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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>L&#233;on XIV et les migrants : inflexions et continuit&#233;s</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Leon-XIV-et-les-migrants-inflexions-et-continuites.html</link>
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		<dc:date>2026-06-27T13:54:46Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>Migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une continuit&#233; affective avec le pape Fran&#231;ois, mais aussi un net recentrage : insistance sur la dimension spirituelle et sur la personnalit&#233; culturelle des pays d'accueil, et rappel clair de leur droit &#224; r&#233;guler la migration, ainsi que sur le devoir de permettre aux gens de rester chez eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps, persiste le besoin de prendre plus encore en compte certaines r&#233;alit&#233;s : le besoin d'une certaine assimilation sans laquelle il ne peut y avoir de communaut&#233; ; la pr&#233;pond&#233;rance des migrants &#233;conomiques par rapport aux vrais r&#233;fugi&#233;s ; la difficult&#233; &#224; faire dispara&#238;tre la motivation &#233;conomique au d&#233;part ; et le fait que s'il y a r&#233;gulation des migrations, il y aura toujours in&#233;vitablement des clandestins. Les r&#233;ponses ne sont ni simples ni sans douleur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs L&#233;on XIV s'est beaucoup exprim&#233; sur les migrants. Le sujet est important en lui-m&#234;me, mais &#233;galement r&#233;v&#233;lateur de la personnalit&#233; propre du nouveau pontife.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les textes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des migrants est une de celles o&#249; s'expriment tout particuli&#232;rement la continuit&#233; avec le pape Fran&#231;ois , mais aussi une r&#233;&#233;quilibrage de l'appr&#233;ciation. Passons rapidement sur l'exaltation de la figure du migrant symbole d'esp&#233;rance et de la &#171; dimension p&#232;lerine &#187; de l'&#201;glise ; il est rapproch&#233; de la Sainte Famille, &#171; qui a d&#251; &#233;migrer en &#201;gypte pour prot&#233;ger la vie de l'Enfant J&#233;sus &#187;, laquelle &#171; reste pour tous les temps le mod&#232;le et la protection de chaque famille r&#233;fugi&#233;e, de tout migrant et de toute personne contrainte &#224; quitter sa terre par peur, pers&#233;cution ou besoin &#187; . Le pape insiste notamment sur l'importance absolue de l'accueil, qui concerne chacun bien au-del&#224; du niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est ici un point important et nouveau : cet accueil comporte de fa&#231;on imp&#233;rative l'&#233;vang&#233;lisation . &#171; Je voudrais demander aux catholiques quelque chose de plus : que l'int&#233;gration ne soit pas r&#233;duite &#224; une t&#226;che sociale, aussi n&#233;cessaire soit-elle. Celui qui arrive dans nos paroisses a besoin de pain, de toit, de langue, de travail et de protection. Cependant il doit trouver une communaut&#233; capable d'offrir, par le t&#233;moignage de la vie et de la parole, des chemins pour conna&#238;tre J&#233;sus-Christ, en respectant toujours la conscience et la libert&#233; de chaque personne. &#187;. On retrouve le souci permanent du pape L&#233;on de recentrer sur la foi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan plus proprement politique, il introduit un point important, l'identit&#233; culturelle du pays d'accueil : &#171; je tiens &#233;galement &#224; souligner l'importance d'int&#233;grer de mani&#232;re constructive les nouveaux arrivants aux valeurs et aux traditions de la soci&#233;t&#233; italienne, afin que le don r&#233;ciproque qui se r&#233;alise lors de cette rencontre entre les peuples soit v&#233;ritablement enrichissant et b&#233;n&#233;fique pour tous. A cet &#233;gard, je souligne combien il est pr&#233;cieux pour chacun d'entre nous d'aimer et de transmettre sa propre histoire et sa propre culture, avec ses signes et ses expressions : plus nous reconnaissons et nous aimons sereinement qui nous sommes, plus il est facile de rencontrer et d'int&#233;grer l'autre sans peur et avec un c&#339;ur ouvert. A ce propos, on observe aujourd'hui une certaine tendance &#224; ne pas assez appr&#233;cier, &#224; diff&#233;rents niveaux, les mod&#232;les et les valeurs qui se sont d&#233;velopp&#233;s au fil des si&#232;cles et qui marquent notre identit&#233; culturelle, allant parfois jusqu'&#224; tenter d'en effacer l'importance historique et humaine. [&#8230;]. Avoir &#224; c&#339;ur la m&#233;moire de ceux qui nous ont pr&#233;c&#233;d&#233;s, pr&#233;server les traditions qui ont fait de nous ce que nous sommes, est important pour regarder le pr&#233;sent et l'avenir avec conscience, s&#233;r&#233;nit&#233;, responsabilit&#233; et sens de la perspective &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement &#171; int&#233;grer ne signifie pas effacer l'histoire de celui qui arrive ni exiger qu'il abandonne tout ce qui fait partie de sa m&#233;moire. Cela ne signifie pas non plus cr&#233;er des mondes parall&#232;les ferm&#233;s les uns aux autres, o&#249; les gens vivent ensemble sans vraiment se rencontrer. L'int&#233;gration est un chemin r&#233;ciproque : celui qui arrive apprend &#224; habiter une terre nouvelle, et celui qui re&#231;oit apprend &#224; agrandir sa maison, sans jamais diluer son identit&#233; ni fermer son c&#339;ur &#224; l'alt&#233;rit&#233;. Chers fr&#232;res migrants, il vous revient une part noble et n&#233;cessaire de ce chemin : vous ouvrir avec confiance &#224; la communaut&#233; qui vous accueille, apprendre sa langue, respecter ses lois, conna&#238;tre ses coutumes, participer &#224; la vie commune et offrir avec gratitude vos dons &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &#171; les &#201;tats ont le droit et le devoir de prot&#233;ger leurs fronti&#232;res, mais cela doit &#234;tre contrebalanc&#233; par l'obligation morale d'offrir un refuge. &#187;. Ce qu'il a ensuite pr&#233;cis&#233; : &#171; Personnellement, je crois qu'un &#201;tat a le droit d'&#233;tablir des r&#232;gles &#224; ses fronti&#232;res. Je ne dis pas que tout le monde doit entrer sans ordre, cr&#233;ant parfois, l&#224; o&#249; ils vont, des situations plus injustes que celles qu'ils ont laiss&#233;es derri&#232;re eux. Mais [&#8230;] que faisons-nous dans les pays les plus riches pour changer la situation dans les pays les plus pauvres ? &#187;. D&#232;s lors , d'un c&#244;t&#233; &#171; la dignit&#233; humaine exige des voies l&#233;gales et s&#251;res, le secours et l'assistance, la coop&#233;ration r&#233;elle contre les trafiquants, la protection effective des victimes, des processus s&#233;rieux d'accueil et d'int&#233;gration, et des politiques qui permettent &#224; chaque personne de vivre dignement sur sa propre terre &#187;. De l'autre, &#171; s'il existe un droit de chercher refuge lorsque la vie est menac&#233;e, il existe aussi le droit de ne pas avoir &#224; migrer : le droit de rester chez soi sans faim, sans guerre, sans pers&#233;cution, sans violence &#187;. Ces points sont repris dans &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Point sur la situation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le ph&#233;nom&#232;ne de la migration est reconnu comme un drame, qui n'est pas in&#233;vitable et encore moins positif en soi. Aucune perspective non plus de mise en place d'une soci&#233;t&#233; multiculturelle. S'il est question d'int&#233;gration plus que d'assimilation, les migrants sont tenus de s'int&#233;grer, d'une mani&#232;re qui respecte l'identit&#233; du pays d'accueil et ne constitue pas de grumeau communautariste. De m&#234;me, est reconnu le droit du pays d'accueil de r&#233;guler les migrations. Cela dit, un double appel est lanc&#233; : aux pays d'accueil et &#224; ses habitants, pour organiser autant que faire se peut l'accueil lorsqu'il y a lieu, dans le respect des personnes ; et &#224; tous, pour permettre aux personnes de ne pas partir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Restent toutefois plusieurs points sur lesquels la r&#233;flexion reste quelque peu inaboutie. Le premier est la possibilit&#233; m&#234;me de faire vivre une soci&#233;t&#233; multiculturelle. On comprend que le pays d'accueil doit maintenir avec soin sa culture propre ; mais alors, si on veut &#233;viter une cohabitation communautariste ou une juxtaposition, un degr&#233; r&#233;el d'assimilation des nouveaux venus est indispensable pour constituer une vraie communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me point, sur ce qui motive le d&#233;part. MH &#233;voque &#171; tous ceux qui sont contraints de se d&#233;placer en raison de la pauvret&#233;, de la violence, du changement climatique ou des catastrophes environnementales &#187;. La distinction n'est toujours pas faite entre le r&#233;fugi&#233;, menac&#233; personnellement, et le migrant &#233;conomique, qui cherche une vie meilleure. Ce dernier cas vise l'&#233;crasante majorit&#233; des personnes concern&#233;es, qui payent pour cela souvent assez cher : ce ne sont alors pas les plus pauvres. Ce d&#233;sir est l&#233;gitime en soi, mais il ne conf&#232;re pas de droit : c'est une question de possibilit&#233; concr&#232;te et d'avantage mutuel. Quant &#224; la force majeure, elle justifie qu'on fasse en sorte que la victime trouve un refuge, mais cela ne lui donne pas de droit &#224; s'installer dans le pays de son choix parce qu'il le juge attractif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me point, le concept de droit &#224; ne pas migrer. C'est une vraie question ; mais le vocabulaire est flou. Il est certes d&#233;sirable de faire en sorte que les gens n'aient pas &#224; migrer ; mais comment parler d'un droit, lorsque la revendication n'est opposable &#224; personne ? Qui fera respecter un tel droit ? D'autant que sur le plan pratique, il faudrait une formidable acc&#233;l&#233;ration du d&#233;veloppement chez les pays de d&#233;part pour rendre la migration peu attractive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dernier point, si le droit du pays d'accueil &#224; r&#233;guler la migration est reconnu, les cons&#233;quences n'en sont pas &#233;voqu&#233;es. Or qui dit r&#233;gulation dit entr&#233;e des uns et fermeture aux autres. Et &#233;ventuellement expulsions. Mais alors, on ne peut pas esp&#233;rer supprimer la voie clandestine : les exclus y tenteront in&#233;vitablement leur chance &#224; la mani&#232;re actuelle, et les drames de la mer subsisteront.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc on doit saluer le recentrage apport&#233;, il reste encore quelques pas &#224; franchir pour v&#233;ritablement prendre en compte certaines r&#233;alit&#233;s, qui sont loin de permettre des r&#233;ponses simples et sans douleur. R&#233;ponses qui, il est vrai, exigent humanit&#233; et spiritualit&#233; comme le demande le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Dilexi te : r&#233;flexions sur l'aspect &#233;conomique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Dilexi-te-reflexions-sur-l-aspect-economique.html</link>
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		<dc:date>2025-11-11T16:40:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise DSE</dc:subject>
		<dc:subject>Pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, Dilexi Te, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend d'ailleurs le projet. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien, et le r&#244;le essentiel qu'y joue le rapport au pauvre. Il y a donc une dimension &#233;conomique majeure, m&#234;me si le propos principal est dans le changement profond du regard et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce point essentiel, le pape d&#233;nonce &#224; grands traits la persistance d'une pauvret&#233; r&#233;elle, qui contraste avec la richesse qui s'accumule. Mais il n'est pas explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/ai-generated-8592550_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de ce texte, j'ai publi&#233; un article dans l'Osservatore Romano du 20 f&#233;vrier 2026, qu'on trouvera ci joint &#224; la suite du texte (voir page 7) ainsi que la version fran&#231;aise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, &lt;i&gt;Dilexi Te&lt;/i&gt;, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend le projet, mais aussi dans une longue tradition de l'Eglise, remontant aux Evangiles. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien : s'il veut &#234;tre disciple du Christ, il ne peut pas ne pas prioritairement regarder le pauvre, non seulement comme une personne dans le besoin et &#224; aider, mais comme une part essentielle de sa foi, une pr&#233;sence et une manifestation du Christ lui-m&#234;me. Le pape revient plusieurs fois sur ce point central. Ainsi au 39 : &#171; les P&#232;res de l'&#201;glise ont reconnu dans les pauvres un moyen privil&#233;gi&#233; d'acc&#233;der &#224; Dieu, une mani&#232;re particuli&#232;re de le rencontrer. &#187; Car (79) &#171; les plus pauvres ne sont pas seulement objet de notre compassion, mais des ma&#238;tres d'&#201;vangile. Il ne s'agit pas de &#8216;leur apporter' Dieu, mais de le rencontrer en eux. &#187;. (110) &#171; Pour les chr&#233;tiens, les pauvres ne sont pas une cat&#233;gorie sociologique, mais la chair m&#234;me du Christ. [&#8230;] Pour entrer v&#233;ritablement dans ce myst&#232;re [l'incarnation], il faut pr&#233;ciser que le Seigneur s'est fait chair, qu'il a faim, qu'il a soif, qu'il est malade et emprisonn&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle question d&#233;passe consid&#233;rablement la seule dimension &#233;conomique qui est notre propos ici. Cela dit, le sens premier reste central : la pauvret&#233; comprise comme insuffisance de ressources d'une personne, par comparaison avec ce qui est n&#233;cessaire pour mener une vie humaine d&#233;cente dans le monde o&#249; on est ins&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappellera d'abord quels sont les th&#232;mes principaux de l'exhortation, pris sous l'angle &#233;conomique, pour proposer ensuite quelques remarques et r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les th&#232;mes principaux de l'exhortation, sous l'angle &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un rappel de donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat d'abord : cette pauvret&#233; subsiste, nous dit le pape, (12) &#171; pr&#233;occup&#233; par les conditions difficiles dans lesquelles vivent nombre de personnes en raison d'un manque de nourriture et d'eau [&#8230;] dans les pays riches &#233;galement. [&#8230;] On constate de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale une augmentation des diff&#233;rentes manifestations de la pauvret&#233;. Celle-ci ne se pr&#233;sente plus comme une condition unique et homog&#232;ne, mais se d&#233;cline sous de multiples formes d'appauvrissement &#233;conomique et social, refl&#233;tant un ph&#233;nom&#232;ne d'in&#233;galit&#233;s croissantes, m&#234;me dans des contextes g&#233;n&#233;ralement prosp&#232;res. &#187; Et encore (13, citation de Fratelli tutti)) &#171; &#8216;la richesse a augment&#233;, mais avec des in&#233;galit&#233;s ; et ainsi, il se fait que de nouvelles pauvret&#233;s apparaissent. Lorsqu'on affirme que le monde moderne a r&#233;duit la pauvret&#233;, on le fait en la mesurant avec des crit&#232;res d'autres temps qui ne sont pas comparables avec la r&#233;alit&#233; actuelle. En effet, par exemple, ne pas avoir acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie &#233;lectrique n'&#233;tait pas autrefois consid&#233;r&#233; comme un signe de pauvret&#233; ni comme un motif d'anxi&#233;t&#233;. La pauvret&#233; est toujours analys&#233;e et comprise dans le contexte des possibilit&#233;s r&#233;elles d'un moment historique concret' &#187;. (9) En m&#234;me temps, &#171; il existe en effet de nombreuses formes de pauvret&#233; &#187; : outre &#171; ceux qui n'ont pas les moyens de subvenir &#224; leurs besoins mat&#233;riels &#187;, les marginalis&#233;s, &#171; la pauvret&#233; morale et spirituelle, la pauvret&#233; culturelle &#187;, les situations &#171; de faiblesse ou de fragilit&#233; &#187; ; &#171; ceux qui n'ont pas de droits, pas de place, pas de libert&#233; &#187;. Le pape ajoute (88) avec Beno&#238;t XVI (&lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;) &#171; que &#8216;la faim ne d&#233;pend pas tant d'une carence de ressources mat&#233;rielles, que d'une carence de ressources sociales, la plus importante d'entre elles &#233;tant de nature institutionnelle. Il manque en effet un ensemble d'institutions &#233;conomiques qui soit en mesure aussi bien de garantir un acc&#232;s &#224; la nourriture et &#224; l'eau [&#8230;], de faire face aux n&#233;cessit&#233;s li&#233;es aux besoins primaires et aux urgences des v&#233;ritables crises alimentaires, provoqu&#233;es par des causes naturelles ou par l'irresponsabilit&#233; politique nationale ou internationale' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette r&#233;alit&#233; est trop souvent occult&#233;e, notamment, dit-il, par une &#233;lite. C'est que (11) &#171; l'illusion d'un bonheur qui d&#233;coulerait d'une vie ais&#233;e pousse nombre de personnes &#224; avoir une vision de l'existence ax&#233;e sur l'accumulation de richesses et la r&#233;ussite sociale &#224; tout prix, y compris au d&#233;triment des autres et en profitant d'id&#233;aux sociaux et de syst&#232;mes politico-&#233;conomiques injustes qui favorisent les plus forts. Ainsi, dans un monde o&#249; les pauvres sont de plus en plus nombreux, nous assistons paradoxalement &#224; la croissance de certaines &#233;lites riches qui vivent dans une bulle de conditions tr&#232;s confortables et luxueuses, presque dans un autre monde par rapport aux gens ordinaires. &#187;. Or (14) &#171; les pauvres ne sont pas l&#224; par hasard ni en raison d'un destin aveugle et amer &#187;. La pauvret&#233; n'est pas pour la plupart un choix, ni un manque de m&#233;rite pour leur majorit&#233;, &#171; selon cette fausse vision de la m&#233;ritocratie o&#249; seuls ceux qui ont r&#233;ussi dans la vie semblent avoir des m&#233;rites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors (107) il nous faut &#171; &#8216;prendre conscience d'une grave lacune dans nos soci&#233;t&#233;s et m&#234;me dans nos communaut&#233;s chr&#233;tiennes. [&#8230;] Comme nous sommes tous obnubil&#233;s par nos propres besoins, voir quelqu'un souffrir nous d&#233;range, nous perturbe, parce que nous ne voulons pas perdre notre temps &#224; r&#233;gler les probl&#232;mes d'autrui. Ce sont les sympt&#244;mes d'une soci&#233;t&#233; qui est malade parce qu'elle cherche &#224; se construire en tournant le dos &#224; la souffrance' (citation de Fran&#231;ois) &#187;. Pourtant (109) &#171; ce sont pr&#233;cis&#233;ment les pauvres qui nous &#233;vang&#233;lisent. [&#8230;] les pauvres nous font r&#233;fl&#233;chir sur l'inconsistance de cet orgueil agressif avec lequel nous affrontons souvent les difficult&#233;s de la vie. En substance, ils r&#233;v&#232;lent notre pr&#233;carit&#233; et la vacuit&#233; d'une vie en apparence prot&#233;g&#233;e et s&#251;re. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape rappelle un point fondamental de la Doctrine sociale, citant le Concile (86) : &#171; &#8216;Dieu a destin&#233; la terre et tout ce qu'elle contient &#224; l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la cr&#233;ation doivent &#233;quitablement affluer entre les mains de tous [...]. C'est pourquoi l'homme, dans l'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il poss&#232;de l&#233;gitimement comme n'appartenant qu'&#224; lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu'elles puissent profiter non seulement &#224; lui, mais aussi aux autres. [...] Par sa nature m&#234;me, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a aussi un caract&#232;re social, fond&#233; dans la loi de commune destination des biens' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle, (16) la Doctrine enseigne l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres. &#171; Cette &#8216;pr&#233;f&#233;rence' n'indique pas une exclusion ou une discrimination envers d'autres groupes, qui seraient impossibles en Dieu. Elle entend souligner l'action de Dieu qui est pris de compassion pour la pauvret&#233; et la faiblesse de l'humanit&#233; tout enti&#232;re et qui, voulant relever et inaugurer un R&#232;gne de justice, de fraternit&#233; et de solidarit&#233;, a particuli&#232;rement &#224; c&#339;ur ceux qui sont discrimin&#233;s et opprim&#233;s, demandant &#224; nous aussi, son &#201;glise, un choix d&#233;cisif et radical en faveur des plus faibles &#187;. (87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me th&#232;me majeur est celui des pauvres comme sujets. C'est (100) &#171; la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer les communaut&#233;s marginalis&#233;es comme des sujets capables de cr&#233;er leur propre culture, plut&#244;t que comme des objets de bienfaisance. [&#8230;] L'exp&#233;rience de la pauvret&#233; leur donne la capacit&#233; de reconna&#238;tre des aspects de la r&#233;alit&#233; que d'autres ne r&#233;ussissent pas &#224; voir, et c'est pourquoi la soci&#233;t&#233; a besoin de les &#233;couter &#187;. D&#232;s lors (101) &#171; &#8216;cette attention aimante est le d&#233;but d'une v&#233;ritable pr&#233;occupation pour sa personne, &#224; partir de laquelle je d&#233;sire chercher effectivement son bien. Cela implique de valoriser le pauvre dans sa bont&#233; propre, avec sa mani&#232;re d'&#234;tre, avec sa culture, avec sa fa&#231;on de vivre la foi. [&#8230;] C'est seulement &#224; partir de cette proximit&#233; r&#233;elle et cordiale que nous pouvons les accompagner comme il convient sur leur chemin de lib&#233;ration' (citation de Fran&#231;ois) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Il y a ici deux dimensions &#224; consid&#233;rer. La premi&#232;re est personnelle, prolong&#233;e par l'action collective et associative ; la seconde est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect personnel et associatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord l'ouverture au don et &#224; la gratuit&#233;. (27) &#171; Les &#339;uvres de mis&#233;ricorde sont recommand&#233;es comme signes de l'authenticit&#233; du culte qui, tout en rendant gloire &#224; Dieu, a pour t&#226;che de nous ouvrir &#224; la transformation que l'Esprit peut op&#233;rer en nous, afin que nous devenions tous des images du Christ et de sa mis&#233;ricorde envers les plus faibles. En ce sens, la relation avec le Seigneur, qui s'exprime dans le culte, vise &#233;galement &#224; nous lib&#233;rer du risque de vivre nos relations dans une logique de calcul et d'int&#233;r&#234;t, pour nous ouvrir &#224; la gratuit&#233; qui existe entre ceux qui s'aiment et qui, par cons&#233;quent, mettent tout en commun. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel d'agir et de donner. (29) &#171; La Lettre de Jacques consacre beaucoup de place au probl&#232;me des relations entre riches et pauvres, mais elle lance aussi aux croyants deux appels tr&#232;s forts qui mettent en question leur foi : &#8216;&#8216;&#192; quoi cela sert-il, mes fr&#232;res, que quelqu'un dise : &#8216;J'ai la foi', s'il n'a pas les &#339;uvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un fr&#232;re ou une s&#339;ur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : &#8216;Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous', sans leur donner ce qui est n&#233;cessaire &#224; leur corps, &#224; quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les &#339;uvres, elle est tout &#224; fait morte'' &#187; (Jc 2, 14-17) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bon pour le donateur lui-m&#234;me : (33) &#171; &#192; ceux d'entre nous qui sont peu enclins aux gestes gratuits et n'y portent aucun int&#233;r&#234;t, la Parole de Dieu indique que la g&#233;n&#233;rosit&#233; envers les pauvres est un v&#233;ritable bien pour ceux qui l'exercent : en agissant ainsi, nous sommes aim&#233;s de Dieu d'une mani&#232;re particuli&#232;re &#187;. &#171; Les promesses bibliques adress&#233;es &#224; ceux qui donnent g&#233;n&#233;reusement sont nombreuses : &#8216;Qui fait la charit&#233; au pauvre pr&#234;te au Seigneur qui paiera le bienfait de retour' (Pr 19, 17). En fait, il s'agit d'une &#339;uvre de justice : (42) saint Jean Chrysostome affirme que &#171; ne pas donner &#224; la pauvret&#233; ce qui vient de nos propres biens, c'est voler les pauvres et les priver de leur vie : ce ne sont pas nos biens, mais les leurs, que nous gardons pour nous &#187;. De m&#234;me, saint Ambroise (43) : &#171; &#8216;tu ne donnes pas &#224; un pauvre en prenant sur ce qui t'appartient, mais tu lui rends en prenant sur ce qui lui appartient. En effet, ce qui a &#233;t&#233; donn&#233; pour l'usage commun, toi seul te l'appropries'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait d&#232;s lors un &#233;loge appuy&#233; de l'aum&#244;ne, qui n'est en rien alternative &#224; l'action politique. (115) L'aum&#244;ne &#171; n'a pas bonne r&#233;putation aujourd'hui, souvent m&#234;me parmi les croyants. Non seulement elle est rarement pratiqu&#233;e, mais elle est parfois m&#234;me m&#233;pris&#233;e &#187;. Certes, &#171; l'aide la plus importante &#224; une personne pauvre consiste &#224; l'aider &#224; trouver un bon travail, afin qu'elle puisse gagner sa vie de mani&#232;re plus conforme &#224; sa dignit&#233; en d&#233;veloppant ses capacit&#233;s et en offrant ses efforts personnels &#187;. Mais d'autre part, si cette possibilit&#233; concr&#232;te n'existe pas encore, nous ne devons pas courir le risque de laisser une personne abandonn&#233;e &#224; son sort, sans ce qui est indispensable pour vivre dignement. Et donc, l'aum&#244;ne reste, entre-temps, un moment n&#233;cessaire de contact, de rencontre et d'identification &#224; la condition d'autrui &#187;. Et donc (116) : &#171; l'aum&#244;ne ne d&#233;gage pas les autorit&#233;s comp&#233;tentes de leurs responsabilit&#233;s, ni n'&#233;limine l'engagement organisationnel des institutions, ni ne remplace la lutte l&#233;gitime pour la justice. Mais elle invite au moins &#224; s'arr&#234;ter et &#224; regarder la personne pauvre en face, &#224; la toucher et &#224; partager avec elle quelque chose de soi-m&#234;me. &#187;. Le point irrempla&#231;able est la relation &#224; la personne : (119) &#171; L'amour et les convictions les plus profondes doivent &#234;tre nourris, et cela se fait par des gestes. [...]. Pour cette simple raison, en tant que chr&#233;tiens, ne renon&#231;ons pas &#224; l'aum&#244;ne. Un geste qui peut &#234;tre fait de diff&#233;rentes mani&#232;res, et que nous pouvons essayer de faire de la mani&#232;re la plus efficace possible, mais nous devons le faire. Et il vaudra toujours mieux faire quelque chose que ne rien faire. Dans tous les cas, cela touchera notre c&#339;ur. Ce ne sera pas la solution &#224; la pauvret&#233; dans le monde, qui doit &#234;tre recherch&#233;e avec intelligence, lutte et engagement social. Mais nous avons besoin de nous exercer &#224; l'aum&#244;ne pour toucher la chair souffrante des pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne s'agit pas uniquement de charit&#233; personnelle ; cela peut et doit prendre un caract&#232;re collectif, associatif ou eccl&#233;sial. Par exemple, (49) dans le soin des malades et des souffrants &#187;, (52) &#171; dans les h&#244;pitaux catholiques, dans les centres de soins ouverts dans des r&#233;gions recul&#233;es, dans les missions sanitaires op&#233;rant dans les for&#234;ts, dans les centres d'accueil pour toxicomanes et dans les h&#244;pitaux de campagne en zones de guerre. &#187; De m&#234;me (61) le pape voit un prolongement actuel &#224; ces ordres que se consacraient autrefois au rachat des captifs. D'o&#249; aussi (75) le rappel de l'action envers les migrants, citant le pape Fran&#231;ois pour qui &#171; &#8216;la r&#233;ponse au d&#233;fi pos&#233; par les migrations contemporaines peut se r&#233;sumer en quatre verbes : accueillir, prot&#233;ger, promouvoir et int&#233;grer.' &#187;. Et le pape L&#233;on ajoute &#171; L&#224; o&#249; le monde voit des menaces, elle voit des fils ; l&#224; o&#249; l'on construit des murs, elle construit des ponts&#8230; dans tout migrant rejet&#233;, le Christ lui-m&#234;me frappe &#224; la porte de la communaut&#233; &#187;. Nous sommes ici &#224; la transition avec le niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect social et politique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc l'action sur le terrain de la vie commune, sociale et politique. Le pape rappelle ici le d&#233;veloppement de la Doctrine sociale. (83) Dans &lt;i&gt;Rerum novarum&lt;/i&gt;, &#171; L&#233;on XIII aborda la question du travail en d&#233;non&#231;ant la situation intol&#233;rable de nombreux ouvriers de l'industrie et proposant l'instauration d'un ordre social juste &#187;. Et saint Jean XXIII, dans &lt;i&gt;Mater et Magistra&lt;/i&gt;, &#171; se fit le promoteur d'une justice &#224; dimension mondiale : les pays riches ne peuvent rester indiff&#233;rents face aux pays opprim&#233;s par la faim et la mis&#232;re ; ils sont appel&#233;s &#224; les secourir g&#233;n&#233;reusement avec tous leurs biens &#187;. Enfin (84) &#171; le Concile Vatican II repr&#233;sente une &#233;tape fondamentale dans le discernement eccl&#233;sial sur les pauvres &#224; la lumi&#232;re de la R&#233;v&#233;lation &#187; : &#171; une &#201;glise plus semblable &#224; son Seigneur qu'aux puissances mondaines, d&#233;termin&#233;e &#224; stimuler dans toute l'humanit&#233; un engagement concret pour la r&#233;solution du grand probl&#232;me de la pauvret&#233; dans le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souligne le besoin d'action politique. (112) &#171; On constate parfois dans certains mouvements ou groupes chr&#233;tiens un manque, voire une absence, d'engagement pour le bien commun de la soci&#233;t&#233; et, en particulier, pour la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187;. Or &#171; la religion, en particulier la religion chr&#233;tienne, ne peut se limiter &#224; la sph&#232;re priv&#233;e comme si elle n'avait pas &#224; se pr&#233;occuper des probl&#232;mes touchant la soci&#233;t&#233; civile et les &#233;v&#233;nements qui int&#233;ressent les citoyens. &#187; Et il fait l'&#233;loge des &#8216;Mouvements populaires' (les citations sont du pape Fran&#231;ois) (80) : &#171; nous devons &#233;galement reconna&#238;tre que, tout au long des si&#232;cles de l'histoire chr&#233;tienne, l'aide aux pauvres et la lutte pour leurs droits n'ont pas seulement concern&#233; des individus, certaines familles, les institutions ou les communaut&#233;s religieuses. Il y a eu, et il y a encore, des mouvements populaires vari&#233;s, constitu&#233;s de la&#239;cs et guid&#233;s par des leaders populaires, souvent soup&#231;onn&#233;s et m&#234;me pers&#233;cut&#233;s. &#187; Or (81) &#171; Ces leaders populaires savent que la solidarit&#233; &#8216;c'est &#233;galement lutter contre les causes structurelles de la pauvret&#233;, de l'in&#233;galit&#233;, du manque de travail, de terre et de logement, de la n&#233;gation des droits sociaux et du travail. C'est faire face aux effets destructeurs de l'empire de l'argent' &#187;. &#171; C'est pourquoi lorsque les institutions r&#233;fl&#233;chissent aux besoins des pauvres, il est n&#233;cessaire qu'elles &#8216;incluent les mouvements populaires et animent les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d'&#233;nergie morale qui na&#238;t de la participation des exclus &#224; la construction d'un avenir commun'. Les mouvements populaires invitent en effet &#224; d&#233;passer &#8216;cette id&#233;e des politiques sociales con&#231;ues comme une politique vers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais des pauvres, et encore moins ins&#233;r&#233;e dans un projet r&#233;unissant les peuples' &#187;. Le pape reviendra d'ailleurs peu apr&#232;s et plus en d&#233;tails sur ce sujet lors de son discours aux participants &#224; la rencontre mondiale des mouvements populaires le 23 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont alors ces facteurs structurels en cause ? Le pape cite ici &#224; nouveau abondamment le pape Fran&#231;ois. Il nous dit (92) : &#171; il est donc n&#233;cessaire de continuer &#224; d&#233;noncer la &#8216;dictature d'une &#233;conomie qui tue' et de reconna&#238;tre qu' &#8216;alors que les gains d'un petit nombre s'accroissent exponentiellement, ceux de la majorit&#233; se situent d'une fa&#231;on toujours plus &#233;loign&#233;e du bien-&#234;tre de cette minorit&#233; heureuse. Ce d&#233;s&#233;quilibre proc&#232;de d'id&#233;ologies qui d&#233;fendent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re. Par cons&#233;quent, ils nient le droit de contr&#244;le des &#201;tats charg&#233;s de veiller &#224; la pr&#233;servation du bien commun'. &#187; Et L&#233;on XIV ajoute : &#171; bien qu'il existe diff&#233;rentes th&#233;ories qui tentent de justifier l'&#233;tat actuel des choses ou d'expliquer que la rationalit&#233; &#233;conomique exige que nous attendions que les forces invisibles du march&#233; r&#233;solvent tout, la dignit&#233; de toute personne humaine doit &#234;tre respect&#233;e maintenant, pas demain, et la situation de mis&#232;re de tant de personnes &#224; qui cette dignit&#233; est refus&#233;e doit &#234;tre un rappel constant &#224; notre conscience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment (93) : &#171; dans l'encyclique &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt;, le Pape Fran&#231;ois a rappel&#233; que le p&#233;ch&#233; social prend forme comme &#8216;structure de p&#233;ch&#233;' dans la soci&#233;t&#233;, qui &#8216;est souvent ancr&#233;e dans une mentalit&#233; dominante qui consid&#232;re normal ou rationnel ce qui n'est rien d'autre que de l'&#233;go&#239;sme et de l'indiff&#233;rence'. [...]. Le choix semble raisonnable d'organiser l'&#233;conomie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les &#8216;miettes' qui tomberont sont promises aux pauvres jusqu'&#224; ce qu'une nouvelle crise mondiale les ram&#232;ne &#224; leur situation ant&#233;rieure. C'est une v&#233;ritable ali&#233;nation qui conduit &#224; ne trouver que des excuses th&#233;oriques et &#224; ne pas chercher &#224; r&#233;soudre aujourd'hui les probl&#232;mes concrets de ceux qui souffrent &#187;. Et donc (94) &#171; nous devons nous engager davantage &#224; r&#233;soudre les causes structurelles de la pauvret&#233;. C'est une urgence qui &#8216;ne peut attendre, [...]. pour la gu&#233;rir d'une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire &#224; de nouvelles crises. Les plans d'assistance qui font face &#224; certaines urgences devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s seulement comme des r&#233;ponses provisoires'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de rappeler avec Fran&#231;ois ce qui est ici en cause (95) : &#171; il arrive que &#8216;dans le mod&#232;le actuel de &#8216;&#8216;succ&#232;s'' et de &#8216;&#8216;droit priv&#233;'', il ne semble pas que cela ait un sens de s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. [...] La r&#233;ponse que nous apportons &#224; ces questions d&#233;termine la valeur de nos soci&#233;t&#233;s et donc notre avenir. Soit nous reconqu&#233;rons notre dignit&#233; morale et spirituelle, soit nous tombons dans un puits d'immondices &#187;. Sinon nous continuerons &#171; &#224; &#8216;l&#233;gitimer le mod&#232;le de distribution actuel o&#249; une minorit&#233; se croit le droit de consommer dans une proportion qu'il serait impossible de g&#233;n&#233;raliser, parce que la plan&#232;te ne pourrait m&#234;me pas contenir les d&#233;chets d'une telle consommation' &#187;. D&#232;s lors, conclut le pape (97) : &#171; les structures d'injustice doivent &#234;tre reconnues et d&#233;truites par la force du bien, par un changement de mentalit&#233;s, mais aussi, avec l'aide des sciences et de la technique, par le d&#233;veloppement de politiques efficaces pour la transformation de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques et r&#233;flexions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape L&#233;on s'inspire tr&#232;s largement de son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il d&#233;signe comme auteur premier d'une partie appr&#233;ciable du texte et en valide l'analyse au travers de citations explicites abondantes. Cela dit, son charisme propre ressort &#224; plusieurs occasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion du regard et de l'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord bien s&#251;r dans son insistance sur la dimension spirituelle, la conversion qui nous tourne vers le pauvre et qu'apporte la rencontre du pauvre. On retrouve l&#224; un th&#232;me cher au pape L&#233;on, et cela d&#232;s son &#233;lection : la primaut&#233; de la conversion spirituelle et du rapport au Christ. On pourrait objecter qu'on sort ce faisant du champ de l'&#233;conomie. Mais ce n'est que partiellement vrai. En effet, que ce soit au niveau individuel ou collectif, le jeu de l'&#233;conomie ne donnera pas le m&#234;me r&#233;sultat selon les priorit&#233;s des acteurs, leurs orientations et leur regard. C'est d&#233;j&#224; le cas du march&#233;, qui par nature refl&#232;te les priorit&#233;s des participants, comme Beno&#238;t XVI l'avait bien soulign&#233; dans &lt;i&gt;Caritas in Veritate&lt;/i&gt;. L'&#233;conomie politique classique tend &#224; mettre cet aspect entre parenth&#232;ses, consid&#233;rant les priorit&#233;s des gens comme une donn&#233;e ext&#233;rieure et se concentrant sur la mani&#232;re dont elles sont prises en compte. Mais il est pourtant &#233;vident que ces priorit&#233;s sont essentielles pour d&#233;terminer le r&#233;sultat r&#233;el d'un syst&#232;me &#233;conomique donn&#233;. Ce qui est vrai du march&#233; est vrai aussi de l'intervention publique, des dirigeants, et du tiers secteur, associatif et caritatif. Toute priorit&#233; r&#233;ellement donn&#233;e &#224; une cause, et donc en particulier aux pauvres, se traduit donc n&#233;cessairement dans le champ &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, le changement du regard apport&#233; par le souci des pauvres et leur rencontre contribue &#224; modifier le r&#244;le que nous donnons dans nos vies &#224; l'&#233;conomie, trop souvent comprise comme un pur calcul d'int&#233;r&#234;t, ou de plaisirs et peines &#224; la fa&#231;on utilitariste. Une telle conception donne une argumentation apparemment rationnelle en faveur du mode de vie de privil&#233;gi&#233;s &#224; la fois indiff&#233;rents humainement et anesth&#233;si&#233;s par leur richesse et leurs plaisirs. Ce qui concerne non seulement une &#233;lite minoritaire, m&#234;me si son r&#244;le est central, mais plus largement beaucoup de gens dans nos soci&#233;t&#233;s. Une telle conversion ne peut manquer de changer nos comportements, non seulement sur les march&#233;s, ou en faisant nos courses, mais aussi comme investisseur (l'investissement &#233;thique), ou encore comme coll&#232;gue ou dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;f&#233;rence essentielle suite &#224; cette conversion est &#233;videmment la destination universelle des biens, qui ne fait pas dispara&#238;tre le principe de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais l'oriente et la responsabilise. Combin&#233; avec l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres, cela fait de la modification des priorit&#233;s un imp&#233;ratif. Au niveau personnel, cela se traduit notamment par la g&#233;n&#233;rosit&#233; : on notera l'insistance particuli&#232;re du pape en faveur de l'aum&#244;ne, dont il montre le besoin absolu ; on pourrait aussi rappeler l'importance du b&#233;n&#233;volat et de l'initiative en mati&#232;re associative. Les citations sont ici rares : c'est la voix personnelle du pape. C'est notamment par r&#233;action &#224; une compr&#233;hension d&#233;form&#233;e qui mettrait en avant les seuls facteurs sociopolitiques et les r&#233;formes correspondantes : le pape en souligne l'importance, mais il rappelle d'une part que l'aum&#244;ne est indispensable, dans l'intervalle ; et d'autre part, qu'elle comporte un rapport direct et personnel avec le pauvre, vital pour les deux c&#244;t&#233;s. Comme on l'a vu en outre, ce changement du regard porte aussi sur la perception du r&#244;le possible du pauvre : non seulement le pape rappelle qu'en g&#233;n&#233;ral ce n'est pas lui qui est le responsable de sa pauvret&#233;, mais aussi, voire surtout, qu'il est essentiel d'agir non seulement pour lui, mais avec lui : le pauvre comme sujet, source d'initiative et de cr&#233;ativit&#233;. Comment ne pas y voir aussi une affinit&#233; avec le th&#232;me &#233;conomique de l'entreprenariat ? La notion, classique dans la Doctrine sociale, de &#8216;subsidiarit&#233;' n'est pas dans le texte, mais elle est sous-jacente &#224; cette analyse : son &#233;tymologie (subsidium) implique l'id&#233;e d'une aide, mais son message principal est celui de l'autonomie recherch&#233;e pour la personne et au plus pr&#232;s de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pauvret&#233; et le jeu du march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau collectif, une question que suscite le texte est l'id&#233;e d'une augmentation du nombre des pauvres. Or si les in&#233;galit&#233;s ont ind&#233;niablement augment&#233;, cela ne veut pas dire que la majorit&#233; de la population mondiale se soit appauvrie, comme certains passages notamment de Fran&#231;ois paraissent l'affirmer : c'est le contraire qu'on constate. Plus nuanc&#233; dans son appr&#233;ciation, le pape L&#233;on n'&#233;voque pourtant pas non plus la contribution de l'&#233;conomie au recul de la pauvret&#233;, contribution qui est pourtant la premi&#232;re composante de la lutte contre celle-ci. En outre, on peut avoir l'impression que face &#224; une poign&#233;e de riches, le reste de l'humanit&#233; est du c&#244;t&#233; des victimes. Or, sans &#233;vacuer la question des super-riches, la grande majorit&#233; a vu sa richesse augmenter sensiblement, et ne peut donc &#234;tre d&#233;douan&#233;e du souci du pauvre. En fait la distinction n'est pas faite entre la question de la pauvret&#233; et celle des in&#233;galit&#233;s. Or celles-ci peuvent s'accro&#238;tre, notamment au profit d'une minorit&#233; r&#233;duite, sans que la majorit&#233; bascule dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le message principal du pape est dans le rappel de la r&#233;alit&#233; non moins persistante d'une pauvret&#233; significative (au sens v&#233;ritable du terme) et sur les cons&#233;quences &#224; en tirer, ce qui est incontestable. C'est &#224; cette lumi&#232;re qu'on doit consid&#233;rer son rappel des positions de Fran&#231;ois sur les d&#233;s&#233;quilibres de nos soci&#233;t&#233;s, notamment la persistance d'une pauvret&#233;, et sur le fait que les seuls m&#233;canismes automatiques du march&#233; ne peuvent la r&#233;sorber par eux-m&#234;mes. En d&#233;finitive donc, si le r&#244;le de l'&#233;conomie de march&#233; dans la sortie de pauvret&#233; de centaines de millions d'hommes, voire de milliards, est ind&#233;niable, cela ne saurait justifier l'inaction tant des personnes que des pouvoirs publics face &#224; cette pauvret&#233;, que le syst&#232;me ne r&#233;sorbe qu'en partie et parfois suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque incidente : le pape cite un fameux passage de l'Evangile (4) : &#171; les disciples de J&#233;sus [en fait notamment Judas] critiqu&#232;rent la femme qui avait vers&#233; sur sa t&#234;te une huile parfum&#233;e tr&#232;s pr&#233;cieuse : &#8216;&#192; quoi bon ce gaspillage ? &#8211; disaient-ils &#8211; Cela pouvait &#234;tre vendu bien cher et donn&#233; &#224; des pauvres !'. Mais le Seigneur leur dit : &#8216;Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous' (Mt 26, 8-9.11) &#187;. Le pape souligne d'abord l'importance d'un geste d'affection ; puis interpr&#232;te la phrase en disant que pr&#233;cis&#233;ment c'est J&#233;sus qui sera toujours avec nous, &#224; travers les pauvres. Ce qui est bien s&#251;r juste ; mais cela n'&#233;puise pas la question que pose cette phrase surprenante, qui prise litt&#233;ralement para&#238;t non seulement dire que les pauvres ne sont pas la seule priorit&#233;, mais m&#234;me annoncer que la pauvret&#233; ne dispara&#238;tra jamais. Ce qui sans doute rappelle notre pauvret&#233; &#224; nous, qui implique en priorit&#233; de nous tourner humblement vers le Seigneur (comme le fait la femme du r&#233;cit), et d'agir en sachant que notre monde restera toujours loin de la perfection : nous restons des &#171; serviteurs inutiles &#187;. Et le Royaume n'est pas de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect &#224; consid&#233;rer est la question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes. Dans ce domaine, le pape suit plus &#233;troitement son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il cite abondamment. Il r&#233;sulte de ce rappel le besoin d'une action d'ordre politique, et notamment des pouvoirs publics, pour redresser ce que le pape appelle &#171; les causes structurelles de la pauvret&#233; &#187;. Cela s'inscrit dans un cadre constant dans la Doctrine sociale : la responsabilit&#233; ultime du politique envers le bien commun de la communaut&#233;. En effet, on ne peut attendre la r&#233;alisation du bien commun du jeu automatique de m&#233;canismes comme celui du march&#233;. C'est a fortiori vrai s'agissant de &#171; la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187; : une action sp&#233;cifique correctrice ou r&#233;gulatrice s'impose alors. Mais cela ne dit pas en quoi consistent ces r&#233;formes, m&#234;me si on comprend qu'au minimum cela implique que soit assur&#233; par l&#224; un ensemble de besoins de base. Une mise en perspective aurait son sens aussi &#224; l'&#233;gard des &#8216;mouvements populaires', dont il faudrait sans doute expliciter le statut au-del&#224; de l'exp&#233;rience latino-am&#233;ricaine. Manifestations de l'initiative et donc de l'affirmation des pauvres eux-m&#234;mes, ce dont on a vu l'importance, il importerait de pr&#233;ciser leur r&#244;le par rapport au niveau politique, ou au reste de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, si le pape L&#233;on XIV n'est pas tr&#232;s explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter, c'est non seulement parce qu'elles rel&#232;vent pour la plupart de l'autonomie des choses terrestres, dont la responsabilit&#233; incombe aux la&#239;cs, mais parce que son propos principal dans ce texte n'est pas de cet ordre : il est dans le changement profond du regard et des pratiques, sans lequel le r&#233;sultat ne peut &#234;tre que partiel et frustrant, et risque de faire passer &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre avec le pauvre, essentielle pour le salut de tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le nom du futur pape : un choix d&#233;licat et charg&#233; de signification</title>
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		<dc:date>2024-01-09T16:25:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Nom du pape</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nous ne savons pas quand se posera la question du nom du futur pape, et peu importe ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de r&#233;fl&#233;chir sur ce que signifiera le choix qui sera fait le moment venu. Car c'est loin d'&#234;tre simple, ni neutre, qu'on imagine un Pie XIII, un Paul VII, un Jean-Paul III, un Beno&#238;t XVII, un Fran&#231;ois II&#8230; Ou encore, comme le pape Fran&#231;ois le faisait avec humour, un Jean XXIV.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste alors la possibilit&#233; d'une innovation. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;[Ecrit en janvier 2024 ; voir le commentaire final sur le nouveau pape &#233;lu en mai 2025]&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;[Ecrit en janvier 2024 ; voir le commentaire final sur le nouveau pape &#233;lu en mai 2025]&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous ne savons pas quand se posera la question du nom du futur pape, et peu importe ici. Mais il n'est pas sans int&#233;r&#234;t de r&#233;fl&#233;chir sur ce que signifiera le choix qu'il fera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les choix r&#233;cents et les pr&#233;c&#233;dents&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il fut un temps o&#249; ce choix &#233;tait assez naturel. Pendant plusieurs si&#232;cles, les papes restaient sagement sur des pr&#233;noms de pr&#233;d&#233;cesseurs, souvent des adjectifs moralisants (Innocent, Urbain, Cl&#233;ment etc.). Ce fut &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; le cas avec la s&#233;rie des Pie, activ&#233;e avec Pie VII &#224; la fin du XVIIIe si&#232;cle et rest&#233;e pr&#233;pond&#233;rante jusqu'&#224; Pie XII, mort en 1958. La plupart des papes de cette p&#233;riode ont pris ce nom, et de ce fait le choix n'&#233;tait pas porteur d'une signification particuli&#232;re. Il y a eu certes quelques papes qui ont fait des choix diff&#233;rents, mais c'&#233;tait sur des noms classiques de papes (L&#233;on, Gr&#233;goire, Beno&#238;t).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En un sens Jean XXIII pouvait &#234;tre interpr&#233;t&#233; dans cette optique, mais avec un &#233;l&#233;ment de nouveaut&#233; : un nom de pape certes (vu le chiffre) mais qui n'&#233;tait plus port&#233; depuis des si&#232;cles, et d'ailleurs pas par des papes connus. Mais comme on sait, il symbolise depuis le tournant majeur de Vatican II. Son successeur Paul VI est plus encore li&#233; avec le Concile : il a certes choisi un nom classique, d&#233;j&#224; port&#233; par un pape, mais c'&#233;tait il y a longtemps (XVIe s.). Dans les deux cas il semble bien que les saints de ce nom (saint Jean, saint Paul) aient eu plus d'importance dans le choix que les pr&#233;d&#233;cesseurs. Continuit&#233; donc en un sens, puisque ce sont des noms de papes, mais innovation au fond. Ensuite Jean-Paul Ier a innov&#233; plus nettement, puisqu'il a fait manifestement r&#233;f&#233;rence &#224; ses deux pr&#233;d&#233;cesseurs, mais par la nouveaut&#233; d'un nom double. Son successeur Jean-Paul II lui a rendu ensuite hommage, apr&#232;s son tr&#232;s court pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toute cette p&#233;riode pouvait donc accr&#233;diter une image combinant continuit&#233; et innovation. Seul Beno&#238;t XVI fera un choix un peu &#224; part, reprenant un nom classique de pape, encore honor&#233; au XXe si&#232;cle par Beno&#238;t XV, pr&#234;cheur de paix en plein conflit de 14-18 ; mais c'est aussi un nom de grand saint, saint Beno&#238;t, ce qui rappelait les choix de Jean XXIII et Paul VI.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le choix du pape Fran&#231;ois est dans cette perspective plus original. En effet il est le premier pape depuis le premier mill&#233;naire &#224; ne pas reprendre un nom de pr&#233;d&#233;cesseur. C'est bien s&#251;r &#224; nouveau un nom de grand saint, saint Fran&#231;ois d'Assise, en outre coh&#233;rent avec les choix pr&#233;f&#233;rentiels du nouveau pape. Plus traditionnel est en revanche son choix de ne pas s'appeler Fran&#231;ois Ier, car c'est le cas de tous les papes seuls de leur nom dans les listes officielles ; il s'appellera ainsi uniquement si apr&#232;s lui vient un Fran&#231;ois II. Mais il r&#233;sulte de tout cela un effet ind&#233;niable de nouveaut&#233; et m&#234;me de familiarit&#233;, que tente d'att&#233;nuer l'appellatif &#8216;pape Fran&#231;ois', parall&#232;lement &#224; &#8216;Fran&#231;ois' tout court.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que pourra faire le suivant ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera &#233;videmment libre mais il est int&#233;ressant d'&#233;valuer le poids des choix pr&#233;c&#233;dents, qui donnera une signification appr&#233;ciable &#224; ce que fera le nouveau pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si d&#233;j&#224; on imagine qu'il reprenne un choix de pr&#233;d&#233;cesseur proche, cela sera imm&#233;diatement per&#231;u comme une d&#233;claration de proximit&#233; avec le pape en question : ainsi un Pie XIII, un Jean XXIV, un Paul VII, un Jean-Paul III, un Beno&#238;t XVII, un Fran&#231;ois II &#233;ventuels seront mis dans la lign&#233;e de Pie XII, Jean XXIII etc. De m&#234;me sans doute, plus loin dans le temps, un Gr&#233;goire XVII, ou un L&#233;on XIV. De toute cette s&#233;rie les moins surinterpr&#233;t&#233;s seraient sans doute Jean XXIV (nom cit&#233; avec humour par le pape Fran&#231;ois), voire L&#233;on XIV, mais sans &#234;tre neutres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour &#233;viter cela, le recours &#224; un pape ant&#233;rieur ne donne pas une solution imm&#233;diate ; la plupart d'entre eux sont peu connus et le nom ne parlerait pas (Cl&#233;ment XV ? Innocent XIV ? Alexandre IX) ?). Il serait alors sans doute plus judicieux de prendre un nom qui soit aussi celui d'un saint important, comme ce fut le cas pour Jean et Paul : Nicolas VI, peut-&#234;tre Etienne X (ou XI), ou mieux Martin VI seraient alors les choix les plus naturels, notamment le dernier : Martin V est le pape qui a mis fin au grand schisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'autre solution est celle de Fran&#231;ois : prendre un nom sans pape pr&#233;d&#233;cesseur. On pourrait imaginer tout simplement d'abord que le nouveau pape garde son pr&#233;nom, cas assez normal au d&#233;but de la papaut&#233;, rar&#233;fi&#233; ensuite, le dernier &#233;tant Marcel II au XVIe s. Appliqu&#233; aux derniers papes cela aurait donn&#233; en fran&#231;ais Ange, Charles, Joseph ou Georges. C'est curieux mais concevable. Cela peut donner aussi un sens de modestie : je reste qui je suis&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sinon reste la solution du grand saint, comme Fran&#231;ois d'Assise ; beaucoup d'entre eux n'ont pas vu leur nom repris par un pape, et cela d&#232;s les ap&#244;tres : pas de pape Joseph, Jacques, Thomas, Philippe etc. Ni d'ailleurs Michel, ou encore Augustin, Basile, Athanase, Dominique, Ignace ou autre. Mais il faudra alors expliquer le choix par les particularit&#233;s du saint en question, ce qui sera moins imm&#233;diat qu'avec Jean, Paul ou Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit donc, le choix reste &#233;videmment ouvert. Mais il n'est pas neutre, et pas si facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Compl&#233;ment du 8 mai 2025&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'&#233;lection du pape L&#233;on XIV et le choix de ce nom s'inscrivent parfaitement dans cette analyse. D'un c&#244;t&#233; c'est un choix dans la continuit&#233; : un nom de pape relativement r&#233;cent, mais en &#233;vitant les identifications trop faciles et trop connot&#233;es avec les Pie, Paul, Jean-Paul etc. Comme il est dit ci-dessus, les moins surinterpr&#233;t&#233;s sont Jean XXIV et L&#233;on XIV. Mais ne n&#233;gligeons pas l'autre c&#244;t&#233; : l'allusion &#224; L&#233;on XIII, pape de la Doctrine sociale de l'Eglise, que tous ont relev&#233;e ; et aussi derri&#232;re, celle au pape saint L&#233;on le Grand, pape de la Doctrine (face aux monophysites) et de la Paix (face &#224; Attila). Un des plus grands papes de l'histoire.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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