<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?id_mot=48&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>L'Eglise et la doctrine de la guerre juste : la tentation de l'abandon</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Un-tentation-nouvelle-affecte-l-Eglise-la.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Un-tentation-nouvelle-affecte-l-Eglise-la.html</guid>
		<dc:date>2026-07-23T08:25:18Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un tentation nouvelle affecte l'Eglise : la remise en cause de la doctrine traditionnelle de la guerre juste. Il y a un r&#233;flexe &#233;motionnel, devant l'association de ces deux termes, guerre et juste. Et une confusion, entre la doctrine catholique de la guerre juste et le fait que pratiquement tous ceux qui m&#232;nent des guerres pr&#233;tendent qu'elles sont justes. Mais certainement pas en invoquant la doctrine catholique sur le sujet !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Remettre en question cette doctrine serait une lourde erreur. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou. Bien rares sont les guerres qu'elle reconna&#238;t justes. Elle est donc un moyen de tenir compte de la r&#233;alit&#233; des relations internationales, des cas o&#249; la lutte est in&#233;vitable, tout en s'opposant &#224; la tr&#232;s grande majorit&#233; des guerres r&#233;elles. Il serait donc tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Religion et politique &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Guerre-juste-+.html" rel="tag"&gt;Guerre juste&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'encyclique du pape L&#233;on XIV &lt;i&gt;Magnifica Humanitas&lt;/i&gt; (MH) couvre de nombreux sujets ; son message central concerne l'Intelligence artificielle ou IA. Mais parmi les autres sujets abord&#233;s, il en est un qui revient d&#233;sormais r&#233;guli&#232;rement dans les r&#233;flexions au sein dans l'Eglise, non sans une certaine h&#233;sitation : celui de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une doctrine traditionnelle rappel&#233;e par le Cat&#233;chisme au N&#176; 2309 : &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; et que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition. Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le pape Fran&#231;ois, sans modifier pour autant le Cat&#233;chisme, avait &#233;mis dans &lt;i&gt;Fratelli tutti &lt;/i&gt; au N&#176; 258 l'id&#233;e que cette doctrine &#233;tait d&#233;pass&#233;e, notamment au vu des risques pos&#233;s par le nucl&#233;aire : &#171; Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste' &#187;. Et dans MH le pape L&#233;on XIV cite en note son pr&#233;d&#233;cesseur qui disait encore : &#171; De fait, ces derni&#232;res d&#233;cennies, toutes les guerres ont &#233;t&#233; pr&#233;tendument justifi&#233;es &#187;. Et : s'agissant de &#171; la possibilit&#233; d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire &#187;, &#171; on tombe facilement dans une interpr&#233;tation trop large de ce droit &#233;ventuel. On veut ainsi justifier indument m&#234;me des attaques &#8216;pr&#233;ventives' ou des actions guerri&#232;res qui difficilement n'entra&#238;nent pas &#8216;des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer' &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet devait initialement &#234;tre examin&#233; par les cardinaux dans leur r&#233;union de juin 2026 mais rien n'en est ressorti. Le cardinal Fernandez s'y est exprim&#233;, soulignant des d&#233;veloppements pr&#233;occupants comme la violence des op&#233;rations au Moyen Orient et &#224; Gaza, s'inqui&#233;tant en outre de la notion de guerre pr&#233;ventive, de la d&#233;valorisation de l'adversaire, d'une certaine culture de la guerre etc. Il a paru aussi &#233;voquer une possible manipulation de la doctrine sociale de l'&#201;glise, qui serait utilis&#233;e pour donner une base th&#233;orique &#224; des guerres injustes : &#171; au lieu de mettre fin aux guerres, elle contribue &#224; les justifier &#187;.Ce point para&#238;t surtout trouver un &#233;cho chez le pape L&#233;on, qui dit dans MH au N&#176; 192 : &#171; Aujourd'hui plus que jamais, il est important de r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre, sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Apr&#232;s la peine de mort, serait-ce une nouvelle tentation de renverser une doctrine pourtant constante dans l'histoire de l'Eglise ? Quel en est le sens et l'enjeu ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste : probl&#233;matique de la question &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord le fond. Je l'ai abord&#233; dans un livre paru en 2024 chez Boleine : &lt;i&gt;La guerre juste&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-guerre-juste.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-gu...&lt;/a&gt;. Peut-on parler de guerre juste ? Pour certains, la guerre &#233;tant fondamentalement mauvaise ne peut &#234;tre juste : c'est ce qui para&#238;t sous-jacent chez bien des interventions eccl&#233;siastiques. Surtout, il y a la crainte qu'admettre qu'il y a des guerres justes ouvre la porte &#224; la justification de toutes sortes de guerres. Pourtant dans la r&#233;alit&#233; on ne peut pas toujours &#233;viter la guerre : il arrive qu'on vous l'impose. Faudrait-il alors se laisser faire et laisser les agresseurs faire la loi ? La l&#233;gitime d&#233;fense est un cas &#233;vident de guerre qu'on ne peut pas ne pas mener. Il y a donc au moins un cas de guerre qu'on peut justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dit que la question est d&#233;pass&#233;e avec les armes nucl&#233;aires. Mais l'exp&#233;rience des cinquante derni&#232;res ann&#233;es montre de tr&#232;s nombreuses guerres, toutes en de&#231;&#224; du conflit nucl&#233;aire. Les Etats sont souverains, et il n'y a pas d'autorit&#233; mondiale qui arbitre entre leurs diff&#233;rends. Cela n'implique pas qu'il n'existe pas des r&#232;gles morales, ant&#233;rieures et sup&#233;rieures &#224; leur souverainet&#233; ; mais en l'absence d'un Etat universel, la consid&#233;ration du bien commun leur incombe d'abord. Il ne s'agit alors pas d'invoquer une id&#233;ologie pour justifier n'importe quoi, mais de r&#233;fl&#233;chir sur les donn&#233;es mat&#233;rielles et morales d'une situation. Et pour cela la r&#233;flexion sur la guerre juste garde son sens. Certes, l'horreur que suscite la guerre prend dans nos soci&#233;t&#233;s techniquement &#233;volu&#233;es une tout autre ampleur. Mais en r&#233;alit&#233;, loin de les encourager, les questions que pose la doctrine de la guerre juste sont propres &#224; mod&#233;rer les ardeurs agressives ou &#233;motionnelles, les classements en blanc et noir, que nos soci&#233;t&#233;s affectionnent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;O&#249; en est-on ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cette lumi&#232;re, les termes employ&#233;s ci-dessus par L&#233;on XIV peuvent surprendre : &#171; r&#233;affirmer le d&#233;passement de la th&#233;orie de la &#8216;guerre juste' trop souvent invoqu&#233;e pour justifier n'importe quelle guerre &#187;, &#171; sous r&#233;serve du droit &#224; la l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Cette formulation un peu rapide suscite notamment deux remarques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re est que si la plupart des bellig&#233;rants disent que leur guerre est juste, cela n'a rien &#224; voir avec la doctrine catholique traditionnelle de la guerre juste : depuis fort longtemps, personne n'a invoqu&#233; celle-ci pour justifier sa guerre. Et &#224; raison, car il y a fort peu de cas de guerre r&#233;cente qu'elle pourrait justifier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde remarque porte sur la &#171; l&#233;gitime d&#233;fense dans son sens le plus strict &#187;. Comme le rappelle le Cat&#233;chisme, c'est le motif central pour qualifier une guerre de juste. Mais en r&#233;alit&#233; il ne suffit pas &#224; lui seul : la l&#233;gitime d&#233;fense n'est pas un concept simple. Il faut d'abord prendre en compte les crit&#232;res &#233;voqu&#233;s ci-dessus, qui m&#234;me en cas de l&#233;gitime d&#233;fense restreignent sensiblement le champ des possibilit&#233;s, notamment au vu des consid&#233;rations sur les chances de succ&#232;s et la certitude raisonnable que les inconv&#233;nients ne l'emportent pas sur les r&#233;sultats attendus. Prenons le Kowe&#239;t envahi par Saddam Hussein : il &#233;tait en l&#233;gitime d&#233;fense. Mais s'il &#233;tait rest&#233; seul, quelles &#233;taient les chances de succ&#232;s de sa d&#233;fense ? D'un autre c&#244;t&#233;, si on prend les Etats-Unis et leurs alli&#233;s, qui sont venus &#224; son secours, en quoi &#233;taient-ils en l&#233;gitime d&#233;fense ? Ou alors on &#233;tend l'application de ce terme, au-del&#224; du &#171; sens strict &#187;. Mais alors on &#233;largit massivement le champ d'application. Cela pourrait aller alors jusqu'&#224; la guerre pr&#233;ventive &#8211; quand par exemple un pays hostile dit vouloir vous d&#233;truire et est en train de se doter de l'arme nucl&#233;aire : c'est ce que nous dit Isra&#235;l &#224; propos de l'Iran. A tort ou &#224; raison bien s&#251;r, et les chances de succ&#232;s ou de ne pas tomber dans une situation pire sont en l'occurrence bien faibles. Mais on mesure que la question est d&#233;licate et ne se r&#233;sout pas par quelques formules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question m&#233;rite donc en r&#233;alit&#233; un examen approfondi. Un d&#233;veloppement de la r&#233;flexion sur la notion de &#171; guerre juste &#187; serait sans doute utile. Mais &#224; condition de garder &#224; l'esprit que l'extr&#234;me prudence de la doctrine traditionnelle, loin d'&#234;tre un blanc-seing donn&#233; aux agresseurs, est au contraire un puissant garde-fou conceptuel. Il serait tr&#232;s dommage de l'abandonner ou de l'affaiblir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Pape Fran&#231;ois : esquisse de r&#233;trospective sur les particularit&#233;s du pontificat</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Pape-Francois-esquisse-de-retrospective-sur-les-particularites-du-pontificat.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Pape-Francois-esquisse-de-retrospective-sur-les-particularites-du-pontificat.html</guid>
		<dc:date>2024-10-12T15:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Bien qu'avanc&#233;, le pontificat du pape Fran&#231;ois a encore de quoi surprendre. Mais il est d&#233;j&#224; suffisamment rempli pour qu'un essai de r&#233;trospective soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une partie appr&#233;ciable de ses interventions s'inscrit dans le cadre de ce qui est attendu d'un pape, et qu'il a touch&#233; le c&#339;ur de beaucoup de gens. Ce n'est pas l&#224;-dessus qu'on insistera ci-apr&#232;s, mais sur ce qui le met &#224; part, notamment dans ses propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce pontificat restera sans doute dans les esprits comme un ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;cifique. Outre le temp&#233;rament personnel du pape, il ne se r&#233;duit ni &#224; un progressisme pur, ni &#224; une singularit&#233; latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;dominance des options politiques et sociales, vues sous un angle tr&#232;s personnel, et l'agacement du pape envers la pr&#233;cision intellectuelle lui donnent une tonalit&#233; tr&#232;s particuli&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Bien qu'avanc&#233;, le pontificat du pape Fran&#231;ois a encore de quoi surprendre. Mais il est d&#233;j&#224; suffisamment rempli pour qu'un essai de r&#233;trospective soit possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi qu'une partie appr&#233;ciable de ses interventions s'inscrit dans le cadre de ce qui est attendu d'un pape, et qu'il a touch&#233; le c&#339;ur de beaucoup de gens. Ce n'est pas l&#224;-dessus qu'on insistera ci-apr&#232;s, mais sur ce qui le met &#224; part, notamment dans ses propos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, ce pontificat restera sans doute dans les esprits comme un ph&#233;nom&#232;ne sp&#233;cifique. Outre le temp&#233;rament personnel du pape, il ne se r&#233;duit ni &#224; un progressisme pur, ni &#224; une singularit&#233; latino-am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des messages portant avant tout sur des causes mondaines, bien au-del&#224; du cadre chr&#233;tien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d'abord les messages, tels qu'ils sont en g&#233;n&#233;ral per&#231;us. Ecologie et migrants sont les plus intenses. Or ce sont des questions int&#233;ressant croyants et non-croyants : la motivation du pape est religieuse, mais l'objet rel&#232;ve d'une appr&#233;ciation prudentielle, et politique au sens large. Sur l'&#233;cologie, l'&#233;cho a &#233;t&#233; consid&#233;rable, mais le message proprement religieux n'arrive qu'&#224; la fin de &lt;i&gt;Laudato si'.&lt;/i&gt; Sur les migrations, plus disput&#233;es, le pape porte une appr&#233;ciation d'ordre politique en faveur d'un v&#233;ritable droit &#224; l'immigration, qui va bien au-del&#224; de la sollicitude biblique pour un h&#244;te de passage ; et il la m&#234;le avec un vocabulaire religieux, qualifiant m&#234;me de p&#233;ch&#233; grave les tentatives syst&#233;matiques de repousser les migrants (audience du 28 ao&#251;t 2024) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Christianisme-et-migration-la-grande-illusion.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Chris...&lt;/a&gt;). Dans la m&#234;me perspective, on trouve des vues personnelles comme l'hostilit&#233; &#224; la finance (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Entreprises-marche-et-finance-dans-Laudato-si-une-appreciation-bien-negative.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Entre...&lt;/a&gt;), l'&#233;conomie rendue responsable de la pauvret&#233; et des guerres, la r&#233;serve &#224; l'&#233;gard du niveau national (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-pa...&lt;/a&gt; ), ou l'hostilit&#233; &#224; la peine de mort (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est en revanche plus clairement sur le terrain de la foi avec le souci du pape envers les p&#233;riph&#233;ries, l'appel &#224; la mis&#233;ricorde, ou m&#234;me l'exaltation de la fraternit&#233;. Mais si le lien avec le message chr&#233;tien est manifeste, celui-ci n'en a pas le monopole, et surtout le pape les ins&#232;re dans un contexte plus large. L'id&#233;e de fraternit&#233; notamment, th&#232;me central de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, va pour lui au-del&#224; du christianisme et vise l'ensemble des religions et au-del&#224; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, on a le sentiment que dans ce qui est per&#231;u de ces enseignements, caract&#233;ristiques du pape, la dimension sp&#233;cifiquement chr&#233;tienne n'est pas mise au centre, hors croyance g&#233;n&#233;rale en un Dieu commun &#224; toutes les religions. Ce qu'on entend est ins&#233;r&#233; dans le monde, au service de causes politiques ou sociales, tr&#232;s marqu&#233;es par les opinions personnelles de Fran&#231;ois. L'enseignement proprement chr&#233;tien du pape, appr&#233;ciable par ailleurs, est comme occult&#233; par ces messages tonitruants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre ordre d'id&#233;es, on est frapp&#233; par la faible place prise par l'effondrement spectaculaire de la foi chr&#233;tienne et catholique dans ses bastions traditionnels (hors Afrique et Asie) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-demographie-glaciale-qui-attend-l-Eglise-et-sa-disparition-de-la-scene.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-de...&lt;/a&gt; ) La r&#233;action para&#238;t en regard faible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La m&#233;fiance &#224; l'&#233;gard de la doctrine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la foi et des m&#339;urs, il faut noter la m&#233;fiance du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard de tout ce qui est doctrine et notamment d&#233;finition claire et affirmative, qu'il ressent comme source d'exclusion : des &#8216;pierres' lanc&#233;es &#224; la figure des gens, pour reprendre son expression, source de pharisa&#239;sme et de rigidit&#233;. La v&#233;rit&#233; elle-m&#234;me para&#238;t s'identifier &#224; l'action, la pens&#233;e &#233;tant &#233;volutive et en marche : la praxis plut&#244;t que la th&#233;orie, le temps plus que &#8216;l'espace' (le pouvoir), &#171; la r&#233;alit&#233; plus importante que l'id&#233;e &#187;, le tout sous l'action suppos&#233;e permanente de l'Esprit. C'est sans doute ce m&#234;me trait privil&#233;giant la spontan&#233;it&#233; sur la rigueur qui explique ses d&#233;clarations parfois &#233;tranges, ou certains passages surprenants de ses nombreux livres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela bouleverse l'id&#233;e d'un enseignement coh&#233;rent dans le temps, fond&#233; sur le d&#233;p&#244;t de la foi. Conjugu&#233; avec le souci des p&#233;riph&#233;ries, cela d&#233;bouche sur le choix d'une &#8216;Eglise en sortie', k&#233;notique. Mais qui de ce fait ne b&#233;n&#233;ficie plus des m&#234;mes rep&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On mettra de m&#234;me &#224; part sa conception tr&#232;s particuli&#232;re du &#8216;peuple', jug&#233; cr&#233;atif et capable d'inculturer &#224; chaque &#233;poque et de mani&#232;re nouvelle l'Evangile. Ce peuple est con&#231;u comme d'ordre &#8216;mythique', r&#233;alit&#233; vivante elle aussi en mouvement, qui ne peut &#234;tre abord&#233; que par l'intuition. Et se renouvelant sans cesse par les migrations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; doctrinalement une ambig&#252;it&#233; &#233;tudi&#233;e, avec occasionnellement une embard&#233;e vers la rupture (cas de la peine de mort). Ainsi sur les questions de m&#339;urs, celle des divorc&#233;s remari&#233;s &#233;tant exp&#233;di&#233;e par une &#233;trange note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, glos&#233;e ensuite. Ou sur la b&#233;n&#233;diction ambigu&#235; de &#8216;couples' de m&#234;me sexe (&lt;i&gt;Fiducia supplicans&lt;/i&gt;) (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-magistere-catholique-apres-Fiducia-supplicans-retour-sur-une-etrange.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-ma...&lt;/a&gt;). C&#244;t&#233; positif, on notera ses gestes justement appr&#233;ci&#233;s envers les personnes marginalis&#233;es. Mais trop vite le message, insuffisamment pr&#233;cis&#233;, se brouille : &#171; qui suis-je pour juger ? &#187;. Comment alors situer l'homosexualit&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus gravement, ceci rejoint ses accents interreligieux surprenants, paraissant mettre les diff&#233;rentes religions sur le m&#234;me plan comme des voies comparables vers Dieu, ce qui n'est pas le message chr&#233;tien. Comme il l'a expliqu&#233; &#224; Singapour, &#171; toutes les religions sont un chemin vers Dieu &#8230; comme des langues diff&#233;rentes &#8230; Il n'y a qu'un seul Dieu, et &#8230; nos religions sont &#8230; des chemins vers Dieu &#187;. Mais alors qu'est-ce qui fonde son magist&#232;re ? Il d&#233;crit par ailleurs l'islam comme religion de paix &#8211; contrairement aux faits. Et il traite le &#8216;pros&#233;lytisme' de &#8216;b&#234;tise magistrale'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est l'affaiblissement du message, qui devient&lt;br class='autobr' /&gt; flottant ou subjectif. Pourtant le pape sait &#234;tre clair et ferme &#224; l'occasion, ainsi sur l'avortement. Et par ailleurs cette ambig&#252;it&#233; n'est pas dans la ligne progressiste, qui voudrait des changements explicites, sur les m&#339;urs, sur la place des femmes etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un exercice bien particulier du pouvoir&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce que l'on comprend de l'exercice du pouvoir &#224; Rome, Fran&#231;ois a les qualit&#233;s et les d&#233;fauts de la personnalit&#233; autoritaire : d&#233;cisive pour trancher certains n&#339;uds gordiens, moins efficace lorsque cela se m&#234;le avec la multiplication des canaux de consultation et de d&#233;cision et leur brouillage. Le th&#232;me de la synodalit&#233; coexiste de fa&#231;on &#233;trange avec cette r&#233;alit&#233;. L'avenir dira ce qui en ressortira ; mais l'exercice, men&#233; avec une relative h&#226;te, ne para&#238;t pas &#224; ce stade d&#233;boucher sur des r&#233;sultats lisibles, d'autant que le r&#244;le du pape en ressort plus que jamais renforc&#233; (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ecologie-autoritaire-et-synodalite-controlee-les-approches-particulieres-du.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ecolo...&lt;/a&gt; ).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En contraste, l'exaltation de l'ouverture &#224; tous (&lt;i&gt;todos !&lt;/i&gt;) se conjugue &#233;trangement avec la traque des conservateurs et surtout des tradis (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Traditionis-custodes-la-mauvaise-methode.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Tradi...&lt;/a&gt;). M&#234;me si l'acharnement de certains au Vatican n'est sur ce point pas totalement suivi par le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'avenir para&#238;t donc plus que jamais ouvert&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au total, la sp&#233;cificit&#233; personnelle para&#238;t &#234;tre le trait dominant de ce pontificat intense et disruptif. Ce qui ne veut pas dire qu'il n'aura pas d'effets par la suite, entre autres au vu des nominations au conclave, tr&#232;s orient&#233;es. Mais ce sera sans doute autrement, m&#234;me si cette suite veut s'inscrire dans ses pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, le progressisme politique peut se perp&#233;tuer un certain temps, quitte &#224; ce qu'&#224; terme une r&#233;orientation s'impose, au vu des r&#233;sultats peu convaincants de cette orientation. L'ambigu&#239;t&#233;, elle, ne peut durer, la fonction pontificale &#233;tant essentiellement magist&#233;rielle : il ne s'agit pas de tout r&#233;genter, mais d'&#234;tre clair. Et il sera urgent d'insister &#224; nouveau sur le c&#339;ur du message sp&#233;cifique du christianisme : l'annonce du salut, de la vie &#233;ternelle en Dieu, salut qui passe par le Christ et donc par la foi en Lui, et en qui seul se fonde la charit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste pour l'avenir un point majeur : la centralit&#233; omnipr&#233;sente du pape dans l'Eglise, o&#249; Fran&#231;ois est le point culminant d'une &#233;volution qui avait commenc&#233; au XIXe si&#232;cle et n'a fait que se renforcer avec les papes postconciliaires, jusqu'&#224; lui inclus, et clairement &#224; l'exc&#232;s. Mais sur ce point l'avenir est ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sous une forme un peu modifi&#233;e dans&lt;/i&gt; Politique magazine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note compl&#233;mentaire&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On saluera avec l'encyclique &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt;, sur le Sacr&#233; C&#339;ur, du 24 octobre 2024, la nouveaut&#233; d'un beau texte majeur, profond&#233;ment et essentiellement religieux. Cela &#233;quilibre la tonalit&#233; dominante de ses textes ant&#233;rieurs, et donne un sens, un arri&#232;re-plan &#224; toutes ses interventions : c'est le r&#244;le central du c&#339;ur, de l'amour. Cela corrige aussi quelque peu ses propos sur l'&#233;galit&#233; des religions, car il souligne en passant l'apport unique du christianisme. Et cela explique mieux les engagements militants, notamment &#224; l'usage des chr&#233;tiens, tout en confirmant sa tendance &#224; la relativisation de l'intelligence ou de la raison. Cela ne fait donc pas dispara&#238;tre les limites relev&#233;es. Au contraire, l'exaltation de l'affectivit&#233;, oppos&#233;e &#224; la raison, et qu'il tend &#224; confondre avec la personnalit&#233; profonde, peut justifier des positions irrationnelles ou contre-productives, sans l'appui traditionnel sur la doctrine et le discernement critique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le magist&#232;re catholique apr&#232;s Fiducia supplicans : retour sur une &#233;trange approche</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-magistere-catholique-apres-Fiducia-supplicans-retour-sur-une-etrange.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-magistere-catholique-apres-Fiducia-supplicans-retour-sur-une-etrange.html</guid>
		<dc:date>2024-01-22T16:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Fiducia supplicans</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s ces exp&#233;riences &#233;tranges.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son grand agenda de transformation de l'Eglise n'a que tr&#232;s rarement pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Mais on juxtapose une praxis &#233;volutive &#224; une doctrine suppos&#233;e maintenue, sans vrai pont entre les deux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. L'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. Y compris, d&#233;sormais, chez bien des &#8216;conservateurs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fiducia-supplicans-+.html" rel="tag"&gt;Fiducia supplicans&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ce texte a soulev&#233; dans l'Eglise un toll&#233;. En soi, c'est tr&#232;s nouveau. Mais la probl&#233;matique sous-jacente n'est pas une nouveaut&#233; totale, tant s'en faut. Elle conduit &#224; s'interroger sur l'exercice m&#234;me du magist&#232;re apr&#232;s l'exp&#233;rience &#233;trange de ce pontificat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Moins de doctrine, plus de processus&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, depuis le d&#233;but se sont multipli&#233;es les interventions pontificales h&#226;tives et improvis&#233;es, les d&#233;clarations &#224; l'emporte-pi&#232;ce dans l'avion ou devant des journalistes sur lesquelles les services du Vatican doivent ensuite fournir des explications embarrass&#233;es. Mais cela pouvait rester une question de temp&#233;rament personnel du pape. Plus significatifs sont les textes soigneusement ambigus, &#224; commencer par la fameuse note de &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt; (AL) sur les divorc&#233;s-remari&#233;s : l'opacit&#233; du texte et le choix du support (note de bas de page) avaient suscit&#233; des torrents de commentaires ; le pape lui-m&#234;me avait d&#251; faire une d&#233;claration, o&#249; il validait l'interpr&#233;tation des &#233;v&#234;ques argentins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il semble bien qu'il y ait l&#224; une m&#233;thode et une position globales. On sait que le pape Fran&#231;ois a une grande m&#233;fiance par rapport &#224; ce qu'il voit comme les risques de la doctrine : risque du pharisa&#239;sme qui jette des affirmations abruptes &#224; la figure des gens, &#171; comme des pierres &#187; dit-il ; risque plus profond de bloquer, par des objections, des processus se d&#233;roulant dans le temps et qui en ont besoin. Cela se r&#233;sume dans la conjonction de deux de ses aphorismes favoris : &#171; le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace &#187; (l'espace symbolisant la prise de contr&#244;le, jug&#233;e suspecte) et &#171; la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e &#187; (m&#233;fiez-vous des id&#233;es et de leur logique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en r&#233;sulte que son agenda de transformation de l'Eglise n'a presque jamais pris la forme d'une position doctrinale remettant directement en cause des enseignements ant&#233;rieurs. Bien au contraire, il a insist&#233; chaque fois sur l'id&#233;e que la doctrine ne changeait pas. Le fait est &#233;vident avec &lt;i&gt;Fiducia supplicans&lt;/i&gt; (FS), &#224; travers les propos r&#233;p&#233;t&#233;s de son porte-parole le cardinal Fernandez. Mais r&#233;guli&#232;rement on introduit, &#224; c&#244;t&#233; de la doctrine, des &#233;l&#233;ments nouveaux qui, pour un esprit logique, ne sont pas d'embl&#233;e coh&#233;rents avec elle, et notamment une pratique (une praxis ?) nouvelle, cens&#233;e &#234;tre l'&#233;mergence, dans le temps, de processus situ&#233;s &lt;i&gt;dans la r&#233;alit&#233;&lt;/i&gt;, sup&#233;rieurs selon cette approche &#224; &lt;i&gt;l'id&#233;e&lt;/i&gt; doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le seul cas o&#249; on peut voir un changement frontal assum&#233; de la doctrine est la peine de mort, avec une modification brutale du cat&#233;chisme, d&#233;cid&#233;e sans d&#233;bat ni concertation, d'ailleurs inutile puisque l'impossibilit&#233; pratique de la mettre en &#339;uvre dans le contexte actuel &#233;tait d&#233;j&#224; affirm&#233;e par le texte ant&#233;rieur. Mais ce dernier prenait soin de rappeler la doctrine traditionnelle sans la contredire. Ici, dans la formulation comme dans les justificatifs, on donne l'impression que l'&#233;volution de la sensibilit&#233; (sur la &#8216;dignit&#233; de l'homme') suffit &#224; elle seule pour remettre en cause vingt si&#232;cles pratiquement unanimes et solidement appuy&#233;s sur la Bible. De fa&#231;on symptomatique, ici aussi, le processus &#233;volutionniste prime manifestement sur l'attachement &#224; la permanence de la v&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Faire glisser la doctrine par juxtaposition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait que c'est l&#224; le seul exemple de changement assum&#233; ne signifie pas qu'il n'y ait pas d'autres exemples de changements r&#233;els, mais plus subtils. Ils ne se pr&#233;sentent pas comme tels, mais juxtaposent des affirmations nouvelles avec la doctrine ant&#233;rieure, sans faire le pont entre les deux. Ainsi du passage de la d&#233;claration d'Abu Dhabi, indiquant que le pluralit&#233; des religions &#233;tait voulue par Dieu : les bonnes &#226;mes l'expliquent par des besoins diplomatiques. Mais ce sont toutes les &#233;vocations que le pape Fran&#231;ois fait des religions autres que chr&#233;tiennes qui manifestent chez lui une forme d'acceptation de cette pluralit&#233;. Et ce n'est jamais confront&#233; avec la doctrine, celle que rappelait nagu&#232;re encore la d&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Jesus&lt;/i&gt;, pour qui le christianisme est la seule religion essentiellement vraie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me remarque vaut pour un texte majeur du magist&#232;re comme l'encyclique Fratelli tutti, comme je l'avais fait observ&#233; dans un article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt;). A c&#244;t&#233; d'une inspiration de fond stimulante (sur la fraternit&#233; notamment), le pape met de nombreuses touches personnelles aboutissant &#224; modifier de fait sensiblement l'enseignement magist&#233;riel. Ainsi sur les migrations, paraissant affirmer un droit absolu, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut, et marginalisant l'Etat national, comme si d&#233;sormais le seul bien commun &#233;tait universel. Ou la guerre juste, le pape expliquant m&#234;me que la doctrine jusque-l&#224; permanente n'a plus de valeur &#8211; mais sans la changer. Plus troublante est &#224; nouveau la place de la religion. L'essentiel du texte se comprend sans religion (m&#234;me s'il utilise des textes chr&#233;tiens) ; ce n'est qu'&#224; la fin qu'on lit d'une part que la fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu ; mais que d'autre part celle-ci suffit, donc dans le cadre de n'importe quelle religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De tels glissements sont &#224; rapprocher de ce qui a &#233;t&#233; relev&#233; en mati&#232;re morale, avec &lt;i&gt;AL&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt;. Dans ces cas, c'est l'appel au discernement qui prend de telles proportions qu'on ne sait plus quelle est la port&#233;e r&#233;elle des principes. Cela aboutit en pratique &#224; la m&#234;me juxtaposition de r&#232;gles g&#233;n&#233;rales maintenues et de possibilit&#233;s ouvertes, dont la coh&#233;rence avec les pr&#233;c&#233;dentes n'est pas v&#233;ritablement trait&#233;e. Dans ces deux cas, la logique de ces voies nouvelles, telles qu'on les comprend spontan&#233;ment, e&#251;t impliqu&#233; par coh&#233;rence une modification des principes : un deuxi&#232;me mariage dans un cas (comme chez les orthodoxes) ; une r&#233;vision de la morale sexuelle (notamment sur l'homosexualit&#233;) dans l'autre. Mais cela aurait soulev&#233; de tr&#232;s graves questions et justement ce n'est pas la m&#233;thode employ&#233;e. La solution est attendue de la praxis, du travail du temps, suppos&#233; guid&#233; par l'Esprit. Mais comment concilier cela avec un magist&#232;re ? Si la doctrine se trouve relativis&#233;e de fait par le titulaire en place, quelle est l'autorit&#233; de l'un et de l'autre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une approche nouvelle mais peu convaincante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette approche est en partie explicable par une tradition j&#233;suite o&#249; l'exaltation du discernement a pu d&#233;boucher autrefois sur les joies de la casuistique, et par le contexte argentin de la th&#233;ologie du peuple, m&#233;fiante &#224; l'&#233;gard des &#233;lites. Ce n'est pas celle du magist&#232;re ant&#233;rieur, attach&#233; &#224; la continuit&#233; et &#224; la coh&#233;rence dans la doctrine. Mais ce n'est pas non plus celle des progressistes : ils soutiennent le pape Fran&#231;ois, mais auraient pr&#233;f&#233;r&#233; des positions nettes, des changements doctrinaux assum&#233;s, voire une anthropologie diff&#233;rente. Ceux qui pensaient que &lt;i&gt;FS&lt;/i&gt; apaiserait les dissidents allemands ou autres seront bien d&#233;&#231;us.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Combin&#233;e avec un style de gouvernement abrupt et autoritaire, cette m&#233;thode &#233;trange et in&#233;dite suscite in&#233;vitablement des r&#233;actions embarrass&#233;es. Si la r&#233;volte contre FS reste un cas exceptionnel, l'effet dominant de tout cela est en d&#233;finitive un plus grand d&#233;tachement &#224; l'&#233;gard du magist&#232;re. D&#233;tachement des progressistes, mais c'&#233;tait le cas depuis longtemps. Mais d&#233;sormais aussi des conservateurs, comme on le voit notamment aux Etats-Unis, avec la multiplication de livres et articles sur les limites de la papaut&#233; et sur les exc&#232;s pass&#233;s de ce qu'ils appellent hyperpapalisme, qu'ils font d'ailleurs remonter bien avant Fran&#231;ois. En clair, les conservateurs sont de moins en moins ultramontains : une rupture historique majeure, et trop peu soulign&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le successeur de Fran&#231;ois devra donc s'y prendre autrement, sauf &#224; &#233;largir la d&#233;chirure, ou &#224; perdre encore en cr&#233;dibilit&#233;. Plus d'&#233;coute, plus de coh&#233;rence, et la concentration sur l'essentiel : le message permanent de la foi et ses exigences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Catholicisme : Du bon usage du magist&#232;re </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html</guid>
		<dc:date>2021-02-13T15:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re catholique n'a pas de sens s'il n'est pas pris au s&#233;rieux et suivi, au moins par les plus engag&#233;s et les plus fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sortie de l'encyclique Fratelli tutti, apr&#232;s d'autres textes, donne &#224; la question un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ? Et au fond, &#224; quoi nous engage ce magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autorite-dans-l-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Autorit&#233; dans l'Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; abord&#233; cette question dans &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ?&lt;/i&gt; (2018). Mais la sortie de l'encyclique &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, apr&#232;s d'autres textes, lui donne un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique fid&#232;le, qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques faits de base. Le point central est que le magist&#232;re n'a d'autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (c'est-&#224;-dire de morale). Pas de fait, de v&#233;rit&#233; scientifique, ou de choix prudentiel dans une situation donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point important est la distinction que fait le magist&#232;re lui-m&#234;me entre trois niveaux d'autorit&#233; (Code de droit canonique, canons 747 sqq.). Deux d'entre eux rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; : c'est d'abord le magist&#232;re extraordinaire du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique ; puis le magist&#232;re ordinaire universel des &#233;v&#234;ques et du pape, dans leur enseignement permanent. Et l&#224; il faut que le caract&#232;re d'infaillibilit&#233; soit clairement &#233;tabli : comme il est dit, &#171; aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Mais si c'est le cas, l'adh&#233;sion pleine du fid&#232;le est demand&#233;e, car elle fait partie int&#233;grante de la foi. Il y a ensuite un troisi&#232;me niveau (canon 752 du Code), qui est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : dans ce cas, ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. L'adh&#233;sion demand&#233;e n'est alors pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [&lt;i&gt;obsequium&lt;/i&gt;] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. On peut ajouter enfin un dernier niveau, encore en de&#231;&#224;, qui est l'enseignement courant des &#233;v&#234;ques : il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y adh&#233;rer avec une &#171; r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;. On aurait donc tort de consid&#233;rer que tout ce que disent le pape ou les &#233;v&#234;ques doit &#234;tre automatiquement re&#231;u tel quel : il y a une claire hi&#233;rarchie, et si le respect confiant et l'&#233;coute sont toujours demand&#233;s, le degr&#233; d'adh&#233;sion final varie consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que si cet enseignement &#233;tait immuable, la question du magist&#232;re ne se poserait pas. Mais comme on sait, il fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. La conception orthodoxe de ce d&#233;veloppement (voir ici mon &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; Lethielleux-Art&#232;ge 2018) est qu'il s'agit du d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans ce qu'on appelle le &#171; d&#233;p&#244;t de la foi &#187;, issu de la R&#233;v&#233;lation et transmis &#224; travers les Ecritures et la Tradition. Ce n'est donc pas une innovation sur le fond, car il n'y a pas de nouvelle r&#233;v&#233;lation divine. Le magist&#232;re est l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise, d&#233;velopp&#233;s au fil des questions et de la r&#233;flexion certes, mais contenus potentiellement dans ces pr&#233;misses ; cela n'a rien &#224; voir avec le r&#244;le d'un gourou qui d&#233;ciderait arbitrairement la ligne du moment. Cela n'a rien &#224; voir non plus avec l'action d'un parlement qui change des lois lorsqu'il le juge bon. Il s'en d&#233;duit logiquement que ces d&#233;veloppements ne peuvent pas contredire les enseignements pr&#233;c&#233;dents s'ils sont d&#233;finitifs. Et c'est logique : pourquoi suivre un magist&#232;re qui proclamerait ce qu'il pr&#233;senterait comme des v&#233;rit&#233;s, mais qui se contredirait au fil du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va quelque peu diff&#233;remment du &#171; magist&#232;re authentique &#187;, qui n'est pas d&#233;finitif. Des fluctuations sont alors possibles, s&#251;rement dans l'expression, mais &#233;ventuellement aussi dans le contenu des enseignements en question. En effet, si des affirmations rel&#232;vent r&#233;ellement du magist&#232;re, elles contiennent des &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; essentiels ; mais il est parfaitement possible hors infaillibilit&#233; (et notamment au niveau du magist&#232;re authentique), que ces &#233;l&#233;ments restent partiels, ou insuffisamment exprim&#233;s, ou accompagn&#233;s d'erreurs de fait. Dans ce m&#234;me livre je discerne des cas historiquement constat&#233;s d'affirmations qui ont &#233;t&#233; nuanc&#233;es ou corrig&#233;es par la suite. C'est lorsqu'elles ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, et donc sans effectuer une synth&#232;se suffisante. Ou, plus fr&#233;quemment, si elles s'appuyaient en r&#233;alit&#233; sur des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et d&#232;s lors transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques, appr&#233;ciations de situation etc.). C'est ce que nous reverrons plus en d&#233;tails. Dans les faits cependant, comme je l'ai montr&#233; dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement visant soigneusement &#224; la coh&#233;rence, et o&#249; les points d'inflexion sont peu nombreux et explicables, il est peu douteux que les fid&#232;les peuvent avoir le sentiment d'&#233;volutions beaucoup plus significatives dans ce que leurs pasteurs leur disent, surtout depuis soixante ans, d'autant que de nombreuses voix, m&#234;me &#224; niveau &#233;lev&#233;, tendent &#224; accr&#233;diter une interpr&#233;tation &#233;volutive du magist&#232;re. C'est notamment le cas avec l'enseignement du pape Fran&#231;ois, m&#234;me si de nombreuses voix non moins autoris&#233;es soulignent au contraire sa continuit&#233; avec l'enseignement ant&#233;rieur. Avant d'&#233;voquer ces questions plus en d&#233;tails, il est important de relever que les points en question ne se situent que rarement au c&#339;ur de la doctrine traditionnelle, et dans ce cas pas de fa&#231;on nette (ainsi la fameuse note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;). En fait il s'agit bien plus de questions &#224; la fronti&#232;re de la r&#233;flexion morale et du choix politique ou &#233;conomique, comme les migrations, la peine de mort ou la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci souligne d'autant plus le besoin d'une r&#233;flexion claire et lucide sur les limites du magist&#232;re dans ces mati&#232;res, ce qui sera notre sujet ici. Ajoutons que la probl&#233;matique est en l'esp&#232;ce color&#233;e par l'insistance du pape Fran&#231;ois sur une approche pastorale, visant &#224; mettre en mouvement les chr&#233;tiens, et &#224; lancer des processus &#233;volutifs, plus que sur une &#233;laboration doctrinale pr&#233;cise, dont il craint les effets bloquants. Ce qui peut conduire &#224; un effet de flou doctrinal. On sait en effet que le pape Fran&#231;ois s'est souvent montr&#233; m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale : il la per&#231;oit parfois comme un carcan, que des personnes peu mis&#233;ricordieuses instrumentalisent (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple, qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. On comprend bien s&#251;r ce souci. Mais l'inconv&#233;nient d'un tel positionnement est qu'il risque de jeter le trouble, sans donner de r&#233;ponse claire, surtout quand le pape ne r&#233;pond pas avec la clart&#233; voulue aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; des quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Et cela tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que la doctrine change. Sachant que le pape Fran&#231;ois n'a en r&#233;alit&#233; jamais remis en cause la validit&#233; de l'approche doctrinale en soi, ni la permanence de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question clef de la limite entre morale et savoir profane : le cas de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la question du degr&#233; d'autorit&#233; des d&#233;clarations du magist&#232;re, se pose la question de ses limites, et notamment de ce qui sort du champ de la loi et des m&#339;urs. On l'a dit, par exemple, les questions scientifiques et techniques sont en principe exclues du champ du magist&#232;re. Mais o&#249; est la limite exacte entre les deux ? J'ai examin&#233; en d&#233;tails ce point dans le cas de l'&#233;conomie (revue &#8216;&lt;i&gt;Sedes Sapientiae&lt;/i&gt;' au N&#176; 147 mars 2019). La difficult&#233; vient du fait que tout jugement moral comporte une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; et un tel examen inclut tr&#232;s souvent, et de fa&#231;on parfois essentielle, une dimension technique ou scientifique. Il en r&#233;sulte qu'il est presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension morale, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il ne l'est a priori pas (&lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; nous le rappelle d'ailleurs, &#224; propos des donn&#233;es &#233;cologiques). Il est donc n&#233;cessaire de tenter de pr&#233;ciser cette limite. Ajoutons que cela peut donner un &#233;clairage sur le d&#233;veloppement de la doctrine, car ces &#233;nonciations d&#233;pendent en partie de notions scientifiques et techniques, ou encore de perceptions sociales qui sont l&#233;gitimement en &#233;volution. Cela m&#234;me si les exigences proprement &#233;thiques d&#233;gag&#233;es par le magist&#232;re doivent garder leur valeur dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, j'ai propos&#233; quatre exemples o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre vu comme un changement doctrinal ou &#224; une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure, m&#234;me s'il y a &#224; mon sens en r&#233;alit&#233; continuit&#233; dans le jugement moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple, de loin le plus important, est l'usure (au sens ancien de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t). On est en effet pass&#233; d'une condamnation abrupte autrefois &#224; une acceptation de fait et en partie de droit - m&#234;me si on n'a pas de texte clair et d&#233;finitif sur le sujet. On pr&#233;tend parfois qu'on a proc&#233;d&#233; par multiplication des exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne d'interdiction, au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas, mais sans la faire dispara&#238;tre. Mais ce n'est pas coh&#233;rent avec la pratique actuelle, qui accepte sans r&#233;serve le principe de l'int&#233;r&#234;t ; en outre, il me para&#238;t que l'analyse met en &#233;vidence les erreurs de l'approche ancienne, notamment par insuffisance de l'analyse technique. On avait certes raison de reconna&#238;tre que l'argent en soi n'est pas f&#233;cond, et qu'il doit &#234;tre au service de l'initiative et du travail humains ; mais on n'avait pas per&#231;u que l'argent m&#234;me pr&#234;t&#233; pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un capital qui a une capacit&#233; r&#233;elle &#224; contribuer &#224; la cr&#233;ation de richesse. Avec de l'argent m&#234;me emprunt&#233;, un entrepreneur peut cr&#233;er plus de richesse que sans. Ce pr&#234;t peut d&#232;s lors l&#233;gitimement &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en toute justice. Dans ce cas, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, et elle ne rel&#232;ve pas de la morale, ni de la R&#233;v&#233;lation. Dit autrement, dans les condamnations de l'&#233;poque la v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, &#233;tait m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes. Et bien &#233;videmment il n'est pas choquant qu'un fait technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si le principe moral subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. La recommandation qu'a faite l'Eglise du r&#233;gime corporatiste (notamment sous Pie XI) &#233;tait fond&#233;e en d&#233;finitive sur le besoin de prise en charge du bien commun, notamment par la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, en l'esp&#232;ce au sein des professions. Ce sont comme telles des exigences morales permanentes. En revanche le choix pr&#233;cis du corporatisme comme technique d'organisation sociale rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation politique ou technique, ce qu'on appelle un choix prudentiel, comme tel hors du champ de l'&#233;nonciation de principes moraux, et donc hors du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour un passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (de Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. L&#224; aussi, le principe moral &#233;tait clair et peu contestable : il faut en tant que de besoin qu'un march&#233; soit encadr&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Mais le texte &#233;tait plus pr&#233;cis et envisageait un certain type de d&#233;marche : un dispositif international, avec r&#233;gulation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est d&#233;fendable, mais elle ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, et on peut douter qu'elle doit praticable au niveau international. En tout cas elle ne rel&#232;ve pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence au N&#176; 171 ce qu'on appelle le march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoirs publics. Mais ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme, et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Naturellement on peut contester la pertinence de la mise en place de tels droits n&#233;gociables sur un march&#233;. Mais une telle option n'est pas immorale. L&#224; aussi, si la pr&#233;occupation morale de r&#233;gulation des &#233;missions est fond&#233;e, le jugement n&#233;gatif port&#233; par l'encyclique sur cette technique ne para&#238;t pas faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il y a bien une distinction &#224; faire entre deux champs : celui d'abord de l'exigence morale, qui rel&#232;ve du magist&#232;re, impliquant une forme de soumission intellectuelle du fid&#232;le - sous r&#233;serve de la possible remise en cause si on est hors du champ de l'infaillibilit&#233;, mais dans ce cas c'est apr&#232;s examen attentif et motifs tr&#232;s solides. Et il y a ensuite la constatation de situation ou de faits, l'analyse technique, et le choix de solutions : dans ces cas, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. Sachant que bien s&#251;r le respect et l'&#233;coute s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique, o&#249; les sujets sont plus d&#233;licats et o&#249; jugement moral et jugement de fait tendent &#224; se m&#234;ler plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le champ politique et les prises de position du pape Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle encyclique du pape Fran&#231;ois, sortie le 4 octobre 2020, &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, pose quelques probl&#232;mes &#224; ce sujet. Il est &#233;vident qu'on ne parle pas ici d'infaillibilit&#233; ; on est tout au plus dans ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit que ce dernier implique reste une exigence forte. Qu'en dire dans le cas de cette encyclique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment dans ce texte une inspiration de fond, fond&#233;e sur la foi et l'exigence du bien, qui est non seulement bienvenue, mais magnifique, comme je l'ai relev&#233; par ailleurs. C'est le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; entre tous les hommes, qui est un message chr&#233;tien fondamental. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement dans la ligne de l'exigence &#233;vang&#233;lique, ainsi d'ailleurs que de la pens&#233;e classique. Mais en m&#234;me temps le pape m&#234;le ce rappel essentiel avec des conceptions politiques qui lui sont particuli&#232;res, et qui ne paraissent pas relever du champ du magist&#232;re. Prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations d'abord. Le pape para&#238;t soutenir un droit absolu de tout migrant &#224; aller s'installer l&#224; o&#249; il veut afin de chercher une vie meilleure. On d&#233;passe ici largement le cas du r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et s'enfuit dans le pays le plus proche. On note en outre que dans ce texte (contrairement &#224; d'autres d&#233;clarations du pape, mais de bien moindre autorit&#233; qu'une encyclique), aucun r&#244;le n'est reconnu &#224; la communaut&#233; nationale d'accueil pour r&#233;guler cette entr&#233;e (sinon par le respect des droits des habitants ant&#233;rieurs). L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; la prot&#233;ger d'une arriv&#233;e massive de nouveaux venus qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. Plus largement, l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; politique organis&#233;e, avec une autorit&#233; &#224; sa t&#234;te, est de fait absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer ; en tout cas ce n'est pas par une organisation politique sp&#233;cifique &#224; cette communaut&#233;. D'autant que pour le pape d'ailleurs, m&#234;me l'id&#233;e de peuple est &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre juste ensuite. Le pape nous explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore d&#233;velopp&#233;e et enseign&#233;e dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique. Il condamne en outre la dissuasion nucl&#233;aire dans son principe : la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e. A cela s'ajoute une vision quelque peu ir&#233;nique de la vie internationale : une confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort. Dans le prolongement de sa d&#233;cision ant&#233;rieure de modifier le cat&#233;chisme sur ce point, le pape laisse entendre que la doctrine ant&#233;rieure, qui admettait sa possibilit&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la conception que nous avons de la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie. Non seulement il para&#238;t &#233;vacuer ici l'enseignement traditionnel, mais il n'examine pas ses arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la religion enfin. L'essentiel du texte porte sur la fraternit&#233;, et il peut &#234;tre compris sans religion (m&#234;me si bien s&#251;r il se r&#233;f&#232;re &#224; des textes chr&#233;tiens). En revanche, &#224; la fin, le pape explique d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, et donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que cette croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le consid&#233;rable donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar. Ce qui pose deux s&#233;ries de questions consid&#233;rables. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela croire en Dieu ? Car une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas, ou mal. D'un autre c&#244;t&#233; et surtout, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam sur ce point. Dans le cas de la violence, l'affirmation est surprenante (mais retrouve des propos ant&#233;rieurs du pape). La simple lecture du Coran et l'examen de la pratique musulmane, prouvent pourtant que la r&#233;alit&#233; est notablement diff&#233;rente : une de ces religions, le christianisme, a pu &#234;tre violente mais c'&#233;tait malgr&#233; ses textes, et il ne s'est pour l'essentiel pas r&#233;pandue par ce moyen. L'autre, l'islam, recommande la violence et la guerre au service de la religion, tant dans ses textes que dans sa pratique constante ; et elle s'est r&#233;pandue en grande majorit&#233; par la guerre. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter d'autres d&#233;s&#233;quilibres dans le texte, notamment par omission. Par exemple, les doctrines et d&#233;rapages politiques qui y sont d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans motifs d'ailleurs). Mais on ne trouve rien sur d'autres d&#233;rives majeures de la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, celle de ce que les papes pr&#233;c&#233;dents appelaient la culture de mort. On ne trouve par exemple rien dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comme c'est fr&#233;quent chez le pape Fran&#231;ois, tout ce qui est &#233;conomique (&#233;conomie de march&#233;) est pr&#233;sent&#233; sous un jour n&#233;gatif (sauf cinq lignes sur la noble vocation de l'entrepreneur). En soi ce que le pape d&#233;nonce correspond trop souvent &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais peut-on consid&#233;rer que l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s se r&#233;duisent &#224; ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect th&#233;orique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser ces questions ? Rappelons d'abord &#224; nouveau que le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, ne peuvent se faire dans la contradiction, sauf &#224; se ruiner : pourquoi devrait-on s'incliner devant un enseignement qui pourra &#234;tre contredit le lendemain ? Restent les questions soulev&#233;es par ces d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, on pourrait bien s&#251;r rappeler que dans ce texte le pape ne manifeste pas l'intention d'intervenir sur le plan doctrinal. Il le dit tr&#232;s clairement au d&#233;but de son encyclique, au n&#176; 6. &#171; Les pages qui suivent n'entendent pas r&#233;sumer la doctrine sur l'amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture &#224; toutes les personnes. Je livre cette encyclique sociale comme une &lt;i&gt;modeste contribution &#224; la r&#233;flexion&lt;/i&gt; [je souligne] pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187; Il n'en reste pas moins qu'il &#233;nonce des affirmations qui sont en soi d'ordre doctrinal. Compte tenu de l'auteur, et de l'autorit&#233; de la forme &#8216;encyclique', la question de l'interpr&#233;tation de ces passages subsiste donc dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se divise elle-m&#234;me en deux : d'un c&#244;t&#233;, qu'est-ce qui entre dans le champ du magist&#232;re ? Et de l'autre, que peut-on penser de ce qui appara&#238;t comme &#233;volution doctrinale (restant ouverte la question du caract&#232;re officiel de celle-ci) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La limite de la foi et des m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point (celui du champ du magist&#232;re) rappelons &#224; nouveau que tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a l&#233;gitimement ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans leur expression. Or l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas, comme on l'a vu : outre la question de l'autorit&#233; des textes consid&#233;r&#233;s, y &#233;chappent la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels ; ces derniers, eux, incombent aux fid&#232;les, notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). On peut ranger ici par exemple la question de la guerre juste, puisque le pape para&#238;t d&#233;duire la remise en cause de ce concept d'une &#233;valuation de la guerre moderne, suppos&#233;e d&#233;sormais trop destructrice (guerre totale) : or on peut avoir sur ce sujet une appr&#233;ciation factuelle diff&#233;rente de la sienne, car il n'y a pas que des guerres totales &#224; notre &#233;poque, c'est m&#234;me le contraire. De m&#234;me son analyse de l'ONU, qui n'est qu'un moyen. Bien entendu cette qualification ne remet pas en question le principe moral indiscutable de la recherche de la paix, ou du bien qu'il y a dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rangera &#224; mon sens dans la m&#234;me cat&#233;gorie, hors champ du magist&#232;re, l'id&#233;e du pape selon laquelle le v&#233;ritable islam n'est pas violent, qu'on trouve exprim&#233;e de fa&#231;on encore plus nette dans Evangelii gaudium (au n&#176;253 : &#171; Face aux &#233;pisodes de fondamentalisme violent qui nous inqui&#232;tent, l'affection envers les vrais croyants de l'Islam doit nous porter &#224; &#233;viter d'odieuses g&#233;n&#233;ralisations, parce que le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence. &#187;). C'est en effet une affirmation de fait, portant sur une autre religion, et non un point de foi chr&#233;tienne, ou de morale. Affirmation d'ailleurs tr&#232;s contestable sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des consid&#233;rations analogues valent aussi &#224; mon sens pour les migrations. Le principe moral de l'accueil de la personne dans le besoin est &#233;videmment chr&#233;tien, et essentiel. De m&#234;me celui de la destination universelle des biens. Mais personne n'en d&#233;duit un droit illimit&#233; de toute personne dans le besoin &#224; entrer chez moi et &#224; s'y installer, encore moins &#224; revendiquer d'y &#234;tre tenu comme membre de la famille. Il convient donc d'analyser cas par cas o&#249; se situe le bien commun d'une nation : dans un accueil illimit&#233; (en ne s'arr&#234;tant qu'au respect des droits des actuels citoyens) comme para&#238;t dire le pape ; ou dans un discernement pouvant aller jusqu'&#224; n'admettre qu'un petit nombre de candidats, ceux-l&#224; seuls qui sont r&#233;ellement en danger personnel, ou d&#233;sireux de s'assimiler ? Sans compter toutes les positions interm&#233;diaires. Il s'agit l&#224; d'un choix prudentiel, bas&#233; sur une analyse factuelle de la situation. Ajoutons que la th&#232;se du droit illimit&#233; remettrait en cause l'enseignement et la pratique ant&#233;rieure de l'Eglise sur l'autonomie des r&#233;alit&#233;s terrestres ainsi que sur le statut des communaut&#233;s politiques, car elles n'auraient alors plus de maitrise de leur destin, qui serait dict&#233; par des principes abstraits g&#233;n&#233;raux prenant la forme de droits absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'&#233;volution doctrinale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point (l'&#233;volution doctrinale &#233;ventuelle), il y a au fond tr&#232;s peu d'exemples &#224; &#233;voquer. On trouve d'abord la question de la peine de mort. J'ai trait&#233; la question plus en d&#233;tail dans &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Continuite-doctrinale-du-magistere.html?PHPSESSID=b7d79ed2f3083fd1f1524b016eda3b24&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Continuite-d...&lt;/a&gt;. On l'a dit, le pape a demand&#233; une modification du cat&#233;chisme ; lequel consid&#233;rait auparavant qu'&#224; notre &#233;poque la peine de mort ne se justifiait pas (vu les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale), mais ne remettait pas en question la doctrine ant&#233;rieure selon laquelle elle pouvait &#234;tre licite en soi (le texte d'alors la rappelait m&#234;me explicitement), d'autant qu'elle a de tr&#232;s solides fondements bibliques et doctrinaux. La r&#233;daction nouvelle, sans &#234;tre totalement claire, para&#238;t indiquer (outre les arguments sur les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale) que le progr&#232;s de la conscience de la dignit&#233; de l'homme conduisait &#224; condamner en soi la peine de mort. On pourrait donc soutenir qu'il s'agit bien d'un point doctrinal, et qu'il y a eu changement de doctrine (le cat&#233;chisme dit que &#171; la peine de mort est inadmissible &#187;, au moins &#224; partir de maintenant). Or il ne s'agit alors pas uniquement d'une question de fait : elle entre dans le champ de la morale, puisqu'on invoque un progr&#232;s de la conscience ; ce n'est pas non plus un choix prudentiel, puisque dans cette lecture l'exclusion para&#238;t totale, et elle n'est pas laiss&#233;e &#224; un jugement d'esp&#232;ce. Mais inversement, on peut contester qu'&#224; soi seule une modification du cat&#233;chisme permette de changer une doctrine, m&#234;me si c'est un document tr&#232;s important, car il est cens&#233; rassembler un &#233;tat de doctrine, pas en &#233;noncer une nouvelle. En outre l'argument d'un progr&#232;s dans la conscience est tout &#224; fait nouveau dans le d&#233;bat doctrinal et sa port&#233;e reste peu claire ; il pourrait d'ailleurs conduire &#224; des fluctuations dans tous les sens. On ajoutera que la d&#233;cision a &#233;t&#233; quelque peu exp&#233;ditive et qu'aucune argumentation n'est donn&#233;e qui r&#233;fute les fondements de la doctrine ant&#233;rieure (notamment la Bible). Or la doctrine s'appr&#233;cie dans la continuit&#233;, comme Beno&#238;t XVI l'avait rappel&#233; (herm&#233;neutique de la continuit&#233;). Enfin et surtout on peut lire le texte actuel du cat&#233;chisme, qui se base sur la situation pr&#233;sente (conscience nouvelle et &#233;tat des m&#233;thodes p&#233;nales) comme ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; cette situation (et non &#224; une v&#233;rit&#233; morale en soi, quelle que soit l'&#233;poque) ; voire estimer qu'il s'agit de fait d'un question prudentielle (puisqu'elle est variable selon la situation), et non doctrinale. Ce d&#233;bat complexe n'est donc pas clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pos&#233;e porte comme on l'a vu sur les autres religions, islam compris : le pape nous dit &#224; la fin de l'encyclique que Dieu y est notre p&#232;re comme dans le christianisme. Cela para&#238;t rejoindre une autre id&#233;e r&#233;currente de ce m&#234;me pape, qui semble reconna&#238;tre &#224; ces religions une r&#233;elle validit&#233; comme telles, (et donc bien au-del&#224; de ce que dit le Concile, qui se borne &#224; dire que ce qui est bon en elles est bon). Formul&#233;e ainsi, la proposition serait un changement de doctrine : on a toujours li&#233; en christianisme la paternit&#233; divine envers nous avec celle du P&#232;re avec le Fils et avec notre position de fr&#232;res adoptifs de celui-ci. Elle n'a d'ailleurs de sens que pour qui admet la Trinit&#233;, donc pour un chr&#233;tien. Reste que le pape n'a pas formul&#233; une telle th&#232;se de fa&#231;on aussi claire et manifestement doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la consid&#233;ration des limites du champ du magist&#232;re, ainsi que l'exclusion des donn&#233;es de fait ou prudentielles, montrent qu'il n'y a pas &#224; ce stade de probl&#232;me majeur sur le plan des principes (sous r&#233;serve du d&#233;bat d&#233;licat mais localis&#233; sur la peine de mort), &#224; condition de bien d&#233;limiter ce qui rel&#232;ve r&#233;ellement du magist&#232;re. Cela souligne cependant par contraste l'importance d'avoir des d&#233;clarations claires, explicites et manifestement doctrinales pour que les r&#232;gles d'ob&#233;issance s'appliquent. Reste un trouble r&#233;el, encore accru par la r&#233;serve du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard du travail doctrinal comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, on est alors devant une t&#226;che qui n'est qu'apparemment nouvelle . D'un c&#244;t&#233; le pape est le pasteur, et le catholique doit l'&#233;couter, s'impr&#233;gner de son message pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, s'en inspirer et se mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, il lui faut discerner ce qui est d'ordre doctrinal (magist&#233;riel) et ce qui ne l'est pas, et comprendre la doctrine dans la continuit&#233;. L'ob&#233;issance est donc une t&#226;che, intellectuellement exigeante. Loin du suivisme na&#239;f qui a paru pr&#233;valoir un certain temps, et qui subsiste dans bien des esprits, progressistes ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel magist&#232;re catholique apr&#232;s Fratelli tutti ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html</guid>
		<dc:date>2020-10-05T14:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re et &#224; son autorit&#233;. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le catholique. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, et malgr&#233; une magnifique m&#233;ditation sur la fraternit&#233;, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pluralite-des-religions-+.html" rel="tag"&gt;Pluralit&#233; des religions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le. Naturellement le degr&#233; de cette autorit&#233; varie : de l'infaillibilit&#233; &#224; la simple soumission du c&#339;ur et de l'esprit. Et bien s&#251;r avec le pr&#233;sent texte on ne parle pas d'infaillibilit&#233; ; c'est ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit, c'est quand m&#234;me une exigence forte. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important. Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il y a dans ce texte une inspiration de fond qui est non seulement bienvenue, mais magnifique. Le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; envers tous les hommes, est un message chr&#233;tien fondamental. Dans notre &#233;poque mat&#233;rialiste et incroyante, on tend &#224; occulter de tous c&#244;t&#233;s que ce qui fait le premier ciment de la soci&#233;t&#233; est l'amiti&#233; entre citoyens, cette&lt;i&gt; philia&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; c&#233;l&#233;br&#233;e par Aristote, qu'on peut largement traduire par fraternit&#233;. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement &#224; la fois dans l'exigence &#233;vang&#233;lique, et dans la ligne de la pens&#233;e classique. Comme il a pleinement raison de rappeler que toute pens&#233;e, toute action, doit &#234;tre &#224; la fois enracin&#233;e dans le local et la communaut&#233;, et ouverte vers l'universel. Ou que le relativisme et l'individualisme sont des plaies de la soci&#233;t&#233; moderne, encore aggrav&#233;s par les d&#233;veloppements r&#233;cents comme l'usage fait des r&#233;seaux sociaux. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des interrogations un peu trop nombreuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, o&#249; est le probl&#232;me ? Il vient du fait que le pape ne peut pas s'emp&#234;cher de m&#234;ler ce rappel essentiel avec ses conceptions politiques particuli&#232;res. Ce qui le conduit de fait, et sur ces interpr&#233;tations, &#224; aller bien au-del&#224; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Sans &#234;tre exhaustifs ni entrer dans les d&#233;tails, prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Les migrations. Le pape argue de l'exemple du bon samaritain pour affirmer un droit absolu, sans limite, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut. Pas simplement le r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et fuit dans le pays le plus proche : non, tous ceux qui veulent am&#233;liorer leur niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun r&#244;le dans la d&#233;cision n'est donn&#233; &#224; la nation et &#224; la communaut&#233; nationale. Ce niveau fondamental de la vie politique est totalement pass&#233; sous silence. L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; le prot&#233;ger par rapport &#224; une arriv&#233;e massive de nouveaux venus non d&#233;sir&#233;s qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. En fait c'est l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; organis&#233;e qui est absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	La guerre juste. Le pape explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, publi&#233; dans un monde qui &#233;tait pour l'essentiel le m&#234;me que le n&#244;tre. La dissuasion nucl&#233;aire est combattue dans son principe, puisque la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, en 1990 il fallait donc laisser le Kowe&#239;t &#224; Saddam qui l'avait envahi. Tout ceci s'inscrit dans un vision ir&#233;nique de la vie internationale enti&#232;rement d&#233;connect&#233;e des r&#233;alit&#233;s : confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233;, espoir de d&#233;nucl&#233;arisation int&#233;grale etc. (avec la Chine, la Russie et les Etats Unis, sans parler du Pakistan, d'Isra&#235;l et d'autres : on r&#234;ve ?). Voir sur le nucl&#233;aire mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nucleaire-et-le-magistere.html, et sur la propension &#224; l'ir&#233;nisme chr&#233;tien http://www.pierredelauzun.com/Le-chretien-et-la-paix-dans-un.html.&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	La peine de mort. Le pape laisse entendre que la doctrine admettant sa possibilit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement il &#233;vacue la doctrine traditionnelle, mais il n'examine m&#234;me pas ses arguments. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html.&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur le point pr&#233;c&#233;dent, soit on admet que la doctrine change, mais alors elle perd son autorit&#233;. Soit on l'interpr&#232;te dans la continuit&#233;, comme le recommandait Beno&#238;t XVI &#224; propos du Concile. Mais alors peine de mort et guerre juste restent possibles, quoique exclus pour notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Les doctrines et d&#233;rapages politiques d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans bons motifs d'ailleurs). Or il se trouve que dans les conceptions de l'&#233;poque toutes deux sont class&#233;es &#224; droite. Mais on ne trouve rien sur les d&#233;rives possibles de l'autre c&#244;t&#233;. Or la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, est celle de gauche. Celle qui est la responsable de la majorit&#233; des morts atroces d'origine politique au XXe si&#232;cle (cent millions au moins). Celle qui r&#233;pand partout la culture de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien donc dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Comme c'est la coutume du pape, toute ce qui est &#233;conomique est toujours mauvais (sauf cinq lignes sur le r&#244;le noble de l'entrepreneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi ce que le pape rel&#232;ve sur ce sujet correspond &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s, ce n'est vraiment que cela ? Ne peut-on pas voir la r&#233;alit&#233; dans sa complexit&#233; ? Et notamment avec leur dimension b&#233;n&#233;fique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Le point le plus troublant n'est peut-&#234;tre pas l&#224; ; il est dans la place de la religion. L'essentiel du texte, portant sur la fraternit&#233;, est totalement compr&#233;hensible sans religion (m&#234;me s'il utilise abondamment les textes chr&#233;tiens). Mais tout &#224; coup &#224; la fin on apprend d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que la croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le exorbitant donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux s&#233;ries de questions graves. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela absolument croire en Dieu ? Une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas ou mal. Comment faire alors ? Comment &#234;tre fraternel au niveau politique avec quelqu'un qui ne l'est pas et apparemment ne peut pas l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam ? Face &#224; la violence ? Mais lisons donc le Coran et les livres d'histoire ! Une de ces religions a &#233;t&#233; violente malgr&#233; ses textes, l'autre du fait de ses textes, et dans sa pratique constante. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas. Sur le monoth&#233;isme et la violence voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-monotheisme-genere-t-il-immanquablement-l-intolerance-et-la-violence.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-mo...&lt;/a&gt; Et plus profond&#233;ment, si l'une est vraie, l'autre est fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc devant un dilemme. D'un c&#244;t&#233; le pape est notre pasteur, et nous devons l'&#233;couter ; nous devons donc nous impr&#233;gner de son message, pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, donc en l'esp&#232;ce la morale et la spiritualit&#233;, qui doivent nous inspirer et nous mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, nous devons faire la part du feu. Ce pape admirable par certains c&#244;t&#233;s est aussi un politique engag&#233;, assez clairement orient&#233; &#224; gauche, d'un id&#233;alisme confinant &#224; l'ir&#233;nisme, oubliant des pans entiers de la r&#233;alit&#233; commune, comme la communaut&#233; nationale, ce qu'est vraiment l'islam, ou tout simplement l'enracinement du p&#233;ch&#233; et de la violence dans la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc une fois de plus savoir discerner, comme d'ailleurs la tradition j&#233;suite nous y pousse. Il faut notamment sans doute distinguer trois niveaux dans l'action et la prise de parole de nos pasteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, justement le pasteur, qui nous exhorte au bien et &#224; la conversion au Dieu vivant qui nous a sauv&#233;s. Ce que le pape Fran&#231;ois fait avec &#233;nergie, conviction et talent, si nous savons l'&#233;couter. M&#234;me s'il m&#234;le cet appel d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, qui ne peuvent se faire dans la contradiction sauf &#224; se ruiner, comme je le rappelle dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt; et ensuite sur la crise actuelle &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Crise...&lt;/a&gt; (du magist&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, en faisant la part des choses. Tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a aussi ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va bien plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans le m&#233;lange des genres. Mais l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas. J'examine cette question en d&#233;tails dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Limites-du-magistere-catholique-l-exemple-de-l-economie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Limit...&lt;/a&gt;, &#224; propos de l'&#233;conomie. Il y a bien une limite au magist&#232;re : cela ne vise que la foi et les m&#339;urs (la morale) bien s&#251;r (comme les textes fondateurs le rappellent), mais y &#233;chappent aussi la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels, qui eux incombent aux fid&#232;les, et notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). L&#224; le magist&#232;re n'a plus son r&#244;le. Nous devons l'&#233;couter certes, mais il n'y a plus de rapport d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecouter avec ce discernement, lucide mais parfois douloureux, est au fond l'hommage &#224; rendre &#224; nos pasteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Limites du magist&#232;re catholique : l'exemple de l'&#233;conomie</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Limites-du-magistere-catholique-l-exemple-de-l-economie.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Limites-du-magistere-catholique-l-exemple-de-l-economie.html</guid>
		<dc:date>2019-04-20T16:00:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Condamnation de l'usure</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Mais quelle est la vraie port&#233;e et quelles sont les limites du magist&#232;re ? C'est une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En principe le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi' et les &#8216;m&#339;urs' (c'est-&#224;-dire la morale). Et les questions scientifiques et techniques en sont exclues. Mais o&#249; passe la limite entre les deux ? C'est ce que j'examine ici dans le cas de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans la revue 'Sedes Sapientiae' N&#176; 147 mars 2019, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Finance-un-regard-chretien-+.html" rel="tag"&gt;Finance un regard chr&#233;tien&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autorite-dans-l-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Autorit&#233; dans l'Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-economie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;conomie&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Condamnation-de-l-usure-+.html" rel="tag"&gt;Condamnation de l'usure&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question des limites du magist&#232;re : exemples tir&#233;s du champ &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans la foi catholique. Comme on sait, il est demand&#233; au fid&#232;le soit une adh&#233;sion pleine (magist&#232;re extraordinaire ou ordinaire universel), soit une soumission du c&#339;ur et de l'esprit (magist&#232;re authentique), ce qui est une exigence tr&#232;s forte m&#234;me dans le deuxi&#232;me cas. Ce qui fait de la question de la port&#233;e et des limites du magist&#232;re une question essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les textes, et notamment le Code de droit canonique pr&#233;cisent tous que le champ du magist&#232;re est la &#8216;foi et les m&#339;urs' (la morale). En revanche les questions scientifiques et techniques en sont en principe exclues. L'application de ce dernier crit&#232;re peut soulever des probl&#232;mes dont les enjeux sont importants et doivent &#234;tre abord&#233;s. C'est ce que je vais &#233;voquer ici, en prenant pour exemple non pas le domaine des sciences dites dures, mais celui des &#8216;sciences humaines' car la d&#233;limitation entre la dimension factuelle ou scientifique, et la dimension normative ou &#233;thique y est particuli&#232;rement d&#233;licate. Je me concentrerai en outre sur l'&#233;conomie, relativement plus technique et plus facile &#224; cerner que le politique par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de clarifier cette question appara&#238;t d'autant plus en la mati&#232;re que tout jugement moral comporte entre autres une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; or dans le champ des affaires humaines, cet examen inclut de fa&#231;on parfois essentielle une dimension technique ou scientifique. Il est donc non seulement possible mais presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension &#233;thique, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il n'est a priori pas comp&#233;tent, du moins par nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la question examin&#233;e ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Bref rappel&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inutile de commencer cet examen par un bref rappel de textes concernant le magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les questions ici &#233;voqu&#233;es rel&#232;vent de la Doctrine sociale de l'Eglise (DSE). Or le Compendium de la DSE rappelait au N&#176; 80 que &#171; en tant que partie int&#233;grante de l'enseignement moral de l'&#201;glise, la doctrine sociale rev&#234;t la m&#234;me dignit&#233; et poss&#232;de la m&#234;me autorit&#233; que cet enseignement. Elle est un Magist&#232;re authentique, qui exige l'acceptation et l'adh&#233;sion des fid&#232;les. Le poids doctrinal des diff&#233;rents enseignements et l'assentiment qu'ils requi&#232;rent doivent &#234;tre &#233;valu&#233;s en fonction de leur nature, de leur degr&#233; d'ind&#233;pendance par rapport &#224; des &#233;l&#233;ments contingents et variables et de la fr&#233;quence avec laquelle ils sont rappel&#233;s. &#187; Notons le terme &#171; &#233;l&#233;ments contingents et variables &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons que le magist&#232;re &#8216;authentique' ici vis&#233;, distinct du magist&#232;re extraordinaire comme du magist&#232;re ordinaire universel, qui demandent un assentiment de foi parce que ce qu'ils enseignent est consid&#233;r&#233; &#8216;d&#233;finitif', fait n&#233;anmoins l'objet d'exigences fortes &#224; l'&#233;gard des fid&#232;les. Comme le pr&#233;cise le Code de Droit Canonique (Can. 752) &#171; ce n'est pas vraiment un assentiment de foi, mais n&#233;anmoins une soumission religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; qu'il faut accorder &#224; une doctrine que le Pontife Supr&#234;me ou le Coll&#232;ge des &#201;v&#234;ques &#233;nonce en mati&#232;re de foi ou de m&#339;urs, m&#234;me s'ils n'ont pas l'intention de la proclamer par un acte d&#233;cisif ; les fid&#232;les veilleront donc &#224; &#233;viter ce qui ne concorde pas avec cette doctrine. &#187; Une note doctrinale de la Congr&#233;gation pour la Doctrine de la Foi du 29 juin 1998 pr&#233;cisait au N&#176; 10 que &#171; &#224; cet alin&#233;a appartiennent tous ces enseignements &#8211; en mati&#232;re de foi ou de morale &#8211; pr&#233;sent&#233;s comme vrais ou au moins comme s&#251;rs, m&#234;me s'ils n'ont pas &#233;t&#233; d&#233;finis dans un jugement solennel ou propos&#233;s comme d&#233;finitifs par le Magist&#232;re ordinaire et universel. Ces enseignements sont en tout cas expression authentique du Magist&#232;re ordinaire du Pontife romain ou du Coll&#232;ge &#233;piscopal et requi&#232;rent donc la soumission religieuse de la volont&#233; et de l'intelligence. Ils sont propos&#233;s pour nous conduire &#224; une intelligence plus profonde de la r&#233;v&#233;lation, ou bien pour rappeler la conformit&#233; d'un enseignement avec les v&#233;rit&#233;s de la foi, ou enfin pour mettre en garde contre les conceptions incompatibles avec ces v&#233;rit&#233;s ou contre des opinions dangereuses susceptibles d'induire en erreur. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes, une telle doctrine n'&#233;tant pas d&#233;finitive peut en principe &#233;voluer. Mais en m&#234;me temps si une soumission du c&#339;ur et de l'esprit est demand&#233;e, cela implique qu'un tel changement &#233;ventuel respectera une raisonnable coh&#233;rence dans le temps ; sinon il serait difficile de parler de magist&#232;re et d'exiger des soumissions successives &#224; des demandes qui seraient contradictoires, du moins dans leur logique morale. Mais si la continuit&#233; de la doctrine morale est vitale, en revanche son encastrement dans un contexte humain mouvant, comportant des notions ne relevant pas de la morale mais de l'analyse factuelle, scientifique ou technique, comporte une part de contingence, qui ne rel&#232;ve semble-t-il pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Exemples historiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique je propose quatre exemples de cas o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre per&#231;u comme une &#233;volution doctrinale ou une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure. Reste cependant &#224; distinguer alors la continuit&#233; dans le jugement moral. Le premier exemple, le plus ancien, et de loin le plus important est l'usure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La condamnation du pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On sait que la condamnation de toute forme de pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t , totale dans son principe &#224; partir du XIIIe si&#232;cle, s'est prolong&#233;e pour l'essentiel jusqu'en 1745 avec la bulle Vix pervenit de Beno&#238;t XIV, qui cl&#244;t la s&#233;rie. Ce dernier texte contient un vrai d&#233;veloppement th&#233;orique et une vraie analyse ; on ne peut donc consid&#233;rer que ce soit une mention en passant. C'&#233;tait l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t qui &#233;tait vis&#233; et condamn&#233; sous le nom d'usure (et non pas la seule usure au sens actuel du terme). Certes de multiples exceptions &#233;taient pr&#233;vues, rendant en pratique le pr&#234;t &#224; int&#233;r&#234;t possible, notamment dans l'activit&#233; commerciale, mais la condamnation de principe subsistait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or l'Eglise a ensuite assoupli sa position, jusqu'&#224; aboutir dans les Codes de Droit canonique de 1917 et plus encore de 1983 &#224; une acceptation de fait de l'int&#233;r&#234;t, sans parler de sa propre pratique, ni des nombreux textes de la Doctrine sociale qui depuis &lt;i&gt;Rerum Novarum&lt;/i&gt; en 1891 ne la condamnent pas non plus. Cela dit, aucun texte magist&#233;riel formel sur le sujet n'a &#233;t&#233; publi&#233; sur le sujet depuis 1745, ce qui est d'ailleurs &#233;tonnant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment se pose alors la question sur le plan doctrinal ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La condamnation ancienne utilisait assez peu la base r&#233;v&#233;l&#233;e, car elle est mince. Il y a d'abord &#233;videmment les passages des Ecritures (Exode et L&#233;vitique), interdisant de pr&#234;ter avec int&#233;r&#234;t. Mais outre que pour le chr&#233;tien la loi mosa&#239;que est abrog&#233;e dans sa lettre sur de nombreux points, ces passages visent principalement un cas pr&#233;cis : celui d'un pauvre qui a besoin de cet argent pour survivre. Il est &#233;videmment contraire &#224; la morale de demander des int&#233;r&#234;ts &#224; quelqu'un qui meurt de faim. Mais cela ne dit rien de certain sur l'int&#233;r&#234;t en g&#233;n&#233;ral. L'Evangile, lui, est muet sur ce point normatif pr&#233;cis. Une seule phrase a &#233;t&#233; all&#233;gu&#233;e r&#233;guli&#232;rement ; c'est Luc 6, 34-35 : &#171; date mutuum, nihil inde sperantes &#187; (pr&#234;tez sans rien en attendre). Certains &#224; l'&#233;poque m&#233;di&#233;vale ont voulu la lire comme une prescription juridique pr&#233;cise, interdisant la perception d'int&#233;r&#234;ts. Mais cette lecture est isol&#233;e du contexte et contestable. Le passage d'o&#249; il vient nous encourage &#224; ne rien attendre en &#8216;&#233;change' de nos bienfaits, et &#224; aimer nos ennemis. En outre et surtout l'Evangile parle ailleurs explicitement d'int&#233;r&#234;ts en banque et, pris litt&#233;ralement, on pourrait comprendre qu'il les recommande, ainsi dans la c&#233;l&#232;bre parabole des talents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la condamnation de l'int&#233;r&#234;t comme tel se basait &#224; l'&#233;poque principalement sur des raisonnements. Ces derniers m&#234;laient deux types de consid&#233;rations. D'un c&#244;t&#233;, une position de principe, condamnant un usage absolu de l'argent, s'il est recherch&#233; pour lui-m&#234;me sans responsabilit&#233; ni lien social ; plus pr&#233;cis&#233;ment on rejetait l'id&#233;e que l'argent est jug&#233; cr&#233;atif en lui-m&#234;me, sans association avec du travail. Cette condamnation est d'ordre principalement moral et me para&#238;t garder toujours sa valeur. L'argent par lui-m&#234;me est effectivement st&#233;rile, on ne peut en tirer un usage cr&#233;atif qu'en l'utilisant socialement, en liaison avec du travail (y compris celui de l'entrepreneur), et moyennant d&#232;s lors responsabilit&#233; sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, on a une analyse plus proprement &#233;conomique. Elle reposait notamment sur l'id&#233;e que dans un pr&#234;t d'argent ce qu'on pr&#234;te &#233;tant fongible est consomm&#233;. On en d&#233;duisait qu'on ne pouvait pas l&#233;gitimement en facturer l'usage, car disait-on l'usage de l'argent se confond avec sa consommation - contrairement &#224; la location d'une maison par exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du point de vue de l'analyse &#233;conomique ces id&#233;es me paraissent fausses ; en effet l'argent est repr&#233;sentatif d'un acc&#232;s &#224; des biens, notamment des biens de production (du capital) ; et ces biens, ces outils potentiels, combin&#233;s avec une activit&#233; humaine, produisent effectivement un surplus de richesse. On n'avait donc pas vu qu'il peut y avoir contribution productive de l'argent, lorsqu'il est le moyen de fournir &#224; un entrepreneur ou un travailleur des instruments qui lui permettent de cr&#233;er consid&#233;rablement plus qu'il ne le ferait sans cela. Dans la logique &#233;conomique, cette contribution justifie une r&#233;tribution, le paiement d'un prix, comme tout service ; c'est le r&#244;le de l'int&#233;r&#234;t. Il est en outre contestable de soutenir que l'utilisation de l'argent s'assimile &#224; une consommation, car si un pain pr&#234;t&#233; &#224; un pauvre est bien consomm&#233; et donc dispara&#238;t, l'argent lui subsiste, il change simplement de mains et son r&#244;le reste intact, qui est le pouvoir d'acqu&#233;rir n'importe quel bien marchand, y compris un facteur de production.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, historiquement la condamnation de l'int&#233;r&#234;t a &#233;t&#233; sans doute utile pour limiter la tentation des soci&#233;t&#233;s anciennes &#224; pratiquer des taux d'int&#233;r&#234;ts aberrants, que nous appelons maintenant usure. Mais sa base th&#233;orique &#233;tait contestable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut aller un peu plus loin : l'&#233;volution des perceptions en mati&#232;re &#233;conomique n'a pas simplement multipli&#233; les exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas ; elle a mis en &#233;vidence une insuffisance de l'analyse technique ancienne. Cela dit, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, qui ne rel&#232;ve pas de la morale ni de la r&#233;v&#233;lation. La v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, y &#233;tait donc m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes, non r&#233;v&#233;l&#233;es. Or on l'a dit il n'est pas choquant qu'un fait relevant du domaine technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si ce faisant le principe moral subsiste. Car seul ce dernier fait l'objet d'un enseignement chr&#233;tien. Il reste cependant curieux que le point n'ait pas &#233;t&#233; &#233;voqu&#233; et &#233;lucid&#233; de fa&#231;on explicite dans l'enseignement magist&#233;riel r&#233;cent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Corporatisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. On sait que pendant toute une p&#233;riode la DSE a propos&#233; comme &#233;l&#233;ments de solution &#224; la question sociale ce qu'on appelait le corporatisme, et notamment la grande encyclique Quadragesimo anno (1931). Pie XI y relevait avec force les limites de la libre concurrence (au n&#176; 52) selon un th&#232;me constant de la DSE : &#171; De m&#234;me qu'on ne saurait fonder l'unit&#233; du corps social sur l'opposition des classes, ainsi on ne peut attendre du libre jeu de la concurrence l'av&#232;nement d'un r&#233;gime &#233;conomique bien ordonn&#233;. [&#8230;] C'est donc &#224; des principes sup&#233;rieurs et plus nobles qu'il faut demander de gouverner avec une s&#233;v&#232;re int&#233;grit&#233; ces puissances &#233;conomiques, c'est-&#224;-dire &#224; la justice et &#224; la charit&#233; sociales. &#187;. Cette analyse est une des constantes de la DSE. Puis il ajoutait : &#171; r&#233;cemment [&#8230;] a &#233;t&#233; inaugur&#233;e une organisation syndicale et coop&#233;rative d'un genre particulier [&#8230;] Les corporations sont constitu&#233;es par les repr&#233;sentants des syndicats ouvriers et patronaux d'une m&#234;me profession [&#8230;] qui, ainsi que de vrais et propres organes ou institutions d'&#201;tat, dirigent et coordonnent l'activit&#233; des syndicats dans toutes les mati&#232;res d'int&#233;r&#234;t commun [&#8230;] si les parties ne peuvent se mettre d'accord, c'est l'autorit&#233; qui intervient. Point n'est besoin de beaucoup de r&#233;flexion pour d&#233;couvrir les avantages de l'institution [&#8230;] : collaboration pacifique des classes, &#233;viction de l'action et des organisations socialistes, influence mod&#233;ratrice d'une magistrature sp&#233;ciale. &#187; Toutefois cette appr&#233;ciation positive n'excluait pas une certaine r&#233;serve : &#171; il ne manque pas de personnes qui redoutent que l'&#201;tat ne se substitue &#224; l'initiative priv&#233;e, au lieu de se limiter &#224; une aide ou &#224; une assistance n&#233;cessaire et suffisante. On craint que la nouvelle organisation syndicale et corporative ne rev&#234;te un caract&#232;re exag&#233;r&#233;ment bureaucratique et politique. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'il y ait des organisations professionnelles r&#233;gulatrices est bienvenu dans une &#233;conomie de march&#233; bien comprise : c'est ce qu'on appelle en anglais les &lt;i&gt;self-regulating authorities&lt;/i&gt;. Bien des secteurs fonctionnent plus ou moins sur un mod&#232;le de ce type. Du moins tant qu'on en reste aux questions d'int&#233;r&#234;t commun de la profession, comme la d&#233;finition de normes, ou la gestion de questions sociales ; c'est plus contestable si on tente de limiter la concurrence, de fixer les prix ou de restreindre l'offre. Car alors on passe vite &#224; la d&#233;fense d'int&#233;r&#234;ts &#233;tablis, ou &#224; des blocages. C'est ce deuxi&#232;me sens qui a donn&#233; une connotation p&#233;jorative au mot corporatisme. Il y a donc une place possible et recommandable pour lla r&#233;gulation professionnelle. Mais cela reste en de&#231;&#224; du corporatisme tel que d&#233;fini ci-dessus. En fait on n'a pas d'exemple de corporatisme moderne convainquant : celui que connaissait l'Italie fasciste &#233;tait de fait &#233;tatis&#233;. Et donc, dans l'&#233;tat de nos connaissances, rien ne prouve que ce soit une solution viable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recommandation que faisait l'Eglise &#224; l'&#233;poque du r&#233;gime corporatiste au sens &#233;tendu du terme ne peut donc &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme un imp&#233;ratif du magist&#232;re, dans son domaine de comp&#233;tence. Le rappel doctrinal du besoin que l'Etat prenne en charge le bien commun, ou celui des bienfaits de la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, notamment au sein des professions, sont des exigences morales, comme telles permanentes. En revanche, le choix pr&#233;cis du corporatisme &#233;tait un choix concret, relevant semble-t-il du prudentiel et de l'appr&#233;ciation politique ou technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt; &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; et les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour des textes plus r&#233;cents, comme le passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. Le N&#176; 61 commen&#231;ait par rappel des principes g&#233;n&#233;raux d'ordre &#233;thique : &#171; Ce qui vaut en &#233;conomie nationale, ce qu'on admet entre pays d&#233;velopp&#233;s, vaut aussi dans les relations commerciales entre pays riches et pays pauvres. Sans abolir le march&#233; de concurrence, il faut le maintenir dans des limites qui le rendent juste et moral, et donc humain &#187;. Puis il proc&#232;de &#224; une analyse : &#171; Dans le commerce entre &#233;conomies d&#233;velopp&#233;es et sous-d&#233;velopp&#233;es, les situations sont trop disparates et les libert&#233;s r&#233;elles trop in&#233;gales. &#187; Il en d&#233;duisait que &#171; la justice sociale exige que le commerce international, pour &#234;tre humain et moral, r&#233;tablisse entre partenaires au moins une certaine &#233;galit&#233; de chances. Cette derni&#232;re est un but &#224; long terme. Mais pour y parvenir il faut d&#232;s maintenant cr&#233;er une r&#233;elle &#233;galit&#233; dans les discussions et n&#233;gociations. &#187; Il proposait alors : &#171; ici encore des conventions internationales &#224; rayon suffisamment vaste seraient utiles : elles poseraient des normes g&#233;n&#233;rales en vue de r&#233;gulariser certains prix, de garantir certaines productions, de soutenir certaines industries naissantes. Qui ne voit qu'un tel effort commun vers plus de justice dans les relations commerciales entre les peuples apporterait aux pays en voie de d&#233;veloppement une aide positive, dont les effets ne seraient pas seulement imm&#233;diats, mais durables ? &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le principe moral &#233;tait donc clair : il est d&#233;sirable que soit encadr&#233; le march&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Une appr&#233;ciation de la situation conduisait ensuite &#224; recommander un certain type de d&#233;marche dont on estimait que le r&#233;sultat serait positif : un dispositif international, avec r&#233;gularisation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est bien s&#251;r d&#233;fendable, mais ne s'est pas r&#233;alis&#233;e. On peut d'ailleurs s&#233;rieusement douter qu'elle doit praticable au niveau international, si tant est qu'elle le soit m&#234;me dans une &#233;conomie nationale contr&#244;l&#233;e. Garantir des productions conduit en effet souvent &#224; de la surproduction plus ou moins co&#251;teuse ; et r&#233;gulariser les prix suppose souvent des moyens consid&#233;rables, sans &#234;tre efficace si les mouvements de march&#233; sont trop forts. L&#224; encore le principe moral est peu contestable, en revanche il ne para&#238;t pas que la &#8216;soumission du c&#339;ur et de l'esprit' qu'il requiert s'applique ensuite &#224; l'analyse de fait et aux recommandations subs&#233;quentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Laudato Si et le march&#233; des droits &#224; polluer&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par Laudato Si, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence certaines solutions bas&#233;es sur le march&#233;. On est donc dans l'exemple inverse : il ne s'agit plus de recommander une solution, mais de la r&#233;cuser. Le N&#176; 171 &#233;voque pour le rejeter ce qu'on appelle march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoir publics. Le ton du texte est vif ; il estime que cela &#171; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile [&#8230;] mais [&#8230;] n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; Il para&#238;t toutefois que ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. On peut en effet soutenir que si un tel syst&#232;me est bien construit, il permet de fixer avec plus de pr&#233;cision le niveau d'&#233;mission globalement acceptable, qu'on divise ensuite en quotas et donc en droits, qui sont alors vendus par la puissance publique, tout en laissant au march&#233; le soin d'allouer les quotas ainsi d&#233;finis et leur prix. La principale m&#233;thode alternative, qui est la taxation, fixe a priori un prix ; elle court donc le risque d'&#234;tre trop haute ou trop basse. De m&#234;me une r&#233;glementation. Naturellement on peut aussi soutenir que cette technique est difficile &#224; mettre en &#339;uvre. Mais il est clair que l&#224; aussi si la pr&#233;occupation morale est fond&#233;e, &#224; savoir limiter les &#233;missions &#224; une niveau acceptable sans surconsommation, le jugement n&#233;gatif port&#233; sur cette technique ne para&#238;t pas devoir faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ces diff&#233;rents exemples me paraissent montrer qu'il y a une limite claire au magist&#232;re, et donc &#224; la soumission exig&#233;e du fid&#232;le, qui est lorsqu'on n'est plus dans le champ de l'exigence morale, mais de la constatation de situation d'abord, de l'analyse technique ensuite, et du choix de solution qui s'en d&#233;duit enfin, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re m&#234;me simplement authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il serait d&#232;s lors utile d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique. Y compris sur des sujets aussi d&#233;licats que la question de la d&#233;mocratie, ou des droits de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans la revue&lt;/i&gt; 'Sedes Sapientiae' &lt;i&gt;N&#176; 147 mars 2019&lt;/i&gt;, un peu abr&#233;g&#233; ici.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html</guid>
		<dc:date>2019-01-07T17:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>Syncr&#233;tisme</dc:subject>
		<dc:subject>Vie &#233;ternelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la crise du magist&#232;re n'est sans doute pas principalement l&#224; o&#249; on croit &#8211; dans les textes officiels ; mais dans la schizophr&#233;nie croissante entre une belle doctrine d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre une pastorale ou une pratique &#233;trangement diff&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autorite-dans-l-Eglise-+.html" rel="tag"&gt;Autorit&#233; dans l'Eglise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pluralite-des-religions-+.html" rel="tag"&gt;Pluralit&#233; des religions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Syncretisme-+.html" rel="tag"&gt;Syncr&#233;tisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Vie-eternelle-+.html" rel="tag"&gt;Vie &#233;ternelle&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le magist&#232;re joue un r&#244;le central dans l'Eglise catholique, sans &#233;quivalent dans une quelconque autre religion ou m&#234;me r&#233;alit&#233; humaine. Une crise dans l'Eglise catholique est d&#232;s lors presque toujours aussi une crise du magist&#232;re. Mais en m&#234;me temps parler de crise du magist&#232;re peut recouvrir des r&#233;alit&#233;s vari&#233;es : ce peut &#234;tre dans son r&#244;le m&#234;me de d&#233;finition doctrinale ; cela peut &#234;tre ensuite une forme ou une autre de d&#233;calage entre la doctrine et l'enseignement courant ou la pratique et les actes des pasteurs, y compris le pape et les &#233;v&#234;ques ; et ce peut &#234;tre enfin une crise dans le rapport des fid&#232;les (et &#233;ventuellement de leurs pasteurs) avec l'id&#233;e de magist&#232;re ou les enseignements correspondants. Nous allons voir que la crise se situe bien plus aux deuxi&#232;me et troisi&#232;me niveau, m&#234;me si cela rejaillit marginalement sur le premier.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Rappel sur le magist&#232;re&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Rappelons d'abord rapidement ce que l'Eglise nous enseigne sur le magist&#232;re. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d'abord le magist&#232;re n'exerce son autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (de morale). Quel que soit le niveau consid&#233;r&#233;. Le Code de droit canonique distingue ensuite trois niveaux (canons 747 sqq.). Les deux premiers rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; ; c'est d'abord le magist&#232;re (dit extraordinaire) du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique, s'exprimant explicitement pour d&#233;finir un point ; c'est ensuite le magist&#232;re ordinaire universel qui concerne les &#233;v&#234;ques (et le pape) dans leur enseignement permanent ; dans les deux cas cela suppose qu'ils &#171; s'accordent sur un point de doctrine &#224; tenir de mani&#232;re d&#233;finitive &#187;. Un point essentiel est la pr&#233;cision suivante : &#171; Aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Il n'y a donc infaillibilit&#233; que lorsque c'est manifestement ce qui est affirm&#233;. Dans tous ces cas en outre l'adh&#233;sion du fid&#232;le est imp&#233;rative ; elle fait partie int&#233;grante de la foi. Ce qui veut dire que celui qui croit vraiment ne peut pas ne pas y adh&#233;rer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me niveau (canon 752) tout &#224; fait diff&#233;rent est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique, du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : c'est lorsqu'ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. Dans ce cas l'adh&#233;sion demand&#233;e n'est pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [obsequium] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. Dit autrement, les fid&#232;les n'ont pas &#224; consid&#233;rer que cela fait partie de leur foi ; mais ils doivent traiter cette d&#233;claration avec un grand respect et a priori une soumission int&#233;rieure. Ce qui n'est quand m&#234;me pas rien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant enfin de l'enseignement des &#233;v&#234;ques il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y &#171; adh&#233;rer avec une r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;, ce qui reste important, mais se situe bien en de&#231;&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs et comme je l'ai rappel&#233; plus en d&#233;tails dans mon La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;a href=&#034;http://www.pierredelauzun.com/Vient-de-paraitre-La-Revelation.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.pierredelauzun.com/Vient...&lt;/a&gt; cet enseignement fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. D&#233;veloppement veut dire ici d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans le d&#233;p&#244;t de la foi, qui est fondamentalement re&#231;u (&#224; travers les Ecritures et la Tradition) et non pas le fruit d'une innovation franche. Cela implique que ces d&#233;veloppements ne contredisent pas les &#233;l&#233;ments pr&#233;c&#233;demment proclam&#233;s d&#233;finitifs ; ce qui &#224; son tour veut dire que le sens de ces &#233;l&#233;ments reste compris de fa&#231;on substantiellement stable au cours du temps, comme Jean-Paul II l'a rappel&#233;. C'est d'ailleurs logiquement impliqu&#233; par la notion de magist&#232;re, si comme le magist&#232;re catholique il se comprend comme l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise ; et non comme l'action d'un gourou d&#233;cidant arbitrairement la ligne du moment, ou comme un parlement changeant les lois lorsqu'il le juge bon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement une telle exigence ne vaut pleinement que pour les &#233;l&#233;ments consid&#233;r&#233;s &#224; tenir de fa&#231;on d&#233;finitive. Pour le magist&#232;re authentique, des fluctuations sont possibles, notamment dans l'expression, &#233;ventuellement dans la port&#233;e des enseignements en question. Certes, venant du magist&#232;re, ils contiennent un &#233;l&#233;ment de v&#233;rit&#233; essentiel, mais ils ont pu ne pas parvenir d'embl&#233;e &#224; une pleine expression, notamment (comme je le souligne dans ce m&#234;me livre) lorsqu'ils ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, ou s'appuyaient sur des &#233;l&#233;ments qui sont ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et souvent transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques etc.).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Vatican II&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme je l'ai montr&#233; en outre dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, appel&#233; le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement. Une crise du magist&#232;re dans son activit&#233; de d&#233;finition signifierait logiquement une rupture dans cette continuit&#233;. On l'a soutenu pour la p&#233;riode r&#233;cente (Vatican II et apr&#232;s), notamment sur trois sujets que j'examine dans ce m&#234;me ouvrage. C'est d'abord la libert&#233; religieuse : la d&#233;claration &lt;i&gt;Dignitatis humanae&lt;/i&gt; de Vatican II, par rapport &#224; la condamnation de la libert&#233; des cultes au XIXe si&#232;cle. Ensuite la prohibition de l'usure : on a une longue suite de condamnations de principe de la perception d'int&#233;r&#234;ts sur un pr&#234;t depuis le Moyen Age, qui s'oppose &#224; leur acceptation de fait &#224; partir du d&#233;but du XIXe si&#232;cle, et maintenant dans le droit canonique. Et enfin le statut des autres religions pour l'obtention de notre salut : le vieil adage &#8216;Pas de salut hors de l'Eglise' du Concile de Florence est ici oppos&#233; &#224; plusieurs textes du Concile, notamment &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux premiers cas, au vu des supports de d&#233;claration et des termes employ&#233;s, il s'agit sans le moindre doute de d&#233;clarations du magist&#232;re authentique mais non d&#233;finitif. Cela dit, sur le premier point il faut noter que les encycliques du XIXe si&#232;cle condamnant la libert&#233; de conscience ou celles des cultes visaient une conception relativiste de celles-ci : un suppos&#233; droit &#224; croire ce qui bon nous semble, inacceptable pour l'Eglise qui rappelle le r&#244;le central de la v&#233;rit&#233;. En revanche Vatican II proclame une libert&#233; religieuse d&#233;finie comme droit &#224; une immunit&#233; par rapport au pouvoir civil, mais dans la recherche toujours n&#233;cessaire de la v&#233;rit&#233; (et notamment de la v&#233;rit&#233; de la foi). Or l'Eglise a toujours proclam&#233; la libert&#233; de l'adh&#233;sion &#224; la foi, ainsi que le droit par exemple des Juifs &#224; &#233;lever leurs enfants dans leur religion. Le texte de Vatican II appara&#238;t donc en d&#233;finitive comme la synth&#232;se de ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments. M&#234;me si on peut regretter l'insuffisance dans l'explicitation de la coh&#233;rence historique, explicitation qui aurait permis d'&#233;viter les doutes, tant envers les opposants &#224; cette d&#233;claration (lefebvristes notamment) que chez ceux qui y voient la l&#233;gitimation d'un changement de doctrine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, la condamnation de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t s'appuyait essentiellement sur des raisonnements &#233;conomiques, qui ne rel&#232;vent pas du magist&#232;re, et elle comportait en outre de multiples exceptions, t&#233;moignant de la fragilit&#233; de ses bases. Elle peut donc tout &#224; fait &#234;tre caduque sous cet angle. D'o&#249; l'abandon de la prohibition. En revanche son esprit reste (son fondement moral) : il reste vrai que l'argent ne cr&#233;e rien par lui seul, sans le travail et l'initiative de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question des autres religions est plus d&#233;licate. Certains &#233;l&#233;ments rel&#232;vent manifestement du d&#233;p&#244;t de la foi : notamment l'id&#233;e que le seul sauveur est J&#233;sus Christ et que nul ne peut &#234;tre sauv&#233; autrement qu'en son nom. D'o&#249; naturellement l'id&#233;e qu'en dehors de l'Eglise, qui est le corps du Christ, il n'y a pas de salut, proclam&#233;e au concile de Florence. Il semble bien qu'on soit ici dans le c&#339;ur de la foi. Mais il reste la question de ceux qui sans faute n'ont pas connu l'annonce de la bonne nouvelle chr&#233;tienne. Certains commentateurs (une majorit&#233; sans doute &#224; une &#233;poque) ont compris le principe &#8216;hors de l'Eglise point de salut' comme signifiant : hors de l'Eglise institutionnelle, explicite. Mais il y a toujours eu un courant qui a consid&#233;r&#233; au contraire que Dieu ne se d&#233;sint&#233;ressait pas de ceux qui ne connaissaient pas l'Eglise, notamment par impossibilit&#233; mat&#233;rielle (d'espace ou de temps), et que donc la possibilit&#233; existait de leur agr&#233;gation &#224; l'Eglise sous une autre forme, sans doute non explicite. Ainsi saint Thomas d'Aquin, avant Florence. C'est cette position qui est finalement celle adopt&#233;e par la Constitution &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; pour Vatican II. Comment ? Elle ne le dit pas car elle parle de &#8216;moyens connus de Dieu seul'. Mais elle ne place donc pas les autres religions en position d'instrument de salut. Il n'y a toujours qu'un nom qui sauve, celui de J&#233;sus Christ, et seule son Eglise est moyen de salut. Mais elle peut se voir agr&#233;ger des gens qui ne la connaissent pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche un autre texte du Concile Vatican II, &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, qui est une simple d&#233;claration, &#233;voque ces religions, en soulignant simplement ce qu'elles ont de bon. Ce qui laisse entendre que ces &#233;l&#233;ments qui sont bons en elles sont voulus par Dieu. Mais elle ne dit nulle part elles non plus qu'elles sont en tant que telles instruments de salut. Certains se sont mis alors &#224; imaginer qu'un statut leur &#233;tait reconnue, une forme de l&#233;gitimit&#233;. Malgr&#233; sa r&#233;daction prudente, le texte a d&#232;s lors &#233;t&#233; le point de d&#233;part d'une vision positive des autres religions, qui prend chez beaucoup la forme d'une mise sur le m&#234;me rang que le christianisme. Le texte ne dit rien de tel, mais comme tout Vatican II, il se veut pastoral et par l&#224; positif dans son langage, et donc il ne condamne pas. Ce qui laisse le champ libre &#224; ceux qui consid&#232;rent que cela implique validit&#233; des autres religions comme voies de salut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un point de m&#233;thode important. Tous les conciles ant&#233;rieurs avaient des listes de propositions condamn&#233;es comme fausses, objets d'anath&#232;mes. Leur absence &#224; Vatican II a l'avantage de montrer un visage am&#232;ne et dialogal ; mais on perd ce faisant la clart&#233; de la d&#233;finition ; et surtout on n'envoie plus le message qu'il y a des id&#233;es qui sont r&#233;ellement fausses, et que c'est mauvais pour notre salut. Une telle posture caract&#233;ristique du Concile sera par la suite une des caract&#233;ristiques du magist&#232;re postconciliaire. Un choix qui est th&#233;oriquement sans effet pour ce qui est du contenu du message, mais qui s'av&#233;rera lourd de cons&#233;quences concr&#232;tes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une crise du magist&#232;re lui-m&#234;me ? Apr&#232;s Vatican II ; le pape Fran&#231;ois&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Toujours en se limitant aux textes magist&#233;riels, il y a ensuite sous Paul VI, Jean-Paul II et Beno&#238;t XVI peu ou pas d'autres &#233;l&#233;ments qui pourraient &#234;tre vus comme une inflexion nouvelle du magist&#232;re. Il y a m&#234;me eu dans cette p&#233;riode des rappels non n&#233;gligeables en mati&#232;re de doctrine, notamment dans le vaste champ des m&#339;urs, au risque d'une tension croissante avec le monde ambiant - qui lui allait en sens contraire. M&#234;me si certains des traits h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode conciliaire subsistaient (dont le parti pris de positivit&#233; qu'on vient d'&#233;voquer).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de la coh&#233;rence a &#233;t&#233; pos&#233;e plus nettement &#224; propos du pape Fran&#231;ois. Non pas tant en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, o&#249; ses d&#233;clarations virulentes restent dans le cadre de la doctrine ant&#233;rieure, m&#234;me si son insistance sur la seule d&#233;nonciation des m&#233;faits du syst&#232;me &#233;conomique cr&#233;e un effet peu &#233;quilibr&#233;. La question des migrations ensuite constitue un terrain d'opposition franche et parfois violente entre le pape et une partie notable des fid&#232;les ; mais ici encore l'enjeu doctrinal n'est pas &#233;vident : on est l&#224; dans un domaine classiquement reconnu comme prudentiel et donc de la responsabilit&#233; des la&#239;cs, et le pape alterne l'affirmation d'un devoir d'accueil des personnes en souffrance, qu'il comprend tr&#232;s largement comme impliquant normalement l'entr&#233;e tr&#232;s large des migrants, avec le rappel timide et discret des limites, essentiellement la capacit&#233; d'accueil &#233;conomique. Il est vrai que certains textes comme celui de 2017 sur les droits des migrants vont assez loin, de fa&#231;on l&#224; encore peu &#233;quilibr&#233;e, pour soutenir une liste de revendications allant tr&#232;s loin dans le sens d'un accueil sans conditions ; mais outre que le caract&#232;re magist&#233;riel n'en est pas &#233;vident, la synth&#232;se avec les &#233;l&#233;ments plus prudents de son message n'est pas faite. Il n'est donc pas &#233;vident qu'il y ait sur ces divers points une v&#233;ritable &#233;volution magist&#233;rielle. On n'en dira pas autant du message &#8216;pastoral', net et brutal en faveur de l'immigration, avec de multiples gestes &#224; l'appui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus controvers&#233;s sous l'angle proprement magist&#233;riel sont deux textes du pape Fran&#231;ois. C'est d'abord l'exhortation apostolique &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;, le d&#233;bat portant principalement sur des passages du chapitre et plus particuli&#232;rement sur une affirmation rel&#233;gu&#233;e en note de bas de page - note 351, faisant allusion &#224; l'acc&#232;s aux sacrements. Cela para&#238;t ouvrir dans des cas non n&#233;gligeables un acc&#232;s aux sacrements &#224; des divorc&#233;s remari&#233;s sans changement de leurs pratiques, ce qui serait une modification de la doctrine ant&#233;rieure. Pour celle-ci, hors cas tout &#224; fait exceptionnel d'ignorance invincible, qui devrait en outre rapidement dispara&#238;tre, un catholique est suppos&#233; savoir ce que demandent les Evangiles sur le mariage ; d&#232;s lors, qui ne respecte pas cette r&#232;gle s'affiche comme en rupture permanente ; en outre, m&#234;me en cas d'ignorance suppos&#233;e invincible, un sacrement est un acte d'Eglise, public, et l'accorder sur la base d'un &#233;tat d'&#226;me priv&#233; risque d'envoyer un message erron&#233; aux fid&#232;les. Le sujet a fait couler beaucoup d'encre. On peut &#233;videmment rappeler qu'il serait &#233;trange que la doctrine puisse &#233;voluer au vu d'une note de bas de page quelque peu ambigu&#235;, m&#234;me s'il y a eu authentification par le pape d'une d&#233;claration interpr&#233;tative souple des &#233;v&#234;ques argentins. Cela dit il est manifeste que dans cette affaire le pape a fait le choix de l'ambigu&#239;t&#233; dans l'expression, car comme on le verra pour lui il faut sortir de la logique du &#8216;on peut, on ne peut pas'. De fait, cette relative ambigu&#239;t&#233; de r&#233;daction, plus la timidit&#233; de l'insertion, peuvent permettre (avec quelque effort) &#224; ceux qui veulent lire la note de fa&#231;on coh&#233;rente avec la doctrine ant&#233;rieure de le faire. Mais inversement cela laisse aussi les autres libres de faire une lecture nettement plus &#233;loign&#233;e de la doctrine classique, non sans motif dans le contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ensuite la question de la peine de mort, o&#249; le pape a fait changer le texte du cat&#233;chisme afin de la pr&#233;senter comme en soi condamnable, alors que le texte ant&#233;rieur, constatant que la tradition catholique l'avait toujours d&#233;clar&#233;e licite, l'excluait dans le seul contexte de la soci&#233;t&#233; actuelle. Ce point est &#233;voqu&#233; dans un autre article de ce num&#233;ro de &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;. Notons simplement ici que le changement dans le cat&#233;chisme reste lui aussi r&#233;dig&#233; de fa&#231;on ambigu&#235; et qu'une lecture proche de celle de l'ancien cat&#233;chisme reste possible, et c'est sans doute la plus s&#251;re pour les fid&#232;les. Cela dit l'intention du pape est manifeste. Comme il l'a dit &#224; Dominique Wolton (avant ce changement) &#171; La tradition, c'est une doctrine en chemin, qui avance &#8230; Par exemple, &#224; propos de la peine de mort. Nos &#233;v&#234;ques ont d&#233;cr&#233;t&#233; la peine de mort au Moyen Age. Aujourd'hui l'Eglise dit plus ou moins &#8211; et on travaille pour changer le cat&#233;chisme sur ce point - que la peine de mort est immorale. La tradition a-t-elle chang&#233; ? Non, mais la conscience &#233;volue, la conscience morale &#233;volue. C'est la m&#234;me chose concernant l'esclavage &#187;. &#171; Comment grandit la tradition ? Elle grandit comme grandit une personne : par le dialogue, qui est comme l'allaitement pour l'enfant. Le dialogue avec le monde qui nous entoure. Le dialogue fait cro&#238;tre. &#187; Il est pourtant &#233;vident que si on dit deux choses diff&#233;rentes, c'est que la tradition a chang&#233;. Donc la doctrine. Il faudrait donc expliquer en quoi ce changement ne remet pas en cause la cr&#233;dibilit&#233; du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas cependant, si on se limite aux textes, on notera la faible ampleur des modifications &#233;ventuelles et leur manque de clart&#233;. En revanche l'intention et l'esprit laissent entendre que la signification sous-jacente est plus radicale. Par ailleurs et surtout, on reste dans tous ces cas dans le cadre du magist&#232;re authentique tout au plus, en outre sous une forme particuli&#232;rement peu affirmative. En se limitant donc &#224; ces &#233;l&#233;ments, on pourrait donc pr&#233;tendre qu'il n'y pas d'inflexion majeure &#224; prendre r&#233;ellement en compte dans le magist&#232;re au sens strict. En revanche il est symptomatique que ce magist&#232;re proc&#232;de avec ambigu&#239;t&#233;, cr&#233;ant dans la pratique une marge de jeu au sein m&#234;me de la doctrine, m&#234;me quand elle &#233;volue peu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est notoire que le pape Fran&#231;ois est m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale, qu'il per&#231;oit comme un carcan facilement utilisable par des personnes peu mis&#233;ricordieuses (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. Et de d&#233;crire J&#233;sus faisant des choses &#171; qui ne se faisaient pas &#187; (samaritaine, l&#233;preux etc.) C'est que &#171; la loi des autres &#187; &#171; n'&#233;tait pas dans le vrai &#187;, &#171; d&#233;g&#233;n&#233;r&#233;e &#187; dit-il &#171; par le fondamentalisme &#187; . Mais l'inconv&#233;nient de ce positionnement est de jeter un trouble sans donner de r&#233;ponse claire, d'autant que le pape refuse de r&#233;pondre aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; de quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Plus gravement, cela tend &#224; accr&#233;diter une fois de plus l'id&#233;e que la doctrine change sur des points centraux &#8211; mais sans le faire de fa&#231;on claire. Pourtant la demande est nette : &#171; Que votre oui soit un oui, et votre non un non &#187; (Mathieu 5 37).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'environnement du magist&#232;re : les faits et dits non magist&#233;riels.&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; un fait s'impose : malgr&#233; les questions pos&#233;es par les d&#233;veloppements pr&#233;c&#233;dents, l'&#233;volution au niveau des textes, objectivement limit&#233;e, p&#226;lit en importance en regard de ce qu'on peut appeler le l'enseignement de fait, ou l'environnement intentionnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; l'&#233;poque conciliaire avait &#233;t&#233; marqu&#233;e par un tournant brutal dans l'enseignement effectif des faits principaux de la foi chr&#233;tienne. On conna&#238;t l'appel r&#233;current &#224; l'esprit du Concile, parfois oppos&#233; aux textes que ce m&#234;me Concile a adopt&#233;s (qui pourtant font seuls autorit&#233;). Mais le ph&#233;nom&#232;ne est beaucoup plus large. Des &#233;l&#233;ments autrefois totalement centraux comme les fins derni&#232;res, le jugement, la possibilit&#233; de l'enfer, et plus largement la r&#233;alit&#233; du p&#233;ch&#233; et ses cons&#233;quences, ou le besoin de confession r&#233;guli&#232;re, sont d&#233;sormais pass&#233;s au second rang quand ils n'ont pas totalement disparu. Bien s&#251;r ils sont toujours l&#224; dans la doctrine th&#233;orique, qu'on retrouve par exemple dans le Cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, mais ils n'ont pratiquement plus de r&#244;le dans la pastorale effective, et cela pratiquement &#224; tous les niveaux. Or le mot magist&#232;re comporte l'id&#233;e du ma&#238;tre qui enseigne ; il ne s'agit pas simplement de th&#233;oriser ou de juger des questions intellectuelles. De ce point de vue, il y a comme un magist&#232;re bis, de fait, et en premier lieu un magist&#232;re par d&#233;faut, tacite, qui est distinct du magist&#232;re th&#233;orique des textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas inint&#233;ressant de rapprocher ces faits des constatations de Guillaume Cuchet analysant les causes de l'effondrement relatif de la pratique catholique apr&#232;s 1965. Le rel&#226;chement massif de la discipline, la perte de vue des fins derni&#232;res, l'effondrement de la confession, et l'id&#233;e de la pluralit&#233; des voies religieuses sont les principaux facteurs relev&#233;s, cela avant 1968. Et en s'abritant de l'autorit&#233; du Concile (malgr&#233; ses textes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute une pratique, qui peut signifier clairement, par l'exemple qu'elle donne, ce qu'on juge important et ce qui ne l'est pas. Ainsi quand on parle des autres religions, c'est d&#233;sormais presque toujours pour souligner les points de convergence, ou le besoin de dialogue (&#224; la notable exception du discours de Ratisbonne) ; jamais les divergences, ni les nombreux d&#233;fauts de ces religions, l'Islam en premier lieu. Le pape Fran&#231;ois explique r&#233;guli&#232;rement que ce dernier est une religion de paix, contre l'&#233;vidence de l'histoire et des textes (ainsi dans &lt;i&gt;Evangelii gaudium&lt;/i&gt; au n&#176; 253 in fine : &#171; le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence &#187;) ; m&#234;me si on peut douter que ces affirmations rel&#232;vent du champ du magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. On retrouve ici l'attitude de &lt;i&gt;Nostra aetate&lt;/i&gt;, en plus accentu&#233;, et l'ambigu&#239;t&#233; s'&#233;paissit encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, comme je l'indiquais dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation, &#171; une tendance se r&#233;pand, consistant dans la pratique &#224; laisser la doctrine morale ou la discipline eccl&#233;siale comme elles sont, mais &#224; les voir en quelque sorte comme un bel id&#233;al ; et, parall&#232;lement, &#224; introduire dans la pratique des changements inconsistants avec elles, laiss&#233;s &#224; l'appr&#233;ciation personnelle ou &#224; celle de leurs pasteurs. Cette tentation peut &#234;tre lourde de cons&#233;quences sur la mani&#232;re dont les croyants vivent leur foi, avec le risque &#233;ventuel d'une double morale et surtout d'un certain subjectivisme. Il y a une tendance ici ou l&#224; &#224; mettre entre parenth&#232;ses l'enseignement magist&#233;riel pour ne consid&#233;rer que les gestes et la pastorale. On a &#233;voqu&#233; ce point en ce qui concerne la pluralit&#233; des religions : l'accueil l&#233;gitime et bienvenu de repr&#233;sentants de religions diverses, ou certains gestes de dialogue, qui ont &#233;videmment leur sens dans le cadre des bons rapports entre personnes ou communaut&#233;s, sont alors lus comme signes d'une reconnaissance de la validit&#233; relative de ces religions, selon une inflexion qu'on est bien en peine de montrer dans les textes. Mais cela ne modifie &#233;videmment ni le statut, ni le contenu de la doctrine elle-m&#234;me, tout d&#233;veloppement supposant un texte explicite. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour ne citer qu'un exemple r&#233;cent, le tr&#232;s ambigu &#8216;qui suis-je pour juger ?' du pape Fran&#231;ois, prononc&#233; &#224; propos d'un pr&#233;lat accus&#233; d'homosexualit&#233; (bien visible) a jou&#233; un r&#244;le non n&#233;gligeable dans le trouble instaur&#233; : jouant sur les mots entre &#8216;juger la personne' et &#8216;juger le comportement', entre mis&#233;ricorde et expression de la v&#233;rit&#233;, il a de fait accr&#233;dit&#233; l'id&#233;e que la doctrine importait peu et que la mis&#233;ricorde &#233;tait tout. Ce qui pour une religion qui enseigne un message r&#233;v&#233;l&#233; contenant des exigences claires, est troublant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant on mesure les limites d'une mis&#233;ricorde mal comprise quand on passe au dossier p&#233;dophilie. Car l&#224; ce qu'on attendait, c'est des gestes tranch&#233;s, un magist&#232;re &#233;nergique et exigeant, rompant avec l'effarant laxisme postconciliaire qui a conduit &#224; tol&#233;rer de fait dans un certain clerg&#233; des pratiques que toute la tradition ant&#233;rieure condamnait avec horreur, que cette tol&#233;rance s'explique par la l&#226;chet&#233;, la solidarit&#233; cl&#233;ricale, une fausse mis&#233;ricorde, ou un alignement sur les m&#339;urs du temps. On est en revanche un peu rest&#233; sur sa faim sur ce plan (sauf lorsqu'il y a eu scandale public). Comme plus g&#233;n&#233;ralement sur le dossier de l'homosexualit&#233; dans le clerg&#233; (car ce qu'on appelle p&#233;dophilie est dans la grande majorit&#233; des cas une forme d'homosexualit&#233; sur adolescents). Dans certains cas, la mis&#233;ricorde mal comprise de trop d'&#233;v&#234;ques s'est rapproch&#233;e dangereusement de la complicit&#233;, ou de l'inertie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me insuffisance du c&#244;t&#233; du contr&#244;le des th&#232;ses &#233;mises comme catholiques par des th&#233;ologiens manifestement h&#233;t&#233;rodoxes : les condamnations sont rares (celle du P. Dupuis en a &#233;t&#233; une), et la presse catholique et leurs confr&#232;res hurlent alors &#224; la r&#233;pression. Mais parall&#232;lement la plupart des th&#233;ologiens m&#234;me clairement en dehors de la doctrine poursuivent impunis leur carri&#232;re &#224; succ&#232;s, du P. Moingt au P. Geffr&#233; pour ne citer que deux cas fran&#231;ais bien connus.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le magist&#232;re et les fid&#232;les&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de cette d&#233;rive une grande incertitude chez les fid&#232;les. D'un c&#244;t&#233; on l'a vu, le monument des textes magist&#233;riels est au pire &#233;corn&#233; mais pour l'essentiel reste intact. D'un autre c&#244;t&#233; le signal qui est per&#231;u de fait est qu'au fond ces vingt si&#232;cles d'effort de d&#233;veloppement dans la coh&#233;rence d'une doctrine extr&#234;mement &#233;labor&#233;e et fid&#232;le au message r&#233;v&#233;l&#233; importent assez peu par rapport aux grands &#233;lans affectifs, &#224; une mis&#233;ricorde universelle dans la pratique peu regardante, ou au jugement personnel en conscience, quelles qu'en soient les conclusions. Aucun repr&#233;sentant autoris&#233; du magist&#232;re, le pape Fran&#231;ois le premier, n'a bien s&#251;r jamais rien dit de tel. Mais de fait c'est ce qui est per&#231;u par beaucoup, ou ce qu'on veut entendre sans &#234;tre contredit. Et trop de gestes paraissent le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, tout comme la discipline interne pour les cas de p&#233;dophilie, c'est d'une action &#233;nergique, claire et d&#233;termin&#233;e qu'on a besoin. Besoin d&#233;sormais urgent : c'est ce que j'appelle une r&#233;forme gr&#233;gorienne. Rappelons un fait. Trois papes seulement (ayant vraiment r&#233;gn&#233;) ont &#233;t&#233; canonis&#233;s entre 1100 et 1950 : Gr&#233;goire VII, Pie V et Pie X. Trois grands r&#233;formateurs, trois mod&#232;les d'autorit&#233; bienveillante mais ferme. L'Eglise a besoin d'une r&#233;forme radicale, claire et &#233;nergique, qui met en rapport direct ce qui est dit et ce qui est fait. Il est encore temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article publi&#233; dans la revue Libert&#233; politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html</guid>
		<dc:date>2018-01-15T14:41:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Temps et &#233;ternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Pierre de Lauzun&lt;br class='autobr' /&gt;
La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps &lt;br class='autobr' /&gt;
Lethielleux-Art&#232;ge 2018.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La foi peut-elle changer ? Plus exactement, l'enseignement de l'Eglise, expression d'un Dieu Eternel, qui n'est pas soumis &#224; l'histoire, peut-il vraiment changer avec le temps ? Son origine, c'est la R&#233;v&#233;lation, la Bible : elle s'est &#233;tal&#233;e dans le temps, selon une longue histoire, mais pour culminer de fa&#231;on d&#233;finitive dans J&#233;sus, la v&#233;rit&#233; et la vie. V&#233;rit&#233; &#233;ternelle, donc immuable, cette r&#233;v&#233;lation fait cependant depuis l'objet d'un d&#233;veloppement dans le temps, authentifi&#233; par un magist&#232;re, comme le montre notamment la succession des conciles. Fait notable, il n'y a aucun &#233;quivalent &#224; un tel d&#233;veloppement dans toute l'histoire de l'humanit&#233;. Car il faut r&#233;unir deux id&#233;es : la permanence d'une v&#233;rit&#233; essentielle, mais dont le sens et les effets sont progressivement explicit&#233;s, au rythme d'une longue histoire. Et montrer que la promesse est honor&#233;e. Cela suppose que ce qui a &#233;t&#233; dit et authentifi&#233; garde sa valeur au cours des si&#232;cles ; mais peut avoir &#224; &#234;tre resitu&#233; ou d&#233;velopp&#233;. Comment est-ce possible, en &#233;vitant tout relativisme, mais en rendant compte de ce qui appara&#238;t au premier regard comme des changements ? C'est ce que ce livre explore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conf&#233;rence lundi 28 mai &#224; 20 h au centre Berg&#232;re 9 rue Berg&#232;re 75009 Paris. Paroisse saint-Eug&#232;ne Sainte C&#233;cile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.famillechretienne.fr/livres/foi/theologie/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps-247857&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.famillechretienne.fr/li...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Mes-livres-Biographie-.html" rel="directory"&gt;Mes livres &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Temps-et-eternite-+.html" rel="tag"&gt;Temps et &#233;ternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autorite-+.html" rel="tag"&gt;Autorit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Revelation-chretienne-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/revelation.jpg?1787417303' class='spip_logo spip_logo_right' width='96' height='150' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.editionsartege.fr/product/116019/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.editionsartege.fr/produ...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Introduction du livre (extraits)&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Qui dit foi au sens chr&#233;tien du terme dit R&#233;v&#233;lation divine, donc irruption divine dans le temps, donc des &#233;v&#233;nements dat&#233;s avec un avant et un apr&#232;s, en un mot une Histoire. Mais Dieu est &#233;ternel, hors du temps. L'id&#233;e de r&#233;v&#233;lation peut donc para&#238;tre paradoxale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs cette r&#233;v&#233;lation est &#224; la fois un message, pourvu d'un contenu qu'on peut analyser conceptuellement, et un appel &#224; relation avec un Etre qui nous d&#233;passe infiniment, bouleversant notre vie. Message qui est a priori conditionn&#233; par son lieu et son &#233;poque d'&#233;mergence, donc situ&#233; dans le temps - et cependant porteur d'une v&#233;rit&#233; absolue et intemporelle, laquelle doit nous parler l&#224; o&#249; nous sommes, et nous conduire hors du temps. Autre paradoxe ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce double niveau &#233;ternel et historique op&#232;re &#224; tous les niveaux de la vie religieuse. Personnel d'abord, puisque la foi est l'irruption d'une rencontre, et la poursuite pendant toute sa vie des effets de cette rencontre, faisant de cette histoire personnelle une r&#233;alit&#233; chaque fois unique. Collectif ensuite, et &#224; plusieurs stades. D'abord au moment de cette R&#233;v&#233;lation. En effet, contrairement &#224; une philosophie ou une science, qui se cr&#233;ent par des ajouts et remises en cause successives qui sont sans importance en tant qu'&#233;v&#233;nements, la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne donne une valeur toute particuli&#232;re &#224; un ou des moments bien pr&#233;cis, ceux o&#249; Dieu S'est manifest&#233; &#224; un ou des hommes donn&#233;s. Cela cr&#233;e une diff&#233;rence de nature entre l'avant et l'apr&#232;s de ces &#233;v&#233;nements. Effet encore renforc&#233; par le fait que ces R&#233;v&#233;lations se sont &#233;tal&#233;es le long d'une histoire qui se trouve par-l&#224; rythm&#233;e et orient&#233;e. En outre la p&#233;riode qui suit la R&#233;v&#233;lation n'est pas inerte ou passive : c'est le moment d'un intense travail d'interpr&#233;tation, qui dans le catholicisme prend une forme cumulative. Enfin cette R&#233;v&#233;lation annonce &#224; l'Histoire quel sera son horizon, lui donnant son sens ultime et v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle perspective religieuse sur l'histoire est unique et, si elle est vraie, essentielle. Mais elle suppose la foi. Peut-on alors en rendre compte rationnellement ? Oui, et tel est mon objet ici. Je me situerai d'un point de vue philosophique, pour questionner avec les moyens de la raison ce que l'Eglise pense et dit sur la R&#233;v&#233;lation, prise comme message, et sur l'histoire du d&#233;veloppement de cette pens&#233;e et de ce discours. Il s'agit donc d'un angle particulier de r&#233;flexion sur la R&#233;v&#233;lation, nullement exclusif d'un autre. C'est notamment une d&#233;marche distincte de la th&#233;ologie, qui m&#232;ne ses interrogations &#224; partir de la R&#233;v&#233;lation elle-m&#234;me. Ici on utilisera la raison pour examiner le sens des affirmations ainsi pos&#233;es, m&#234;me si leur source ne d&#233;pend pas de la raison. Bien entendu, cette d&#233;marche est plus limit&#233;e que celle du croyant, qui se nourrit de cette R&#233;v&#233;lation comme Parole de Dieu, dans la perspective de sa vie de foi, avec Dieu et dans la pri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Aborder la R&#233;v&#233;lation dans cette optique, c'est tenter de penser ce que peut signifier une irruption de l'&#233;ternit&#233; dans le temps, qui prend la forme d'un message articul&#233; dans un langage humain, ensuite pens&#233; et d&#233;velopp&#233;. Sachant en outre que non seulement ce processus vit dans l'Histoire et l'anime, mais que c'est &#224; lui que nous devons la notion m&#234;me d'Histoire... En d'autres termes, le d&#233;veloppement historique du message fait partie du plan de Dieu et r&#233;sulte de Sa volont&#233; de faire parvenir chaque homme et l'humanit&#233; &#224; un stade de maturit&#233; particuli&#232;re, par un processus libre et p&#233;dagogique, donc progressif. J'examinerai le sens rationnel de cette probl&#233;matique en premi&#232;re partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle R&#233;v&#233;lation est entre autre une forme de connaissance sp&#233;cifique, qui ne saurait &#234;tre examin&#233;e efficacement sans r&#233;f&#233;rence au cadre dans lequel elle a &#233;t&#233; donn&#233;e aux hommes et est depuis v&#233;cue par eux, c'est-&#224;-dire dans cette communaut&#233; vivant dans l'Histoire qu'on appelle Eglise. Laquelle a d&#233;velopp&#233; et continue &#224; d&#233;velopper le message de cette R&#233;v&#233;lation au cours des si&#232;cles, par une r&#233;flexion collective, cumulative et autoris&#233;e, qu'elle place sous les auspices de l'Esprit de Dieu et consid&#232;re anim&#233;e par Lui, dans un cadre appel&#233; Tradition. L'articulation entre R&#233;v&#233;lation et rationalit&#233; a d&#232;s lors fait l'objet d'un enseignement constamment enrichi, sur lequel les deux derniers conciles ont particuli&#232;rement r&#233;fl&#233;chi. J'en examinerai les traits principaux et la logique de l'affirmation sous-jacente, selon laquelle un tel travail historique est possible. On &#233;voquera notamment l'&#233;laboration progressive de ce qu'on appelle dogme. Ce mot est mal vu aujourd'hui, mais rappelons que c'est simplement la mise en forme rationnelle et autoris&#233;e de l'enseignement de la R&#233;v&#233;lation. Il conduit &#224; la question de l'autorit&#233;, elle aussi malmen&#233;e aujourd'hui, et pourtant naturelle dans la logique de ce message, puisque c'est le prolongement de l'id&#233;e de R&#233;v&#233;lation, qui suppose une Parole ins&#233;r&#233;e dans l'histoire mais qui fait autorit&#233; ensuite. C'est ce que nous verrons dans la deuxi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Emergence dans notre monde et notre histoire d'une r&#233;alit&#233; autre, cette R&#233;v&#233;lation a pris la forme d'un texte, r&#233;cit d'une histoire sainte. D'o&#249; la question de la transmission de ce message et donc de la bonne lecture de ces textes, ce qu'on appelle l'ex&#233;g&#232;se. Or une ex&#233;g&#232;se rationaliste, aujourd'hui dominante, se pr&#233;sentant comme seule scientifique, conduit souvent &#224; remettre en cause l'historicit&#233; et la r&#233;alit&#233; de cette R&#233;v&#233;lation. Par l&#224; m&#234;me elle sape la rationalit&#233; que la R&#233;v&#233;lation pr&#233;tend garder. Nous verrons cependant les limites de cette suppos&#233;e scientificit&#233; ; et notamment l'incoh&#233;rence logique de la m&#233;thode, qui trop souvent examine en termes probabilistes, en refusant au d&#233;part de se placer dans la perspective de la foi, des textes qui ont au contraire pour seul r&#244;le de rapporter des faits exceptionnels, et de se pr&#233;senter comme une R&#233;v&#233;lation divine. Ce sera notre troisi&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une fois les textes compris dans leur lettre, et leur v&#233;rit&#233; factuelle cern&#233;e, il reste une &#233;tape importante, qui est leur interpr&#233;tation et le travail de d&#233;veloppement historique de ces dogmes et plus g&#233;n&#233;ralement de l'enseignement magist&#233;riel. Nous passerons en revue les diff&#233;rentes conceptions propos&#233;es de ce d&#233;veloppement, notamment les plus critiques. Il nous faudra notamment confronter la d&#233;marche chr&#233;tienne traditionnelle, fond&#233;e sur l'&#233;coute du texte comme texte de v&#233;rit&#233;, avec ce que j'appelle le d&#233;fi herm&#233;neutiste : cette interpr&#233;tation actuelle qui pr&#233;tend aborder le texte comme document soumis &#224; des relectures, variables selon les &#233;poques et lieux de vie, et d&#233;pendant de visions philosophiques successives. Ces points seront abord&#233;s dans la quatri&#232;me partie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'examinerai ensuite dans une cinqui&#232;me partie d'abord quelle semble &#234;tre la conception la plus fid&#232;le du d&#233;veloppement du dogme ; et ensuite, avec plusieurs exemples concrets, les cas o&#249; il peut para&#238;tre &#224; l'&#339;il ext&#233;rieur remettre en cause des conceptions ant&#233;rieures, pour mieux &#233;valuer sa signification et ses enjeux. Ce qui se d&#233;gagera alors est le sens plus pr&#233;cis de l'insertion de ce message dans le seul contexte d'interpr&#233;tation qui lui rend r&#233;ellement justice, et qui est fond&#233; sur la notion de v&#233;rit&#233; incarn&#233;e : une v&#233;rit&#233; &#233;ternelle se d&#233;voilant dans le temps et dans l'histoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/2018/05/r&#233;v&#233;lation-et-tradition.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://lesalonbeige.blogs.com/my_we...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.famillechretienne.fr/livres/foi/theologie/la-revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps-247857&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.famillechretienne.fr/li...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour une analyse mi-&#233;logieuse, mi-critique de S. Taussig dans Archives des sciences sociales des religions oct-d&#233;c 2019 :&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://journals.openedition.org/assr/49153&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://journals.openedition.org/as...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
