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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Mati&#232;res premi&#232;res, finance et d&#233;veloppement durable </title>
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		<dc:date>2013-07-23T13:01:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Mati&#232;res premi&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement durable</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quand les cours des mati&#232;res premi&#232;res flambent la r&#233;action est imm&#233;diate. On s'indigne de ces fluctuations dangereuses et irresponsables. On d&#233;nonce une sp&#233;culation qui alimente les &#233;meutes de la faim. On pointe du doigt la finance corruptrice ; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le sujet est effectivement grave. Mais il m&#233;rite mieux que des impr&#233;cations. En r&#233;alit&#233; m&#234;me il y a deux sujets : la gestion &#224; long terme des ressources rares, et l'organisation des march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res ainsi que des d&#233;riv&#233;s correspondants. Tous deux sont essentiels mais c'est le second que j'aborderai ici. En fait ces march&#233;s sont indispensables. Mais c'est justement pour cela qu'ils m&#233;riteraient une r&#233;forme de grande ampleur, et au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Matieres-premieres-+.html" rel="tag"&gt;Mati&#232;res premi&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-durable-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement durable&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Tous les m&#233;dias le disent. La hausse des prix des mati&#232;res premi&#232;res peut &#234;tre dramatique. Les prix fluctuent alors de mani&#232;re aberrante. Les &#233;meutes de la faim, attis&#233;es par la sp&#233;culation, se d&#233;veloppent. L'intervention muscl&#233;e du politique se fait attendre. Que fait le G20 ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme &#224; l'accoutum&#233;e le vrai et le faux se m&#234;lent, transformant un dossier extraordinairement complexe en un feuilleton facile - qui attend son Zorro.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant l'inqui&#233;tude est fond&#233;e, et la demande politique aussi. Encore faut-il voir de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De vrais march&#233;s pour les mati&#232;res premi&#232;res&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Les mati&#232;res premi&#232;res, m&#234;me renouvelables comme les produits agricoles, ne sont pas in&#233;puisables. Notre &#233;poque a pris conscience d'un imp&#233;ratif vital : le d&#233;veloppement durable. Les mati&#232;res premi&#232;res &#233;tant des ressources rares, &#224; g&#233;rer au mieux, leur prix ne peut que monter sur la longue dur&#233;e. Le p&#233;trole vient le rappeler &#224; intervalle r&#233;gulier, mais il n'est pas le seul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La hausse des prix sur la dur&#233;e s'av&#232;re alors une incitation indispensable au d&#233;veloppement de la production et &#224; une meilleure gestion de la ressource ; elle seule rend rentables des techniques co&#251;teuses mais indispensables. Elle peut &#234;tre accentu&#233;e par des r&#232;gles publiques ou une fiscalit&#233; sp&#233;cifique visant &#224; limiter la consommation ou &#224; favoriser les investissements et la recherche technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, la gestion sur la dur&#233;e longue est une chose, l'ajustement de l'offre et de la demande une autre. Celle-ci suppose un march&#233;. La volatilit&#233; des prix sur le march&#233; est-elle excessive ? Oui &#8230; mais elle a toujours exist&#233; : historiquement, elle est mise en &#233;vidence au moins depuis le XIe si&#232;cle. L'ajustement de l'offre et de la demande n'est pas facile quand mauvaises r&#233;coltes, intemp&#233;ries, sinistres ou &#233;v&#233;nements politiques interviennent sans cesse. Rappelons-nous simplement les chocs p&#233;troliers, les d&#233;bats hom&#233;riques des ann&#233;es 70 sur le cours du cuivre ou consid&#233;rons le cas actuel de la C&#244;te d'Ivoire avec le cacao.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faudrait-il supprimer ces march&#233;s ? Non, ou plut&#244;t cette id&#233;e est litt&#233;ralement absurde. Les mati&#232;res premi&#232;res sont produites partout sur la plan&#232;te, consomm&#233;es partout, et sont particuli&#232;rement transportables et fongibles. Chacun, chaque pays peut donc vouloir les vendre ou les acheter, en recherchant les meilleures opportunit&#233;s. Bien s&#251;r il y a des cas o&#249; soit la production soit l'importation peuvent l&#233;gitimement &#234;tre restreints par des d&#233;cisions publiques ; mais au niveau d'ensemble, les producteurs comme les consommateurs ont besoin d'une perspective la plus large possible sur les opportunit&#233;s offertes, et au moins que cette possibilit&#233; leur soit ouverte. Donc d'un acc&#232;s &#224; des &#233;changes au niveau mondial.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et la gestion de ces ressources suppose aussi cette possibilit&#233;. On ne d&#233;veloppe des ressources que pour pouvoir les faire fructifier, et donc si on dispose d'un march&#233;. Les alternatives sont soit un repli g&#233;n&#233;ralis&#233; de chaque pays sur lui-m&#234;me, qui est en fait un &#233;norme gaspillage de ressources, soit une utopie &#233;tatiste mondiale - qui est non seulement irr&#233;aliste, mais kafka&#239;enne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Faut-il se r&#233;signer aux march&#233;s actuels et &#224; leurs imperfections ? Non, &#224; nouveau. Il y a march&#233; et march&#233;, des march&#233;s opaques ou manipul&#233;s, et des march&#233;s lisibles, transparents et r&#233;gul&#233;s. Au minimum la question est d'abord celle des mati&#232;res premi&#232;res elles-m&#234;mes : combien en produit-on ? o&#249; ? avec quelles pr&#233;visions ? Quelle est la demande etc. ? Difficile et technique, le sujet est consid&#233;rablement compliqu&#233; par une dimension politique extr&#234;mement pr&#233;gnante. C'est cette question de la transparence des march&#233;s et de l'acc&#232;s de tous &#224; l'information et aux transactions qui est prioritaire, acc&#232;s qui, sur les march&#233;s physiques n'est que la p&#226;le ombre de celui exig&#233; sur les march&#233;s financiers. Il en est de m&#234;me de la surveillance et de la lutte contre les manipulations. Ensuite dans un deuxi&#232;me temps il faut appliquer les m&#234;mes r&#232;gles aux march&#233;s d&#233;riv&#233;s, m&#234;me s'ils sont un peu moins opaques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes on a besoin, au niveau international, d'une r&#233;gulation d'ensemble pour avoir autant que possible des march&#233;s dignes de ce nom : transparents, inform&#233;s, accessibles, non manipul&#233;s, capables de r&#233;aliser l'&#233;quilibre de l'offre et de la demande telle qu'on peut la conna&#238;tre au mieux &#224; chaque instant tout en int&#233;grant ce qu'on peut savoir de l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et la finance ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Mais, dira-t-on, tout cela n'est-il pas perverti par l'irruption de la finance ? Les horribles financiers ! D&#233;noncer leurs errements est bien pratique. Les accuser d'acc&#233;l&#233;rer les fluctuations l'est tout autant, voire de les cr&#233;er. Ces fameux d&#233;riv&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res ! Ces hedge funds manipulateurs ! A en croire certains, il suffit de les r&#233;guler, et voil&#224; ramen&#233; l'ordre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce serait pourtant une lourde erreur. La cause principale des irr&#233;gularit&#233;s du march&#233; n'&#233;tant pas l&#224;, on fuirait devant une de nos responsabilit&#233;s historiques les plus urgentes : la gestion collective, transparente, sur longue dur&#233;e, des mati&#232;res premi&#232;res elles-m&#234;mes, et la r&#233;forme de leurs march&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit la question subsiste. L'irruption de la finance notamment sur les march&#233;s de d&#233;riv&#233;s doit &#234;tre surveill&#233;e de pr&#232;s, et trait&#233;e. De m&#234;mel'intervention de sp&#233;culateurs. Qu'ils amplifient les mouvements, au moins dans une s&#233;rie de cas, c'est probable. Observons quand m&#234;me qu'un march&#233; particuli&#232;rement volatile comme celui du riz n'est quasiment pas financiaris&#233;. Observons &#233;galement que pour l'heure les travaux scientifiques, peu complaisants pour les financiers, peinent &#224; &#233;tablir cette amplification. D'autres &#233;l&#233;ments montrent m&#234;me que sans les financiers, beaucoup de besoins de couverture exprim&#233;s par des acteurs industriels ou agricoles ne seraient pas satisfaits, faute de contreparties. Ici comme ailleurs la finance est consubstantielle au d&#233;veloppement &#233;conomique, et l'un des enjeux de la r&#233;gulation est qu'elle intervienne &#224; bon escient. C'est particuli&#232;rement vrai en ce qui concerne les d&#233;riv&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res : c'est peut-&#234;tre l'int&#233;r&#234;t de l'attention qui leur est d&#233;sormais port&#233;e que de souligner l'importance, ici aussi, des rouages financiers. Bien r&#233;gul&#233;s, pas sauvages.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le besoin de r&#233;gulation ne fait donc pas de doute : d'ailleurs, m&#234;me si elle n'est que marginale, toute r&#233;duction de la volatilit&#233;, de l'opacit&#233;, et donc de l'incertitude, est un objectif indiscutable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pistes pour la r&#233;forme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Quels axes suivre alors ? Deux sont prioritaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier concerne le march&#233; physique. Malgr&#233; la puissance des moyens &#224; notre disposition, l'information de base reste trop souvent lacunaire. La hausse des prix du bl&#233; n'aurait sans doute pas eu lieu il y a trois ans dans les m&#234;mes proportions si, face aux inqui&#233;tudes n&#233;es des incendies russes, on avait eu une connaissance suffisante des pr&#233;visions de production des autres zones g&#233;ographiques et de l'&#233;tat des stocks. Le sujet est toutefois loin d'&#234;tre simple : beaucoup d'informations ont un caract&#232;re strat&#233;gique pour les op&#233;rateurs&#8230;et pour les Etats. Conna&#238;tre le niveau de l'offre et de la demande agricoles en Chine est d&#233;cisif pour l'appr&#233;ciation des &#233;quilibres mondiaux ; on en est loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second axe de r&#233;gulation concerne les d&#233;riv&#233;s. Les r&#233;gulateurs des march&#233;s doivent d&#233;velopper une connaissance de ces march&#233;s qui, sauf aux Etats-Unis, ont longtemps &#233;t&#233; &#224; la p&#233;riph&#233;rie de leur champ d'action, sinon franchement n&#233;glig&#233;s. En pratique d'ailleurs, la surveillance de ces march&#233;s n'a &#233;t&#233; en g&#233;n&#233;rale op&#233;r&#233;e qu'au travers de la surveillance des &#233;tablissements financiers, plac&#233;s eux dans un cadre strict alors qu'ils n'en sont pas les principaux acteurs. C'est donc en donnant aux r&#233;gulateurs les moyens d'une meilleure connaissance de ces march&#233;s, de leurs intervenants et des interactions qui s'y produisent avec les march&#233;s physiques, que des initiatives de r&#233;gulation ad&#233;quates pourront &#234;tre prises (compensation, organisation du march&#233;, etc.). Le cas &#233;ch&#233;ant en limitant l'intervention de certaines cat&#233;gories d'acteurs reconnus d&#233;stabilisateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'un et l'autre conduisent &#224; progressivement &#233;laborer cette autorit&#233; &#224; niveau mondial qu'&#233;voque Beno&#238;t XVI dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Qui n'est pas un super-Etat utopique ; mais un nom d'ensemble pour la prise en charge commune de besoins concrets, &#224; traduire pragmatiquement dans chacun des champs o&#249; le besoin appara&#238;t crucial. Or la question des mati&#232;res premi&#232;res nous concerne tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les impr&#233;cations sont en revanche peu utiles face &#224; des r&#233;alit&#233;s aussi complexes et r&#233;sistantes, mettant en jeu des int&#233;r&#234;ts politiques et &#233;conomiques &#233;normes. La mobilisation doit &#234;tre mondiale, initi&#233;e par une volont&#233; politique puissante. Cela risque d'&#234;tre plus dur encore que le r&#233;chauffement climatique &#8230;Ce n'est pas une raison pour ne pas s'y mettre, et vite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Version enrichie d'une tribune parue sur Le Cercle-les Echos.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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