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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</title>
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		<dc:date>2024-09-03T16:11:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes</dc:subject>
		<dc:subject>Algorithmes et personnalit&#233; humaine</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;seaux sociaux </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ce qui importe d'abord est le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose sur une perspective fausse car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. L'intelligence ne se confond pas avec la capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes, ce en quoi les machines peuvent d&#233;passer l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement un des dangers de l'IA est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou, pire, son conditionnement. Un bon exemple en sont les algorithmes de recommandation utilis&#233;s par les g&#233;ants du web, r&#233;seaux sociaux ou outils de recherche &#8211; particuli&#232;rement opaques, orient&#233;s vers le seul profit, et culturellement r&#233;ducteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Reseaux-sociaux-et-algorithmes-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;seaux sociaux &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Notre monde est de plus en plus domin&#233; par le num&#233;rique, et cela en inqui&#232;te beaucoup. Mais ma question ne sera pas ici la num&#233;risation comme telle. En effet, transformer un message quelconque en une suite de nombres (un des sens de num&#233;riser) ne change en soi pas les choses et leur signification : tout po&#232;me peut &#234;tre num&#233;ris&#233; puis restitu&#233; dans le texte d'origine. De m&#234;me un tableau ou la Bible. Ce qui importe est leur traitement ; c'est-&#224;-dire le fonctionnement des algorithmes, et notamment de l'IA (Intelligence artificielle). Dans quelle mesure leur fonctionnement change-t-il le traitement m&#234;me de la personne (ou des groupes humains) du fait qu'elle est appr&#233;hend&#233;e au moyen de chiffres puis saisie par des proc&#233;d&#233;s divers mais essentiellement probabilistes ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains d&#233;sirent ou craignent l'&#233;mergence d'une intelligence qui serait sup&#233;rieure &#224; l'intelligence humaine. Ce qui repose comme on le verra sur une perspective fausse, car le mot intelligence recouvre dans les deux cas des r&#233;alit&#233;s compl&#233;tement diff&#233;rentes. Mais justement un des dangers est l&#224; : la r&#233;duction de l'intelligence humaine ou son conditionnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mettra ici plus particuli&#232;rement l'accent sur un cas sp&#233;cifique de num&#233;risation et d'IA, celui des algorithmes utilis&#233;s par les g&#233;ants du web : r&#233;seaux sociaux comme Facebook, mais aussi Google, Instagram et Amazon, ou encore Netflix (films), Spotify (musique) ou YouTube (vid&#233;os). Dans ces cas, il s'agit en un sens d'utiliser la statistique pour g&#233;rer l'individualit&#233;, mais pour un but pr&#233;cis, qui est d'ordre marchand. Ce faisant on ne g&#232;re pas l'individualit&#233; de fa&#231;on neutre. Il y a in&#233;vitablement une philosophie sous-jacente, et pas seulement commerciale. D'ailleurs le commercial est d&#233;j&#224; une forme de philosophie, qui fa&#231;onne la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle &#233;volution a suppos&#233; d'une part la tendance historique (depuis deux si&#232;cles) au r&#244;le croissant de la statistique. Et d'autre part, les outils et la puissance de calcul de l'IA. Nous commencerons par rappeler le point de d&#233;part, qui est la statistique elle-m&#234;me, pour &#233;voquer ensuite la question g&#233;n&#233;rale de l'IA, et en venir enfin au cas sp&#233;cifique des r&#233;seaux sociaux et du web.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'expansion de la statistique et sa corr&#233;lation avec l'individualisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Olivier Rey montre les d&#233;veloppements de la statistique au cours du XIXe si&#232;cle, au d&#233;but au sein de ce qu'on appellera ensuite les sciences sociales, commen&#231;ant par un pur exercice de d&#233;nombrement. Puis s'est d&#233;velopp&#233;e petit &#224; petit sa th&#233;orisation math&#233;matique. Plus significatif est son d&#233;veloppement prodigieux vers un r&#244;le scientifique, notamment en physique avec les analyses sur les gaz de Boltzmann, puis sa fonction centrale dans la physique quantique et la m&#233;canique ondulatoire. Parall&#232;lement bien s&#251;r, le r&#244;le de la statistique dans la connaissance de l'homme et de la soci&#233;t&#233; a pris lui-m&#234;me une extension gigantesque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rey fait un lien direct entre ceci et l'&#233;volution de la soci&#233;t&#233; d&#233;mocratique, &#224; partir de la R&#233;volution fran&#231;aise. Car le principe d'&#233;galit&#233; et l'ouverture de toutes les voies &#224; tous implique aussi &#224; la fois une comp&#233;tition maximale, et une difficult&#233; &#224; se distinguer et m&#234;me &#224; se d&#233;finir. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, poursuit-il, l'id&#233;e, d'origine chr&#233;tienne, que la personne humaine est unique, et donc la recherche de la singularit&#233;, se maintiennent dans une soci&#233;t&#233; incapable de le satisfaire. &#171; C'est l'incommensurabilit&#233; radicale des singularit&#233;s qui conduit au calcul ; c'est le principe selon lequel personne n'est l&#224; pour faire nombre qui finit par appeler le r&#232;gne du nombre &#187;. Et il ajoute : &#171; N&#233;anmoins la subjectivit&#233; ren&#226;cle, se plaint. Elle reproche &#224; la statistique d'ignorer les nuances du r&#233;el, de se montrer inattentive au d&#233;tail des situations, d'&#234;tre &#8216;impersonnelle'. D'un c&#244;t&#233; on lui demande de rendre compte des faits de fa&#231;on objective et impartiale, de l'autre on lui fait grief de son insensibilit&#233;, de s'en tenir &#224; ce qui se mesure et, ce faisant, de laisser &#233;chapper l'essentiel &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces remarques &#233;clairent singuli&#232;rement cet usage particuli&#232;rement innovant et puissant des nombres qu'on appelle Intelligence Artificielle ou IA.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel de donn&#233;es de base sur l'IA&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on sait, le terme intelligence est compris de multiples fa&#231;ons. Dans les milieux traitant de l'IA, et de fa&#231;on coh&#233;rente avec le mat&#233;rialisme diffus de nos soci&#233;t&#233;s, on la comprend comme une capacit&#233; &#224; r&#233;soudre des probl&#232;mes ou au minimum &#224; agir par rapport &#224; des situations. D'o&#249; ce terme d' &#8216;intelligence artificielle'. Comprise, ainsi l'intelligence humaine peut &#234;tre d&#233;pass&#233;e. On parle m&#234;me de la possibilit&#233; pour l'IA d'atteindre un jour un niveau de &#8216;superintelligence', comportant une intelligence g&#233;n&#233;rale tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, et notamment la capacit&#233; de construire elle-m&#234;me des machines encore sup&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne me situe pas dans cette ligne. Tant du point de vue de la philosophie classique que de la foi chr&#233;tienne, on ne peut r&#233;duire l'esprit et notamment l'intelligence &#224; la solution technique de probl&#232;mes. Dans cette perspective, on peut m&#234;me envisager que des machines aient une capacit&#233; de traitement tr&#232;s sup&#233;rieure &#224; celle de l'homme, sans conclure que ce dernier est inf&#233;rieur. C'est que l'esprit humain poss&#232;de une sup&#233;riorit&#233; ontologique radicale de par sa capacit&#233; &#224; penser consciemment, ainsi que par sa libert&#233; et sa cr&#233;ativit&#233; ; c'est en outre un &#234;tre relationnel. En bref, c'est une personne. Et une telle personne, cr&#233;&#233;e &#224; l'image de Dieu, est seule ouverte &#224; l'infini de la transcendance divine. Quant &#224; l'intelligence, c'est une capacit&#233; &#224; voir le vrai, le beau et le bien, dont un &#233;l&#233;ment clef est la contemplation, qui sert bien s&#251;r aussi &#224; trouver des solutions au besoin, c'est-&#224;-dire &#224; agencer le r&#233;el, mais ce n'est qu'une de ses applications.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, l'IA est une machine qui soit explore syst&#233;matiquement des solutions pr&#233;enregistr&#233;es, soit traite des masses de donn&#233;es &#224; l'aide d'algorithmes bas&#233;s sur des calculs de probabilit&#233;, enrichis de techniques d'apprentissage. Cela lui permet de battre des &#234;tres humains aux &#233;checs ou au go, souvent par des moyens non pr&#233;vus &#224; l'avance par les concepteurs. Mais si l'exploration syst&#233;matique ou la combinaison probabiliste de donn&#233;es permettent de d&#233;finir une strat&#233;gie gagnante au jeu, c'est par une puissance extraordinaire d'exploration de la combinatoire de donn&#233;es d&#233;termin&#233;es, par une capacit&#233; de calcul : il n'y a pas l&#224; de pens&#233;e. Encore moins une capacit&#233; &#224; d&#233;celer le sens possible des choses et leur signification morale, en termes de bien et de mal. Et encore moins d'agir librement en engageant sa responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais bien entendu cette extraordinaire puissance peut bouleverser nos existences, m&#234;me sans aller jusqu'&#224; la &#8216;superintelligence' en supposant que cela ait un sens. Les services que l'IA rend sont d&#233;j&#224; consid&#233;rables (moteur de recherche, traduction, diagnostics de tout type etc., sans parler de l'IA g&#233;n&#233;rative de type ChatGPT) et ils le seront plus encore &#224; l'avenir. Mais inversement, on peut craindre le d&#233;veloppement d'une capacit&#233; consid&#233;rablement sup&#233;rieure de contr&#244;le social, comme en Chine. Ou le risque de pertes d'emplois massives. Ou le d&#233;veloppement d'armements terrifiants. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou encore, plus profond&#233;ment, une r&#233;duction de l'humain lui-m&#234;me, compris &#224; travers l'IA et par l&#224; selon une id&#233;e fausse de l'intelligence humaine et de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions pos&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le caract&#232;re essentiellement statistique de toute IA implique un triple questionnement. Sur les donn&#233;es utilis&#233;es d'abord, qui peuvent &#234;tre insuffisamment fiables ou contenir des biais implicites, et relever de la vie priv&#233;e des personnes concern&#233;es. De toute fa&#231;on, par nature m&#234;me, des donn&#233;es num&#233;ris&#233;es ne refl&#232;tent qu'une partie du r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un questionnement sur les algorithmes ensuite, dont comme on l'a dit on en conna&#238;t pas exactement le cheminement et qui peuvent conduire &#224; des r&#233;sultats surprenants ou inattendus. La litt&#233;rature &#233;voque ici les cas de discrimination, par exemple raciale, soit pr&#233;sente dans les donn&#233;es, soit induite par l'algorithme par corr&#233;lation (avec la d&#233;linquance, la pauvret&#233;, ou la r&#233;sidence g&#233;ographique par exemple). Mais l'IA ne le verra pas, car elle ne pense pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces deux questionnements posent &#224; leur tour des questions centrales de responsabilisation face &#224; ces effets ind&#233;sirables. Or une telle responsabilit&#233; ne peut &#233;choir qu'&#224; des &#234;tres humains, qui ne peuvent se cacher derri&#232;re la machine. Cette responsabilit&#233; doit donc &#234;tre clairement identifi&#233;e, l&#224; o&#249; elle se situe, au niveau humain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel de r&#233;fl&#233;chir, en g&#233;n&#233;ral et cas par cas, sur l'encadrement possible de l'IA, tant au niveau de l'&#233;thique de ceux qui sont en charge de la cr&#233;er et de l'utiliser, et &#233;ventuellement, &#224; celui de la r&#233;glementation. Mais en l'occurrence cela implique surtout en l'esp&#232;ce une d&#233;marche originale, allant au-del&#224; des intentions des acteurs, et qui vise le contr&#244;le de son fonctionnement et de ses effets, c'est-&#224;-dire ce que produisent effectivement les algorithmes, au-del&#224; du dessin initial du syst&#232;me et de ses concepteurs. Cela suppose de fa&#231;on vitale des tests r&#233;guliers et des &#233;tudes d'impact. Trop souvent en effet l'IA appara&#238;t comme une &#8216;bo&#238;te noire'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois a bien vu ces questions, dans plusieurs interventions depuis 9 mois.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Algorithmes et Internet&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Venons-en maintenant aux algorithmes utilis&#233;s par les nouveaux g&#233;ants qui dominent Internet, souvent de fa&#231;on monopoliste ou presque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les effets de tromperie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier &#233;l&#233;ment nouveau est les capacit&#233;s nouvelles de circulation d'informations tendancieuses ou manipul&#233;es. Ou la possibilit&#233; technique de cr&#233;er des messages (des images) trompeuses de v&#233;rit&#233;, mais artificiellement : on fera une photo compromettante de quelqu'un (ou un film) criants de v&#233;rit&#233;, mais faux. Certes, cela retrouve une possibilit&#233; ancienne : voir les gravures diffamatoires visant Marie-Antoinette juste avant la R&#233;volution. Mais la tromperie est massivement surmultipli&#233;e tant dans sa facilit&#233; de production, sa cr&#233;dibilit&#233; apparente, que dans sa diffusion instantan&#233;e. Et notamment dans la cr&#233;ation de mouvements de foule immenses et apparemment incontr&#244;l&#233;s (viralit&#233;). Ces probl&#232;mes sont bien connus et ont conduit les op&#233;rateurs concern&#233;s &#224; mettre en place des formes de filtrage ou de censure, utilisant eux aussi des algorithmes. Ce qui n'est pas sans poser &#224; son tour des probl&#232;mes consid&#233;rables : les uns critiquent l'efficacit&#233; m&#233;diocre de ce genre de filtrage ; les autres au contraire critiquent la censure, assez arbitraire, ou s'inspirant d'une id&#233;ologie latente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les algorithmes de recommandation des r&#233;seaux sociaux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce qui est plus intrins&#232;que au fonctionnement de ces syst&#232;mes est la mani&#232;re dont ils con&#231;oivent le produit pr&#233;sent&#233; au client. Comme on sait, les r&#233;seaux sociaux (Facebook, Instagram, TikTok et autres) ou &#224; leur fa&#231;on les moteurs de recherche (type Google), mais aussi les soci&#233;t&#233;s commerciales de type Amazon ont pour cela une fonction vitale &#224; assurer : le classement des informations &#224; fournir. Prenons les r&#233;seaux sociaux : cela vise le d&#233;roul&#233; de ce qui va &#234;tre pr&#233;sent&#233; &#224; celui qui les regarde. En un sens, c'est une n&#233;cessit&#233; : une pr&#233;sentation purement chronologique serait neutre, mais peu satisfaisante ; une p&#234;che al&#233;atoire dans l'oc&#233;an des possibles et notamment en l'esp&#232;ce des producteurs de posts serait frustrante et peu productive ; la limitation aux vrais amis un peu &#233;troite. D'une certaine fa&#231;on, un algorithme de recommandation a donc son sens. Mais les algorithmes de nos r&#233;seaux vont bien au-del&#224; d'un r&#244;le de recommandation purement affinitaire et bienveillante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit en effet de soci&#233;t&#233;s commerciales, vivant de publicit&#233;. Facebook et les autres utilisent des probabilit&#233;s de regard pour gagner de l'argent avec de la publicit&#233;. De m&#234;me Google d'ailleurs, selon des modalit&#233;s un peu diff&#233;rentes. Il est donc vital pour eux de maximiser le temps de pr&#233;sence et d'attention. Cela conduit notamment &#224; favoriser la viralit&#233;, car ce qui est beaucoup vu a toutes chances de l'&#234;tre plus encore. On va donc le plus possible marquer les posts, puis les classer selon un calcul de la probabilit&#233; qu'ils ont d'attirer l'attention. Cela comporte donc une certaine individualisation, fonction de ce que le syst&#232;me a pu percevoir des centres d'int&#233;r&#234;t de celui qui regarde ; mais elle est int&#233;ress&#233;e et orient&#233;e. M&#234;me dans le cas de Google, qui est un outil de recherche, le but n'est donc pas la v&#233;rit&#233;, mais une forme de performativit&#233; : faire en sorte que le classement optimise le flux de regards, et par l&#224; le flux publicitaire. Cela suppose bien s&#251;r de donner un certain r&#244;le &#224; la r&#233;alit&#233; des sources, mais le plus important n'est pas leur justesse intrins&#232;que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le conditionnement pouvait exister autrefois. Mais il passait la plupart du temps par des interactions avec des personnes, et non pas par la rationalisation int&#233;ress&#233;e d'un syst&#232;me, fond&#233;e sur des corr&#233;lations &#224; base num&#233;rique. Lequel, point essentiel ici, poss&#232;de en outre une opacit&#233; presque intrins&#232;que. Si vous aviez &#224; faire &#224; de la propagande marxiste, vous pouviez &#233;tudier le marxisme et la litt&#233;rature correspondante. L&#224; ce n'est pas accessible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute le comportement des utilisateurs eux-m&#234;mes, et notamment de ceux qui veulent faire passer leur message et pour cela tentent d'influencer les algorithmes. Comme les syst&#232;mes trient ce qui leur appara&#238;t pertinent selon leur jeu de crit&#232;res, la question pour les porteurs de message est alors d'offrir &#224; l'algorithme ce qui lui parle le plus. Non seulement donc l'algorithme n'est pas neutre, mais il suscite une transformation de la mati&#232;re premi&#232;re qu'il utilise : ce que trie Google n'est pas une mati&#232;re premi&#232;re neutre : elle est dans une certaine mesure organis&#233;e pour &#234;tre s&#233;lectionn&#233;e par lui. Mais cela ne correspond pas n&#233;cessairement &#224; ses propres objectifs, et il doit donc en permanence s'adapter, et il r&#233;arrange constamment son algorithme. Or on ne connait pas plus ces changements que le syst&#232;me de d&#233;part &#8211; d'autant que cela permettrait aux utilisateurs de s'adapter eux aussi. D'o&#249; d'ailleurs un argument suppl&#233;mentaire de ces entreprises pour justifier leur opacit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et cela finit par influencer m&#234;me la production artistique, m&#234;me en musique, peinture ou photo, car pour percer, il faut vite &#234;tre per&#231;u par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, la capacit&#233; des utilisateurs (clients) d'&#233;chapper &#224; ce conditionnement est pour l'essentiel illusoire : d'abord, personne ne lit les conditions d'utilisation ; ensuite et surtout, l'utilit&#233; du produit (l'&#233;change de donn&#233;es sur soi contre un usage gratuit du syst&#232;me) est bien trop grande. Et donc on est soumis &#224; une forme hyperbolique de ce que fait d&#233;j&#224; le marketing. Le lib&#233;ral pur a peu d'objection &#224; faire &#224; cela ; il regarde le seul consentement de l'individu, suppos&#233; sans interf&#233;rence. Mais il est clair que ce choix se fait sans v&#233;ritable appr&#233;ciation de ce que contient r&#233;ellement ce qui est offert. Et la r&#233;gulation du contenu est difficile &#224; d&#233;finir, surtout si les gens d&#233;sirent vraiment quelque chose. L'action du consommateur ne suffit donc pas : il faut des r&#233;gulations. Il faudrait donc un regard ext&#233;rieur capable d'analyser les biais r&#233;els du syst&#232;me. D'abord de transparence. Puis de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Effet sur l'individualit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que l'effet sur la personne est consid&#233;rable et met directement en jeu la question de l'individualit&#233;. Le r&#244;le culturel des r&#233;seaux sociaux est d&#233;sormais majeur, mais il est difficile de le consid&#233;rer comme globalement positif, notamment sur les jeunes g&#233;n&#233;rations (Tiktok, Instagram etc.). En particulier, les algorithmes tendent en pratique &#224; replier chacun sur un mod&#232;le statistique moyen et par l&#224; uniformisant. Cela peut se faire au niveau g&#233;n&#233;ral du public, mais plus fr&#233;quemment niche par niche, aboutissant &#224; ce que les utilisateurs se parquent dans de petits mondes homog&#232;nes, consensuels et mutuellement herm&#233;tiques, voire hostiles. En tout cas, cela joue un r&#244;le ind&#233;niable dans la polarisation des opinions, et leur antagonisation. En outre, les choix faits par l'algorithme peuvent susciter &#224; la longue un sentiment d'insignifiance, puisqu'on n'a plus la stimulation de la recherche ; c'est finalement l'impression que tout se vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du c&#244;t&#233; de l'utilisateur, l'effet principal est une personnalisation relative apparente, mais en r&#233;alit&#233; compatible avec la massification : ce que le syst&#232;me retient de moi est une image tr&#232;s r&#233;duite et orient&#233;e en fonction de ses besoins &#224; lui. En outre, on ne teste pas en permanence nos pr&#233;f&#233;rences pour les corriger : une fois int&#233;gr&#233;es dans le syst&#232;me, elles sont difficiles &#224; modifier par la suite. D'o&#249; le paradoxe que la recherche de l'individualit&#233; aboutit non seulement &#224; une image tr&#232;s r&#233;ductrice, mais qu'elle est opaque &#224; l'individualit&#233; elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, que la vie personnelle de celui qui passe du temps sur ces r&#233;seaux et y investit affectivement est de ce fait constamment ballot&#233;e en fonction du flux de ce qui lui arrive ainsi que des r&#233;actions qu'il obtient &#224; ses propres productions, le tout conditionn&#233; et orient&#233; par les algorithmes. Au lieu de personnes en chair et en os, et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de relations stables au sein de communaut&#233;s humaines v&#233;ritables, o&#249; un minimum d'engagement r&#233;ciproque est attendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons un point central d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; &#224; propos du risque qu'il y a &#224; voir l'intelligence humaine comme purement instrumentale, sur le mod&#232;le de l'IA. Trop se mettre dans les mains de ce genre d'outils, c'est risquer une forme de mutilation, de r&#233;duction de l'humain en g&#233;n&#233;ral et de la vraie intelligence humaine en particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons ici une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; un autre usage possible d'Internet : un tel fonctionnement est tr&#232;s diff&#233;rent de celui qu'exp&#233;rimente par exemple quelqu'un qui cherche un livre rare, m&#234;me &#224; travers Google ou Amazon. Car dans ce cas, m&#234;me si le m&#233;canisme de recherche peut utiliser des jeux de probabilit&#233;, le ciblage est individualis&#233; et donc tr&#232;s diff&#233;rent. L'effet d'Internet n'est plus uniformisant. Mais cela suppose que j'ai des id&#233;es claires sur ce que je cherche et de ne pas me laisser porter par le syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme nous le voyons, l'usage des algorithmes sur Internet pousse encore plus loin l'effet simplificateur qu'implique l'usage de la num&#233;risation pour repr&#233;senter le r&#233;el, et constitue une nouveaut&#233; consid&#233;rable pour deux raisons majeures. D'une part, parce que l'outil qui y pr&#233;side est opaque et entend bien le rester. D'autre part, parce que ces outils r&#233;gissent une part appr&#233;ciable de l'interaction entre les &#234;tres humains dans nos soci&#233;t&#233;s, parfois pendant plusieurs heures par jours, comme les adolescents sur Tiktok. Par l&#224; m&#234;me ils contribuent &#224; fa&#231;onner une des dimensions culturelles (au sens large du terme) de nos soci&#233;t&#233;s, mais sans aucune forme ni d'examen externe, ni de responsabilit&#233;, ni &#233;videmment de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier ils distillent une conception tr&#232;s particuli&#232;re de l'individualit&#233; : d'un c&#244;t&#233;, ils paraissent l'exalter dans sa sp&#233;cificit&#233;, et de fait tendent &#224; en exacerber certaines dimensions. Et d'un autre c&#244;t&#233;, ils la r&#233;duisent et surtout l'agglom&#232;rent dans une approche statistique qui conduisent &#224; constituer des grumeaux plus ou moins homog&#232;nes ou tribalis&#233;s. Certes, cela prolonge des r&#233;alit&#233;s d&#233;j&#224; pr&#233;sentes, dans le marketing par exemple, qui donne le sentiment d'un choix personnel et original &#224; ce qui est en r&#233;alit&#233; une mode largement partag&#233;e (&#224; l'exemple du jeans depuis les ann&#233;es 60). Mais le processus est ici bien plus syst&#233;matique, et donc englobant pour la personne, et en outre opaque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne condamne pas le principe m&#234;me de ces r&#233;seaux sociaux. Mais cela implique deux lignes de conduite. L'une, personnelle, va dans le sens d'une juste distance par rapport &#224; ces outils qui peuvent &#234;tre utiles mais sont bien ambigus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre est plus collective. Elle vise d'abord &#224; contr&#244;ler et expertiser les effets r&#233;els de ces algorithmes. Elle conduit ensuite &#224; encadrer r&#233;glementairement leur action, tant pour en r&#233;duire l'effet de monopole que pour en r&#233;duire l'opacit&#233;, et pour instaurer plus de responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, dans l'id&#233;al, des r&#233;seaux nouveaux alternatifs moins obs&#233;d&#233;s par la publicit&#233; offriraient d&#232;s lors une vraie possibilit&#233; de rencontres et d'&#233;changes bas&#233;s sur des affinit&#233;s authentifi&#233;es par les utilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; encore, l'effet positif de ce genre de d&#233;veloppement est par contraste d'avancer dans la prise de conscience de la sp&#233;cificit&#233; v&#233;ritable de l'humain &#224; travers cet attribut essentiel qu'est l'intelligence, question de philosophie fondamentale qui devient vite une question de spiritualit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte bas&#233; sur une intervention au colloque annuel de l'AIESC -Association Internationale pour l'Enseignement Social Chr&#233;tien (31 ao&#251;t 2024)&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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