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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>La dignit&#233; dans la d&#233;claration Dignitas infinita : un concept malcommode</title>
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		<dc:date>2024-04-10T15:13:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dignitas infinita</dc:subject>
		<dc:subject>Dignit&#233; humaine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitas infinita&lt;/i&gt; que vient de publier le dicast&#232;re pour la Doctrine de la foi avec l'approbation du pape Francois est importante &#8211; m&#234;me si elle contient peu d'&#233;l&#233;ments nouveaux. Et notamment elle confirme utilement de nombreux points parfois perdus de vue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la centralit&#233; donn&#233;e &#224; ce concept de dignit&#233;, malgr&#233; ses ambig&#252;it&#233;s multiples, soul&#232;ve de r&#233;elles questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; des paradoxes : on y condamne &#224; raison l'euthanasie au nom de la dignit&#233; humaine, mais ceux qui la demandent le font pr&#233;cis&#233;ment eux aussi au nom de la dignit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc y regarder de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dignite-humaine-+.html" rel="tag"&gt;Dignit&#233; humaine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Voil&#224; un texte bien difficile &#224; appr&#233;cier &#233;quitablement. Cette d&#233;claration du 25 mars et publi&#233;e le 7 avril provient du dicast&#232;re pour la Doctrine de la foi, mais avec l'approbation du pape Francois ; elle est donc importante. Elle rassemble des enseignements multiples du pape et de ses pr&#233;d&#233;cesseurs, sous l'&#233;gide du concept de dignit&#233; humaine, &#233;lev&#233; &#224; un niveau fondateur. Mais il y a en fait peu d'&#233;l&#233;ments nouveaux : c'est surtout sur la th&#233;orie du genre et sur le changement de sexe (cela dit, on aurait appr&#233;ci&#233; une r&#233;flexion plus en profondeur sur ces points). C'est surtout l'occasion de rappeler des enseignements parfois oubli&#233;s ou pass&#233;s sous silence ; ce qui est en soi bienvenu, ainsi en ce qui concerne le caract&#232;re objectif des pr&#233;ceptes moraux et de la vision de l'homme qui fondent ces enseignements. Je n'&#233;laborerai donc pas ces aspects.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Multiplicit&#233; de sens de la dignit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui va moins de soi est le concept m&#234;me de dignit&#233;, dans l'usage qui en est fait. Non qu'il y ait un doute sur le caract&#232;re fondamental de la dignit&#233; ontologique de l'homme, cr&#233;&#233; d'abord &#224; l'image de Dieu, dignit&#233; ensuite rehauss&#233;e par l'incarnation du Christ et la r&#233;demption (notions traditionnelles, qu'on retrouve par exemple dans l'offertoire de la messe tridentine). M&#234;me si l'id&#233;e nouvelle de dignit&#233; &#8216;infinie' ne va pas de soi. A proprement parler en effet, seul Dieu est infini ; de plus, si la dignit&#233; de l'homme &#233;tait vraiment infinie, au sens propre du terme, elle devrait en bonne logique &#234;tre un absolu l'emportant sur toute autre consid&#233;ration. On ne devrait jamais mettre quelqu'un en prison par exemple. Pourrait-il d'ailleurs aller en enfer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le texte note &#224; juste titre aux &#167; 7 et 8 qu'on peut comprendre la dignit&#233; de fa&#231;ons multiples et qu'en particulier &#224; c&#244;t&#233; de la dignit&#233; ontologique, que l'homme ne peut pas perdre, on a la dignit&#233; sociale (conditions de vie) et la dignit&#233; existentielle (appr&#233;ci&#233;e subjectivement). Et on a surtout la dignit&#233; morale, qui peut &#171; effectivement &#234;tre perdue &#187; (comme dit le texte) du fait du p&#233;ch&#233;. Cette notion traditionnelle est en effet essentielle. C'est &#224; ce titre que la th&#233;ologie classique, &#224; commencer par saint Thomas, justifiait la possibilit&#233; de traiter diff&#233;remment les personnes selon leur comportement : par exemple, de les arr&#234;ter et de les mettre en prison. Ce rappel du texte au &#167; 7 est bienvenu ; mais dans tout le reste du texte, on ne retrouve pratiquement plus de distinction : tout l'argumentaire se r&#233;f&#232;re &#224; une seule notion de dignit&#233;, dont on comprend qu'il s'agit de la seule dignit&#233; ontologique, elle-m&#234;me infinie...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Relevons pourtant que le texte lui-m&#234;me reconna&#238;t un &#233;tagement au niveau m&#234;me de la dignit&#233; ontologique, puisqu'il note au &#167; 20 la vocation de l'homme &#224; la &#171; pl&#233;nitude de la dignit&#233; &#187; - dans la vie &#233;ternelle. Pl&#233;nitude qui n'est donc pas encore atteinte&#8230; m&#234;me si naturellement c'est une &#233;minente dignit&#233; que d'y &#234;tre appel&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une utilisation peu &#233;vidente du concept de dignit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci pose deux s&#233;ries de probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, justement, l'effacement de l'id&#233;e d'une dignit&#233; morale conduit &#224; des raisonnements en blanc ou noir sur des sujets qui m&#233;riteraient plus de distinctions. Ainsi la guerre juste ou la peine de mort, b&#234;tes noires du pape Fran&#231;ois. Or il est bizarre de condamner radicalement la guerre au nom de l'absolu de la dignit&#233;, mais d'admettre le droit &#224; se d&#233;fendre, qui est une forme de guerre (demandez aux Ukrainiens). La th&#233;orie de la guerre juste m&#233;rite une traitement moins cavalier, et de ne pas manier la dignit&#233; comme un joker dans les raisonnements - et de m&#234;me pour la peine de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, la notion de dignit&#233; ne conduit pas aussi clairement que dit le texte &#224; certaines conclusions, qui supposent pour &#234;tre admises d'autres consid&#233;rations. Notamment religieuses ; car si le &#167; 6 explique que la dignit&#233; humaine &#171; infinie &#187; est perceptible m&#234;me aux yeux de la raison, cela ne va pas de soi dans la r&#233;alit&#233;. Cela suppose aussi, comme le texte le montre bien, une id&#233;e objective (et relationnelle) de la nature humaine et de ses droits et devoirs (&#167;&#167; 25 et suivants). Ce qui conduit &#224; une conception bien particuli&#232;re de la dignit&#233;, que ce terme n'implique pas n&#233;cessairement. Et qui n'est pas la conception dominante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, m&#234;me comprise ainsi, l'id&#233;e de dignit&#233; ne suffit pas pour en tirer toutes les cons&#233;quences que le texte veut en tirer. D&#233;j&#224; il ne va pas de soi que la peine de mort soit indigne, notamment compar&#233;e avec la prison &#224; vie ; la th&#233;ologie classique consid&#233;rait qu'un vrai criminel avait perdu suffisamment de dignit&#233; morale pour &#234;tre puni, y compris au prix de sa vie. Plus encore, alors que le texte condamne (&#224; raison) l'euthanasie, le fait de fonder ce jugement sur la dignit&#233; humaine ne va pas de soi, en particulier &#224; notre &#233;poque. Les d&#233;fenseurs de l'euthanasie l'appellent justement &#171; droit &#224; mourir dans la dignit&#233; &#187;. Pour condamner cette pratique, le recours &#224; la dignit&#233; ne suffit donc pas ; il faut y ajouter notamment ce simple commandement : &#171; tu ne tueras pas &#187;. De fa&#231;on analogue, si l'id&#233;e de dignit&#233; est pertinente pour condamner la GPA (car la personne humaine y fait l'objet d'une transaction), c'est moins &#233;vident pour la PMA : il faut pour cela y ajouter une consid&#233;ration sur la f&#233;condit&#233; humaine, qui passe par un rapport sexuel entre deux personnes, qui est ou devrait &#234;tre exclusivement un rapport d'amour. M&#234;me remarque pour la condamnation du changement suppos&#233; de sexe ; ce n'est une atteinte &#224; la dignit&#233; et donc contestable que parce que c'est une mutilation d'une part, et d'autre part la n&#233;gation d'une r&#233;alit&#233; naturelle, sans doute sympt&#244;me d'un mal-&#234;tre que l'op&#233;ration ne peut r&#233;soudre car si quelqu'un est m&#233;content d'&#234;tre une femme (ou un homme), ce n'est pas la mutilation et l'artifice qui y changeront quoi que ce soit. Il est dommage &#224; ce sujet qu'en abordant pour la premi&#232;re fois aussi clairement ces questions l'Eglise en reste &#224; un discours relativement peu &#233;labor&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous ces cas, la notion de dignit&#233; n'est donc pas un &#233;clairage v&#233;ritablement pertinent, ou plus exactement elle n'est pas suffisante ni m&#234;me toujours indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une port&#233;e mal ajust&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ajouterai que si la notion de dignit&#233; a le grand avantage de parler &#224; nos contemporains, comme celle de droits de l'homme, elle a deux d&#233;fauts communs avec celle-ci. D'un c&#244;t&#233;, l'Eglise en l'utilisant est oblig&#233;e chaque fois de rappeler que la conception qu'elle en a n'est que partiellement la m&#234;me que celle commun&#233;ment re&#231;ue dans nos soci&#233;t&#233;s ; d'o&#249; un risque permanent de confusion et de faux accord. D'un autre c&#244;t&#233;, ce sont des notions qui poussent naturellement &#224; la revendication, et donc &#224; une attitude centr&#233;e sur soi : au nom de mes droits ou de ma dignit&#233;, j'exige que&#8230; Elle est peu &#8216;relationnelle'. Or ce qui est plus fondamental que les droits, c'est les devoirs : je ne peux voir mes droits respect&#233;s que si les autres les respectent, c'est-&#224;-dire font leur devoir. De m&#234;me pour la dignit&#233; : il faut que les autres se reconnaissent le devoir de respecter ma dignit&#233; pour que celle-ci le soit. Et donc l&#224; aussi le concept de dignit&#233; n'est pas autosuffisant : sous cet angle, il doit &#234;tre ins&#233;r&#233; dans le contexte de la morale (et du devoir) d'un c&#244;t&#233;, et du bien commun de l'autre. Et donc des conditions r&#233;elles dans lesquelles vivent les soci&#233;t&#233;s humaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En particulier, l'ensemble des d&#233;veloppements du texte sur la dignit&#233; des pauvres, des exclus, des migrants etc., n'a de sens que replac&#233; dans le cadre de la soci&#233;t&#233;, des personnes, qui peuvent seules assurer les prestations en question. Mais c'est alors pour elles un devoir, &#224; assurer au mieux de leurs possibilit&#233;s, et sans remettre en cause la vie commune (comme dans le cas de migrations d&#233;passant les bornes). En faisant de la dignit&#233; un absolu (infini) on fait l'impasse sur cette r&#233;alit&#233; majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total donc, voici un texte dans la ligne du pontificat actuel, m&#234;lant des consid&#233;rations tr&#232;s bien venues et souvent courageuses, avec d'autres insuffisamment &#233;labor&#233;es et trop domin&#233;es par quelques concepts &#233;rig&#233;s en absolu. En r&#233;alit&#233;, la notion de dignit&#233; vaut surtout pour rappeler &#224; chaque d'entre nous ce qu'est essentiellement l'autre personne que nous rencontrons : une image de Dieu, malgr&#233; ses d&#233;fauts et limites. Mais comme concept explicatif &#224; usage large, elle est trop g&#233;n&#233;rale, trop polys&#233;mique pour &#233;clairer &#224; elle seule les questions qui se posent, et conduire &#224; des r&#233;ponses appropri&#233;es.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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