<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?id_mot=80&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>La peur et la crainte : perspective catholique et le&#231;ons possibles</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-peur-et-la-crainte-perspective-catholique-et-lecons-possibles.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/La-peur-et-la-crainte-perspective-catholique-et-lecons-possibles.html</guid>
		<dc:date>2022-09-05T15:52:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crainte </dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Distinguer la peur et la crainte est une op&#233;ration bien utile, entre la prise en compte de dangers bien r&#233;els et une &#233;motion irrationnelle source de bien des erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer cette probl&#233;matique en perspective chr&#233;tienne, je partirai des occurrences des mots &#8216;peur' et &#8216;crainte' dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique et dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise. Cela dessine une opposition entre un concept n&#233;gatif et purement &#233;motionnel, celui de &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt;, irrationnel et &#233;ventuellement manipulable ; et un concept de &lt;i&gt;crainte&lt;/i&gt;, &#224; la fois r&#233;action normale de l'&#234;tre humain face &#224; certaines situations de danger, et comportement recommandable voire n&#233;cessaire, comme la &#8216;crainte' de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui &#233;claire certaines probl&#233;matiques contemporaines, comme le r&#233;chauffement climatique ou la guerre en Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crainte-+.html" rel="tag"&gt;Crainte &lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Distinguer la peur et la crainte est une op&#233;ration bien utile, entre la prise en compte de dangers bien r&#233;els et une &#233;motion irrationnelle source de bien des erreurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;clairer cette probl&#233;matique, notamment en perspective chr&#233;tienne, je pars ici des occurrences des mots &#8216;peur' et &#8216;crainte' dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique (CEC), ainsi que dans le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise. L'emploi de ces mots (et du latin correspondant, metus et timor) n'y est pas parfaitement stabilis&#233;. Mais il s'y dessine une opposition entre un concept n&#233;gatif et purement &#233;motionnel, celui de &lt;i&gt;peur&lt;/i&gt;, irrationnel et &#233;ventuellement manipulable, pouvant aller jusqu'&#224; un &#233;loignement plus ou moins volontaire de Dieu ; et un concept de &lt;i&gt;crainte&lt;/i&gt;, qui comprend &#224; la fois l'id&#233;e d'une r&#233;action normale de l'&#234;tre humain face &#224; certaines situations de danger, et celle d'un comportement recommandable voire n&#233;cessaire, comme la crainte du Seigneur (timor Domini).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les occurrences de &#8216;peur' et &#8216;crainte'&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;taillerai pas ici toutes ces occurrences. Il y en a 6 du mot peur dans le CEC. Prenons en 3. Le n&#176;27, &#233;voquant &#171; le d&#233;sir de Dieu inscrit dans le c&#339;ur de l'homme, car l'homme est cr&#233;&#233; par Dieu et pour Dieu &#187;, souligne que ce &#8216;rapport intime et vital qui unit l'homme &#224; Dieu' &#171; peut &#234;tre oubli&#233;, m&#233;connu et m&#234;me rejet&#233; explicitement par l'homme &#187;, entre autres par &#171; cette attitude de l'homme p&#233;cheur qui, de peur, se cache devant Dieu et fuit devant son appel. &#187; Le n&#176; 398 rappelle qu'Adam et Eve &#171; ont peur de ce Dieu dont ils ont con&#231;u une fausse image, celle d'un Dieu jaloux de ses pr&#233;rogatives. &#187; Au sujet des vertus cardinales, au 1806 il est rappel&#233; que &#171; la prudence est la &#8216;droite r&#232;gle de l'action' &#187; mais qu'elle ne se confond ni avec la timidit&#233; ou la peur &#187;. Et au 1808, si &#171; la force est la vertu morale qui assure dans les difficult&#233;s la fermet&#233; et la constance dans la poursuite du bien &#187;, cette vertu &#171; rend capable de vaincre la peur, m&#234;me de la mort, d'affronter l'&#233;preuve et les pers&#233;cutions. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les citations de &#8216;crainte' sont sensiblement plus nombreuses : 33 occurrences. On peut noter en particulier les passages sur la crainte de la mort et plus encore ceux nombreux sur la crainte de la damnation ou du ch&#226;timent. La traduction latine est en g&#233;n&#233;ral timor, mais avec quelques exceptions (metus). Ces craintes sont en g&#233;n&#233;ral appr&#233;ci&#233;es positivement, en ce sens qu'un tel sentiment est attendu et naturel. C'est notamment vrai pour la crainte (timor) de Dieu, crainte particuli&#232;rement recommand&#233;e puisqu'elle est un des dons du Saint Esprit, cit&#233; comme tel &#224; la suite de la Bible (n&#176; 1831).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais on notera en sens inverse au 1828 que &#171; la pratique de la vie morale anim&#233;e par la charit&#233; donne au chr&#233;tien la libert&#233; spirituelle des enfants de Dieu. Il ne se tient plus devant Dieu comme un esclave, dans la crainte servile, ni comme le mercenaire en qu&#234;te de salaire, mais comme un fils qui r&#233;pond &#224; l'amour de &#8216;celui qui nous a aim&#233;s le premier' &#187;. Et plus encore, au 1972 &#171; la Loi nouvelle est appel&#233;e une loi d'amour parce qu'elle fait agir par l'amour qu'infuse l'Esprit Saint plut&#244;t que par la crainte &#187;. L'usage du terme &#171; crainte de Dieu &#187; doit &#234;tre mis dans cette perspective : ne voir que la crainte et non l'amour serait une erreur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on prend enfin le Compendium, qui traite de la Doctrine sociale, les occurrences de &#8216;peur' sont en revanche rares et peu significatives, comme si elle relevait plus de la morale (ou spiritualit&#233;) personnelle, que de la vie commune, sociale. Pourtant &#224; l'&#233;vidence les peurs collectives existent ; mais la question n'est pas abord&#233;e. Le Compendium utilise le mot crainte plus que le mot peur, visant notamment lui aussi la crainte du Seigneur (11 occurrences), en g&#233;n&#233;ral positivement, malgr&#233; certaines exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Analyse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, l'emploi des termes n'est pas parfaitement rigoureux, comme le confirme l'irr&#233;gularit&#233; de la correspondance avec les termes latins, m&#234;me si en g&#233;n&#233;ral metus correspond &#224; peur et timor &#224; crainte. Mais on l'a dit, on peut normaliser ces termes en distinguant la peur, qui inhibe, de la crainte, qui est au d&#233;part l&#233;gitime m&#234;me si elle est limit&#233;e (car l'amour va au-del&#224;). On verra alors dans &#8216;peur' un terme nettement n&#233;gatif, d&#233;signant un sentiment irrationnel et contre-productif, qui notamment tend &#224; d&#233;tourner de Dieu. Elle conduit &#224; un jugement ou une action mal orient&#233;s, soit parce que cela nous occulte la r&#233;alit&#233;, soit parce que cela pousse &#224; ne pas agir bien. On doit donc s'&#233;duquer pour lutter contre elle et la surmonter. On notera en particulier l'importance et la signification de la peur de Dieu, celle d'Adam qui se cache, et de tout p&#233;cheur &#224; sa suite &#8211; signe de sa rupture avec Dieu. Notons que cet usage de &#8216;peur' n'est pas exactement celui des dictionnaires, qui admettent, eux, l'id&#233;e de peurs justifi&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, &#8216;crainte' est un terme normalement plut&#244;t positif, en tout cas naturel. C'est &#233;videmment le cas pour la crainte de Dieu, fr&#233;quemment mentionn&#233;e comme un sentiment normal et n&#233;cessaire. Mais on rencontre aussi la crainte l&#233;gitime du ch&#226;timent et notamment de la damnation. Dans ces cas comme dans d'autres, c'est un sentiment en soi l&#233;gitime et naturel &#8211; m&#234;me s'il peut avoir &#224; &#234;tre relativis&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble donc n&#233;cessaire de distinguer deux attitudes : un sentiment en soi normal et nature, la crainte, qui devient m&#234;me vertueuse dans le cas de la crainte de Dieu, qu'il s'agirait alors de cultiver, et un sentiment trouble, la peur, qui conduit &#224; des attitudes injustifi&#233;es en obscurcissant notre raison et notre c&#339;ur et peut &#234;tre m&#234;me peccamineuse (cas d'Adam au paradis et du p&#233;cheur en g&#233;n&#233;ral). Un point essentiel du point de vue chr&#233;tien est de rappeler que l'opposition des termes est particuli&#232;rement significative dans le cas de la relation &#224; Dieu. La peur de Dieu, d'un c&#244;t&#233;, est clairement une attitude dangereuse, trahissant une rupture ; tandis que la crainte de Dieu est en soi positive (&#224; la suite de l'emploi de ce terme dans la Bible) m&#234;me si elle doit &#234;tre d&#233;pass&#233;e si elle se r&#233;duit &#224; elle-m&#234;me et occulte la relation plus fondamentale qu'est l'amour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous rappelle un point latent dans tout ce qui pr&#233;c&#232;de : le discernement entre peur et crainte, et le fait d'avoir &#224; surmonter des craintes, sont des actes de conscience essentiels, o&#249; notre responsabilit&#233; est engag&#233;e, sous le double &#233;clairage de la foi et de la raison. Cela ne saurait en aucun cas se r&#233;soudre &#224; une question d'intensit&#233;, ni &#224; l'&#233;motion pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le sentiment suscit&#233; par le danger est appel&#233; plut&#244;t crainte, et il peut &#234;tre alors tout &#224; fait l&#233;gitime. Mais il reste un sentiment, dont il para&#238;t essentiel qu'il ne glisse pas vers l'irrationalit&#233; de la peur, mauvaise conseill&#232;re. Quand donc on &#233;voque les dangers qui nous menacent dans le monde d'aujourd'hui (mis&#232;re, p&#233;nuries, changement climatique, &#233;pid&#233;mie, guerre, etc.) et qu'on &#233;voque un renforcement du sentiment de peur, l'examen pr&#233;c&#233;dent conduit &#224; introduire l'id&#233;e d'un discernement, appuy&#233; sur la raison et sur la foi en m&#234;me temps. Mis&#232;re, changement de climat, &#233;pid&#233;mie ou guerre suscitent une crainte l&#233;gitime. Mais elle est &#224; regarder en face, et donc &#224; jauger et &#224; ma&#238;triser. &lt;br class='autobr' /&gt;
Notons d'ailleurs que les grandes peurs de l'histoire (y compris celle connue sous ce nom en 1789 en France, juste avant la R&#233;volution) se caract&#233;risent par leur irrationalit&#233;. Cette Grande Peur de 1789 met aussi en &#233;vidence la possibilit&#233; de la manipulation. Le passage de la perception d'un danger &#224; la crainte et &#233;ventuellement &#224; la peur est donc tout sauf anodin (comme d'ailleurs l'occultation de certains dangers). Et si, entre le danger et la peur, la question du discernement appara&#238;t d&#233;cisive, il sera essentiel d'observer si de tels m&#233;canismes de discernement collectifs existent et s'ils sont pertinents. Il n'est pas &#233;vident qu'on ait progress&#233; sur ce point. &lt;br class='autobr' /&gt;
Encore faut-il noter aussi que le discernement qui s'impose s'exerce &#224; deux niveaux. D'un c&#244;t&#233;, celui de l'action concr&#232;te : reconnaissant les justes craintes, bannissant ou surmontant les peurs, on agira, tout en sachant que l'action en ce monde n'est pas n&#233;cessairement couronn&#233;e de succ&#232;s. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, dans la perspective de la foi, et notamment de la vie &#233;ternelle, on sera conduit &#224; prendre en compte la dimension d'amour (charit&#233;) qui va au-del&#224; de toute peur, et relativise m&#234;me la crainte. On pourra alors &#234;tre amen&#233; &#224; aller plus loin dans nos attitudes face &#224; la peur et &#224; la crainte. Pour prendre un exemple concret, le martyr va &#224; l'&#233;vidence au-del&#224; du sage dans sa relation &#224; la crainte de la mort : cette crainte est l&#233;gitime en soi, mais elle doit s'effacer en regard de l'acte de sacrifice de soi que le Seigneur lui demande. De m&#234;me celui, qui &#224; l'imitation du Christ, donne sa vie pour ceux qu'il aime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Essai d'applications concr&#232;tes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous &#233;voquerons rapidement en finale deux exemples concrets : l'&#233;cologie et la guerre. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est clair que la prise de conscience &#233;cologique a donn&#233; lieu &#224; des craintes profondes et l&#233;gitimes : pollution, disparition d'esp&#232;ces, dilapidation de ressources, r&#233;chauffement. Mais d'une part, on notera aussi la tentation de la peur, au sens retenu ici, qui prend dans certains milieux une dimension mill&#233;nariste, avec des campagnes visant &#224; peser sur l'opinion en suscitant une forme de terreur. On rel&#232;vera plus largement la pr&#233;sence dans le public de deux erreurs oppos&#233;es : chez les uns, un essai d'occultation de la question, qui aboutit &#224; nier une crainte pourtant n&#233;cessaire et vertueuse ; et chez d'autres, l'oubli du caract&#232;re relatif de bien des affirmations &#224; pr&#233;tention scientifique, et plus encore du fait humain essentiel que toute solution ou en tout cas progr&#232;s en la mati&#232;re suppose d'agir sur des millions de personnes, qui ont leur volont&#233; propres, leurs d&#233;sirs et leurs habitudes. Le risque est alors que, se convaincant que ces craintes sont fond&#233;es, on c&#232;de &#224; la peur ou suscite cette peur chez ceux qu'on juge trop ti&#232;des, et qu'on soit d&#232;s lors tent&#233; par des mesures radicales et h&#226;tives, contestables parfois et faisant fi de la charit&#233; sociale et du bien commun, et d'ailleurs par-l&#224; condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la guerre est elle aussi d'actualit&#233; avec l'invasion violente de l'Ukraine. La question de l'attitude &#224; tenir face &#224; la Russie offre un champ particuli&#232;rement d&#233;licat pour l'exercice du discernement entre peur et crainte. Car la Russie a l'arme nucl&#233;aire. La crainte d'un affrontement direct entre Otan et Russie a conduit au moins jusqu'ici &#224; ce que l'aide apport&#233;e au pays agress&#233; garde une relative mesure, m&#234;me si la tendance &#224; l'escalade dans les livraisons d'armements est manifeste c&#244;t&#233; am&#233;ricain. Crainte l&#233;gitime ou peur ? Craindre l'extension du conflit est fondamentalement justifi&#233;. Inversement, agiter des peurs irrationnelles et mauvaises conseill&#232;res, par exemple en exag&#233;rant le risque d'une attaque russe ult&#233;rieure sur le reste de l'Europe orientale peut conduire au contraire &#224; une radicalisation fondamentalement dangereuse. Il faut donc plus que jamais raison garder : juste crainte et non peur mauvaise conseill&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;dig&#233; sur la base d'une intervention au colloque annuel de l'AIESC, 2 septembre 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
