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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le Syllabus de Pie IX est-il d&#233;pass&#233; ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-Syllabus-de-Pie-IX-est-il-depasse.html</link>
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		<dc:date>2016-11-02T10:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Syllabus</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le Syllabus de 1864 (sous-titr&#233; &#171; catalogue des erreurs modernes renfermant les principales erreurs de notre temps &#187;) est devenu le symbole de l'attitude intransigeante de l'Eglise du XIXe si&#232;cle face &#224; la modernit&#233;. Depuis le Concile Vatican II, l'Eglise, en tout cas sa pratique majoritaire paraissent avoir pris une direction compl&#233;tement diff&#233;rente. Beaucoup en d&#233;duisent que l'Eglise s'est donc massivement contredite. Ce qui serait grave, car que vaut un magist&#232;re qui dit un jour une chose et un autre jour le contraire ? Concr&#232;tement, pourquoi suivre ce que dit l'Eglise aujourd'hui, si elle peut dire le contraire demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un examen plus approfondi du texte montre que la question se pose en des termes tr&#232;s diff&#233;rents. La tr&#232;s grande majorit&#233; des propositions condamn&#233;es par le Syllabus est aujourd'hui encore tout aussi inacceptable, pour un catholique fid&#232;le. Certains autres cas s'&#233;clairent en allant au-del&#224; de la formulation abrupte du texte. Sur tous ces points le Syllabus non seulement reste vrai, mais, dans bien des cas, la relecture aujourd'hui montre qu'il &#233;tait carr&#233;ment proph&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rares cas o&#249; la difficult&#233; est r&#233;elle par rapport au magist&#232;re actuel sont tr&#232;s instructifs du d&#233;veloppement de la doctrine : ils gardent leur v&#233;rit&#233;, mais elle est &#224; relativiser en prenant en compte d'autres donn&#233;es (d'ailleurs traditionnelles dans leur principe) que le Syllabus et les autres textes du temps ne prenaient pas assez en compte et qui ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Syllabus-+.html" rel="tag"&gt;Syllabus&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le Syllabus de 1864 (sous-titr&#233; &#171; catalogue des erreurs modernes renfermant les principales erreurs de notre temps &#187;) est devenu le symbole de l'attitude intransigeante de l'Eglise du XIXe si&#232;cle face &#224; la modernit&#233;. Depuis le Concile Vatican II, l'Eglise, en tout cas sa pratique majoritaire paraissent avoir pris une direction compl&#233;tement diff&#233;rente. Beaucoup en d&#233;duisent que l'Eglise s'est donc massivement contredite. Ce qui serait grave, car que vaut un magist&#232;re qui dit un jour une chose et un autre jour le contraire ? Concr&#232;tement, pourquoi suivre ce que dit l'Eglise aujourd'hui, si elle peut dire le contraire demain ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais un examen plus approfondi du texte montre que la question se pose en des termes tr&#232;s diff&#233;rents. La tr&#232;s grande majorit&#233; des propositions condamn&#233;es par le Syllabus est aujourd'hui encore tout aussi inacceptable, pour un catholique fid&#232;le. Certains autres cas s'&#233;clairent en allant au-del&#224; de la formulation abrupte du texte. Sur tous ces points le Syllabus non seulement reste vrai, mais, dans bien des cas, la relecture aujourd'hui montre qu'il &#233;tait carr&#233;ment proph&#233;tique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les rares cas o&#249; la difficult&#233; est r&#233;elle par rapport au magist&#232;re actuel sont tr&#232;s instructifs du d&#233;veloppement de la doctrine : ils gardent leur v&#233;rit&#233;, mais elle est &#224; relativiser en prenant en compte d'autres donn&#233;es (d'ailleurs traditionnelles dans leur principe) que le Syllabus et les autres textes du temps ne prenaient pas assez en compte et qui ont &#233;t&#233; d&#233;velopp&#233;s depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons pour une bonne lecture que ces propositions (ci-apr&#232;s entre guillemets) ne sont pas affirm&#233;es par le Syllabus ; ce sont au contraire des id&#233;es fausses qu'il condamne. Rappelons aussi bien s&#251;r que le ton utilis&#233; aujourd'hui est souvent bien moins abrupt, en fait l'attitude d'ensemble assez diff&#233;rente, mais que c'est une question distincte de celle de la doctrine elle-m&#234;me. Rappelons enfin qu'on n'est pas dans un domaine et des niveaux de textes impliquant l'infaillibilit&#233; du magist&#232;re au sens plein du terme ; mais qu'ils en font n&#233;anmoins partie.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Des propositions condamn&#233;es et qui restent aujourd'hui encore inadmissibles &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Condamnation d'un rationalisme absolu refusant la foi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce que les premiers articles condamnent, c'est le rationalisme : le refus de la r&#233;v&#233;lation ou de son contenu, le refus de la possibilit&#233; d'une autorit&#233; en mati&#232;re religieuse. Et l'id&#233;e que la religion n'apporte rien &#224; la philosophie et n'a rien &#224; y faire ni dire. Ce que l'Eglise nie depuis les origines, car elle croit &#224; l'apport mutuel de la foi et de la raison. Voir ici pour le magist&#232;re r&#233;cent l'encyclique Fides et Ratio de Jean-Paul II en 1998, et les textes de Benoit XVI. De m&#234;me qu'elle refuse tout panth&#233;isme. Les id&#233;es condamn&#233;es sont les suivantes :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; I. Il n'existe aucun &#202;tre divin, supr&#234;me, parfait dans sa sagesse et sa providence, qui soit distinct de l'univers, et Dieu est identique &#224; la nature des choses, et par cons&#233;quent assujetti aux changements ; Dieu, par cela m&#234;me, se fait dans l'homme et dans le monde, et tous les &#234;tres sont Dieu et ont la propre substance de Dieu. Dieu est ainsi une seule et m&#234;me chose avec le monde, et par cons&#233;quent l'esprit avec la mati&#232;re, la n&#233;cessit&#233; avec la libert&#233;, le vrai avec le faux, le bien avec le mal, et le juste avec l'injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;II. On doit nier toute action de Dieu sur les hommes et sur le monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;III. La raison humaine, consid&#233;r&#233;e sans aucun rapport &#224; Dieu, est l'unique arbitre du vrai et du faux, du bien et du mal : elle est &#224; elle-m&#234;me sa loi, elle suffit par ses forces naturelles &#224; procurer le bien des hommes et des peuples.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IV. Toutes les v&#233;rit&#233;s de la religion d&#233;coulent de la force native de la raison humaine ; d'o&#249; il suit que la raison est la r&#232;gle souveraine d'apr&#232;s laquelle l'homme peut et doit acqu&#233;rir la connaissance de toutes les v&#233;rit&#233;s de toute esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;V. La r&#233;v&#233;lation divine est imparfaite, et par cons&#233;quent sujette &#224; un progr&#232;s continuel et ind&#233;fini correspondant au d&#233;veloppement de la raison humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VI. La foi du Christ est en opposition avec la raison humaine, et la r&#233;v&#233;lation divine non seulement ne sert de rien, mais encore elle nuit &#224; la perfection de l'homme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VII. Les proph&#233;ties et les miracles racont&#233;s dans les saintes &#201;critures sont des fictions po&#233;tiques, et les myst&#232;res de la foi chr&#233;tienne sont le r&#233;sum&#233; d'investigations philosophiques ; dans les livres des deux Testaments sont contenues des inventions mythiques, et J&#233;sus-Christ lui-m&#234;me est un mythe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;VIII. Comme la raison humaine est &#233;gale &#224; la religion elle-m&#234;me, les sciences th&#233;ologiques doivent &#234;tre trait&#233;es comme les sciences philosophiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;IX. Tous les dogmes de la religion chr&#233;tienne sans distinction sont l'objet de la science naturelle ou philosophie ; et la raison humaine n'ayant qu'une culture historique, peut, d'apr&#232;s ses principes et ses forces naturelles, parvenir &#224; une vraie connaissance de tous les dogmes, m&#234;me les plus cach&#233;s, pourvu que ces dogmes aient &#233;t&#233; propos&#233;s &#224; la raison comme objet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;X. Comme autre chose est le philosophe et autre chose la philosophie, celui-l&#224; a le droit et le devoir de se soumettre &#224; une autorit&#233; dont il s'est d&#233;montr&#233; &#224; lui-m&#234;me la r&#233;alit&#233; ; mais la philosophie ne peut ni ne doit se soumettre &#224; aucune autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XI. L'&#201;glise non seulement ne doit, dans aucun cas, s&#233;vir contre la philosophie, mais elle doit tol&#233;rer les erreurs de la philosophie et lui abandonner le soin de se corriger elle-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XII. Les d&#233;crets du Si&#232;ge apostolique et des Congr&#233;gations romaines emp&#234;chent le libre progr&#232;s de la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIII. La m&#233;thode et les principes d'apr&#232;s lesquels les anciens docteurs scolastiques ont cultiv&#233; la th&#233;ologie ne sont plus en rapport avec les n&#233;cessit&#233;s de notre temps et les progr&#232;s des sciences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XIV. On doit s'occuper de philosophie sans tenir aucun compte de la r&#233;v&#233;lation surnaturelle &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Condamnation de l'indiff&#233;rentisme religieux&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, le Syllabus refuse l'id&#233;e que toutes les religions se valent et sont toutes voies de salut. Cette derni&#232;re th&#232;se est r&#233;pandue chez certains dans le clerg&#233; aujourd'hui, ou parmi les intellectuels, mais ne s'appuie sur aucun texte magist&#233;riel bien au contraire (&lt;i&gt;Nostra Aetate&lt;/i&gt; de Vatican II qu'on &#233;voque couramment ici dit seulement qu'il y a du bon dans d'autres religions, pas qu'elles sont des voies de salut). Voir ici la d&#233;claration &lt;i&gt;Dominus Iesus&lt;/i&gt; de la Congr&#233;gation de la doctrine de la Foi (2000). Les propositions condamn&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; XV. Il est libre &#224; chaque homme d'embrasser et de professer la religion qu'il aura r&#233;put&#233;e vraie d'apr&#232;s la lumi&#232;re de la raison. [On parle ici de libert&#233; philosophique ; on &#233;voquera ci-apr&#232;s la question des droits politiques].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVI. Les hommes peuvent trouver le chemin du salut &#233;ternel et obtenir ce salut &#233;ternel dans le culte de n'importe quelle religion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVII. Tout au moins doit-on avoir bonne confiance dans le salut &#233;ternel de tous ceux qui ne vivent pas dans le sein de la v&#233;ritable &#201;glise du Christ.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XVIII. Le protestantisme n'est pas autre chose qu'une forme diverse de la m&#234;me vraie religion chr&#233;tienne, forme dans laquelle on peut &#234;tre agr&#233;able &#224; Dieu aussi bien que dans l'&#201;glise catholique &#187;. [On serait plus positif aujourd'hui, mais on continue &#224; soutenir que la pl&#233;nitude des moyens du salut est dans l'Eglise catholique seule].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Affirmation des droits de l'Eglise face &#224; l'Etat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le texte r&#233;affirme ensuite avec force les droits de l'Eglise face au pouvoir politique (et d&#233;fend son comportement pass&#233;). Ces condamnations restent d'actualit&#233;, voire plus que jamais &#224; rappeler face &#224; des Etats de plus en plus relativistes, mais aussi de plus en plus envahissants, et intol&#233;rants &#224; l'&#233;gard de l'Eglise. M&#234;me si l'Eglise d'aujourd'hui ne revendique pas le degr&#233; d'autonomie ici demand&#233;, notamment la possibilit&#233; d'un pouvoir temporel pour elle, elle n'exclut pas par principe une telle situation. On peut lire ces condamnations comme une formidable affirmation de la libert&#233; de l'Eglise. Notamment en mati&#232;re &#233;ducative. Les propositions :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; XIX. L'&#201;glise n'est pas une vraie et parfaite soci&#233;t&#233; pleinement libre ; elle ne jouit pas de ses droits propres et constants que lui a conf&#233;r&#233;s son divin Fondateur, mais il appartient au pouvoir civil de d&#233;finir quels sont les droits de l'&#201;glise et les limites dans lesquelles elle peut les exercer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XX. La puissance eccl&#233;siastique ne doit pas exercer son autorit&#233; sans la permission et l'assentiment du gouvernement civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXI. L'&#201;glise n'a pas le pouvoir de d&#233;finir dogmatiquement que la religion de l'&#201;glise catholique est uniquement la vraie religion [On parle ici des affirmations doctrinales de l'Eglise, la question de la libert&#233; religieuse est &#233;voqu&#233;e plus loin].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXII. L'obligation qui concerne les ma&#238;tres et les &#233;crivains catholiques, se borne aux choses qui ont &#233;t&#233; d&#233;finies par le jugement infaillible de l'&#201;glise, comme des dogmes de foi qui doivent &#234;tre crus par tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIII. Les Souverains Pontifes et les Conciles &#339;cum&#233;niques ont d&#233;pass&#233; les limites de leur pouvoir ; ils ont usurp&#233; les droits des princes et ils ont m&#234;me err&#233; dans les d&#233;finitions relatives &#224; la foi et aux m&#339;urs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIV. L'&#201;glise n'a pas le droit d'employer la force ; elle n'a aucun pouvoir temporel direct ou indirect [On reviendra sur ce point pour ce qui est du domaine politique].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXV. En dehors du pouvoir inh&#233;rent &#224; l'&#233;piscopat, il y a un pouvoir temporel qui lui a &#233;t&#233; conc&#233;d&#233; ou express&#233;ment ou tacitement par l'autorit&#233; civile, r&#233;vocable par cons&#233;quent &#224; volont&#233; par cette m&#234;me autorit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXVI. L'&#201;glise n'a pas le droit naturel et l&#233;gitime d'acqu&#233;rir et de poss&#233;der.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXVII. Les ministres sacr&#233;s de l'&#201;glise et le Pontife Romain doivent &#234;tre exclus de toute gestion et possession des choses temporelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXVIII. Il n'est pas permis aux &#201;v&#234;ques de publier m&#234;me les Lettres apostoliques sans la permission du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXIX. Les faveurs accord&#233;es par le Pontife Romain doivent &#234;tre regard&#233;es comme nulles, si elles n'ont pas &#233;t&#233; demand&#233;es par l'entremise du gouvernement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXX. L'immunit&#233; de l'&#201;glise et des personnes eccl&#233;siastiques tire son origine du droit civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXI. Le for eccl&#233;siastique pour les proc&#232;s temporels des clercs, soit au civil, soit au criminel, doit absolument &#234;tre aboli, m&#234;me sans consulter le Si&#232;ge Apostolique et sans tenir compte de ses r&#233;clamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXII. L'immunit&#233; personnelle en vertu de laquelle les clercs sont exempts de la milice [service militaire], peut &#234;tre abrog&#233;e sans aucune violation de l'&#233;quit&#233; et du droit naturel. Le progr&#232;s civil demande cette abrogation, surtout dans une soci&#233;t&#233; constitu&#233;e d'apr&#232;s une l&#233;gislation lib&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXIII. Il n'appartient pas uniquement par droit propre et inn&#233; &#224; la juridiction eccl&#233;siastique de diriger l'enseignement des v&#233;rit&#233;s th&#233;ologiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXIV. La doctrine de ceux qui comparent le Pontife Romain &#224; un prince libre et exer&#231;ant son pouvoir dans l'&#201;glise universelle, est une doctrine qui a pr&#233;valu au Moyen &#226;ge [&#224; rapprocher du XXIV].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXV. Rien n'emp&#234;che que par un d&#233;cret d'un Concile g&#233;n&#233;ral ou par le fait de tous les peuples le souverain pontificat soit transf&#233;r&#233; de l'&#201;v&#234;que romain et de la ville de Rome &#224; un autre &#201;v&#234;que et &#224; une autre ville.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXVI. La d&#233;finition d'un Concile national n'admet pas d'autre discussion, et l'administration civile peut traiter toute affaire dans ces limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXVII. On peut instituer des &#201;glises nationales soustraites &#224; l'autorit&#233; du Pontife Romain et pleinement s&#233;par&#233;es de lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXVIII. Trop d'actes arbitraires de la part des Pontifes Romains ont pouss&#233; &#224; la division de l'&#201;glise en orientale et occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XXXIX. L'&#201;tat, comme &#233;tant l'origine et la source de tous les droits, jouit d'un droit qui n'est circonscrit par aucune limite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XL. La doctrine de l'&#201;glise catholique est oppos&#233;e au bien et aux int&#233;r&#234;ts de la soci&#233;t&#233; humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLI. La puissance civile, m&#234;me quand elle est exerc&#233;e par un prince infid&#232;le, poss&#232;de un pouvoir indirect n&#233;gatif sur les choses sacr&#233;es. Elle a par cons&#233;quent non seulement le droit qu'on appelle d'exequatur, mais encore le droit qu'on nomme d'appel comme d'abus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLII. En cas de conflit l&#233;gal entre les deux pouvoirs, le droit civil pr&#233;vaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLIII. La puissance la&#239;que a le pouvoir de casser, de d&#233;clarer et rendre nulles les conventions solennelles (Concordats) conclues avec le Si&#232;ge Apostolique, relativement &#224; l'usage des droits qui appartiennent &#224; l'immunit&#233; eccl&#233;siastique, sans le consentement de ce Si&#232;ge et malgr&#233; ses r&#233;clamations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLIV. L'autorit&#233; civile peut s'immiscer dans les choses qui regardent la religion, les m&#339;urs et le gouvernement spirituel. D'o&#249; il suit qu'elle peut juger des Instructions que les pasteurs de l'&#201;glise publient, d'apr&#232;s leurs charges, pour la r&#232;gle des consciences ; elle peut m&#234;me d&#233;cider sur l'administration des sacrements et les dispositions n&#233;cessaires pour les recevoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLV. Toute la direction des &#233;coles publiques dans lesquelles la jeunesse d'un &#201;tat chr&#233;tien est &#233;lev&#233;e, si l'on en excepte dans une certaine mesure les s&#233;minaires &#233;piscopaux, peut et doit &#234;tre attribu&#233;e &#224; l'autorit&#233; civile, et cela de telle mani&#232;re qu'il ne soit reconnu &#224; aucune autre autorit&#233; le droit de s'immiscer dans la discipline des &#233;coles, dans le r&#233;gime des &#233;tudes, dans la collation des grades, dans le choix ou l'approbation des ma&#238;tres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLVI. Bien plus, m&#234;me dans les s&#233;minaires des clercs, la m&#233;thode &#224; suivre dans les &#233;tudes est soumise &#224; l'autorit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLVII. La bonne constitution de la soci&#233;t&#233; civile demande que les &#233;coles populaires, qui sont ouvertes &#224; tous les enfants de chaque classe du peuple, et en g&#233;n&#233;ral que les institutions publiques destin&#233;es aux lettres, &#224; l'instruction sup&#233;rieure et &#224; une &#233;ducation plus &#233;lev&#233;e de la jeunesse, soient affranchies de toute autorit&#233; de l'&#201;glise, de toute direction et de toute ing&#233;rence de sa part, et qu'elles soient pleinement soumises &#224; la volont&#233; de l'autorit&#233; civile et politique, suivant le d&#233;sir des gouvernants et le niveau des opinions g&#233;n&#233;rales de l'&#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLVIII. Des catholiques peuvent approuver un syst&#232;me d'&#233;ducation en dehors de la foi catholique et de l'autorit&#233; de l'&#201;glise, et qui n'ait pour but, ou du moins pour but principal, que la connaissance des choses purement naturelles et la vie sociale sur cette terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;XLIX. L'autorit&#233; s&#233;culi&#232;re peut emp&#234;cher les &#201;v&#234;ques et les fid&#232;les de communiquer librement entre eux et avec le Pontife Romain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L. L'autorit&#233; s&#233;culi&#232;re a par elle-m&#234;me le droit de pr&#233;senter les &#201;v&#234;ques, et peut exiger d'eux qu'ils prennent en main l'administration de leurs dioc&#232;ses avant qu'ils aient re&#231;u du Saint-Si&#232;ge l'institution canonique et les Lettres apostoliques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LI. Bien plus, la puissance s&#233;culi&#232;re a le droit d'interdire aux &#201;v&#234;ques l'exercice du minist&#232;re pastoral, et elle n'est pas tenue d'ob&#233;ir au Pontife romain en ce qui concerne l'institution des &#233;v&#234;ch&#233;s et des &#201;v&#234;ques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LII. Le gouvernement peut, de son propre droit, changer l'&#226;ge prescrit pour la profession religieuse, tant des femmes que des hommes, et enjoindre aux communaut&#233;s religieuses de n'admettre personne aux v&#339;ux solennels sans son autorisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LIII. On doit abroger les lois qui prot&#232;gent l'existence des familles religieuses, leurs droits et leurs fonctions ; bien plus, la puissance civile peut donner son appui &#224; tous ceux qui voudraient quitter l'&#233;tat religieux qu'ils avaient embrass&#233; et enfreindre leurs v&#339;ux solennels ; elle peut aussi supprimer compl&#232;tement ces m&#234;mes communaut&#233;s religieuses, aussi bien que les &#233;glises coll&#233;giales et les b&#233;n&#233;fices simples, m&#234;me de droit de patronage, attribuer et soumettre leurs biens et revenus &#224; l'administration et &#224; la volont&#233; de l'autorit&#233; civile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LIV. Les rois et les princes, non seulement sont exempts de la juridiction de l'&#201;glise, mais m&#234;me ils sont sup&#233;rieurs &#224; l'&#201;glise quand il s'agit de trancher les questions de juridiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LV. L'&#201;glise doit &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'&#201;tat, et l'&#201;tat s&#233;par&#233; de l'&#201;glise &#187; [On reviendra sur ce point moins &#233;vident aujourd'hui].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'affirmation de la morale naturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle correspond elle aussi &#224; l'enseignement actuel bien connu du Magist&#232;re, Jean-Paul II en premier lieu. Les propositions condamn&#233;es :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LVI. Les lois de la morale n'ont pas besoin de la sanction divine, et il n'est pas du tout n&#233;cessaire que les lois humaines se conforment au droit naturel ou re&#231;oivent de Dieu le pouvoir d'obliger.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LVII. La science des choses philosophiques et morales, de m&#234;me que les lois civiles, peuvent et doivent &#234;tre soustraites &#224; l'autorit&#233; divine et eccl&#233;siastique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LVIII. II ne faut reconna&#238;tre d'autres forces que celles qui r&#233;sident dans la mati&#232;re, et tout syst&#232;me de morale, toute honn&#234;tet&#233; doit consister &#224; accumuler et augmenter ses richesses de toute mani&#232;re, et &#224; satisfaire ses passions [Bien d'actualit&#233; !].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LIX. Le droit consiste dans le fait mat&#233;riel ; tous les devoirs des hommes sont un mot vide de sens, et tous les faits humains ont force de droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LX. L'autorit&#233; n'est autre chose que la somme du nombre et des forces mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXI. Une injustice de fait couronn&#233;e de succ&#232;s ne pr&#233;judicie nullement &#224; la saintet&#233; du droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXII. On doit proclamer et observer le principe de non-intervention.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXIII. Il est permis de refuser l'ob&#233;issance aux princes l&#233;gitimes et m&#234;me de se r&#233;volter contre eux [&#224; distinguer du droit &#224; renverser un tyran, reconnu par ailleurs].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXIV. La violation d'un serment, quelque saint qu'il soit, et toute action criminelle et honteuse oppos&#233;e &#224; la loi &#233;ternelle, non seulement ne doit pas &#234;tre bl&#226;m&#233;e, mais elle est tout &#224; fait licite et digne des plus grands &#233;loges, quand elle est inspir&#233;e par l'amour de la patrie &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas du mariage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la ligne du point pr&#233;c&#233;dent, il s'agit ici surtout d'affirmer les droits du mariage religieux, seul vrai mariage pour le catholique, et son indissolubilit&#233;, ainsi que les droits de l'Eglise en la mati&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LXV. On ne peut &#233;tablir par aucune preuve que le Christ a &#233;lev&#233; le mariage &#224; la dignit&#233; de sacrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXVI. Le sacrement de mariage n'est qu'un accessoire du contrat et peut en &#234;tre s&#233;par&#233;, et le sacrement lui-m&#234;me ne consiste que dans la seule b&#233;n&#233;diction nuptiale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXVII. De droit naturel, le lien du mariage n'est pas indissoluble, et dans diff&#233;rents cas le divorce proprement dit peut &#234;tre sanctionn&#233; par l'autorit&#233; civile [cela peut surprendre certains, mais le fait est que l'Eglise a lutt&#233; contre le divorce jusqu'&#224; tr&#232;s r&#233;cemment ; elle n'insiste plus mais il n'y a pas discontinuit&#233; v&#233;ritable sur ce point].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXVIII. L'&#201;glise n'a pas le pouvoir d'&#233;tablir des emp&#234;chements dirimants au mariage : mais ce pouvoir appartient &#224; l'autorit&#233; s&#233;culi&#232;re, par laquelle les emp&#234;chements existants peuvent &#234;tre lev&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXIX. L'&#201;glise, dans le cours des si&#232;cles, a commenc&#233; &#224; introduire les emp&#234;chements dirimants non par son droit propre, mais en usant du droit qu'elle avait emprunt&#233; au pouvoir civil.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXX. Les canons du concile de Trente qui prononcent l'anath&#232;me contre ceux qui osent nier le pouvoir qu'a l'&#201;glise d'opposer des emp&#234;chements dirimants, ne sont pas dogmatiques ou doivent s'entendre de ce pouvoir emprunt&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXI. La forme prescrite par le concile de Trente n'oblige pas sous peine de nullit&#233;, quand la loi civile &#233;tablit une autre forme &#224; suivre et veut qu'au moyen de cette forme le mariage soit valide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXII. Boniface VIII a le premier d&#233;clar&#233; que le v&#339;u de chastet&#233; prononc&#233; dans l'ordination rend le mariage nul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXIII. Par la force du contrat purement civil, un vrai mariage peut exister entre chr&#233;tiens ; et il est faux, ou que le contrat de mariage entre chr&#233;tiens soit toujours un sacrement, ou que ce contrat soit nul en dehors du sacrement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXIV. Les causes matrimoniales et les fian&#231;ailles, par leur nature propre, appartiennent &#224; la juridiction civile &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les points plus disput&#233;s mais o&#249; une interpr&#233;tation en continuit&#233; est assez naturelle&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;voqu&#233; la s&#233;paration de l'Eglise et de l'Etat au LV (&#171; L'&#201;glise doit &#234;tre s&#233;par&#233;e de l'&#201;tat, et l'&#201;tat s&#233;par&#233; de l'&#201;glise &#187;). Cet article se compl&#232;te des deux articles qui suivent la liste pr&#233;c&#233;dente :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LXXV. Les fils de l'&#201;glise chr&#233;tienne et catholique disputent entre eux sur la compatibilit&#233; du pouvoir temporel avec le pouvoir spirituel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXVI. L'abrogation de la souverainet&#233; civile dont le Saint-Si&#232;ge est en possession servirait, m&#234;me beaucoup, &#224; la libert&#233; et au bonheur de l'&#201;glise &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fait l'Eglise actuelle cherche plut&#244;t l'autonomie par rapport au pouvoir civile et s'accommode bien de la s&#233;paration des deux pouvoirs. Mais elle n'a jamais exclu la possibilit&#233; d'un &#233;tat confessionnel chr&#233;tien (c'est-&#224;-dire sans cette s&#233;paration), et le Concile Vatican II (&lt;i&gt;Dignitatis Humanae&lt;/i&gt;) rappelle cette possibilit&#233;. En outre comme on sait le Saint-Si&#232;ge reste un &#233;tat souverain. En fait sur ce plan c'est le changement radical des circonstances qui a conduit &#224; ne plus rechercher cette formule, qui suppose une population massivement catholique. Mais cela reste possible et m&#234;me d&#233;sirable en soi, du moins si on en juge par les textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je mets par ailleurs &#224; part la derni&#232;re proposition condamn&#233;e du texte, la seule cit&#233;e partout, qui est &#233;videmment tr&#232;s provocatrice et par l&#224; un peu maladroite :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LXXX. Le Pontife Romain peut et doit se r&#233;concilier et transiger avec le progr&#232;s, le lib&#233;ralisme et la civilisation moderne &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prise &#224; la lettre on peut y voir le contraire de l'attitude de Vatican II. En m&#234;me temps les termes en sont tr&#232;s vagues. Le progr&#232;s m&#233;dical par exemple n'est &#233;videmment pas vis&#233;, mais l'id&#233;ologie du progr&#232;s continu, r&#233;alis&#233; par l'homme qui se veut sans Dieu et la civilisation qui en r&#233;sulte. Quant au lib&#233;ralisme, ce qui est vis&#233; est le lib&#233;ralisme philosophique, que l'Eglise condamne aujourd'hui sous le nom de relativisme (Beno&#238;t XVI notamment). Mais il serait l&#233;gitime d'y voir aussi un certain lib&#233;ralisme &#233;conomique d&#233;nonc&#233; par le pape Fran&#231;ois&#8230; La condamnation de cette phrase n'est donc pas si d&#233;cal&#233;e que cela.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les points o&#249; la continuit&#233; va moins de soi&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En fait le seul point qui n'est pas imm&#233;diatement compatible avec la doctrine actuelle est la libert&#233; religieuse, avec les condamnations suivantes, regroup&#233;es &#224; la fin, qui retrouvent d'autres textes de m&#234;me &#233;poque - qui sont d'ailleurs plus pr&#233;cis et critiques que le Syllabus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; LXXVII. A notre &#233;poque, il n'est plus utile que la religion catholique soit consid&#233;r&#233;e comme l'unique religion de l'&#201;tat, &#224; l'exclusion de tous les autres cultes. [La condamnation laisse entendre que ce n'est pas obligatoire mais utile ; le catholicisme y revendique de pouvoir &#234;tre la seule religion d'Etat, mais notons-le, cela ne dit rien sur le statut des autres religions &#224; c&#244;t&#233;, sauf qu'elles ne sont pas d'Etat].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXVIII. Aussi c'est avec raison que, dans quelques pays catholiques, la loi a pourvu &#224; ce que les &#233;trangers qui s'y rendent y jouissent de l'exercice public de leurs cultes particuliers. [La condamnation de cette proposition sous-entend que l'interdiction de cet exercice est licite voire d&#233;sirable, en pays catholique du moins, ce qui para&#238;t nier la libert&#233; religieuse aujourd'hui proclam&#233;e].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;LXXIX. Il est faux que la libert&#233; civile de tous les cultes, et que le plein pouvoir laiss&#233; &#224; tous de manifester ouvertement et publiquement toutes leurs pens&#233;es et toutes leurs opinions, jettent plus facilement les peuples dans la corruption des m&#339;urs et de l'esprit, et propagent la peste de l'Indiff&#233;rentisme &#187;. [Le texte ne condamne pas explicitement la libert&#233; des cultes des lib&#233;raux, comme d'autres textes pontificaux de l'&#233;poque, mais il la consid&#232;re n&#233;gative dans ses effets].&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; il est clair que Vatican II marque une inflexion nette : &lt;i&gt;Dignitatis Humanae&lt;/i&gt; proclame un droit &#224; la libert&#233; religieuse, et la voit tr&#232;s positivement. Jean-Paul II en fera m&#234;me la premi&#232;re des libert&#233;s, le premier des Droits de l'homme. Que peut-on penser de cette inflexion ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelques remarques sur le d&#233;veloppement de la doctrine
&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cela nous conduit en fait &#224; la question des modalit&#233;s de d&#233;veloppement de l'enseignement du magist&#232;re. Ce qui n&#233;cessite une analyse d&#233;taill&#233;e, qu'on ne peut que r&#233;sumer rapidement ici - je proposerai la mienne dans un ouvrage &#224; para&#238;tre sur la R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que la d&#233;claration conciliaire de Vatican II r&#233;affirme les doctrines anciennes dans leur principe. Il &#233;tait et reste parfaitement justifi&#233; de refuser une pr&#233;tendue libert&#233; de croire et de dire n'importe quoi et a fortiori un droit &#224; ce faire. Vatican II n'a jamais proclam&#233; l'&#233;galit&#233; de toutes les croyances ou religions, au contraire. donc sous cet angle l'enseignement ant&#233;rieur reste reconnu vrai. Mais d'un autre c&#244;t&#233; la formulation ant&#233;rieure &#233;tablissait un lien trop absolu entre le droit &#224; la libert&#233; des cultes et la relativisation de la v&#233;rit&#233; : on interpr&#233;tait trop vite la proclamation d'un droit civil &#224; pratiquer une autre religion comme impliquant automatiquement un droit moral &#224; penser n'importe quoi. Bien s&#251;r les &#034;lib&#233;raux&#034; du temps faisaient aussi cette assimilation, mais il e&#251;t &#233;t&#233; utile de faire la distinction. elle a &#233;t&#233; faite depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Surtout, ces condamnations prenaient insuffisamment en compte un autre principe traditionnel. La tradition catholique a toujours consid&#233;r&#233; en principe qu'on ne convertissait pas de force et notamment qu'on devait laisser aux non-chr&#233;tiens (juifs notamment ; les cas des h&#233;r&#233;tiques &#233;tait vu diff&#233;remment) la possibilit&#233; d'&#233;duquer leurs enfants dans leur religion et de pratiquer leurs rites, m&#234;me si trop souvent la pratique n'a pas &#233;t&#233; fid&#232;le &#224; ces principes. Le XIXe si&#232;cle exprimait cela en termes de &#8216;tol&#233;rance'. La formulation de Vatican II va plus loin, puisqu'elle parle de droit. Pourtant cela reste dans une mesure importante dans la ligne de la tradition ant&#233;rieure : si en effet une soci&#233;t&#233; chr&#233;tienne doit laisser &#224; des parents juifs la possibilit&#233; d'&#233;lever leurs enfants dans le juda&#239;sme, une telle obligation peut &#234;tre exprim&#233;e de fa&#231;on valide en disant que ces parents ont un droit &#224; ce faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, la discontinuit&#233; relative r&#233;sulte de l'unilat&#233;ralit&#233; de la formulation du XIXe si&#232;cle : le suppos&#233; droit &#224; penser n'importe quoi est bien un &#8216;d&#233;lire' comme le disait avec raison Gr&#233;goire XVI avant Pie IX ; il se confond avec le relativisme que condamnent les papes contemporains ; mais la condamnation ne prenait pas assez en compte d'autres aspects de la Tradition et notamment un certain respect (au moins en principe) de la pratique d'autres cultes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ce sujet il est important de noter que le texte de Vatican II prend soin de ne pas reprendre telle quelle la libert&#233; de croyance des lib&#233;raux, loin de l&#224; : en effet il ne proclame pas un &#8216;droit' &#224; croire ce qu'on veut, mais, dans la recherche de la v&#233;rit&#233; (qui est unique), recherche qui est pos&#233;e comme un devoir (donc en termes tr&#232;s traditionnels), il proclame le droit de ne pas subir de contrainte externe dans son cheminement et &#224; pouvoir suivre sa conscience, ce qui inclut le droit &#224; une certaine pratique de sa religion. C'est donc un droit &#224; une immunit&#233; relative dans la recherche de la v&#233;rit&#233;. La synth&#232;se que ce texte permet d'op&#233;rer entre les divers &#233;l&#233;ments traditionnels en fait &#224; mon sens un d&#233;veloppement l&#233;gitime de la doctrine (qui s'est produit en partie tr&#232;s importante, bien s&#251;r, sous l'influence des &#233;volutions dans la soci&#233;t&#233;). Ce d&#233;veloppement n'est d'ailleurs pas termin&#233;. Notamment l'articulation entre ces divers enseignements doit encore &#234;tre pr&#233;cis&#233;e, mieux que ce n'a &#233;t&#233; fait jusqu'ici.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit la tr&#232;s grande majorit&#233; des propositions refus&#233;es par le Syllabus reste pour l'essentiel refus&#233;e par le Magist&#232;re actuel (je ne parle pas ici des commentateurs, journalistes et de bien des th&#233;ologiens, qui sont r&#233;tifs au concept de magist&#232;re et donc a fortiori &#224; l'id&#233;e de continuit&#233;). La seule &#233;volution sensible incontestable concerne deux articles sur 80, et on peut rendre compte de leur logique en les resituant dans une perspective plus vaste, qui en modifie de fa&#231;on profonde la port&#233;e. &lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; de ce texte, l'&#233;clairage pour l'avenir est int&#233;ressant. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale on dira au vu de cette exp&#233;rience que ce que proclame le magist&#232;re (hors textes solennels, et infaillibilit&#233;) est vrai dans son principe, durablement ; mais qu'il peut &#224; l'occasion mettre excessivement l'accent sur une dimension vraie en soi, sans tenir assez compte d'autres &#233;l&#233;ments, ce qui fait que les textes qu'il propose puissent devoir ult&#233;rieurement &#234;tre r&#233;&#233;quilibr&#233;s. De fa&#231;on certes ponctuelle, mais qui peut avoir une signification majeure (cas &#233;videmment de la libert&#233; religieuse). Mais m&#234;me dans un tel cas ces textes restent une r&#233;f&#233;rence pour d&#233;gager la doctrine d'ensemble. On n'est donc pas du tout dans une approche en termes de &#171; remplace et annule &#187;, mais dans un tissu o&#249; l'herm&#233;neutique de continuit&#233; ch&#232;re &#224; Beno&#238;t XVI se confirme &#234;tre le seul principe coh&#233;rent avec la notion m&#234;me de magist&#232;re.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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