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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Entreprises, march&#233; et finance dans 'Laudato si' : une appr&#233;ciation bien n&#233;gative</title>
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		<dc:date>2015-07-28T08:52:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Finance un regard chr&#233;tien</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Laudato Si</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et entreprise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'encyclique Laudato si du pape Fran&#231;ois est un texte remarquable, porteur de messages essentiels. Notamment le rappel de la responsabilit&#233; majeure que nous avons par rapport &#224; la vie qui nous entoure et aux &#233;quilibres menac&#233;s de notre plan&#232;te, et donc la n&#233;cessaire conversion personnelle et collective. L'urgence de la situation des pauvres. Le besoin d'une vision unifi&#233;e de l'homme et de sa place. En bref l'id&#233;e de maison commune. Les critiques que certains ont pu lui faire sur ce plan et l'id&#233;e qu'il y aurait l&#224; une rupture doctrinale au sein de l'Eglise se trompent donc de cible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant dans ces r&#233;actions un aspect indiscutable, qui est l'appr&#233;ciation que fait l'encyclique de tout ce qui est entreprise, finance et march&#233;. Nous avons relev&#233; les passages de Laudato si qui &#233;voquent ces sujets : ses appr&#233;ciations sont toutes n&#233;gatives et souvent abruptes. Les maux qui sont d&#233;nonc&#233;s sont bien s&#251;r r&#233;els ; mais le texte n'ouvre pas de perspective positive pour ces r&#233;alit&#233;s pourtant essentielles. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi :&lt;/i&gt; Intervention au colloque du 17 octobre 2015 de l'Association des &#233;conomistes catholiques sur l'encyclique Laudato si et l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3w_n29A4_iE&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=3w_...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-entreprise-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et entreprise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Entreprises, march&#233; et finance dans &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; : une appr&#233;ciation bien n&#233;gative&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; du pape Fran&#231;ois est un texte remarquable, porteur de messages essentiels. Notamment le rappel de la responsabilit&#233; majeure que nous avons par rapport &#224; la vie qui nous entoure et aux &#233;quilibres menac&#233;s de notre plan&#232;te, et donc la n&#233;cessaire conversion personnelle et collective. L'urgence de la situation des pauvres. Le besoin d'une vision unifi&#233;e de l'homme et de sa place. En bref l'id&#233;e de maison commune. Les critiques que certains ont pu lui faire sur ces plans, notamment aux Etats-Unis, ainsi que l'id&#233;e qu'il y aurait l&#224; une rupture doctrinale au sein de l'Eglise se trompent donc de cible et devraient plut&#244;t entendre l'appel &#224; ce qui est un v&#233;ritable examen de conscience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant dans ces r&#233;actions un aspect indiscutable, qui est l'appr&#233;ciation n&#233;gative que fait l'encyclique de tout ce qui est entreprise, finance et march&#233;. Le pape Fran&#231;ois ne semble pas beaucoup appr&#233;cier ces r&#233;alit&#233;s, qu'il n'&#233;voque que n&#233;gativement. Nous nous sommes livr&#233;s &#224; un relev&#233; exhaustif des passages de &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt; qui &#233;voquent les entreprises, la finance, le march&#233; ou toute forme de calcul financier : comme on le verra, les appr&#233;ciations qu'elle porte sur leur r&#244;le sont toutes n&#233;gatives et souvent abruptes. Les maux qui sont d&#233;nonc&#233;s &#224; leur sujet sont bien s&#251;r r&#233;els ; mais le texte n'ouvre pas de perspective d'utilisation positive possible de ces r&#233;alit&#233;s pourtant essentielles. Voyons cela de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'intervention toujours malfaisante des entreprises&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Prenons d&#233;j&#224; l'intervention &#224; un titre quelconque des entreprises (et surtout des grandes). Au 38 : sur &#171; ces poumons de la plan&#232;te pleins de biodiversit&#233; que sont l'Amazonie et le bassin du fleuve Congo &#187;, il est dit qu'&#171; on ne peut pas non plus ignorer les &#233;normes int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques internationaux qui, sous pr&#233;texte de les sauvegarder, peuvent porter atteinte aux souverainet&#233;s nationales. De fait, il existe &#8216;des propositions d'internationalisation de l'Amazonie, qui servent uniquement des int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des corporations transnationales'&#034;. De m&#234;me au 54 &#171; la soumission de la politique &#224; la technologie et aux finances se r&#233;v&#232;le dans l'&#233;chec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'int&#233;r&#234;ts particuliers, et tr&#232;s facilement l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique arrive &#224; pr&#233;valoir sur le bien commun et &#224; manipuler l'information pour ne pas voir affect&#233;s ses projets. En ce sens, le Document d'Aparecida r&#233;clame que &#8216;dans les interventions sur les ressources naturelles ne pr&#233;dominent pas les int&#233;r&#234;ts des groupes &#233;conomiques qui ravagent d&#233;raisonnablement les sources de la vie' &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb1&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Document d'Aparecida (29 juin 2007).&#034; id=&#034;nh1&#034;&gt;1&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt;. De m&#234;me encore sur le probl&#232;me de l'eau au 30 : &#171; tandis que la qualit&#233; de l'eau disponible se d&#233;t&#233;riore constamment, il y a une tendance croissante, &#224; certains endroits, &#224; privatiser cette ressource limit&#233;e, transform&#233;e en marchandise sujette aux lois du march&#233;. En r&#233;alit&#233;, l'acc&#232;s &#224; l'eau potable et s&#251;re est un droit humain primordial, fondamental et universel etc. &#187;. Et au 31 : &#171; il est pr&#233;visible que le contr&#244;le de l'eau par de grandes entreprises mondiales deviendra l'une des principales sources de conflits de ce si&#232;cle &#187;. Et le seul moyen d'action &#233;voqu&#233; sur les entreprises est la pression - comme dit le 206 dont nous reparlerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur action &#233;crase les petits producteurs : au 129, &#171; les &#233;conomies d'&#233;chelle, sp&#233;cialement dans le secteur agricole, finissent par forcer les petits agriculteurs &#224; vendre leurs terres ou &#224; abandonner leurs cultures traditionnelles. Les tentatives de certains pour d&#233;velopper d'autres formes de production plus diversifi&#233;es finissent par &#234;tre vaines en raison des difficult&#233;s pour entrer sur les march&#233;s r&#233;gionaux et globaux, ou parce que l'infrastructure de vente et de transport est au service des grandes entreprises. &#187; Et cela peut m&#234;me devenir mafieux. Ainsi au 197 &#171; si l'&#201;tat ne joue pas son r&#244;le dans une r&#233;gion, certains groupes &#233;conomiques peuvent appara&#238;tre comme des bienfaiteurs et s'approprier le pouvoir r&#233;el, se sentant autoris&#233;s &#224; ne pas respecter certaines normes, jusqu'&#224; donner lieu &#224; diverses formes de criminalit&#233; organis&#233;e, de traite de personnes, de narcotrafic, et de violence, tr&#232;s difficiles &#224; &#233;radiquer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question ne peut que fuser : tout cela existe bien s&#251;r, et comment ! Mais l'entreprise se r&#233;duit-elle vraiment &#224; cela ? Si elle existe c'est qu'elle a d'abord une fonction positive, &#224; laquelle il faut absolument faire appel pour corriger ces d&#233;viations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'emprise pernicieuse de la finance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en est de m&#234;me de la finance. D&#232;s que le mot appara&#238;t c'est pour d&#233;noncer son influence nocive. Au 34, portant sur les efforts des scientifiques et des techniciens, &#171; louables et parfois admirables &#187; on note que &#171; ce niveau d'intervention humaine, fr&#233;quemment au service des finances et du consum&#233;risme, fait que la terre o&#249; nous vivons devient en r&#233;alit&#233; moins riche et moins belle etc. &#187; Ou au 57 : &#171; une plus grande attention est requise de la part de la politique pour pr&#233;venir et pour s'attaquer aux causes qui peuvent provoquer de nouveaux conflits. Mais c'est le pouvoir li&#233; aux secteurs financiers qui r&#233;siste le plus &#224; cet effort. &#187; Et d'ailleurs (au 109) &#171; les finances &#233;touffent l'&#233;conomie r&#233;elle. Les le&#231;ons de la crise financi&#232;re mondiale n'ont pas &#233;t&#233; retenues, et on prend en compte les le&#231;ons de la d&#233;t&#233;rioration de l'environnement avec beaucoup de lenteur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus encore, au 189 une analyse &#224; l'emporte-pi&#232;ce en blanc et noir : &#171; sauver les banques &#224; tout prix, en en faisant payer le prix &#224; la population, sans la ferme d&#233;cision de revoir et de r&#233;former le syst&#232;me dans son ensemble, r&#233;affirme une emprise absolue des finances qui n'a pas d'avenir et qui pourra seulement g&#233;n&#233;rer de nouvelles crises apr&#232;s une longue, co&#251;teuse et apparente gu&#233;rison. La crise financi&#232;re de 2007-2008 &#233;tait une occasion pour le d&#233;veloppement d'une nouvelle &#233;conomie plus attentive aux principes &#233;thiques, et pour une nouvelle r&#233;gulation de l'activit&#233; financi&#232;re sp&#233;culative et de la richesse fictive. Mais il n'y a pas eu de r&#233;action qui aurait conduit &#224; repenser les crit&#232;res obsol&#232;tes qui continuent &#224; r&#233;gir le monde. &#187;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt; [&lt;a href=&#034;#nb2&#034; class=&#034;spip_note&#034; rel=&#034;appendix&#034; title=&#034;Le texte poursuit, d'une fa&#231;on elliptique qui aurait m&#233;rit&#233; un peu plus de (&#8230;)&#034; id=&#034;nh2&#034;&gt;2&lt;/a&gt;]&lt;/span&gt; L'analyse de la crise est pour le moins simplifi&#233;e. Oui pour l'&#233;thique, mais peut-on dire qu'il n'y a pas eu de nouvelle r&#233;gulation ? Et peut-on tout ramener &#224; une entit&#233; unique, la finance, sans plus de proc&#232;s ? Y a-t-il une bonne finance ? Laquelle ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Haro sur le march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci a une influence majeure sur le d&#233;bat collectif. Cela vise d'abord le march&#233;. Le pape d&#233;nonce &#224; raison l'exaltation du march&#233;, mais il tend &#224; le concevoir comme une entit&#233; en soi, sans en analyser la nature. Au 56 : &#171; pendant ce temps, les pouvoirs &#233;conomiques continuent de justifier le syst&#232;me mondial actuel, o&#249; priment une sp&#233;culation et une recherche du revenu financier qui tendent &#224; ignorer tout contexte, de m&#234;me que les effets sur la dignit&#233; humaine et sur l'environnement. &#8230; Voil&#224; pourquoi aujourd'hui &#8216;tout ce qui est fragile, comme l'environnement, reste sans d&#233;fense par rapport aux int&#233;r&#234;ts du march&#233; divinis&#233;, transform&#233;s en r&#232;gle absolue' &#187; [Evangelii gaudium]. Sachant que, au 203, &#171; &#233;tant donn&#233; que le march&#233; tend &#224; cr&#233;er un m&#233;canisme consum&#233;riste compulsif pour placer ses produits, les personnes finissent par &#234;tre submerg&#233;es, dans une spirale d'achats et de d&#233;penses inutiles. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les solutions bas&#233;es sur le march&#233; sont d&#232;s lors r&#233;cus&#233;es radicalement et sans vraie explication ; au 171 le pape juge que &#171; la strat&#233;gie d'achat et de vente de &#8220;cr&#233;dits de carbone&#8221; peut donner lieu &#224; une nouvelle forme de sp&#233;culation, et cela ne servirait pas &#224; r&#233;duire l'&#233;mission globale des gaz polluants. Ce syst&#232;me semble &#234;tre une solution rapide et facile, sous l'apparence d'un certain engagement pour l'environnement, mais qui n'implique, en aucune mani&#232;re, de changement radical &#224; la hauteur des circonstances. Au contraire, il peut devenir un exp&#233;dient qui permet de soutenir la surconsommation de certains pays et secteurs. &#187; C'est pourtant un dispositif recommand&#233; par bien des artisans r&#233;solus d'une action sur le climat. Il aurait donc m&#233;rit&#233; un peu plus d'attention. Et pourquoi favoriserait-il la surconsommation ? Cela d&#233;pend &#233;videmment du r&#233;glage, or il est &#224; la main des Etats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; commence par la mani&#232;re m&#234;me dont l'encyclique voit implicitement l'&#233;conomie fonctionner, et notamment le r&#244;le r&#233;el du march&#233;. Un passage est int&#233;ressant &#224; ce point de vue, le 206 (je mets en italiques les mots caract&#233;ristiques) : &#171; un changement dans les styles de vie pourrait r&#233;ussir &#224; exercer une &lt;i&gt;pression&lt;/i&gt; saine sur ceux qui d&#233;tiennent le pouvoir politique, &#233;conomique et social. C'est ce qui arrive quand les mouvements de consommateurs obtiennent qu'on n'ach&#232;te plus certains produits, et deviennent ainsi efficaces pour modifier le comportement des entreprises, en les &lt;i&gt;for&#231;ant&lt;/i&gt; &#224; consid&#233;rer l'impact environnemental et les mod&#232;les de production. C'est un fait, quand les habitudes de la soci&#233;t&#233; affectent le gain des entreprises, celles-ci se trouvent &lt;i&gt;contraintes&lt;/i&gt; &#224; produire autrement. &#187; On fait pression, on force, on contraint. La r&#233;alit&#233; est qu'un changement de ce genre a simplement fait jouer le march&#233;, dont c'est pr&#233;cis&#233;ment le r&#244;le de transmettre les &#233;volutions des pr&#233;f&#233;rences des consommateurs, sans qu'il faille n&#233;cessairement voir cela comme une violence exerc&#233;e sur des entreprises naturellement mal orient&#233;es moralement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et sur le calcul financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, c'est le calcul financier qui est mis en cause. Au 190 le texte rappelle qu' &#171; il faut toujours se rappeler que &#8216;la protection de l'environnement ne peut pas &#234;tre assur&#233;e uniquement en fonction du calcul financier des co&#251;ts et des b&#233;n&#233;fices. &#187; Puis il affirme que &#171; l'environnement fait partie de ces biens que les m&#233;canismes du march&#233; ne sont pas en mesure de d&#233;fendre ou de promouvoir de fa&#231;on ad&#233;quate' &#187;. A eux seuls certes, mais peuvent-ils concourir ? Non, dit l'encyclique parce que &#171; une fois de plus, il faut &#233;viter une conception magique du march&#233; qui fait penser que les probl&#232;mes se r&#233;soudront tous seuls par l'accroissement des b&#233;n&#233;fices des entreprises ou des individus. Est-il r&#233;aliste d'esp&#233;rer que celui qui a l'obsession du b&#233;n&#233;fice maximum s'attarde &#224; penser aux effets environnementaux qu'il laissera aux prochaines g&#233;n&#233;rations ? Dans le sch&#233;ma du gain il n'y a pas de place pour penser aux rythmes de la nature, &#224; ses p&#233;riodes de d&#233;gradation et de r&#233;g&#233;n&#233;ration, ni &#224; la complexit&#233; des &#233;cosyst&#232;mes qui peuvent &#234;tre gravement alt&#233;r&#233;s par l'intervention humaine. &#187;. Pas de place : la chose est entendue, en une phrase. Il est impossible au march&#233; et au calcul financier d'int&#233;grer quoi que ce soit sur ces donn&#233;es. On remarquera notamment l'identification totale faite ainsi entre le calcul financier en soi et la recherche du profit imm&#233;diat maximal. Et pourtant dit le 191, &#171; si nous ne souffrons pas d'&#233;troitesse de vue, nous pouvons d&#233;couvrir que la diversification d'une production plus innovante, et ce avec un moindre impact sur l'environnement, peut &#234;tre tr&#232;s rentable. &#187; Mais si c'est rentable cela doit pouvoir &#234;tre int&#233;gr&#233; dans le calcul. Fort heureusement, car on con&#231;oit mal un syst&#232;me &#233;conomique sans calcul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est pas &#233;tonnant, dit le 194, que &#171; dans ce cadre, le discours de la croissance durable devient souvent un moyen de distraction et de justification qui enferme les valeurs du discours &#233;cologique dans la logique des finances et de la technocratie ; la responsabilit&#233; sociale et environnementale des entreprises se r&#233;duit d'ordinaire &#224; une s&#233;rie d'actions de marketing et d'image. &#187; &#8216;Se r&#233;duit' : cela laisserait penser qu'il pourrait en &#234;tre autrement. Non nous dit le texte car, &#224; nouveau, au 195, &#171; le principe de la maximalisation du gain, qui tend &#224; s'isoler de toute autre consid&#233;ration, est une distorsion conceptuelle de l'&#233;conomie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la sant&#233; de l'environnement ; si l'exploitation d'une for&#234;t fait augmenter la production, personne ne mesure dans ce calcul la perte qu'impliquent la d&#233;sertification du territoire, le dommage caus&#233; &#224; la biodiversit&#233; ou l'augmentation de la pollution. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des co&#251;ts. Seul pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;thique un comportement dans lequel &#8216;les co&#251;ts &#233;conomiques et sociaux d&#233;rivant de l'usage des ressources naturelles communes soient &#233;tablis de fa&#231;on transparente et soient enti&#232;rement support&#233;s par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les g&#233;n&#233;rations futures' &#187; [&lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;]. C'est donc que ce calcul est possible. Ce n'est donc pas le calcul (financier) qui est ici en cause, mais ses modalit&#233;s. Ce qui d&#233;pend largement des r&#232;gles en vigueur, et des priorit&#233;s des agents concern&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les perspectives ouvertes&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur notre sujet, la seule phrase positive du texte m&#234;me se trouve au 109. Elle est tr&#232;s g&#233;n&#233;rale : &#171; l'activit&#233; d'entreprise, qui est une vocation noble orient&#233;e &#224; produire de la richesse et &#224; am&#233;liorer le monde pour tous, peut &#234;tre une mani&#232;re tr&#232;s f&#233;conde de promouvoir la r&#233;gion o&#249; elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la cr&#233;ation de postes de travail est une partie incontournable de son service du bien commun. &#187; Mais en fait elle vise surtout les petits producteurs, comme le montre la phrase qui pr&#233;c&#232;de : &#171; Pour qu'il y ait une libert&#233; &#233;conomique dont tous puissent effectivement b&#233;n&#233;ficier, il peut parfois &#234;tre n&#233;cessaire de mettre des limites &#224; ceux qui ont plus de moyens et de pouvoir financier. Une libert&#233; &#233;conomique seulement d&#233;clam&#233;e, tandis que les conditions r&#233;elles emp&#234;chent beaucoup de pouvoir y acc&#233;der concr&#232;tement et que l'acc&#232;s au travail se d&#233;t&#233;riore, devient un discours contradictoire qui d&#233;shonore la politique. L'activit&#233; d'entreprise etc. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est en fait, in extremis, dans la pri&#232;re, que se trouve le seul &#233;l&#233;ment constructif pour notre propos, sous la forme d'un appel. Au 244, dans la Pri&#232;re chr&#233;tienne avec la cr&#233;ation, le pape nous invite &#224; demander au Seigneur qu'Il &#171; illumine les d&#233;tenteurs du pouvoir et de l'argent pour qu'ils se gardent du p&#233;ch&#233; de l'indiff&#233;rence, aiment le bien commun, promeuvent les faibles, et prennent soin de ce monde que nous habitons. &#187; Ce qui est tr&#232;s important. Cela suppose que ces d&#233;tenteurs pourraient faire du bien&#8230; mais ce n'est pas dit dans le texte, ni comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On voit mieux le probl&#232;me en examinant ce que propose concr&#232;tement l'encyclique. Elle &#233;voque bien entendu des actions &#233;cologiques multiples (r&#233;duction des &#233;missions, politique de l'eau, protection des esp&#232;ces, lutte contre la pollution, recyclage etc.), sans entrer d'ailleurs dans le d&#233;tail ce qui est logique. Au niveau des moyens, elle insiste justement sur la recherche et surtout sur l'analyse minutieuse de chaque projet comme des questions d'ensemble, de fa&#231;on interdisciplinaire, avec consultation extensive des populations et communaut&#233;s concern&#233;es. Mais on l'a vu il est r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233; que l'analyse financi&#232;re ou technique classique est insuffisante et par l&#224; trompeuse car ses crit&#232;res sont trop &#233;troits et biais&#233;s puisque des dimensions essentielles ne sont pas prises en compte. Et si cette insuffisance vaut aussi bien pour les pouvoirs publics que pour les entreprises ou le march&#233;, sauf que dans le deuxi&#232;me cas elle est jug&#233;e incorrigible &#8211; si ce n'est par pression ext&#233;rieure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De grands espoirs sont en revanche mis par le pape dans une &#233;volution culturelle en profondeur affectant l'ensemble des comportements, et se traduisant d'abord et surtout au niveau des bases, des individus et surtout des petites communaut&#233;s, notamment marginales. Il y a dans l'encyclique une confiance ardente dans l'action de ces communaut&#233;s et initiatives, notamment venant des marges. Le tout doit &#234;tre au service d'une conception radicalement renouvel&#233;e, aboutissant au fond &#224; &#8216;red&#233;finir le progr&#232;s' &#8211; ce qui est pr&#233;sent&#233; comme allant au-del&#224; du d&#233;veloppement durable. Ce qui est bien s&#251;r juste en soi et constitue l'appel le plus important de l'encyclique. Comme tel il nous touche tous. Cela doit se traduire ensuite, dit notre texte, au niveau des politiques publiques, car elles ont malgr&#233; leurs limites et d&#233;faillances un r&#244;le indispensable, notamment en termes de coordination d'ensemble, de r&#233;glementation et d'interdiction, et surtout pour toute l'action internationale, jug&#233;e essentielle tant en termes de solidarit&#233; que de r&#232;gles communes. Ce qui est peu douteux. S'agissant en revanche des entreprises et du march&#233;, la pression doit s'exercer comme on l'a vu - mais sur la base d'un pur rapport de forces.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout se passe donc comme si tout &#233;tait attendu exclusivement de la transformation de la vision et de l'action au niveau de l'homme ordinaire, notamment des plus pauvres, se traduisant d'abord par des initiatives directes, et ensuite au niveau politique. Mais les m&#233;canismes de l'&#233;conomie eux sont consid&#233;r&#233;s dangereux, parcellaires, mal orient&#233;s et &#233;chappant &#224; toute utilisation alternative. Pourtant rien ne prouve que les pauvres, ou plus g&#233;n&#233;ralement l'homme ordinaire, soient toujours bien orient&#233;s par rapport aux exigences &#233;cologiques, tant s'en faut, encore moins que le salut ne viendra que d'eux. Inversement rien ne prouve que les entreprises, le march&#233; et la finance, et leurs responsables soient &#224; ce point irr&#233;cup&#233;rables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Donner une place &#224; l'entreprise et au march&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ici la pri&#232;re que nous avons cit&#233;e qui donne une clef essentielle : comme elle le dit, beaucoup d&#233;pend effectivement des &#171; d&#233;tenteurs du pouvoir et de l'argent &#187; (ce qui d'ailleurs ne se limite &#224; mon sens pas aux puissants de ce monde, mais nous concerne presque tous, au moins dans les pays avanc&#233;s) ; les valeurs et priorit&#233;s qui les animent sont donc un enjeu essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet nous sommes dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e, pour l'essentiel anim&#233;e par des entreprises, elles-m&#234;mes op&#233;rant dans un cadre r&#233;gul&#233;. En soi rappelons-le c'est un bien essentiel. Cela r&#233;sulte directement de l'autonomie de la personne humaine et de sa capacit&#233; cr&#233;atrice. Cela a d'ailleurs permis une am&#233;lioration sensible de la vie au moins mat&#233;rielle de la majorit&#233; de l'humanit&#233;. Que de fait, soit sous l'influence d'id&#233;ologies erron&#233;es, soit par app&#226;t du gain ou volont&#233; de puissance, soit pas mauvaise r&#233;gulation, cela d&#233;bouche tr&#232;s souvent et de ce fait massivement sur les maux d&#233;nonc&#233;s par le pape est incontestable. Mais l'entreprise, le march&#233; ou la finance, fruits de l'initiative cr&#233;ative des personnes puis de leur confrontation active, ne se r&#233;duisent pas &#224; ces maux, et certainement pas par nature. En outre, si on ne rend pas compte de la contribution d&#233;j&#224; existante, qui est r&#233;elle et consid&#233;rable, et surtout de la contribution possible de ces r&#233;alit&#233;s essentielles et incontournables, et si on le leur donne pas un horizon d'am&#233;lioration et de transformation, on ne peut esp&#233;rer une v&#233;ritable am&#233;lioration de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour la finance ou le calcul : s'il fallait r&#233;cuser toute possibilit&#233; pour les entreprises et pour la finance d'int&#233;grer d'autres &#233;l&#233;ments que le calcul brutal de l'int&#233;r&#234;t mon&#233;taire maximal recherch&#233; par tous les moyens et &#224; tr&#232;s court terme, ce serait au fond d&#233;sesp&#233;rant. Car cela voudrait dire que l'essentiel de ce qui sur la plan&#232;te compte &#233;conomiquement est &lt;i&gt;intrins&#232;quement&lt;/i&gt; mal orient&#233;. Comment alors les remplacer, et par quoi ? Des communaut&#233;s de voisinage autog&#233;r&#233;es et pratiquant le troc ? Mais en fait cela repose sur un postulat exag&#233;r&#233;ment pessimiste : il n'est pas &#233;voqu&#233; l'id&#233;e que ces r&#233;alit&#233;s ne se limitent pas &#224; l'app&#226;t imm&#233;diat du gain, encore moins qu'elles puissent avoir des objectifs renouvel&#233;s et plus &#233;labor&#233;s. Ni qu'un march&#233; soit la confrontation d'&#234;tres humains, ayant leurs priorit&#233;s, selon des r&#232;gles l'organisant, et que son r&#233;sultat variera selon ces priorit&#233;s et ces r&#232;gles, comme le notait justement &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt;. Or les dirigeants de ces entreprises et leurs propri&#233;taires (notamment sur le march&#233; financier, c'est-&#224;-dire en derni&#232;re analyse, &#224; travers la gestion collective, la plupart des gens) sont des &#234;tres humains et ne sont pas par nature ferm&#233;s &#224; toute consid&#233;ration autre que de pur gain imm&#233;diat. La conversion demand&#233;e &#224; tous n'est certes pas facile, mais elle vaut pour eux aussi, et cela nous vise tous en tant qu'&#233;pargnants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, tant par modification des priorit&#233;s personnelles et soci&#233;tales que par une organisation et une r&#233;glementation collective diff&#233;rentes, les entreprises et les march&#233;s peuvent int&#233;grer d'autres perspectives et d'autres donn&#233;es, d'o&#249; peut et doit d&#233;couler une utilisation diff&#233;rente de m&#233;canismes &#233;conomiques essentiels et incontournables comme la libert&#233; d'entreprendre, la formation des prix, l'expression des pr&#233;f&#233;rences sur le march&#233;, le calcul m&#234;me&#8230; Voire les modalit&#233;s de recherche d'un juste profit, qui apr&#232;s tout ne fait que traduire le fait qu'on a consomm&#233; moins qu'on n'a produit : il faut int&#233;grer dans cette consid&#233;ration le long terme et les ressources rares, oui bien s&#251;r, mais sans renoncer &#224; des outils aussi utiles, et &#224; des r&#233;alit&#233;s sociales aussi fondamentales. C'est ce qu'il nous incombe de d&#233;velopper.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Voir aussi :&lt;/i&gt; Intervention au colloque du 17 octobre 2015 de l'Association des &#233;conomistes catholiques sur l'encyclique Laudato si et l'&#233;conomie&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.youtube.com/watch?v=3w_n29A4_iE&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.youtube.com/watch?v=3w_...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		&lt;hr /&gt;
		&lt;div class='rss_notes'&gt;&lt;div id=&#034;nb1&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh1&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 1&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;1&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Document d'Aparecida (29 juin 2007).&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;div id=&#034;nb2&#034;&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip_note_ref&#034;&gt;[&lt;a href=&#034;#nh2&#034; class=&#034;spip_note&#034; title=&#034;Notes 2&#034; rev=&#034;appendix&#034;&gt;2&lt;/a&gt;] &lt;/span&gt;Le texte poursuit, d'une fa&#231;on elliptique qui aurait m&#233;rit&#233; un peu plus de pr&#233;cisions pour &#234;tre vraiment clair : &#171; La production n'est pas toujours rationnelle, et souvent elle est li&#233;e &#224; des variables &#233;conomiques qui fixent pour les produits une valeur qui ne correspond pas &#224; leur valeur r&#233;elle. Cela conduit souvent &#224; la surproduction de certaines marchandises, avec un impact inutile sur l'environnement qui, en m&#234;me temps, porte pr&#233;judice &#224; de nombreuses &#233;conomies r&#233;gionales [citation d'un texte de l'&#233;piscopat mexicain]. La bulle financi&#232;re est aussi, en g&#233;n&#233;ral, une bulle productive. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;/div&gt;&lt;/div&gt;
		
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