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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Le chr&#233;tien et la paix dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable</title>
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		<dc:date>2018-09-11T13:30:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et violence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans certains domaines, comme les relations internationales, l'enseignement de l'Eglise a une tendance croissante &#224; devenir id&#233;aliste et quelque peu utopique, notamment au vu des dures r&#233;alit&#233;s du monde d'aujourd'hui. La tendance ne date pas du pape Fran&#231;ois, comme on va le voir sur la base du Compendium de la doctrine sociale, qui est de 2005. Ceci malgr&#233; la pr&#233;sence de nombreux &#233;l&#233;ments de r&#233;alisme. De sorte que le propos oscille entre moralit&#233; r&#233;aliste et utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la difficult&#233; relative &#224; en tirer des conclusions pratiques, notamment en vue de la recherche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-violence-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et violence&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que dit le Compendium sur la communaut&#233; internationale et la paix ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, de 2005, est l'instrument id&#233;al pour faire le point : largement compos&#233; de textes issus des enseignements pontificaux, il est officiel et repr&#233;sentatif des prises de parole du magist&#232;re sur ces questions, y compris dans une large mesure celui subs&#233;quent du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix en Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e premi&#232;re est que le fondement de la paix en Dieu. A partir d'un enseignement biblique montrant l'unit&#233; du genre humain et la diversit&#233; des peuples (N&#176; 429 sqq.), le 488 rappelle que &#171; la paix est avant tout un attribut essentiel de Dieu &#187;. Et donc (493) &#171; l'action pour la paix n'est jamais dissoci&#233;e de l'annonce de l'&#201;vangile, qui est pr&#233;cis&#233;ment la &#8216;bonne nouvelle de la paix' [&#8230;] adress&#233;e &#224; tous les hommes &#187;. La dimension th&#233;ologique est donc centrale : la seule vraie paix est celle que donne Dieu, et elle suppose de se tourner vers Lui. On pourrait en d&#233;duire que dans un monde comme le n&#244;tre, o&#249; la foi est plut&#244;t secondaire, la paix risque d'&#234;tre &#233;lusive. Mais le Compendium ne va pas dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix entre les nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de (433) &#171; construire une vraie communaut&#233; internationale dont l'organisation doit tendre au v&#233;ritable bien commun universel &#187; ; or &#171; l'unit&#233; de la famille humaine n'est encore pas r&#233;alis&#233;e, car elle est entrav&#233;e par des id&#233;ologies mat&#233;rialistes et nationalistes qui nient les valeurs dont est porteuse la personne consid&#233;r&#233;e int&#233;gralement, dans toutes ses dimensions. &#187;. Il y aurait donc une aspiration de fond (bien au-del&#224; de la foi), mais entrav&#233;e par des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son approche est d'abord morale et r&#233;aliste. Ainsi il consid&#232;re au 434 que &#171; la communaut&#233; internationale est une communaut&#233; juridique fond&#233;e sur la souverainet&#233; de chaque &#201;tat membre, sans liens de subordination qui nient ou limitent son ind&#233;pendance &#187;. Cela dit &#171; la souverainet&#233; nationale n'est toutefois pas un absolu. Les nations peuvent renoncer librement &#224; l'exercice de certains de leurs droits en vue d'un objectif commun, avec la conscience de former une &#8216;famille', o&#249; doivent r&#233;gner la confiance et le soutien r&#233;ciproques, ainsi que le respect mutuel &#187;. Comment doivent alors s'organiser les rapports entre elles ? Par le droit et la morale. Au 436 : &#171; pour r&#233;aliser et consolider un ordre international qui garantisse efficacement la coexistence pacifique entre les peuples, la m&#234;me loi morale qui r&#233;git la vie des hommes doit &#233;galement r&#233;gler les rapports entre les &#201;tats &#187;. Et (437) &#171; la r&#233;flexion juridique et th&#233;ologique, ancr&#233;e dans le droit naturel, a formul&#233; &#8216;des principes universels, qui sont ant&#233;rieurs et sup&#233;rieurs au droit interne des &#201;tats', comme l'unit&#233; du genre humain, l'&#233;gale dignit&#233; de chaque peuple, le refus de la guerre pour r&#233;gler les diff&#233;rends, l'obligation de coop&#233;rer en vue du bien commun, l'exigence de respecter les engagements souscrits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans une deuxi&#232;me temps le Compendium va sensiblement plus loin car il estime (439) que &#171; de m&#234;me qu'&#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats (...) le syst&#232;me de la vengeance priv&#233;e et des repr&#233;sailles a &#233;t&#233; remplac&#233; par l'autorit&#233; de la loi, de m&#234;me il est maintenant urgent qu'un semblable progr&#232;s soit r&#233;alis&#233; dans la communaut&#233; internationale &#187;. Cela va (441) jusqu'&#224; &#171; la n&#233;cessit&#233; d'instituer &#8216;une autorit&#233; publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d'une puissance efficace, susceptible d'assurer &#224; tous la s&#233;curit&#233;, le respect de la justice et la garantie des droits' &#187;. Sachant qu'il &#171; est essentiel que cette autorit&#233; soit le fruit d'un accord et non d'une imposition, et qu'elle ne soit pas comprise comme &#8216;un super-&#201;tat mondial' &#187;, car &#171; il n'appartient pas &#224; l'autorit&#233; de la communaut&#233; mondiale de limiter l'action que les &#201;tats exercent dans leur sph&#232;re propre, ni de se substituer &#224; eux. &#187; Subsidiaire donc, elle n'est pas impos&#233;e aux nations ; mais c'est une autorit&#233;, capable de d&#233;cider et d'imposer ses d&#233;cisions. Le propos ne donne pas une id&#233;e claire de ce que cela signifierait dans la pratique. Mais comme on le voit, on est pass&#233; ici &#224; un niveau qui au moins dans l'&#233;tat actuel des choses est clairement utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce cadre juridique, il est rappel&#233; que la paix (494) &#171; n'est pas simplement l'absence de guerre ni m&#234;me un &#233;quilibre stable entre des forces adverses, mais elle se fonde sur une conception correcte de la personne humaine et requiert l'&#233;dification d'un ordre selon la justice et la charit&#233; [&#8230;] La paix est en danger quand l'homme se voit nier ce qui lui est d&#251; en tant qu'homme, quand sa dignit&#233; n'est pas respect&#233;e et quand la coexistence n'est pas orient&#233;e vers le bien commun &#187;. Pour cela &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits de l'homme sont essentielles &#187;. D'o&#249; l'id&#233;e que la cause principale des guerres est l'injustice, le non-respect des droits, fr&#233;quente dans les interventions pontificales, notamment du pape Fran&#231;ois. Pourtant s'il est clair que l'injustice est un facteur majeur de conflit, la corr&#233;lation entre de telles injustices pr&#233;alables et les guerres n'est pas d&#233;montr&#233;e : il y a &#233;norm&#233;ment d'injustices sans guerre, et bien des guerres ne sont pas li&#233;es directement d'abord &#224; une injustice au sens pr&#233;c&#233;dent. Apr&#232;s tout, le p&#233;ch&#233; existe aussi, et la volont&#233; de puissance, l'avidit&#233;, la haine etc. Mais plus loin il est expliqu&#233; (498) : &#171; la recherche des causes &#224; l'origine d'une guerre est donc essentielle, surtout celles li&#233;es &#224; des situations structurelles d'injustice, de mis&#232;re, d'exploitation, sur lesquelles il faut intervenir dans le but de les &#233;liminer : &#8216;C'est pourquoi l'autre nom de la paix est le d&#233;veloppement' &#187;. Ce qui laisse penser que le d&#233;veloppement, bien orient&#233;, permettrait l'&#233;limination de la violence et donc de la guerre. L'affirmation para&#238;t pour le moins hardie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec de la paix : la guerre et la l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup la violence est condamn&#233;e radicalement : (496) elle &#171; ne constitue jamais une r&#233;ponse juste [&#8230;], est inacceptable comme solution aux probl&#232;mes, [&#8230;] pas digne de l'homme [&#8230;]. La violence d&#233;truit ce qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre : la dignit&#233;, la vie, la libert&#233; des &#234;tres humains &#187;. Et donc &#171; ceux qui renoncent &#224; l'action violente et sanglante [&#8230;] rendent t&#233;moignage &#224; la charit&#233; &#233;vang&#233;lique &#187;. En m&#234;me temps, tout ceci vaut, dit le texte &#171; pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des soci&#233;t&#233;s &#187;. Ce &#8216;pourvu' est lourd de restrictions, car il implique qu'on puisse recourir &#224; la violence pour faire respecter ces droits, au moins en dernier recours ; or on vient de dire que la cause principale des guerres est le non-respect des droits. L'apparente non-violence absolue est donc &#224; nuancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le texte envisage ensuite l'&#233;limination de la guerre. Au 497 la guerre &#171; ne constitue jamais un moyen appropri&#233; pour r&#233;soudre les probl&#232;mes qui surgissent entre les nations [&#8230;] car elle engendre des conflits nouveaux et plus complexes. &#187;. Notamment &#224; l'&#233;poque moderne, car (498) &#171; la puissance terrifiante des moyens de destruction, [&#8230;] ainsi que les relations toujours plus &#233;troites existant entre les peuples de toute la terre, rendent la limitation des cons&#233;quences d'un conflit tr&#232;s ardue ou pratiquement impossible &#187;. Ce qui incidemment ne va pas de soi (l'histoire contemporaine est riche de conflits rest&#233;s locaux et qui ont &#233;t&#233; donc contr&#244;l&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps et &#224; nouveau le texte permet aussi la possibilit&#233; de guerre dans certains cas. C'est d'abord le cas d'une guerre d&#233;fensive (500) : &#171; une guerre d'agression est intrins&#232;quement immorale. Dans le cas tragique o&#249; elle &#233;clate, les responsables d'un &#201;tat agress&#233; ont le droit et le devoir d'organiser leur d&#233;fense en utilisant notamment la force des armes. &#187; Plus largement le texte estime que la force peut parfois &#234;tre justifi&#233;e, et &#233;num&#232;re les conditions : &#171; pour &#234;tre licite, l'usage de la force doit r&#233;pondre &#224; certaines conditions rigoureuses : que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. [&#8230;] &#187; C'est la &#171; doctrine traditionnelle de la &#8216;guerre juste' &#187;. Et &#171; l'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;. Dans certaines conditions, on peut aller jusqu'&#224; une guerre pr&#233;ventive, malgr&#233; les risques (501) : &#171; seule une d&#233;cision des organismes comp&#233;tents, sur la base de v&#233;rifications rigoureuses et de motivations fond&#233;es, peut donner une l&#233;gitimation internationale &#224; l'usage de la force arm&#233;e, en identifiant des situations d&#233;termin&#233;es comme une menace contre la paix et en autorisant une ing&#233;rence dans la sph&#232;re r&#233;serv&#233;e d'un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire pour &#233;viter la guerre (outre le d&#233;veloppement et le respect des droits) ? Pour le 508 l'objectif est un &#171; d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral, &#233;quilibr&#233; et contr&#244;l&#233; &#187;. On retrouve donc ici la veine utopique. M&#234;me la dissuasion &#171; appelle de s&#233;v&#232;res r&#233;serves morales &#187;. &#171; Les politiques de dissuasion nucl&#233;aire, typiques de la p&#233;riode de la guerre froide, doivent &#234;tre remplac&#233;es par des mesures concr&#232;tes de d&#233;sarmement, bas&#233;es sur le dialogue et sur les n&#233;gociations multilat&#233;rales &#187;. Car (509) : &#171; les armes de destruction de masse - biologiques, chimiques et nucl&#233;aires - repr&#233;sentent une menace particuli&#232;rement grave &#187;. D'o&#249; l'importance de la non-prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, sur cette question, la Doctrine oscille entre deux tendances. D'un c&#244;t&#233;, le r&#233;alisme et le principe de subsidiarit&#233; la conduisent &#224; reconna&#238;tre que la base de la vie commune internationale, ce sont les nations. On admet aussi que la vraie paix suppose une orientation appropri&#233;e, qui est loin de r&#233;gner partout. D&#232;s lors, l'usage de la force n'est pas totalement &#233;cart&#233;, m&#234;me s'il n'est admis que sous des conditions strictes. Cela para&#238;t d&#233;boucher sur une attitude prudente et moralement responsable (r&#233;alisme moral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on observe une tendance &#224; aspirer contre vents et mar&#233;e &#224; un type de rapports internationaux nouveau, fond&#233;s sur le d&#233;sarmement et la r&#233;solution exclusivement pacifique des conflits. Et &#224; envisager l'&#233;mergence d'une autorit&#233; internationale r&#233;ellement capable d'imposer ses d&#233;cisions. Au fond para&#238;t-on dire le dilemme serait lev&#233; si l'humanit&#233; &#233;tait unifi&#233;e sous une autorit&#233; unique, de fa&#231;on pacifique, quoique dans le respect des nations ; le tout moyennant un degr&#233; suffisant de d&#233;veloppement &#233;conomique et de respect des droits de l'homme. En revanche, et malgr&#233; le pr&#233;ambule, il n'est pas mis de pr&#233;alable religieux (conversion g&#233;n&#233;rale au Christ) : c'est l'humanit&#233; pr&#233;sente qui para&#238;t pouvoir s'engager dans cette voie de la pacification g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Entre le souhait de faire au mieux dans les circonstances que nous connaissons, par la conversion des uns et les efforts de tous, mais en admettant la dure r&#233;alit&#233; de certains conflits, et une utopie g&#233;n&#233;reuse mais assez peu r&#233;aliste, dont les conditions de r&#233;alisation ne sont d'ailleurs pas d&#233;crites, le discours balance donc. Mais la tonalit&#233; du texte fait la part belle &#224; une pure &#233;thique de conviction. Si elle autorise de faire au mieux avec les r&#233;alit&#233;s de notre temps, elle introduit en permanence l'id&#233;e que les actions r&#233;alistes m&#234;me morales restent en de&#231;&#224; d'un id&#233;al dont on laisse entendre qu'il serait r&#233;alisable moyennant la bonne volont&#233; de tous. La mise en pratique de ces pr&#233;ceptes n'est donc pas ais&#233;e. L'exemple du Proche Orient et de la Palestine suffisent &#224; nous le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc les exigences morales pos&#233;es par la Doctrine sont incontournables, autant le guidage pratique reste ambigu. Dans un monde comme le n&#244;tre, fort peu spirituel, aussi marqu&#233; par le p&#233;ch&#233; que les &#233;poques ant&#233;rieures, et o&#249; la perspective d'une autorit&#233; internationale forte est utopique, il para&#238;trait naturel d'en d&#233;duire que la t&#226;che &#224; accomplir sera de faire au mieux, avec prudence et dans un esprit de paix lucide, dans la mesure de nos moyens. C'est un aspect du texte. Mais il est loin de l'id&#233;al pos&#233; par ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; de notre monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la recherche de la paix suppose au pr&#233;alable une &#233;valuation des donn&#233;es du probl&#232;me : quelles sont les caract&#233;ristiques de notre monde et notamment de la situation internationale, aujourd'hui et dans l'avenir pr&#233;visible, et que peut-on y faire ? Or le monde dans lequel nous vivons r&#233;ellement s'&#233;loigne sensiblement de la trajectoire d'unification paisible sous-jacente aux aspirations utopiques qu'on vient d'&#233;voquer, notamment au niveau des &#8216;autorit&#233;s' internationales, mais aussi de la culture commune. Ce monde (voir mon livre : Pierre de Lauzun Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non r&#233;gul&#233; Paris TerraMare 2018) de plus en plus interconnect&#233; est, et de plus en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne, avec l'&#233;mergence de puissances nouvelles issues de contextes et de cultures tr&#232;s diff&#233;rents de la matrice europ&#233;enne &#224; laquelle nous sommes habitu&#233;s, et plut&#244;t plus divergentes malgr&#233; l'effet apparent de la mondialisation. Il suffit de rappeler ici l'&#233;mergence de puissances grandes et moyennes dont l'Asie est actuellement le th&#233;&#226;tre ; m&#234;me si le plein effet militaire, strat&#233;gique et diplomatique de cette &#233;mergence ne devrait se faire sentir que dans une g&#233;n&#233;ration au plus t&#244;t. Mais il se fera sentir, de fa&#231;on aujourd'hui peu pr&#233;visible et encore moins contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde marqu&#233; par des crises d&#233;stabilisatrices qui se multiplient et s'amplifient plus qu'elles ne s'apaisent : finances, migrants, &#233;cologie, en sont des exemples &#233;vidents que je ne peux que citer ici, mais ils sont familiers &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde faiblement et de moins en moins r&#233;gul&#233;, car la puissance encore dominante (les Etats-Unis), avec ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts, le sera de moins en moins, et les organisations internationales ne sauraient prendre le relais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde id&#233;ologiquement appel&#233; &#224; &#234;tre de moins en moins h&#233;g&#233;monis&#233; par la pens&#233;e politique occidentale actuellement encore pr&#233;dominante - quoique de moins en moins (m&#234;me si elle cherche &#224; accro&#238;tre son emprise en mati&#232;re de m&#339;urs, ou de style de vie) ; les cas de la Chine et du monde musulman en t&#233;moignent, mais l'&#233;mergence d'autres pays et civilisations, &#224; un degr&#233; d'affirmation plus assur&#233; qu'aujourd'hui, les y conduira &#233;galement (l'Inde d&#233;j&#224; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde menac&#233; d&#232;s lors dans un avenir non imm&#233;diat mais pr&#233;visible par une recrudescence de conflits, &#224; basse intensit&#233; pour l'instant, mais qui ont toutes chances de conna&#238;tre une intensit&#233; plus forte &#224; terme, du fait de cette &#233;mergence de puissances multiples plus riches et mieux &#233;quip&#233;es &#8211; et moins contr&#244;l&#233;es par une superpuissance ; ainsi que des nombreuses occasions de crises. Et faut-il le dire, les motifs de conflits ne manqueront pas, m&#234;me en faisant abstraction des in&#233;galit&#233;s et injustices (qui ne paraissent pas en voie de r&#233;sorption).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable enfin, le facteur national joue un r&#244;le majeur voire croissant. A l'exception toutefois de l'Europe. Mais l'Europe est selon de multiples crit&#232;res une aberration dans le paysage mondial (en bien ou en mal). La nation est en effet &#224; notre &#233;poque et &#224; vue humaine la seule communaut&#233; humaine organis&#233;e et l&#233;gitime au niveau politique, le seul lieu de solidarit&#233; et d'identification structur&#233;. Certes il se peut que dans ce r&#244;le elle soit un jour d&#233;pass&#233;e, si elle n'est pas &#224; la hauteur des d&#233;fis nouveaux qui la menacent (mondialisation, in&#233;galit&#233;s et migrations). Mais cela a alors toutes chances de l'&#234;tre par la recrudescence d'empires d'un nouveau type, car l'empire est la forme politique la plus adapt&#233;e &#224; des soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes. On l'a vu, le Compendium reconna&#238;t ce r&#244;le de la nation ; mais il est en m&#234;me temps tiraill&#233; par ses aspirations &#224; la paix hic et nunc, notamment au moyen d'une Autorit&#233; internationale et d'un d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une recherche patiente et non l'application d'une id&#233;ologie moralisante&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, il para&#238;t se d&#233;duire de tout ceci que la recherche de la paix sera plus que jamais une t&#226;che difficile. Elle n'implique ni de rejeter la dimension nationale seul fondement des communaut&#233;s politiques et seul facteur v&#233;ritable de solidarit&#233; active entre les hommes ; ni d'abandonner la probl&#233;matique de la guerre juste, dont on a vu encore la pertinence au Moyen Orient en 2003. En m&#234;me temps elle pousse &#224; rester conscient des limites de cette communaut&#233; de nations qu'est la sc&#232;ne internationale, et des risques que peuvent pr&#233;senter tant le nationalisme que la passion id&#233;ologique, ou simplement la volont&#233; de puissance, voire l'engrenage des affrontements. Mais cela ne doit pas conduire &#224; se confier &#224; un id&#233;alisme na&#239;f inspir&#233; par une &#233;thique de conviction d&#233;sincarn&#233;e. Concr&#232;tement cette forme de paix qui est &#224; notre port&#233;e suppose de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des faits, et non pas de parachuter des jugements moraux et des analyses abstraites sur des situations humaines complexes. Il faut notamment souligner les effets pervers des emballements id&#233;ologiques occidentaux. On l'a vu &#224; nouveau avec les printemps arabes. Le probl&#232;me n'est pas qu'on cherche &#224; aider les soci&#233;t&#233;s &#224; &#233;voluer dans un sens meilleur. Il est dans l'attitude id&#233;ologique qui plaque un sch&#233;ma de lecture irr&#233;el sur d'autres soci&#233;t&#233;s qui peuvent facilement basculer dans une violence incontr&#244;l&#233;e. Le plus difficile n'est pas d'affirmer le besoin de paix, car il est admis par la plupart, mais de discerner dans chaque situation comment l'assurer au mieux. Ce qui suppose d'envisager lucidement la possibilit&#233; qu'il existe des conflits, et d'en prendre en compte la logique, cela en vue m&#234;me de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te pr&#233;caire et lucide de la paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour l'id&#233;e de la paix par l'action d'une autorit&#233; internationale. En t&#233;moignent les difficult&#233;s apparues &#224; l'occasion des op&#233;rations de &#8216;maintien de la paix', men&#233;es sous l'&#233;gide de l'Onu. Ce qui frappe dans ces interventions, c'est le faible r&#244;le propre de l'Onu. Dans la plupart des conflits elle n'a pas &#233;t&#233; capable d'agir. Outre la facilitation de n&#233;gociations ou un r&#244;le d'interposition, utiles &#224; l'occasion mais limit&#233;s, son r&#244;le militaire direct a &#233;t&#233; rare, et il n'a &#233;t&#233; possible que quand la force principale a &#233;t&#233; fournie par les Etats-Unis ; c'&#233;tait alors une intervention occidentale l&#233;gitim&#233;e. En outre, m&#234;me dans les cas rares o&#249; une guerre a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, il arrive souvent qu'aucune vraie paix ne s'instaure. Ainsi entre Arabes et Isra&#233;liens ou en Cor&#233;e. Le terme de &#8216;l&#233;galit&#233; internationale' est donc trompeur, car la situation est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on appelle l&#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un Etat. L'Onu ne peut d'ailleurs prendre position que s'il y a majorit&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233;. Et surtout si aucun membre permanent ne s'y oppose. D&#232;s lors elle est souvent paralys&#233;e ; et il est exclu qu'elle agisse contre une grande puissance. Et elle n'a pas par elle-m&#234;me de moyens d'ex&#233;cution, hors appui am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps le risque de conflit subsiste. La paralysie de l'Onu ne doit pas enrayer toute possibilit&#233; de r&#233;action face &#224; une menace r&#233;elle. Autant la concertation dans ce cadre est &#224; encourager, autant il est l&#233;gitime, lorsqu'elle a &#233;t&#233; &#233;puis&#233;e, qu'un pays prenne ses responsabilit&#233;s si la situation le justifie. Ce qui suppose bien entendu que la guerre puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#8216;juste'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle solution peut-on alors envisager &#224; la question de la paix ? Le Compendium lui-m&#234;me le reconnait de fait : il est na&#239;f de croire qu'&#224; notre &#233;poque toute guerre est exclue, ou peut &#234;tre limit&#233;e &#224; un niveau local. Et donc m&#234;me s'il va de soi qu'il faille &#233;viter le plus possible et le cas &#233;ch&#233;ant contr&#244;ler les guerres, il y a des guerres qui doivent &#234;tre men&#233;es, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Se donner comme seul but l'&#233;limination totale des guerres est utopique, et peut conduire &#224; courir un risque plus &#233;lev&#233;. Quant au droit, ce qu'on appelle droit en la mati&#232;re est trop souvent incertain ou id&#233;ologique ; m&#234;me quand il est d&#233;fini, il ne comporte pas en lui-m&#234;me de capacit&#233; &#224; s'imposer. Cela ne veut pas dire qu'il faille y renoncer ; mais ses limites ne sont que trop &#233;videntes. Il n'y a pas de l&#233;galit&#233; internationale nette et univoque ; il y a tout au plus des &#233;l&#233;ments de l&#233;galit&#233;. En d'autres termes l'harmonie et la cohabitation sont des objectifs moraux et respectables ; mais il faut les chercher pragmatiquement, sans se fixer sur la pierre philosophale d'une id&#233;ologie ou d'une utopie qui, loin de fournir une solution, peuvent cr&#233;er ou aggraver les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la paix ne r&#233;side pas dans une formule politique comme la d&#233;mocratisation, ni dans une l&#233;galit&#233; internationale appuy&#233;e ou non sur l'Onu, ni dans des aventures militaires &#224; pr&#233;tentions moralisantes, mais dans un travail patient et sans cesse menac&#233;, fond&#233; sur une analyse de la situation r&#233;elle. Sauf &#224; accepter la paix tr&#232;s particuli&#232;re que procure un empire, il faut rechercher un certain &#233;quilibre entre les pouvoirs, selon un mod&#232;le proche de celui du XVIIIe si&#232;cle. Il faut ensuite disposer de proc&#233;dures de r&#233;solution des conflits, et c'est l&#224; qu'interviennent les institutions internationales malgr&#233; leurs limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin un esprit de paix, qui se cultive, et l&#224; on retrouve le Compendium. C'est le devoir de tout homme de bonne volont&#233; &#8211; mais avec lucidit&#233;, et donc sans substituer arbitrairement un id&#233;al utopique &#224; la r&#233;alit&#233; des faits. En particulier, tant qu'appara&#238;tront des dirigeants sans scrupule, agressifs, tirant avantage du fait que les autres sont pacifiques, il faudra envisager, apr&#232;s &#233;puisement des voies de paix, la possibilit&#233; d'un usage raisonn&#233; de la force militaire, notamment s'ils agressent les autres. Plus profond&#233;ment, comme le note le Magist&#232;re, un v&#233;ritable esprit de paix suppose la reconnaissance de valeurs morales objectives, universelles, ind&#233;pendantes de tout dessein politique particulier, et d&#233;passant le mirage dangereux des id&#233;ologies comme le simple jeu de r&#232;gles de cohabitation. Ce qui est peu coh&#233;rent avec le relativisme qui nous domine. Sauf conversion g&#233;n&#233;rale, la Civilisation de l'Amour ch&#232;re aux Papes contemporains n'est pas la tendance spontan&#233;e de notre &#233;poque (pas plus que des autres). Elle supposerait une v&#233;ritable conversion, qui devrait &#234;tre d'ordre spirituel, et donc ne se d&#233;cr&#232;te pas : cela suppose la foi. En bonne logique pour le croyant la paix v&#233;ritable suppose donc l'&#233;vang&#233;lisation. Nous retrouvons la premi&#232;re id&#233;e du Compendium, et la Bible. Mais nous en sommes loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait d'une intervention lors des Rencontres internationales de l'Association internationale pour l'enseignement social chr&#233;tien (1er septembre 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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