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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise grecque : o&#249; est la morale ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Crise-grecque-ou-est-la-morale.html</link>
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		<dc:date>2015-02-19T13:47:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise dette</dc:subject>
		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>Dette</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La situation d&#233;sastreuse de la Gr&#232;ce est in&#233;dite sur la sc&#232;ne europ&#233;enne. Le nouveau gouvernement Ts&#237;pras a un m&#233;rite : poser en termes tranch&#233;s le dilemme de la Gr&#232;ce. Et un d&#233;faut : ne pas admettre l'ampleur des efforts &#224; fournir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La dette est due...mais il faut la remettre pour l'essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Gr&#232;ce a subi un choc sans pr&#233;c&#233;dent...mais il faut poursuivre les r&#233;formes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons de plus pr&#232;s ce qu'il en est, sous l'angle &#224; la fois de la r&#233;alit&#233; et de la morale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Dette-publique-budget-fiscalite-.html" rel="directory"&gt;Dette publique et crises&lt;/a&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La situation d&#233;sastreuse de la Gr&#232;ce est in&#233;dite sur la sc&#232;ne europ&#233;enne. Le nouveau gouvernement Ts&#237;pras a un m&#233;rite : poser en termes tranch&#233;s le dilemme de la Gr&#232;ce. Et un d&#233;faut : ne pas admettre l'ampleur des efforts &#224; fournir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant la question est devenue essentiellement politique : il s'agit de d&#233;finir des responsabilit&#233;s, et de justifier aupr&#232;s des peuples les consid&#233;rables efforts que la situation exige de tous les c&#244;t&#233;s. On voit mal comment y proc&#233;der sans une analyse morale. Introduire des consid&#233;rations morales dans ce tohu-bohu peut para&#238;tre bizarre. Mais politiquement c'est incontournable. Encore faut-il garder &#224; l'esprit qu'il n'y a pas de jugement moral possible sans une analyse lucide des faits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce point de vue je r&#233;sumerai le constat comme suit :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Fallait-il que la Gr&#232;ce s'endette comme elle l'a fait ? Absolument pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	Est-elle responsable de ses choix ? Bien s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	La zone euro a-t-elle dysfonctionn&#233; ? &#201;videmment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	L'Europe a-t-elle ferm&#233; les yeux trop longtemps ? Sans aucun doute.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	La dette grecque est-elle due ? Certainement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Faut-il &#224; nouveau la r&#233;duire fortement, voire l'annuler ? Oui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;7.	Est-ce que cela r&#232;glerait le probl&#232;me de la Gr&#232;ce ? Non et de loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;8.	Sortir de la zone euro est-il faisable ? Difficilement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;9.	Cela r&#233;soudrait-il la question ? En partie seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;10.	Une forme d'aust&#233;rit&#233; est-elle in&#233;vitable, avec de douloureuses r&#233;formes, le tout sur la dur&#233;e ? Oui h&#233;las et il faut le dire aux Grecs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons cela plus en d&#233;tails.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je passerai rapidement sur le pass&#233;. L'artifice de l'euro a cr&#233;&#233; une illusion collective : celle de la convergence sans responsabilit&#233;. Les Grecs ont pu s'endetter &#224; tour de bras, comme les autres Europ&#233;ens d'ailleurs, cr&#233;ant une prosp&#233;rit&#233; artificielle mais sans v&#233;ritablement investir et encore moins r&#233;former leur &#233;conomie et leur appareil public. Quand la bulle a &#233;clat&#233;, au lieu de reconna&#238;tre les faits et de proc&#233;der &#224; une r&#233;duction &#233;nergique de leur dette, au moins par r&#233;&#233;chelonnement, on a mis en place des pr&#234;ts publics massif. Plus une aust&#233;rit&#233; d'une s&#233;v&#233;rit&#233; rare, avec une r&#233;duction du PIB de l'ordre du quart. Et quand on s'est enfin d&#233;cid&#233; &#224; r&#233;duire la dette due aux cr&#233;anciers priv&#233;s, on n'a pas touch&#233; cette dette envers les cr&#233;anciers publics. R&#233;sultat : la Gr&#232;ce est toujours beaucoup trop endett&#233;e, mais le gros de sa dette est envers des cr&#233;anciers publics : les autres Etats europ&#233;ens, la BCE, le FMI. Ce qui est politiquement beaucoup plus sensible. Et l'aust&#233;rit&#233; continue, sans perspective de sortie. Comment s'&#233;tonner alors du r&#233;sultat des &#233;lections ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire avec cette dette ? Rappelons-le : elle a &#233;t&#233; contract&#233;e librement : personne n'y a oblig&#233; la Gr&#232;ce. Elle est donc due. Et pourtant il faut l'annuler, en tout ou en tr&#232;s grande partie. Techniquement, parce qu'elle p&#232;se tr&#232;s lourd et ne sera &#233;videmment jamais rembours&#233;e, ni m&#234;me ind&#233;finiment report&#233;e Garder cette dette qui maintient la Gr&#232;ce dans une situation intenable est une impasse, m&#234;me si le gouvernement actuel avalait la couleuvre. Les cr&#233;anciers priv&#233;s l'avaient compris, qui ont annul&#233; plus de 70 % de leur part. Moralement, parce que si une cr&#233;ance est due, ce ne peut &#234;tre au prix de la mort ou de la ruine du d&#233;biteur. Outre la loi naturelle, voire le bon sens, un message comme celui de la Bible nous le rappelle avec force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que c'est un pr&#233;c&#233;dent, que c'est la r&#233;compense du fautif. En fait ce n'est un pr&#233;c&#233;dent que si un autre pays descendait aux enfers comme la Gr&#232;ce. Mais qui peut envisager de s'engager volontairement dans la voie de la rupture, en arguant de ce pr&#233;c&#233;dent ? Juste pour effacer des dettes ? C'est peu cr&#233;dible. D'autant que cet effacement de dette &#233;ventuel ne suffira pas, et de loin. M&#234;me en repartant de z&#233;ro la Gr&#232;ce aurait terriblement besoin d'argent externe ; mais qui va pr&#234;ter dans ces conditions ? Et comme on sait elle a besoin de profondes r&#233;formes, forc&#233;ment dures pour le peuple grec. Il n'y est pas encore vraiment pr&#234;t. Le gouvernement Ts&#237;pras a raison sur la dette. Il est normal en outre qu'il demande de l'aide. Mais il erre compl&#232;tement sur les r&#233;formes et sur l'aust&#233;rit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et l'euro ? Ce fut &#233;videmment une erreur pour la Gr&#232;ce d'entrer dans le m&#233;canisme. Un ajustement en monnaie nationale est beaucoup plus supportable politiquement, et plus s&#251;r &#224; terme. Mais il est tr&#232;s difficile de changer de monnaie, en pleine crise, sans administration digne de ce nom, et contre les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats de la population qui rappelons-le, quand elle a de l'argent aujourd'hui, a des euros et ne veut pas les voir se transformer en drachmes aussit&#244;t d&#233;valu&#233;es. Mais peut-&#234;tre cela sera-t-il in&#233;vitable &#224; terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que doivent donc faire les Europ&#233;ens ? Engager la discussion sur des bases lucides. Remettre la dette (de fa&#231;on avou&#233;e ou par des moyens &#233;quivalents), et aider la Gr&#232;ce, financi&#232;rement, en &#233;change des r&#233;formes r&#233;ellement drastiques qu'impose la situation. Voire accompagner de bonne gr&#226;ce la sortie de la zone. Le r&#233;alisme et la morale vont dans le m&#234;me sens. Autant donc y aller r&#233;solument.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Tribune publi&#233;e sur La Croix du 17 f&#233;vrier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voir sur le m&#234;me sujet les articles suivants, qui gardent leur valeur :
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Crise de la dette : le laboratoire grec ou la descente aux enfers - du 30 mai 2012 ;
&lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Une r&#233;duction de dettes in&#233;luctable en zone euro ? - du janvier 2012 &lt;br /&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Crise de la zone euro : il faut des proc&#233;dures collectives - du jeudi 6 octobre 2011.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Compl&#233;ment au 25 f&#233;vrier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-il besoin d'ajouter que les accords r&#233;cents ne changent en rien le diagnostic ? Soit le gouvernement grec a capitul&#233;, soit il louvoie. Au mieux on a gagn&#233; du temps, mais la situation reste sans avenir. Le soulagement est nul ; et les r&#233;formes restent insuffisantes.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le Notre P&#232;re : offenses &#224; pardonner, &#8216;dettes' &#224; remettre</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-Notre-Pere-offenses-a-pardonner-dettes-a-remettre.html</link>
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		<dc:date>2010-02-26T10:25:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dette</dc:subject>
		<dc:subject>Le Notre P&#232;re</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Lecture inattendue d'une demande famili&#232;re &lt;br class='autobr' /&gt;
Les textes &lt;br class='autobr' /&gt;
On conna&#238;t les controverses qui ont agit&#233; pendant des si&#232;cles la Chr&#233;tient&#233; sur la question du taux d'int&#233;r&#234;t et de l'usure. Mais on peut aborder le th&#232;me tr&#232;s riche de la dette sous un angle plus inattendu, en prenant le Notre P&#232;re. Dans cette pri&#232;re au centre de la vie chr&#233;tienne, nous demandons, si on remonte aux textes originaux, de nous remettre nos &#8216;dettes'. Pourquoi cet emprunt au vocabulaire financier dans une pri&#232;re (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-et-foi-religion-et-politique-.html" rel="directory"&gt;Foi et th&#233;ologie&lt;/a&gt;

/ 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Le-Notre-Pere-+.html" rel="tag"&gt;Le Notre P&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Lecture inattendue d'une demande famili&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les textes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On conna&#238;t les controverses qui ont agit&#233; pendant des si&#232;cles la Chr&#233;tient&#233; sur la question du taux d'int&#233;r&#234;t et de l'usure. Mais on peut aborder le th&#232;me tr&#232;s riche de la dette sous un angle plus inattendu, en prenant le Notre P&#232;re. Dans cette pri&#232;re au centre de la vie chr&#233;tienne, nous demandons, si on remonte aux textes originaux, de nous remettre nos &#8216;dettes'. Pourquoi cet emprunt au vocabulaire financier dans une pri&#232;re fondatrice ? Cela semble indiquer qu'il y a d'une certaine fa&#231;on une relation de dette entre Dieu et nous. Comment peut-on l'analyser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Regardons d'abord la position de la question dans les textes. La phrase du Pater sur le pardon de nos &#8216;dettes', traduites en fran&#231;ais par &#8216;pardon de nos offenses', est plus &#233;tonnante qu'il ne para&#238;t au premier abord. Si l'on prend la Vulgate (le grec est semblable), le texte du Pater dans saint Matthieu dit tr&#232;s clairement &#171; &lt;i&gt;dimitte nobis debita nostra, sicut et nos dimittimus debitoribus nostris&lt;/i&gt; &#187; ; or si le mot &lt;i&gt;debeo&lt;/i&gt; a un sens relativement large, &lt;i&gt;debitum&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;debitor&lt;/i&gt; en revanche sont clairement des mots de la langue &#233;conomique (c'est devoir de l'argent, et pas autre chose). L'usage des mots dettes et d&#233;biteur dans un sens religieux est rare dans le Nouveau testament ; et est plut&#244;t r&#233;serv&#233; &#224; l'argent. Dans le Nouveau Testament, on trouve par exemple dans Matthieu 18 la parabole du serviteur qui devait de l'argent &#224; son ma&#238;tre et qui avait lui-m&#234;me un d&#233;biteur ; chez Luc celle de l'intendant malhonn&#234;te, o&#249; il est &#233;galement question de dettes d'argent. Dans Luc 7 avec l'&#233;pisode chez Simon, on retrouve le m&#234;me sens : un cr&#233;ancier remet des dettes &#224; un gros d&#233;biteur et &#224; un petit : la question &#233;tant qui l'aime le plus. Par opposition aux deux mots ci-dessus, on trouve en revanche de nombreux usages des verbes &lt;i&gt;debere&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;opheilo&lt;/i&gt; au sens de &#8216;devoir' en g&#233;n&#233;ral et en particulier de devoir moral, ce que l'on doit faire ; et m&#234;me curieusement dans 1 Cor 7, 3 pour parler de ce qu'une femme &#8216;doit' &#224; son mari et inversement&#8230; Ce qui peut d&#233;teindre sur les deux mots pr&#233;c&#233;dents. Ainsi le mot debitor appara&#238;t dans Gal 5,3 pour nous dire que celui qui se circoncit l'est : &lt;i&gt;quoniam debitor est universae legis faciendae&lt;/i&gt; (il est &#8216;d&#233;biteur' de la loi, ce qui veut dire &#8216;doit' la mettre en &#339;uvre). Dans Rom 1,15 saint Paul se d&#233;clare &lt;i&gt;Gracecis et barbaris&#8230; debitor&lt;/i&gt;. Il a des &#8216;devoirs' envers eux. On retrouve l'usage du mot dans Mat 23 16 et 18 o&#249; on rencontre la question de jurer par le sanctuaire ou par son or : si on jure on &#8216;doit'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On en trouve cependant un usage d&#233;riv&#233; imag&#233;. D&#233;j&#224;, dans les textes non chr&#233;tiens, on peut &#234;tre redevable d'autre chose, et plus particuli&#232;rement de la vie, consid&#233;r&#233;e comme due &#224; la nature. Payer sa dette par exemple peut vouloir dire mourir. On trouve en outre dans l'&#233;p&#238;tre de saint Paul aux Romains des passages suggestifs o&#249; se m&#234;lent de fa&#231;on variable ces deux sens. Ainsi dans Rom 4,4, parlant du salut par la gr&#226;ce ou par les &#339;uvres, il nous dit : &lt;i&gt;ei autem qui operatur merces non imputatur secundum gratiam sed secundum debitum&lt;/i&gt; (de m&#234;me en grec avec &lt;i&gt;opheilemata&lt;/i&gt;). Celui qui op&#232;re des &#339;uvres doit recevoir ce qui lui est d&#251;, mais justement c'est comme un d&#251; ; ce n'est pas par la gr&#226;ce. Il semble donc que le d&#251;, qui est ici non financier, s'oppose &#224; la gr&#226;ce ; ou plut&#244;t il ne d&#233;passe pas le plan (en g&#233;n&#233;ral mat&#233;riel) des &#339;uvres elles-m&#234;mes, avec leurs perspectives limit&#233;es et calculables. Puis dans Rom 8,12 &lt;i&gt;ergo fratres debitores sumus non carni ut secundum carnem vivamus&lt;/i&gt; : nous ne sommes pas &#8216;d&#233;biteurs' envers la chair en sorte que nous vivions selon la chair. On trouve la notion de devoir, mais ici aussi compris comme une dette. On citera ensuite Rom 13,7 &lt;i&gt;reddite omnibus debita cui tributum tributum&lt;/i&gt; etc&#8230;Il faut rendre &#224; chacun ce que l'on doit, ainsi l'imp&#244;t&#8230;Et plus int&#233;ressant 13,8&lt;i&gt; nemini quicquam debeatis nisi ut invicem diligatis&lt;/i&gt; : nous n'avons pas de d&#251; &#224; quiconque que de nous aimer les uns les autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des exemples d'extension de sens o&#249; on est &#8216;d&#233;biteur' de ce qu'on doit faire selon la loi morale. Mais Il est en revanche tr&#232;s rare de voir employ&#233;s ces morts avec une connotation de p&#233;ch&#233; ou de faute, comme le fait le Notre P&#232;re. Nous ne voyons que Luc 14, 4, o&#249; on voit employ&#233; debitor dans le sens de &#8216;coupable' (et de m&#234;me en grec). Il s'agit de ceux sur qui la tour de Silo&#233; est tomb&#233;e : sont ils plus &#8216;coupables' que les autres ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le constate, sauf dans ce dernier passage l'emploi des deux mots du Pater dans le sens de p&#233;ch&#233;, ou approchant, est quasi inexistant. Ou on parle de vraies dettes, d'argent. Ou de devoir moral. Ou, entre les deux, de devoirs envers des entit&#233;s comme la Loi, la chair etc., qui s'apparentent &#224; la foi &#224; des devoirs moraux et &#224; des dettes d'argent. Mais normalement pas de faute. Dans ces divers textes il appara&#238;t donc clairement ce point essentiel que le devoir moral est d'une certaine fa&#231;on une dette ; le mot &#233;tant compris au sens financier. Mais en m&#234;me temps c'est en quelque sorte le stade le plus &#233;l&#233;mentaire du devoir, celui de la Loi, avant toute consid&#233;ration de gr&#226;ce ou de gratuit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que la lecture courante du Pater, qui interpr&#232;te les dettes &lt;i&gt;debita&lt;/i&gt; comme des p&#233;ch&#233;s, est juste (comme le confirme le cat&#233;chisme - CEC). En t&#233;moigne tout simplement le texte de ce m&#234;me Pater que nous en donne saint Luc, qui est diff&#233;rent, puisqu'il parle de p&#233;ch&#233;s : &lt;i&gt;dimitte nobis peccata nostra siquidem et ipsi dimittimus omni debenti nobis&lt;/i&gt;. M&#234;me chose en grec avec &lt;i&gt;amartias&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;opheil&#244;n&lt;/i&gt;. Donc le texte du Pater vise l&#233;gitimement les p&#233;ch&#233;s, au moins entre autres choses. Mais alors, pourquoi le texte d'une pri&#232;re aussi fondamentale, et plus encore le seul texte utilis&#233;, celui de saint Matthieu, parle de dettes, alors que le mot a tr&#232;s rarement le sens de p&#233;ch&#233; ? Sans doute pour dire aussi autre chose en m&#234;me temps. Voyons ce que cela peut &#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dette et devoir moral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Ce qui para&#238;t caract&#233;riser une dette, c'est de pr&#233;supposer un rapport entre deux personnes, m&#233;diatis&#233; par un tiers objet, en g&#233;n&#233;ral mais pas toujours mat&#233;riel. Une dette ne suppose pas n&#233;cessairement que de l'argent ait &#233;t&#233; pr&#234;t&#233;, qu'il faut ensuite rendre. Ce peut &#234;tre une compensation due &#224; un pr&#233;judice ; ou m&#234;me l'effet d'un devoir reconnu par la loi et qui cr&#233;e une obligation au profit de quelqu'un, et par l&#224; devient une cr&#233;ance de ce dernier sur le d&#233;biteur. Le rapport entre ces deux intervenants est alors dissym&#233;trique : l'un a un droit sur l'autre. En outre, quand on parle de dette on m&#234;le souvent deux stades diff&#233;rents de l'endettement : la dette au sens large, qui est le simple fait qu'on a un obligation envers quelqu'un, mais sans qu'il y ait n&#233;cessairement effet imm&#233;diat ; et la dette qui est &#233;chue, celle qu'on aurait d&#251; d&#233;j&#224; honorer, et qui cr&#233;e donc une d&#233;pendance, ou un devoir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit d&#232;s lors le lien entre devoir moral et dette : comme la morale traite pour l'essentiel de rapports entre personnes, toute prescription morale implique un devoir envers quelqu'un, donc en un sens une &#8216;dette' au sens large, &#224; cette diff&#233;rence pr&#232;s qu'on tend &#224; ne parler de dette que lorsque le cr&#233;ancier avait apport&#233; quelque chose au d&#233;biteur dans un premier temps, et qu'il s'agit ensuite de le rendre. On peut &#234;tre alors tent&#233; de dire que, de m&#234;me que, en droit civil, si j'&#233;l&#232;ve un enfant le droit m'oblige &#224; le nourrir, ce qui cr&#233;e &#224; son profit une cr&#233;ance sur moi, on pourrait dire que d'une certaine fa&#231;on les autres ont une cr&#233;ance sur nous, parce que nous avons un devoir de charit&#233; envers eux. Mais ce n'est pas si net : entre personnes il s'agit comme le dit saint Paul d'un devoir d'amour mutuel, qui est donc distinct d'une cr&#233;ance mat&#233;rielle ; en outre, c'est plus un devoir pour nous qu'une cr&#233;ance au profit des autres. On peut m&#234;me noter, dans l'opposition entre gr&#226;ce et &#339;uvres ci-dessus, que celui qui limite son horizon &#224; un calcul de droits mat&#233;riels, esp&#233;rant comme son d&#251; une r&#233;compense tangible &#224; ce qu'il fait, se situe en cela hors du plan de la gr&#226;ce. Il appara&#238;t donc qu'entre personnes humaines la &#8216;dette' qu'on appellera morale est d'un autre ordre que la dette mat&#233;rielle. C'est une &#8216;dette' unilat&#233;rale : il faut donner ou, si l'on veut, rendre, mais sans lien avec un b&#233;n&#233;fice re&#231;u au pr&#233;alable, sans constitution de cr&#233;ance au profit de l'autre d&#233;fini pr&#233;cis&#233;ment, et bien s&#251;r sans attendre un r&#233;sultat pr&#233;cis. C'est une dette sans origine ni limite. Du moins vrai si l'on fait abstraction de Dieu.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une dette envers Dieu ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Avec Dieu le probl&#232;me se modifie et se pr&#233;cise. Nous avons en effet &#233;videmment des devoirs envers Dieu. Mais ici la dette est clairement constitu&#233;e, puisque nous Lui devons tout. Un passage de saint Augustin utilise par exemple explicitement ce vocabulaire. Or cette expression de &#8216;devoir tout &#224; quelqu'un' a deux sens : d'un c&#244;t&#233; elle se r&#233;f&#232;re &#224; ce qui a &#233;t&#233; re&#231;u, et alors en l'esp&#232;ce c'est clair , puisque c'est Lui qui nous a tout donn&#233;. D'un autre c&#244;t&#233;, dans l'autre sens de cette expression, elle nous dit ce que nous devons faire : que Lui devons-nous au juste, c'est-&#224;-dire : qu'est-ce qu'il est de notre devoir de Lui donner en retour ? Mais nous savons en termes g&#233;n&#233;raux ce qu'il attend de nous : c'est de r&#233;pondre &#224; Son amour, de nous ouvrir &#224; Lui, de faire Sa volont&#233;. Vu donc sous les deux angles, il y a bien ici d'une certaine fa&#231;on une &#8216;dette' au sens propre, financier, de fa&#231;on beaucoup plus exacte qu'entre personnes humaines. Il nous a tout donn&#233; et nous Lui devons (donc aussi &#224; nos fr&#232;res) de donner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci dit, l&#224; encore le terme para&#238;t rencontrer ses limites. D'abord son objet n'est pas principalement mat&#233;riel. En outre et surtout, il n'est pas born&#233; et ma&#238;trisable. Comme le montre l'exemple des saints, on peut et doit toujours &#234;tre amen&#233; &#224; donner plus en retour ; mais alors on re&#231;oit de ce fait plus encore (plus de gr&#226;ce), et la dette augmente&#8230; (si on veut continuer &#224; parler de dette). C'est la seule &#8216;dette' qui augmente quand on cherche &#224; la &#8216;rembourser', puisqu'on la &#8216;paye' avec &#8216;l'argent' du cr&#233;ancier&#8230;Plus profond&#233;ment la r&#233;alit&#233; est alors qu'on ne cherche pas &#224; la &#8216;rembourser' au sens propre, c'est-&#224;-dire &#224; d&#233;nouer le lien avec l'autre partie, tout au contraire. Ce qui veut dire qu'une telle relation &#224; Dieu est &#224; la fois une relation de &#8216;dette' puisque c'est vrai que nous Lui devons tout ; et en m&#234;me temps un appel &#224; une relation tout diff&#233;rente, o&#249; pr&#233;cis&#233;ment la notion de dette calcul&#233;e dispara&#238;t. Le point ultime est une situation o&#249; le calcul dispara&#238;t compl&#232;tement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira qu'on est loin du Pater, qui demande au P&#232;re de nous remettre ces dettes, con&#231;ues comme des p&#233;ch&#233;s. Mais justement pas : Dieu ne demande en &#233;change de nos &#8216;dettes', au sens pr&#233;c&#233;dent, que nous ouvrir &#224; Lui pour donner et donc recevoir plus. Or ce n'est pas ce que nous faisons dans la r&#233;alit&#233;, en tout cas pas toujours, et en g&#233;n&#233;ral de fa&#231;on insuffisante : c'est ce manque qu'on appelle le p&#233;ch&#233;. Qui dit p&#233;ch&#233; dit alors &#233;mergence de la &#8216;dette' au sens pr&#233;c&#233;dent, comme dette au sens de dette &#233;chue, de cr&#233;ance non honor&#233;e. En d'autres termes, ce que nous &#8216;devons' &#224; Dieu, qui sort du r&#233;gime de la dette au sens large si nous sommes dans Sa voie, devient dette v&#233;ritable et &#233;chue si nous nous en &#233;loignons. Dette et p&#233;ch&#233; ont alors identiques. On retrouve ici le concept paulinien de la Loi : la Loi opprime celui qui en reste aux calculs de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une explication analogue que donne saint Thomas dans son Commentaire sur le Pater ; pr&#233;cis&#233;ment pour expliquer la phrase dont nous parlons : si nous ne donnons pas &#224; Dieu ce qui Lui est d&#251;, nous nous cr&#233;ons une dette envers lui. Or le &#8216;droit' de Dieu est que nous fassions Sa volont&#233; et non la n&#244;tre. Si nous pr&#233;f&#233;rons cette derni&#232;re &#224; la Sienne, qui est ce qu'on appelle p&#233;ch&#233;, une dette appara&#238;t : ces dettes sont donc nos p&#233;ch&#233;s. &lt;i&gt;Debemus autem Deo illud quod auferimus de iure suo. Ius autem Dei est ut faciamus voluntatem suam, praeferendo eam voluntati nostrae.. Auferimus ergo Deo ius suum, cum praeferimus voluntatem nostram voluntati suae : et hoc est peccatum. Peccata ergo sunt debita nostra&lt;/i&gt;. Ce droit de Dieu &#224; ce que nous fassions Sa volont&#233; repose sur notre rapport de d&#233;pendance essentielle envers Lui : il y a donc bien &#8216;dette', impliquant un devoir de notre part. Si nous n'honorons pas ce devoir, la dette est constitu&#233;e comme dette &#233;chue : c'est le p&#233;ch&#233;. Mais on peut dire plus encore : c'est en p&#233;chant, c'est-&#224;-dire nous restreignant &#224; l'horizon born&#233; de nous-m&#234;me ou de nos d&#233;sirs vus hors de l'infinit&#233; de Dieu, que nous nous restreignons &#224; l'horizon &#233;troit et au vocabulaire de la dette. Sous un autre angle, on peut m&#234;me dire en outre que le p&#233;ch&#233; implique dans une large mesure qu'une partie de nous-m&#234;mes est frustr&#233;e de Dieu et r&#233;clame son d&#251;, ce qu'elle &#233;tait faite pour recevoir et dont nous la privons ; sont frustr&#233;s aussi les autres, qui auraient pu recevoir quelque chose de nous. Comme l'enfant non nourri par ses parents et qui peut r&#233;clamer devant le tribunal. De ce point de vue toute dette envers nous-m&#234;mes et le prochain (tout p&#233;ch&#233; donc) est a fortiori une dette envers Dieu (p&#233;ch&#233; au sens classique) et r&#233;ciproquement, puisque nous sommes faits pour vivre en et par Lui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais alors pourquoi ce mot de dette dans le Pater et pas celui de p&#233;ch&#233; ? Sans doute parce que le terme de dette implique une relation, plus que celui de p&#233;ch&#233;. Les mots d&#233;signant le p&#233;ch&#233; (peccatum, mais c'est vrai aussi du grec) veulent dire &#224; l'origine erreur, faute. Ce qui n'implique pas en soi que la faute soit commise par rapport &#224; quelqu'un. S'il y a dette en revanche, ce quelqu'un existe et est reconnu. Or dans cette pri&#232;re, par excellence nous nous adressons au P&#232;re. Le mot dette, parce qu'il implique une relation, et une relation d'&#233;change, et surtout, pour nous, de don re&#231;u, est alors le plus adapt&#233;. En r&#233;sum&#233;, il y a dette chaque fois que nous bloquons dans le p&#233;ch&#233; le libre retour du don divin, par un calcul mesquin qui introduit un manque et corr&#233;lativement un d&#251;, notamment envers une Personne, Dieu d'abord, nos fr&#232;res et nous- m&#234;mes ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux points en compl&#233;ment :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1) Que dire du mot offense ? Il a l'avantage lui aussi d'&#233;voquer une relation : il implique que nous reconnaissions avoir ab&#238;m&#233; notre relation avec Dieu, et implicitement nous-m&#234;mes. Mais d'une part c'est un mot affectif, au contraire des pr&#233;c&#233;dents. D'autre part il ne les traduit pas pleinement : s'il y a offense, il y a sans doute dette puisqu'une r&#233;paration para&#238;t s'imposer ; mais on peut avoir au moins dans l'usage courant dette sans qu'il y ait offense. Un inconv&#233;nient plus grand est son flou relatif : en effet ce mot resterait encore valable si nous ne devions rien d'essentiel &#224; Dieu, mais que nous l'agressions par notre comportement. En r&#233;sum&#233; le mot ne traduit pas notre d&#233;pendance infinie envers Dieu. Si l'on regarde les autres langues, on constate trois familles de solutions : la gr&#233;co-latine qui parle de dette (italien, espagnol, portugais), la fran&#231;aise (anglais avec &#8216;&lt;i&gt;trespass&lt;/i&gt;') ; et l'allemande (o&#249; &#8216;&lt;i&gt;Schuld&lt;/i&gt;' veut dire &#224; la fois faute et dette). On peut rappeler en outre qu'en arabe les mots religions et dette sont de la m&#234;me racine (&lt;i&gt;d&#238;n&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;dain&lt;/i&gt;). Ceci simplement pour montrer le lien souvent fait entre tous ces concepts. Et tr&#232;s logiquement, car tout devoir est un devoir envers quelqu'un, et le mot qui traduit cela dans le langage courant c'est celui de dette...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2) Que dire des dettes au sens courant ? Car s'il y a d'une certaine fa&#231;on dette dans un certain rapport que nous avons avec Dieu, ce rapport structure en retour le sens de la dette au sens courant du terme. De fait : il y a dette quand on a re&#231;u un certain bienfait, et que notre rapport au cr&#233;ancier en reste &#224; cette relation &#233;l&#233;mentaire qui ne fait intervenir aucun &#233;l&#233;ment de Charit&#233;, c'est &#224; dire de la Vie &#233;ternelle. Ce qui peut &#234;tre l&#233;gitime, mais limit&#233;. Dans la perspective de la Vie en Dieu, la dette dispara&#238;t. Elle r&#233;gule les &#233;changes de ce monde, gouvern&#233;s par la Loi. L&#233;gitimes, mais en de&#231;&#224; de la gr&#226;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;dig&#233; en septembre 2005&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initialement dans Libert&#233; politique)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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