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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (premier article) : les in&#233;galit&#233;s de revenu </title>
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		<dc:date>2020-12-12T10:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Revenu</dc:subject>
		<dc:subject>Justice</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. A la fois justifi&#233;e, et compl&#233;tement fauss&#233;e. In&#233;galit&#233; il y a, et pauvret&#233;. Mais en m&#234;me temps reste la question : que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier article : sur les in&#233;galit&#233;s de revenus (et sur la pauvret&#233;). Deux id&#233;es de base : la question de la pauvret&#233; et celle des in&#233;galit&#233;s sont tr&#232;s diff&#233;rentes et doivent &#234;tre distingu&#233;es. L'une concerne une fraction limit&#233;e mais prioritaire de la soci&#233;t&#233;, l'autre l'ensemble des rapports au sein de celle-ci. Deuxi&#232;me id&#233;e : la justice consiste &#224; rendre &#224; chacun ce qui lui est d&#251;. Justice commutative des &#233;changes, et justice distributive dans la soci&#233;t&#233;. Tous nous avons des droits ; mais tous ne contribuent pas &#233;galement. Une perspective qui n'est donc ni &#233;galitaire, ni satisfaite des abus. Qu'un grand patron gagne beaucoup plus que moi est normal. Qu'il per&#231;oive un revenu princier alors que sa gestion est m&#233;diocre ou nocive , en outre sans &#234;tre tenu responsable sur ses deniers, est scandaleux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Justice-+.html" rel="tag"&gt;Justice&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Pauvret&#233; et marginalit&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Traitons d'embl&#233;e un point : la pauvret&#233;. Urgent, mais particulier. On tend trop souvent &#224; voir cette question de la pauvret&#233; en termes d'in&#233;galit&#233;. Le lien existe &#233;videmment, mais les questions de la pauvret&#233; et des in&#233;galit&#233;s sont tr&#232;s diff&#233;rentes et doivent &#234;tre distingu&#233;es. L'une concerne la partie d&#233;munie de la soci&#233;t&#233; ; l'autre, l'ensemble des rapports au sein de celle-ci, vus sous l'angle de la r&#233;partition des revenus ou des patrimoines. Une r&#233;ponse &#224; chacune de ces questions peut conduire &#224; des positions et des actions tr&#232;s diff&#233;rentes, ne serait-ce qu'au niveau des priorit&#233;s : doit-on par exemple rechercher l'&#233;galit&#233; maximale entre tous, ou privil&#233;gier le souci du pauvre ? Je commence par la premi&#232;re question, de la pauvret&#233;. On verra ensuite l'in&#233;galit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de la pauvret&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me s'il n'est pas le seul, le chr&#233;tien est par excellence &#224; l'&#233;coute du message biblique et plus particuli&#232;rement &#233;vang&#233;lique portant sur les pauvres. Certes, le propos selon lequel la croissance &#233;conomique ne profite pas aux pauvres est &#224; la fois vrai, et quelque peu d&#233;s&#233;quilibr&#233;. Certes, il est faux de pr&#233;tendre qu'il y a automatiquement diffusion vers le bas de la richesse et r&#233;duction de l'exclusion. Mais il est erron&#233; de ne pas reconna&#238;tre qu'il y a des retomb&#233;es significatives de l'activit&#233; &#233;conomique concurrentielle ; trop souvent, on ne voit que l'hypocrisie (bien r&#233;elle) de ceux qui s'en drapent pour justifier la loi de la jungle. C'est pourtant un fait qu'une grande partie de l'humanit&#233; a r&#233;ellement et massivement progress&#233; mat&#233;riellement (m&#234;me si on peut estimer que ce n'est pas durable du fait des contraintes &#233;cologiques), notamment depuis 30 ans, et que des milliards d'hommes sont sortis de la mis&#232;re. De la m&#234;me fa&#231;on, si l'in&#233;galit&#233; cro&#238;t manifestement selon plusieurs crit&#232;res, en revanche affirmer que seule une minorit&#233; s'enrichit et que la majorit&#233; s'appauvrit ne correspond pas aux faits, au moins pour une grande partie de l'humanit&#233;. Dit autrement, on ne para&#238;t pas vraiment voir la puissance de cr&#233;ation de richesse de l'&#233;conomie, et sa capacit&#233; &#224; en faire profiter un grand nombre. Or cette capacit&#233; existe, m&#234;me si elle a ses limites, et notamment avec l'exclusion, point sur lequel sa critique est indiscutable &#8211; d'o&#249; le besoin de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les degr&#233;s de solidarit&#233;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un point de vue moral ou &#233;thique, il est manifestement immoral de refuser ou marginaliser le pauvre comme tel, et de nier toute solidarit&#233; avec lui. Inclure les pauvres et ne pas cr&#233;er des exclus sont d'un point de vue &#233;thique des priorit&#233;s &#233;videntes et incontournables pour tous, y compris pour les acteurs de la vie &#233;conomique, voire notamment pour eux. Le refus de ce principe peut avoir une dimension pathologique (peur de la personne du pauvre, ou peur de manquer soi-m&#234;me de ressources). Mais d'autres se r&#233;fugient derri&#232;re des th&#233;ories pour mettre des limites &#224; cette exigence de solidarit&#233;. L'&#233;conomiste am&#233;ricain Tiemstra (Stories economists tell, Pickwick Publications, Eugene Oregon, 2012) critique ainsi trois id&#233;es selon lui r&#233;pandues dans la droite am&#233;ricaine, et il y r&#233;pond terme &#224; terme. Le premier est de d&#233;finir la pauvret&#233; en termes absolus (ceux qui sont en manque total) &#8211; et de ne pas aider les autres (ceux qui ne sont qu'en manque relatif). Or la pauvret&#233; est d'abord relative &#224; la position du pauvre par rapport &#224; la soci&#233;t&#233;, et cette pauvret&#233; relative cr&#233;e des probl&#232;mes sociaux observables. Le second consiste &#224; distinguer les pauvres &#224; aider et les autres : cela peut &#234;tre en excluant les pauvres qui travaillent, ou au contraire ceux qui ne font rien. Or l'obligation morale d'aider les pauvres ne se relie pas &#224; un m&#233;rite de leur part, mais &#224; leur besoin (m&#234;me s'il est bon qu'on les encourage ou aide &#224; travailler le cas &#233;ch&#233;ant). Le troisi&#232;me consiste &#224; renvoyer l'aide aux pauvres &#224; la seule initiative priv&#233;e. Mais le gouvernement est l&#224; pour instaurer la justice dans la soci&#233;t&#233;, et il n'est pas &#233;vident que les structures priv&#233;es soient toujours plus comp&#233;tentes ou appropri&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter inversement qu'on ne peut pas non plus tout attendre des seules institutions publiques. Car la cr&#233;ation de richesse et d'emploi et la logique &#233;conomique sont d'abord le fait des acteurs priv&#233;s. Ces points sont incontestables. La solidarit&#233; avec les pauvres se r&#233;f&#232;re &#224; un besoin de ceux-ci ; elle ne se limite pas &#224; des besoins fondamentaux comme la faim, et ne se base pas sur les m&#233;rites du pauvre. Et rien n'implique que le niveau politique n'y joue pas son r&#244;le. En r&#233;sum&#233;, il faut une action publique, au moins d&#232;s qu'on constate que l'action priv&#233;e ne suffit pas. Mais il est vrai aussi que l'aide priv&#233;e, interpersonnelle, est premi&#232;re, et probablement plus efficace quand elle existe. En outre, quelle que soit l'organisation de la solidarit&#233; sociale et de l'&#233;conomie, il y aura toujours des personnes en situation de besoin, et la demande &#233;thique d'aide et de solidarit&#233; subsistera, s'adressant &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et revenus&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, la question des in&#233;galit&#233;s est distincte de la question de la pauvret&#233; : elle se r&#233;f&#232;re &#224; la soci&#233;t&#233; en g&#233;n&#233;ral, alors que la pauvret&#233; et l'exclusion ne se r&#233;f&#232;rent qu'&#224; une partie de la population, aux besoins plus urgents mais aujourd'hui relativement limit&#233;e, au moins dans les pays d&#233;velopp&#233;s. La question concr&#232;te est ensuite : sur quelle base faut-il appr&#233;cier le degr&#233; d'in&#233;galit&#233; dans la soci&#233;t&#233;, et, si on juge qu'il faut la r&#233;duire, comment le faire sans cr&#233;er d'autres maux ? Contrairement &#224; la pauvret&#233;, cette question n'a pas de r&#233;ponse de principe imm&#233;diate, en morale commune comme d'un point de vue chr&#233;tien. Les conceptions en pr&#233;sence sont d&#232;s lors vari&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice commutative et justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une large mesure, le d&#233;bat tourne autour de la notion de justice. Mais de quelle justice parle-t-on ? La justice consiste &#224; donner &#224; chacun ce qui lui revient. Dans le cadre de la pens&#233;e classique, le point central est l'existence de deux types fondamentaux de justice : la commutative et la distributive &#8216;saint Thomas d'Aquin, Summa Theologiae II-II q 61 : De partibus iustitiae). Dans le premier cas, on vise les rapports d'une personne &#224; une autre. Il s'agit donc de relations entre deux parties de la soci&#233;t&#233;. Cette justice &#8216;commutative' r&#233;git les &#233;changes. L'&#233;change doit &#234;tre &#8216;&#233;gal'. Dans le second cas, on consid&#232;re la relation de la partie au tout, donc de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. Cette justice &#8216;distributive' consid&#232;re la &#8216;distribution', au sens le plus large, des choses communes aux membres de la soci&#233;t&#233;. La distinction est importante, car dans chacun de ces cas le terme de comparaison par lequel on mesure la justice est diff&#233;rent. Dans la justice commutative, on compare les choses &#233;chang&#233;es (ou la r&#233;mun&#233;ration d'un acte) ; ainsi dans un achat ou une vente. Extorquer un prix &#233;lev&#233;, m&#234;me consenti, c'est vendre ce qu'on n'a pas, donc injuste. Et prendre &#224; quelqu'un quelque chose qu'il a gagn&#233; est aussi une injustice : ce qui met incidemment une limite &#233;vidente &#224; l'imp&#244;t. L'&#233;galit&#233; entre les termes y est donc centrale : l'&#233;change met en rapport deux volont&#233;s, &#233;gales comme telles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le second cas, la justice distributive, on consid&#232;re la relation de la personne &#224; la soci&#233;t&#233;. La soci&#233;t&#233; consid&#232;re ce que chacun est en droit de recevoir d'elle comme membre, en fonction de sa place et de son r&#244;le. Implicitement ou non, cela contient une appr&#233;ciation de ce que chacun apporte &#224; la soci&#233;t&#233; ou y signifie. Sur le plan &#233;conomique, ce d&#251; peut r&#233;sulter du fonctionnement du syst&#232;me, ou &#234;tre octroy&#233; par la soci&#233;t&#233;, qui puise dans les ressources communes, ou bien encore provenir d'autres participants, dont c'est le devoir. Ainsi de nos jours une prestation sociale est vers&#233;e directement par la soci&#233;t&#233;, alors que le SMIC est pay&#233; par les employeurs priv&#233;s, mais exig&#233; par la loi. Le d&#251; peut &#234;tre mon&#233;taire ou non (honneurs, statut, instruction, emploi etc.) &#8211; ce dernier facteur &#233;tant plus rare de nos jour (&#224; tort). Selon quel crit&#232;re ce d&#251; est-il &#233;tabli ? Cela d&#233;pend &#224; l'&#233;vidence de la soci&#233;t&#233;. En effet, contrairement &#224; la justice commutative, le terme de comparaison n'est pas l'&#233;galit&#233; entre deux choses, mais une proportion : ce qui est d&#251; sera proportionnel &#224; ce que sont, ou font, les personnes en question, d'un fa&#231;on qui d&#233;pend directement de la logique particuli&#232;re de construction de la soci&#233;t&#233; en question : si une personne est, ou fait, plus qu'une autre selon ces crit&#232;res, il en sera de m&#234;me de ce qu'elle re&#231;oit. Notons d'ores et d&#233;j&#224; que de ce point de vue il est &#233;quitable (juste) que chacun re&#231;oive un niveau de prestations qu'on peut appeler de base, &#224; laquelle il peut pr&#233;tendre comme personne humaine, membre de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons le raisonnement : la justice est une relation entre deux termes. Et cette relation, tout en s'imposant aux parties au moment o&#249; le probl&#232;me se pose, n'est pas fix&#233;e pour toujours dans un empyr&#233;e quelconque. Dans un cas, cela d&#233;pend de l'&#233;change et notamment des sp&#233;cificit&#233;s d'une transaction. Dans l'autre, cela d&#233;pend des conditions particuli&#232;res de l'organisation sociale consid&#233;r&#233;e, qui peut varier. En outre, ces deux grandes conceptions de la justice peuvent se heurter dans la pratique. Et selon les cas on peut avoir &#224; donner l'avantage &#224; l'une ou &#224; l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons que dans la perspective classique, la recherche de justice s'inscrit n&#233;cessairement dans le cadre du bien commun, car elle est un des moyens les plus importants pour &#339;uvrer dans son sens, et ne se comprend pas pleinement sans cette finalit&#233;. On est donc dans un contexte qui n'est pas individualiste, ni moralement neutre, mais reconna&#238;t des finalit&#233;s, aux personnes et &#224; la soci&#233;t&#233;. On ne pose donc au d&#233;part ni a priori lib&#233;ral, ni &#233;galitariste (et on est tr&#232;s loin de John Rawls). Mais on consid&#232;re ce que dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e il faut attendre de chacun et donner &#224; chacun, pour aboutir au bien commun de cette soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les in&#233;galit&#233;s, la justice sociale et la redistribution&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je ne d&#233;velopperai pas les th&#232;ses en pr&#233;sence sur cet immense sujet des in&#233;galit&#233;s, qui ont fait l'objet d'une litt&#233;rature abondante. Je me concentrerai en outre ici sur l'in&#233;galit&#233; des revenus : celle des patrimoines sera &#233;voqu&#233;e dans un autre article. Un premier ensemble de positions regroupe celles qu'on peut qualifier de gauche ou social-d&#233;mocrate, pour qui l'in&#233;galit&#233; est en soi mauvaise et doit &#234;tre contenue, voire &#233;limin&#233;e, essentiellement par une intervention publique. Ce peut &#234;tre en critiquant l'in&#233;galit&#233; comme injustice, les hommes &#233;tant &#233;gaux, ou comme obstacle &#224; le participation de tous &#224; la soci&#233;t&#233;. Cela peut conduire aussi &#224; refuser le dilemme entre efficacit&#233; et in&#233;galit&#233;, et l'id&#233;e qu'une certaine in&#233;galit&#233; favorise le bon d&#233;veloppement de la soci&#233;t&#233; (cela peut m&#234;me mener aussi &#224; soutenir que les in&#233;galit&#233;s sont nocives pour l'environnement). On souligne alors que la contribution des personnes ayant de hauts revenus n'est pas socialement toujours utile ; qu'en outre, leur productivit&#233; apparente d&#233;pend largement de leur insertion dans un contexte social de production, qui, dit-on alors, explique la plus grande partie des r&#233;sultats qu'ils obtiennent, de sorte qu'il est arbitraire de pr&#233;tendre justifier par-l&#224; leurs hautes r&#233;mun&#233;rations. En r&#233;sumer, on estime qu'il faut reconsid&#233;rer le syst&#232;me lui-m&#234;me, qui doit &#234;tre ordonn&#233; au service des pauvres et de la majorit&#233;. Ces conceptions voient alors la justice distributive de fa&#231;on radicale, comme redistribution directe maximale de richesse, avec priorit&#233; absolue &#224; la d&#233;pense publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens inverse, d'autres soulignent le degr&#233; &#233;lev&#233; d'intrusion dans la vie des personnes et de leurs associations ou soci&#233;t&#233;s que cette action suppose ; et ils s'interrogent sur l'am&#233;lioration qu'on peut r&#233;ellement obtenir par elle du sort des non-riches. On ajoute que l'existence d'une in&#233;galit&#233; ne justifie pas &#224; elle seule la redistribution, qu'il faudrait motiver par exemple par un dol quelconque ; car il n'est pas juste non plus que des gens soient priv&#233;s de ressources qu'ils ont l&#233;galement acquises, notamment par leur activit&#233;, et &#224; laquelle ils ont droit par justice commutative. J'ai le droit, dit Meredith, de voler du sucre pour soulager un diab&#233;tique que j'ai sous mes yeux et qui est en manque ; mais pas de voler syst&#233;matiquement tout le sucre que je rencontre pour le distribuer &#224; tous les diab&#233;tiques possibles. En outre, on n'&#233;value pas la d&#233;sincitation que cela entra&#238;ne : or il n'est pas bon qu'un revenu soit d&#233;coupl&#233; de toute contribution de la part de celui qui le re&#231;oit ; c'est m&#234;me l&#224; encore parfaitement injuste, sauf motif particulier. En d'autres termes, on n&#233;glige la mesure de l'impact de la redistribution sur les personnes, au nom d'une notion abstraite du revenu qui est d&#233;coupl&#233;e de la r&#233;alit&#233; &#233;conomique et sociale pourtant &#224; l'origine de la cr&#233;ation de richesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus profond&#233;ment, l'in&#233;galit&#233; voulant dire que certains ont moins que d'autres, la premi&#232;re question n'est pas d'abord d'enlever aux uns pour le donner aux autres, mais surtout de faire en sorte, si c'est justifi&#233;, que ces derniers aient plus. Cela peut se faire par redistribution, mais c'est alors un jeu &#224; somme nulle, et &#233;ventuellement n&#233;gative si cela alt&#232;re n&#233;gativement le fonctionnement social sans apporter comparativement &#224; ceux qui sont dans le besoin. Le moyen le plus naturel, quand il est possible, est l'accroissement de la richesse globale. De fait, la pauvret&#233; relative ou le manque d&#233;pendent avant tout du niveau de la richesse collective , et non de l'in&#233;galit&#233;. Supprimer les maharajas, disait Fourasti&#233;, augmenterait le revenu nominal des Indiens, mais pas la quantit&#233; de riz disponible. En revanche, la croissance augmente la richesse de tous et m&#234;me diminue les &#233;carts. Autrement dit, c'est bien ce que le syst&#232;me apporte de mieux &#224; chacun qui compte, et non le carcan d'un coefficient de Gini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus pr&#233;cis&#233;ment, il y a en soi deux moyens pour des pouvoirs publics de r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s : agir sur les revenus bruts et leur niveau, ou pr&#233;lever par l'imp&#244;t (ou des cotisations sociales fonctionnant comme des imp&#244;ts). Le premier est en soi plus conforme aux exigences de justice commutative comme redistributive, mais cela suppose qu'on puisse d&#233;montrer que cette justice a &#233;t&#233; viol&#233;e, c'est-&#224;-dire que des gens re&#231;oivent plus que ceux &#224; quoi ils ont raisonnablement droit. Mais la recherche &#224; tout prix de l'&#233;galit&#233; ne constitue pas en soi un argument de justice. C'est donc situation par situation qu'il faut juger. Mais cela ne doit pas emp&#234;cher d'agir et nous allons y venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la redistribution fiscale, c'est une mesure globale qui ne prend pas en compte le degr&#233; de justice des revenus eux-m&#234;mes ; en termes de justice, elle rencontre donc ses limites. Elle ne peut se justifier que de deux mani&#232;res : l'une est la capacit&#233; contributive aux charges communes, l'autre la volont&#233; comme on dit de &#8216;r&#233;duire les in&#233;galit&#233;s'. La premi&#232;re est &#233;videmment plus &#233;lev&#233;e chez les plus ais&#233;s et para&#238;t &#233;quitable en termes notamment de justice distributive ; mais dans sa logique m&#234;me elle ne permet pas un pr&#233;l&#232;vement excessif : avoir une capacit&#233; contributive plus grande ne peut impliquer se voir confisquer une bonne partie de cette capacit&#233;. Ou alors on bascule dans le deuxi&#232;me argument. Mais alors se pose la motivation en termes de justice : si on n'intervient pas sur les revenus bruts, c'est qu'on les accepte comme justes ; et alors il n'y pas de raison de redistribuer, du moins sous cet angle. On justifie ensuite la redistribution en quelque sorte comme mesure balai : on ne sait pas trop comment agir sur les revenus bruts, mais comme on est contre une trop grande disparit&#233;, on rabote ce qui d&#233;passe. Ce qui introduit une contradiction dans le fonctionnement de la soci&#233;t&#233; : on vous laisse gagner ce que vous pouvez mais on le confisque ensuite, de fa&#231;on en outre assez grossi&#232;re et impr&#233;cise. Une telle mesure a donc ses limites, c'est celle de la social-d&#233;mocratie classique. On peut ajouter que la redistribution fiscale peut soulever de s&#233;rieux probl&#232;mes sociaux ou &#233;conomiques. Il est notamment tr&#232;s difficile de situer le niveau optimal de redistribution, et donc de pr&#233;l&#232;vement &#224; effectuer sur le revenu des autres. Il y a par exemple de consid&#233;rables d&#233;bats sur l'&#233;lasticit&#233; du taux marginal possible de l'imp&#244;t sur le revenu et les imp&#244;ts analogues (le seuil &#224; partir duquel il devient contre-productif) : un sp&#233;cialiste social-d&#233;mocrate partisan d'une forte redistribution comme Anthony B. Atkinson parle de 65%. Mais il n'est pas &#233;vident qu'un seuil d&#233;passant les 50 % ne doive pas d&#233;j&#224; &#234;tre jug&#233; confiscatoire. En r&#233;alit&#233; m&#234;me ce niveau de 50% remet en cause la logique de la constitution des revenus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, et sauf &#224; agir sur les revenus bruts si effectivement ils sont injustes, un objectif purement &#233;galitaire obtenu par une fiscalit&#233; lourde va contre les exigences de la justice commutative, les prestations des uns et des autres &#233;tant diff&#233;rentes, mais aussi de la justice distributive, la soci&#233;t&#233; reposant sur des r&#244;les et des responsabilit&#233;s diff&#233;rents. En revanche une redistribution premi&#232;re &#171; raisonnable &#187;, c'est-&#224;-dire coh&#233;rente avec la libert&#233; des personnes et le bon fonctionnement de la soci&#233;t&#233;, est bienvenue, notamment en termes de justice distributive, dans la mesure surtout o&#249; elle permet &#224; chacun de participer &#224; la soci&#233;t&#233; en tant que personne. &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle justice dans les r&#233;mun&#233;rations ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice et r&#233;mun&#233;rations : la justice commutative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons donc l'importance majeure de la justice au niveau des revenus bruts, avant redistribution. Quelles cons&#233;quences peut-on tirer de ces consid&#233;rations ? Reprenons les crit&#232;res classiques, justice commutative et distributive. En justice commutative, on l'a dit l'exigence principale est la justice dans les &#233;changes ; elle implique que les abus de pouvoir des riches soient s&#233;v&#232;rement contr&#244;l&#233;s, et a fortiori tout ce qui est corruption et abus de pouvoir. Mais elle ne s'oppose pas &#224; l'in&#233;galit&#233; des revenus s'ils sont justement acquis, et consid&#233;rera m&#234;me injuste une redistribution fiscale excessive. On objectera que bien des hauts revenus sont le fruit d'un rapport de force et non de prestations ; c'est vrai (mais pas toujours, loin de l&#224;) ; mais si on remet en cause pour ce motif un revenu &#233;lev&#233;, ce sera parce qu'il n'est pas m&#233;rit&#233;, pas pour des motifs &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette derni&#232;re observation s'applique notamment aux revenus des dirigeants d'entreprise, souvent d&#233;mesur&#233;s, lorsque la prestation n'est pas l&#224;, ou n'est pas suffisante pour justifier le revenu en question. C'est malheureusement tr&#232;s souvent le cas - quoique pas toujours. Car, contrairement &#224; ce qu'on pr&#233;tend ici ou l&#224;, il se peut qu'un patron cr&#233;e un effet de richesse collective majeur, et il est alors juste qu'il en ait sa part : dans ce cas, elle peut m&#234;me repr&#233;senter en toute justice des sommes tr&#232;s importantes. De m&#234;me pour des personnes ayant une comp&#233;tence rare et tr&#232;s utile. Lorsque qu'on nous dit qu'on pourrait par exp&#233;rience de pens&#233;e supprimer les patrons et ne pas voir la soci&#233;t&#233; s'effondrer, alors que la disparition instantan&#233;e de tous les &#233;boueurs ou policiers serait catastrophique, on confond les probl&#232;mes. En fait, on pourra trouver des gens qui pourront assez vite faire le travail d'un &#233;boueur (dire cela n'enl&#232;ve rien &#224; la dignit&#233; de ce dernier et notamment &#224; sa tr&#232;s grande utilit&#233; pour la soci&#233;t&#233;, mise en lumi&#232;re si besoin est par la crise du coronavirus) ; mais un dirigeant de talent est r&#233;ellement rare, et fort utile. En outre, la prestation du second est dans une grande mesure elle aussi appr&#233;ciable, voire mesurable, contrairement &#224; ce que pr&#233;tend notre auteur. Et dans ce cas la justice commutative validera une in&#233;galit&#233; potentiellement &#233;lev&#233;e, qui est en outre socialement b&#233;n&#233;fique. Mais rappelons que la r&#233;alit&#233; de nos soci&#233;t&#233;s est loin de cet id&#233;al : bien des hautes r&#233;mun&#233;rations sont en r&#233;alit&#233; tout &#224; fait injustifi&#233;es. Les r&#233;mun&#233;rations salariales tr&#232;s &#233;lev&#233;es, notamment manag&#233;riales, sont les grands gagnants des 30 derni&#232;res ann&#233;es, bien plus que les actionnaires. C'est &#233;videmment aussi le cas des gains r&#233;sultant de la sp&#233;culation sur les actifs. Dans les banques d'investissement, les bonus issus de cette activit&#233; peuvent d'ailleurs m&#234;me d&#233;passer les dividendes. Une r&#233;action r&#233;solue s'impose donc, de la part des actionnaires et des pouvoirs publics. Et probablement une taxation diff&#233;renci&#233;e, voire une r&#233;glementation. Il faut en particulier d&#233;connecter les r&#233;mun&#233;ration des dirigeants de crit&#232;res de court terme, notamment des cours de Bourse, pour privil&#233;gier les prestations &#224; long terme, consid&#233;r&#233;es selon une vari&#233;t&#233; de crit&#232;res. Et donc revenir sur 30 ans d'&#233;volution erron&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On faut aussi mentionner ici la probl&#233;matique des m&#233;tropoles, source majeure d'in&#233;galit&#233;s mais largement n&#233;glig&#233;e (voir Paul Collier, The Future of Capitalism). Il y a plus encore que par le pass&#233; une avantage &#233;norme &#224; la concentration de talents qu'elles r&#233;alisent, dont Londres et New York (mais aussi Paris) sont des exemples majeurs. Comme le note Collier, la valeur ajout&#233;e qui en r&#233;sulte, et l'effet de rente induit, est partag&#233; entre les propri&#233;taires fonciers et les professionnels &#224; talent (moiti&#233; moiti&#233; selon son calcul). Les premiers n'y ont aucun m&#233;rite, et les seconds en partie seulement, car le m&#234;me juriste sp&#233;cialis&#233; bas&#233; &#224; Londres est beaucoup profitable que s'il &#233;tait en province. Il propose donc une taxation sp&#233;cifique des uns et des autres, au b&#233;n&#233;fice du reste de la communaut&#233; nationale, sans laquelle la m&#233;tropole n'existerait pas, mais qui n'en b&#233;n&#233;ficie que peu. Cela para&#238;t dans son principe justifi&#233;. De fa&#231;on analogue, on sait enfin qu'en g&#233;n&#233;ral les salaires d&#233;pendent de la prosp&#233;rit&#233; de l'employeur autant que du talent r&#233;el des collaborateurs. Les firmes les plus profitables payent de plus hauts salaires.et les monopolistes encore plus. Les secr&#233;taires sont bien mieux pay&#233;es dans la finance que dans le transport. C'est en partie in&#233;vitable, mais justifier cela par le jeu du march&#233; n'a pas de sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Justice et r&#233;mun&#233;rations : la justice distributive&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En justice distributive, et a fortiori participative, la consid&#233;ration est diff&#233;rente : on cherche &#224; faire autant que possible en sorte que chacun re&#231;oive de la soci&#233;t&#233; ce qu'on estime juste qu'il re&#231;oive (sans cr&#233;er par ailleurs un mal plus grand que le bien qu'on veut obtenir) : cela d&#233;pend donc essentiellement ce qu'il fait ou est pour la soci&#233;t&#233;, mais cela suppose &#233;videmment que la personne puisse effectivement apporter &#224; la soci&#233;t&#233; (ce qui me conduit &#224; mettre ici la justice participative). Mais l&#224; aussi, on l'a rappel&#233;, l'&#233;galitarisme ne refl&#232;te pas la r&#233;alit&#233;, car les r&#244;les et apports des uns et des autres sont &#233;videmment diff&#233;rents. Le fait d'&#234;tre une personne humaine et d'&#234;tre citoyen donne un certain droit indubitable &#224; ce titre, mais ne justifie pas un objectif &#233;galitaire, tant s'en faut. Prenons ici quelques exemples concrets.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord celui d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; des patrons, qui ont une responsabilit&#233; importante et utile, ce qui fait que, m&#234;me en justice distributive, il est normal que leur r&#233;mun&#233;ration soit &#233;lev&#233;e. Mais justement, comme on l'a not&#233; elle doit alors se juger sur les r&#233;sultats de l'entreprise sur une dur&#233;e assez longue, appr&#233;ci&#233;s non seulement en termes actionnariaux ou comptables, mais aussi de responsabilit&#233; sociale. En outre, on doit pouvoir en r&#233;cup&#233;rer tout ou partie, si on constate ult&#233;rieurement que des erreurs ont &#233;t&#233; commises. Or c'est souvent bien apr&#232;s qu'on le voit. Et en cas d'injustice, on doit pouvoir contester leur r&#233;mun&#233;ration : en assembl&#233;e g&#233;n&#233;rale, ou par la loi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la dimension collective, S. Zamagni souligne les limites du processus d'agr&#233;gation des d&#233;cisions individuelles sur un march&#233;. C'est le cas par exemple d'un chanteur ou d'un footballeur qui gagne &#233;norm&#233;ment d'argent. Un libertarien am&#233;ricain connu, Nozick, nous dit : si des milliers de personnes acceptent de payer cher une place de concert, pourquoi les en emp&#234;cher ? Et alors, pourquoi critiquer le fait que le chanteur gagne des sommes &#233;normes ? Zamagni r&#233;pond que l'achat individuel de places ne signifie pas approbation de la r&#233;sultante, &#224; savoir le niveau de revenu du chanteur. En d'autres termes, dans un tel syst&#232;me l'effet d'ensemble ne fait l'objet d'aucun examen ; alors que la m&#234;me libert&#233; de choix que les participants manifestent au niveau individuel pourrait les conduire &#224; influencer dans un autre sens le r&#233;sultat collectif. C'est la main invisible qui est ici en d&#233;faut. Certes, les gens qui ont pay&#233; les places ou la musique ont accept&#233; un prix &#233;lev&#233; (ce qui est peut-&#234;tre acceptable en justice commutative). Mais ils n'ont pas accept&#233; ipso facto que la somme de ces paiements aboutisse &#224; une fortune. En justice distributive, on peut consid&#233;rer qu'il y a exc&#232;s. Soit pour le condamner moralement. Soit pour exiger un geste g&#233;n&#233;reux de l'int&#233;ress&#233;. Soit enfin pour les surtaxer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On prendra enfin le cas de magistrats ou de militaires, actuellement mal pay&#233;s. En justice commutative, on pourrait peut-&#234;tre tol&#233;rer que ces fonctionnaires soient recrut&#233;s &#224; un niveau de salaire modeste. Mais en justice distributive, l'importance de leurs responsabilit&#233;s, et la gravit&#233; de leur t&#226;che, imposent une r&#233;mun&#233;ration exprimant la reconnaissance de ce r&#244;le par la soci&#233;t&#233;. Et donc bien plac&#233;e dans l'&#233;chelle des revenus. On peut citer aussi ici le r&#244;le de tous ces acteurs de la vie &#233;conomique, de l'&#233;boueur au livreur, dont la crise sanitaire nous a fait percevoir l'importance ; sans parler, a fortiori, des soignants, infirmi&#232;res en t&#234;te, dont on ne peut voir la r&#233;mun&#233;ration comme le faisait la soci&#233;t&#233; auparavant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A un niveau plus g&#233;n&#233;ral, on pourrait rappeler ici le principe catholique (mais compr&#233;hensible par tous) de la destination universelle des biens : il s'applique normalement d'abord &#224; la propri&#233;t&#233;, mais il peut avoir son sens en mati&#232;re de r&#233;partition des r&#233;mun&#233;rations. Ce ne sera alors &#224; nouveau pas dans un sens &#233;galitaire, mais pour que chacun obtienne dans la mesure du possible la possibilit&#233; de se d&#233;velopper, d'apporter &#224; la soci&#233;t&#233; et d'en recevoir un juste retour ; c'est une id&#233;e qu'expriment les notions de bien commun et de participation. Cela d&#233;bouche alors sur les consid&#233;rations &#233;voqu&#233;es ci-dessus sur le souci permanent et essentiel d'aider les personnes (par des moyens priv&#233;s et publics) &#224; participer activement &#224; la soci&#233;t&#233; et avec fruit. Mais cela ne m&#232;ne pas &#224; l'&#233;galitarisme, ni &#224; une fiscalit&#233; d&#233;vorante. En revanche, cela met l'accent au moins sur un besoin vital : l'&#233;ducation, et plus largement la culture. Bien entendu, une in&#233;galit&#233; excessive peut avoir un effet de rupture du lien social, surtout si les plus riches n'utilisent pas leur argent au service du bien commun. Mais l'envie non plus ne fonde pas le lien social, bien au contraire. Ce qui fait que l'action &#224; mener va varier selon les soci&#233;t&#233;s, et qu'une certaine redistribution est normalement n&#233;cessaire ; elle peut &#234;tre significative, quoique jamais punitive. Et surtout que la satisfaction que les personnes tirent de la soci&#233;t&#233; ne repose pas uniquement ni m&#234;me principalement sur des facteurs mat&#233;riels, encore qu'ils soient indispensables et importants, mais que la culture collective y joue un r&#244;le essentiel. Ici encore l'&#233;conomie doit &#234;tre r&#233;ins&#233;r&#233;e dans un cadre plus large pour trouver sa place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour illustrer notre d&#233;bat, reprenons un exemple emprunt&#233; &#224; Amartya Sen. Une fl&#251;te a &#233;t&#233; fabriqu&#233;e par Carla, mais Bob est pauvre, et Anne sait en jouer : &#224; qui la donner ? Ma r&#233;ponse serait ici la suivante : la fl&#251;te est &#224; Carla, qui l'a fabriqu&#233;e et a donc droit au fruit de son travail. Mais comme elle n'en joue pas, elle va la vendre, &#224; un juste prix : cela rel&#232;ve de la justice commutative. Il est naturel qu'alors Anne l'ach&#232;te, mais cela suppose qu'elle le puisse ; si elle ne peut pas, mais poss&#232;de un vrai talent, on peut avoir &#224; l'aider (des donateurs, ou la collectivit&#233;) ; encore faut-il pour cela que le r&#244;le de la musique soit socialement reconnu &#8211; et que des gens soient incit&#233;s &#224; fabriquer de bonnes fl&#251;tes ! Quant &#224; Bob, il n'a rien &#224; voir avec les fl&#251;tes ; mais il peut &#234;tre n&#233;cessaire qu'on l'aide pour lui assurer le minimum vital d'un c&#244;t&#233;, une capacit&#233; propre &#224; contribuer &#224; la soci&#233;t&#233; de l'autre &#8211; mais pas dans les fl&#251;tes !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un article suivant examinera la question de l'in&#233;galit&#233; des patrimoines, et un autre celui de la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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