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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les in&#233;galit&#233;s et la justice sociale (deuxi&#232;me article) : les in&#233;galit&#233;s de patrimoine </title>
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		<dc:date>2020-12-16T10:17:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Fortune</dc:subject>
		<dc:subject>In&#233;galit&#233;s</dc:subject>
		<dc:subject>Patrimoine</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les in&#233;galit&#233;s sociales, la question obsessionnelle dans nos soci&#233;t&#233;s. Que devons-nous faire ? Qu'est-ce qui est un devoir moral, qu'est-ce qui est utopique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose ici trois articles : un sur les in&#233;galit&#233;s de revenus, un sur les patrimoines, et un troisi&#232;me sur ce qui est sans doute la vraie question : quelle est la participation de chacun &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce deuxi&#232;me article porte sur les in&#233;galit&#233;s de patrimoine, ou de fortune. Deux id&#233;es de base : une &#233;conomie non totalement &#233;tatis&#233;e implique une propri&#233;t&#233; priv&#233;e, laquelle ne peut &#234;tre &#233;galitaire. On peut certes avoir &#224; r&#233;guler ces in&#233;galit&#233;s, mais vouloir les faire disparaitre est une utopie d&#233;vastatrice. Deuxi&#232;me id&#233;e : il est essentiel de regarder les motivations et priorit&#233;s des d&#233;tenteurs de fortune ou de patrimoine, grands ou petits. On agira donc envers eux en tenant compte de ces motivations. Surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; leur culture esth&#233;tique et morale est pour dire le moins assez peu d&#233;velopp&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus que la seule in&#233;galit&#233;, ce qui compte est donc la question de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; qu'un troisi&#232;me article examinera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Fortune-et-inegalites-.html" rel="directory"&gt;In&#233;galit&#233;s, fortune&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fortune-+.html" rel="tag"&gt;Fortune&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Inegalites-+.html" rel="tag"&gt;In&#233;galit&#233;s&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Patrimoine-+.html" rel="tag"&gt;Patrimoine&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et patrimoine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le cas des patrimoines&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous nous sommes concentr&#233;s dans un article pr&#233;c&#233;dent sur les revenus. des une deuxi&#232;me question, assez diff&#233;rente, est celle des in&#233;galit&#233;s de patrimoine. Mais on pourrait objecter que dans ce cas, les raisonnements propos&#233;s pour les revenus, notamment en termes de r&#233;mun&#233;ration d'un service r&#233;el, sont relativement en d&#233;faut. D'un c&#244;t&#233; en effet, certains peuvent accumuler des fortunes r&#233;ellement &#233;normes qu'on peut juger disproportionn&#233;es - le cas extr&#234;me de nos jours &#233;tant celui des (jeunes) propri&#233;taires des GAFAM (Google Amazon Facebook Apple Microsoft). D'un autre c&#244;t&#233;, les in&#233;galit&#233;s de patrimoine sont en partie appr&#233;ciable h&#233;rit&#233;es : ce n'est alors pas le d&#233;tenteur qui a fourni le service, qui une fois r&#233;mun&#233;r&#233; puis &#233;pargn&#233;, s'est accumul&#233; en patrimoine transmis ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re question &#224; &#233;voquer &#224; propose des patrimoines est d'abord celle de la propri&#233;t&#233; des biens et notamment des actifs &#233;conomiques. Sauf &#224; les donner pour l'essentiel &#224; l'Etat, ils sont propri&#233;t&#233; de quelqu'un. Dans ce cas la tendance &#224; une forte in&#233;galit&#233; est in&#233;vitable, m&#234;me si on peut tenter de la corriger. Les fondateurs des GAFAM n'ont d'ailleurs rien vol&#233; &#224; qui que ce soit (hors cas de comportements non-concurrentiels). Quand Oxfam vous explique que 65 milliardaires poss&#232;dent autant qu'un milliard de personnes, cela n'a pas de sens direct : certes, ce milliard de personnes, en grande partie africain ou indien, ne poss&#232;de rien, ou des terrains et objets sans valeur marchande appr&#233;ciable ; mais d'un autre c&#244;t&#233; les Gates, Bezos ou autres ne leur ont rien pris ; ils ont imagin&#233; des formules et par l&#224; des entreprises, qui se sont appr&#233;ci&#233;es en Bourse parce que leur potentiel de gain s'est av&#233;r&#233; &#233;norme. Cette situation pose un gros probl&#232;me en termes de pouvoir, comme on le reverra, et ils ont du fait de leur fortune des devoirs immenses. Mais ce n'est pas &#224; proprement parler injuste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus fondamentale, une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e est une soci&#233;t&#233; o&#249; la propri&#233;t&#233; n'est pour l'essentiel pas entre des mains uniques, y compris celles de l'Etat ; car la soci&#233;t&#233; existe en dehors de l'Etat et avant lui. J'ai &#233;voqu&#233; cette question dans L&lt;i&gt;'Argent Ma&#238;tre ou serviteur&lt;/i&gt; (les citations ci-apr&#232;s sont de ce livre). Comme je le relevais, &#224; nouveau, si de l'argent est investi dans des actifs, il est d&#233;tenu par quelqu'un, et normalement ce n'est pas que par des institutions publiques (Etat et autres), et donc il est l'est par des personnes, directement ou non. Il y a donc naturellement et l&#233;gitimement une fonction de d&#233;tention priv&#233;e d'actifs importants, de ce qu'on appelle des fortunes, investies dans des biens de production, et si possible activement g&#233;r&#233;es dans le sens du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'h&#233;ritage&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce cadre, un propri&#233;taire transmet normalement ses biens librement. Ce faisant, il ne contrevient en soi ni &#224; la justice commutative, ni &#224; la distributive. Il est l&#233;gitime que quelqu'un veuille l&#233;guer sa propri&#233;t&#233;, sinon le terme de propri&#233;t&#233; a peu de sens : avoir un bien veut dire pouvoir en disposer. En outre ces fortunes ont en partie importante une dimension familiale. D'abord une des raisons de leur constitution est de permettre aux g&#233;n&#233;rations futures de disposer de moyens qui leur permette d'agir et &#224; leur tour de faire du bien, l&#224; aussi dans le sens du bien commun. Certains estiment cependant qu'il n'est pas juste de faire h&#233;riter ses enfants. Mais on ne voit pas le progr&#232;s collectif qui r&#233;sulterait de la disparition de fortunes priv&#233;es au profit du seul Etat, donc on constate chaque jour les limites en mati&#232;re tant de cr&#233;ation &#233;conomique que d'inclusion sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte am&#233;ricain, certains contestent l'h&#233;ritage, mais ne remettent pas en question la libre disposition de ses biens ; mais ce n'est pas pour les donner &#224; l'Etat. Ce peut &#234;tre pour en doter des fondations, qui sont en soi de bonnes institutions pour affecter une certaine fortune &#224; un objectif de bien commun (m&#234;me si le dispositif est parfois d&#233;tourn&#233;). Pour d'autres, l&#233;guer &#224; ses enfants n'est pas le bon moyen pour contribuer au bien commun. Ils pr&#233;f&#232;rent que chacun prenne la responsabilit&#233; de l'argent qu'il a gagn&#233;, et donne d'autres la totalit&#233; de leur richesse. Cette conception a l'avantage de laisser l'initiative aux personnes, et de garder la possibilit&#233; de fortunes priv&#233;es, tourn&#233;es vers le bien commun, notamment par le biais de cet excellent outil que sont les fondations. Mais elle m&#233;conna&#238;t la l&#233;gitimit&#233; de la communaut&#233; familiale. En outre, on l'a dit, il faut dans une &#233;conomie d&#233;centralis&#233;e que la propri&#233;t&#233; priv&#233;e assume la gestion d'actifs importants, si on ne veut pas tout &#233;tatiser. On ne peut pas tout faire par des fondations, car la logique d'une fondation implique que des instructions pr&#233;cises leur soient donn&#233;es au moment de leur constitution, dont un conseil compos&#233; de fiduciaires ou &#8216;trustees' v&#233;rifie la mise en &#339;uvre. C'est tr&#232;s bien en soi (si ces instructions sont bien orient&#233;es) mais ce peut &#234;tre un facteur important de blocage de l'&#233;conomie s'il y en a trop, de rigidit&#233;. D'o&#249; le besoin de fortunes priv&#233;es. Et sans h&#233;ritage, celles-ci resteront limit&#233;es : l'Etat raflera l'essentiel &#224; chaque g&#233;n&#233;ration. Vouloir l&#233;guer &#224; ses enfants un patrimoine est donc en soi un objectif l&#233;gitime &#8211; sachant &#233;videment que cela suppose qu'on les ait &#233;duqu&#233;s pour pouvoir bien l'utiliser. Dit autrement, il y a priorit&#233; au bon usage de la richesse par rapport &#224; sa distribution. Et cet usage vertueux qui s'apprend notamment en famille. Si on comprend bien ce que veut dire la d&#233;tention d'une telle fortune sur le plan moral, si on la prend comme une responsabilit&#233; qui vous est confi&#233;e personnellement, lourde mais passionnante, ce peut &#234;tre tr&#232;s positif pour la soci&#233;t&#233; et surtout cela rend des services irrempla&#231;ables. L'&#233;tude de l'histoire montre qu'aucun des progr&#232;s qu'a fait l'humanit&#233; dans les sciences, les techniques ou la culture, n'aurait &#233;t&#233; possible sans de riches personnes qui en ont assum&#233; les risques. Celui qui est dans cette situation doit donc en assumer consciemment et r&#233;solument les cons&#233;quences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappels factuels sur le long terme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut objecter que cela d&#233;bouche sur des in&#233;galit&#233;s consid&#233;rables &#224; terme, ce qui para&#238;t &#224; nouveau justifier une certaine redistribution. C'est vrai et on y reviendra. Mais il ne faut pas croire que l'objectif d'une d&#233;tention &#233;galitaire soit r&#233;aliste. Quand on regarde les faits en perspective historique, la question appara&#238;t bien plus intraitable que tous les plans d'action ne le laissent supposer. D&#233;j&#224;, la mobilit&#233; sociale r&#233;elle est en g&#233;n&#233;ral relativement faible, comme le montrent les analyses ; elle peut varier mais sans jamais devenir consid&#233;rable, et elle demande plusieurs g&#233;n&#233;rations. Un panorama historique fouill&#233; de l'in&#233;galit&#233; a &#233;t&#233; dress&#233; par Walter Scheidel. Je l'ai &#233;voqu&#233; dans un pr&#233;c&#233;dent article (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Reduire-les-inegalites-une-chimere.html)&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Reduire-les-...&lt;/a&gt;. Il montre qu'au cours de l'histoire les in&#233;galit&#233;s n'ont &#233;t&#233; r&#233;duites de fa&#231;on r&#233;ellement forte qu'au prix ou &#224; l'occasion de violences consid&#233;rables et exceptionnelles, qu'il range dans quatre familles : les guerres totales du XXe si&#232;cle ; les r&#233;volutions radicales (notamment communistes) au m&#234;me moment ; un effondrement des structures &#233;tatiques (comme la chute de l'Empire romain) ; et enfin des pand&#233;mies exceptionnelles comme la peste noire. Et encore, dit-il, leurs effets finissent toujours par s'&#233;roder plus ou moins rapidement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certes, le fait est que les soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes connaissent aujourd'hui encore un niveau d'in&#233;galit&#233; plut&#244;t mod&#233;r&#233; selon les crit&#232;res historiques. Mais cette situation remonte aux deux guerres mondiales et aux crises de l'&#233;poque, qui ont provoqu&#233; une r&#233;duction, voire parfois une liquidation sans pr&#233;c&#233;dent des avantages de revenus et de fortunes consid&#233;rables qui pr&#233;valaient avant 1914 (par la fiscalit&#233;, et par la ruine directe, due &#224; l'effondrement de la valeur de plusieurs classes d'actifs). Il en est r&#233;sult&#233; en outre une fiscalit&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233;e, justifi&#233;e au d&#233;part par l'effort de guerre ou ses s&#233;quelles, puis r&#233;utilis&#233;e pour la redistribution. En outre, toujours du fait des guerres, des &#233;conomies autocentr&#233;es sur base nationale se sont mises en place, permettant une autre innovation majeure de l'&#233;poque, qu'on a appel&#233;e selon l'optique fordisme ou sociald&#233;mocratie, caract&#233;ris&#233;e non seulement par une redistribution importante, mais surtout par une politique de salaires &#233;lev&#233;s, largement sous contr&#244;le public. D'o&#249; d'ailleurs les Trente glorieuses de croissance fort apr&#232;s-guerre. Mais le tout n'a &#233;t&#233; possible que parce que les &#233;conomies &#233;taient devenues fortement autocentr&#233;es, apr&#232;s la crise de 1929 et les guerres. Or comme on sait cette situation n'a pas dur&#233;, notamment du fait de l'ouverture des fronti&#232;res et de la mise en concurrence des capitalismes. Depuis lors, le sch&#233;ma est soumis actuellement &#224; de fortes pressions du fait de la mondialisation, et tend &#224; s'&#233;roder ; parall&#232;lement les in&#233;galit&#233;s remontent. En revanche, Scheidel montre de fa&#231;on convaincante que les effets vraiment &#233;galisateurs d'une politique publique de temps de paix sont relativement limit&#233;s, s'ils ne sont pas accompagn&#233;s comme on l'a dit d'un choc tr&#232;s violent, interne ou externe. Cela ne les condamne pas, mais cela montre leur limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'analyse de Piketty&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est trait&#233;e avec des conclusions diff&#233;rentes par Thomas Piketty (&lt;i&gt;Le capital au XXIe si&#232;cle&lt;/i&gt;, et &lt;i&gt;Capital et id&#233;ologie&lt;/i&gt;), dont l'analyse de r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s se concentre sur l'exp&#233;rience du XXe si&#232;cle (ses analyses sur les &#233;poques ant&#233;rieures portent plut&#244;t sur l'id&#233;ologie. Il montre lui aussi la concentration consid&#233;rable des patrimoines dans tous les pays d&#233;velopp&#233;s avant 1914 (ce qui met d'ailleurs en &#233;vidence l'&#233;chec de la R&#233;volution dans l'&#233;galisation des propri&#233;t&#233;s), et sa consid&#233;rable r&#233;duction &#224; partir de la guerre, et jusque vers 1980. Son analyse souligne, plus que l'effet directeur des guerres ou la baisse de valeur des actifs - sur lesquels il insiste peu, le r&#244;le des mesures politiques prises notamment imm&#233;diatement apr&#232;s les deux guerres ainsi que dans les ann&#233;es 30. Il s'agit essentiellement des imp&#244;ts sur le revenu et sur les successions, faibles avant 1913 (toujours moins de 10%) et qui passent ensuite &#224; des taux maximum allant jusqu'&#224; plus de 80%, notamment aux Etats-Unis et en Grande Bretagne. Plus des mesures &#233;conomiques comme les blocages de loyer ; ou encore les nationalisations. Il note que cela a financ&#233; l'Etat social et &#233;ducatif, pass&#233; de 10% &#224; entre 30 et 50% du revenu national. Cela a r&#233;duit les in&#233;galit&#233;s sensiblement, sans toutefois les faire dispara&#238;tre : en France la part de revenu des 10% les plus &#233;lev&#233;s &#233;tait de 20 fois celle des 50% les plus bas avant 1913, mais encore de 8 fois vers 2010. Il admet cependant qu'on est revenu depuis &#224; 20% aux Etats-Unis, et cela dit-il essentiellement au d&#233;triment des 50% les plus pauvres et au profit du centi&#232;me le plus pourvu. En Europe en revanche la hausse des in&#233;galit&#233;s apr&#232;s 1980, r&#233;elle, est rest&#233;e relativement contenue, notamment en France ; d'apr&#232;s lui ce n'est pas d&#251; &#224; la redistribution fiscale, mais aux revenus primaires, rest&#233;s moins in&#233;gaux qu'aux Etats-Unis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Piketty d&#233;duit de tout ceci que la r&#233;duction massive des in&#233;galit&#233;s est r&#233;alisable et b&#233;n&#233;fique. Nous reviendrons ci-apr&#232;s sur ses propositions. Mais son analyse est contestable. D'une part il se base essentiellement sur une exp&#233;rience tr&#232;s particuli&#232;re, celle du premier XXe si&#232;cle (guerres mondiales et r&#233;volutions) qu'on vient de citer, et il la confond avec une possibilit&#233; g&#233;n&#233;rale ; et d'autre part il lui attribue des bienfaits indus. Mettant en avant les seules mesures fiscales, li&#233;es pourtant &#224; la conjecture tr&#232;s particuli&#232;re de deux guerres mondiales ravageuses, sans parler de la crise de 1929, il n&#233;glige la formidable impulsion qu'elles ont donn&#233; &#224; l'emprise de l'Etat sur la vie des pays concern&#233;s et leurs &#233;conomies - sans compter la peur du communisme, apr&#232;s la R&#233;volution d'Octobre. De plus, dans son analyse de la r&#233;duction des in&#233;galit&#233;s il n&#233;glige le r&#244;le de l'effondrement de la valeur de la plupart des actifs, tant du fait de l'inflation et des guerres que de la crise : elles ont pourtant un r&#244;le central dans la disparition des rentiers. Quant aux bienfaits de ces mesures, il tend &#224; les exag&#233;rer aussi : ni l'&#233;ducation populaire, ni la s&#233;curit&#233; sociale, ni le suffrage universel n'en r&#233;sultent (comme le montre l'Allemagne bismarckienne) du moins dans leur principe. M&#234;me si, notamment sur le plan social, cette fiscalit&#233; tr&#232;s renforc&#233;e leur a permis de prendre des proportions consid&#233;rables. En r&#233;sum&#233;, l'analyse de Piketty elle-m&#234;me montre le r&#244;le tr&#232;s particulier jou&#233; par les circonstances de l'&#233;poque, et notamment l'extr&#234;me violence qui a secou&#233; les soci&#233;t&#233;s d'alors. Sur ce point l'analyse de Scheidel para&#238;t plut&#244;t confirm&#233;e. D&#232;s lors la possibilit&#233; de mesures aussi radicales &#224; l'avenir para&#238;t al&#233;atoire, hors crise majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question prend une importance particuli&#232;re &#224; notre &#233;poque, qui comme on l'a dit voit une baisse relative de la part des classes moyennes, et une augmentation sensible de la part des plus riches, notamment les 1% voire m&#234;me les seuls 0, 1 % les plus favoris&#233;s. L'&#233;volution future risque d'accentuer ces tendances, avec la mont&#233;e des pays &#233;mergents et le d&#233;veloppement de la num&#233;risation, notamment de ce qu'on appelle intelligence artificielle (IA). Ces tendances lourdes peuvent &#234;tre en partie orient&#233;es ou contr&#233;es par les politiques publiques, soit de redistribution, soit plus encore de positionnement dans la comp&#233;tition internationale et de plus ou moins grande protection, mais comme on vient de le voir, en partie seulement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces analyses n'invalident pas les efforts raisonnables faits pour limiter les in&#233;galit&#233;s en assurant un certain niveau de redistribution. En t&#233;moigne le fait que la situation des pays d&#233;velopp&#233;s depuis 1970, si elle va partout dans le sens d'une plus grande in&#233;galit&#233;, le fait de fa&#231;on variable, les pays anglosaxons &#233;tant devenus les plus in&#233;gaux, d'autres comme les Scandinaves ou la France ayant sensiblement att&#233;nu&#233; le ph&#233;nom&#232;ne. L'avenir dira si c'est tenable sur la dur&#233;e. Mais il n'en reste pas moins que les efforts pour contenir les in&#233;galit&#233;s ne doivent pas &#234;tre confondus avec une transformation en profondeur de la r&#233;alit&#233; sociale, laquelle n'est en g&#233;n&#233;ral r&#233;alisable que par des r&#233;volutions aux effets d&#233;sastreux, ou des chocs d'une violence comparable. Dans la pratique, l'extraordinaire &#233;nergie politique qu'exige un tel bouleversement n'est normalement pas disponible dans la soci&#233;t&#233;, les avantages &#233;ventuelles &#233;tant a priori douteux pour la plupart des gens en regard de l'incertitude et des risques associ&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La redistribution : perspectives utopiques&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas &#233;vident que la redistribution massive de la propri&#233;t&#233; soit une voie vraiment efficace en termes de patrimoine ; de plus, outre les consid&#233;rations g&#233;n&#233;rales sur la justice d&#233;j&#224; expos&#233;es, il n'est pas non plus prouv&#233; qu'elle serait justifi&#233;e ou b&#233;n&#233;fique, m&#234;me si elle &#233;tait tentable. Mais que proposent les r&#233;formateurs radicaux ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un expert bien connu comme Atkinson propose par exemple une dotation en capital pour tous (10 000 &#8364; ?) financ&#233;e par les droits sur l'h&#233;ritage. La justification en est la constitution d'un capital de d&#233;part. Mais il est douteux que cela donne une base consistante pour d&#233;marrer efficacement. Pour la plupart, ce sera tr&#232;s insuffisant, tandis que d'autres le gaspilleront. Et cela resterait vrai m&#234;me si on augmentait le chiffre. On sait que certains vont bien plus loin, comme les partisans de la &#8216;d&#233;mocratie de propri&#233;taires' (Meade et Rawls). Souhaitant g&#233;n&#233;raliser la propri&#233;t&#233;, ils proposent une taxation de la fortune syst&#233;matique, tant annuelle qu'au moment des successions, afin de plafonner le montant accumulable, tout en assurant &#224; chacun une dotation de d&#233;part. Mais cela reste peu pr&#233;cis, et ne r&#233;pond pas &#224; des questions centrales pour l'organisation de la soci&#233;t&#233;. Qui d&#233;tiendrait les entreprises ? Soit chacun voudrait vendre d&#232;s que possible ses titres pour faire autre chose que d&#233;tenir de l'argent, mais qui ach&#232;terait ? Soit cette d&#233;tention serait bloqu&#233;e, la propri&#233;t&#233; restant divis&#233;e et de ce fait aux mains des gestionnaires de fond, &#233;tant entendu que le seul actionnaire important en serait l'Etat. Outre que cela retirerait &#224; l'effort de chacun une de ses motivations majeures, cela donnerait dans les faits &#224; l'Etat un pouvoir quasi absolu. Mais sans faire dispara&#238;tre le probl&#232;me central des priorit&#233;s que se donnent les propri&#233;taires, qui est essentielle pour l'orientation de l'&#233;conomie et donc pour le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les m&#234;mes remarques valent pour les propositions de Thomas Piketty, qui s'inscrivent dans cette ligne. Elles sont malgr&#233; les apparences tr&#232;s radicales, conformes &#224; une analyse qui met certes en avant la &#171; justice comme participation et d&#233;lib&#233;ration &#187;, mais en r&#233;alit&#233; insiste surtout sur l'&#233;galit&#233; comprise comme le crit&#232;re ultime absolu. Si en effet il propose un imp&#244;t sur le revenu (rempla&#231;ant en outre les cotisations sociales) et deux imp&#244;ts sur le patrimoine tr&#232;s alourdis par rapport &#224; la situation actuelle, le premier est suppos&#233; rapporter 45% du revenu national et les deux autres 5% seulement. Si le premier est tr&#232;s sensiblement alourdi par rapport &#224; la situation actuelle, et plus redistributif, il ne change pas massivement la r&#233;alit&#233; ; en revanche le second repr&#233;senterait une vraie r&#233;volution, aboutissant &#224; la disparition &#224; terme de tous les patrimoines un tant soit peu significatifs. Or faire une r&#233;volution pour 5 % du revenu national n'a pas de sens fiscal ; il n'est propos&#233; que parce qu'on s'inspire d'une id&#233;ologie &#233;galitaire absolue. Dit autrement, on confisque pour assurer une &#233;galit&#233; absolue et non pas parce qu'on a besoin de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son bar&#232;me indicatif, sur un patrimoine repr&#233;sentant un multiple de 10 fois le patrimoine moyen (lequel est de 200 000 &#8364; environ) on pr&#233;l&#232;verait 5% annuellement et 60% en cas de succession. Sur les patrimoines repr&#233;sentant 10 000 fois le niveau moyen (donc environ 2 milliards), ce serait 90% chacun. Dans ces conditions, comme il l'indique d'ailleurs, il ne s'agirait plus que d'une propri&#233;t&#233; temporaire. D'autant que les &#8216;outils de travail' seraient pleinement inclus. C'est donc bien une r&#233;volution radicale : toute accumulation de patrimoine un tant soit peu significative serait de fait impossible. D&#233;j&#224;, 5 % est sensiblement plus &#233;lev&#233; que le rendement r&#233;el du capital sauf exception ; cela exclut donc qu'un patron d'entreprise en soit propri&#233;taire, d&#232;s le niveau PME - hors toutes petites. Piketty justifie cela notamment en consid&#233;rant d'une part que la constitution d'un patrimoine d&#233;pend en partie de la soci&#233;t&#233;, et pas seulement de l'int&#233;ress&#233;, et d'autre part qu'un patrimoine doit contribuer aux charges communes. Ce qui est exact, mais cela ne justifie pas les mesures confiscatoires qu'il propose, que seule la passion &#233;galitaire explique. L'intention nivelante est confirm&#233;e par le fait qu'il compl&#232;te ces mesures par une taxation progressive des &#233;missions carbone (cens&#233;ment pour prot&#233;ger les plus pauvres de l'impact) ; ainsi que par des quota d'acc&#232;s au syst&#232;me &#233;ducatif sup&#233;rieur, r&#233;serv&#233; aux citoyens les plus pauvres. Tr&#232;s logiquement une telle machinerie de r&#233;duction syst&#233;matique des in&#233;galit&#233;s d&#233;boucherait sur une &#233;conomie totalement &#233;tatis&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutes ces mesures fiscales permettraient dans son plan une dotation en capital de 120 000 &#8364; &#224; chacun, bien plus consistante que celle d'Atkinson. Donc dit-il chacun commencerait sa vie professionnelle avec 60% du patrimoine moyen, et cela contribuerait enfin &#224; doter les 50% les plus pauvres d'un patrimoine, ce qui n'a jamais &#233;t&#233; le cas. Notons cependant que le co&#251;t annuel d'une telle mesure serait de l'ordre de 100 milliards. L&#224; encore la volont&#233; &#233;galitaire est manifeste. Sachant que la plupart des gens soient d&#233;penseraient la dotation soit ach&#232;teraient un logement : c'est sympathique, mais cela ne r&#233;sout rien sur la propri&#233;t&#233; de l'&#233;conomie ; et cela enl&#232;verait toute signification &#224; l'id&#233;e d'&#233;pargne, ou de constitution de patrimoine du fait de ses efforts au cours de sa vie. Les cailles vous tomberaient toutes r&#244;ties. Mais inversement si vous r&#233;alisez quelque chose dans le champ &#233;conomique, on vous le confisquerait. Pourquoi alors se remuer ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour expliquer que son plan est r&#233;alisable sans effondrement de la croissance, Piketty met en avant l'exemple de l'apr&#232;s-guerre comme d'un succ&#232;s montrant qu'un redistribution forte est favorable &#224; la croissance. Mais outre qu'il va sensiblement plus loin que les bar&#232;mes pourtant &#233;lev&#233;s de l'&#233;poque, il n&#233;glige d'examiner l'ensemble des syst&#232;mes fiscaux de ce temps, et notamment les moyens non n&#233;gligeables existant alors pour tourner les taux maxima, auxquels seuls il s'int&#233;resse. Par ailleurs, l'apr&#232;s-guerre &#233;tait une &#233;poque de reconstruction (en Europe) et de supr&#233;matie totale (aux Etats-Unis), extr&#234;mement particuli&#232;re. La croissance &#233;tait alors autrement plus ais&#233;e &#224; r&#233;aliser. Cela d'autant plus qu'elle &#233;tait en outre largement autarcique, et donc que le sch&#233;ma vertueux social-d&#233;mocrate fonctionnait (augmenter le revenu des salari&#233;s augmentait d'autant la demande adress&#233;e aux entreprises). Ce qui est devenu faux avec la mondialisation. Reconnaissant cependant que cette mondialisation a instaur&#233; &#224; la fois une comp&#233;tition fiscale entre Etats, et une mont&#233;e des id&#233;ologies identitaires au sens large, Piketty admet que ce qu'il propose suppose un degr&#233; tr&#232;s &#233;lev&#233; de coop&#233;ration internationale, confirmant l'id&#233;e qu'une &#233;conomie un tant soit peu ouverte rend tr&#232;s difficile (en fait impossible) une r&#233;duction forte des in&#233;galit&#233;s. Or cette coop&#233;ration est actuellement totalement hors de port&#233;e. Le sch&#233;ma est donc largement utopique (en supposant d'ailleurs qu'il soit d&#233;sirable).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion partielle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, &#224; nouveau, le point central est que la logique m&#234;me du fonctionnement d'une soci&#233;t&#233; d&#233;centralis&#233;e &#233;conomiquement est qu'il y ait une certaine concentration des fortunes. On peut la limiter dans une certaine mesure, mais jusqu'&#224; un certain point, apr&#232;s lequel on passe dans une &#233;conomie administr&#233;e et une soci&#233;t&#233; &#233;tatis&#233;e, potentiellement totalitaire. Dit autrement, si on admet comme nous le faisons ici qu'une soci&#233;t&#233; sera meilleure s'il y a une grande libert&#233; et d&#233;centralisation, les fortunes ne peuvent &#234;tre &#233;gales. Mais bien entendu cela ne justifie ni telle ou telle r&#233;partition donn&#233;e dans une situation bien pr&#233;cise, si elle a des effets tellement n&#233;gatifs qu'il vaut mieux que l'autorit&#233; publique intervienne pour la rectifier (malgr&#233; la violence que cela implique) ; et cela n'exclut pas une redistribution fiscale, selon une logique proche de ce que nous avons vu pour les r&#233;mun&#233;rations. Des r&#233;formes agraires bien men&#233;es peuvent donc &#234;tre justifi&#233;es cas par cas (propri&#233;t&#233;s sous-utilis&#233;es, ou exploitants agricoles comp&#233;tents mais exploit&#233;s par des propri&#233;taires parasitaires) etc.) ; il peut en &#234;tre de m&#234;me en cas de pouvoir excessif de certains (voir ci-apr&#232;s). En outre une certaine &#233;rosion des vraies fortunes peut se justifier si la distribution est vraiment trop in&#233;gale, sans b&#233;n&#233;fice public. Mais on en reste alors dans la r&#233;gulation, on ne change pas le fait de base de cette distribution des richesses en soi in&#233;gale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, l'objectif ne peut pas et doit pas &#234;tre une soci&#233;t&#233; &#233;galitaire, qui n'a jamais exist&#233; et n'a en d&#233;finitive pas beaucoup de sens. Mais surtout cela implique un erreur de perspective. L'objectif est d'&#339;uvrer pour plus de justice, et au-del&#224; de la justice, pour plus de solidarit&#233;, au vrai sens du terme. Or la justice ne se confond pas avec l'&#233;galit&#233; arithm&#233;tique maximale. C'est &#233;vident de la justice commutative, ne serait-ce qu'au vu de la diversit&#233; des talents. Mais c'est vrai aussi de la justice distributive, qui vise fondamentalement notre rapport &#224; la soci&#233;t&#233; : ce que nous en retirons, et ce que nous lui apportons. Or il est &#233;videmment in&#233;gal dans les deux cas. On peut m&#234;me consid&#233;rer que sans in&#233;galit&#233;, c'est-&#224;-dire sans concentration des moyens sur quelques-uns, le progr&#232;s n'aurait jamais &#233;t&#233; possible au cours de l'histoire. Mais bien s&#251;r, en m&#234;me temps, une part appr&#233;ciable des in&#233;galit&#233;s constat&#233;es peut &#234;tre choquante et contre-productive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela nous rappelle en outre &#224; nouveau deux points centraux. Tout d'abord, ce qui importe n'est pas principalement la r&#233;partition de ces pouvoirs que sont les propri&#233;t&#233;s, mais dans une large mesure l'orientation des propri&#233;taires, quels qu'ils soient : c'est ce que les gens ou les institutions font des moyens qu'ils ont. Ce qui pose directement la question de la responsabilit&#233; sociale des propri&#233;taires, et de l'investissement socialement responsable, que j'&#233;voque dans d'autres articles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, du point de vue des personnes et notamment des plus modestes, une analyse quantitative, en in&#233;galit&#233;s de fortune ou de revenus, a son importance, mais le crit&#232;re ultime n'est pas l'&#233;galit&#233;, assez largement utopique ou totalitaire, et vite injuste, mais la consid&#233;ration de la place de chacun dans la soci&#233;t&#233;, de ce qu'ils y font ou peuvent faire. Je reviendrai sur ce point essentiel dans mon troisi&#232;me article.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;In&#233;galit&#233;s et pouvoir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une autre probl&#233;matique li&#233;e aux in&#233;galit&#233;s est celle du pouvoir, du pouvoir que donne le fait d'&#234;tre pourvu d'une vrai fortune. Une approche &#233;thique conduit naturellement d'abord comme on l'a vu &#224; souligner leurs devoirs correspondants, &#224; l'&#233;vidence consid&#233;rables. S'agissant de leurs d&#233;penses, j'ai &#233;voqu&#233; le sujet plus en d&#233;tails dans d'autres livres (notamment &lt;i&gt;L'Evangile le Chr&#233;tien et l'Argent&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;L'argent ma&#238;tre ou serviteur ?&lt;/i&gt;). Historiquement, &#224; c&#244;t&#233; des pouvoirs publics et de l'Eglise, les d&#233;tenteurs de moyens importants ont jou&#233; un r&#244;le d&#233;cisif dans le d&#233;veloppement de la civilisation, notamment des arts et lettres, mais aussi de l'&#233;conomie et d'autres causes. Mais ils avaient &#224; l'&#233;poque une forme de devoir social, d'&#233;thique personnelle, sinon de vanit&#233; bien orient&#233;e, qui leur imposait un devoir qualitatif, dont les effets ont &#233;t&#233; historiquement immenses, et plut&#244;t positifs. Il n'en est plus de m&#234;me maintenant. Beaucoup d'entre eux aspirent &#224; ne plus &#234;tre visibles, ou consid&#232;rent que le niveau de leurs imp&#244;ts les dispense de tout effort au service de la communaut&#233;. Ce qui est une aberration profonde. L&#224; encore on d&#233;passe la taille de ce court article, et le champ de l'&#233;conomie ; mais cela n'en interpelle pas moins celle-ci, car c'est par elle qu'ils ont obtenu ce potentiel consid&#233;rable, qu'ils n'utilisent pas ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose &#233;galement en termes de pouvoir sur la soci&#233;t&#233;. On entre ici en partie dans un champ qui est plus politique qu'&#233;conomique, mais il est important. A partir du moment o&#249; des gens, seuls ou en groupes, ou tous ensembles, jouissent de moyens importants, ils exercent un pouvoir. Il est donc essentiel dans l'analyse du rapport des personnes &#224; la soci&#233;t&#233; de mesurer, dans chacune de ces soci&#233;t&#233;s, ce qu'est ce pouvoir, comment il s'exerce, et dans quel sens. C'est en un sens la question des &#233;lites, dans sa dimension &#233;conomique. Une dimension plus proprement politique sera &#233;videmment les modes d'exercice de ce pouvoir. Mais tout aussi importante sera &#224; nouveau la culture de ces &#233;lites : leur syst&#232;me de valeurs et leur action effective. Autrefois, on l'a dit, les &#233;lites avaient au moins un sens aigu de l'importance de la culture au sens propre, arts, sciences, litt&#233;ratures. D'o&#249; leur apport historique. Or c'est tr&#232;s important pour mesurer ce que chacun retire de la soci&#233;t&#233;, objet de ce chapitre, car pour retirer quelque chose, il faut qu'il y ait cr&#233;ation et apport par d'autres. &lt;br class='autobr' /&gt;
L'enjeu est aujourd'hui &#233;norme. D'un c&#244;t&#233;, on ne peut pas dire que la culture de nos &#233;lites soit particuli&#232;rement impressionnante, pour parler aimablement. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, ils n'ont jamais eu autant de moyens. Relevons &#224; ce sujet un fait important, qui concerne les fortunes priv&#233;es et leur nouveau pouvoir. Notre &#233;poque fait en effet appara&#238;tre un risque bien plus important qu'il y a 30 ans ou plus : la r&#233;&#233;mergence de fortunes consid&#233;rables, mais pas n&#233;cessairement bien orient&#233;es, donnant un pouvoir sans pr&#233;c&#233;dent. Je parle ici de ce probl&#232;me mondial qu'est l'apparition d'une classe surpuissante et tr&#232;s privil&#233;gi&#233;e de multimilliardaires : ces immenses fortunes issues soit de la cr&#233;ation de nouvelles entreprises, essentiellement apr&#232;s la vague internet (notamment, &#224; nouveau, les GAFAs) ; soit de la rente mini&#232;re, surtout p&#233;troli&#232;re (p&#233;ninsule arabique, etc.) ; soit d'ailleurs, ainsi celle de sp&#233;culateurs financiers comme Georges Soros. Une telle &#233;mergence, rapide et &#233;norme, n'est historiquement pas si fr&#233;quente &#224; un tel niveau, m&#234;me dans les p&#233;riodes capitalistes. Elle est porteuse d'effets consid&#233;rables, bien au-del&#224; du pur effet d'in&#233;galit&#233; d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233; (mais qui est ici massif). Car le fait le plus important est que ces personnes disposent de sommes immenses leur permettant d'orienter la soci&#233;t&#233; dans un sens ou un autre, soit par leurs investissements, soit par leurs dons, soit par leur activit&#233; (Facebook, Twitter etc.). Certes, on l'a dit, il est en soi bon que des riches investissent et donnent. Mais ici les sommes sont exceptionnelles. Or les orientations de leurs d&#233;tenteurs, quand ils en ont, sont principalement domin&#233;es par l'id&#233;ologie de l'&#233;poque, qui n'est pas bonne. Par exemple, en faveur de m&#339;urs choquantes pour les uns, de propagande islamiste pour les autres, de politiquement correct pour la plupart. Il y a l&#224; un vrai danger collectif, qui est consid&#233;rablement sous-estim&#233;. Or l'impact sur la vie collective peut en &#234;tre massif. Mais en m&#234;me temps, ce n'est a priori pas une autorit&#233; mondiale qui y mettra bon ordre. Ici encore, s'il y a un niveau de moralit&#233; possible (toute relative, et variable selon les r&#233;alit&#233;s locales), c'est &#224; ce jour encore au niveau national, et dans la coop&#233;ration entre nations. Mais encore faut-il en &#234;tre conscient, et agir comme il le faut, car &#224; nouveau les enjeux sont consid&#233;rables. Comme en outre les entreprises qu'ils sont fond&#233;es sont &#224; tendance monopolistique, une intervention publique peut s'av&#233;rer n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Rappel : un troisi&#232;me article examinera la question &#224; mon sens d&#233;terminante, celle de la participation des personnes &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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