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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Redresser des m&#339;urs, un travail de Sisyphe ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Redresser-des-moeurs-un-travail-de-Sisyphe.html</link>
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		<dc:date>2026-09-26T09:11:47Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;r&#232;glement social</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la soci&#233;t&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'ampleur de la mutation socioculturelle en cours n'est plus &#224; d&#233;montrer : culture, natalit&#233;, famille, niveau &#233;ducatif etc. Bien entendu les innovations techniques majeures de la p&#233;riode r&#233;cente ont leur r&#244;le, ainsi les r&#233;seaux sociaux, les smartphones ou l'IA. Mais l'explication reste insuffisante : apr&#232;s tout, les personnes restent libres de ce qu'elles font de ces jouets nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Expliquer cela par des oppositions sociologiques ne suffit pas non plus ; il y a des facteurs plus profonds, et ils tiennent &#224; la conception m&#234;me de la vie et de la soci&#233;t&#233;. Comment les faire &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exp&#233;rience, par exemple celle des politiques natalistes, montre que c'est en r&#233;alit&#233; difficile, m&#234;me si on met le paquet. Si on va contre une tendance lourde, m&#234;me des moyens puissants &#233;chouent &#224; donner le r&#233;sultat voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut pas tirer de cela une conclusion trop pessimiste. Bien au contraire. Car l'avantage paradoxal d'avoir pris conscience de cette r&#233;alit&#233;, c'est qu'on se d&#233;courage moins : au-del&#224; du manque de chance, ou des erreurs qu'on a commises, on sait qu'on va contre des forces lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'y faire et y aller quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Avenir-de-la-societe-+.html" rel="tag"&gt;Avenir de la soci&#233;t&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un nouveau stade de mutation socioculturelle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'ampleur de la mutation socioculturelle en cours n'est plus &#224; d&#233;montrer. Se greffant sur 60 ans de changements en profondeur, affectant les m&#339;urs au sens large, la famille, la relation &#224; toute forme d'autorit&#233;, la transmission du savoir, le contenu m&#234;me de ce qu'on appelle culture etc., elle vient les accentuer voire radicaliser. Sans &#234;tre exhaustif, on citera ainsi le nouvel effondrement du niveau scolaire, encore mis en lumi&#232;re par les classements PISA, celui encore aggrav&#233; de la natalit&#233; (et du d&#233;sir d'enfants), la rar&#233;faction relative des couples et la mont&#233;e de la solitude, le recul de la lecture, l'emprise sur l'universit&#233; et les m&#233;dias d'une culture de gauche essentiellement orient&#233;e vers la d&#233;construction (wokisme et autres), etc. Ou encore la pr&#233;f&#233;rence spectaculaire des jeunes de moins de 25 ans pour le vote M&#233;lenchon, alors qu'il repr&#233;sente la version depuis longtemps la plus outranci&#232;re, et aussi la plus inconsistante, de l'offre politique d'extr&#234;me gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que ceci vaut &#224; des degr&#233;s divers pour l'ensemble des pays d&#233;velopp&#233;s, au moins d'Europe et d'Am&#233;rique, m&#234;me si la France para&#238;t un des plus touch&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu les innovations techniques majeures de la p&#233;riode r&#233;cente ont leur r&#244;le, ainsi les r&#233;seaux sociaux, les smartphones ou l'IA. Certains ont par exemple &#233;tabli une corr&#233;lation entre l'arriv&#233;e du smartphone et la r&#233;duction de la vie en couple. Cela a certainement jou&#233; une r&#244;le appr&#233;ciable. Mais l'explication reste insuffisante &#224; soi seul : apr&#232;s tout, les personnes restent libres de ce qu'elles font de ces jouets nouveaux. Si par exemple les gens donnent une priorit&#233; bien moindre au fait de fonder une famille et de faire des enfants, ce n'est pas d'abord la faute des smartphones. Il faut donc reconna&#238;tre une autre r&#233;alit&#233; plus profonde, celle d'une nouvelle mutation socioculturelle, voire anthropologique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des coupures qui ne se recouvrent pas &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation n'est pas simple et ne se r&#233;duit pas &#224; une opposition binaire, car les oppositions qui ont &#233;merg&#233; sont loin de se recouvrir enti&#232;rement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On parle par exemple beaucoup et &#224; raison de la coupure entre &#8216;somewhere' et &#8216;anywhere', entre des gens branch&#233;s sur une vie internationale ou pensant l'&#234;tre, et des gens relativement moins mobiles. Les analyses de Guilluy confirment leur pertinence dans le cas de la France. Mais on pourra &#233;voquer aussi l'&#233;mergence de plus en plus nette d'une forme de guerre des cultures &#224; l'am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait citer aussi une coupure nettement moins soulign&#233;e, mais tout aussi pertinente, celle qui oppose les tenants d'un conception classique de la culture, &#224; la fois &#224; une culture de masse largement am&#233;ricanis&#233;e, et &#224; une pseudo-&#233;lite attach&#233;e &#224; ce qu'on appelle Art contemporain et plus largement &#224; une &#8216;culture' de d&#233;construction. Mais aussi &#224; une culture idol&#226;trique de la technologie et du d&#233;passement de l'homme (transhumanisme etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ces oppositions ne se recouvrent pas. Pour prendre un exemple am&#233;ricains, un conservateur classique va voter Trump, alors m&#234;me que ce dernier est de fa&#231;on particuli&#232;rement spectaculaire l'antith&#232;se de la culture et de l'&#233;ducation classiques, comme le sont sous une autre angle les tenants d'un d&#233;passement de l'homme par la technologie, eux aussi soutiens du m&#234;me Trump.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc des facteurs plus profonds, et ils tiennent &#224; la conception m&#234;me de la vie et de la soci&#233;t&#233;. Comment les faire &#233;voluer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Peut-on faire &#233;voluer des m&#339;urs ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est manifeste que de telles &#233;volutions, si elles se prolongent sur la dur&#233;e, auront des effets catastrophiques sur la communaut&#233;. Que peut-on faire pour changer ? Comment sortir de l&#224; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me de fond est la difficult&#233; &#224; faire &#233;voluer des m&#339;urs quand la direction qu'on souhaite n'est pas dans la logique du mouvement de la soci&#233;t&#233;. Prenons une question, la natalit&#233;, et un exemple extr&#234;me : le r&#233;gime communiste chinois. Dans un premier temps, apr&#232;s Mao, il s'est engag&#233; dans la voie de l'enfant unique - avec une violence inou&#239;e. Le r&#233;sultat a &#233;t&#233; en d&#233;finitive impressionnant ; pas tant dans les villes, qui allaient d&#233;j&#224; spontan&#233;ment dans ce sens, mais surtout dans les campagnes. Depuis, le r&#233;gime s'est aper&#231;u des effets d&#233;sastreux de cette natalit&#233; effondr&#233;e et met au contraire tout son poids pour une remont&#233;e. Or cette fois cela ne marche pas. Pourquoi ? Parce que cela va contre une tendance lourde &#224; l'effondrement de la natalit&#233;, particuli&#232;rement marqu&#233;e dans toute l'Asie orientale. Plus g&#233;n&#233;ralement, dans ce domaine l'exp&#233;rience des pays les plus vari&#233;s est la m&#234;me : les campagnes natalistes, notamment &#224; coup de d&#233;penses d'aide, n'ont qu'un effet limit&#233;, pas nul mais insuffisant. Cela ne les invalide pas, tout au contraire, car de telles aides sont justifi&#233;es et n&#233;cessaires. Mais cela confirme l'analyse : si on va contre une tendance lourde, m&#234;me des moyens puissants &#233;chouent &#224; donner le r&#233;sultat voulu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est vrai de la natalit&#233; l'est &#233;videmment de bien d'autres questions. Entre autres, de la formation de couples, de l'utilisation des r&#233;seaux sociaux, ou encore de l'attention des parents pour le travail scolaire de leurs enfants, dont l'enqu&#234;te PISA montre qu'elle baisse de fa&#231;on assez g&#233;n&#233;rale, y compris dans les milieux favoris&#233;s. Sans parler de l'avenir de la culture (la vraie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est que la question est tr&#232;s diff&#233;rente et bien plus complexe que celle qui se pose &#224; qui veut modifier le comportement de consommateurs, ou encore sensibiliser &#224; l'&#233;cologie. Car dans ces derniers cas on aborde des domaines plus concrets, o&#249; l'utilisation d'incitations mat&#233;rielles (subventions, taxation, etc.) est relativement appropri&#233;e et souvent efficace. Dans les questions de m&#339;urs et de culture en revanche, cela ne suffit pas, et en outre l'usage de moyens coercitifs suscite des r&#233;actions indign&#233;es. Car on choque les gens dans des convictions profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une mutation trop profonde pour &#234;tre command&#233;e&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc pas de recette simple. A vrai dire, cela ne devrait pas surprendre. Car une &#233;volution extr&#234;mement profonde comme celle en cours, bouleversant les m&#339;urs et la culture, a n&#233;cessairement elle-m&#234;me des causes profondes et structurelles, trouvant ses racines dans trois si&#232;cles de bouleversements et de remises en cause. J'ai analys&#233; ce ph&#233;nom&#232;ne dans plusieurs ouvrages en recourant &#224; la notion de paradigme, que Thomas Kuhn a popularis&#233; dans le cas de l'histoire des sciences : un paradigme est ce qui structure la production m&#234;me des id&#233;es et de la pens&#233;e dans une soci&#233;t&#233; ou un groupe donn&#233;. M&#234;me dans un domaine comme la science, tant qu'un paradigme reste dominant, on ne parvient pas &#224; accr&#233;diter des id&#233;es ou des hypoth&#232;ses qui sortent de sa logique. Il n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'il &#233;choue manifestement &#224; permettre de r&#233;soudre des questions importantes, clairement per&#231;ues, mais qu'&#224; ce moment un nouveau paradigme &#233;merge, qui lui y r&#233;pond. Le paradigme moderne qui commence &#224; &#233;merger au XVIIe sicle et a abouti au relativisme actuel et &#224; la d&#233;construction, sous couvert d'&#233;mancipation mais en r&#233;alit&#233; de scepticisme et de mat&#233;rialisme, est dans ce cas ; et il continue en fait &#224; r&#233;guler notre pens&#233;e collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il sera d&#233;pass&#233; bien s&#251;r. Mais d'ici l&#224; toute pens&#233;e alternative se trouve devant la t&#226;che de Sisyphe remontant son rocher, ou, si on est plus positif, du voilier navigant avec des vents contraires. Ce dernier exemple montre qu'il est possible d'agir ; mais ce n'est pas facile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut cependant pas tirer de tout cela une conclusion trop pessimiste. Bien au contraire. Car l'avantage paradoxal d'avoir pris conscience de cette r&#233;alit&#233;, c'est qu'on se d&#233;courage moins : au-del&#224; du manque de chance, ou des erreurs qu'on a commises, on sait qu'on va contre des forces lourdes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc s'y faire et y aller quand m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre sur &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le d&#233;r&#232;glement social, des soci&#233;t&#233;s animales aux soci&#233;t&#233;s humaines</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-dereglement-social-des-societes-animales-aux-societes-humaines.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-dereglement-social-des-societes-animales-aux-societes-humaines.html</guid>
		<dc:date>2025-04-12T16:33:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;cadence</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;r&#232;glement social</dc:subject>
		<dc:subject>Natalit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Soci&#233;t&#233;s animales</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Paul Val&#233;ry disait que nos civilisations sont mortelles. Et il y a bien des exemples de soci&#233;t&#233;s qui ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; ce sujet int&#233;ressant d'examiner les m&#233;canismes pouvant conduire &#224; ce r&#233;sultat, y compris en partant d'exp&#233;riences sur des soci&#233;t&#233;s animales, comme celle de John Calhoun sur des rats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle montre qu'une soci&#233;t&#233; animale peut s'installer dans une d&#233;rive qui aboutit &#224; sa disparition, par d&#233;rapage de ses m&#339;urs, alors m&#234;me que sa base mat&#233;rielle est satisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec un effet majeur : l'oubli des g&#233;n&#233;rations futures et donc de sa reproduction. Cela vous rappelle quelque chose ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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/ 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dereglement-social-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;r&#232;glement social&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Natalite-+.html" rel="tag"&gt;Natalit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Societes-animales-+.html" rel="tag"&gt;Soci&#233;t&#233;s animales&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/crowd-5076714_1920.jpg?1787417296' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='84' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Paul Val&#233;ry disant que nos civilisations sont mortelles : il pensait au drame de 14-18. Et il y a bien d'autres exemples de soci&#233;t&#233;s qui ont disparu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est &#224; ce sujet int&#233;ressant d'examiner les m&#233;canismes possibles pouvant conduire &#224; ce r&#233;sultat, y compris en partant d'exp&#233;riences animales comme celle de John Calhoun.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'exp&#233;rience Calhoun&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;A partir de 1958, John B. Calhoun mena des exp&#233;riences de surpopulation chez les rats (&#8216;Univers 25'). Son sujet premier &#233;tait la question de l'espace. Mais cette exp&#233;rience offre une mati&#232;re &#224; r&#233;flexion bien plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Wikip&#233;dia, &#171; Calhoun a fourni une cage &#224; des rats avec de la nourriture et de l'eau en quantit&#233; suffisante pour soutenir toute augmentation de la population. En revanche la cage avait une taille jug&#233;e suffisante pour seulement 50 rats. La population a culmin&#233; &#224; 2200 rats&#8230;et, par la suite, a montr&#233; une vari&#233;t&#233; de comportements anormaux, souvent destructeurs. Sa conclusion &#233;tait que l'espace lui-m&#234;me est une n&#233;cessit&#233;. Des &#233;tudes ult&#233;rieures impliquant les humains ont montr&#233; que ce n'est pas le simple manque d'espace qui provoque ce ph&#233;nom&#232;ne. C'est la n&#233;cessit&#233; pour les membres de la communaut&#233; d'interagir entre eux. Lorsque les interactions forc&#233;es d&#233;passent un certain seuil, les normes sociales c&#232;dent&#8230; Les rats d&#233;veloppent des comportements extr&#234;mement anormaux pouvant mener &#224; l'extinction de la population &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc rien en terme physiques qui explique ce ralentissement : tout se passe au niveau social et comportemental. Des ph&#233;nom&#232;nes divers apparaissent, affectant les comportements sexuels et maternels. Les m&#226;les dominants excluent les autres de la reproduction, qui errent alors, devenant soit agressifs et en bande, soit isol&#233;s ; ils attaquent les femelles et les plus jeunes. Certains m&#226;les deviennent exclusivement homosexuels ou hypersexuels ; ou ne se soucient plus de reproduction. Les femelles, excessivement sollicit&#233;es, s'isolent et ne sortent plus ; parfois elles abandonnent leurs petits ou les attaquent, et finissent par ne plus se reproduire. Il y a m&#234;me ce que Calhoun a appel&#233; un &#8216;cloaque comportemental' : &#171; les animaux s'entassaient ensemble en grand nombre dans un seul des quatre enclos interconnect&#233;s o&#249; r&#233;sidait la colonie... dans l'enclos d&#233;di&#233; &#224; l'alimentation, laissant des populations clairsem&#233;es dans les autres enclos. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces rats, pourtant sociaux en soi, deviennent donc individualistes et ne s'occupent plus que d'eux-m&#234;mes. La population d&#233;cline puis la reproduction s'arr&#234;te, les rares jeunes ne survivent plus que quelques jours. Ensuite la population s'effondre. L'espace redevient disponible, et les rats sont encore &#224; m&#234;me de procr&#233;er. ; mais l'esprit social a disparu, et rien ne contrebalance la d&#233;rive. M&#234;me mises en contact avec des cong&#233;n&#232;res normaux, les derni&#232;res femelles ne changent pas de comportement et se contentent de manger et de dormir, sans procr&#233;er.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; donc des animaux &#8216;sociaux' qui finissent par adopter des comportements asociaux alors qu'il n'y a aucun probl&#232;me de ressources ; comme si les derniers membres n'avaient plus les moyens &#8216;mentaux' (et sociaux) de red&#233;marrer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'espace, objet initial de l'exp&#233;rience, est &#233;videmment une des causes majeures de ce d&#233;r&#232;glement, notamment avec la multiplication excessive des interactions entre sujets. Mais un autre facteur explicatif essentiel est le fait que ces animaux n'avaient plus de d&#233;fi, plus rien &#224; accomplir, plus de lutte contre l'adversit&#233;, source de coh&#233;sion sociale. Dit autrement, ce groupe n'&#233;tait plus confront&#233; aux causes de mort que l'on trouve dans la nature (privation de nourriture, pr&#233;dation, maladie etc.). Et ces deux facteurs s'ajoutent : trop d'interactions sans but ni sens cr&#233;ent assez logiquement de la violence inutile, puis la lassitude et l'abandon.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais &#224; c&#244;t&#233; des causes possibles, il reste deux constatations troublantes. La premi&#232;re est que l'effet n'est pas purement rationnel et adaptatif : si la cause n'&#233;tait que l'espace, l'effet devrait &#234;tre en rapport. Or ce qui se d&#233;r&#232;gle, c'est l'ensemble des rapports sociaux et des comportements individuels. En outre, ce que Calhoun appelle &#8216;cloaque comportemental', &#224; savoir une accumulation des rats dans certaines parties, montre que cela aboutit entre autres &#224; une restriction de l'espace, cette fois volontaire, et non &#224; une dispersion. Enfin, si la remise en cause de la reproduction peut s'expliquer par la question de l'espace, elle devrait s'arr&#234;ter avec la baisse de la population. Or, deuxi&#232;me constatation importante, les comportements acquis &#224; cette occasion ne cessent plus apr&#232;s. Ils ont pu &#234;tre dans une certaine mesure fonctionnels (face &#224; la surpopulation), mais ils subsistent au-del&#224;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui appara&#238;t donc est que l'explication par l'espace ne suffit pas, et donc que l'absence de d&#233;fi joue un r&#244;le a priori important aussi. Mais surtout qu'il y a eu une sorte de d&#233;structuration culturelle : les rats ont progressivement en quelque sort d&#233;sappris les modes de comportements normaux, permettant &#224; des groupes de se renouveler. Et cette d&#233;structuration devient une sorte de nouvelle nature, qui persiste ensuite, aboutissant &#224; leur disparition.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Et notre soci&#233;t&#233; ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Evidemment, l'&#234;tre humain est plus complexe que de simples souris de laboratoire. Mais ce sont aussi des &#234;tres sociaux, et les relations qu'ils ont avec les autres sont d&#233;cisives pour leur survie. Notamment la qualit&#233; des liens affectifs, le souci des enfants et de leur &#233;ducation, en un mot de la famille. Si donc ils peuvent prendre du recul par rapport &#224; ce qu'on appelle chez les animaux l'instinct, ce qui s'y ajoute et en partie s'y substitue est un ensemble de traits culturels et de comportements, qui peut parfaitement d&#233;river, tout comme celui des rats dans cette exp&#233;rience.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a soulign&#233; justement la ressemblance de cette exp&#233;rience avec certains traits de la soci&#233;t&#233; actuelle : l'individualisme &#233;videmment, enracin&#233; dans une id&#233;ologie dominante ; la violence ; les comportements asociaux et d&#233;viants ; ou l'id&#233;e qu'on n'a rien &#224; accomplir. Et bien s&#251;r l'effondrement des taux de natalit&#233;. Ce qui conduirait &#224; s'inqui&#233;ter pour l'avenir. Sur ces points effectivement, la ressemblance est directe ; or dans le cas humain, il est douteux que la restriction d'espace soit le facteur explicatif principal &#8211; m&#234;me si l'entassement urbain y fait penser, car l'humanit&#233; a connu d'autres cas d'entassement sans produire les m&#234;mes effets, en Asie par exemple. Il faut donc recourir &#224; l'explication par les facteurs culturels : soient que ceux-ci n'aient pas permis de r&#233;agir &#224; une situation d&#233;favorable (entassement ou abondance excessive de biens), soit qu'ils aient &#233;volu&#233; dans un sens contreproductif, ou les deux ensemble. C'est ce qui para&#238;t le plus probable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut d'ailleurs ajouter &#224; la d&#233;natalit&#233; d'autres d&#233;r&#232;glements majeurs de nos soci&#233;t&#233;s, tout aussi dysfonctionnels, par exemple l'empilement des dettes, ou les risques &#233;cologiques. Or aucun des deux n'a &#224; voir avec l'entassement, mais r&#233;sultent de pratiques collectives d&#233;viantes &#8211; potentiellement meurtri&#232;res &#224; terme, si un virage majeur n'est pas pris.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un point &#224; souligner, qui n'est d'ailleurs pas sans rapport avec l'exp&#233;rience des rats, qui est qu'un comportement qui a pu apparaitre adapt&#233; et justifi&#233; peut devenir contreproductif, si les int&#233;ress&#233;s s'y attachent et le valorisent. On trouve ici le r&#244;le pervers que peuvent avoir des id&#233;ologies, la&#239;ques ou religieuses. Un exemple fameux d'un tel d&#233;sastre est celui des habitants de l'&#238;le de P&#226;ques, qui pour fabriquer leurs c&#233;l&#232;bres statues &#224; motif religieux ont progressivement d&#233;bois&#233; toute l'&#238;le et cr&#233;&#233; une catastrophe &#233;cologique. Or, de leur point de vue, faire ces statues &#233;tait une cause noble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est sans doute ce qu'on observe dans nos soci&#233;t&#233;s. Car ce n'est pas seulement la consommation qu'il faut incriminer, mais toute une id&#233;ologie devenue dominante avec le postmodernisme, l'id&#233;ologie du droit pour chacun de faire ce qui lui pla&#238;t sous r&#233;serve du droit identique du voisin - dernier effet d'un paradigme de neutralit&#233; pr&#233;sent depuis trois si&#232;cles. D'o&#249;, entre autres, l'oubli de tout sens de la communaut&#233;, sauf comme source de pr&#233;bendes et de protection juridique (id&#233;ologie des droits) et une individualisme maladif. Et plus encore, l'oubli du sens de la responsabilit&#233; envers la post&#233;rit&#233; et la descendance, et donc la famille, pourtant au centre de toutes les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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