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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Une d&#233;rive progressiste : sacraliser l'autod&#233;termination de l'individu</title>
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		<dc:date>2025-06-22T16:22:44Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Relativisme</dc:subject>
		<dc:subject>Culture de mort</dc:subject>
		<dc:subject>Euthanasie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'exemple du d&#233;bat sur l'euthanasie est a priori surprenant. Ses adversaires ont d&#233;velopp&#233;s des tr&#233;sors d'arguments raisonnables pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois. Or ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat. C'est que les partisans de l'euthanasie ont une conception diff&#233;rente de la morale et par l&#224; du sacr&#233;. Ce qu'ils sacralisent, c'est l'autod&#233;termination de l'individu.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Euthanasie-+.html" rel="tag"&gt;Euthanasie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/mouth-guard-4955470_640.jpg?1787417301' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une intensit&#233; &#233;motive qui paralyse l'argumentation rationnelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une erreur que nous commettons tous spontan&#233;ment est d'aborder les convictions des autres selon leur contenu intellectuel ou rationnel. Or la dimension &#233;motionnelle est essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On connait d&#233;j&#224; le cas de scientifiques attach&#233;s &#224; leur th&#233;orie et pouvant la d&#233;fendre passionnellement, mais cela ne donne pas toute la mesure du ph&#233;nom&#232;ne. Car dans le domaine politique et moral, la valorisation &#233;motionnelle d'une conviction ne r&#233;v&#232;le pas seulement un degr&#233; d'attachement ; elle signale souvent un ressort puissant : une forme de sacralisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons l'exemple de loi sur l'euthanasie : on a d&#233;velopp&#233; des tr&#233;sors d'arguments tr&#232;s raisonnables, souvent remarquablement, pour montrer l'immoralit&#233; de ce d&#233;veloppement, et sa contradiction avec des convictions par ailleurs admises par tous et mises dans les lois : la protection des plus faibles ; l'aide &#224; apporter &#224; quelqu'un qui veut se suicider pour l'en emp&#234;cher. Bien s&#251;r, il y a de ce c&#244;t&#233; aussi une dimension &#233;motionnelle, l'horreur &#224; l'&#233;gard de ce qui est une forme de meurtre ; et une dimension explicitement religieuse chez beaucoup. Mais elles ne sont pas n&#233;cessaires. Les arguments rationnels &#233;voqu&#233;s sont forts par eux-m&#234;mes. Or il est &#233;vident qu'ils n'ont en rien emport&#233; le d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est significatif ici est en effet ce qui se passe de l'autre c&#244;t&#233;. L'intensit&#233; de l'effort en faveur de l'euthanasie ne s'explique pas par le seul positionnement politique. Il y a l&#224; aussi un &#233;l&#233;ment de conviction intense, et se voulant &#224; sa fa&#231;on moral. D'o&#249; provient-il ? Sans doute de l'id&#233;e du droit absolu de l'individu de choisir son destin comme il l'entend, et m&#234;me sa nature. C'est donc cette nouvelle &#8216;morale' qu'il faut interroger, d'autant qu'on la retrouve dans bien des causes soci&#233;tales actuelles, le mariage pour tous &#233;tant l'&#233;tape la plus caract&#233;ristique, ou les &#8216;causes' LGBT. La mobilisation &#233;motionnelle y va bien au-del&#224; de l'enjeu, ainsi la passion dans certains milieux pour la cause des &#8216;trans'. On touche manifestement l&#224; &#224; une dimension qui pour les convaincus est sacr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle sacralit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici un autre ph&#233;nom&#232;ne remarquable : le glissement observ&#233; depuis 60 ans du culte du h&#233;ros au culte de la victime, qui tend pr&#233;cis&#233;ment &#224; &#234;tre sacralis&#233;e, comme le montre l'excellente analyse de Fran&#231;ois Azouvi Du h&#233;ros &#224; la victime : la m&#233;tamorphose contemporaine du sacr&#233;. Ce qui est d'ailleurs en consonance avec une certaine mentalit&#233; d&#233;mocratique : par d&#233;finition, le h&#233;ros, ce n'est pas tout un chacun ; tandis que la victime, c'est potentiellement tout le monde. La victime n'a aucun m&#233;rite dans son sort (contrairement au h&#233;ros) ; elle demande certes soin et sollicitude, mais pas une sacralisation. Pourquoi alors celle-ci ? Sans doute parce que ce qui est en cause est le fait que s'il y a victime, c'est qu'on a touch&#233; &#224; la personne et &#224; ses droits, suppos&#233;s sacr&#233;s ind&#233;pendamment de ce que cette personne est ou fait (sauf dans le cas de ceux qui contreviennent &#224; cette nouvelle morale, qu'on appellera les fascistes). C'est cette sacralisation qui conduit &#224; des vagues d'indignation intense (comme dans le cas de George Floyd), qui vont bien au-del&#224; du cas concern&#233;. C'est l&#224; en un sens une nouvelle religion de l'individu ; en comprenant bien s&#251;r le mot religion au sens figur&#233;, car il y a l&#224; nulle transcendance. Mais cela comporte une dimension &#233;vidente de &#8216;sacr&#233;' : les Droits sont sacr&#233;s, l'immunit&#233; personnelle est sacr&#233;e (toujours hors &#8216;fascistes'). Cette absolutisation de l'auto-d&#233;termination conduit m&#234;me, dans le cas de l'euthanasie, &#224; glorifier un suppos&#233; droit &#224; dispara&#238;tre. Vous n'&#234;tes pas victime parce que vous allez mourir, car vous le choisissez ; vous &#234;tes victime parce que vous souffrez, et que l'affreuse soci&#233;t&#233; ne vous aide pas &#224; mourir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela se relie &#224; un autre ph&#233;nom&#232;ne : le glissement d'une compr&#233;hension de la d&#233;mocratie comme gouvernement du peuple &#224; une d&#233;mocratie identifi&#233;e &#224; des principes, et notamment aux Droits, tels qu'interpr&#233;t&#233;s par les juges et les Cours supr&#234;mes. On n'h&#233;site plus &#224; casser ou brider l'expression populaire si elle est contraire aux Principes sacr&#233;s. Certes, le progressisme a toujours &#233;t&#233; au fond &#233;litiste et autoritaire, la fraction avanc&#233;e conduisant le peuple car, une fois &#233;clair&#233;, il comprendra que c'&#233;tait pour son bien. Mais justement, autrefois le progressiste avait confiance dans l'id&#233;e que le peuple comprendrait. Ici on a l'impression qu'il n'en est plus si s&#251;r, car la tentation populiste menace et l'inqui&#232;te beaucoup, et qu'il faut donc canaliser ce peuple. La sc&#232;ne europ&#233;enne actuelle en montre bien des exemples. Mais parmi les causes de cette &#233;volution, il faut compter, comme not&#233; ci-dessus, le glissement &#233;motionnel et parareligieux qui s'est produit. Pour simplifier, dans la mesure o&#249; il y avait une mystique chez les r&#233;publicains &#224; l'ancienne, elle portait sur le peuple ; maintenant elle s'en d&#233;tache, et ne vise plus que l'individu et ses &#8216;Droits'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme du chr&#233;tien progressiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci a incidemment des cons&#233;quences curieuses dans le petit monde des chr&#233;tiens progressistes. Ils sont habitu&#233;s &#224; refuser de voir les d&#233;rives de notre soci&#233;t&#233; comme telles, et au contraire &#224; interpr&#233;ter ce qui se passe comme un mouvement historique en soi sain, qu'il faut simplement bien comprendre et canaliser. M&#234;me si c'est quand m&#234;me assez &#233;loign&#233; de ce qu'un chr&#233;tien viserait spontan&#233;ment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le progressiste se trouve en porte-&#224;-faux lorsque cette &#233;volution heurte frontalement une conviction chr&#233;tienne profonde, comme dans le cas de l'euthanasie. Alors que dans le cas du mariage pour tous, il a pu se sentir peu concern&#233;, voire choqu&#233; par la mobilisation de ses coreligionnaires conservateurs, ici il se regimbe. Sauf cas particulier, la grande majorit&#233; d'entre eux s'est oppos&#233;e au projet de loi. Ces progressistes plus sinc&#232;res font alors l'exp&#233;rience douloureuse de ce que vit le &#8216;conservateur', qui voit depuis longtemps ses convictions profondes bless&#233;es par l'&#233;volution sociale. Mais ici le conflit est entre deux convictions &#233;motionnellement intenses : leur foi d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre leur attachement irrationnel &#224; ce si&#232;cle, nourri d'une lecture na&#239;ve de Vatican II. Gageons qu'ils finiront en majorit&#233; par surmonter cette p&#233;rip&#233;tie d&#233;sagr&#233;able. Mais peut-&#234;tre certains finiront par comprendre qu'il y a l&#224; un vrai probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a derri&#232;re ces controverses &#233;motionnellement intenses (une morale r&#233;ellement v&#233;cue est &#233;motionnellement toujours intense), un d&#233;bat de fond, qui oppose en d&#233;finitive deux morales diff&#233;rentes. Plus pr&#233;cis&#233;ment, on a d'un c&#244;t&#233; une vraie morale au sens classique du terme, n&#233;cessairement &#8216;h&#233;t&#233;ronome' pour parler comme Marcel Gauchet. Car une morale, c'est la reconnaissance qu'une chose est bonne ou mauvaise objectivement ; le bien et le mal ne peuvent &#234;tre le fait de choix personnels, lesquels sont des pr&#233;f&#233;rences, et non des exigences morales. Et d'un autre c&#244;t&#233;, une pr&#233;tendue &#8216;morale' de l' &#8216;autonomie', qui est en quelque sorte une &#8216;morale' des r&#232;gles du jeu : chacun d&#233;finit sa morale personnelle comme il le souhaite ; et le sacr&#233; se d&#233;place sur le respect absolu cens&#233; devoir &#234;tre apport&#233; &#224; ce &#8216;libre' choix. En ce sens, et contrairement &#224; ce qu'on lit ici ou l&#224;, les wokes attach&#233;s au sort des &#8216;communaut&#233;s' cens&#233;ment opprim&#233;es (noirs, femmes, LGBT etc.) sont dans la droite ligne des suppos&#233;es Lumi&#232;res et de leur programme dit d'&#233;mancipation, fond&#233; sur le refus de l'h&#233;t&#233;ronomie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si le sacr&#233; s'applique &#224; des r&#233;alit&#233;s profond&#233;ment antinomiques, l'opposition est radicale et le dialogue rationnel tr&#232;s difficile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/une-derive-progressiste-sacraliser-lautodetermination-de-lindividu/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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