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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le c&#339;ur dans Dilexit nos</title>
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		<dc:date>2024-11-07T16:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>Le coeur en spiritualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Foi et raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Essai d'analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le central du c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est la mise en exergue d'une niveau essentiel dans ce qui constitue notre personne : le c&#339;ur, lieu de l'int&#233;riorit&#233; et centre de la personne. Comme dit le &#167; 9, c'est : &#171; le lieu o&#249; toute personne, quelle que soit sa cat&#233;gorie et sa condition, fait sa synth&#232;se ; l&#224; o&#249; l'&#234;tre concret trouve la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix&#8230; le centre, le centre de lui-m&#234;me &#187;. Le c&#339;ur (&#167;10) est &#171; distinct des forces et des passions humaines consid&#233;r&#233;es isol&#233;ment les unes des autres &#187; ; et dans ce &#171; centre personnel &#187;, &#171; la seule chose qui puisse tout unifier est en fin de compte l'amour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expression de &#8216;c&#339;ur' est en m&#234;me temps un symbole (&#167; 53) : &#171; au cours de l'histoire et dans diverses parties du monde, le c&#339;ur est devenu le symbole de l'intimit&#233; la plus personnelle, ainsi que de l'affection, des &#233;motions et de la capacit&#233; d'aimer&#8230;. Lorsqu'une personne tombe amoureuse et qu'elle est proche de l'&#234;tre aim&#233;, les battements de son c&#339;ur s'acc&#233;l&#232;rent ; lorsqu'une personne souffre d'abandon ou de tromperie de la part d'un &#234;tre aim&#233;, elle ressent une forte oppression au niveau du c&#339;ur. Pour exprimer qu'une chose est sinc&#232;re et vient vraiment du centre de la personne, on dit : &#8220;Je te le dis du fond du c&#339;ur&#8221;. &#187; On voit ici combien, dans cette conception, ce c&#339;ur de notre personnalit&#233; est d'abord le lieu d'&#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais (&#167; 10) &#171; beaucoup se sont sentis en s&#233;curit&#233; dans le domaine plus contr&#244;lable de l'intelligence et de la volont&#233; afin de construire leurs syst&#232;mes de pens&#233;e&#8230; La n&#233;gligence du c&#339;ur se fait au profit de la rationalit&#233; (ou de la volont&#233;) qui sont des concepts plus ma&#238;trisables intellectuellement. &#187; Et donc ( &#167; 9) : &#171; Malheureusement, des mod&#232;les de comportement assez r&#233;pandus amplifient sa dimension rationnelle et technologique, ou &#224; l'inverse sa dimension instinctive. Le c&#339;ur fait d&#233;faut &#187;. Cette menace est ancienne (&#167; 10) : &#171; la d&#233;valorisation du centre intime de l'homme &#8211; du c&#339;ur &#8211; vient de tr&#232;s loin : on la trouve d&#233;j&#224; dans le rationalisme grec et pr&#233;chr&#233;tien, dans l'id&#233;alisme postchr&#233;tien et dans le mat&#233;rialisme sous ses diverses formes. Le c&#339;ur a peu de place dans l'anthropologie et il est une notion &#233;trang&#232;re pour la grande pens&#233;e philosophique. D'autres concepts tels que la raison, la volont&#233; ou la libert&#233; lui ont &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;s &#187;. &#171; Sa signification est vague et on ne lui a pas donn&#233; de place sp&#233;cifique dans la vie humaine. Peut-&#234;tre parce qu'il n'&#233;tait pas facile de le placer parmi les id&#233;es &#8220;claires et distinctes&#8221; ou en raison de la difficult&#233; &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me : il semblerait que la r&#233;alit&#233; la plus intime soit aussi la plus lointaine de la connaissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu d'une connaissance sup&#233;rieure gr&#226;ce &#224; l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ce r&#244;le central (&#167; 13), &#171; il faut que toutes les actions soient plac&#233;es sous le &#8220;contr&#244;le politique&#8221; du c&#339;ur, que l'agressivit&#233; et les d&#233;sirs obsessionnels se calment dans le bien le plus grand que leur offre le c&#339;ur et dans sa force contre les maux ; il faut que l'intelligence et la volont&#233; se mettent &#233;galement &#224; son service, en sentant et go&#251;tant les v&#233;rit&#233;s plut&#244;t qu'en voulant les dominer comme certaines sciences ont tendance &#224; le faire ; il faut que la volont&#233; d&#233;sire le bien le plus grand que le c&#339;ur conna&#238;t, et que l'imagination et les sentiments se laissent mod&#233;rer par le battement du c&#339;ur. &#187; Comme on voit donc, l'intelligence et la volont&#233; ne sont pas des dimensions essentielles de ce c&#339;ur de notre &#234;tre, mais ils sont &#224; son service ; ce n'est pas l'intelligence ou la raison qui conna&#238;t le bien essentiel, mais le c&#339;ur. En outre, m&#234;me si ce dernier ne se confond pas avec les sentiments, ayant des &#8216;battements' il n'en est pas moins affectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur a une capacit&#233; de connaissance unique, due au fait qu'il est le si&#232;ge de l'amour (&#167; 16) : &#171; cette force unique du c&#339;ur nous aide &#224; comprendre pourquoi il est dit que, lorsqu'une r&#233;alit&#233; est saisie avec le c&#339;ur il est possible de mieux la conna&#238;tre, et plus compl&#232;tement &#187;. La cause en est connue : &#171; &#8216;le fond de la r&#233;alit&#233; c'est l'amour' &#187; (Saint Bonaventure). Et d'&#233;voquer Heidegger, pour qui &#171; la philosophie ne commence pas par un concept pur ou une certitude, mais par une &#233;motion &#187;. Ce qui laisse entendre &#224; nouveau que le c&#339;ur est d'abord &#233;motionnel, et donc qu'on conna&#238;t mieux et plus profond&#233;ment par l'&#233;motion seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#167; 21 pr&#233;cise d&#232;s lors : &#171; Le noyau de tout &#234;tre humain, son centre le plus intime, n'est pas le noyau de l'&#226;me mais de toute la personne dans son identit&#233; unique qui est &#224; la fois &#226;me et corps. Tout s'unifie dans le c&#339;ur qui peut &#234;tre le si&#232;ge de l'amour avec la totalit&#233; de ses composantes spirituelles, &#233;motionnelles et m&#234;me physiques. En d&#233;finitive, si l'amour y r&#232;gne, la personne r&#233;alise son identit&#233; de mani&#232;re pleine et lumineuse, car tout &#234;tre humain a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; avant tout pour l'amour, il est fait dans ses fibres les plus profondes pour aimer et &#234;tre aim&#233; &#187;. De ce fait (&#167; 23), &#171; lorsqu'une personne r&#233;fl&#233;chit, cherche, m&#233;dite sur son &#234;tre et son identit&#233; ou bien analyse des questions sup&#233;rieures ; lorsqu'elle r&#233;fl&#233;chit au sens de sa vie et m&#234;me lorsqu'elle recherche Dieu, si elle &#233;prouve la joie d'avoir entrevu quelque chose de la v&#233;rit&#233;, cela trouve son point culminant dans l'amour. En aimant, la personne sent qu'elle sait pourquoi et dans quel but elle vit... C'est pourquoi, face &#224; son myst&#232;re personnel, la question la plus d&#233;cisive que chacun peut se poser est peut-&#234;tre la suivante : ai-je un c&#339;ur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation v&#233;ritable &#224; Dieu est d'abord par le c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc aussi &#224; ce niveau que la rencontre de Dieu prend v&#233;ritablement son sens. Au 25 : &#171; l&#224; o&#249; le philosophe arr&#234;te sa r&#233;flexion, le c&#339;ur croyant aime, adore, demande pardon et s'offre pour servir &#224; l'endroit que le Seigneur lui donne de choisir pour le suivre. Il r&#233;alise alors qu'il est le &#8220;tu&#8221; de Dieu et qu'il peut &#234;tre un &#8220;je&#8221; parce que Dieu est un &#8220;tu&#8221; pour lui... Accepter son amiti&#233; est une affaire de c&#339;ur et nous constitue en tant que personnes au sens plein du terme &#187;. D'ailleurs (&#167; 26) &#171; saint Bonaventure&#8230; enseignait que &#8216;la foi est dans l'intellect de mani&#232;re &#224; provoquer le sentiment. Ainsi, le fait de savoir que le Christ est mort pour nous ne reste pas une connaissance mais devient n&#233;cessairement sentiment, amour' &#187;. Et pour saint John Henry Newman, &#171; le lieu de la rencontre la plus profonde, avec lui-m&#234;me et avec le Seigneur, n'&#233;tait pas la lecture ou la r&#233;flexion, mais le dialogue priant &#187; dans le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui donne son sens aussi &#224; la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur (&#167; 48) : &#171; La d&#233;votion au C&#339;ur du Christ n'est pas le culte d'un organe s&#233;par&#233; de la personne de J&#233;sus. Nous contemplons et adorons J&#233;sus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, repr&#233;sent&#233; dans une image o&#249; son c&#339;ur est mis en &#233;vidence. Le c&#339;ur de chair est consid&#233;r&#233; comme l'image ou le signe privil&#233;gi&#233; du centre le plus intime du Fils incarn&#233; et de son amour &#224; la fois divin et humain car, plus que tout autre membre de son corps, il est &#8216;signe ou symbole naturel de son immense charit&#233;' &#187; (Pie XII). Et pour lui aussi, le c&#339;ur est d'abord un lieu d'&#233;motion, l'amour en premier lieu (&#167; 60) : &#171; un regard tourn&#233; vers le C&#339;ur du Seigneur contemple une r&#233;alit&#233; physique, sa chair humaine qui permet au Christ d'avoir des &#233;motions et des sentiments bien humains, comme nous, quoi qu'enti&#232;rement transform&#233;s par son amour divin. &#187; Ce r&#244;le de l'&#233;motion se retrouve aussi dans les Exercices Spirituels (&#167; 144) : &#171; Lorsque le retraitant se trouve devant le c&#244;t&#233; bless&#233; du Christ, Ignace lui propose d'entrer dans son c&#339;ur. C'est une mani&#232;re de faire m&#251;rir le c&#339;ur sous la conduite d'un &#8220;ma&#238;tre des affections&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, cette d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur comble les lacunes de la th&#233;ologie, trop &#233;troitement rationnelle. Au &#167; 63 : &#171; &#8216;en raison de l'influence de la pens&#233;e grecque, la th&#233;ologie a longtemps rel&#233;gu&#233; le corps et les sentiments dans le monde du pr&#233;humain, du sous-humain ou tentateur du v&#233;ritable humain. Mais ce que la th&#233;ologie n'a pas r&#233;solu en th&#233;orie a &#233;t&#233; r&#233;solu dans la pratique par la spiritualit&#233;' &#187; &#171; Tout cela a suppl&#233;&#233; aux lacunes de la th&#233;ologie en nourrissant l'imagination et le c&#339;ur, l'amour et la tendresse pour le Christ, l'esp&#233;rance et la m&#233;moire, le d&#233;sir et la nostalgie. La raison et la logique ont pris d'autres chemins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences pratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit aussi &#224; d&#233;passer une autre d&#233;viation, qui est un activisme pur (&#167; 88) : &#171; le C&#339;ur du Christ nous lib&#232;re en m&#234;me temps d'un autre dualisme : celui des communaut&#233;s et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activit&#233;s ext&#233;rieures, les r&#233;formes structurelles d&#233;pourvues d'&#201;vangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les r&#233;flexions s&#233;cularis&#233;es, les propositions qui se pr&#233;sentent comme des prescriptions que l'on veut parfois imposer &#224; tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela nous incite aussi &#224; la charit&#233; (&#167; 205) : &#171; quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d'une relation individuelle, sans nous int&#233;resser &#224; aider les autres &#224; moins souffrir et &#224; mieux vivre ? Peut-on plaire au C&#339;ur qui a tant aim&#233; en restant dans une exp&#233;rience religieuse intime, sans cons&#233;quences fraternelles et sociales ? &#187;. Et aussi &#224; la mission : &#171; il ne s'agit pas non plus d'&#339;uvrer &#224; une promotion sociale d&#233;pourvue de sens religieux qui, en fin de compte, voudrait donner &#224; l'homme moins que ce que Dieu veut pour lui. C'est pourquoi nous devons conclure ce chapitre en rappelant la dimension missionnaire de notre amour pour le C&#339;ur du Christ &#187;. Et il ajoute enfin (&#167; 217) : &#171; le contenu des encycliques sociales Laudato si' et Fratelli tutti n'est pas &#233;tranger &#224; notre rencontre avec l'amour de J&#233;sus-Christ. En nous abreuvant de cet amour, nous devenons capables de tisser des liens fraternels, de reconna&#238;tre la dignit&#233; de tout &#234;tre humain et de prendre soin ensemble de notre maison commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Br&#232;ves remarques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que ces analyses contiennent un message essentiel. Dieu est amour, et la personne humaine dans ce qu'elle a de plus profond et d'essentiel est aussi fondamentalement appel&#233;e &#224; l'amour. Il est donc tout &#224; fait pertinent de parler d'un &#8216;c&#339;ur' qui est &#224; la fois, en poursuivant l'image, centre le plus profond de notre &#234;tre, et si&#232;ge de l'amour. Cela dit, le texte exprime cette r&#233;alit&#233; d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, et notamment en le contrastant avec l'intelligence et la rationalit&#233; d'une part, la volont&#233; de l'autre. On retrouve ici la m&#233;fiance profonde du pape Fran&#231;ois face &#224; tout ce qui est d&#233;marche trop rationnelle ou intellectuelle, m&#233;fiance &#233;tendue ici &#224; la volont&#233;. Certes, le c&#339;ur ainsi compris est pr&#233;sent&#233; comme distinct des &#8216;sentiments' ou &#8216;passions', et comme lieu de synth&#232;se, permettant notamment de ma&#238;triser ces sentiments et passions. Mais il est en m&#234;me temps essentiellement affectivit&#233; et &#233;motion. Une affectivit&#233; qui est selon lui source d'une forme sup&#233;rieure de &#8216;connaissance', qui &#233;chapperait &#224; la philosophie et m&#234;me &#224; la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e classique, et la tradition th&#233;ologique n'ont pas m&#233;connu cette dimension essentielle. Mais cela ne les conduisaient pas &#224; confiner l'intellect et la volont&#233; dans un r&#244;le subalterne. Ce qui fait en effet la sp&#233;cificit&#233; de l'&#234;tre humain, notamment par contraste avec les animaux, c'est d'&#234;tre un &#234;tre conscient, capable de raison. Tout processus de connaissance digne de ce nom suppose par nature de voir, de comprendre et de discerner (&lt;i&gt;intelligere&lt;/i&gt;) ce qu'est la r&#233;alit&#233; qui est en face de lui. Bien entendu, si la rationalit&#233; est r&#233;duite &#224; la conception instrumentale ou abstraite qui tend &#224; dominer la pens&#233;e moderne, elle reste en de&#231;&#224; de ce r&#244;le essentiel. Mais le d&#233;passement de cette conception &#233;triqu&#233;e, aujourd'hui dominante, ne doit pas conduire &#224; exalter la seule affectivit&#233;. Le Logos du Prologue de l'Evangile de saint Jean n'est pas affectivit&#233; pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de l'homme, en pratique, l'affectivit&#233; ou ce qu'il per&#231;oit comme amour n'est pas un guide parfaitement s&#251;r ; il a besoin du regard critique de la raison, y compris dans la recherche du bien. Et ce bien une fois identifi&#233; et authentifi&#233;, il faut ensuite un acte sp&#233;cifique de la volont&#233; pour le rechercher et le suivre. Comme on le voit par exemple dans le mariage, l'affectivit&#233; peut d&#233;truire le bien de la fid&#233;lit&#233; et de l'engagement envers l'autre ; il faut un acte de la volont&#233; pour parvenir &#224; la r&#233;alit&#233; de l'amour authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut donc &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233; de trop insister sur le c&#339;ur per&#231;u essentiellement comme si&#232;ge d'&#233;motion, m&#234;me subjectivement tourn&#233; vers l'amour. Le c&#339;ur de notre &#234;tre, qui se situe d'ailleurs dans notre &#226;me et non au-del&#224;, trouve son sens v&#233;ritable dans la synth&#232;se et juste harmonie entre notre intelligence, comprise comme capacit&#233; de perception du vrai, du beau et du bien (ces derniers termes incluant l'affectivit&#233;) et notre volont&#233;, qui engage notre &#234;tre au service de cette v&#233;rit&#233; et de ce bien. Bien entendu, au niveau spirituel, l'intelligence et la volont&#233; sont relativis&#233;es par la perception d'une r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure, qui est Amour mais qui est aussi &#202;tre transcendant et Beaut&#233; parfaite, et pas pas pure affectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce message vibrant du pape Fran&#231;ois permet de mieux le comprendre : dans ce qu'il a de plus touchant, par son attachement profond au r&#244;le de l'Amour, que ce soit celui de Dieu ou celui de nos fr&#232;res. Mais aussi dans cette tentation de refuser le regard critique et le recul de la raison, qui le font s'emballer pour des causes per&#231;ues &#233;motionnellement sous un certain angle, sans consid&#233;ration suffisante des autres dimensions du r&#233;el. Ainsi avec les migrants. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Pape-Francois-esquisse-de.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Pape...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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