aucun march&#233; n'a jamais oblig&#233; quelqu'un &#224; se limiter aux seules consid&#233;rations d'argent. En d'autres termes, il y a souvent confusion dans la critique entre la finance, comprise comme technique, et l'obsession de l'argent et sa pr&#233;dominance, dans un syst&#232;me sans contrepoids moral ou spirituel. Ceci r&#233;sulte non pas ce des outils que sont le calcul financier d'une c&#244;t&#233;, les march&#233;s de l'autre ; mais du syst&#232;me de valeurs dominant ainsi que de l'insuffisance des dispositifs permettant de proposer un autre type de relation, sur la base d'autres priorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Transactions instantan&#233;es et relations &#224; long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de critiques porte sur la logique m&#234;me du march&#233;, constitu&#233; de transactions anonymes et fugitives, ne cr&#233;ant dit-on pas de lien durable entre les parties concern&#233;es et au contraire amoindrissant le r&#244;le des relations de longue dur&#233;e du fait que la transaction permet aux parties prenantes &#224; une relation financi&#232;re de se d&#233;gager &#224; tout moment. D'o&#249; &#224; nouveau la financiarisation des entreprises. Cela ferait en outre dispara&#238;tre la souplesse qu'offrent des relations longues gr&#226;ce &#224; la confiance qu'elles &#233;tablissent. Dans une telle optique, la relation, comprise sur la dur&#233;e et comportant une forme de fid&#233;lit&#233;, &#233;tablit un lien avec quelqu'un, qui ne se limite pas &#224; son objet &#233;conomique &#233;troit ; elle est cr&#233;atrice d'externalit&#233;s. Sa relativisation au profit de la transaction, comprise comme instantan&#233;e et impersonnelle, ne serait d&#232;s lors pas bonne pour la prise de risque &#224; long terme et pour l'innovation, et tendrait &#224; d&#233;grader les rapports au sein de la soci&#233;t&#233;. Vue ainsi, elle agirait &#224; l'exact oppos&#233; du don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pour le coup une vraie question. On ne peut pas tout baser sur des contrats &#233;ph&#233;m&#232;res. De m&#234;me qu'il est meilleur et plus efficace de voir l'entreprise comme une communaut&#233; solidaire, il est en g&#233;n&#233;ral bon d'avoir autant que possible des relations de longue dur&#233;e, cultivant la confiance r&#233;ciproque et fond&#233;es sur des valeurs communes, et il est souhaitable d'orienter le fonctionnement du syst&#232;me en ce sens. Mais en m&#234;me temps cela ne peut pas impliquer la g&#233;n&#233;ralisation de relations sur la longue dur&#233;e. Ni les entreprises, ni les relations commerciales, ni les rapports d'argent n'ont vocation &#224; la p&#233;rennit&#233; ; ce ne sont ni des familles, ni des patries. Et la fid&#233;lit&#233; ne s'impose pas toujours moralement : elle suppose un lien de communaut&#233; qui n'a pas toujours lieu d'exister. Par ailleurs la transaction n'exclut pas la relation. On peut avoir des relations de longue dur&#233;e sur la base d'une s&#233;rie de transactions ; le march&#233; a en un sens toujours &#233;t&#233; l'un des liens sociaux essentiels. Le retour souhaitable &#224; des relations plus fid&#232;les et plus responsables n'implique donc pas la disparition du march&#233;, ou sa rel&#233;gation dans un r&#244;le mineur, mais un usage diff&#233;rent. Ce n'est pas en emp&#234;chant les gens de vendre qu'on cr&#233;e des relations loyales d&#233;passant le pur calcul, mais en cultivant l'id&#233;e juste que ces relations longues sont bonnes quand elles sont possibles, et c'est fr&#233;quemment le cas, et en les construisant au mieux. En outre bien s&#251;r des mesures r&#233;glementaires peuvent aider. Et l&#224; encore les probl&#232;mes soulev&#233;s rel&#232;vent plus de la logique d'ensemble de la soci&#233;t&#233; que de la seule technique financi&#232;re. La question des relations &#224; long terme se pose d'ailleurs bien au-del&#224; de la finance et varie selon les cultures : capitalisme rh&#233;nan, allemand ou japonais, ou capitalisme anglo-saxon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans cette optique, le don retrouve sa place : que ce soit dans le cadre de relation long terme, qu'il contribue &#224; fonder et maintenir, ou m&#234;me dans celui de la transaction, qui redevient plus humaine et plus socialisante si elle comporte cette dimension de relation, laquelle ne se constitue pas vraiment sans une forme de don.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La finance solidaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas concevable sans une orientation appropri&#233;e des agents &#233;conomiques et donc des entreprises, au sens large du terme. A cette fin, on peut vouloir agir sur leur gouvernance, &#224; travers la structure de propri&#233;t&#233;, pour modifier les mix de priorit&#233;s. Ceci peut conduire aussi au d&#233;veloppement d'entreprises &#224; priorit&#233;s diff&#233;rentes : elles peuvent &#234;tre coop&#233;ratives ou mutualistes, mais aussi commerciales, sans parler des associations. C'est une piste importante qui suppose des personnes d&#233;termin&#233;es en ce sens, ayant r&#233;uni l'argent voulu. Et que les facteurs qui ont d&#233;termin&#233; le projet subsistent ensuite sans disruption ou trahison. Mais rien ne l'emp&#234;che, comme on le voit constamment ; et c'est une forme possible de l'influence des minorit&#233;s agissantes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela peut s'appliquer notamment &#224; de la finance solidaire, suppos&#233;e &#234;tre une autre finance, reposant en partie appr&#233;ciable sur le don et la solidarit&#233;. En fait le terme recouvre des r&#233;alit&#233;s assez diff&#233;rentes. Dans bien des cas il s'agit d'investissements relativement classiques (avec une certaine dose d'investissement socialement responsable) mais dont le produit est en partie vers&#233; &#224; des &#339;uvres ou causes diverses. En soi c'est une bonne chose mais pour l'appr&#233;cier il faut distinguer les deux &#233;l&#233;ments : la logique d'investissement et celle du don. Personnellement il me para&#238;t plus clair de les s&#233;parer d&#232;s le d&#233;part : on investit au mieux d'abord, et on donne ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a par ailleurs des investissements dans des entreprises qui pour une raison ou une autre manifestent, dans leurs objectifs et gestion m&#234;me, une certaine forme de solidarit&#233; (mutualiste type coop&#233;ratives &#8216;Mondragon', solidaire au sens par exemple des Focolari etc., avec partage &#233;gal des profits entre l'entreprise, les membres, et des causes g&#233;n&#233;rales). Par exemple elles embaucheront des personnes en recherche d'aide ; elles soutiendront plus leurs fournisseurs ou les choisiront dans cette optique solidaire (mais comme on l'a vu avec Fagor, filiale de Mondragon, elles peuvent &#234;tre amen&#233;es &#224; des d&#233;cisions drastiques tout comme les entreprises commerciales)). Dans ce cas l'investissement et l'&#233;l&#233;ment de don sont plus clairement indissociables. C'est en soi louable si on adh&#232;re pleinement aux objectifs de l'entreprise en question et qu'on est convaincu par la mise en &#339;uvre. L&#224; aussi il ne para&#238;t pas r&#233;aliste de voir le gros de l'activit&#233; &#233;conomique basculer dans ces voies, dont le succ&#232;s reste &#224; ce stade limit&#233;. Cela ne dispense donc pas de la r&#233;flexion sur une meilleure orientation de l'activit&#233; &#233;conomique classique, finance comprise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas il appara&#238;t que la question ne se pose pas en termes de changement radical de syst&#232;me ; il s'agit d'abord d'une correction de la vision : ce qu'il faut faire &#233;voluer est le mode de perception de la soci&#233;t&#233;. La r&#233;alit&#233; &#233;conomique elle-m&#234;me, et en premier lieu l'&#233;change commercial, supposent d'une part un important secteur &#233;conomique, fond&#233; sur le don, et notamment associatif ; c'est en soi une excellente chose qu'il faut non seulement encourager mais int&#233;grer &#224; sa juste place dans la vision de la r&#233;alit&#233;. D'autre part il faut reconna&#238;tre aussi la dimension de don dans l'activit&#233; marchande elle-m&#234;me. Comme nous l'avons not&#233; cela vaut alors aussi pour l'analyse ou le calcul financiers : on l'a vu, le chiffrage mon&#233;taire, le profit par exemple, n'est qu'une mesure finale, partielle, mais indispensable et vitale, dans une panoplie de crit&#232;res &#224; la fois plus large et intervenant plus en amont dans la d&#233;cision, et dans laquelle la complexit&#233; et la richesse des relations humaines, nourries par le don, doivent jouer un r&#244;le essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version modifi&#233;e d'un article du Rapport moral sur l'argent 2015.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>L'&#232;re des bulles financi&#232;res</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/L-ere-des-bulles-financieres.html</link>
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		<dc:date>2015-09-14T12:37:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise financi&#232;re</dc:subject>
		<dc:subject>Bulle financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Panique sur les march&#233;s, h&#233;catombe boursi&#232;re,&#8230;. Le krach boursier chinois semble avoir pris tout le monde de court. En r&#233;alit&#233;, rien d'&#233;tonnant dans cet &#233;v&#233;nement. L'envol&#233;e boursi&#232;re chinoise &#233;tait une &#233;norme bulle. Et comme toutes les bulles, elle a fini par &#233;clater. On s'en &#233;meut toujours mais on n'en tire aucune le&#231;on. Et m&#234;me avec le cr&#233;dit on vit sur une &#233;norme bulle&#8230; bien plus inqui&#233;tante que la chinoise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pourquoi cette addiction de nos soci&#233;t&#233;s aux bulles financi&#232;res ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A suivre&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-financiere-+.html" rel="tag"&gt;Crise financi&#232;re&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Bulle-financiere-+.html" rel="tag"&gt;Bulle financi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La bulle boursi&#232;re qui s'est form&#233;e en Chine ces derniers mois a fini par &#233;clater faisant souffler un vent de panique sur les march&#233;s et &#233;clipsant en une journ&#233;e la crise grecque. Beaucoup d'investisseurs avaient mis&#233; sur la croissance continue et spectaculaire de l'&#233;conomie chinoise - de l'ordre de 10% par an en moyenne depuis 2003 avec un pic de pr&#232;s de 15% en 2007 &#8211; sans voir qu'une telle croissance avait quelque chose de n&#233;cessairement temporaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la mani&#232;re dont la Bourse avait traduit cette croissance &#233;tait plus irrationnelle encore. Avant de s'effondrer, la Bourse de Shanghai s'&#233;tait ainsi envol&#233;e de 150 % en moins d'un an !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est pourtant clair que quand la croissance d'actifs est aussi forte et rapide, il y a toutes les chances qu'elle ne corresponde pas &#224; leur valeur r&#233;elle. C'est qu'une bulle, d&#233;connect&#233;e de l'&#233;conomie r&#233;elle, est en train de se former et de gonfler. Et comme toute bulle qui ne cesse d'enfler, elle finit par &#233;clater. C'est ce qui s'est produit en cette fin ao&#251;t. La croissance chinoise s'est ralentie, plus que pr&#233;vu, passant sous les 7%, le gouvernement a d&#233;valu&#233; le yuan, et les inqui&#233;tudes sur le niveau du cr&#233;dit se sont amplifi&#233;es. Rien que de tr&#232;s pr&#233;visible, m&#234;me si on ne sait pas &#224; l'avance quand la prise de conscience interviendra. Mais la chute a affol&#233; les investisseurs, doutant tout &#224; coup de la r&#233;alit&#233; et de la solidit&#233; du boom &#233;conomique chinois, sur fond de soup&#231;ons de manipulation des statistiques par les autorit&#233;s. R&#233;sultat : en moins de deux mois la Bourse de Shanghai a perdu pr&#232;s de 40% de sa valeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On revient &#224; une triste le&#231;on : on ne tire jamais d'enseignements des bulles pr&#233;c&#233;dentes et de leur in&#233;vitable &#233;clatement. Car ce n'est &#233;videmment pas la premi&#232;re bulle qui fait la Une des journaux. On a bien s&#251;r en m&#233;moire le krach de 1929. Et dans la p&#233;riode r&#233;cente, citons notamment la bulle de la nouvelle &#233;conomie Internet en 1999-2000 et la bulle des subprimes de 2007-2008. Et demain il y en aura encore d'autres, n'en doutons pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour bien comprendre, arr&#234;tons-nous un instant sur ce ph&#233;nom&#232;ne des bulles, anxiog&#232;ne mais somme toute assez classique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une bulle se forme lorsque le march&#233; est inond&#233; par l'argent qui y est investi, que les cours s'envolent et qu'ils atteignent des niveaux tr&#232;s excessifs par rapport &#224; la valeur r&#233;elle des actifs. A la base, il y a la conviction que la valeur des actifs est beaucoup plus &#233;lev&#233;e que celle qu'en donne le march&#233;, et donc que le prix auquel ils pourront &#234;tre revendus sera beaucoup plus &#233;lev&#233;. Et m&#234;me ceux qui estiment que le prix est devenu tr&#232;s excessif par rapport &#224; la valeur fondamentale ne veulent pas prendre le risque de sortir trop t&#244;t et de perdre le gain suppl&#233;mentaire qu'ils pourraient r&#233;aliser. Ainsi le mouvement s'auto-v&#233;rifie et s'entretient avant d'&#233;clater.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par certains c&#244;t&#233;s un tel mouvement est in&#233;vitable sur des march&#233;s, qui sont des interactions collectives. Mais ce n'est pas forc&#233;ment dramatique. Normalement le march&#233; finit par se corriger lui-m&#234;me. Cela n'a pas d'effet collectif majeur dans les cas de bulles classiques, o&#249; les actifs sont financ&#233;s en fonds propres et sont n&#233;goci&#233;s sur des march&#233;s raisonnablement liquides, ce qui fait qu'il n'y a pas d'effet syst&#233;mique. On l'a vu encore en 2000 : la bulle a &#233;clat&#233;, la baisse rapide des cours a corrig&#233; les exc&#232;s et r&#233;&#233;quilibr&#233; le march&#233;. Naturellement au prix d'un ralentissement de l'&#233;conomie, de la baisse des portefeuilles et du d&#233;couragement de nombre d'investisseurs ; mais sans disruption majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel n'est pas le cas des bulles o&#249; les achats d'actifs sont financ&#233;s &#224; cr&#233;dit, ce dont la crise de 1929 est l'arch&#233;type inoubliable. Non seulement la facilit&#233; du cr&#233;dit donne &#224; la bulle une tout autre ampleur, mais son &#233;clatement met les investisseurs dans une position intenable : devant rembourser leur cr&#233;dit, ils cherchent &#224; limiter leur perte en vendant en masse au plus mauvais moment, cr&#233;ant des effets en cha&#238;ne d&#233;vastateurs. Il semble que la bulle boursi&#232;re chinoise soit, en partie notable, de ce type. Mais dans son cas il se pourrait que l'effet soit dans une certaine mesure att&#233;nu&#233; par la pr&#233;dominance d'investisseurs priv&#233;s, non institutionnels, moins impliqu&#233;s dans le tissu des d&#233;pendances r&#233;ciproques qui caract&#233;rise les institutions financi&#232;res. &lt;br class='autobr' /&gt;
Autrement pr&#233;occupante est la g&#233;n&#233;ralisation du mod&#232;le de la bulle financ&#233;e &#224; cr&#233;dit, surtout quand il s'agit de march&#233;s de beaucoup plus grande ampleur. Deux sont classiquement la source des plus grandes d&#233;rives collectives : l'immobilier et les march&#233;s de taux. Tous deux sont dans une mesure importante financ&#233;s &#224; cr&#233;dit ; tous deux peuvent donner l'illusion d'une s&#233;curit&#233; relative (la pierre et le b&#233;ton d'un c&#244;t&#233;, les garanties publiques ou les ratings de l'autre) ; tous deux sont de taille gigantesque et dans leur majorit&#233; de faible liquidit&#233; naturelle. La crise des subprimes mariait les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous assistons en fait aujourd'hui sur ces deux march&#233;s &#224; la formation de bulles exceptionnelles par leur ampleur et aggrav&#233;es par deux ph&#233;nom&#232;nes tr&#232;s regrettables. C'est d'abord et surtout l'exc&#232;s d&#233;mesur&#233; et anormal d'argent, l'intervention sans frein des banques centrales : quand la planche &#224; billets fonctionne &#224; plein r&#233;gime il faut bien placer cet argent, ce qui nourrit artificiellement la demande, &#233;loignant d'autant la correction du march&#233;. Et, fait pathologique, la demande se fait alors tr&#232;s forte pour une intervention publique, donc encore &#224; cr&#233;dit ou par cr&#233;ation de liquidit&#233;s. On l'a vu avec la crise boursi&#232;re chinoise, mais ce n'est pas all&#233; tr&#232;s loin. Mais on le voit surtout &#224; haute dose, sur toute la plan&#232;te, dans l'endettement public et les bulles immobili&#232;res. Comme si nos soci&#233;t&#233;s ne tol&#233;raient pas les p&#233;riodes n&#233;cessairement difficiles r&#233;sultant de la correction des exc&#232;s ant&#233;rieurs et pr&#233;f&#233;raient &#224; chaque soup&#231;on de crise intensifier les doses de leur drogue favorite : le cr&#233;dit. Comme si plus on souffrait des effets de l'alcool, plus on devrait boire. Dans les d&#233;mocraties comme dans le r&#233;gime autoritaire chinois. La culture de la bulle si on peut dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela peut s'ajouter la mauvaise r&#233;gulation. Notamment, lorsque des ratios prudentiels sont inadapt&#233;s ils accroissent l'impact des crises voire les suscitent car ils rendent anormalement peu co&#251;teux en fonds propres des sp&#233;culations &#224; risque, s&#233;curisant en outre artificiellement les op&#233;rateurs. Aujourd'hui encore la dette publique est par exemple consid&#233;r&#233;e risque nul : pas de fonds propres ! Qui peut le croire ? Dans un autre ordre d'id&#233;e la baisse de liquidit&#233; qui r&#233;sulte de mesures par ailleurs compr&#233;hensibles rend les chocs plus brutaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on l'a vu, l'&#233;clatement de ces bulles a des cons&#233;quences spectaculaires et tr&#232;s graves. Ce fut le cas en 1929, ou avec les subprimes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question alors : pourquoi ne tire-t-on aucune le&#231;on de ces bulles qui se succ&#232;dent ? Bien s&#251;r on a pris des mesures consid&#233;rables depuis 2008. Mais elles ont plus consist&#233; en un renforcement de la r&#233;silience des institutions bancaires, ou la r&#233;duction des effets de contagions, qu'en de la pr&#233;vention directe : plus que jamais on a inond&#233; le march&#233; de liquidit&#233;s, depuis 7 ans d&#233;j&#224;. Sans doute parce que ce serait une remise en question trop douloureuse et que nous pr&#233;f&#233;rons faire le choix de la facilit&#233;. On a pris l'habitude des &#171; drogues douces &#187; : de l'argent facile et pas cher, et on ne tol&#232;re plus les corrections normales du march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les bulles sont en quelque sorte &#8230; dans l'air du temps. Mais contrairement &#224; leur cousines de savon, leur &#233;clatement fait tr&#232;s mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; sur Le Cercle des Echos.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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