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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Violence, religions et la&#239;cit&#233;</title>
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		<dc:date>2015-11-23T10:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Monoth&#233;isme et violence</dc:subject>
		<dc:subject>La&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Violence</dc:subject>
		<dc:subject>Violence et religion</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;A la suite des terribles &#233;v&#232;nements qui ont frapp&#233; la France en novembre le th&#232;me de la la&#239;cit&#233; est de nouveau mis en avant. Les religions sont coupables. Toutes. Plus on les refoulera dans l'espace priv&#233;, et plus l'espace public sera neutre, moins on aura de violence. Les intellectuels ne sont pas en reste dans la d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on manquer &#224; ce point de sens historique ? Et m&#234;me d'un regard lucide sur le monde actuel ? D'abord l'essentiel de la violence intol&#233;rante, depuis trois si&#232;cles, est le fait de doctrines politiques, essentiellement la&#239;ques et antireligieuses. Ensuite, de m&#234;me qu'il y a des conceptions politiques bonnes ou mauvaises, les religions ne sont pas semblables &#8211; notamment en regard de la violence et de l'intol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;A la suite des terribles &#233;v&#232;nements qui ont frapp&#233; la France en novembre le th&#232;me de la la&#239;cit&#233; est de nouveau mis en avant. Les religions sont coupables. Toutes. Plus on les refoulera dans l'espace priv&#233;, et plus l'espace public sera neutre, moins on aura de violence. Les intellectuels ne sont pas en reste dans la d&#233;nonciation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment peut-on manquer &#224; ce point de sens historique ? Et m&#234;me d'un regard un tant soit peu lucide sur le monde actuel ? Ils nous rappelleraient deux faits fondamentaux. D'abord que l'essentiel de la violence, et notamment de la violence intol&#233;rante, depuis trois si&#232;cles, est le fait de doctrines politiques, et plus particuli&#232;rement de doctrines la&#239;ques et antireligieuses. Ensuite que de m&#234;me qu'il y a des conceptions politiques bonnes ou mauvaises, dangereuses ou utiles, les religions ne sont pas semblables &#8211; notamment en regard de la violence et de l'intol&#233;rance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons donc les faits. Depuis 1789 le monde a connu une consid&#233;rable acc&#233;l&#233;ration et intensification de la violence collective. Sur le plan militaire avec la conscription qui a conduit &#224; la mobilisation pour la guerre de millions puis de dizaines de millions de personnes, pour continuer avec le massacre en masse des civils - qui a culmin&#233; avec les bombardements de la seconde guerre mondiale, notamment par les Alli&#233;s, mais qui continue trop souvent &#224; caract&#233;riser la guerre moderne. D&#233;sormais on pourrait presque dire dans bien des cas que les civils constituent la principale cible de l'action guerri&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan politique ensuite avec les effroyables massacres de la R&#233;volution fran&#231;aise d'abord, que suivront les autres r&#233;volutions, notamment mexicaine, russe et chinoise ; sans parler des g&#233;nocides nazis. Tant par le nombre des victimes que par la syst&#233;maticit&#233; de ces massacres, ils sont sans pr&#233;c&#233;dent, en valeur absolue comme en valeur relative. Le nombre total des victimes d&#233;passe all&#233;grement les centaines de millions. Toutes ces r&#233;volutions et analogues &#233;taient en outre de fa&#231;on caract&#233;ristique violemment antireligieuses et notamment antichr&#233;tiennes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles sont les violences religieuses comparables sur la p&#233;riode ? En comparaison avec ce qui a &#233;t&#233; cit&#233;, elles sont presque n&#233;gligeables. Les seules un peu significatives sont les g&#233;nocides arm&#233;nien et chald&#233;en, aux mains des Jeunes Turcs pendant la premi&#232;re guerre mondiale. Mais on le reverra, l'Islam est &#224; part - et &#224; c&#244;t&#233; des la&#239;cs, il reste petit bras. Du c&#244;t&#233; des autres religions, rien de significatif. C&#244;t&#233; chr&#233;tien, c'est essentiellement c&#244;t&#233; victime que cette religion appara&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons maintenant le monde actuel. Le ph&#233;nom&#232;ne de l'islamisme saute aux yeux. Mais hors Islam, o&#249; est cette r&#233;surgence g&#233;n&#233;rale du fanatisme et de la violence religieuse que l'on d&#233;nonce ici ou l&#224; ? Ne parlons pas des cas o&#249; l'appartenance religieuse est un pur vocabulaire, d&#233;signant des appartenances nationales ou r&#233;gionales, comme en Irlande du Nord ou en Yougoslavie. Du c&#244;t&#233; des chr&#233;tiens, depuis fort longtemps, on ne peut citer aucun cas o&#249; ils soient fauteurs de violence religieuse ; et un tr&#232;s grand nombre o&#249; ils sont pers&#233;cut&#233;s comme tels, en g&#233;n&#233;ral par un pouvoir la&#239;que ou musulman. Pers&#233;cut&#233;s souvent, pers&#233;cuteurs jamais ou presque, les chr&#233;tiens sont clairement &#224; part. Pas beaucoup non plus de pers&#233;cutions par des bouddhistes, sauf ponctuellement &#224; l'&#233;gard de musulmans en Birmanie et en Tha&#239;lande, mais ce sont des ethnies allog&#232;nes et le facteur x&#233;nophobe est central. Les juifs religieux extr&#233;mistes sont un ph&#233;nom&#232;ne limit&#233; mais r&#233;el ; ceci dit la question des rapports isra&#233;lo-palestiniens les d&#233;passe massivement. Plus pr&#233;occupant est en Inde l'&#233;mergence d'un hindouisme extr&#233;miste et agressif, dont la violence frappe musulmans et chr&#233;tiens. Mais l&#224; aussi la composante nationaliste est essentielle. Tout ceci est tr&#232;s regrettable mais compar&#233; avec les autres causes de violence ce n'est qu'en facteur relativement mineur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait et de tr&#232;s loin le ph&#233;nom&#232;ne de la violence religieuse &#224; notre &#233;poque se relie directement &#224; l'Islam ou une forme d'islam. C'est &#233;vident avec le terrorisme, Daech, al Qaida et tous leurs avatars. Mais c'est vrai aussi dans une grande partie du monde musulman et sur ses franges, du Mali &#224; l'Indon&#233;sie. Je l'ai rappel&#233; ailleurs avec beaucoup d'autres : il y a une sp&#233;cificit&#233; du rapport historique de l'Islam avec la violence et la guerre. Bien s&#251;r les tenants d'autres religions ont pu &#234;tre coupables de violences significatives &#224; certaines &#233;poques (chr&#233;tiens compris comme on sait). Mais seul l'Islam a dans ses r&#233;f&#233;rences constitutives, Coran, had&#238;ths et vie du Proph&#232;te, une relation avec la guerre et la conqu&#234;te violente qui est unique. Cette g&#233;n&#233;tique ne s'active que chez certains et &#224; certains moment, mais elle est constitutive. Et d'ailleurs la grande majorit&#233; des pays aujourd'hui musulmans le sont par suite d'une conqu&#234;te militaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, la majorit&#233; paisible n'y a pas fait l'effort de d&#233;ployer les ressources intellectuelles qui lui permettraient de d&#233;finir un Islam clairement d&#233;gag&#233; de ces r&#233;f&#233;rences conqu&#233;rantes, avec toute la r&#233;vision des postulats fondamentaux que cela suppose (litt&#233;ralit&#233; du Coran, exemplarit&#233; du proph&#232;te, s&#233;lection des hadiths etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Malgr&#233; ces faits patents et connus, le parti-pris occidental dominant, par masochisme, antichristianisme, paresse, ou - surtout - par une conception malsaine de la la&#239;cit&#233;, est de mettre &#224; priori toutes les religions sur le m&#234;me plan. Pourtant le proph&#232;te Muhammad a pass&#233; une bonne partie de sa vie le sabre &#224; la main, tandis que c'est inimaginable pour le Christ, le Bouddha et bien d'autres. Faire une telle distinction n'est pas qu'une question intellectuelle. Le parti m&#234;me de la la&#239;cit&#233;, c'est de traiter de fa&#231;on semblable des situations dissemblables. Ce faisant, on est conduit soit &#224; n&#233;gliger la question sp&#233;cifique de l'isl&#226;m et &#224; ne pas poser aux musulmans bien intentionn&#233;s les questions qu'on doit leur poser ; soit &#224; refouler tout le religieux dans une r&#233;probation g&#233;n&#233;rale, et il ne faut pas s'&#233;tonner qu'on rompe alors le fil du dialogue avec lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe donc et fa&#231;on vitale de faire les distinctions n&#233;cessaires. Les doctrines ou croyances, qu'elles soient religieuses, philosophiques ou politiques, ne sont pas &#233;gales. Par respect de la personne et de ses droits, ou par tol&#233;rance pratique, il n'y a &#233;videmment pas lieu d'intervenir lorsqu'une de ces conceptions ne trouble pas la vie commune. En revanche quand il s'av&#232;re qu'il y a chez l'une d'elle des points pr&#233;sentant des risques r&#233;els, on ne saurait r&#233;pondre &#224; la question par la neutralit&#233; la&#239;que. Car dans la pratique soit celle-ci va rester tol&#233;rante et elle laissera les tendances nocives prolif&#233;rer ; soit elle frappera de fa&#231;on discrimin&#233;e et injuste d'autres conceptions, inoffensives, ou m&#234;me franchement utiles, ne serait-ce que pour r&#233;pondre &#224; la soif de spiritualit&#233; ou d'exigences, ou au besoin d'identification, qui s'exprime chez beaucoup de personnes, et que la la&#239;cit&#233; ne satisfait pas. La m&#234;me remarque vaut d'ailleurs pour le politique - et pour la la&#239;cit&#233; elle-m&#234;me, qui peut &#234;tre bonne ou mauvaise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc un traitement sp&#233;cifique de l'Islam. Disons-le clairement, la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise n'offre pas de r&#233;ponse v&#233;ritable &#224; l'islamisme. Elle est trop hostile &#224; la religion pour le croyant, elle la refoule trop dans l'irrationnel priv&#233; pour permettre un dialogue f&#233;cond. Mais elle est inefficace face &#224; l'islamisme, qui repose de toute fa&#231;on sur un refus global des diverses conceptions non-musulmanes et s'accommode de la sph&#232;re priv&#233;e, qui lui laisse le champ libre. Et surtout une telle la&#239;cit&#233; est incapable de demander &#224; l'Islam ce qui est exig&#233; par la situation, &#224; savoir une r&#233;vision en profondeur de certains de ses fondements et traditions.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La morale la&#239;que &#224; l'&#233;cole, ou la nostalgie comme marketing politique </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-morale-laique-a-l-ecole-ou-la-nostalgie-comme-marketing-politique.html</link>
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		<dc:date>2012-09-08T16:53:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Morale la&#239;que</dc:subject>
		<dc:subject>Ecole</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Reconna&#238;tre le besoin de morale, c'est bien, et c'est que demandent les Fran&#231;ais. Vincent Peillon a su ici toucher une corde sensible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais recycler le cocktail d'endoctrinement et de suppos&#233;e &#233;mancipation que popularisait la IIIe r&#233;publique ne fera plus l'affaire. Car &#224; l'&#233;poque les fondements de la morale &#233;taient encore largement consensuels. Ce qui n'est plus le cas dans notre contexte postmoderne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a besoin de valeurs morales communes. Mais il n'y a pas de morale qui soit le fruit du jeu incontr&#244;l&#233;e des pr&#233;f&#233;rences de chacun : la morale, c'est la question du bien et du mal ; et le bien et le mal sont objectifs ou ils ne sont pas. Pas toujours faciles &#224; discerner, certes. Mais hors de port&#233;e si on ne reconna&#238;t pas qu'ils ne sont ce qu'ils sont que s'ils s'imposent &#224; nous comme v&#233;rit&#233;s objectives. En bref, comme loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Vincent Peillon, Ministre fran&#231;ais de l'Education nationale, s'est prononc&#233; en faveur d'un retour de l'enseignement de la morale &#224; l'&#233;cole. L'id&#233;e a l'air de plaire car les gens sentent qu'il y a un probl&#232;me du c&#244;t&#233; de la morale. Mais naturellement ce n'est pas si simple, et comme &#224; l'accoutum&#233;e le marketing politique cache de dr&#244;les de marchandises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour simplifier le bon M. Peillon affirme en fait trois choses : d'abord qu'il existe une morale en soi, connaissable ; ensuite qu'elle est &#233;mancipatrice et s'oppose aux d&#233;terminismes et aux particularismes. Et enfin que c'est l'Etat r&#233;publicain qui la conna&#238;t, bien mieux que les citoyens, pauvres choses englu&#233;es dans leurs d&#233;terminismes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui si on y r&#233;fl&#233;chit est tout &#224; fait bizarre. Car s'il existe une morale en soi, elle est objective. Une morale objective, c'est ce qui est clairement affirm&#233; par l'id&#233;e de loi naturelle, pour qui il y a des choses qui sont bien ou mal en soi. Par exemple respecter la vie est bien ; voler ou mentir est mal. Mais le support naturel de la connaissance d'une telle loi n'est pas l'Etat : c'est en derni&#232;re analyse la conscience de chacun. M&#234;me si naturellement cela prend forme &#224; travers des conceptions philosophiques ou religieuses et un apprentissage social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. Peillon lui fait l'inverse. Il suppose &#224; l'Etat r&#233;publicain une capacit&#233; intrins&#232;que &#224; discerner le bien, une sorte de connaissance inn&#233;e que les personnes n'ont pas. Un bien identifi&#233; aux &#8216;Lumi&#232;res' dont r&#234;vait le XVIIIe si&#232;cle avant les grands massacres qu'elles ont inaugur&#233;s : une &#171; morale &#187; d'&#233;mancipation de l'individu par rapport &#224; toute imp&#233;ratif s'imposant &#224; lui. Donc le contraire d'une morale objective&#8230; Mais quand les Fran&#231;ais pl&#233;biscitent l'enseignement d'une morale, ce n'est pas ce qu'ils visent. Ils veulent qu'on apprenne aux enfants &#224; bien se comporter, car on ne voit que trop que la sottise soixante-huitarde ne conduit qu'&#224; la barbarie. Ils veulent donc une vraie morale. Ce qui suppose une id&#233;e du bien, en soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement dans la pratique on sait que si les principes de base de la morale sont communs et assez clairs, il existe une multitude de fa&#231;ons de concevoir les cons&#233;quences. Ainsi quand on dit : &#8216;tu ne tueras pas'. Chantal Delsol nous le rappelle &#224; raison. Mais elle en en d&#233;duit (dans le Figaro du 7 septembre) que cette multiplicit&#233; est irr&#233;ductible, comme le montrent dit-elle les exemples de la peine de mort et de l'avortement ou de l'euthanasie. Or la logique de la loi naturelle est diff&#233;rente ; elle ne peut se r&#233;signer &#224; des morales irr&#233;ductibles. Car elle part de l'id&#233;e simple et naturelle que le bien est objectif et universel. Et de fait on ne voit pas le sens d'une morale (une vraie) qui ne cherche pas des r&#233;ponses &#224; valeur universelle. D&#232;s lors, d&#232;s que l'on cherche &#224; objectiver le devoir moral, et pour reprendre cet exemple qu'on prend au s&#233;rieux l'interdiction de tuer une personne humaine, on est conduit &#224; se demander ce qu'est objectivement un &#234;tre humain. Mais alors on conclut normalement que l'embryon comme le vieillard en sont. Et donc on refuse l'avortement comme l'euthanasie. Inversement si l'&#233;mancipation consiste &#224; ce que chacun se bricole sa morale sans souci du bien objectif, et qu'on en fait un absolu, on privil&#233;gie le droit sacr&#233; de chacun &#224; divaguer et on finit par faire l'impasse sur le fait que la grand'm&#232;re grabataire ou l'embryon sont des &#234;tres humains.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Naturellement, dans la pratique, pour que la morale naturelle soit reconnue ou explicit&#233;e socialement, il faut que la soci&#233;t&#233; concern&#233;e pose la question sous cette forme, comme fruit de la recherche d'un bien objectif. Ceci dit, m&#234;me dans ce cas, rechercher cette universalit&#233; n'implique pas qu'on l'atteigne ; en g&#233;n&#233;ral l'op&#233;ration n'est que partielle. Dans toute soci&#233;t&#233; on devra donc faire la part des r&#233;alit&#233;s historiques et culturelles. Ce qui est en revanche clair, c'est que l'Etat (r&#233;publicain ou pas) n'est pas a priori en soi le mieux &#224; m&#234;me de d&#233;cider quelle est la bonne interpr&#233;tation. Contrairement &#224; ce que pense M. Peillon, il ne d&#233;tient pas la formule de la vie juste. D'autant moins en l'esp&#232;ce qu'il ne pose pas au d&#233;part une quelconque loi naturelle, mais une philosophie de l'&#233;mancipation qui ouvre la voie &#224; une multiplicit&#233; irr&#233;ductible d'interpr&#233;tations. La bonne formule est donc &#224; la fois de poser le principe de la loi morale objective, naturelle, et d'admettre que la seule bonne morale est celle qui est reconnue par les int&#233;ress&#233;s et apprise en soci&#233;t&#233;, ce qui commence par la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De son c&#244;t&#233; Chantal Delsol ayant conclu &#224; l'irr&#233;ductibilit&#233; des morales en d&#233;duit que les projets &#233;ducatifs sont n&#233;cessairement divers, chaque &#233;cole enseignant une morale coh&#233;rente avec son projet, les familles adh&#233;rant librement &#224; l'une ou &#224; l'autre. Mais on voit bien que ce n'est pas non plus la solution id&#233;ale, en tout cas pas sans correctif : on peut en arriver en effet &#224; ce que le bricolage anarchique des valeurs se transpose au niveau de l'&#233;cole. Or si la soci&#233;t&#233; se fragmente en groupes multiples aux projets contradictoires, on a peu de chance de d&#233;boucher sur la paix civile ni sur un niveau plus &#233;lev&#233; de moralit&#233;. En d'autres termes, si de fait il est plus r&#233;aliste et plus respectueux des personnes de partir de la diversit&#233; de fait des r&#233;ponses morales, il est indispensable de poser l'imp&#233;ratif commun de recherche du bien moral, pos&#233; comme r&#233;alit&#233; objective &#224; reconna&#238;tre collectivement. Mais naturellement pas par parachutage d'en-haut, et surtout pas selon l'utopie archa&#239;que de l'Etat &#233;mancipateur qui sait tout mieux que tout le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait la d&#233;marche du ministre r&#233;pond &#224; deux motivations : d'un c&#244;t&#233; la reconnaissance du besoin d'une morale objective, besoin de plus en plus criant ; et de l'autre la nostalgie d'une &#233;poque o&#249; le contenu de cette morale &#233;tait relativement consensuel (la morale des instituteurs &#233;tant en pratique proche de celle des cur&#233;s). On pouvait alors se permettre de la combiner avec un programme suppos&#233; &#233;mancipateur, sans voir de contradiction entre les deux. Mais ce n'est plus possible dans la phase postmoderne qui est la n&#244;tre. D'une part les conceptions dominantes se sont notablement &#233;loign&#233;es de celles autrefois reconnues par tous : l'avortement et l'euthanasie en t&#233;moignent &#224; nouveau. D'autre part l'id&#233;ologie de l'&#233;mancipation (d&#233;j&#224; pr&#233;sente &#224; l'&#233;poque mais encore contenue) est all&#233;e beaucoup plus loin ; elle conduit d&#233;sormais &#224; ne retenir comme morale que des r&#232;gles du jeu visant &#224; faire respecter ce qu'on croit &#234;tre le droit absolu de tout individu &#224; choisir ses options comme il l'entend, en se bornant &#224; r&#233;guler la compatibilit&#233; de ces droits respectifs. De telles r&#232;gles du jeu sont probablement ce que le ministre veut imposer. Mais pour une partie appr&#233;ciable de la population, et notamment ceux qui admettent une morale naturelle, ce n'est pas ce qu'on appelle une morale. Et surtout cela ne d&#233;bouche pas sur une conception commune capable de fonder une vie commune, &#224; commencer par les salles de classe du 9-3. Car cela ne donne pas de r&#233;ponse aux vrais dilemmes moraux tels qu'ils se posent dans la r&#233;alit&#233; (comme en t&#233;moignent &#224; nouveau avortement et euthanasie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait dans un contexte comme le n&#244;tre la morale commune qu'on peut enseigner est forc&#233;ment assez limit&#233;e &#8211; et s&#251;rement pas confondue avec le cat&#233;chisme de la suppos&#233;e &#233;mancipation dont on a assez vu les effets pervers. Ce qui, pour l'apprentissage de la morale, laisse n&#233;cessairement la place centrale aux familles, et aux &#233;coles qui en prolongent la t&#226;che &#233;ducative, ou devraient le faire. Ce qui plaide en faveur d'une relative diversit&#233;, en attendant le retournement, la conversion collective qui reconna&#238;tra la primaut&#233; de la recherche du bien et du vrai sur le bricolage anarchique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Publi&#233; &#233;galement sur le site de Libert&#233; Politique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La&#239;cit&#233; : de quoi parle-t-on ? </title>
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		<dc:date>2011-04-08T17:08:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>La&#239;cit&#233;</dc:subject>

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&lt;p&gt;Dans les d&#233;bats en cours, on parle sans cesse de la&#239;cit&#233; et de diversit&#233; mais une grande confusion r&#232;gne. On parle de signes religieux en g&#233;n&#233;ral, alors qu'on ne vise en r&#233;alit&#233; que des signes musulmans, et surtout, souvent on d&#233;signe comme religieux ce qui est en fait une conception de la femme, traduite ext&#233;rieurement par des symboles. Mais si la la&#239;cit&#233; &#233;tait vraiment une neutralit&#233;, elle ne devrait jamais stigmatiser des signes ou des pratiques religieuses comme telles. Et certainement (&#8230;)&lt;/p&gt;


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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans les d&#233;bats en cours, on parle sans cesse de la&#239;cit&#233; et de diversit&#233; mais une grande confusion r&#232;gne. On parle de signes religieux en g&#233;n&#233;ral, alors qu'on ne vise en r&#233;alit&#233; que des signes musulmans, et surtout, souvent on d&#233;signe comme religieux ce qui est en fait une conception de la femme, traduite ext&#233;rieurement par des symboles. Mais si la la&#239;cit&#233; &#233;tait vraiment une neutralit&#233;, elle ne devrait jamais stigmatiser des signes ou des pratiques religieuses comme telles. Et certainement pas expliquer comme M. Gu&#233;ant l'a fait (malgr&#233; ses r&#233;tractations) qu'il faut interdire tout port de signe religieux dans un service public. Du point de vue d'une la&#239;cit&#233; vraiment neutre, ce qui fait que la burqa pose probl&#232;me n'est pas son caract&#232;re religieux, c'est le fait que le visage n'est pas visible, ce qui est choquant dans la vie collective, et notamment dans l'espace public. C'est donc sous cet angle que ces pratiques doivent &#234;tre r&#233;glement&#233;es. Inversement la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise comprise comme essai de mise sous contr&#244;le du fait religieux, aboutit &#224; le stigmatiser comme tel, et en pratique ne fournit pas de crit&#232;re pr&#233;cis, tout en blessant les personnes concern&#233;es : soit on interdit trop et alors on mutile (pas de manifestation publique des religions) ; soit on laisse passer des choses inacceptables (burqa). Des lyc&#233;ennes portant des jupes longues ont &#233;t&#233; mises en cause parce que la jupe &#233;tait jug&#233;e religieuse ; mais la m&#234;me jupe ne poserait apparemment plus de probl&#232;me si elle &#233;tait per&#231;ue comme traditionnelle, ou mieux encore comme une lubie personnelle, ce qui dans nos soci&#233;t&#233;s est le seul sacr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la religion il faut donc en revenir au crit&#232;re que Vatican II avait donn&#233; comme seule justification possible de limitation &#224; la libert&#233; religieuse, (comprise d'ailleurs elle-m&#234;me comme droit &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;). Ce crit&#232;re c'est l'ordre public juste. Notons que comme tel il n'est pas sp&#233;cifique au champ religieux : si au nom de cet ordre public juste on interdit la burqa, &#224; nouveau c'est du fait d'une certaine conception de ce qui est acceptable dans l'espace public, pas pour des raisons proprement religieuses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'ailleurs aller plus loin et constater que la conception dominante actuellement conduit &#224; l'expression publique de spectacles difficilement justifiables du point de vue de l'ordre public juste, par exemple pour l'image de la femme (pornographie ou &#233;rotisme affich&#233;s partout, surtout en France). Ou agressives (par exemple &#224; l'&#233;gard des chr&#233;tiens). Cela me para&#238;t plus troubler l'ordre public juste qu'un foulard ou une croix. Mais pour cela il faut porter un jugement sur le comportement en question. On voit alors qu'on ne peut donc &#233;viter un d&#233;bat au fond sur ce qui est en soi jug&#233; acceptable ou pas dans l'espace public, en vue de l'harmonie de la vie en commun &#8211; d&#233;bat qui dans un contexte relativiste comme le n&#244;tre est quelque peu paradoxal, mais indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout autre est le probl&#232;me pos&#233; sp&#233;cifiquement par l'Islam du fait de sa conception de la vie en soci&#233;t&#233; et de la vie politique, m&#234;me si un lien existe entre les deux questions. Au moins dans l'&#233;tat actuel et historiquement constat&#233; de cette religion, elle ne s&#233;pare pas la religion, le droit et la politique. Ce qui est incompatible avec l'organisation de nos soci&#233;t&#233;s, et l'&#233;tait m&#234;me anciennement. Ce probl&#232;me pourrait en outre exister m&#234;me si les musulmans adoptaient une conformit&#233; ext&#233;rieure (vestimentaire) aux principes de la la&#239;cit&#233; &#224; la fran&#231;aise, car il pose des probl&#232;mes, plus essentiels, d'int&#233;gration dans la vie commune des musulmans r&#233;ellement croyants et attach&#233;s &#224; la conception du politique actuellement re&#231;ue doctrinalement chez eux. Voir &#233;merger un Islam int&#233;grable dans une soci&#233;t&#233; &#224; l'occidentale est donc une tout autre affaire que r&#233;gler des questions de manifestation publique, ce qui passionne les foules.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initialement sur le site de Libert&#233; Politique)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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