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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La violence de Dieu dans l'histoire selon l'Ancien testament</title>
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		<dc:date>2023-09-10T15:31:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Violence Bible</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Une question lancinante est celle de la violence attribu&#233;e &#224; Dieu dans l'histoire, violence qu'on rencontre en permanence dans les pages de la Bible, notamment l'Ancien testament. Cela choque le lecteur moderne, et pourtant c'est dans la Bible, cens&#233;e &#234;tre inspir&#233;e par Dieu. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions pour aider &#224; &#233;clairer cette question sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Une question lancinante est celle de la violence attribu&#233;e &#224; Dieu dans l'histoire, violence qu'on rencontre en permanence dans les pages de la Bible, notamment l'Ancien testament. Cela choque le lecteur moderne, et pourtant c'est dans la Bible, cens&#233;e &#234;tre inspir&#233;e par Dieu. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelques r&#233;flexions pour aider &#224; &#233;clairer cette question sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes et leur enjeu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un des &#233;l&#233;ments de l'Ancien testament qui peut plus particuli&#232;rement choquer le lecteur contemporain est la pr&#233;sence fr&#233;quente de la violence, notamment &#224; l'occasion de combats o&#249; Dieu intervient activement pour soutenir les ambitions d'Isra&#235;l ou le destin personnel de tel ou tel. On y parle constamment d'ennemis &#224; exterminer ; et on y voit des d&#233;sob&#233;issances mineures punies de fa&#231;on qui nous para&#238;t sauvage et disproportionn&#233;e. Ainsi une sorte d'aura ou de tabou entoure dans toute la p&#233;riode de l'Exode le p&#233;rim&#232;tre sacr&#233;, ou les lois : les gens meurent comme des mouches ou sont massacr&#233;s de fa&#231;on approbatrice d&#232;s qu'ils franchissent certaines limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre ces textes ? La question pos&#233;e ici n'a rien &#224; voir avec l'historicit&#233; de ces &#233;v&#233;nements, car c'est le fait qu'ils soient canoniques qui pose probl&#232;me. En effet, m&#234;me s'ils ne se sont pas produits, ce qui choque est qu'il soit dit, avec l'autorit&#233; de la R&#233;v&#233;lation, que Dieu les approuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce peut m&#234;me &#234;tre plus choquant si on consid&#232;re que ce sont des r&#233;cits imaginaires. En effet, si comme dans la lecture ancienne, on pense qu'il s'agit de faits dans l'ensemble r&#233;els, mais rapport&#233;s par des t&#233;moins qui, bien qu'inspir&#233;s, n'en ont pas per&#231;u la port&#233;e ou la complexit&#233;, on peut les interpr&#233;ter autrement, &#224; la lumi&#232;re du reste de la R&#233;v&#233;lation. Le texte a alors pour fonction de nous dire ce qui s'est pass&#233;, mais sans que l'interpr&#233;tation qu'il en donne soit &#224; prendre au pied de la lettre. Si en revanche ce sont des r&#233;cits imaginaires, le seul message est celui que nous avons et il n'y a plus derri&#232;re une r&#233;alit&#233; complexe &#224; interpr&#233;ter. Il est alors plus difficile d'&#233;chapper &#224; une lecture plus relativement litt&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, pour bien comprendre ces textes, il faut d'abord tenir compte du mode de r&#233;daction des textes bibliques, qu'on ne saurait prendre litt&#233;ralement, surtout lorsqu'il &#233;voque le point de vue, les &#8216;pens&#233;es' ou les &#8216;sentiments' de Dieu. En outre, il est essentiel de faire une lecture symbolique en termes de combat int&#233;rieur, de lutte entre le Bien et le Mal, y compris en nous. A.M. Crignon souligne par exemple que les psaumes impr&#233;catoires nous rappellent que nous sommes en guerre avec le d&#233;mon, et ces passages violents sont alors tout &#224; fait adapt&#233;s. On peut aussi lire les psaumes qui s'en prennent violemment aux ennemis d'Isra&#235;l comme des pri&#232;res adress&#233;es au Seigneur, donc sans perspective de vengeance personnelle, avec abandon &#224; Sa volont&#233; sur la mani&#232;re dont on sera exauc&#233;, et non pas comme des ex&#233;crations magiques. Tout cela est incontestable et m&#234;me essentiel pour la lecture priante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en rester l&#224; serait insuffisant, car il est manifeste que le texte parle d'&#233;v&#233;nements r&#233;els : il nous dit que le peuple de Dieu est une r&#233;alit&#233; qui s'est traduite aussi en termes socio-politiques, et qui participe de l'incarnation du message et du projet de Dieu dans l'Histoire. Dieu a choisi de se constituer un peuple : c'est un point essentiel de la R&#233;v&#233;lation et on doit prendre au s&#233;rieux la r&#233;alit&#233; sous-jacente aux r&#233;cits bibliques. Or ce peuple rencontre la violence et l'exerce. Il faut donc aller plus loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Situer les textes dans leur contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, il faut rappeler que la description de Dieu que donne l'Ancien Testament, avec ses traits guerriers et claniques, est directement fonction de la compr&#233;hension du monde qu'avaient les esprits de l'&#233;poque. Un fait essentiel est ici le caract&#232;re progressif de la R&#233;v&#233;lation. Adapt&#233;e &#224; des esprits au d&#233;part assez frustes, caract&#233;ristiques de leur temps, elle se concentrait sur une mission par nature simple (ce qui ne veut pas dire qu'elle n'&#233;tait pas grandiose), qui &#233;tait de constituer au sens concret du terme un peuple d&#233;di&#233; &#224; Dieu. Il y a eu ensuite (la R&#233;v&#233;lation inspirant le travail de r&#233;flexion) &#233;mergence progressive d'un message spirituel, de plus en plus universaliste et de plus en plus moral. D&#232;s lors, certes, ces textes sont inspir&#233;s par Dieu, mais en passant &#224; travers la capacit&#233; de r&#233;ception des gens. Or il est manifeste que dans les phases initiales, il y avait confusion possible entre la lutte contre le Mal comme principe, notamment l'action des d&#233;mons, et la lutte contre les ennemis d'Isra&#235;l : une r&#233;alit&#233; fonci&#232;rement spirituelle y &#233;tait souvent traduite en termes de lutte terrestre. Cela ne veut pas dire que le message divin &#233;tait litt&#233;ralement celui-l&#224;, mais que c'est la mani&#232;re dont il &#233;tait per&#231;u et traduit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cette &#233;mergence s'est faite au sein d'une soci&#233;t&#233; r&#233;elle, dans sa r&#233;ponse &#224; l'appel de Dieu. Or qui dit peuple r&#233;el dit faits politiques et sociaux, violence comprise. Violence qui dans les soci&#233;t&#233;s de l'&#233;poque &#233;tait accept&#233;e comme un fait normal et g&#233;n&#233;ralis&#233;. L'action de Dieu dans toute soci&#233;t&#233; prend in&#233;vitablement des formes compatibles avec cette soci&#233;t&#233;, comme l'Ecriture le confirme : le Christ dit ainsi que la loi mosa&#239;que sur le mariage &#233;tait con&#231;ue en fonction de la &#8216;duret&#233; de c&#339;ur' des gens de l'&#233;poque. In&#233;vitablement donc, cette violence s'est manifest&#233;e dans les textes, et ce n'est que progressivement qu'on l'a plus clairement distingu&#233; cette violence politique de la lutte g&#233;n&#233;rale contre le mal, qui passe &#224; l'int&#233;rieur de chacun de nous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, il s'est agi de l'&#233;ducation sur plusieurs si&#232;cles d'une communaut&#233; b&#233;douine assez sauvage et, comme dit avec amertume le texte, &#171; &#224; la nuque raide &#187;, c'est-&#224;-dire r&#233;calcitrante face &#224; ce genre de le&#231;ons. Il fallait donc que, au moins dans le r&#233;cit qui en a &#233;t&#233; fait, ces le&#231;ons et donc les effets des actes soient efficaces, imm&#233;diats et visibles, ce qui implique une certaine violence. En outre, les m&#339;urs du temps &#233;taient p&#233;n&#233;tr&#233;es de cette violence. La justice sans effet physique exp&#233;ditif &#233;tait inimaginable. Enfin, dans toute la phase de la r&#233;v&#233;lation ancienne, rien n'indique que la foi dans une autre existence, un autre monde comportant r&#233;tribution de nos actes dans celui-ci, ait fait l'objet d'une r&#233;v&#233;lation explicite. Ce qui implique qu'on devait en pratique envisager d&#232;s ce monde ces &#233;l&#233;ments indispensables de la p&#233;dagogie morale que sont la r&#233;compense des bons et la punition des m&#233;chants. Surtout dans le contexte primitif qu'on vient de d&#233;crire. Il est donc clair que Dieu a voulu &#233;viter de r&#233;v&#233;ler trop t&#244;t cet autre monde - source possible de confusions et de projections. La priorit&#233; premi&#232;re, c'&#233;tait d'enseigner l'unicit&#233; de Dieu, son caract&#232;re transcendant, et d'inculquer la foi dans Sa fid&#233;lit&#233; dans l'Alliance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre r&#233;alit&#233; centrale qu'il fallait bien faire sentir &#224; ce peuple, c'&#233;tait la r&#233;alit&#233; de ce monde, qui n'est pas illusion. Et que ce qui s'y passe compte. Il fallait donc &#233;viter deux risques simultan&#233;s : le paganisme (celui des peuples voisins), et l'id&#233;alisme d&#233;sincarn&#233; (celui de l'Inde). Par exemple, il y a eu en Egypte une croyance plus pr&#233;coce au jugement des &#226;mes. Mais c'&#233;tait encore du paganisme : on prolongeait en fait ce monde dans un au-del&#224; qui restait au fond tr&#232;s terrestre. L'effet p&#233;dagogique &#233;tait faible, et le risque d'erreur manifeste. D'o&#249; l'insistance au contraire en Isra&#235;l sur la transcendance divine, coupl&#233;e &#224; Sa fid&#233;lit&#233;. Le royaume terrestre promis par Dieu restait pleinement distinct du niveau divin. Ce n'est que beaucoup plus tard que les esprits ont &#233;t&#233; &#224; m&#234;me de combiner la transcendance absolue de Dieu avec la possibilit&#233; de participer &#224; Sa vie dans l'autre monde. En fait, on n'a pu vraiment franchir ce stade qu'avec l'&#233;tape &#224; la fois concr&#232;te et inou&#239;e de l'Incarnation du Christ. De m&#234;me, on constate que Dieu n'avait pas pour priorit&#233; de donner &#224; son peuple comme enseignement premier le refus de toute violence. Concr&#232;tement, c'est en partie parce que cela aurait &#233;t&#233; incompr&#233;hensible, et aurait d&#233;bouch&#233; sur l'annihilation rapide d'Isra&#235;l. Mais c'est aussi et surtout parce qu'une juste appr&#233;ciation de cette question supposait des &#233;tapes premi&#232;res, et en particulier une juste compr&#233;hension de l'Au-del&#224;. Sinon, la non-violence est une l&#226;che d&#233;mission.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de la violence cens&#233;e &#234;tre exerc&#233;e par Dieu. Pr&#233;cisons ce point. Il faut rappeler que Dieu exerce une certaine &#8216;violence' au sens large du terme, et pour notre bien, notamment pour nous obliger &#224; nous transformer, ou &#224; la suite d'actes objectivement mauvais ; ce qui s'est appliqu&#233; d&#233;j&#224; bien s&#251;r au peuple h&#233;breu. Mais ceci ne veut pas dire que tout ce qui Lui est attribu&#233; dans la Bible corresponde &#224; Sa volont&#233; r&#233;elle, ou plus exactement doive &#234;tre interpr&#233;t&#233; dans ce sens au pied de la lettre. Le premier fait, essentiel, est que les psaumes par exemple ne visent jamais une vengeance r&#233;alis&#233;e par soi-m&#234;me. Il ne s'agit jamais que d'un appel &#224; Dieu. Et si on en appelle &#224; Lui, c'est parce qu'on pense qu'Il doit intervenir, c'est-&#224;-dire parce qu'une injustice majeure est en train de se r&#233;aliser. En d'autres termes, on s'inscrit dans le cadre d'un ordre &#224; r&#233;tablir, d'importance cosmique. Mais le fait est que dans le texte litt&#233;ral, cet ordre est en quelque sorte aplati sur la lutte humaine dont on est t&#233;moin. Le r&#233;tablissement de l'ordre suppose alors, pensait-on, une intervention physique imm&#233;diate, n&#233;cessairement violente. Il appara&#238;t donc que si les intentions et les le&#231;ons sont justes, l'Ancien testament r&#233;duit &#224; sa lettre n'en pratique pas moins souvent une sorte d'aplatissement des perspectives. D'un c&#244;t&#233;, il n'y a souvent pas de profondeur eschatologique : les choses ne paraissent se r&#233;gler qu'en ce monde. De l'autre, la violence appara&#238;t comme le moyen naturel pour cela. Bien s&#251;r il garde pour nous sa valeur, car ses r&#233;f&#233;rences de principe restent valables, et notamment l'exigence de justice. Et nous pouvons lire ces textes avec grand profit, en revenant &#224; ce niveau fondamental, et en faisant comme on l'a dit une lecture symbolique. Mais il n'en restera pas moins la question de leur signification originelle, caract&#233;ris&#233;e par cet aplatissement momentan&#233; des perspectives. Celui-ci ne peut s'expliquer que par le jeu de la p&#233;dagogie divine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'interpr&#233;tation de ces &#233;v&#233;nements ne peut donc se limiter &#224; un mode d'exposition n&#233;cessairement dat&#233; historiquement. Quand par exemple dans la Bible Dieu prend parti pour Isra&#235;l dans une lutte arm&#233;e, ou punit de fa&#231;on pour nous disproportionn&#233;e un malheureux, le texte d&#233;crit une situation qui, pour l'auteur sacr&#233;, avec la mentalit&#233; de l'&#233;poque, se suffisait &#224; lui-m&#234;me ; ce qui para&#238;t vouloir dire que Dieu n'a pas jug&#233; bon de le faire aller plus loin dans l'&#233;laboration et la r&#233;flexion. Mais cela ne veut pas dire qu'il nous faille en rester l&#224;, dans une perspective qui serait fondamentaliste. La r&#233;alit&#233; ultime de chaque situation de ce type, telle que Dieu la voit, ne nous est accessible que dans la mesure o&#249; Dieu l'a r&#233;v&#233;l&#233;e, et si c'est le cas, c'est &#224; la lumi&#232;re de l'ensemble de la R&#233;v&#233;lation, y compris des r&#233;v&#233;lations ult&#233;rieures. Une r&#233;alit&#233; d&#233;crite en quelques mots par l'auteur sacr&#233;, parce que dans son optique la description suffisait, aurait probablement &#233;t&#233; trait&#233;e dans une perspective ult&#233;rieure de fa&#231;on consid&#233;rablement plus articul&#233;e. Par exemple, dans le cas d'une punition divine inflig&#233;e &#224; quelqu'un, la punition peut avoir un rapport avec un degr&#233; conscient de p&#233;ch&#233; de la part du coupable, que le texte ne pr&#233;cise pas. En outre, quand il y a une punition par la mort, s'agit-il de tuer des coupables, ou parle-t-on de la mort spirituelle (damnation) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, les &#233;pisodes narr&#233;s dans la Bible, par exemple l'invasion des zones canan&#233;ennes par le peuple h&#233;breu, sont-ils des &#233;v&#233;nements historiques &#233;ventuellement d&#233;form&#233;s, et dans quelle mesure ? Ne faut-il pas distinguer la question du d&#233;tail de ces &#233;v&#233;nements, de la lecture globale qu'on doit faire de la volont&#233; de Dieu ? Le texte n'est alors plus vu comme disant ce que Dieu faisait cas par cas, mais comme l'illustration de Son dessein global sur son peuple. On en fait alors une lecture plus distanc&#233;e. La le&#231;on centrale peut &#234;tre juste (Dieu a &#233;t&#233; aux c&#244;t&#233;s de son peuple) ; pas n&#233;cessairement le m&#233;canisme et les motivations ultimes de Son intervention, tels que d&#233;crits si on prend les textes au pied de la lettre sans plus de proc&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quelle lecture pour nous ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme dans le grand tableau des &lt;i&gt;Exercices&lt;/i&gt; de saint Ignace de Loyola, la lutte du Bien et du mal est ici la toile de fond principale. Elle repr&#233;sente le choix ultime, qui transpara&#238;t dans toutes les situations de choix r&#233;ellement significatifs et existentiels. Mais comme on l'a dit, dans la Bible ce choix est volontiers projet&#233; sur les luttes r&#233;elles entre les hommes. On y vit les luttes entre groupes humains, notamment entre Isra&#235;l et les autres peuples, comme si le Bien &#233;tait clairement identifi&#233; au premier. Le r&#233;dacteur du texte trouve d&#232;s lors naturel de passer au fil de l'&#233;p&#233;e des populations enti&#232;res, ou de voir de menus sacril&#232;ges punis de mort. Cela choque nos conceptions, si on prend les textes au premier degr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cependant, nous ne pouvons nier l'effet de choc, la puissance des images que cela donne. Car une lutte, une guerre, sont des choses frappantes, concr&#232;tes, &#233;minemment parlantes. La mise en sc&#232;ne de v&#233;rit&#233;s fondamentales sous la forme de rapports entre des hommes concrets est particuli&#232;rement efficace. Le confirme l'image des &lt;i&gt;Deux Etendards&lt;/i&gt; dans saint Ignace, point qui frappe le plus l'imagination dans ses &lt;i&gt;Exercices spirituels&lt;/i&gt; ; or si ces exercices sont &#233;videmment pour nous spirituels, c'est de nouveau &#224; travers une image militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le fait est que Dieu a accept&#233; une p&#233;riode o&#249; des &#233;v&#233;nements ont pu &#234;tre lus ou v&#233;cus en termes extr&#234;mement violents, y compris dans des textes consid&#233;r&#233;s comme r&#233;v&#233;l&#233;s par Lui. D&#232;s lors, deux interpr&#233;tations sont possibles. Soit l'action concr&#232;te de Dieu &#233;tait alors r&#233;ellement diff&#233;rente de ce qu'elle a &#233;t&#233; ult&#233;rieurement, notamment pour les raisons pr&#233;cit&#233;es li&#233;es au milieu et &#224; son immaturit&#233;, par l'acceptation d'un usage plus syst&#233;matique de la violence. Cela conduirait &#224; une lecture relativement plus litt&#233;rale des &#233;pisodes concern&#233;s, y compris dans le cas de villes pass&#233;es au fil de l'&#233;p&#233;e. Ce serait cependant tr&#232;s surprenant, car Dieu userait alors de deux poids et deux mesures assez radicalement diff&#233;rents. Alternativement, et bien plus solidement, on consid&#233;rera que Dieu a laiss&#233; les gens interpr&#233;ter certains &#233;v&#233;nements d'une certaine mani&#232;re, alors qu'&#224; Ses yeux la question &#233;tait plus complexe, parce que les clefs pour le comprendre ne se d&#233;gageraient que par la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faut-il en conclure ? Cette identification du bien et du mal avec des conflits humains peut parfois &#234;tre vraie. Mais avec une conscience plus &#233;labor&#233;e, nous pensons que dans la plupart des cas il faut distinguer l'homme, la personne, de la cause avec laquelle il peut s'identifier. Cela r&#233;sulte notamment de la demande du Christ d'aimer nos ennemis : de les aimer comme personnes, ce qui ne fait pas dispara&#238;tre leur qualit&#233; d'ennemis. Et nous savons qu'aucune r&#233;alit&#233; humaine dans quelque situation concr&#232;te que ce soit ne peut pr&#233;tendre s'identifier au Bien absolu, m&#234;me l'Eglise ; car son insertion historique est toujours entach&#233;e d'ambigu&#239;t&#233;. Pour nous donc, le stade d&#233;crit au premier degr&#233; dans ces textes appara&#238;t d'une certaine fa&#231;on d&#233;pass&#233;. Nous les lisons donc autrement. Quand par exemple dans des psaumes on assiste &#224; des sc&#232;nes violentes (par exemple le psaume 109 : il &#233;crase les cr&#226;nes - &lt;i&gt;conquassabit capita&lt;/i&gt; etc&#8230; ou le c&#233;l&#232;bre psaume 136 &lt;i&gt;Super flumina Babylonis&lt;/i&gt;, o&#249; on &#233;crase des enfants) nous l'interpr&#233;tons dans notre lecture comme faisant d'abord allusion au d&#233;mon, plus g&#233;n&#233;ralement au mal sous toutes ses formes ou manifestations (y compris en particulier la mort). Nous y voyons aussi une personnification des mauvaises tendances en nous (le vieil homme). Ensuite seulement et parfois, cela peut viser des personnes, y compris des r&#233;prouv&#233;s. Mais m&#234;me alors, nous savons que ce ne peut prendre de valeur totale et d&#233;finitive qu'au Jugement, car ce sera alors d&#233;finitif. D'ici l&#224;, c'est la mansu&#233;tude qui l'emporte, du point de vue de Dieu, le seul qui vaille. Nous reconnaissons le Christ tout-puissant, le Pantocrator comme celui qui paradoxalement s'offre aussi &#224; nous sans d&#233;fense dans la communion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne doit pas non plus nous faire oublier la fin. Le Christ n'est pas seulement l'Agneau, mais aussi le lutteur. Dans l'Apocalypse, l'Agneau est proclam&#233; vainqueur d'une lutte qui est d&#233;crite comme exceptionnellement violente. La puret&#233; de Dieu est un glaive tranchant&#8230; En d'autres termes, nous ne devons pas &#233;liminer ce que le message a de radical dans son principe, d&#233;crit dans des termes qui ne renient pas comme tel le registre de la violence. Certes, nous savons que cette &#8216;violence' ultime sera justice, et reconna&#238;tra le choix fait par le r&#233;prouv&#233; ; mais cela n'efface pas le caract&#232;re dudit jugement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il ne faut pas non plus s'abuser de notre suppos&#233;e sup&#233;riorit&#233; morale moderne. Notre vision est plus &#233;labor&#233;e, tant par raffinement de la r&#233;flexion, que surtout du fait de la r&#233;v&#233;lation ult&#233;rieure faite par le Christ, qui a boulevers&#233; notre perception de la violence, excluant d'en faire une r&#233;alit&#233; normale de la vie chr&#233;tienne. Mais cela ne doit pas nous conduire &#224; oblit&#233;rer le message des anciens textes. Et notamment &#224; ne pas &#234;tre lucide sur l'ambigu&#239;t&#233; des motivations actuelles. Dans le refus spontan&#233; de l'homme contemporain face &#224; eux, entre pour une part importante le refus de choisir, de prendre un camp dans la lutte contre le mal, et notamment la lutte qui est &#224; l'int&#233;rieur de nous, avec nos ch&#232;res passions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le&#231;on finale sur la violence&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci implique en tout cas qu'on doive admettre que Dieu accepte un certain usage de la violence &#224; des fins &#233;ducatives. Et il faut reconna&#238;tre que, plus g&#233;n&#233;ralement, de fait Dieu a accept&#233; l'existence m&#234;me de la violence, sachant qu'Il sait tirer un bien d'un mal. J'aborde le probl&#232;me du mal plus en d&#233;tails dans mon livre &lt;i&gt;Dieu, le Mal et l'Histoire&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Dieu-le-mal-et-l-histoire.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Dieu-...&lt;/a&gt; . On n'est donc pas dans une religion &#224; l'eau de rose. Mais cela ne doit pas conduire non plus &#224; prendre litt&#233;ralement les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, il ne faut pas oublier que comme on l'a dit, &#224; la fin, de toute fa&#231;on, on aura une forme de violence, qui est une sorte d'effet boomerang. Le Christ est mort en Agneau, mais reviendra en Juge. Ce point est central pour notre propos. Car si, comme certains le disent, tout le monde &#233;tait sauv&#233;, alors l'Ancien testament serait compl&#232;tement d&#233;pass&#233;, et m&#234;me incompr&#233;hensible. En revanche, s'il y a jugement dernier, son inspiration centrale reste fondamentalement juste : le probl&#232;me de perspective des textes est purement temporel, et le rectifier justifie pleinement la lecture spirituelle, ou all&#233;gorique, de ces passages. Non pour en enlever le sens, mais pour le reporter &#224; la fin des temps. Certes la mis&#233;ricorde y sera reine. Mais pour ceux qui la demandent et l'acceptent.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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