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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise de l'Eglise : restaurer la v&#233;ritable autorit&#233;</title>
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		<dc:date>2023-07-15T15:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme de l'Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme. Il impliquera une transformation en profondeur de son organisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que les d&#233;bats en cours sur le cl&#233;ricalisme et la voie synodale ne mettent pas en &#233;vidence le probl&#232;me le plus profond : la d&#233;ficience de l'autorit&#233;, particuli&#232;rement manifeste dans la crise p&#233;dophile mais qui va bien au-del&#224;. Et, corr&#233;lativement, la perte du sens de la vocation religieuse, sacerdotale ou monacale. En un mot, de sa sup&#233;riorit&#233; et de sa n&#233;cessit&#233;, et des exigences que cela implique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'avais soulign&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent document l'ampleur des cons&#233;quences de l'effondrement quantitatif du catholicisme : &#171; La d&#233;mographie glaciale qui attend l'Eglise, et sa disparition de la sc&#232;ne publique &#187; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit comme une &#233;vidence que dans le meilleur des cas on aura dans trente ans, dans nos pays, une petite Eglise, ramass&#233;e sur quelques points de rassemblement : les villes d'une certaine taille et quelques centres spirituellement actifs (monast&#232;res ou autres). Avec un petit nombre de pr&#234;tres, mais corr&#233;lativement un petit nombre de fid&#232;les. Le premier point a &#233;t&#233; soulign&#233; r&#233;cemment par la baisse des ordination, qui ne cesse pas mais le second est tout aussi r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecartons ici une illusion progressiste r&#233;pandue, qui est de croire qu'on peut avoir des communaut&#233;s catholiques vivantes et ferventes sans pr&#234;tres. Outre qu'on les cherche, toutes les donn&#233;es montrent au contraire la baisse corr&#233;lative des deux. Pour une raison simple : en milieu catholique le pr&#234;tre est vital. Sacramentellement et hi&#233;rarchiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le protestantisme traditionnel ne fait d'ailleurs pas mieux. Restent certes les &#233;vang&#233;liques, mais leur logique est profond&#233;ment diff&#233;rente. Cela dit, l&#224; aussi, le r&#244;le du pasteur est essentiel : la communaut&#233; n'existe pas sans eux, parfois m&#234;me trop.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or le d&#233;bat qui est propos&#233; aujourd'hui en contexte catholique est notablement diff&#233;rent : c'est la th&#233;matique de ce qu'on appelle d&#233;sormais le cl&#233;ricalisme. Le mot a d'ailleurs pris un sens compl&#233;tement nouveau &#224; cette occasion : c'&#233;tait un r&#244;le excessif du clerg&#233; dans la soci&#233;t&#233; politique, c'est maintenant un exc&#232;s de pouvoir dudit clerg&#233; &#224; l'int&#233;rieur de l'Eglise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu sans le moindre doute de graves d&#233;faillances dans le r&#244;le de la hi&#233;rarchie, notamment &#233;piscopale, en particulier dans la crise de la p&#233;dophilie ; mais aussi dans d'autres domaines, et notamment dans le d&#233;sint&#233;r&#234;t de trop d'&#233;v&#234;ques pour les vocations. Cela dit, ce terme de cl&#233;ricalisme avec son nouveau sens tend &#224; ne pas bien faire cerner la r&#233;alit&#233; du probl&#232;me, et notamment sur trois points.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est que dans la crise p&#233;dophile, il n'y a pas eu &lt;i&gt;exc&#232;s&lt;/i&gt; d'autorit&#233;, mais &lt;i&gt;insuffisance&lt;/i&gt; de l'autorit&#233; (notamment &#233;piscopale), par absence de prise en main des probl&#232;mes et absence de punition. Trop d'&#233;v&#234;ques (la majorit&#233; ?) n'ont pas fait leur travail de patrons. Se soucier avant tout d'&#233;touffer des affaires ou de manifester une compassion pour les seuls coupables (plus que pour les victimes) n'est pas un exercice de l'autorit&#233; ; c'est un acte irresponsable, que l'on paye maintenant. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Pedophilie-dans-l-Eglise-la-vraie-reforme.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Pedop...&lt;/a&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est que, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, on ne souffre pas dans l'Eglise actuelle, au niveau dioc&#233;sain, d'un exc&#232;s de pouvoir, mais d'une &lt;i&gt;paralysie&lt;/i&gt; du pouvoir. Chacun sait qu'un presbyterium a un pouvoir immense pour bloquer un &#233;v&#234;que qui a envie de bouger. Et que, plus qu'ailleurs dans la soci&#233;t&#233;, il y a une prime &#224; celui qui ne fait rien et qui &#233;vite les probl&#232;mes, tandis que celui qui bouge et fait des erreurs &#224; c&#244;t&#233; de belles r&#233;alisations en prend pour son grade (ainsi Mgr Rey). On le voit aussi dans les questions de m&#339;urs : &#224; l'erreur ant&#233;rieure (r&#233;agir aux signalements d'abus en &#233;touffant le probl&#232;me et d&#233;pla&#231;ant le coupable) a succ&#233;d&#233; l'erreur sym&#233;trique : d&#233;noncer imm&#233;diatement au procureur et, de fait, tuer civilement le pr&#234;tre en question, coupable ou non &#8211; avec suicides &#224; l'appui. Dans les deux cas, on n'a pas de vraie autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est que si, par le pass&#233;, le respect du pr&#234;tre a pu conduire bien des victimes &#224; ne pas les d&#233;noncer, prenant sur elles seules la souffrance et l'injustice, on n'a pas diagnostiqu&#233; l'erreur sous-jacente. Elle ne r&#233;side pas dans le fait de tenir le pr&#234;tre comme un homme mis &#224; part, ayant une vocation sp&#233;cifique et par l&#224; une autorit&#233; l&#233;gitime, justifiant un respect particulier ; car ceci est juste. Elle r&#233;side dans le fait de ne pas r&#233;agir &#224; la faute grave d'un pr&#234;tre, alors que la bonne r&#233;action devrait au contraire se fonder sur le d&#233;calage entre ce qui est attendu de ce pr&#234;tre et ce qu'il fait r&#233;ellement. Ce n'est que par une conception fauss&#233;e de la vocation sacerdotale qu'on ne d&#233;nonce pas aux services ou personnes comp&#233;tents un pr&#234;tre p&#233;dophile, ou utilisant son autorit&#233; (par exemple, dans les sacrements) pour scandaliser des fid&#232;les. Car c'est pr&#233;cis&#233;ment parce que le pr&#234;tre est &#224; part que s'il d&#233;vie gravement, il faut intervenir r&#233;solument, m&#234;me si naturellement il faut le faire avec soin (car personne n'a la science infuse) et sans d&#233;truire la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, il y a une tendance croissante &#224; affirmer l'&#233;galit&#233; de toutes les voies et vocations, du la&#239;que moyen, au moine et &#224; la moniale, au pr&#234;tre et &#224; l'&#233;v&#234;que. Ce qui est une absurdit&#233; en contexte catholique, et ce n'est pas pour rien dans l'effondrement des vocations. Quelqu'un qui en r&#233;ponse &#224; un appel voue sa vie au service du Christ, qui sera en outre (dans nos soci&#233;t&#233;s) c&#233;libataire, d&#233;sargent&#233; et sans le statut social d'autrefois, est quelqu'un qui emprunte une voie dure et exigeante, au service de tous. Ce n'est donc en rien une vocation comme une autre ; redisons-le : c'est une voie sup&#233;rieure &#8211; ce qui &#224; nouveau ne veut pas dire que tous ceux qui la suivent sont &#224; la hauteur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue, le processus synodal en cours, essentiellement capt&#233; par les revendications progressistes rab&#226;ch&#233;es depuis 50 ans, ne r&#233;pond pas &#224; la question, et risque d'aggraver le probl&#232;me. Ecouter et associer les la&#239;cs, oui bien s&#251;r, mais sans faire planer en permanence un proc&#232;s en suspicion sur les &#233;v&#234;ques et les pr&#234;tres, et surtout sans parall&#232;lement rappeler leur r&#244;le essentiel et &#233;minent, ainsi que le besoin non pas de moins d'autorit&#233;, mais de plus d'autorit&#233;, et surtout mieux exerc&#233;e. Dans un tel contexte, le faible niveau des vocations a toutes chances de se tarir plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire aussi &#233;chapper &#224; la d&#233;rive inverse : l'exc&#232;s d'autorit&#233; de la t&#234;te, cette personnalisation aberrante du niveau pontifical transformant le pape en une esp&#232;ce de gourou ou de d&#233;cideur universel, selon une d&#233;rive qui date d'ailleurs de loin (sans doute de la fin du XIXe si&#232;cle). Certes, &#224; l'&#233;poque, l'ultramontanisme avait pour soi de r&#233;els motifs. Mais, en partie d'ailleurs du fait des moyens de communication actuels, on en arrive &#224; ce qu'on a attende du pape de devenir le cur&#233; de la plan&#232;te. L&#224; aussi le processus synodal, nivelant les autres &#233;chelons, magnifie par contraste et &#224; l'exc&#232;s le r&#244;le du d&#233;cideur ultime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et ce n'est pas non plus l'appel permanent &#224; l'autorit&#233; de l'Esprit Saint qui am&#233;liore les choses. L'Esprit Saint a &#233;videmment le r&#244;le central, et il faut se mettre sous son &#233;gide et tenter de discemer ce qu'Il peut nous dire. Mais Il souffle o&#249; il veut, comme le rappelle l'Evangile. Il ne suffit pas de pr&#233;tendre se r&#233;unir sous son nom pour que le produit de ces d&#233;lib&#233;rations, humaines, trop humaines, puisse automatiquement s'en r&#233;clamer. Prenons nos responsabilit&#233;s et acceptons nos limites. Et reconnaissons que la crise de la foi est d'abord de notre responsabilit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc certainement besoin d'une r&#233;vision en profondeur et d'une reconstruction. Mais pour cela il faut donner &#224; chacun sa place, sa juste place. Les la&#239;cs ont la leur, mais ce n'est pas celle des pasteurs. Les pasteurs ont la leur, respect&#233;e &#224; juste titre, mais d&#232;s lors soumise &#224; l'exigence correspondante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous gardant en t&#234;te la v&#233;ritable priorit&#233; : la conversion personnelle et la charit&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Vatican II et les tradis : r&#233;ponse &#224; certaines id&#233;es fausses</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Vatican-II-et-les-tradis-reponse-a-certaines-idees-fausses.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Rite extraordinaire</dc:subject>
		<dc:subject>Vatican II</dc:subject>
		<dc:subject>Traditionnaliste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'anniversaire du motu proprio &lt;i&gt;Traditionis custodes&lt;/i&gt; remet la question sur le tapis : &#234;tre attach&#233; au rite tridentin, ou extraordinaire, signifie-t-il qu'on refuse Vatican II et qu'on se met par l&#224; en dehors de la communion de l'Eglise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains le pensent, notamment &#224; la suite de d&#233;clarations du pape Fran&#231;ois. Et donc ils approuvent la tentative en cours d'&#233;limination de ce rite, au double nom de l'unit&#233; et du Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une telle analyse, sans base dans l'histoire ou dans la foi, serait en fait ruineuse pour le catholicisme - religion de la permanence de la foi &#224; travers son d&#233;veloppement, et non d'un flux de type l&#233;gislatif o&#249; chaque &#233;tape remplace et annule la pr&#233;c&#233;dente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Question : &#234;tre attach&#233; au rite tridentin, ou extraordinaire, signifie-t-il qu'on refuse Vatican II et qu'on se met par l&#224; en dehors de la communion de l'Eglise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains le pensent, notamment &#224; la suite de d&#233;clarations du pape Fran&#231;ois. Le raisonnement est simple : Vatican II a d&#233;bouch&#233; sur le rite actuel dit ordinaire ; qui ne l'accepte pas n'accepte pas le Concile, et se met en dehors. Point &#224; la ligne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rite dit tridentin a &#233;t&#233; le rite ordinaire de l'Eglise romaine (plus exactement de la curie et de la papaut&#233;) sans grand changement depuis environ 15 si&#232;cles. Avant Pie V il coexistait dans la chr&#233;tient&#233; latine avec de multiples rites apparent&#233;s ; la d&#233;cision de ce pape a &#233;t&#233; de le codifier (sans cr&#233;er un rite nouveau comme certains l'expliquent sans la moindre base), et d'&#233;liminer tous les rites qui &#233;taient alors anciens de moins de 200 ans. Par la suite, la Contrer&#233;forme a tendu &#224; g&#233;n&#233;raliser ce rite plus largement &#8211; m&#234;me si les usages locaux ont subsist&#233; dans bien des endroits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel rite pratiqu&#233; pendant une si longue p&#233;riode par l'Eglise, et au plus haut niveau, est par d&#233;finition parfaitement conforme &#224; la foi et apte &#224; exprimer l'objet du rituel concern&#233;, et notamment &#224; offrir le saint sacrifice de la messe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233;, le Concile Vatican II ne s'est nulle part donn&#233; pour but de transformer l'Eglise catholique, ni de lui faire franchir une &#233;tape radicalement nouvelle, ni de faire dispara&#238;tre des maux graves qui l'auraient affect&#233;e. On peut toujours pr&#233;tendre que c'e&#251;t &#233;t&#233; n&#233;cessaire ; mais on ne peut pas dire que c'est ce qu'a voulu faire le Concile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la liturgie, la Constitution conciliaire, &lt;i&gt;Sacrosanctum Concilium&lt;/i&gt;, demandait une r&#233;vision des livres alors en vigueur, ceux de saint Pie V, rite qui a d'ailleurs &#233;t&#233; celui de tout le Concile jusqu'&#224; la fin et sans objection. Il s'agissait de faciliter la participation des fid&#232;les, de simplifier certains points, d'utiliser ici ou l&#224; la langue locale et d'enrichir les lectures propos&#233;es. Elle a &#233;t&#233; approuv&#233;e par une tr&#232;s forte majorit&#233;, y compris de nombreux &#233;v&#234;ques conservateurs dont Mgr Lefebvre. Il s'agissait donc bien d'une r&#233;vision de la liturgie et non d'une r&#233;&#233;criture. Et si on en &#233;tait rest&#233; l&#224;, il n'y aurait pas eu de d&#233;bat sur le sujet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lieu de cela, et dans le cadre du gigantesque happening qui s'est empar&#233; alors d'une partie de l'Eglise, invoquant un esprit du Concile qui n'a pas de base dans les textes de ce dernier, il a &#233;t&#233; proc&#233;d&#233; &#224; une refondation radicale de la liturgie latine. Bouleversement du calendrier, &#233;limination de fait du latin et du gr&#233;gorien, retournement des autels et de l'orientation, r&#233;&#233;criture de la majorit&#233; des oraisons, communion dans la main, flot massif de lectures nouvelles etc., les changements sont radicaux. Mais ils ne peuvent s'autoriser d'une demande expresse en ce sens du Concile. Ils sont l&#233;gitimes, puisque le pape Paul VI les a promulgu&#233;s, mais on ne peut pr&#233;tendre que tels qu'ils sont, ils sont ce qu'a demand&#233; le Concile. Ils en sont tout au plus une interpr&#233;tation particuli&#232;re, selon un processus de bouleversement sans pr&#233;c&#233;dent dans l'histoire liturgique de l'Eglise - comme Beno&#238;t XVI l'a rappel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire alors de celui qui reste attach&#233; &#224; la liturgie ant&#233;rieure ? Compte tenu de l'ampleur du bouleversement liturgique, l'esprit des deux rites est tr&#232;s diff&#233;rent. Et donc on peut parfaitement se reconnaitre dans ce rite ant&#233;rieur et avoir des difficult&#233;s &#224; trouver sa joie dans le nouveau, sans que cela implique un &#233;tat d'esprit rebelle. Cela traduit chez la plupart une diff&#233;rence de sensibilit&#233;. Chez certains cela peut impliquer en outre une nette pr&#233;f&#233;rence pour le pr&#233;c&#233;dent rite, parce qu'il exprimerait mieux la conception catholique traditionnelle, toujours valable, sur le sens de la messe. Mais en quoi cela serait-il r&#233;pr&#233;hensible ? En quoi cela s'opposerait-il aux textes conciliaires ? Bien s&#251;r il y a aussi des gens qui refusent le concile ; mais parmi les adeptes du rite ant&#233;rieur rest&#233;s dans la communion de l'Eglise ils sont une tr&#232;s faible minorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on ajoute qu'il y a toujours eu multiplicit&#233; des rites dans l'Eglise, et m&#234;me dans l'Eglise latine, tout cela conduit comme une &#233;vidence &#224; admettre qu'&#224; c&#244;t&#233; de ce pari qu'a &#233;t&#233; la r&#233;daction d'une nouvelle liturgie, il y ait place pour ceux qui ressentent une nette pr&#233;f&#233;rence pour l'autre (ou sont porteurs d'une conviction en sa faveur). Les arguments visant &#224; justifier une &#233;limination de la liturgie ant&#233;rieure et consistant &#224; invoquer soit une r&#232;gle liturgique pos&#233;e par le Concile, soit un bouleversement de l'Eglise qui serait exig&#233; par ce dernier, soit encore le besoin de l'unit&#233;, sont donc sans fondement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; toutefois, on sent pointer derri&#232;re de telles affirmations une autre id&#233;e : que le Concile est &#224; voir non comme une &#233;tape dans la vie de l'Eglise, visant comme on l'a explicit&#233; &#224; l'&#233;poque &#224; parler au monde d'aujourd'hui et &#224; dialoguer avec lui dans une langage plus adapt&#233; ; mais comme une rupture profonde, une r&#233;forme radicale d'usages et de conceptions non pas seulement d&#233;su&#232;tes, mais fausses, balay&#233;es par les progr&#232;s de la pens&#233;e ou de la foi et l'&#233;volution du monde. C'est ce que Beno&#238;t XVI appelait, pour la rejeter, une herm&#233;neutique de la rupture. Rarement explicit&#233;e comme telle, du moins &#224; un certain niveau, cette conception est sous-jacente au raisonnement de beaucoup de gens &#8211; et de th&#233;ologiens ou de pr&#233;lats. Dans cette optique &#233;videmment, ce qui est nouveau remplace et annule ce qu'il y avait avant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais les tenants de cette position ne comprennent pas que ce faisant ils ruinent toute la logique de l'Eglise catholique, dont ils se r&#233;clament pourtant. Car l'autorit&#233; que celle-ci reconna&#238;t au magist&#232;re suppose &#224; la fois la coh&#233;rence de ce magist&#232;re dans le temps, bas&#233;e sur la permanence de la foi, et donc l'absence de rejet de ce qui a &#233;t&#233; valid&#233; &#224; une &#233;poque, et l'acceptation d'une pluralit&#233; de charismes. Sinon on bascule dans la secte, o&#249; le poids de l'autorit&#233; est suppos&#233; absolu.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une Eglise embourgeois&#233;e, ou un manque de foi ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-Eglise-embourgeoisee-ou-un-manque-de-foi.html</link>
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		<dc:date>2020-03-01T15:50:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pratique religieuse</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme se le demandait un dossier de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt;, l'Eglise catholique en France est-elle devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les milieux &#8216;bourgeois' ont plut&#244;t plus transmis la foi que les autres, notamment les conservateurs ; que les milieux populaires ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement ; et enfin que cette Eglise &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire. Faut-il s'arr&#234;ter &#224; ce constat sociologique, vrai, mais incomplet ? N'y a-t-il pas un probl&#232;me plus profond, un probl&#232;me de foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un dossier r&#233;cent de La Nef a judicieusement pos&#233; la question : l'Eglise catholique, au moins en France, n'est-elle pas devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ? La r&#233;ponse unanime est : oui, sachant qu'une alternative se d&#233;veloppe, du fait de l'immigration chr&#233;tienne, et des Antillais. On souligne alors trois faits : 1. Les milieux dits &#8216;bourgeois' ont sensiblement mieux transmis la foi que les autres, notamment dans le milieu dit &#8216;observant', c'est-&#224;-dire conservateur. 2. Les milieux populaires de souche ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement. 3. L'Eglise qui reste, donc &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire, et para&#238;t sociologiquement peu propre &#224; accueillir les personnes issues de milieux populaires. Ce constat est vrai, mais incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan sociologique, je ferai d&#233;j&#224; trois remarques. 1. Le fait que les &#8216;bourgeois' transmettent mieux est plut&#244;t &#224; leur honneur ; c'est un indice synth&#233;tique d'une capacit&#233; &#224; ne pas &#234;tre domin&#233; par les courants ambiants et &#224; chercher &#224; transmettre ce que l'on juge &#234;tre vrai et bon. 2. L'effondrement relatif de la pratique et de la foi dans les milieux populaires ne r&#233;sulte pas de sa permanence dans les milieux bourgeois, et doit &#234;tre expliqu&#233; par lui-m&#234;me. Dans mon dioc&#232;se de d&#233;part, celui de Viviers ou Ard&#232;che, la pratique &#233;tait massive jusqu'aux ann&#233;es 50 et s'est effondr&#233;e depuis : d&#233;sormais pratiquement personne de moins de 60 ans ne va &#224; la messe. Or la pr&#233;sence &#8216;bourgeoise' est n&#233;gligeable ; en outre, ces gens qui ont 60 &#224; 80 ans aujourd'hui en avaient 30 &#224; 50 il y a trente ans : qu'ont-ils transmis ? 3. L'explication par la seule disparition de la paysannerie avec les ann&#233;es 60 ne suffit pas. C'est &#233;videmment un point majeur. Mais d'un c&#244;t&#233;, il reste une certaine paysannerie ; or elle est d&#233;christianis&#233;e (m&#234;me observation ard&#233;choise). D'un autre c&#244;t&#233;, les milieux urbains ant&#233;rieurement chr&#233;tiens, hors minorit&#233; d'observants, ont eux aussi d&#233;croch&#233;. Il faut donc chercher ailleurs que dans une forme de sociologie m&#233;caniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose une piste d'&#233;clairage. Elle se fonde sur les remarquables travaux de Guillaume Cuchet (Comment notre monde a cess&#233; d'&#234;tre chr&#233;tien Seuil 2018), dont l'enqu&#234;te rigoureuse et impartiale montre l'effet d&#233;cisif qu'a eu la r&#233;volution des ann&#233;es 60 au sein du catholicisme, suite &#224; Vatican II plus ou moins bien assimil&#233;. La rupture brutale de tout un ensemble d'usages et d'exigences (pr&#233;sence &#224; la messe, confession etc.) a eu un effet direct, mais surtout s'est combin&#233;e avec la modification radicale de la conception m&#234;me de la religion et de ses exigences. A un monde tourn&#233; vers les fins derni&#232;res, et donc &#224; l'incertitude sur le salut, qui impliquait un effort constant sur soi-m&#234;me et une pratique suivie, a succ&#233;d&#233; une monde ir&#233;nique o&#249;, pour caricaturer, tout le monde est sauv&#233;, et o&#249; toutes les religions et tous les comportements bien intentionn&#233;s se valent. Dans ce nouveau contexte, le besoin de pratiquer dispara&#238;t, sauf go&#251;t personnel ou id&#233;al. Le tout &#233;videmment puissamment acc&#233;l&#233;r&#233; par la r&#233;volution des m&#339;urs symbolis&#233;e par mai 68, ainsi que par les initiatives intellectualistes et mal con&#231;ues du clerg&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux ph&#233;nom&#232;nes. Le premier est l'implosion des vocations et plus encore de la mission. Des esprits superficiels veulent expliquer le catholicisme ant&#233;rieur par la sociologie et notamment la pression du milieu rural pratiquant, ainsi que la perspective de promotion sociale que le clerg&#233; offrait avant 1905. Cela a exist&#233; ; mais cela ne rend compte ni du syst&#232;me de valeur qui animait ces milieux, et pour qui le salut &#233;tait une vrai question ; ni de l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne de foi. Quand les 2/3 des missionnaires catholiques vers 1870 &#233;taient fran&#231;ais, ce n'est pas par pression sociale car ils pouvaient rester dans leur dioc&#232;se, mais la foi y &#233;tait d'&#233;vidence un facteur majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne est la bien meilleure r&#233;sistance de ces milieux dit &#8216;bourgeois', qui, plus que &#8216;bourgeois', sont en fait &#224; la fois plus &#233;duqu&#233;s et surtout ont une tradition de transmission culturelle et &#233;ducative forte. Comme l'a not&#233; un autre sociologue, Y. Raison du Cleuziou, ce fut un choix de ces milieux, du moins des plus conservateurs, de r&#233;sister aux tendances ambiantes y compris dans l'Eglise, et de maintenir tout ou partie des r&#233;f&#233;rences ant&#233;rieures. En revanche, dans les milieux populaires ou les classes moyennes, la pression sociologique ambiante a &#233;t&#233; dans l'ensemble pr&#233;pond&#233;rante. Mais naturellement, cela ne qualifie pas ces milieux &#233;duqu&#233;s pour un r&#244;le missionnaire aupr&#232;s de leurs compatriotes ; non seulement parce qu'ils n'ont pas particuli&#232;rement ce talent et n'en avaient pas la tradition (hors missions lointaines), mais aussi parce qu'ils ne pouvaient s'abstraire de la nouvelle donne religieuse. Prenons l'exemple des musulmans : le message actuel de fait de l'Eglise de France, sauf exceptions, dans tous les milieux, est qu'on ne doit pas chercher &#224; les convertir, sauf demande expresse de leur part. Mais dans ce cas, on ne voit pas de raison &#224; convertir qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'analyse sociologue, passionnante et indispensable, ne nous donne pas la r&#233;ponse finale. Incriminer l'entre-soi des chr&#233;tiens r&#233;siduels dans les beaux quartiers repose sur une r&#233;alit&#233;, mais si on en reste l&#224;, on n'ira pas loin. Le besoin primordial est de reconna&#238;tre l'implosion spirituelle, la perte des rep&#232;res essentiels. Bien s&#251;r, la foi reste ardente chez bien des gens, y compris de milieu populaire, notamment les Antillais et Africains ; mais bien trop peu. En outre et surtout, c'est sans que le but ultime soit suffisamment mis &#224; l'honneur. &#171; A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie &#233;ternelle ? &#187; (Jn 6-68). Ce qui fait le christianisme c'est la R&#233;surrection, que le Christ nous offre, la vie &#233;ternelle, si nous savons nous convertir. Convertir : voil&#224; le ma&#238;tre mot. Sans notre conversion, personne ne se convertira. Pourquoi les &#233;vang&#233;liques marchent mieux, avec un patrimoine intellectuel et spirituel bien plus pauvre ? Parce qu'ils y croient, intens&#233;ment, et que d&#232;s lors ils accueillent les autres pour partager cette foi. Emprunter leurs m&#233;thodes ne m&#232;nera &#224; rien sans cette transformation int&#233;rieure et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique F&#233;vrier 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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