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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise de l'Eglise : restaurer la v&#233;ritable autorit&#233;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-restaurer-la-veritable-autorite.html</link>
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		<dc:date>2023-07-15T15:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme de l'Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme. Il impliquera une transformation en profondeur de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les d&#233;bats en cours sur le cl&#233;ricalisme et la voie synodale ne mettent pas en &#233;vidence le probl&#232;me le plus profond : la d&#233;ficience de l'autorit&#233;, particuli&#232;rement manifeste dans la crise p&#233;dophile mais qui va bien au-del&#224;. Et, corr&#233;lativement, la perte du sens de la vocation religieuse, sacerdotale ou monacale. En un mot, de sa sup&#233;riorit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233;, et des exigences que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme : &#171; La d&#233;mographie glaciale qui attend l'Eglise, et sa disparition de la sc&#232;ne publique &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit comme une &#233;vidence que dans le meilleur des cas on aura dans trente ans, dans nos pays, une petite Eglise, ramass&#233;e sur quelques points de rassemblement : les villes d'une certaine taille et quelques centres spirituellement actifs (monast&#232;res ou autres). Avec un petit nombre de pr&#234;tres, mais corr&#233;lativement un petit nombre de fid&#232;les. Le premier point a &#233;t&#233; soulign&#233; r&#233;cemment par la baisse des ordination, qui ne cesse pas mais le second est tout aussi r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartons ici une illusion progressiste r&#233;pandue, qui est de croire qu'on peut avoir des communaut&#233;s catholiques vivantes et ferventes sans pr&#234;tres. Outre qu'on les cherche, toutes les donn&#233;es montrent au contraire la baisse corr&#233;lative des deux. Pour une raison simple : en milieu catholique le pr&#234;tre est vital. Sacramentellement et hi&#233;rarchiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme traditionnel ne fait d'ailleurs pas mieux. Restent certes les &#233;vang&#233;liques, mais leur logique est profond&#233;ment diff&#233;rente. Cela dit, l&#224; aussi, le r&#244;le du pasteur est essentiel : la communaut&#233; n'existe pas sans eux, parfois m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le d&#233;bat qui est propos&#233; aujourd'hui en contexte catholique est notablement diff&#233;rent : c'est la th&#233;matique de ce qu'on appelle d&#233;sormais le cl&#233;ricalisme. Le mot a d'ailleurs pris un sens compl&#233;tement nouveau &#224; cette occasion : c'&#233;tait un r&#244;le excessif du clerg&#233; dans la soci&#233;t&#233; politique, c'est maintenant un exc&#232;s de pouvoir dudit clerg&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu sans le moindre doute de graves d&#233;faillances dans le r&#244;le de la hi&#233;rarchie, notamment &#233;piscopale, en particulier dans la crise de la p&#233;dophilie ; mais aussi dans d'autres domaines, et notamment dans le d&#233;sint&#233;r&#234;t de trop d'&#233;v&#234;ques pour les vocations. Cela dit, ce terme de cl&#233;ricalisme avec son nouveau sens tend &#224; ne pas bien faire cerner la r&#233;alit&#233; du probl&#232;me, et notamment sur trois points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que dans la crise p&#233;dophile, il n'y a pas eu &lt;i&gt;exc&#232;s&lt;/i&gt; d'autorit&#233;, mais &lt;i&gt;insuffisance&lt;/i&gt; de l'autorit&#233; (notamment &#233;piscopale), par absence de prise en main des probl&#232;mes et absence de punition. Trop d'&#233;v&#234;ques (la majorit&#233; ?) n'ont pas fait leur travail de patrons. Se soucier avant tout d'&#233;touffer des affaires ou de manifester une compassion pour les seuls coupables (plus que pour les victimes) n'est pas un exercice de l'autorit&#233; ; c'est un acte irresponsable, que l'on paye maintenant. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pedop...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on ne souffre pas dans l'Eglise actuelle, au niveau dioc&#233;sain, d'un exc&#232;s de pouvoir, mais d'une &lt;i&gt;paralysie&lt;/i&gt; du pouvoir. Chacun sait qu'un presbyterium a un pouvoir immense pour bloquer un &#233;v&#234;que qui a envie de bouger. Et que, plus qu'ailleurs dans la soci&#233;t&#233;, il y a une prime &#224; celui qui ne fait rien et qui &#233;vite les probl&#232;mes, tandis que celui qui bouge et fait des erreurs &#224; c&#244;t&#233; de belles r&#233;alisations en prend pour son grade (ainsi Mgr Rey). On le voit aussi dans les questions de m&#339;urs : &#224; l'erreur ant&#233;rieure (r&#233;agir aux signalements d'abus en &#233;touffant le probl&#232;me et d&#233;pla&#231;ant le coupable) a succ&#233;d&#233; l'erreur sym&#233;trique : d&#233;noncer imm&#233;diatement au procureur et, de fait, tuer civilement le pr&#234;tre en question, coupable ou non &#8211; avec suicides &#224; l'appui. Dans les deux cas, on n'a pas de vraie autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est que si, par le pass&#233;, le respect du pr&#234;tre a pu conduire bien des victimes &#224; ne pas les d&#233;noncer, prenant sur elles seules la souffrance et l'injustice, on n'a pas diagnostiqu&#233; l'erreur sous-jacente. Elle ne r&#233;side pas dans le fait de tenir le pr&#234;tre comme un homme mis &#224; part, ayant une vocation sp&#233;cifique et par l&#224; une autorit&#233; l&#233;gitime, justifiant un respect particulier ; car ceci est juste. Elle r&#233;side dans le fait de ne pas r&#233;agir &#224; la faute grave d'un pr&#234;tre, alors que la bonne r&#233;action devrait au contraire se fonder sur le d&#233;calage entre ce qui est attendu de ce pr&#234;tre et ce qu'il fait r&#233;ellement. Ce n'est que par une conception fauss&#233;e de la vocation sacerdotale qu'on ne d&#233;nonce pas aux services ou personnes comp&#233;tents un pr&#234;tre p&#233;dophile, ou utilisant son autorit&#233; (par exemple, dans les sacrements) pour scandaliser des fid&#232;les. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le pr&#234;tre est &#224; part que s'il d&#233;vie gravement, il faut intervenir r&#233;solument, m&#234;me si naturellement il faut le faire avec soin (car personne n'a la science infuse) et sans d&#233;truire la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, il y a une tendance croissante &#224; affirmer l'&#233;galit&#233; de toutes les voies et vocations, du la&#239;que moyen, au moine et &#224; la moniale, au pr&#234;tre et &#224; l'&#233;v&#234;que. Ce qui est une absurdit&#233; en contexte catholique, et ce n'est pas pour rien dans l'effondrement des vocations. Quelqu'un qui en r&#233;ponse &#224; un appel voue sa vie au service du Christ, qui sera en outre (dans nos soci&#233;t&#233;s) c&#233;libataire, d&#233;sargent&#233; et sans le statut social d'autrefois, est quelqu'un qui emprunte une voie dure et exigeante, au service de tous. Ce n'est donc en rien une vocation comme une autre ; redisons-le : c'est une voie sup&#233;rieure &#8211; ce qui &#224; nouveau ne veut pas dire que tous ceux qui la suivent sont &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le processus synodal en cours, essentiellement capt&#233; par les revendications progressistes rab&#226;ch&#233;es depuis 50 ans, ne r&#233;pond pas &#224; la question, et risque d'aggraver le probl&#232;me. Ecouter et associer les la&#239;cs, oui bien s&#251;r, mais sans faire planer en permanence un proc&#232;s en suspicion sur les &#233;v&#234;ques et les pr&#234;tres, et surtout sans parall&#232;lement rappeler leur r&#244;le essentiel et &#233;minent, ainsi que le besoin non pas de moins d'autorit&#233;, mais de plus d'autorit&#233;, et surtout mieux exerc&#233;e. Dans un tel contexte, le faible niveau des vocations a toutes chances de se tarir plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire aussi &#233;chapper &#224; la d&#233;rive inverse : l'exc&#232;s d'autorit&#233; de la t&#234;te, cette personnalisation aberrante du niveau pontifical transformant le pape en une esp&#232;ce de gourou ou de d&#233;cideur universel, selon une d&#233;rive qui date d'ailleurs de loin (sans doute de la fin du XIXe si&#232;cle). Certes, &#224; l'&#233;poque, l'ultramontanisme avait pour soi de r&#233;els motifs. Mais, en partie d'ailleurs du fait des moyens de communication actuels, on en arrive &#224; ce qu'on a attende du pape de devenir le cur&#233; de la plan&#232;te. L&#224; aussi le processus synodal, nivelant les autres &#233;chelons, magnifie par contraste et &#224; l'exc&#232;s le r&#244;le du d&#233;cideur ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas non plus l'appel permanent &#224; l'autorit&#233; de l'Esprit Saint qui am&#233;liore les choses. L'Esprit Saint a &#233;videmment le r&#244;le central, et il faut se mettre sous son &#233;gide et tenter de discemer ce qu'Il peut nous dire. Mais Il souffle o&#249; il veut, comme le rappelle l'Evangile. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre se r&#233;unir sous son nom pour que le produit de ces d&#233;lib&#233;rations, humaines, trop humaines, puisse automatiquement s'en r&#233;clamer. Prenons nos responsabilit&#233;s et acceptons nos limites. Et reconnaissons que la crise de la foi est d'abord de notre responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc certainement besoin d'une r&#233;vision en profondeur et d'une reconstruction. Mais pour cela il faut donner &#224; chacun sa place, sa juste place. Les la&#239;cs ont la leur, mais ce n'est pas celle des pasteurs. Les pasteurs ont la leur, respect&#233;e &#224; juste titre, mais d&#232;s lors soumise &#224; l'exigence correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous gardant en t&#234;te la v&#233;ritable priorit&#233; : la conversion personnelle et la charit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Une Eglise embourgeois&#233;e, ou un manque de foi ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-Eglise-embourgeoisee-ou-un-manque-de-foi.html</link>
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		<dc:date>2020-03-01T15:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pratique religieuse</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme se le demandait un dossier de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt;, l'Eglise catholique en France est-elle devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les milieux &#8216;bourgeois' ont plut&#244;t plus transmis la foi que les autres, notamment les conservateurs ; que les milieux populaires ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement ; et enfin que cette Eglise &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire. Faut-il s'arr&#234;ter &#224; ce constat sociologique, vrai, mais incomplet ? N'y a-t-il pas un probl&#232;me plus profond, un probl&#232;me de foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pratique-religieuse-+.html" rel="tag"&gt;Pratique religieuse&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dechristianisation-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;christianisation&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-381-+.html" rel="tag"&gt;Eglise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un dossier r&#233;cent de La Nef a judicieusement pos&#233; la question : l'Eglise catholique, au moins en France, n'est-elle pas devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ? La r&#233;ponse unanime est : oui, sachant qu'une alternative se d&#233;veloppe, du fait de l'immigration chr&#233;tienne, et des Antillais. On souligne alors trois faits : 1. Les milieux dits &#8216;bourgeois' ont sensiblement mieux transmis la foi que les autres, notamment dans le milieu dit &#8216;observant', c'est-&#224;-dire conservateur. 2. Les milieux populaires de souche ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement. 3. L'Eglise qui reste, donc &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire, et para&#238;t sociologiquement peu propre &#224; accueillir les personnes issues de milieux populaires. Ce constat est vrai, mais incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan sociologique, je ferai d&#233;j&#224; trois remarques. 1. Le fait que les &#8216;bourgeois' transmettent mieux est plut&#244;t &#224; leur honneur ; c'est un indice synth&#233;tique d'une capacit&#233; &#224; ne pas &#234;tre domin&#233; par les courants ambiants et &#224; chercher &#224; transmettre ce que l'on juge &#234;tre vrai et bon. 2. L'effondrement relatif de la pratique et de la foi dans les milieux populaires ne r&#233;sulte pas de sa permanence dans les milieux bourgeois, et doit &#234;tre expliqu&#233; par lui-m&#234;me. Dans mon dioc&#232;se de d&#233;part, celui de Viviers ou Ard&#232;che, la pratique &#233;tait massive jusqu'aux ann&#233;es 50 et s'est effondr&#233;e depuis : d&#233;sormais pratiquement personne de moins de 60 ans ne va &#224; la messe. Or la pr&#233;sence &#8216;bourgeoise' est n&#233;gligeable ; en outre, ces gens qui ont 60 &#224; 80 ans aujourd'hui en avaient 30 &#224; 50 il y a trente ans : qu'ont-ils transmis ? 3. L'explication par la seule disparition de la paysannerie avec les ann&#233;es 60 ne suffit pas. C'est &#233;videmment un point majeur. Mais d'un c&#244;t&#233;, il reste une certaine paysannerie ; or elle est d&#233;christianis&#233;e (m&#234;me observation ard&#233;choise). D'un autre c&#244;t&#233;, les milieux urbains ant&#233;rieurement chr&#233;tiens, hors minorit&#233; d'observants, ont eux aussi d&#233;croch&#233;. Il faut donc chercher ailleurs que dans une forme de sociologie m&#233;caniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose une piste d'&#233;clairage. Elle se fonde sur les remarquables travaux de Guillaume Cuchet (Comment notre monde a cess&#233; d'&#234;tre chr&#233;tien Seuil 2018), dont l'enqu&#234;te rigoureuse et impartiale montre l'effet d&#233;cisif qu'a eu la r&#233;volution des ann&#233;es 60 au sein du catholicisme, suite &#224; Vatican II plus ou moins bien assimil&#233;. La rupture brutale de tout un ensemble d'usages et d'exigences (pr&#233;sence &#224; la messe, confession etc.) a eu un effet direct, mais surtout s'est combin&#233;e avec la modification radicale de la conception m&#234;me de la religion et de ses exigences. A un monde tourn&#233; vers les fins derni&#232;res, et donc &#224; l'incertitude sur le salut, qui impliquait un effort constant sur soi-m&#234;me et une pratique suivie, a succ&#233;d&#233; une monde ir&#233;nique o&#249;, pour caricaturer, tout le monde est sauv&#233;, et o&#249; toutes les religions et tous les comportements bien intentionn&#233;s se valent. Dans ce nouveau contexte, le besoin de pratiquer dispara&#238;t, sauf go&#251;t personnel ou id&#233;al. Le tout &#233;videmment puissamment acc&#233;l&#233;r&#233; par la r&#233;volution des m&#339;urs symbolis&#233;e par mai 68, ainsi que par les initiatives intellectualistes et mal con&#231;ues du clerg&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux ph&#233;nom&#232;nes. Le premier est l'implosion des vocations et plus encore de la mission. Des esprits superficiels veulent expliquer le catholicisme ant&#233;rieur par la sociologie et notamment la pression du milieu rural pratiquant, ainsi que la perspective de promotion sociale que le clerg&#233; offrait avant 1905. Cela a exist&#233; ; mais cela ne rend compte ni du syst&#232;me de valeur qui animait ces milieux, et pour qui le salut &#233;tait une vrai question ; ni de l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne de foi. Quand les 2/3 des missionnaires catholiques vers 1870 &#233;taient fran&#231;ais, ce n'est pas par pression sociale car ils pouvaient rester dans leur dioc&#232;se, mais la foi y &#233;tait d'&#233;vidence un facteur majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne est la bien meilleure r&#233;sistance de ces milieux dit &#8216;bourgeois', qui, plus que &#8216;bourgeois', sont en fait &#224; la fois plus &#233;duqu&#233;s et surtout ont une tradition de transmission culturelle et &#233;ducative forte. Comme l'a not&#233; un autre sociologue, Y. Raison du Cleuziou, ce fut un choix de ces milieux, du moins des plus conservateurs, de r&#233;sister aux tendances ambiantes y compris dans l'Eglise, et de maintenir tout ou partie des r&#233;f&#233;rences ant&#233;rieures. En revanche, dans les milieux populaires ou les classes moyennes, la pression sociologique ambiante a &#233;t&#233; dans l'ensemble pr&#233;pond&#233;rante. Mais naturellement, cela ne qualifie pas ces milieux &#233;duqu&#233;s pour un r&#244;le missionnaire aupr&#232;s de leurs compatriotes ; non seulement parce qu'ils n'ont pas particuli&#232;rement ce talent et n'en avaient pas la tradition (hors missions lointaines), mais aussi parce qu'ils ne pouvaient s'abstraire de la nouvelle donne religieuse. Prenons l'exemple des musulmans : le message actuel de fait de l'Eglise de France, sauf exceptions, dans tous les milieux, est qu'on ne doit pas chercher &#224; les convertir, sauf demande expresse de leur part. Mais dans ce cas, on ne voit pas de raison &#224; convertir qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'analyse sociologue, passionnante et indispensable, ne nous donne pas la r&#233;ponse finale. Incriminer l'entre-soi des chr&#233;tiens r&#233;siduels dans les beaux quartiers repose sur une r&#233;alit&#233;, mais si on en reste l&#224;, on n'ira pas loin. Le besoin primordial est de reconna&#238;tre l'implosion spirituelle, la perte des rep&#232;res essentiels. Bien s&#251;r, la foi reste ardente chez bien des gens, y compris de milieu populaire, notamment les Antillais et Africains ; mais bien trop peu. En outre et surtout, c'est sans que le but ultime soit suffisamment mis &#224; l'honneur. &#171; A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie &#233;ternelle ? &#187; (Jn 6-68). Ce qui fait le christianisme c'est la R&#233;surrection, que le Christ nous offre, la vie &#233;ternelle, si nous savons nous convertir. Convertir : voil&#224; le ma&#238;tre mot. Sans notre conversion, personne ne se convertira. Pourquoi les &#233;vang&#233;liques marchent mieux, avec un patrimoine intellectuel et spirituel bien plus pauvre ? Parce qu'ils y croient, intens&#233;ment, et que d&#232;s lors ils accueillent les autres pour partager cette foi. Emprunter leurs m&#233;thodes ne m&#232;nera &#224; rien sans cette transformation int&#233;rieure et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique F&#233;vrier 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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