<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?id_mot=342&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Ce n'est pas aux contribuables de payer les faillites de banques. Les le&#231;ons de Chypre</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ce-n-est-pas-aux-contribuables-de-payer-les-faillites-de-banques-Les-lecons-de.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Ce-n-est-pas-aux-contribuables-de-payer-les-faillites-de-banques-Les-lecons-de.html</guid>
		<dc:date>2013-03-29T14:05:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Banque</dc:subject>
		<dc:subject>Faillite de banque</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La crise chypriote est un v&#233;ritable cas d'&#233;cole. D'abord de ce qu'il ne fallait pas faire avec la d&#233;lirante taxation des d&#233;p&#244;ts de moins de 100.000 &#8364;. Ou comment susciter rancunes et inqui&#233;tudes sans apporter la moindre solution viable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis apr&#232;s une semaine de psychodrame, le coming-out de l'Europe. Eh oui, les cr&#233;anciers doivent payer pour les banques en faillite, et pas seulement les contribuables. Et toute la m&#233;diasph&#232;re de s'indigner. A tort cette fois, et sans en tirer les le&#231;ons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Banque-+.html" rel="tag"&gt;Banque&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Faillite-de-banque-+.html" rel="tag"&gt;Faillite de banque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise chypriote est un v&#233;ritable cas d'&#233;cole. D'abord de ce qu'il ne fallait pas faire avec la d&#233;lirante taxation des d&#233;p&#244;ts de moins de 100.000 &#8364;. Ou comment susciter rancunes et inqui&#233;tudes sans apporter la moindre solution viable !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puis apr&#232;s une semaine de psychodrame, le coming-out de l'Europe. Eh oui, les cr&#233;anciers doivent payer pour les banques en faillite, et pas seulement les contribuables. Et toute la m&#233;diasph&#232;re de s'indigner. A tort cette fois, et sans en tirer les le&#231;ons.&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne m'&#233;tendrai pas sur la premi&#232;re &#233;tape : cette id&#233;e aberrante de taxe de 6,75 % sur les d&#233;p&#244;ts bancaires en de&#231;&#224; de 100.000 euros. Le toll&#233; a &#233;t&#233; g&#233;n&#233;ral et l'erreur reconnue. D&#233;sormais on proclame sacr&#233;s les d&#233;p&#244;ts bancaires inf&#233;rieurs &#224; 100.000 euros.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus important est le second plan qui pour simplifier, liquide la seconde banque du pays et redimensionne la premi&#232;re, en frappant dans les deux cas actionnaires, cr&#233;anciers et d&#233;posants au-del&#224; des fameux 100.000 &#8364;. Et le concert des critiques de s'affoler de voir tout ce beau monde mis &#224; contribution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore un nouveau psychodrame europ&#233;en direz-vous. Oui, mais riche de le&#231;ons pour l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout d'abord, un fait qui n'a &#233;t&#233; relev&#233; par personne : les march&#233;s ne sont pour rien dans cette crise. Vous savez, ces dangereux march&#233;s financiers responsables de tous nos maux. Or voici bien la quatri&#232;me crise financi&#232;re europ&#233;enne, apr&#232;s l'Irlande, l'Espagne et la Gr&#232;ce, sans parler de l'Islande, qui est une crise de l'activit&#233; bancaire classique. En l'esp&#232;ce presque pure : ce qui a tu&#233; les banques chypriotes ce n'est m&#234;me pas leur liquidit&#233; (leurs d&#233;p&#244;ts effectivement un peu suspects, &#233;taient rest&#233;s sagement sur place) mais l'effondrement de l'immobilier et surtout de la dette d'Etat grecque. Soit des op&#233;rations tout &#224; fait recommand&#233;es avant la crise. A l'aune de Volcker, Vickers ou Liikanen ce que faisaient ces banques &#233;tait m&#234;me impeccable. Une nouvelle d&#233;monstration du fait que je rappelle r&#233;guli&#232;rement : les crises bancaires proviennent bien plus souvent des activit&#233;s bancaires classiques que des activit&#233;s de march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde le&#231;on concerne la zone euro et sa gouvernance face &#224; un probl&#232;me somme toute assez simple. Et l&#224; soyons clair : oui la bonne solution des crises bancaires n'est pas de faire payer les contribuables, ni d'ailleurs les autres banques, mais d'abord les partenaires de cette banque. Et parmi ceux-ci les d&#233;posants dont les d&#233;p&#244;ts exc&#232;dent 100.000 &#8364; quand, comme &#224; Chypre, ils constituent une part appr&#233;ciable du passif. Bien s&#251;r cela signifie pour l'&#238;le d'admettre la fin de son statut de place financi&#232;re offshore, et les b&#233;n&#233;fices qui en d&#233;coulaient. Mais on voit mal l'Europe et ses contribuables financer le maintien de cette sp&#233;cialisation &#233;trange et quelque peu disproportionn&#233;e. Quitte bien s&#251;r &#224; aider par ailleurs la population chypriote par solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc le Pr&#233;sident de l'Eurogroupe, M. Dijsselbloem, qui a raison : ceux qui prennent les risques doivent les assumer. Il a eu raison aussi de dire que ce serait autant que possible la m&#233;thode &#224; utiliser ailleurs, en fonction bien s&#251;r de la situation, cas par cas. C'est d'ailleurs exactement ce que vise la directive europ&#233;enne en cours de discussion sur la r&#233;solution des &#233;tablissements financiers et elle a elle aussi raison (pour une fois).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste en outre &#224; tirer les le&#231;ons pour la zone euro. Passons sur le pass&#233; : l'&#233;trange faute originelle d'avoir accept&#233; Chypre dans la zone, sans prendre en compte la situation exceptionnelle de son syst&#232;me bancaire. Ceci dit cela s'explique aussi : si on suppose r&#233;alistes les illusions sur lesquelles la zone euro s'est b&#226;tie, &#224; commencer par la solidit&#233; de la dette souveraine de ses membres, jug&#233;e in&#233;branlable jusqu'&#224; il y a encore deux ans.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais prenons surtout conscience des limites r&#233;v&#233;l&#233;es par cette faillite. Il y a certes une certaine solidarit&#233; au sein de la zone euro. Mais elle ne permet pas de sauver un pays en crise profonde. On commen&#231;ait &#224; le comprendre. Mais on d&#233;couvre encore plus clairement que quand le couple pays-banque est mis en cause dans ses deux maillons, le reste de l'Europe ne sauve ni l'un et l'autre d'un ajustement en profondeur, avec des cons&#233;quences lourdes pour les parties prenantes, et en premier lieu le pays concern&#233; et sa population. Il faut alors en tirer les le&#231;ons pour les cr&#233;anciers. Je l'ai soulign&#233; d&#232;s 2011 : un tel ajustement en monnaie forte est tr&#232;s dur politiquement et socialement. Et pour att&#233;nuer la perspective d&#233;sesp&#233;rante de stagnation ou de r&#233;gression &#224; laquelle sa population fait face, cet Etat doit &#233;viter d'&#234;tre &#233;cras&#233; &#224; l'avenir par des dettes ing&#233;rables. Dans ce cas il faut r&#233;duire la dette, et donc mettre en place en Europe ce qu'on appelle des proc&#233;dures collectives (comme pour les entreprises), tant pour les Etats que pour les banques. M&#234;me si c'est dur pour tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; ce constat morose, ce qu'on entend partout c'est que l'Union bancaire aurait pu &#233;viter tout cela. On croit encore &#224; Zorro. Mais en quoi l'Union bancaire aurait-elle att&#233;nu&#233; la note ou chang&#233; radicalement le mode de r&#233;solution de cette crise - et des autres qui l'ont pr&#233;c&#233;d&#233;e ? Il faut bine que quelqu'un paye. On croit ici et l&#224; que les banques du reste de la zone euro payeront pour les banques p&#233;riph&#233;riques ; mais c'est une illusion : outre qu'il est injuste et paradoxal que les banques bien g&#233;r&#233;es payent pour les autres, leurs ratios prudentiels, B&#226;le et autres, limitent massivement leur capacit&#233; &#224; contribuer r&#233;ellement &#224; un sauvetage. De leur c&#244;t&#233;, les contribuables europ&#233;ens veulent bien aider, mais dans des limites vite atteintes. Reste donc le renflouement interne, mod&#232;le chypriote ; c'est le seul moyen d'&#233;viter que les contribuables prennent le reste de la note. Relisons alors le projet de directive : c'est ce qui est pr&#233;vu. Cela coh&#233;rent et disons-le &#233;quitable. C'est d'ailleurs ce principe qui a &#233;t&#233; adopt&#233; de leur c&#244;t&#233; par les Am&#233;ricains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement dans le cas de tr&#232;s grandes banques le risque est de voir l'effet de taille rendre difficilement &#233;vitable une intervention publique, du moins si rien n'a &#233;t&#233; fait pour l'&#233;viter autant que possible. Il faut donc pr&#233;voir &#224; l'avance le bon d&#233;roulement de telles mesures m&#234;me pour une grande banque. C'est ce que sont suppos&#233;s faire les plans de r&#233;solution pr&#233;vus &#224; cet effet et &#233;labor&#233;s par chaque banque, ce qui peut impliquer de changer leurs structures pour rendre moins risqu&#233;e et plus maniable leur &#233;ventuelle faillite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une dure r&#233;alit&#233;, mais qui seule est coh&#233;rente avec la nature des banques, entreprises responsables de leurs actes, comme doivent l'&#234;tre leurs partenaires (en dehors clients au d&#233;tail, qui ne sont pas en &#233;tat de mesurer la situation de leur banque et doivent &#234;tre s&#233;curis&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'union bancaire permettra d'&#233;viter ce genre de crises &#224; l'avenir. Certains croient ou affectent de croire que la supervision lointaine et technocratique qu'on installe &#224; Francfort dans le cadre de l'union bancaire disposera d'un savoir magique lui permettant d'&#233;viter les crises. On explique notamment qu'elle sera plus &#233;loign&#233;e des contingences politiques locales. Mais outre qu'on a rarement vu un pouvoir multilat&#233;ral d&#233;ployer cette efficacit&#233;, il est quelque peu optimiste de supposer qu'il lui aurait &#233;t&#233; possible en plein boom, vers 2008, d'obliger les Chypriotes &#224; redimensionner massivement un secteur bancaire qui faisait vivre tout le pays. Et puis, investissant dans l'immobilier et le papier d'Etat, n'&#233;tait-il pas &#224; faible risque ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La solidarit&#233; est une chose bonne et n&#233;cessaire, mais elle ne peut ni ne doit tout r&#233;gler. Chaque banque et chaque partenaire des banques doivent &#234;tre responsables de leurs actes. Et chaque pays doit compter d'abord sur ses propres forces. La le&#231;on de Chypre est dure mais claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version enrichie d'une tribune parue sur le site des Echos&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La s&#233;paration des banques - ou l'art des mauvaises pistes</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-separation-des-banques-ou-l-art-des-mauvaises-pistes.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/La-separation-des-banques-ou-l-art-des-mauvaises-pistes.html</guid>
		<dc:date>2013-01-22T14:10:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Banque</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Partout les id&#233;es fusent sur la s&#233;paration des banques. Le parlement fran&#231;ais d&#233;bat d'un projet gouvernemental, imm&#233;diatement critiqu&#233; de toute part. L'id&#233;e qui domine est que ce gouvernement est timor&#233; et a c&#233;d&#233; devant la pression des banques, alors qu'il faudrait aller beaucoup plus loin dans la d&#233;coupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est l&#233;gitime. Encore faut-il &#233;viter les id&#233;es fausses et se concentrer sur ce qui importe vraiment. Ce qui appara&#238;t alors est que les vraies r&#233;formes de la finance sont ailleurs. Notamment la r&#233;forme des march&#233;s eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Version enrichie le 12 f&#233;vrier)&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Banque-+.html" rel="tag"&gt;Banque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;(&lt;i&gt;Publi&#233;e sur ce site le 9 janvier, l&#233;g&#232;rement modifi&#233;e le 22 janvier et enrichie le 12 f&#233;vrier 2013&lt;/i&gt;)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Partout les id&#233;es fusent sur la s&#233;paration des banques. Le parlement fran&#231;ais d&#233;bat d'un projet gouvernemental, imm&#233;diatement critiqu&#233; de toute part. L'id&#233;e qui domine est que ce gouvernement est timor&#233; et a c&#233;d&#233; devant la pression des banques, alors qu'il faudrait aller beaucoup plus loin dans la d&#233;coupe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est l&#233;gitime. Encore faut-il &#233;viter les id&#233;es fausses et se concentrer sur ce qui importe vraiment. Ce qui appara&#238;t alors est que les vraies r&#233;formes de la finance sont ailleurs. Notamment la r&#233;forme des march&#233;s eux-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Trop d'id&#233;es fausses ou partielles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Premi&#232;re id&#233;e fausse : les activit&#233;s de d&#233;p&#244;ts et de cr&#233;dit sont le seul vrai m&#233;tier des banques ; elles rel&#232;vent seules de l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me id&#233;e fausse : les activit&#233;s de march&#233;, qualifi&#233;es d'&#233;conomie casino, sont (par nature) lucratives et risqu&#233;es, et d&#233;connect&#233;es de l'&#233;conomie r&#233;elle ; elles sont exerc&#233;es (par nature) sans risque ni contr&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me id&#233;e fausse : tout cela justifie une garantie publique pour les premi&#232;res mais pas pour les secondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quatri&#232;me id&#233;e fausse : si les deux activit&#233;s sont m&#233;lang&#233;es, la garantie de l'Etat joue comme une subvention implicite. Les banques sont alors incit&#233;es &#224; prendre tous les risques pour g&#233;n&#233;rer des profits faciles sur les march&#233;s. D'o&#249; un partage des pertes et une privatisation des profits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cinqui&#232;me id&#233;e fausse : si les deux activit&#233;s sont m&#233;lang&#233;es, l'activit&#233; de cr&#233;dit cr&#233;e de la monnaie que l'&#233;conomie &#171; casino &#187; utilise ; et les risques de faillite de celle-ci sont amortis par le suppos&#233; &#8216;matelas' des d&#233;p&#244;ts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion, logique alors : il faut s&#233;parer les deux activit&#233;s, en chassant les activit&#233;s de march&#233; comme J&#233;sus chassait les d&#233;mons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme ce sont des id&#233;es fausses ou partielles, il faut hi&#233;rarchiser diff&#233;remment les priorit&#233;s. Le sujet de la s&#233;paration des activit&#233;s est on le verra mineur et contestable. S'y concentrer aboutit &#224; ne pas mettre l'accent sur les r&#233;formes n&#233;cessaires - et Dieu sait s'il y en a.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les pistes &#224; explorer : la r&#233;forme des march&#233;s&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, il faut reconna&#238;tre que les activit&#233;s de march&#233; sont indispensables au fonctionnement d'une &#233;conomie. Notamment en &#233;conomie ouverte. Evidente dans le contexte moderne et dans le cadre de la mondialisation, cette constatation est ancienne : la banque d'affaire est en un sens n&#233;e avant la banque de d&#233;p&#244;t. Certains croient que les march&#233;s ne datent que de la p&#233;riode r&#233;cente, alors que le cr&#233;dit bancaire serait imm&#233;morial. Pas du tout. Les march&#233;s sont au moins aussi anciens que le cr&#233;dit. Les grands scolastiques m&#233;di&#233;vaux en parlaient longuement. M&#233;dicis et Fugger, la finance m&#233;di&#233;vale &#233;tait en prise sur des march&#233;s. En revanche les grandes institutions de cr&#233;dit datent du XIXe si&#232;cle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un simple exemple de leur r&#244;le indispensable : le moyen le plus sain et le plus durable de financer l'activit&#233; &#233;conomique, plus que le cr&#233;dit, c'est les fonds propres ; or on ne peut pas les financer sur les d&#233;p&#244;ts et le seul moyen d'en lever sur une &#233;chelle appr&#233;ciable, c'est sur un march&#233;. Le march&#233; est le seul moyen de tenter une confrontation g&#233;n&#233;rale des ressources et emplois et d'offrir la possibilit&#233; d'une gestion active. Cela ne veut pas dire qu'il soit en permanence lucide ou efficient ni qu'il n'ait pas besoin de r&#232;gles, bien au contraire : ils ont besoin d'&#234;tre tr&#232;s s&#233;rieusement r&#233;form&#233;s. Mais c'est justement pour cela que la priorit&#233; absolue devrait &#234;tre &#224; cette r&#233;forme des march&#233;s &#8211; comme je l'ai r&#233;guli&#232;rement soutenu par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les march&#233;s sont-ils inefficaces ? Non : ils ne le sont que par rapport &#224; l'id&#233;ologie, absurde, des march&#233;s efficients. Les march&#233;s ne sont pas extralucides ; on conna&#238;t leurs emballements collectifs. Ce qu'ils font c'est assurer la confrontation g&#233;n&#233;rale des &#233;changes et opinions &#224; un moment donn&#233;. C'est bien mieux que les innombrables transactions fragment&#233;es qu'on aurait sinon (et qu'on avait dans le monde ancien). En revanche il est vrai qu'il y a eu d&#233;rive depuis 30 ans : une id&#233;ologie a justifi&#233; une d&#233;r&#233;gulation et une innovation incontr&#244;l&#233;es. C'est ce qui a conduit aux produits toxiques de 2007. D'autant plus irrationnels qu'ils n'&#233;taient pas de vrais produits de march&#233;, car ils n'avaient pas de march&#233; secondaire actif et liquide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malheureusement on pr&#233;f&#232;re les abandonner &#224; l'image de casino qu'on leur colle. Et parce qu'on s'est trop concentr&#233; sur les seules banques depuis 2008, les r&#233;formes des march&#233;s sont rest&#233;es en-de&#231;&#224; de ce qui serait n&#233;cessaire. La seule r&#233;forme s&#233;rieuse a &#233;t&#233; la g&#233;n&#233;ralisation en cours de ce m&#233;canisme qu'on appelle la compensation : c'est une voie que j'avais recommand&#233;e d&#232;s 2008. Mais elle ne suffit pas pour assainir v&#233;ritablement les march&#233;s et les rendre &#224; nouveau suffisamment transparents et clairs pour que la confiance du public se r&#233;tablisse : dans leur int&#233;grit&#233;, dans la qualit&#233; des m&#233;canismes de formation des prix, dans la qualit&#233; de l'acc&#232;s des investisseurs, et enfin dans le contr&#244;le des risques syst&#233;mique qu'il peut comporter. C'est d'autant plus important que par ailleurs le r&#244;le des march&#233;s ne va pas diminuer &#224; l'avenir ; bien au contraire il devrait logiquement s'accro&#238;tre puisque toutes les r&#233;formes faites depuis la crise (B&#226;le III notamment) contraindront fortement &#224; l'avenir le r&#244;le du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour cette m&#234;me raison, et qu'on le veuille ou non il est d&#232;s lors vital pour un pays de disposer d'une activit&#233; de march&#233; et donc d'une interm&#233;diation de march&#233; vivante et saine. La France notamment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ajouter enfin ce point tr&#232;s important que l'assainissement des march&#233;s comme de toute activit&#233; &#233;conomique ne peut se faire uniquement &#224; coup de r&#233;glementations. Cela suppose aussi une contribution des acteurs, des participants aux march&#233;s, dans une optique de conversion personnelle si possible (n'h&#233;sitons pas &#224; le dire), et pour le moins d'exigence morale &#8211; ce qui est difficilement r&#233;cusable. C'est pour cela qu'&#224; la Commission Ethique financi&#232;re des Entrepreneurs et Dirigeants chr&#233;tiens (EDC), nous avons propos&#233; des rep&#232;res dans une brochure intitul&#233;e : &#171; Qu'est-ce qu'un bon march&#233; financier ? &#187;. J'y renvoie le lecteur soucieux d'enrichir sa d&#233;marche sur ce point.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;March&#233;, cr&#233;dit et risques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, l'exp&#233;rience de l'histoire financi&#232;re montre que le cr&#233;dit est nettement plus dangereux que les march&#233;s ; c'est m&#234;me la principale source de crises, en un sens la seule. Je suis bien plac&#233; pour en parler, l'ayant v&#233;cu en direct. Les crises syst&#233;miques depuis 40 ans hors 2007 sont de pures crises du cr&#233;dit, essentiellement immobilier et souverain : crise de la dette souveraine de 1981-82, crise des Savings et loans am&#233;ricaines de 1990, crises espagnole et irlandaise. Les vraies crises de march&#233; (krach de 1987, bulle Internet en 2000) n'ont pas &#233;t&#233; syst&#233;miques, parce que financ&#233;es en fonds propres, sans cr&#233;dit. M&#234;me la crise de 1929, boursi&#232;re &#224; l'origine, n'aurait pas eu l'ampleur qu'elle a eue sans le r&#244;le d&#233;mesur&#233; du cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche il est vrai qu'en 2007 ce qu'on appelait les march&#233;s ont gravement dysfonctionn&#233;. Des formes perverses de titrisation ont diss&#233;min&#233; partout ce qui &#233;tait d'abord une crise du cr&#233;dit, tout en la facilitant. Mais c'&#233;tait de mauvais march&#233;s, ni r&#233;gul&#233;s ni transparents ni liquide, preuve qu'ils n'&#233;taient pas bien r&#233;gul&#233;s ou pas du tout, et qu'il aurait fallu les r&#233;guler strictement. Et m&#234;me en 2008 la cause premi&#232;re de la crise c'&#233;tait aussi des cr&#233;dits immobiliers : les subprimes et plus g&#233;n&#233;ralement le financement d'une &#233;norme bulle immobili&#232;re am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en effet de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le cr&#233;dit qui rend une crise syst&#233;mique, par effet domino : la d&#233;faillance d'un emprunteur se transmet &#224; son cr&#233;ancier. Ceci pour une raison simple : un cr&#233;dit doit &#234;tre rembours&#233; ; si ce qu'il a financ&#233; s'av&#232;re ensuite &#234;tre de valeur insuffisante, il y a une perte, qui met le pr&#234;teur en danger ; comme il a lui-m&#234;me emprunt&#233; pour le financer (au moins s'il est une banque), cela cr&#233;e un effet domino qui peut devenir ravageur s'il prend de l'ampleur : c'est ce qu'on appelle effet syst&#233;mique. Quand on pr&#234;t mal, en masse, l'effet est catastrophique lorsque la situation se retourne. L'immobilier est souvent &#224; l'origine de ces exc&#232;s collectifs, comme on l'a vu aux Etats-Unis dans les ann&#233;es 1980-90, en Espagne ou en Irlande tout r&#233;cemment. On n'a pas besoin de march&#233; pour faire une bulle de cr&#233;dit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, c'est l'effet de levier qui fait la gravit&#233; de notre situation actuelle. Et l'effet de levier, c'est l'exc&#232;s de cr&#233;dit. La crise de la zone euro ressemble d'ailleurs en un sens furieusement aux crises de la dette souveraine du d&#233;but des ann&#233;es 80.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quoi le cr&#233;dit est-il si dangereux ? C'est qu'il inspire confiance, plus que les march&#233;s. Aux investisseurs, comme aux passionn&#233;s de la s&#233;paration ! Les plus grandes crises sont celles des souverains et de l'immobilier, parce qu'on se sent alors en confiance et qu'on fait du cr&#233;dit sans pr&#233;caution. C'est ce qu'il y a de plus dangereux. C'est pourquoi la s&#233;paration n'est pas en soi la bonne r&#233;ponse (ou tr&#232;s partielle) car elle suppose que seules les banques de march&#233;s causent des crises. D'ailleurs s'il y avait eu une s&#233;paration (quelle qu'elle soit) des banques en 2007 et surtout 2008 cela n'aurait rien chang&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La confusion la plus grave porte en d&#233;finitive sur la question du risque : ce qui serait li&#233; &#224; un client serait &#224; risque faible, en revanche ce qui est &#8216;sp&#233;culatif' (en supposant que ce mot soit clair !) serait toujours tr&#232;s dangereux. Non : les deux peuvent &#234;tre dangereux ou non, qu'on parle de cr&#233;dit ou de march&#233;. Ce qui compte est d'&#233;viter que de tels risques soient pris de fa&#231;on collectivement dangereuse ; ce qui suppose des r&#232;gles collectives. La solution consiste plus pr&#233;cis&#233;ment en trois points : contr&#244;ler banques et march&#233;s ; am&#233;liorer les r&#232;gles r&#233;gissant le fonctionnement des march&#233;s et celles encadrant la distribution du cr&#233;dit ; et permettre la liquidation des banques. Et cela suppose bien s&#251;r parall&#232;lement une politique prudente de prise de risque des &#233;tablissements.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Garantie publique et sp&#233;cificit&#233; des banques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, la notion d'une garantie publique &#224; donner aux &#233;tablissements bancaires ou financiers est choquante par nature. C'est un point de d&#233;saccord profond avec le discours dominant. Il est &#233;trange de voir dire partout que l'Etat doit garantir les banques. Les banques sont autonomes et doivent &#234;tre responsables de leurs actes ; ceux qui les financent aussi. Bien s&#251;r la garantie des d&#233;p&#244;ts est justifi&#233;e. Mais pas celle des &#233;tablissements, qui n'a rien &#224; voir ! Il faut donc s'organiser pour permettre autant que possible la faillite ordonn&#233;e des &#233;tablissements bancaires ou financiers, et la responsabilit&#233; de leurs dirigeants. Bien s&#251;r il ne s'agit pas de laisser une banque faire faillite comme la cr&#233;merie du coin. Il faut que sa liquidation soit pr&#233;par&#233;e et dirig&#233;e, qu'on &#233;vite la panique, et qu'on isole et c&#232;de les activit&#233;s qui doivent survivre. Mais aussi qu'on solde les pertes en faisant payer ceux qui l'ont financ&#233;e (hors d&#233;posants dans les r&#233;seaux), pas les contribuables. C'est ce qu'aurait d&#251; faire l'Irlande au lieu de sauver les cr&#233;anciers de ses banques. C'est le sens des dispositifs qu'on met en place en France et en Europe. Ce qui implique que les lois permettent cette r&#233;solution de fa&#231;on ordonn&#233;e et rapide ; cela suppose aussi une certaine organisation des banques qui permette, quand le besoin arrive, de proc&#233;der rapidement &#224; cette r&#233;solution, notamment par des filialisations pr&#233;alables. Mais il ne faut surtout pas s'accommoder d'une garantie illimit&#233;e qui serait donn&#233;e au cr&#233;dit, l'activit&#233; la plus dangereuse de toutes lorsqu'elle d&#233;rape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En quatri&#232;me lieu, cessons de croire que les banques cr&#233;ent de la monnaie comme elles l'entendent, chaque fois qu'elles font un cr&#233;dit. On peut bien s&#251;r th&#233;oriser leur r&#244;le de cr&#233;ation de monnaie au niveau de l'&#233;conomie &#8211; ceci dit, il est encadr&#233; par les banques centrales. Mais quiconque conna&#238;t une banque de pr&#232;s sait qu'&#224; son niveau elle ne per&#231;oit pas du tout qu'elle cr&#233;e librement de la monnaie, et ce n'st pas dut tout comme cela qu'elle fonctionne. Ce qu'elle a pu octroyer de cr&#233;dits voit en effet sa contrepartie en d&#233;p&#244;ts partir aussit&#244;t de ses livres et il lui faut emprunter aux autres banques ou &#224; la banque centrale pour la retrouver. D&#232;s lors le souci de sa liquidit&#233; est son premier souci, et cette liquidit&#233; c'est sur le march&#233; qu'elle la trouve. L&#224; encore la bonne organisation des march&#233;s est une dimension vitale de la vie collective.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il se d&#233;duit de tout ceci que la s&#233;paration des activit&#233;s de cr&#233;dits et de march&#233;s n'est pas une r&#233;forme centrale et prioritaire, en supposant qu'elle ait une utilit&#233;. Il est bien plus important d'organiser les march&#233;s et le cr&#233;dit, de contr&#244;ler les risques, et de liquider les &#233;tablissements quand c'est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y aurait pourtant des arguments en faveur d'une forme de s&#233;paration, dans un monde id&#233;al : il y a en effet une diff&#233;rence culturelle importante entre l'action sur les march&#233;s, notamment sur les fonds propres, et la gestion d'un bilan de cr&#233;dits et de d&#233;p&#244;ts. Dans un monde o&#249; les march&#233;s seraient r&#233;form&#233;s dans le sens &#233;voqu&#233;, o&#249; les op&#233;rateurs de march&#233; seraient des interm&#233;diaires animant ces march&#233;s, sans position dominante (am&#233;ricaine) ni effet syst&#233;mique r&#233;sultant de bilans d&#233;mesur&#233;s et insuffisamment liquides, la question pourrait avoir son sens. On en est encore loin. Et de toute fa&#231;on la question ne peut &#234;tre pos&#233;e au seul niveau fran&#231;ais : il est d&#233;savantageux et inefficace pour un pays comme la France, relativement marginal dans le syst&#232;me financier mondial, de trop exp&#233;rimenter en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur notre sujet imm&#233;diat, en pratique, la r&#233;forme Moscovici est de fait proche de la r&#232;gle Volcker am&#233;ricaine. C'est d&#233;j&#224; beaucoup pour nous. Passons donc sur cette p&#233;rip&#233;tie et revenons aux vrais probl&#232;mes. D'un point de vue public, &#224; c&#244;t&#233; des responsabilit&#233;s permanentes des superviseurs bancaires, les vraies priorit&#233;s se situent au niveau mondial. C'est l&#224; qu'il faut pousser &#224; la r&#233;forme. B&#226;le III &#233;tant de fait en bonne partie termin&#233;, c'est d&#233;sormais la r&#233;forme des march&#233;s, celle des r&#232;gles de distribution du cr&#233;dit, et la r&#233;solution des crises bancaires. Travaillons-y.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le point de vue chr&#233;tien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Beaucoup de ces questions sont techniques et n'appellent pas un regard sp&#233;cifique des chr&#233;tiens. On comprend donc assez mal que la passion que certains y mettent. D'autant que leurs analyses techniques sous-jacentes sont contestables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais deux au moins doivent interpeller le chr&#233;tien : la n&#233;cessaire responsabilit&#233; des acteurs ; les dangers de l'exc&#232;s de confiance, confiance en nous ou confiance dans des m&#233;canismes. Ces deux aspects sont moralement essentiels et m&#233;riteraient plus d'attention. Notamment face aux illusions du cr&#233;dit. L'Eglise m&#233;di&#233;vale, &#224; sa fa&#231;on, l'avait compris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;D'apr&#232;s un d&#233;bat sur les colonnes de 'La Croix' auquel j'ai largement particip&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Finance, mondialisation, et &#171; guerre &#233;conomique &#187; </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Finance-mondialisation-et-guerre-economique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Finance-mondialisation-et-guerre-economique.html</guid>
		<dc:date>2010-02-27T14:39:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Morale et finance</dc:subject>
		<dc:subject>Banque</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Guerre, concurrence et comp&#233;tition &lt;br class='autobr' /&gt;
Question pr&#233;alable : peut-on parler de guerres dans les relations &#233;conomiques ? J'ai quelque r&#233;ticence sur le terme, que je voudrais expliciter. Le mot guerre a pour simplifier deux sens. D'un c&#244;t&#233; la guerre totale, clausewitzienne, celle qui est concentr&#233;e sur l'annihilation des forces de l'adversaire ; c'est par d&#233;finition un jeu &#224; somme n&#233;gative. Elle est presque toujours n&#233;gative et par l&#224; condamnable D'un autre c&#244;t&#233;, la guerre au sens de l'Europe (&#8230;)&lt;/p&gt;


-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Morale-et-finance-+.html" rel="tag"&gt;Morale et finance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Banque-+.html" rel="tag"&gt;Banque&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Guerre, concurrence et comp&#233;tition&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Question pr&#233;alable : peut-on parler de guerres dans les relations &#233;conomiques ? J'ai quelque r&#233;ticence sur le terme, que je voudrais expliciter. Le mot guerre a pour simplifier deux sens. D'un c&#244;t&#233; la guerre totale, clausewitzienne, celle qui est concentr&#233;e sur l'annihilation des forces de l'adversaire ; c'est par d&#233;finition un jeu &#224; somme n&#233;gative. Elle est presque toujours n&#233;gative et par l&#224; condamnable D'un autre c&#244;t&#233;, la guerre au sens de l'Europe classique, moyen de r&#233;soudre des tensions par l'usage de la force, de fa&#231;on proportionn&#233;e, tout autre moyen ayant &#233;chou&#233;. Malgr&#233; les destructions qu'elle produit, la guerre ainsi comprise peut dans certains cas &#234;tre l&#233;gitime, ainsi dans le cas de la juste guerre au sens catholique, visant &#224; redresser ou &#233;viter des torts qu'on ne peut traiter autrement. Mais quoiqu'il en soit, l'&#233;tat normal souhaitable de relation entre deux entit&#233;s politiques est la paix, qui implique l'absence de guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique (qu'on la regarde du point de vue des firmes ou de celui des Etats) la situation est notablement diff&#233;rente. La seule relation conflictuelle pouvant d&#233;boucher sur une destruction est la concurrence ; or elle appara&#238;t dans toute &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e au sens large (celle qu'a connue l'humanit&#233; la plupart du temps) d&#232;s qu'il y a plusieurs fournisseurs possibles et pas de monopole ou de relation oblig&#233;e avec l'un d'eux. Contrairement &#224; la guerre, c'est donc un &#233;tat a priori normal et plut&#244;t satisfaisant, puisqu'il repose sur une possibilit&#233; de choix et le d&#233;gagement de la meilleure offre. Il peut comprendre un &#233;l&#233;ment de violence, dans la mesure o&#249; un concurrent est quelqu'un qui peut vous d&#233;rober votre subsistance, ou bien un obstacle. Mais d'une part vous ne visez pas directement &#224; le d&#233;truire, lui ou ses ressources (m&#234;me si vos actions peuvent y conduire) ; en principe il a la possibilit&#233; de s'adapter ou de trouver des march&#233;s ailleurs. D'autre part, le jeu n'est en g&#233;n&#233;ral pas &#224; somme nulle : m&#234;me si l'un des comp&#233;titeurs gagne sur toute la ligne et que l'autre dispara&#238;t, il n'y a pas perte du point de vue &#233;conomique global en cela que la somme des prestations reste assur&#233;e : ce qu'il faisait, le gagnant le fait au moins aussi bien (dans la mesure du moins o&#249; il n'y a pas cr&#233;ation d'un monopole qui abuse de sa position). Certes lorsque la concurrence aboutit &#224; &#233;liminer une entreprise, une certaine violence a &#233;t&#233; exerc&#233;e ; des personnes qui travaillaient ensemble se trouvent alors dispers&#233;es et conduites &#224; trouver du travail ailleurs. Mais sauf si cela se produit de fa&#231;on particuli&#232;rement inhumaine, l'inconv&#233;nient est temporaire et on peut soutenir que &#171; normalement &#187; il y a en d&#233;finitive meilleur fonctionnement de l'&#233;conomie apr&#232;s. Du moins tant qu'on en reste au niveau des consid&#233;rations &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourquoi donc une telle diff&#233;rence entre cette situation et celle d'un pays ? C'est parce que les pays sont des entit&#233;s souveraines, disposant en droit du monopole de la violence. Entre eux il n'y a pas de moyen ultime de r&#232;glement des diff&#233;rends : si la n&#233;gociation ou l'arbitrage ne suffisent pas, la guerre est possible. Pourquoi ce monopole de la force ? Parce que le r&#244;le d'une entit&#233; politique est d'assurer un ordre, fond&#233; sur le respect de normes, qui (au del&#224; de leur moralit&#233;) ne sont accept&#233;es par les membres de cette entit&#233; politique que parce que ces membres constituent une communaut&#233;, avec ces &#233;l&#233;ments d'amiti&#233; (philia) qui la caract&#233;risent. En revanche l'entreprise n'est pas une communaut&#233; naturelle, au m&#234;me sens qu'un pays. C'est en cela une r&#233;alit&#233; d'ordre inf&#233;rieur. On pourrait objecter que Jean-Paul II reconna&#238;t &#224; l'entreprise une certaine nature de &#8216;communaut&#233;'. Mais le rapport entre ses membres est par nature volontaire, et n'a pas de droit intrins&#232;que ni m&#234;me de vocation &#224; la permanence, contrairement &#224; une communaut&#233; politique. On peut d'ailleurs y entrer ou en sortir assez librement, sans qu'il y ait en g&#233;n&#233;ral jugement moral &#224; porter sur cela. Les liens qui unissent ses membres sont plus naturellement contractuels qu'au sein d'une communaut&#233; politique, pour laquelle le contrat social est un mythe - alors qu'une entreprise en derni&#232;re analyse doit bien son origine &#224; des contrats. Cela ne veut pas dire pour autant que le lien &#233;conomique soit de pur antagonisme, ou qu'il se r&#233;duise &#224; une instrumentalisation mutuelle des partenaires : un lien commercial peut &#234;tre un lien r&#233;el, humain, ainsi celui qu'on tisse avec un client ou un fournisseur ancien, avec cr&#233;ation d'une vraie confiance et de vrais liens personnels. Mais ce n'est &#233;videment pas du m&#234;me ordre qu'une relations d'appartenance commune &#224; une communaut&#233; v&#233;ritable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'en d&#233;duit que le terme de guerre &#233;conomique ne peut &#234;tre qu'une image, sauf &#224; prouver que la brutalit&#233; des m&#233;thodes utilis&#233;es est telle qu'il s'agit d'une destruction volontaire et directe de biens sans effet positif. Mais c'est &#224; tout prendre rare. Le terme ne devient v&#233;ritablement appropri&#233; que si les effets de la comp&#233;tition sont tels qu'ils remettent en question de fa&#231;on profonde les conditions de vie d'une communaut&#233; v&#233;ritable, et cela de fa&#231;on consciente et voulue. Si on en reste au niveau des acteurs &#233;conomiques, des entreprises prises individuellement, il ne me para&#238;t pas que nous soyons de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale dans cette situation, m&#234;me si des drames personnels ou locaux se produisent &#233;videmment, et souvent ; et si bien entendu ceci n'implique pas que tous les coups soient permis, ni que tous les effets de la comp&#233;tition soient bienvenus. En revanche la question se pose lorsqu'on prend en compte l'ensemble des effets d'une situation &#233;conomique donn&#233;e et son &#233;volution dans le temps. L&#224; le jeu d&#233;brid&#233; d'une comp&#233;tition &#233;conomique sans frein ni orientation, et plus largement d'une activit&#233; &#233;conomique sans r&#233;f&#233;rence sup&#233;rieure, peut avoir des effets de grande ampleur. La violence que cela peut repr&#233;senter rend alors compr&#233;hensible l'usage du terme de guerre, m&#234;me si ceux qui en sont les principaux acteurs ne pensent pas en ces termes. Et ceci est &#224; son tour un signe : ces acteurs n'ont donc pas les crit&#232;res qui leur permettraient de situer ce qu'ils font.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les trois niveaux et la responsabilit&#233; des acteurs &#233;conomiques et financiers&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut &#233;largir cette remarque en ins&#233;rant l'activit&#233; &#233;conomique dans le contexte plus large de la soci&#233;t&#233; humaine. A mon sens il y a trois niveaux hi&#233;rarchis&#233;s &#224; consid&#233;rer : l'&#233;conomique, qui est le plus bas et le plus mat&#233;riel ; le politique, qui a en charge une certaine dimension de bien commun, celui des communaut&#233;s humaines naturelles ; et le spirituel, au moins sous sa forme naturelle, la morale : c'est bien entendu le plus haut. Chacun peut influer sur les autres. En particulier, un arbitrage au niveau &#233;conomique peut parfois &#234;tre tel qu'il produit des effets dans le champ politique, voire au niveau spirituel, et leur accumulation peut aboutir &#224; changer le sort de communaut&#233;s humaines enti&#232;res. C'est concr&#232;tement ce qui se produit actuellement avec le processus intense de concentration et d'&#233;mergence de nouveaux acteurs que comporte la mondialisation. Il y a &#224; ce niveau un r&#244;le possible des acteurs &#233;conomiques et donc une responsabilit&#233; qui d&#233;passe le champ de l'&#233;conomie et les consid&#233;rations sur le sort des entreprises ou de leurs personnels et clients. Il n'en reste pas moins que dans la plupart des cas leur responsabilit&#233; s'exerce sur un niveau de r&#233;alit&#233; certes indispensable, mais inf&#233;rieur. Car ce n'est pas leur r&#244;le de donner un sens, mais d'ordonner l'activit&#233; mat&#233;rielle en fonction de ce qui a socialement ou personnellement un sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quel peut &#234;tre ici le r&#244;le des financiers ? Il est &#224; la fois relatif et tr&#232;s important. En fait il y a deux niveaux &#224; consid&#233;rer : l'un, celui des acteurs, l'autre, celui de l'effet d'ensemble. D'un c&#244;t&#233;, s'ils fournissent les moyens des &#233;volutions et de leur acc&#233;l&#233;ration, les organismes financiers pris individuellement n'en mesurent ni ma&#238;trisent la logique ultime, contrairement &#224; une id&#233;e re&#231;ue. Menant leur activit&#233; selon des crit&#232;res de pure rentabilit&#233;, ils sont du point de vue de la soci&#233;t&#233; des outils, des acc&#233;l&#233;rateurs, des passeurs, des instruments, plus que directement des facteurs majeurs et conscients d'orientation de la soci&#233;t&#233; nationale ou internationale. Certes le r&#244;le de la finance est central si on la d&#233;finit fondamentalement comme la d&#233;termination de l'arbitrage entre risque et rendement : il ne s'agit pas purement d'amener l'argent l&#224; o&#249; l'esp&#233;rance de gain est la plus grande, mais, face &#224; la diversit&#233; des projets en pr&#233;sence, de financer ceux qui pr&#233;sentent le meilleur r&#233;sultat pour un certain risque que l'investisseur accepte d'assumer. Ce &#224; quoi s'ajoute dans un deuxi&#232;me temps d'en d&#233;terminer en permanence la valeur &#233;conomique : lorsqu'une action monte ou baisse, le cours de bourse est au fond une appr&#233;ciation port&#233;e sur l'&#233;volution dans la dur&#233;e du m&#234;me couple risque/rendement. Cela reste vrai depuis l'&#233;poque des financements de caravelles jusqu'&#224; aujourd'hui, ainsi dans toute augmentation de capital en bourse ou placement de produits d&#233;riv&#233;s complexes. Mais ce r&#244;le de centre nerveux de la finance n'en fait pas pour autant un cerveau conscient, qui choisirait consciemment pour la soci&#233;t&#233; un destin parmi ceux possibles. En effet, pour l'essentiel les op&#233;rations financi&#232;res suivent la logique des valorisations, et celle-ci d&#233;pend essentiellement de trois facteurs : la faisabilit&#233; technique et le savoir-faire des entreprises (y compris de pays diff&#233;rents) ; les priorit&#233;s de la soci&#233;t&#233; humaine concern&#233;e, qui se traduisent dans la demande finale et qui d&#233;pendent elles-m&#234;mes des valeurs collectives de cette soci&#233;t&#233; ; les r&#232;gles du jeu et possibilit&#233;s juridiques qui d&#233;pendent de l'ordonnancement public. En d'autres termes les facteurs les plus importants au niveau de la soci&#233;t&#233;, sur la dur&#233;e, outre les donn&#233;es techniques, sont bien de l'ordre du politique d'une part, des valeurs collectives de l'autre. Ce sont ces facteurs qui en derni&#232;re analyse d&#233;terminent les donn&#233;es sur lesquelles se base le financier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hi&#233;rarchie des valeurs est donc essentielle ; or elle rel&#232;ve en derni&#232;re analyse de la morale et au-dessus d'elle de la spiritualit&#233;. Mais l'importance du politique est aussi &#224; souligner : l'activit&#233; &#233;conomique et notamment celle des entreprises suppose absolument une dimension politique forte et efficace, &#224; commencer tout simplement par la s&#233;curit&#233; des transactions (juridique bien s&#251;r, mais aussi politique : comment op&#233;rer dans un pays en crise, en dehors de quelques cas particuliers ?) ; plus bien s&#251;r les lois et r&#232;glements encadrant son activit&#233;. Mais au-del&#224; m&#234;me, les d&#233;terminants essentiels de la vie d'une soci&#233;t&#233; se d&#233;cident &#224; un niveau soit politique soit pouvant relever du politique. On constate d'ailleurs que si la mondialisation a consid&#233;rablement r&#233;duit les pr&#233;tentions des Etats par rapport au r&#234;ve autarcique d'apr&#232;s guerre, leur intervention s'est par ailleurs accrue, notamment dans la redistribution de revenus, la fixation de normes, voire le bon fonctionnement des march&#233;s (la crise en cours le confirme : sans les banques centrales le syst&#232;me bancaire mondial &#233;tait mort).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu cela n'exon&#232;re pas les acteurs de la finance de leur responsabilit&#233; dans telle ou telle d&#233;cision : juger selon les normes de l'&#233;poque n'est pas une excuse si ces normes sont immorales. C'est a fortiori vrai lorsque la conduite d'op&#233;rations de grande ampleur affecte le sort de dizaines de milliers de personnes, ce qui implique qu'on puisse porter sur elles un jugement moral. Sur un autre plan, il est ind&#233;niable que la culture pr&#233;valant dans un centre financier ou dans les milieux d'affaires peut diff&#233;rer de celles pr&#233;valant par ailleurs et avoir une influence sur la soci&#233;t&#233; dans son ensemble. Et cette activit&#233; peut donc influencer aussi le champ spirituel, notamment si elle fournit des &#233;l&#233;ments de mod&#232;le culturel au sens large. Le cas se produit tout particuli&#232;rement dans des soci&#233;t&#233;s comme les n&#244;tres qui ont pos&#233; en principe la priorit&#233; &#224; la richesse mat&#233;rielle, et l'absence de valeurs morales ou esth&#233;tiques communes autres que des r&#232;gles du jeu, baptis&#233;es droits de l'homme. Dans un tel cas la puissance de la finance p&#232;se de fa&#231;on disproportionn&#233;e sur la culture collective. De ce fait les financiers eux-m&#234;mes prennent leurs d&#233;cisions, individuelles ou collectives, dans un contexte o&#249; les r&#233;f&#233;rences autres que mat&#233;rielles n'ont normalement pas droit de cit&#233; (hormis bien s&#251;r les &#233;l&#233;ments de tabou &#8216;politiquement correct' qui mettent ici ou l&#224; des interdits plus ou moins irrationnels). Sur ce plan, la diff&#233;rence est grande par rapport aux soci&#233;t&#233;s chr&#233;tiennes du pass&#233; o&#249; la r&#233;f&#233;rence &#224; la moralit&#233;, l'&#233;quit&#233;, l'honn&#234;tet&#233; dans la conduite des affaires ne pouvaient &#234;tre balay&#233;es d'un d&#233;bat, quelle que soit par ailleurs la sinc&#233;rit&#233; des acteurs en pr&#233;sence sur ces points. On peut d'ailleurs trouver la trace de ceci en amont, dans n'importe quel manuel d'&#233;conomie politique, qui tous posent le syst&#232;me de valeurs, inclus dans les pr&#233;f&#233;rences des acteurs &#233;conomiques, comme une donn&#233;e ext&#233;rieure, alors m&#234;me qu'on ne peut comprendre une soci&#233;t&#233; et donc une &#233;conomie sans le respect d'un minimum de r&#232;gles de conduite morale et sans des priorit&#233;s qui seules les animent. Concr&#232;tement en outre, le d&#233;ploiement devant la soci&#233;t&#233; des profits du syst&#232;me financier y propage la soif du lucre comme moyen de prestige et de pouvoir ; et une pr&#233;occupation exclusive du profit imm&#233;diat r&#233;pand une immoralit&#233; ordinaire, doubl&#233;e d'une obsession par le seul court terme. Mais m&#234;me dans ces cas il faut bien voir qu'il n'y a pas une soci&#233;t&#233; raisonnablement vertueuse qui fait face &#224; une m&#233;chante finance qui la pervertirait du dehors : en allant au bout de sa rationalit&#233; la finance met en fait en &#339;uvre les pr&#233;misses pos&#233;es par la soci&#233;t&#233;, m&#234;me si celle-ci se dit ensuite toute surprise d'en voir les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu ceci conduit &#224; souligner l'&#233;tranget&#233; de la hi&#233;rarchie des normes qui caract&#233;rise notre soci&#233;t&#233; : l'&#233;conomique qui devrait &#234;tre &#224; la base de la pyramide en est la t&#234;te, alors que le spirituel qui devrait occuper cette position, se trouve rel&#233;gu&#233; au niveau des donn&#233;es priv&#233;es ; il y a donc comme un sablier invers&#233;, ou une pyramide plac&#233;e sur sa pointe. Mais n'est-ce pas la r&#233;sultante de ce trait essentiel de la modernit&#233;, qu'est sa volont&#233; de neutralit&#233; sur les fins et hi&#233;rarchies de valeurs ultimes, qui aboutit en d&#233;finitive &#224; privil&#233;gier les donn&#233;es mat&#233;rielles, qui sont alors les plus objectives, les seules &#224; subsister comme point de r&#233;f&#233;rence commun ? Soif d&#233;mentielle du lucre des uns, maintien obstin&#233; et stupide des avantages acquis des autres, passion h&#233;doniste de tous subsistent alors seuls comme r&#233;f&#233;rences dans le jeu social. Mais cela ne r&#233;sulte pas d'une sorte de mal&#233;diction qui p&#232;serait sur l'activit&#233; &#233;conomique : cela veut dire qu'elle n'est pas &#224; sa place, parce que le reste ne joue pas son r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Banque et finance dans la comp&#233;tition &#233;conomique mondiale&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les banques comme entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en d&#233;duire dans la pratique de nos soci&#233;t&#233;s ainsi constitu&#233;es, et notamment en regard de note probl&#233;matique de &#8216;guerre', ou de concurrence ? Concr&#232;tement, les banques au sens large sont &#224; consid&#233;rer sous deux aspects : comme entreprises parmi d'autres, ou comme acteurs centraux dans le processus &#233;conomique. Comme entreprises, un exemple nous est fourni par ce qui vient arriver &#224; ABN-AMRO. C'&#233;tait la plus grande et le plus connue des banques n&#233;erlandaises, avec une pr&#233;sence internationale forte. Elle vient de faire l'objet d'une OPA hostile et va &#234;tre d&#233;coup&#233;e et distribu&#233;e entre trois banques, Royal Bank of Scotland, Santander l'espagnole, et Fortis sa compatriote. Qu'en dire ? D'un c&#244;t&#233;, on peut juger ce processus violemment darwinien : les acheteurs ont propos&#233; aux actionnaires d'ABN-AMRO un prix qui &#233;tait sensiblement plus &#233;lev&#233; que sa cotation en Bourse, et les actionnaires ont d&#232;s lors approuv&#233; la vente et apport&#233; leurs titres. Comment est-ce possible ? En d&#233;finitive c'est parce que, aux yeux des parties prenantes, ce que les trois acqu&#233;reurs pouvaient faire avec les actifs d'ABN-AMRO &#171; vaut plus &#187; que ne le pouvait la banque ABN-AMRO si elle restait unie, au vu de sa performance pass&#233;e ou de la nature de ces actifs ; c'est-&#224;-dire peut produire plus, tel que mesur&#233; financi&#232;rement - mais en &#233;conomie &#224; la fin tout se chiffre en argent. Certains en sont choqu&#233;s. Mais au fait, en quoi une entit&#233; comme ABN- AMRO aurait-elle un droit &#224; l'&#233;ternit&#233; ? D'un c&#244;t&#233; elle ne se distinguait pas par sa nature de ceux qui l'on achet&#233;e. D'un autre c&#244;t&#233;, m&#234;me en consid&#233;rant l'entreprise comme communaut&#233; imparfaite et transitoire, qu'y avait-il dans un tel conglom&#233;rat qui cr&#233;ait un vrai rapport de communaut&#233;, entre notamment ses filiales &#233;trang&#232;res, italienne, am&#233;ricaine et br&#233;silienne pour ne citer que les plus importantes ? Nous tendons personnellement &#224; penser qu'il s'agit ici d'un registre neutre, celui o&#249; saint Thomas situait la plupart des op&#233;rations commerciales : le fait d'op&#233;rer un arbitrage dans l'utilisation de ressources mat&#233;rielles est en soi ni bon, ni mauvais, ceci &#233;videmment sans pr&#233;juger de la mani&#232;re dont l'op&#233;ration est ex&#233;cut&#233;e ou des intentions qui animent les uns ou les autres. Mais m&#234;me sous ce dernier angle, on ne peut par exemple pas consid&#233;rer &#224; priori que le fait de licencier des gens est immoral : cela peut &#234;tre justifi&#233; sauf &#224; consid&#233;rer qu'il y a un droit ind&#233;fini &#224; chacun de garder le premier emploi qu'il trouve, m&#234;me s'il devient inutile. En bref &#224; nouveau il n'y a pas de droit &#224; la subsistance perp&#233;tuelle pour des structures &#233;conomiques ; le jugement &#224; porter sur leur redimensionnement ou disparition d&#233;pend de ce qui vient apr&#232;s d'une part, de la mani&#232;re dont la transition est op&#233;r&#233;e d'autre part. Naturellement le point de vue de la communaut&#233; politique n&#233;erlandaise peut &#234;tre diff&#233;rent. Mais il faut alors appr&#233;cier les cons&#233;quences pour elle du d&#233;membrement, et le co&#251;t d'un sauvetage en l'&#233;tat : doit-on sauvegarder tous les conglom&#233;rats du pays ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci nous conduit &#224; souligner le deuxi&#232;me aspect du r&#244;le des banques au sens large, qui est celui des &#171; banques d'affaires &#187; qu'on appelle d&#233;sormais &#171; banques d'investissement &#187;. M&#234;me si dans beaucoup de pays elles sont int&#233;gr&#233;es dans une structure plus large de &#171; banque universelle &#187;, leur r&#244;le est tr&#232;s diff&#233;rent de la banque classique, &#171; banque de r&#233;seau &#187;. En tant que sp&#233;cialistes et animatrices du march&#233; financier, elles jouent un r&#244;le essentiel dans le fonctionnement m&#234;me de ce march&#233;, et donc dans son r&#244;le permanent d'&#233;valuation des valeurs et de r&#233;allocation des ressources. Encore une fois ici aussi c'est une fonction en soi neutre, car il s'agit d'une forme d'optimalisation de l'usage des ressources mat&#233;rielles ; une partie de l'arbitrage dans l'utilisation des ressources qui est la fonction de la finance. En soi ceci est utile, m&#234;me si cela peut prendre des formes contestables. Mais en m&#234;me temps bien s&#251;r elles ont un r&#244;le particuli&#232;rement structurant car elles agissent sur des entreprises, lesquelles constituent au sens pr&#233;c&#233;dent (limit&#233;) des communaut&#233;s temporaires. Ce qui implique une signification et une responsabilit&#233; particuli&#232;re de ces activit&#233;s. Soit sous l'angle des acteurs eux-m&#234;mes (les banques d'investissement), dont les dirigeants et cadres sont responsables moralement de leurs actes dans l'optique catholique et doivent tenir compte dans leur action de ce qui repr&#233;sente un bien ou mal r&#233;el, fonction des effets de l'op&#233;ration envisag&#233;e et de la mani&#232;re dont elle est men&#233;e. Soit sous l'angle du bien commun, qui incombe &#224; l'Etat, et qui est impact&#233; si les op&#233;rations en question prennent une ampleur particuli&#232;re pour la communaut&#233; politique concern&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les acteurs dominants&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions dans la finance peuvent avoir des effets majeurs sur la structure m&#234;me de l'&#233;conomie mondiale. On l'a dit, on note ici l'&#233;mergence d'acteurs mondiaux dont l'influence est de plus en plus importante. Ceci ne concerne pas tant la banque de d&#233;tails (particuliers et PME) que la banque de gros, et notamment la banque d'investissement et de march&#233;. A &#233;merg&#233; sur ce plan un petit groupe d'acteurs essentiellement am&#233;ricains (Goldman Sachs, Merrill Lynch, Morgan Stanley, Citi, JP Morgan etc.), ou de culture am&#233;ricaine (UBS, Deutsche Bank) suivis d'acteurs un peu moins centraux mais importants ici ou l&#224; (dont les fran&#231;ais BNPP, Soci&#233;t&#233; g&#233;n&#233;rale, Calyon etc.). Ce fait est d'autant plus important que, au niveau mondial, le march&#233; financier a aujourd'hui un r&#244;le central, accentu&#233; par l'absence d'autre mode de r&#233;gulation puisqu'il n'y a pas d'autorit&#233; politique &#224; ce niveau, encore moins d'autorit&#233; morale. Or le fait pour un pays de disposer d'acteurs significatifs dans ces domaines, et/ou d'une place financi&#232;re, est un enjeu important. Et il n'y a qu'une poign&#233;e de telles places : New York, Londres, suivis par quelques places plus secondaires, comme Francfort, Tokyo ou Paris. Au niveau des pays &#233;mergents, la mont&#233;e de la Chine est ici aussi spectaculaire. Si elle reste encore &#224; ce stade au deuxi&#232;me ou troisi&#232;me rang, elle compte des g&#233;ants en termes de capitalisation boursi&#232;re (m&#234;me si on peut douter de la solidit&#233; de leurs chiffres). La pr&#233;pond&#233;rance ainsi manifeste des entit&#233;s d'origine ou de culture am&#233;ricaine est &#224; noter : m&#234;me si elles se veulent mondiales, et le deviennent d'ailleurs dans leur activit&#233; &#233;tal&#233;es sur les trois zones Am&#233;rique, Europe et Asie orientale, et si elles tendent &#224; moins d&#233;pendre de la partie am&#233;ricaine au sens g&#233;ographique, leur culture et leurs r&#233;f&#233;rences sont et resteront &#224; vue humaine massivement am&#233;ricaines. Ceci est un point tr&#232;s important pour la structuration de l'&#233;conomie de demain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ce qui a &#233;t&#233; dit plus haut sur la question des valeurs morales et spirituelles, on voit ici confirmation de l'importance centrale de l'insertion nationale et culturelle des entit&#233;s financi&#232;res. La supr&#233;matie am&#233;ricaine ici &#233;vidente n'a d'&#233;quivalent que dans le domaine militaire (et quelques autres champs notamment en informatique). Ceci dit, comme la puissance militaire, elle rencontre toutefois aussi ses limites. Outre que les firmes recherchent leur int&#233;r&#234;t propre et pas n&#233;cessairement celui des Etats-Unis comme pays, elles restent par leur m&#233;tier m&#234;me tr&#232;s sensibles &#224; l'environnement et notamment au march&#233;. Si leur puissance et plus g&#233;n&#233;ralement celle du march&#233; financier est telle qu'elle exclut pour un pays toute forme d'immunit&#233; &#224; son &#233;gard, du type de ce qu'on connaissait apr&#232;s guerre, elle ne laisse pas totalement d&#233;munis les gouvernements, &#224; condition qu'ils apprennent &#224; jouer avec la situation. Ceci dit il est ind&#233;niable que la puissance de ces acteurs, et celle du march&#233; qu'ils animent, domin&#233;e par une &#171; culture &#187; bien sp&#233;cifique, orient&#233;e vers le court terme, tr&#232;s r&#233;active, plut&#244;t brutale, mais extr&#234;mement souple et adaptable, et par l&#224; construite pour arbitrer efficacement dans son champ, induit une certaine orientation de l'&#233;conomie et par l&#224; de la soci&#233;t&#233;, une certaine d&#233;termination de la mondialisation, d'autant que celle-ci est par ailleurs sans centre ni r&#233;gulation nette. Cela peut conduire &#224; pr&#233;cipiter certaines &#233;volutions. Mais l&#224; encore cela ne cr&#233;e pas cette mondialisation elle-m&#234;me, ni ses dominantes de valeurs ou de pouvoirs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Perspectives&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il alors se rebeller et couper les ponts ? Je ne pense pas que cela soit dans les cartes. L'avantage mat&#233;riel conf&#233;r&#233; &#224; ceux qui entrent dans le jeu de la mondialisation est tel qu'on voit mal comment s'en isoler totalement. En revanche ma conviction est que le jeu d'un march&#233; d&#233;pend d'abord de la culture qui anime ses participants, en un mot de leurs valeurs au sens large. Si une population est totalement impr&#233;gn&#233;e de valeurs mat&#233;rialistes, elle n'a pas de prise contre la forme de finance que nous avons d&#233;crite, car celle-ci est bien plus adapt&#233;e qu'elle &#224; la r&#233;alit&#233; : face &#224; de telles forces, objectivement adapt&#233;es &#224; leur r&#244;le, les poujadismes et corporatismes divers sont d&#233;risoires. En d'autres termes, rien ne sert de nier la r&#233;alit&#233; ou m&#234;me d'ne abandonner le contr&#244;le par principe. C'est en affirmant d'autre mani&#232;res de juger et de hi&#233;rarchiser qu'on peut faire &#233;voluer les choses en profondeur (en revenant au troisi&#232;me niveau expos&#233; ci-dessus, spirituel, le plus important) tout en accompagnant cette &#233;volution id&#233;ale au niveau politique et &#233;conomique par une action r&#233;solue tenant compte des enjeux de l'&#233;poque et de ses leviers, et parmi eux, la finance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est donc un jeu lucide et complexe, prudentiel au sens traditionnel du terme, qu'il faut jouer, consistant &#224; la fois &#224; agir quand il faut dans le champ financier (ce qui veut notamment dire que, pour un pays important, abandonner l'ambition d'&#234;tre un centre financier majeur, c'est se rel&#233;guer au second rang) et &#224; accr&#233;diter des mod&#232;les diff&#233;rents, s'ils sont suffisamment ancr&#233;s dans la population. &lt;br class='autobr' /&gt;
On retrouvera alors le principe premier : pas de changement r&#233;el sans conversion. Mais &#224; d&#233;faut, ou dans cette attente, on ne peut que jouer de la fa&#231;on la plus intelligente possible, dans le respect des principes essentiels, tels les premiers chr&#233;tiens pris dans la logique de l'empire romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;F&#233;vrier 2008&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initialement dans Catholica)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
