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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Dilexi te : r&#233;flexions sur l'aspect &#233;conomique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Dilexi-te-reflexions-sur-l-aspect-economique.html</link>
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		<dc:date>2025-11-11T16:40:10Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>L&#233;on XIV</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Doctrine sociale de l'Eglise DSE</dc:subject>
		<dc:subject>Pauvret&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, Dilexi Te, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend d'ailleurs le projet. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien, et le r&#244;le essentiel qu'y joue le rapport au pauvre. Il y a donc une dimension &#233;conomique majeure, m&#234;me si le propos principal est dans le changement profond du regard et des pratiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce point essentiel, le pape d&#233;nonce &#224; grands traits la persistance d'une pauvret&#233; r&#233;elle, qui contraste avec la richesse qui s'accumule. Mais il n'est pas explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pauvrete-+.html" rel="tag"&gt;Pauvret&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/ai-generated-8592550_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='113' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de ce texte, j'ai publi&#233; un article dans l'Osservatore Romano du 20 f&#233;vrier 2026, qu'on trouvera ci joint &#224; la suite du texte (voir page 7) ainsi que la version fran&#231;aise.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son premier texte majeur, &lt;i&gt;Dilexi Te&lt;/i&gt;, L&#233;on XIV s'inscrit dans les pas du pape Fran&#231;ois, dont il reprend le projet, mais aussi dans une longue tradition de l'Eglise, remontant aux Evangiles. Le message principal est la demande de conversion adress&#233;e au chr&#233;tien : s'il veut &#234;tre disciple du Christ, il ne peut pas ne pas prioritairement regarder le pauvre, non seulement comme une personne dans le besoin et &#224; aider, mais comme une part essentielle de sa foi, une pr&#233;sence et une manifestation du Christ lui-m&#234;me. Le pape revient plusieurs fois sur ce point central. Ainsi au 39 : &#171; les P&#232;res de l'&#201;glise ont reconnu dans les pauvres un moyen privil&#233;gi&#233; d'acc&#233;der &#224; Dieu, une mani&#232;re particuli&#232;re de le rencontrer. &#187; Car (79) &#171; les plus pauvres ne sont pas seulement objet de notre compassion, mais des ma&#238;tres d'&#201;vangile. Il ne s'agit pas de &#8216;leur apporter' Dieu, mais de le rencontrer en eux. &#187;. (110) &#171; Pour les chr&#233;tiens, les pauvres ne sont pas une cat&#233;gorie sociologique, mais la chair m&#234;me du Christ. [&#8230;] Pour entrer v&#233;ritablement dans ce myst&#232;re [l'incarnation], il faut pr&#233;ciser que le Seigneur s'est fait chair, qu'il a faim, qu'il a soif, qu'il est malade et emprisonn&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle question d&#233;passe consid&#233;rablement la seule dimension &#233;conomique qui est notre propos ici. Cela dit, le sens premier reste central : la pauvret&#233; comprise comme insuffisance de ressources d'une personne, par comparaison avec ce qui est n&#233;cessaire pour mener une vie humaine d&#233;cente dans le monde o&#249; on est ins&#233;r&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rappellera d'abord quels sont les th&#232;mes principaux de l'exhortation, pris sous l'angle &#233;conomique, pour proposer ensuite quelques remarques et r&#233;flexions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les th&#232;mes principaux de l'exhortation, sous l'angle &#233;conomique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un rappel de donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un constat d'abord : cette pauvret&#233; subsiste, nous dit le pape, (12) &#171; pr&#233;occup&#233; par les conditions difficiles dans lesquelles vivent nombre de personnes en raison d'un manque de nourriture et d'eau [&#8230;] dans les pays riches &#233;galement. [&#8230;] On constate de mani&#232;re g&#233;n&#233;rale une augmentation des diff&#233;rentes manifestations de la pauvret&#233;. Celle-ci ne se pr&#233;sente plus comme une condition unique et homog&#232;ne, mais se d&#233;cline sous de multiples formes d'appauvrissement &#233;conomique et social, refl&#233;tant un ph&#233;nom&#232;ne d'in&#233;galit&#233;s croissantes, m&#234;me dans des contextes g&#233;n&#233;ralement prosp&#232;res. &#187; Et encore (13, citation de Fratelli tutti)) &#171; &#8216;la richesse a augment&#233;, mais avec des in&#233;galit&#233;s ; et ainsi, il se fait que de nouvelles pauvret&#233;s apparaissent. Lorsqu'on affirme que le monde moderne a r&#233;duit la pauvret&#233;, on le fait en la mesurant avec des crit&#232;res d'autres temps qui ne sont pas comparables avec la r&#233;alit&#233; actuelle. En effet, par exemple, ne pas avoir acc&#232;s &#224; l'&#233;nergie &#233;lectrique n'&#233;tait pas autrefois consid&#233;r&#233; comme un signe de pauvret&#233; ni comme un motif d'anxi&#233;t&#233;. La pauvret&#233; est toujours analys&#233;e et comprise dans le contexte des possibilit&#233;s r&#233;elles d'un moment historique concret' &#187;. (9) En m&#234;me temps, &#171; il existe en effet de nombreuses formes de pauvret&#233; &#187; : outre &#171; ceux qui n'ont pas les moyens de subvenir &#224; leurs besoins mat&#233;riels &#187;, les marginalis&#233;s, &#171; la pauvret&#233; morale et spirituelle, la pauvret&#233; culturelle &#187;, les situations &#171; de faiblesse ou de fragilit&#233; &#187; ; &#171; ceux qui n'ont pas de droits, pas de place, pas de libert&#233; &#187;. Le pape ajoute (88) avec Beno&#238;t XVI (&lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;) &#171; que &#8216;la faim ne d&#233;pend pas tant d'une carence de ressources mat&#233;rielles, que d'une carence de ressources sociales, la plus importante d'entre elles &#233;tant de nature institutionnelle. Il manque en effet un ensemble d'institutions &#233;conomiques qui soit en mesure aussi bien de garantir un acc&#232;s &#224; la nourriture et &#224; l'eau [&#8230;], de faire face aux n&#233;cessit&#233;s li&#233;es aux besoins primaires et aux urgences des v&#233;ritables crises alimentaires, provoqu&#233;es par des causes naturelles ou par l'irresponsabilit&#233; politique nationale ou internationale' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or cette r&#233;alit&#233; est trop souvent occult&#233;e, notamment, dit-il, par une &#233;lite. C'est que (11) &#171; l'illusion d'un bonheur qui d&#233;coulerait d'une vie ais&#233;e pousse nombre de personnes &#224; avoir une vision de l'existence ax&#233;e sur l'accumulation de richesses et la r&#233;ussite sociale &#224; tout prix, y compris au d&#233;triment des autres et en profitant d'id&#233;aux sociaux et de syst&#232;mes politico-&#233;conomiques injustes qui favorisent les plus forts. Ainsi, dans un monde o&#249; les pauvres sont de plus en plus nombreux, nous assistons paradoxalement &#224; la croissance de certaines &#233;lites riches qui vivent dans une bulle de conditions tr&#232;s confortables et luxueuses, presque dans un autre monde par rapport aux gens ordinaires. &#187;. Or (14) &#171; les pauvres ne sont pas l&#224; par hasard ni en raison d'un destin aveugle et amer &#187;. La pauvret&#233; n'est pas pour la plupart un choix, ni un manque de m&#233;rite pour leur majorit&#233;, &#171; selon cette fausse vision de la m&#233;ritocratie o&#249; seuls ceux qui ont r&#233;ussi dans la vie semblent avoir des m&#233;rites &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors (107) il nous faut &#171; &#8216;prendre conscience d'une grave lacune dans nos soci&#233;t&#233;s et m&#234;me dans nos communaut&#233;s chr&#233;tiennes. [&#8230;] Comme nous sommes tous obnubil&#233;s par nos propres besoins, voir quelqu'un souffrir nous d&#233;range, nous perturbe, parce que nous ne voulons pas perdre notre temps &#224; r&#233;gler les probl&#232;mes d'autrui. Ce sont les sympt&#244;mes d'une soci&#233;t&#233; qui est malade parce qu'elle cherche &#224; se construire en tournant le dos &#224; la souffrance' (citation de Fran&#231;ois) &#187;. Pourtant (109) &#171; ce sont pr&#233;cis&#233;ment les pauvres qui nous &#233;vang&#233;lisent. [&#8230;] les pauvres nous font r&#233;fl&#233;chir sur l'inconsistance de cet orgueil agressif avec lequel nous affrontons souvent les difficult&#233;s de la vie. En substance, ils r&#233;v&#232;lent notre pr&#233;carit&#233; et la vacuit&#233; d'une vie en apparence prot&#233;g&#233;e et s&#251;re. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de principes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape rappelle un point fondamental de la Doctrine sociale, citant le Concile (86) : &#171; &#8216;Dieu a destin&#233; la terre et tout ce qu'elle contient &#224; l'usage de tous les hommes et de tous les peuples, en sorte que les biens de la cr&#233;ation doivent &#233;quitablement affluer entre les mains de tous [...]. C'est pourquoi l'homme, dans l'usage qu'il en fait, ne doit jamais tenir les choses qu'il poss&#232;de l&#233;gitimement comme n'appartenant qu'&#224; lui, mais les regarder aussi comme communes : en ce sens qu'elles puissent profiter non seulement &#224; lui, mais aussi aux autres. [...] Par sa nature m&#234;me, la propri&#233;t&#233; priv&#233;e a aussi un caract&#232;re social, fond&#233; dans la loi de commune destination des biens' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sous un autre angle, (16) la Doctrine enseigne l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres. &#171; Cette &#8216;pr&#233;f&#233;rence' n'indique pas une exclusion ou une discrimination envers d'autres groupes, qui seraient impossibles en Dieu. Elle entend souligner l'action de Dieu qui est pris de compassion pour la pauvret&#233; et la faiblesse de l'humanit&#233; tout enti&#232;re et qui, voulant relever et inaugurer un R&#232;gne de justice, de fraternit&#233; et de solidarit&#233;, a particuli&#232;rement &#224; c&#339;ur ceux qui sont discrimin&#233;s et opprim&#233;s, demandant &#224; nous aussi, son &#201;glise, un choix d&#233;cisif et radical en faveur des plus faibles &#187;. (87)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me th&#232;me majeur est celui des pauvres comme sujets. C'est (100) &#171; la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rer les communaut&#233;s marginalis&#233;es comme des sujets capables de cr&#233;er leur propre culture, plut&#244;t que comme des objets de bienfaisance. [&#8230;] L'exp&#233;rience de la pauvret&#233; leur donne la capacit&#233; de reconna&#238;tre des aspects de la r&#233;alit&#233; que d'autres ne r&#233;ussissent pas &#224; voir, et c'est pourquoi la soci&#233;t&#233; a besoin de les &#233;couter &#187;. D&#232;s lors (101) &#171; &#8216;cette attention aimante est le d&#233;but d'une v&#233;ritable pr&#233;occupation pour sa personne, &#224; partir de laquelle je d&#233;sire chercher effectivement son bien. Cela implique de valoriser le pauvre dans sa bont&#233; propre, avec sa mani&#232;re d'&#234;tre, avec sa culture, avec sa fa&#231;on de vivre la foi. [&#8230;] C'est seulement &#224; partir de cette proximit&#233; r&#233;elle et cordiale que nous pouvons les accompagner comme il convient sur leur chemin de lib&#233;ration' (citation de Fran&#231;ois) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors ? Il y a ici deux dimensions &#224; consid&#233;rer. La premi&#232;re est personnelle, prolong&#233;e par l'action collective et associative ; la seconde est politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect personnel et associatif&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord l'ouverture au don et &#224; la gratuit&#233;. (27) &#171; Les &#339;uvres de mis&#233;ricorde sont recommand&#233;es comme signes de l'authenticit&#233; du culte qui, tout en rendant gloire &#224; Dieu, a pour t&#226;che de nous ouvrir &#224; la transformation que l'Esprit peut op&#233;rer en nous, afin que nous devenions tous des images du Christ et de sa mis&#233;ricorde envers les plus faibles. En ce sens, la relation avec le Seigneur, qui s'exprime dans le culte, vise &#233;galement &#224; nous lib&#233;rer du risque de vivre nos relations dans une logique de calcul et d'int&#233;r&#234;t, pour nous ouvrir &#224; la gratuit&#233; qui existe entre ceux qui s'aiment et qui, par cons&#233;quent, mettent tout en commun. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est donc essentiel d'agir et de donner. (29) &#171; La Lettre de Jacques consacre beaucoup de place au probl&#232;me des relations entre riches et pauvres, mais elle lance aussi aux croyants deux appels tr&#232;s forts qui mettent en question leur foi : &#8216;&#8216;&#192; quoi cela sert-il, mes fr&#232;res, que quelqu'un dise : &#8216;J'ai la foi', s'il n'a pas les &#339;uvres ? La foi peut-elle le sauver ? Si un fr&#232;re ou une s&#339;ur sont nus, s'ils manquent de leur nourriture quotidienne, et que l'un d'entre vous leur dise : &#8216;Allez en paix, chauffez-vous, rassasiez-vous', sans leur donner ce qui est n&#233;cessaire &#224; leur corps, &#224; quoi cela sert-il ? Ainsi en est-il de la foi : si elle n'a pas les &#339;uvres, elle est tout &#224; fait morte'' &#187; (Jc 2, 14-17) &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est bon pour le donateur lui-m&#234;me : (33) &#171; &#192; ceux d'entre nous qui sont peu enclins aux gestes gratuits et n'y portent aucun int&#233;r&#234;t, la Parole de Dieu indique que la g&#233;n&#233;rosit&#233; envers les pauvres est un v&#233;ritable bien pour ceux qui l'exercent : en agissant ainsi, nous sommes aim&#233;s de Dieu d'une mani&#232;re particuli&#232;re &#187;. &#171; Les promesses bibliques adress&#233;es &#224; ceux qui donnent g&#233;n&#233;reusement sont nombreuses : &#8216;Qui fait la charit&#233; au pauvre pr&#234;te au Seigneur qui paiera le bienfait de retour' (Pr 19, 17). En fait, il s'agit d'une &#339;uvre de justice : (42) saint Jean Chrysostome affirme que &#171; ne pas donner &#224; la pauvret&#233; ce qui vient de nos propres biens, c'est voler les pauvres et les priver de leur vie : ce ne sont pas nos biens, mais les leurs, que nous gardons pour nous &#187;. De m&#234;me, saint Ambroise (43) : &#171; &#8216;tu ne donnes pas &#224; un pauvre en prenant sur ce qui t'appartient, mais tu lui rends en prenant sur ce qui lui appartient. En effet, ce qui a &#233;t&#233; donn&#233; pour l'usage commun, toi seul te l'appropries'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait d&#232;s lors un &#233;loge appuy&#233; de l'aum&#244;ne, qui n'est en rien alternative &#224; l'action politique. (115) L'aum&#244;ne &#171; n'a pas bonne r&#233;putation aujourd'hui, souvent m&#234;me parmi les croyants. Non seulement elle est rarement pratiqu&#233;e, mais elle est parfois m&#234;me m&#233;pris&#233;e &#187;. Certes, &#171; l'aide la plus importante &#224; une personne pauvre consiste &#224; l'aider &#224; trouver un bon travail, afin qu'elle puisse gagner sa vie de mani&#232;re plus conforme &#224; sa dignit&#233; en d&#233;veloppant ses capacit&#233;s et en offrant ses efforts personnels &#187;. Mais d'autre part, si cette possibilit&#233; concr&#232;te n'existe pas encore, nous ne devons pas courir le risque de laisser une personne abandonn&#233;e &#224; son sort, sans ce qui est indispensable pour vivre dignement. Et donc, l'aum&#244;ne reste, entre-temps, un moment n&#233;cessaire de contact, de rencontre et d'identification &#224; la condition d'autrui &#187;. Et donc (116) : &#171; l'aum&#244;ne ne d&#233;gage pas les autorit&#233;s comp&#233;tentes de leurs responsabilit&#233;s, ni n'&#233;limine l'engagement organisationnel des institutions, ni ne remplace la lutte l&#233;gitime pour la justice. Mais elle invite au moins &#224; s'arr&#234;ter et &#224; regarder la personne pauvre en face, &#224; la toucher et &#224; partager avec elle quelque chose de soi-m&#234;me. &#187;. Le point irrempla&#231;able est la relation &#224; la personne : (119) &#171; L'amour et les convictions les plus profondes doivent &#234;tre nourris, et cela se fait par des gestes. [...]. Pour cette simple raison, en tant que chr&#233;tiens, ne renon&#231;ons pas &#224; l'aum&#244;ne. Un geste qui peut &#234;tre fait de diff&#233;rentes mani&#232;res, et que nous pouvons essayer de faire de la mani&#232;re la plus efficace possible, mais nous devons le faire. Et il vaudra toujours mieux faire quelque chose que ne rien faire. Dans tous les cas, cela touchera notre c&#339;ur. Ce ne sera pas la solution &#224; la pauvret&#233; dans le monde, qui doit &#234;tre recherch&#233;e avec intelligence, lutte et engagement social. Mais nous avons besoin de nous exercer &#224; l'aum&#244;ne pour toucher la chair souffrante des pauvres &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, il ne s'agit pas uniquement de charit&#233; personnelle ; cela peut et doit prendre un caract&#232;re collectif, associatif ou eccl&#233;sial. Par exemple, (49) dans le soin des malades et des souffrants &#187;, (52) &#171; dans les h&#244;pitaux catholiques, dans les centres de soins ouverts dans des r&#233;gions recul&#233;es, dans les missions sanitaires op&#233;rant dans les for&#234;ts, dans les centres d'accueil pour toxicomanes et dans les h&#244;pitaux de campagne en zones de guerre. &#187; De m&#234;me (61) le pape voit un prolongement actuel &#224; ces ordres que se consacraient autrefois au rachat des captifs. D'o&#249; aussi (75) le rappel de l'action envers les migrants, citant le pape Fran&#231;ois pour qui &#171; &#8216;la r&#233;ponse au d&#233;fi pos&#233; par les migrations contemporaines peut se r&#233;sumer en quatre verbes : accueillir, prot&#233;ger, promouvoir et int&#233;grer.' &#187;. Et le pape L&#233;on ajoute &#171; L&#224; o&#249; le monde voit des menaces, elle voit des fils ; l&#224; o&#249; l'on construit des murs, elle construit des ponts&#8230; dans tout migrant rejet&#233;, le Christ lui-m&#234;me frappe &#224; la porte de la communaut&#233; &#187;. Nous sommes ici &#224; la transition avec le niveau politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect social et politique &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc l'action sur le terrain de la vie commune, sociale et politique. Le pape rappelle ici le d&#233;veloppement de la Doctrine sociale. (83) Dans &lt;i&gt;Rerum novarum&lt;/i&gt;, &#171; L&#233;on XIII aborda la question du travail en d&#233;non&#231;ant la situation intol&#233;rable de nombreux ouvriers de l'industrie et proposant l'instauration d'un ordre social juste &#187;. Et saint Jean XXIII, dans &lt;i&gt;Mater et Magistra&lt;/i&gt;, &#171; se fit le promoteur d'une justice &#224; dimension mondiale : les pays riches ne peuvent rester indiff&#233;rents face aux pays opprim&#233;s par la faim et la mis&#232;re ; ils sont appel&#233;s &#224; les secourir g&#233;n&#233;reusement avec tous leurs biens &#187;. Enfin (84) &#171; le Concile Vatican II repr&#233;sente une &#233;tape fondamentale dans le discernement eccl&#233;sial sur les pauvres &#224; la lumi&#232;re de la R&#233;v&#233;lation &#187; : &#171; une &#201;glise plus semblable &#224; son Seigneur qu'aux puissances mondaines, d&#233;termin&#233;e &#224; stimuler dans toute l'humanit&#233; un engagement concret pour la r&#233;solution du grand probl&#232;me de la pauvret&#233; dans le monde &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il souligne le besoin d'action politique. (112) &#171; On constate parfois dans certains mouvements ou groupes chr&#233;tiens un manque, voire une absence, d'engagement pour le bien commun de la soci&#233;t&#233; et, en particulier, pour la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187;. Or &#171; la religion, en particulier la religion chr&#233;tienne, ne peut se limiter &#224; la sph&#232;re priv&#233;e comme si elle n'avait pas &#224; se pr&#233;occuper des probl&#232;mes touchant la soci&#233;t&#233; civile et les &#233;v&#233;nements qui int&#233;ressent les citoyens. &#187; Et il fait l'&#233;loge des &#8216;Mouvements populaires' (les citations sont du pape Fran&#231;ois) (80) : &#171; nous devons &#233;galement reconna&#238;tre que, tout au long des si&#232;cles de l'histoire chr&#233;tienne, l'aide aux pauvres et la lutte pour leurs droits n'ont pas seulement concern&#233; des individus, certaines familles, les institutions ou les communaut&#233;s religieuses. Il y a eu, et il y a encore, des mouvements populaires vari&#233;s, constitu&#233;s de la&#239;cs et guid&#233;s par des leaders populaires, souvent soup&#231;onn&#233;s et m&#234;me pers&#233;cut&#233;s. &#187; Or (81) &#171; Ces leaders populaires savent que la solidarit&#233; &#8216;c'est &#233;galement lutter contre les causes structurelles de la pauvret&#233;, de l'in&#233;galit&#233;, du manque de travail, de terre et de logement, de la n&#233;gation des droits sociaux et du travail. C'est faire face aux effets destructeurs de l'empire de l'argent' &#187;. &#171; C'est pourquoi lorsque les institutions r&#233;fl&#233;chissent aux besoins des pauvres, il est n&#233;cessaire qu'elles &#8216;incluent les mouvements populaires et animent les structures de gouvernement locales, nationales et internationales, avec le torrent d'&#233;nergie morale qui na&#238;t de la participation des exclus &#224; la construction d'un avenir commun'. Les mouvements populaires invitent en effet &#224; d&#233;passer &#8216;cette id&#233;e des politiques sociales con&#231;ues comme une politique vers les pauvres, mais jamais avec les pauvres, jamais des pauvres, et encore moins ins&#233;r&#233;e dans un projet r&#233;unissant les peuples' &#187;. Le pape reviendra d'ailleurs peu apr&#232;s et plus en d&#233;tails sur ce sujet lors de son discours aux participants &#224; la rencontre mondiale des mouvements populaires le 23 octobre 2025.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quels sont alors ces facteurs structurels en cause ? Le pape cite ici &#224; nouveau abondamment le pape Fran&#231;ois. Il nous dit (92) : &#171; il est donc n&#233;cessaire de continuer &#224; d&#233;noncer la &#8216;dictature d'une &#233;conomie qui tue' et de reconna&#238;tre qu' &#8216;alors que les gains d'un petit nombre s'accroissent exponentiellement, ceux de la majorit&#233; se situent d'une fa&#231;on toujours plus &#233;loign&#233;e du bien-&#234;tre de cette minorit&#233; heureuse. Ce d&#233;s&#233;quilibre proc&#232;de d'id&#233;ologies qui d&#233;fendent l'autonomie absolue des march&#233;s et la sp&#233;culation financi&#232;re. Par cons&#233;quent, ils nient le droit de contr&#244;le des &#201;tats charg&#233;s de veiller &#224; la pr&#233;servation du bien commun'. &#187; Et L&#233;on XIV ajoute : &#171; bien qu'il existe diff&#233;rentes th&#233;ories qui tentent de justifier l'&#233;tat actuel des choses ou d'expliquer que la rationalit&#233; &#233;conomique exige que nous attendions que les forces invisibles du march&#233; r&#233;solvent tout, la dignit&#233; de toute personne humaine doit &#234;tre respect&#233;e maintenant, pas demain, et la situation de mis&#232;re de tant de personnes &#224; qui cette dignit&#233; est refus&#233;e doit &#234;tre un rappel constant &#224; notre conscience &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment (93) : &#171; dans l'encyclique &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt;, le Pape Fran&#231;ois a rappel&#233; que le p&#233;ch&#233; social prend forme comme &#8216;structure de p&#233;ch&#233;' dans la soci&#233;t&#233;, qui &#8216;est souvent ancr&#233;e dans une mentalit&#233; dominante qui consid&#232;re normal ou rationnel ce qui n'est rien d'autre que de l'&#233;go&#239;sme et de l'indiff&#233;rence'. [...]. Le choix semble raisonnable d'organiser l'&#233;conomie en demandant des sacrifices au peuple pour atteindre certains objectifs qui concernent les puissants. Pendant ce temps, seules les &#8216;miettes' qui tomberont sont promises aux pauvres jusqu'&#224; ce qu'une nouvelle crise mondiale les ram&#232;ne &#224; leur situation ant&#233;rieure. C'est une v&#233;ritable ali&#233;nation qui conduit &#224; ne trouver que des excuses th&#233;oriques et &#224; ne pas chercher &#224; r&#233;soudre aujourd'hui les probl&#232;mes concrets de ceux qui souffrent &#187;. Et donc (94) &#171; nous devons nous engager davantage &#224; r&#233;soudre les causes structurelles de la pauvret&#233;. C'est une urgence qui &#8216;ne peut attendre, [...]. pour la gu&#233;rir d'une maladie qui la rend fragile et indigne, et qui ne fera que la conduire &#224; de nouvelles crises. Les plans d'assistance qui font face &#224; certaines urgences devraient &#234;tre consid&#233;r&#233;s seulement comme des r&#233;ponses provisoires'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et de rappeler avec Fran&#231;ois ce qui est ici en cause (95) : &#171; il arrive que &#8216;dans le mod&#232;le actuel de &#8216;&#8216;succ&#232;s'' et de &#8216;&#8216;droit priv&#233;'', il ne semble pas que cela ait un sens de s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. [...] La r&#233;ponse que nous apportons &#224; ces questions d&#233;termine la valeur de nos soci&#233;t&#233;s et donc notre avenir. Soit nous reconqu&#233;rons notre dignit&#233; morale et spirituelle, soit nous tombons dans un puits d'immondices &#187;. Sinon nous continuerons &#171; &#224; &#8216;l&#233;gitimer le mod&#232;le de distribution actuel o&#249; une minorit&#233; se croit le droit de consommer dans une proportion qu'il serait impossible de g&#233;n&#233;raliser, parce que la plan&#232;te ne pourrait m&#234;me pas contenir les d&#233;chets d'une telle consommation' &#187;. D&#232;s lors, conclut le pape (97) : &#171; les structures d'injustice doivent &#234;tre reconnues et d&#233;truites par la force du bien, par un changement de mentalit&#233;s, mais aussi, avec l'aide des sciences et de la technique, par le d&#233;veloppement de politiques efficaces pour la transformation de la soci&#233;t&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Remarques et r&#233;flexions&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape L&#233;on s'inspire tr&#232;s largement de son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il d&#233;signe comme auteur premier d'une partie appr&#233;ciable du texte et en valide l'analyse au travers de citations explicites abondantes. Cela dit, son charisme propre ressort &#224; plusieurs occasions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion du regard et de l'action&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est d'abord bien s&#251;r dans son insistance sur la dimension spirituelle, la conversion qui nous tourne vers le pauvre et qu'apporte la rencontre du pauvre. On retrouve l&#224; un th&#232;me cher au pape L&#233;on, et cela d&#232;s son &#233;lection : la primaut&#233; de la conversion spirituelle et du rapport au Christ. On pourrait objecter qu'on sort ce faisant du champ de l'&#233;conomie. Mais ce n'est que partiellement vrai. En effet, que ce soit au niveau individuel ou collectif, le jeu de l'&#233;conomie ne donnera pas le m&#234;me r&#233;sultat selon les priorit&#233;s des acteurs, leurs orientations et leur regard. C'est d&#233;j&#224; le cas du march&#233;, qui par nature refl&#232;te les priorit&#233;s des participants, comme Beno&#238;t XVI l'avait bien soulign&#233; dans &lt;i&gt;Caritas in Veritate&lt;/i&gt;. L'&#233;conomie politique classique tend &#224; mettre cet aspect entre parenth&#232;ses, consid&#233;rant les priorit&#233;s des gens comme une donn&#233;e ext&#233;rieure et se concentrant sur la mani&#232;re dont elles sont prises en compte. Mais il est pourtant &#233;vident que ces priorit&#233;s sont essentielles pour d&#233;terminer le r&#233;sultat r&#233;el d'un syst&#232;me &#233;conomique donn&#233;. Ce qui est vrai du march&#233; est vrai aussi de l'intervention publique, des dirigeants, et du tiers secteur, associatif et caritatif. Toute priorit&#233; r&#233;ellement donn&#233;e &#224; une cause, et donc en particulier aux pauvres, se traduit donc n&#233;cessairement dans le champ &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, le changement du regard apport&#233; par le souci des pauvres et leur rencontre contribue &#224; modifier le r&#244;le que nous donnons dans nos vies &#224; l'&#233;conomie, trop souvent comprise comme un pur calcul d'int&#233;r&#234;t, ou de plaisirs et peines &#224; la fa&#231;on utilitariste. Une telle conception donne une argumentation apparemment rationnelle en faveur du mode de vie de privil&#233;gi&#233;s &#224; la fois indiff&#233;rents humainement et anesth&#233;si&#233;s par leur richesse et leurs plaisirs. Ce qui concerne non seulement une &#233;lite minoritaire, m&#234;me si son r&#244;le est central, mais plus largement beaucoup de gens dans nos soci&#233;t&#233;s. Une telle conversion ne peut manquer de changer nos comportements, non seulement sur les march&#233;s, ou en faisant nos courses, mais aussi comme investisseur (l'investissement &#233;thique), ou encore comme coll&#232;gue ou dirigeant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;f&#233;rence essentielle suite &#224; cette conversion est &#233;videmment la destination universelle des biens, qui ne fait pas dispara&#238;tre le principe de propri&#233;t&#233; priv&#233;e, mais l'oriente et la responsabilise. Combin&#233; avec l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres, cela fait de la modification des priorit&#233;s un imp&#233;ratif. Au niveau personnel, cela se traduit notamment par la g&#233;n&#233;rosit&#233; : on notera l'insistance particuli&#232;re du pape en faveur de l'aum&#244;ne, dont il montre le besoin absolu ; on pourrait aussi rappeler l'importance du b&#233;n&#233;volat et de l'initiative en mati&#232;re associative. Les citations sont ici rares : c'est la voix personnelle du pape. C'est notamment par r&#233;action &#224; une compr&#233;hension d&#233;form&#233;e qui mettrait en avant les seuls facteurs sociopolitiques et les r&#233;formes correspondantes : le pape en souligne l'importance, mais il rappelle d'une part que l'aum&#244;ne est indispensable, dans l'intervalle ; et d'autre part, qu'elle comporte un rapport direct et personnel avec le pauvre, vital pour les deux c&#244;t&#233;s. Comme on l'a vu en outre, ce changement du regard porte aussi sur la perception du r&#244;le possible du pauvre : non seulement le pape rappelle qu'en g&#233;n&#233;ral ce n'est pas lui qui est le responsable de sa pauvret&#233;, mais aussi, voire surtout, qu'il est essentiel d'agir non seulement pour lui, mais avec lui : le pauvre comme sujet, source d'initiative et de cr&#233;ativit&#233;. Comment ne pas y voir aussi une affinit&#233; avec le th&#232;me &#233;conomique de l'entreprenariat ? La notion, classique dans la Doctrine sociale, de &#8216;subsidiarit&#233;' n'est pas dans le texte, mais elle est sous-jacente &#224; cette analyse : son &#233;tymologie (subsidium) implique l'id&#233;e d'une aide, mais son message principal est celui de l'autonomie recherch&#233;e pour la personne et au plus pr&#232;s de la personne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La pauvret&#233; et le jeu du march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau collectif, une question que suscite le texte est l'id&#233;e d'une augmentation du nombre des pauvres. Or si les in&#233;galit&#233;s ont ind&#233;niablement augment&#233;, cela ne veut pas dire que la majorit&#233; de la population mondiale se soit appauvrie, comme certains passages notamment de Fran&#231;ois paraissent l'affirmer : c'est le contraire qu'on constate. Plus nuanc&#233; dans son appr&#233;ciation, le pape L&#233;on n'&#233;voque pourtant pas non plus la contribution de l'&#233;conomie au recul de la pauvret&#233;, contribution qui est pourtant la premi&#232;re composante de la lutte contre celle-ci. En outre, on peut avoir l'impression que face &#224; une poign&#233;e de riches, le reste de l'humanit&#233; est du c&#244;t&#233; des victimes. Or, sans &#233;vacuer la question des super-riches, la grande majorit&#233; a vu sa richesse augmenter sensiblement, et ne peut donc &#234;tre d&#233;douan&#233;e du souci du pauvre. En fait la distinction n'est pas faite entre la question de la pauvret&#233; et celle des in&#233;galit&#233;s. Or celles-ci peuvent s'accro&#238;tre, notamment au profit d'une minorit&#233; r&#233;duite, sans que la majorit&#233; bascule dans la pauvret&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, le message principal du pape est dans le rappel de la r&#233;alit&#233; non moins persistante d'une pauvret&#233; significative (au sens v&#233;ritable du terme) et sur les cons&#233;quences &#224; en tirer, ce qui est incontestable. C'est &#224; cette lumi&#232;re qu'on doit consid&#233;rer son rappel des positions de Fran&#231;ois sur les d&#233;s&#233;quilibres de nos soci&#233;t&#233;s, notamment la persistance d'une pauvret&#233;, et sur le fait que les seuls m&#233;canismes automatiques du march&#233; ne peuvent la r&#233;sorber par eux-m&#234;mes. En d&#233;finitive donc, si le r&#244;le de l'&#233;conomie de march&#233; dans la sortie de pauvret&#233; de centaines de millions d'hommes, voire de milliards, est ind&#233;niable, cela ne saurait justifier l'inaction tant des personnes que des pouvoirs publics face &#224; cette pauvret&#233;, que le syst&#232;me ne r&#233;sorbe qu'en partie et parfois suscite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque incidente : le pape cite un fameux passage de l'Evangile (4) : &#171; les disciples de J&#233;sus [en fait notamment Judas] critiqu&#232;rent la femme qui avait vers&#233; sur sa t&#234;te une huile parfum&#233;e tr&#232;s pr&#233;cieuse : &#8216;&#192; quoi bon ce gaspillage ? &#8211; disaient-ils &#8211; Cela pouvait &#234;tre vendu bien cher et donn&#233; &#224; des pauvres !'. Mais le Seigneur leur dit : &#8216;Les pauvres, vous les aurez toujours avec vous' (Mt 26, 8-9.11) &#187;. Le pape souligne d'abord l'importance d'un geste d'affection ; puis interpr&#232;te la phrase en disant que pr&#233;cis&#233;ment c'est J&#233;sus qui sera toujours avec nous, &#224; travers les pauvres. Ce qui est bien s&#251;r juste ; mais cela n'&#233;puise pas la question que pose cette phrase surprenante, qui prise litt&#233;ralement para&#238;t non seulement dire que les pauvres ne sont pas la seule priorit&#233;, mais m&#234;me annoncer que la pauvret&#233; ne dispara&#238;tra jamais. Ce qui sans doute rappelle notre pauvret&#233; &#224; nous, qui implique en priorit&#233; de nous tourner humblement vers le Seigneur (comme le fait la femme du r&#233;cit), et d'agir en sachant que notre monde restera toujours loin de la perfection : nous restons des &#171; serviteurs inutiles &#187;. Et le Royaume n'est pas de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me aspect &#224; consid&#233;rer est la question du syst&#232;me &#233;conomique et des r&#233;formes. Dans ce domaine, le pape suit plus &#233;troitement son pr&#233;d&#233;cesseur, qu'il cite abondamment. Il r&#233;sulte de ce rappel le besoin d'une action d'ordre politique, et notamment des pouvoirs publics, pour redresser ce que le pape appelle &#171; les causes structurelles de la pauvret&#233; &#187;. Cela s'inscrit dans un cadre constant dans la Doctrine sociale : la responsabilit&#233; ultime du politique envers le bien commun de la communaut&#233;. En effet, on ne peut attendre la r&#233;alisation du bien commun du jeu automatique de m&#233;canismes comme celui du march&#233;. C'est a fortiori vrai s'agissant de &#171; la d&#233;fense et la promotion des plus faibles et des plus d&#233;favoris&#233;s &#187; : une action sp&#233;cifique correctrice ou r&#233;gulatrice s'impose alors. Mais cela ne dit pas en quoi consistent ces r&#233;formes, m&#234;me si on comprend qu'au minimum cela implique que soit assur&#233; par l&#224; un ensemble de besoins de base. Une mise en perspective aurait son sens aussi &#224; l'&#233;gard des &#8216;mouvements populaires', dont il faudrait sans doute expliciter le statut au-del&#224; de l'exp&#233;rience latino-am&#233;ricaine. Manifestations de l'initiative et donc de l'affirmation des pauvres eux-m&#234;mes, ce dont on a vu l'importance, il importerait de pr&#233;ciser leur r&#244;le par rapport au niveau politique, ou au reste de l'&#233;conomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, si le pape L&#233;on XIV n'est pas tr&#232;s explicite sur les mesures qu'il conviendrait d'adopter, c'est non seulement parce qu'elles rel&#232;vent pour la plupart de l'autonomie des choses terrestres, dont la responsabilit&#233; incombe aux la&#239;cs, mais parce que son propos principal dans ce texte n'est pas de cet ordre : il est dans le changement profond du regard et des pratiques, sans lequel le r&#233;sultat ne peut &#234;tre que partiel et frustrant, et risque de faire passer &#224; c&#244;t&#233; de la rencontre avec le pauvre, essentielle pour le salut de tous.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Le c&#339;ur dans Dilexit nos</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dilexit nos</dc:subject>
		<dc:subject>Le coeur en spiritualit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Foi et raison</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dilexit-nos-+.html" rel="tag"&gt;Dilexit nos&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Foi-et-raison-71-+.html" rel="tag"&gt;Foi et raison&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La derni&#232;re encyclique du pape Fran&#231;ois, &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; est consacr&#233;e &#224; un sujet qui a surpris beaucoup de gens : la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur de J&#233;sus. Elle contient &#224; ce titre un message &#224; la fois essentiel et profond&#233;ment &#233;mouvant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il para&#238;t cependant suggestif d'&#233;voquer un aspect particulier qui sous-tend ce texte : l'anthropologie. Celle propos&#233;e dans &lt;i&gt;Dilexit nos&lt;/i&gt; m&#233;rite un examen sp&#233;cifique, notamment du fait qu'elle s'&#233;loigne sur plusieurs points de la conception classique, notamment par sa survalorisation de l'affectivit&#233;. En m&#234;me temps, elle explique ou &#233;claire bien des attitudes et choix du pape Fran&#231;ois, attach&#233; aux &#233;lans du c&#339;ur mais m&#233;fiant envers la raison.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Essai d'analyse&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#244;le central du c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le point central est la mise en exergue d'une niveau essentiel dans ce qui constitue notre personne : le c&#339;ur, lieu de l'int&#233;riorit&#233; et centre de la personne. Comme dit le &#167; 9, c'est : &#171; le lieu o&#249; toute personne, quelle que soit sa cat&#233;gorie et sa condition, fait sa synth&#232;se ; l&#224; o&#249; l'&#234;tre concret trouve la source et la racine de toutes ses autres forces, convictions, passions et choix&#8230; le centre, le centre de lui-m&#234;me &#187;. Le c&#339;ur (&#167;10) est &#171; distinct des forces et des passions humaines consid&#233;r&#233;es isol&#233;ment les unes des autres &#187; ; et dans ce &#171; centre personnel &#187;, &#171; la seule chose qui puisse tout unifier est en fin de compte l'amour &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette expression de &#8216;c&#339;ur' est en m&#234;me temps un symbole (&#167; 53) : &#171; au cours de l'histoire et dans diverses parties du monde, le c&#339;ur est devenu le symbole de l'intimit&#233; la plus personnelle, ainsi que de l'affection, des &#233;motions et de la capacit&#233; d'aimer&#8230;. Lorsqu'une personne tombe amoureuse et qu'elle est proche de l'&#234;tre aim&#233;, les battements de son c&#339;ur s'acc&#233;l&#232;rent ; lorsqu'une personne souffre d'abandon ou de tromperie de la part d'un &#234;tre aim&#233;, elle ressent une forte oppression au niveau du c&#339;ur. Pour exprimer qu'une chose est sinc&#232;re et vient vraiment du centre de la personne, on dit : &#8220;Je te le dis du fond du c&#339;ur&#8221;. &#187; On voit ici combien, dans cette conception, ce c&#339;ur de notre personnalit&#233; est d'abord le lieu d'&#233;motions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais (&#167; 10) &#171; beaucoup se sont sentis en s&#233;curit&#233; dans le domaine plus contr&#244;lable de l'intelligence et de la volont&#233; afin de construire leurs syst&#232;mes de pens&#233;e&#8230; La n&#233;gligence du c&#339;ur se fait au profit de la rationalit&#233; (ou de la volont&#233;) qui sont des concepts plus ma&#238;trisables intellectuellement. &#187; Et donc ( &#167; 9) : &#171; Malheureusement, des mod&#232;les de comportement assez r&#233;pandus amplifient sa dimension rationnelle et technologique, ou &#224; l'inverse sa dimension instinctive. Le c&#339;ur fait d&#233;faut &#187;. Cette menace est ancienne (&#167; 10) : &#171; la d&#233;valorisation du centre intime de l'homme &#8211; du c&#339;ur &#8211; vient de tr&#232;s loin : on la trouve d&#233;j&#224; dans le rationalisme grec et pr&#233;chr&#233;tien, dans l'id&#233;alisme postchr&#233;tien et dans le mat&#233;rialisme sous ses diverses formes. Le c&#339;ur a peu de place dans l'anthropologie et il est une notion &#233;trang&#232;re pour la grande pens&#233;e philosophique. D'autres concepts tels que la raison, la volont&#233; ou la libert&#233; lui ont &#233;t&#233; privil&#233;gi&#233;s &#187;. &#171; Sa signification est vague et on ne lui a pas donn&#233; de place sp&#233;cifique dans la vie humaine. Peut-&#234;tre parce qu'il n'&#233;tait pas facile de le placer parmi les id&#233;es &#8220;claires et distinctes&#8221; ou en raison de la difficult&#233; &#224; se conna&#238;tre soi-m&#234;me : il semblerait que la r&#233;alit&#233; la plus intime soit aussi la plus lointaine de la connaissance &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lieu d'une connaissance sup&#233;rieure gr&#226;ce &#224; l'amour&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Compte tenu de ce r&#244;le central (&#167; 13), &#171; il faut que toutes les actions soient plac&#233;es sous le &#8220;contr&#244;le politique&#8221; du c&#339;ur, que l'agressivit&#233; et les d&#233;sirs obsessionnels se calment dans le bien le plus grand que leur offre le c&#339;ur et dans sa force contre les maux ; il faut que l'intelligence et la volont&#233; se mettent &#233;galement &#224; son service, en sentant et go&#251;tant les v&#233;rit&#233;s plut&#244;t qu'en voulant les dominer comme certaines sciences ont tendance &#224; le faire ; il faut que la volont&#233; d&#233;sire le bien le plus grand que le c&#339;ur conna&#238;t, et que l'imagination et les sentiments se laissent mod&#233;rer par le battement du c&#339;ur. &#187; Comme on voit donc, l'intelligence et la volont&#233; ne sont pas des dimensions essentielles de ce c&#339;ur de notre &#234;tre, mais ils sont &#224; son service ; ce n'est pas l'intelligence ou la raison qui conna&#238;t le bien essentiel, mais le c&#339;ur. En outre, m&#234;me si ce dernier ne se confond pas avec les sentiments, ayant des &#8216;battements' il n'en est pas moins affectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le c&#339;ur a une capacit&#233; de connaissance unique, due au fait qu'il est le si&#232;ge de l'amour (&#167; 16) : &#171; cette force unique du c&#339;ur nous aide &#224; comprendre pourquoi il est dit que, lorsqu'une r&#233;alit&#233; est saisie avec le c&#339;ur il est possible de mieux la conna&#238;tre, et plus compl&#232;tement &#187;. La cause en est connue : &#171; &#8216;le fond de la r&#233;alit&#233; c'est l'amour' &#187; (Saint Bonaventure). Et d'&#233;voquer Heidegger, pour qui &#171; la philosophie ne commence pas par un concept pur ou une certitude, mais par une &#233;motion &#187;. Ce qui laisse entendre &#224; nouveau que le c&#339;ur est d'abord &#233;motionnel, et donc qu'on conna&#238;t mieux et plus profond&#233;ment par l'&#233;motion seule.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le &#167; 21 pr&#233;cise d&#232;s lors : &#171; Le noyau de tout &#234;tre humain, son centre le plus intime, n'est pas le noyau de l'&#226;me mais de toute la personne dans son identit&#233; unique qui est &#224; la fois &#226;me et corps. Tout s'unifie dans le c&#339;ur qui peut &#234;tre le si&#232;ge de l'amour avec la totalit&#233; de ses composantes spirituelles, &#233;motionnelles et m&#234;me physiques. En d&#233;finitive, si l'amour y r&#232;gne, la personne r&#233;alise son identit&#233; de mani&#232;re pleine et lumineuse, car tout &#234;tre humain a &#233;t&#233; cr&#233;&#233; avant tout pour l'amour, il est fait dans ses fibres les plus profondes pour aimer et &#234;tre aim&#233; &#187;. De ce fait (&#167; 23), &#171; lorsqu'une personne r&#233;fl&#233;chit, cherche, m&#233;dite sur son &#234;tre et son identit&#233; ou bien analyse des questions sup&#233;rieures ; lorsqu'elle r&#233;fl&#233;chit au sens de sa vie et m&#234;me lorsqu'elle recherche Dieu, si elle &#233;prouve la joie d'avoir entrevu quelque chose de la v&#233;rit&#233;, cela trouve son point culminant dans l'amour. En aimant, la personne sent qu'elle sait pourquoi et dans quel but elle vit... C'est pourquoi, face &#224; son myst&#232;re personnel, la question la plus d&#233;cisive que chacun peut se poser est peut-&#234;tre la suivante : ai-je un c&#339;ur ? &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La relation v&#233;ritable &#224; Dieu est d'abord par le c&#339;ur&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc aussi &#224; ce niveau que la rencontre de Dieu prend v&#233;ritablement son sens. Au 25 : &#171; l&#224; o&#249; le philosophe arr&#234;te sa r&#233;flexion, le c&#339;ur croyant aime, adore, demande pardon et s'offre pour servir &#224; l'endroit que le Seigneur lui donne de choisir pour le suivre. Il r&#233;alise alors qu'il est le &#8220;tu&#8221; de Dieu et qu'il peut &#234;tre un &#8220;je&#8221; parce que Dieu est un &#8220;tu&#8221; pour lui... Accepter son amiti&#233; est une affaire de c&#339;ur et nous constitue en tant que personnes au sens plein du terme &#187;. D'ailleurs (&#167; 26) &#171; saint Bonaventure&#8230; enseignait que &#8216;la foi est dans l'intellect de mani&#232;re &#224; provoquer le sentiment. Ainsi, le fait de savoir que le Christ est mort pour nous ne reste pas une connaissance mais devient n&#233;cessairement sentiment, amour' &#187;. Et pour saint John Henry Newman, &#171; le lieu de la rencontre la plus profonde, avec lui-m&#234;me et avec le Seigneur, n'&#233;tait pas la lecture ou la r&#233;flexion, mais le dialogue priant &#187; dans le c&#339;ur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui donne son sens aussi &#224; la d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur (&#167; 48) : &#171; La d&#233;votion au C&#339;ur du Christ n'est pas le culte d'un organe s&#233;par&#233; de la personne de J&#233;sus. Nous contemplons et adorons J&#233;sus-Christ tout entier, le Fils de Dieu fait homme, repr&#233;sent&#233; dans une image o&#249; son c&#339;ur est mis en &#233;vidence. Le c&#339;ur de chair est consid&#233;r&#233; comme l'image ou le signe privil&#233;gi&#233; du centre le plus intime du Fils incarn&#233; et de son amour &#224; la fois divin et humain car, plus que tout autre membre de son corps, il est &#8216;signe ou symbole naturel de son immense charit&#233;' &#187; (Pie XII). Et pour lui aussi, le c&#339;ur est d'abord un lieu d'&#233;motion, l'amour en premier lieu (&#167; 60) : &#171; un regard tourn&#233; vers le C&#339;ur du Seigneur contemple une r&#233;alit&#233; physique, sa chair humaine qui permet au Christ d'avoir des &#233;motions et des sentiments bien humains, comme nous, quoi qu'enti&#232;rement transform&#233;s par son amour divin. &#187; Ce r&#244;le de l'&#233;motion se retrouve aussi dans les Exercices Spirituels (&#167; 144) : &#171; Lorsque le retraitant se trouve devant le c&#244;t&#233; bless&#233; du Christ, Ignace lui propose d'entrer dans son c&#339;ur. C'est une mani&#232;re de faire m&#251;rir le c&#339;ur sous la conduite d'un &#8220;ma&#238;tre des affections&#8221; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cons&#233;quemment, cette d&#233;votion au Sacr&#233; C&#339;ur comble les lacunes de la th&#233;ologie, trop &#233;troitement rationnelle. Au &#167; 63 : &#171; &#8216;en raison de l'influence de la pens&#233;e grecque, la th&#233;ologie a longtemps rel&#233;gu&#233; le corps et les sentiments dans le monde du pr&#233;humain, du sous-humain ou tentateur du v&#233;ritable humain. Mais ce que la th&#233;ologie n'a pas r&#233;solu en th&#233;orie a &#233;t&#233; r&#233;solu dans la pratique par la spiritualit&#233;' &#187; &#171; Tout cela a suppl&#233;&#233; aux lacunes de la th&#233;ologie en nourrissant l'imagination et le c&#339;ur, l'amour et la tendresse pour le Christ, l'esp&#233;rance et la m&#233;moire, le d&#233;sir et la nostalgie. La raison et la logique ont pris d'autres chemins &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Cons&#233;quences pratiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela conduit aussi &#224; d&#233;passer une autre d&#233;viation, qui est un activisme pur (&#167; 88) : &#171; le C&#339;ur du Christ nous lib&#232;re en m&#234;me temps d'un autre dualisme : celui des communaut&#233;s et des pasteurs qui se concentrent uniquement sur les activit&#233;s ext&#233;rieures, les r&#233;formes structurelles d&#233;pourvues d'&#201;vangile, les organisations obsessionnelles, les projets mondains, les r&#233;flexions s&#233;cularis&#233;es, les propositions qui se pr&#233;sentent comme des prescriptions que l'on veut parfois imposer &#224; tous &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela nous incite aussi &#224; la charit&#233; (&#167; 205) : &#171; quel culte serait rendu au Christ si nous nous contentions d'une relation individuelle, sans nous int&#233;resser &#224; aider les autres &#224; moins souffrir et &#224; mieux vivre ? Peut-on plaire au C&#339;ur qui a tant aim&#233; en restant dans une exp&#233;rience religieuse intime, sans cons&#233;quences fraternelles et sociales ? &#187;. Et aussi &#224; la mission : &#171; il ne s'agit pas non plus d'&#339;uvrer &#224; une promotion sociale d&#233;pourvue de sens religieux qui, en fin de compte, voudrait donner &#224; l'homme moins que ce que Dieu veut pour lui. C'est pourquoi nous devons conclure ce chapitre en rappelant la dimension missionnaire de notre amour pour le C&#339;ur du Christ &#187;. Et il ajoute enfin (&#167; 217) : &#171; le contenu des encycliques sociales Laudato si' et Fratelli tutti n'est pas &#233;tranger &#224; notre rencontre avec l'amour de J&#233;sus-Christ. En nous abreuvant de cet amour, nous devenons capables de tisser des liens fraternels, de reconna&#238;tre la dignit&#233; de tout &#234;tre humain et de prendre soin ensemble de notre maison commune &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Br&#232;ves remarques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que ces analyses contiennent un message essentiel. Dieu est amour, et la personne humaine dans ce qu'elle a de plus profond et d'essentiel est aussi fondamentalement appel&#233;e &#224; l'amour. Il est donc tout &#224; fait pertinent de parler d'un &#8216;c&#339;ur' qui est &#224; la fois, en poursuivant l'image, centre le plus profond de notre &#234;tre, et si&#232;ge de l'amour. Cela dit, le texte exprime cette r&#233;alit&#233; d'une mani&#232;re sp&#233;cifique, et notamment en le contrastant avec l'intelligence et la rationalit&#233; d'une part, la volont&#233; de l'autre. On retrouve ici la m&#233;fiance profonde du pape Fran&#231;ois face &#224; tout ce qui est d&#233;marche trop rationnelle ou intellectuelle, m&#233;fiance &#233;tendue ici &#224; la volont&#233;. Certes, le c&#339;ur ainsi compris est pr&#233;sent&#233; comme distinct des &#8216;sentiments' ou &#8216;passions', et comme lieu de synth&#232;se, permettant notamment de ma&#238;triser ces sentiments et passions. Mais il est en m&#234;me temps essentiellement affectivit&#233; et &#233;motion. Une affectivit&#233; qui est selon lui source d'une forme sup&#233;rieure de &#8216;connaissance', qui &#233;chapperait &#224; la philosophie et m&#234;me &#224; la th&#233;ologie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e classique, et la tradition th&#233;ologique n'ont pas m&#233;connu cette dimension essentielle. Mais cela ne les conduisaient pas &#224; confiner l'intellect et la volont&#233; dans un r&#244;le subalterne. Ce qui fait en effet la sp&#233;cificit&#233; de l'&#234;tre humain, notamment par contraste avec les animaux, c'est d'&#234;tre un &#234;tre conscient, capable de raison. Tout processus de connaissance digne de ce nom suppose par nature de voir, de comprendre et de discerner (&lt;i&gt;intelligere&lt;/i&gt;) ce qu'est la r&#233;alit&#233; qui est en face de lui. Bien entendu, si la rationalit&#233; est r&#233;duite &#224; la conception instrumentale ou abstraite qui tend &#224; dominer la pens&#233;e moderne, elle reste en de&#231;&#224; de ce r&#244;le essentiel. Mais le d&#233;passement de cette conception &#233;triqu&#233;e, aujourd'hui dominante, ne doit pas conduire &#224; exalter la seule affectivit&#233;. Le Logos du Prologue de l'Evangile de saint Jean n'est pas affectivit&#233; pure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de l'homme, en pratique, l'affectivit&#233; ou ce qu'il per&#231;oit comme amour n'est pas un guide parfaitement s&#251;r ; il a besoin du regard critique de la raison, y compris dans la recherche du bien. Et ce bien une fois identifi&#233; et authentifi&#233;, il faut ensuite un acte sp&#233;cifique de la volont&#233; pour le rechercher et le suivre. Comme on le voit par exemple dans le mariage, l'affectivit&#233; peut d&#233;truire le bien de la fid&#233;lit&#233; et de l'engagement envers l'autre ; il faut un acte de la volont&#233; pour parvenir &#224; la r&#233;alit&#233; de l'amour authentique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il peut donc &#234;tre d&#233;s&#233;quilibr&#233; de trop insister sur le c&#339;ur per&#231;u essentiellement comme si&#232;ge d'&#233;motion, m&#234;me subjectivement tourn&#233; vers l'amour. Le c&#339;ur de notre &#234;tre, qui se situe d'ailleurs dans notre &#226;me et non au-del&#224;, trouve son sens v&#233;ritable dans la synth&#232;se et juste harmonie entre notre intelligence, comprise comme capacit&#233; de perception du vrai, du beau et du bien (ces derniers termes incluant l'affectivit&#233;) et notre volont&#233;, qui engage notre &#234;tre au service de cette v&#233;rit&#233; et de ce bien. Bien entendu, au niveau spirituel, l'intelligence et la volont&#233; sont relativis&#233;es par la perception d'une r&#233;alit&#233; sup&#233;rieure, qui est Amour mais qui est aussi &#202;tre transcendant et Beaut&#233; parfaite, et pas pas pure affectivit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ce message vibrant du pape Fran&#231;ois permet de mieux le comprendre : dans ce qu'il a de plus touchant, par son attachement profond au r&#244;le de l'Amour, que ce soit celui de Dieu ou celui de nos fr&#232;res. Mais aussi dans cette tentation de refuser le regard critique et le recul de la raison, qui le font s'emballer pour des causes per&#231;ues &#233;motionnellement sous un certain angle, sans consid&#233;ration suffisante des autres dimensions du r&#233;el. Ainsi avec les migrants. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Pape-Francois-esquisse-de.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Pape...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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