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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Economie et &#233;cologie</title>
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		<dc:date>2021-11-14T09:48:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et &#233;cologie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Il y a &#224; l'&#233;vidence un lien &#233;troit entre &#233;cologie et &#233;conomie, notamment parce que le r&#244;le premier de l'&#233;cologie actuellement est de contester l'&#233;conomie, consid&#233;r&#233;e comme insuffisante ou dangereuse, notamment en ce qui concerne la croissance. A cela s'ajoute le fait que tous deux, au fond, se basent sur une notion de raret&#233;, de limite : l'&#233;conomie, pour fonder le syst&#232;me des prix ; l'&#233;cologie, pour exiger une prise en compte de limites r&#233;sultant d'&#233;quilibres naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, comme on le verra, en r&#233;alit&#233; toutes deux souffrent d'insuffisances graves, li&#233;es &#224; la nature m&#234;me de leurs points de d&#233;part et pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Economie-et-ecologie-247-+.html" rel="tag"&gt;Economie et &#233;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Il y a &#224; l'&#233;vidence un lien &#233;troit entre &#233;cologie et &#233;conomie, notamment parce que le r&#244;le premier de l'&#233;cologie actuellement est de contester l'&#233;conomie, consid&#233;r&#233;e comme insuffisante ou dangereuse, notamment en ce qui concerne la croissance. A cela s'ajoute le fait que tous deux, au fond, se basent sur une notion de raret&#233;, de limite : l'&#233;conomie, pour fonder le syst&#232;me des prix ; l'&#233;cologie, pour exiger une prise en compte de limites r&#233;sultant d'&#233;quilibres naturels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, comme on le verra, en r&#233;alit&#233; toutes deux souffrent d'insuffisances graves, li&#233;es &#224; la nature m&#234;me de leurs points de d&#233;part et pr&#233;suppos&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Economie et &#233;cologie : la question d'ensemble&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de l'&#233;cologie comme de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de l'&#233;conomie au sens actuellement dominant du terme sont bien connues : elle ne regarde que la dimension mon&#233;taire des choses, telle qu'elle se traduit sur un march&#233;, ou dans des m&#233;canismes publics (imp&#244;ts, prestations de tout type). Ce qui laisse d&#233;j&#224; en dehors au moins deux grandes domaines : d'un c&#244;t&#233; tout ce qui rel&#232;ve de la gratuit&#233; (et notamment l'action ou le travail des m&#233;nages, communaut&#233;s et associations). Et d'un autre c&#244;t&#233; les externalit&#233;s et plus g&#233;n&#233;ralement la prise en compte de l'avenir, car les uns et les autres ne sont incorpor&#233;s dans le calcul &#233;conomique qu'&#224; travers leur traduction actuelle dans les anticipations. Corr&#233;lativement, dans l'&#233;conomie au sens usuel du terme, il y a peu de notion de stocks, en d'autres termes de patrimoine, en dehors de la comptabilit&#233; des entreprises. Enfin et peut-&#234;tre surtout, il n'y a pas de prise en compte de la soci&#233;t&#233; dans ses dimensions politiques, morales, culturelles et autres. L'&#233;conomie fait en dominante ses raisonnements sur la base d'une vision appauvrie de l'homme. Plus g&#233;n&#233;ralement, elle proclame comme scientifique ce qui rel&#232;ve en partie d'une soci&#233;t&#233; donn&#233;e et de ses modes de fonctionnement, sans obtenir de certitude comme le montrent les r&#233;sultats pas toujours fiables de la pr&#233;vision. Mais cela ne l'emp&#234;che pas d'&#234;tre activement prescriptive, en faveur en g&#233;n&#233;ral d'une soci&#233;t&#233; de type lib&#233;ral et individualiste, d&#233;r&#233;gul&#233;e ; mais aussi parfois au contraire d'une intervention &#233;tatique r&#233;solue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait donc en un sens dire que la critique &#233;cologique de l'&#233;cologie est pertinente, m&#234;me si c'est de fa&#231;on partielle. Mais l'&#233;cologie est elle-m&#234;me limit&#233;e, et sujette &#224; une critique analogue. Un premier probl&#232;me est d'abord l&#224; aussi l'absence de certitude scientifique sur beaucoup de dimensions de ce qu'elle affiche, ce que l'&#233;cologie dominante complique par sa tendance &#224; privil&#233;gier syst&#233;matiquement la perspective malthusienne. Ensuite, on retrouve comme en &#233;conomie la n&#233;gligence du facteur politique, et des autres dimensions humaines et culturelles de la soci&#233;t&#233;. Mais cela ne l'emp&#234;che pas aussi d'&#234;tre elle aussi tr&#232;s affirmative dans ses prescriptions, sauf qu'ici c'est selon la tentation d'une politique autoritaire et &#233;tatique ; en cela elle s'oppose &#224; l'individualisme lib&#233;ral de la pr&#233;c&#233;dente. Alors que l'&#233;conomie dominante &#233;vite fondamentalement de se poser la question de l'avenir du syst&#232;me, confiante qu'elle est dans le fait qu'on trouvera les solutions gr&#226;ce au jeu des initiatives, r&#233;gul&#233;es par le march&#233;, l'&#233;cologie dominante tend &#224; faire le contraire : elle tire de ces consid&#233;rations le besoin d'une intervention publique massive. D'o&#249; un autre trait important dans la pratique, sa confluence avec les id&#233;ologies de gauche du moment. Voyons cela de plus pr&#232;s, dans les deux cas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question &#233;cologique : pr&#233;cisions&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus pr&#233;cise, tout le monde ou presque admet que le souci de l'environnement, l'&#233;cologie comprise dans son principe, sont des exigences incontournables. L&#224; o&#249; cela se complique, c'est dans l'ampleur du mal, et dans la port&#233;e et la nature des mesures &#224; prendre. D&#233;j&#224;, toute analyse des questions &#233;cologiques comporte une dimension scientifique importante, afin de mesurer o&#249; sont les probl&#232;mes, les enjeux r&#233;els et les solutions possibles. Or en l'esp&#232;ce les consensus scientifiques n'existent souvent pas, et ils peuvent s'av&#233;rer contestables sur la dur&#233;e. Il en est de m&#234;me de la notion de d&#233;veloppement durable : la question de nos devoirs envers les g&#233;n&#233;rations futures est complexe et ne d&#233;bouche pas sur des conclusions pr&#233;cises, utilisables par l'&#233;conomiste. Derri&#232;re son apparence simple, ce concept est en effet susceptible de lectures multiples. Comment d'ailleurs d&#233;finir et g&#233;rer pr&#233;cis&#233;ment un d&#251; envers des gens qui n'existent pas encore ? S'y ajoute notre ignorance des besoins du futur et des priorit&#233;s qui seront celles des g&#233;n&#233;rations &#224; venir, et des capacit&#233;s dont ils disposeront, notamment techniques. En fait, nous n'avons aucune id&#233;e pr&#233;cise de ce que sera leur monde &#8211; en dehors des donn&#233;es permanentes sur l'homme et la nature.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous constatons donc ici un fait majeur : en mati&#232;re &#233;cologique comme dans les autres r&#233;alit&#233;s humaines au niveau collectif, m&#234;me si l'exigence morale est claire et peu discutable dans son principe, sa mise en &#339;uvre et sa port&#233;e le sont beaucoup moins. Cela suppose des choix difficiles, personnels et collectifs, et largement politiques (ou de la soci&#233;t&#233;). M&#234;me si on supposait l'analyse scientifique unanime dans chaque cas, ce qui est loin d'&#234;tre le cas. A ces interrogations s'ajoute le fait qu'il y a une difficult&#233; majeure &#224; appr&#233;hender collectivement (politiquement) les probl&#232;mes environnementaux. D&#233;j&#224; parce que nous avons besoin de la science pour cela ; or en g&#233;n&#233;ral, nous ne ma&#238;trisons pas par nous-m&#234;mes ces donn&#233;es scientifiques complexes, en supposant m&#234;me qu'elles soient fiables. Mais plus radicalement, une difficult&#233; d'ordre politique provient de la nouveaut&#233; du d&#233;fi et de sa nature m&#234;me : la menace est peu visible, souvent &#224; long terme et globale ; elle a une assez grande inertie, et elle est plut&#244;t impr&#233;visible dans ses modalit&#233;s pr&#233;cises. La difficult&#233; est encore accrue si on se situe dans un cadre d&#233;mocratique repr&#233;sentatif, car on demande &#224; une population qui n'est pas en position de vraiment pond&#233;rer les probl&#232;mes un effort &#224; faire qui peut &#234;tre extr&#234;mement important, car il y a contradiction entre ses modes de vie actuels et ce qu'on pense qu'il faudrait faire. Le d&#233;veloppement durable, ou plus exactement cette conception particuli&#232;re que certains s'en font, peut lui aussi devenir un discours en surplomb, et motiver un comportement autoritaire. Les &#233;conomistes peuvent alors souligner que les march&#233;s, eux, sont beaucoup plus d&#233;centralis&#233;s et donc bien plus en phase avec la libert&#233; des personnes - m&#234;me s'ils ont aussi leurs d&#233;terminismes et s'ils p&#232;chent par l'&#233;troitesse des crit&#232;res mis en &#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les apories de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'&#233;conomie au sens actuellement dominante pose elle-m&#234;me des probl&#232;mes redoutables, que la critique &#233;cologique souligne. L'analyse &#233;conomique y a ses pr&#233;suppos&#233;s de d&#233;part comme l'&lt;i&gt;homo oeconomicus&lt;/i&gt;, concentr&#233; sur l'optimalisation de ses choix mat&#233;riels sous contrainte, en dehors de tout jugement de valeur. Le mod&#232;le qui domine la pens&#233;e &#233;conomique (la th&#233;orie des choix rationnels) dit ne pas &#234;tre prescriptif, mais en fait il l'est. Il suppose en effet donn&#233; un jeu de pr&#233;f&#233;rences entre lesquelles on arbitre pour maximaliser notre satisfaction. Mais, outre que ce n'est pas notre comportement spontan&#233;, ce n'est pas coh&#233;rent avec la recherche d'une vie bonne, visant &#224; notre accomplissement personnel et collectif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans son encyclique &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; (24 mai 2015), le pape Fran&#231;ois &#233;voque lui aussi ce probl&#232;me de la pens&#233;e collective, des crit&#232;res intellectuels communs. Son point central est la d&#233;nonciation de traits structurels de l'&#233;conomie moderne et de nos comportements collectifs, ainsi que de la logique de pouvoir sous-jacente. Ceci vise d'abord ce qu'il appelle &#8216;paradigme' technocratique (n&#176; 106), paradigme homog&#232;ne et unidimensionnel. (107) &#171; Les effets de l'application de ce moule &#224; toute la r&#233;alit&#233;, humaine et sociale, se constatent dans la d&#233;gradation de l'environnement, mais cela est seulement un signe du r&#233;ductionnisme qui affecte la vie humaine et la soci&#233;t&#233; dans toutes leurs dimensions. &#187; La raison technique est mise au-dessus de la r&#233;alit&#233;. Le paradigme intellectuel est en effet aussi syst&#232;me de pouvoir conditionnant la vie sociale. Il pr&#233;tend (109) r&#233;soudre tous les probl&#232;mes par le jeu du march&#233; et de la croissance (106) : &#171; de l&#224;, on en vient facilement &#224; l'id&#233;e d'une croissance infinie ou illimit&#233;e, qui a enthousiasm&#233; beaucoup d'&#233;conomistes, de financiers et de technologues. Cela suppose le mensonge de la disponibilit&#233; infinie des biens de la plan&#232;te, qui conduit &#224; la &#8216;presser' jusqu'aux limites et m&#234;me au-del&#224; des limites. &#187; Cette pens&#233;e ravageuse est dit-il un relativisme, refusant le r&#244;le de la morale en &#233;conomie. Comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le pape l'attaque vigoureusement (123). Il s'ensuit que la r&#233;ponse suppose une transformation culturelle profonde (111). &lt;i&gt;Laudato S&lt;/i&gt;i montre aussi que (190) &#171; la protection de l'environnement ne peut pas &#234;tre assur&#233;e uniquement en fonction du calcul financier des co&#251;ts et des b&#233;n&#233;fices. L'environnement fait partie de ces biens que les m&#233;canismes du march&#233; ne sont pas en mesure de d&#233;fendre ou de promouvoir de fa&#231;on ad&#233;quate. &#187; Car (195) &#171; le principe de la maximalisation du gain, qui tend &#224; s'isoler de toute autre consid&#233;ration, est une distorsion conceptuelle de l'&#233;conomie : si la production augmente, il importe peu que cela se fasse au prix des ressources futures ou de la sant&#233; de l'environnement [&#8230;]. Cela veut dire que les entreprises obtiennent des profits en calculant et en payant une part infime des co&#251;ts. Seul pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233; comme &#233;thique un comportement dans lequel &#8216;les co&#251;ts &#233;conomiques et sociaux d&#233;rivant de l'usage des ressources naturelles communes soient &#233;tablis de fa&#231;on transparente et soient enti&#232;rement support&#233;s par ceux qui en jouissent et non par les autres populations ou par les g&#233;n&#233;rations futures' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que par un paradoxe apparent la critique que fait Fran&#231;ois de la mentalit&#233; technocratique peut &#234;tre &#233;tendue &#224; un certain &#233;cologisme, s&#251;r de ses analyses et de ses pr&#233;tentions, lesquelles supposent une certain &#233;tat de la science qui n'est pas aussi certain qu'on le pr&#233;tend, et nullement acquis. L'autoritarisme simplificateur &#224; la base de toute id&#233;ologie r&#233;ductrice est plus r&#233;pandu qu'on ne le dit dans toute notre culture.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une nouvelle conception de l'&#233;conomie ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste &#224; voir ce que l'on peut envisager concr&#232;tement. Bien des auteurs proposent une remise en cause plus ou moins radicale de la pens&#233;e &#233;conomique dominante, proposant des mod&#232;les alternatifs dans lesquels le souci &#233;cologique a la part belle. Kate Raworth est un tr&#232;s bon exemple d'une telle r&#233;flexion dans son livre &#224; succ&#232;s l'&lt;i&gt;Economie du doughnut&lt;/i&gt; , qui contient une critique s&#233;v&#232;re de l'&#233;conomie politique des manuels, jug&#233;e &#233;triqu&#233;e, r&#233;ductrice et id&#233;ologique. Outre sa conception de l'homo oeconomicus, celle-ci reste dit-elle domin&#233;e par la centralit&#233; des march&#233;s compris sur la base d'une offre et due demande simplifi&#233;s conduisant &#224; un &#233;quilibre d'ensemble, le tout coupl&#233; au culte de la croissance comprise comme r&#233;ponse &#224; toute pr&#233;occupation &#233;conomique, &#233;cologique, ou autre. Elle propose en alternative une vue &#233;largie, qu'elle r&#233;sume en sept imp&#233;ratifs : changer le but (avec l'image du &lt;i&gt;doughnut&lt;/i&gt;) ; regarder l'image d'ensemble, en ins&#233;rant l'&#233;conomie dans la soci&#233;t&#233; et dans la nature ; enrichir la vue de la nature humaine au-del&#224; de l'homo oeconomicus ; comprendre les syst&#232;mes ; organiser pour distribuer ; cr&#233;er pour r&#233;g&#233;n&#233;rer ; et &#234;tre agnostique sur la croissance. Le but, c'est ce que symbolise ce beignet am&#233;ricain en forme de tore qu'est le doughnut, qui donne une figure de cercles concentriques. Il s'agit de se situer entre un cercle int&#233;rieur de besoins humains fondamentaux encore non satisfaits (nourriture, abri, instruction etc.), et un cercle ext&#233;rieur de d&#233;g&#226;ts pour l'environnement, pour se situer dans cette zone interm&#233;diaire id&#233;ale o&#249; ces besoins sont satisfaits mais sans d&#233;grader l'environnement. D'autres imp&#233;ratifs (cinq et six) visent la construction d'une &#233;conomie participative o&#249; d'embl&#233;e chacun retrouve une part &#233;quitable, sans passer n&#233;cessairement par la distribution fiscale, avec un fonctionnement autant que possible circulaire. Cela implique notamment une culture collective qui ne soit pas orient&#233;e vers le pure gain mat&#233;riel et les incitations financi&#232;res, dont elle souligne par ailleurs les limites. Par ailleurs une &#233;conomie circulaire est dit-elle une urgence, m&#234;me si elle admet qu'il y a in&#233;vitablement une perte en ligne r&#233;siduelle. En outre il faut remplacer la recherche du gain par la recherche du maintien de la valeur, &#233;ventuellement volontaire (par exemple dans la reforestation). Elle recommande enfin, septi&#232;me imp&#233;ratif, l'agnosticisme sur la croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en penser ? Il faut semble-t-il distinguer les id&#233;es de fond des propositions concr&#232;tes. Sur le premier point, la pr&#233;sentation que fait Kate Raworth de l'&#233;conomie politique dominante est un peu simpliste. Les r&#233;sultats de celle-ci, avec tous leurs d&#233;fauts, constituent un apport essentiel qu'on ne peut r&#233;cuser, notamment en vue des besoins de la population. On ne peut fonder un fonctionnement complexe comme celui de l'&#233;conomie sur la seule bonne volont&#233; ; un m&#233;canisme de confrontation de type march&#233; parait difficilement contournable, &#224; c&#244;t&#233; de l'Etat, m&#234;me s'il doit &#234;tre r&#233;gul&#233;. En revanche la remise en cause de ses limites est bienvenue, et notamment le besoin d'un regard &#224; la fois &#233;largi, plus complexe, en un sens en d&#233;finitive plus pragmatique. De m&#234;me pour la prise en compte de ces deux facteurs que symbolise le doughnut : l'imp&#233;ratif pour l'&#233;conomie de satisfaire les besoins humains de tous, et la conscience des limites, devenue aigu&#235; avec l'irruption de l'&#233;cologie. M&#234;me si la capacit&#233; du syst&#232;me politique &#224; les prendre bien en compte est loin d'&#234;tre &#233;vidente, comme on l'a vu. Notons toutefois que cette image, tr&#232;s parlante, tend aussi implicitement &#224; nous orienter vers la consid&#233;ration exclusive de ces besoins &#224; assurer et de ces limites, ce qui pousse plus ou moins consciemment &#224; une approche globalisante, que l'on tend alors naturellement &#224; voir assum&#233;e par l'Etat. Or si cette globalit&#233; est une r&#233;alit&#233;, la capacit&#233; du politique &#224; l'assumer est, elle, beaucoup plus discutable : la soci&#233;t&#233; est compos&#233;e de personnes, en principe libres et autonomes, ins&#233;r&#233;es dans des communaut&#233;s, association et entreprises agissant de fa&#231;on autonome ; et l'Etat ni personne n'est pas &#224; m&#234;me d'en assumer le guidage d&#233;taill&#233;. Certes dans la conception classique il a bien la responsabilit&#233; ultime du Bien commun, mais c'est &#224; son niveau, dans le respect des r&#233;alit&#233;s humaines fondamentales et donc des personnes et communaut&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le d&#233;bat concret : la question de la croissance&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Voyons maintenant quel peut &#234;tre le d&#233;bat concret, en nous centrant sur la question clef, celle de la croissance. Un premi&#232;re question est celle de la croissance. Ce th&#232;me tend en effet &#224; polariser le d&#233;bat entre &#233;conomistes et &#233;cologistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance : de quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la question est loin d'&#234;tre claire. Tout d'abord, il y a dans les courants &#233;cologistes une assez large confusion entre l'id&#233;e de capitalisme (l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent), celle de productivisme, et des r&#233;alit&#233;s comme le march&#233; ou l'entreprise. Il est l&#233;gitime de rep&#233;rer comme cause premi&#232;re de notre emprise malsaine sur la nature cette id&#233;e que la croissance mat&#233;rielle doit &#234;tre poursuivie co&#251;te que co&#251;te, que le progr&#232;s mesur&#233; mat&#233;riellement est in&#233;luctable et bon par nature, et que la nature est l&#224; pour &#234;tre utilis&#233;e selon nos d&#233;sirs. Cela ne condamne pas la croissance en soi, mais conduit &#224; remettre en cause cet a priori consistant &#224; se consid&#233;rer autoris&#233; &#224; arraisonner la nature sans souci des cons&#233;quences et des effets. Mais cela ne se confond pas avec le capitalisme, quels que soient les d&#233;fauts de ce dernier. On peut avoir un productivisme tr&#232;s violent, d&#233;vastateur pour l'environnement, sans capitalisme : on l'a vu en Union sovi&#233;tique. L'&#233;conomie n'y &#233;tait pas domin&#233;e par l'argent ; elle l'&#233;tait par le culte du pouvoir et de la croissance mat&#233;rielle. La Chine actuelle rel&#232;ve en partie de cet analyse. Par ailleurs, le capitalisme au sens &#233;troit du terme, qui privil&#233;gie l'accumulation, s'accommode bien s&#251;r naturellement d'un syst&#232;me d'arraisonnement brutal de la nature et de croissance sauvage. Mais inversement, il n'est pas &#233;vident qu'il exige la croissance comme une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, en soi ; et sa capacit&#233; &#224; s'adapter est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce sont nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral qui se sont fond&#233;es sur ce type de croissance, ainsi compris et orient&#233;. Toute remise en cause de notre mode de vie collectif, et notamment du type de croissance que nous connaissons, affecterait n&#233;cessairement, et en profondeur, non seulement le capitalisme tel que nous le connaissons, mais nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral. Notamment la d&#233;mocratie. En effet, l'individualisme et le relativisme ambiants impliquent que la seule r&#233;f&#233;rence est les pr&#233;f&#233;rences des individus, et non le bien commun ; cela fait tr&#232;s bon m&#233;nage avec le productivisme, car plus la croissance qu'on vise est forte, plus il y a de gens satisfaits &#224; court terme. Cela s'accorde aussi avec le capitalisme ; mais cela peut parfaitement se passer de ce dernier : la d&#233;mocratie par exemple est suppos&#233;e refl&#233;ter les pr&#233;f&#233;rences des gens et peut donc &#234;tre individualiste et mat&#233;rialiste sans qu'il y ait un quelconque capitalisme. En r&#233;alit&#233;, ce qui importe est le syst&#232;me de valeur ou l'anthropologie dominante, et sa traduction dans des institutions et un syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La croissance est-elle possible, est-elle d&#233;sirable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Concr&#232;tement, si le type de croissance que nous connaissons trouve sa fin, ce sera pour deux types de raisons. Soit parce que le syst&#232;me rencontrera des limites incontournables qui le bouleverseront comme syst&#232;me, dans une grande crise. Soit parce qu'un choix de valeurs diff&#233;rentes, politiquement assum&#233;, sera intervenu, comportant modification en profondeur de notre genre de vie. C'est cette deuxi&#232;me voie qu'explorent les auteurs de la mouvance &#233;cologique. Cela d&#233;bouche sur deux s&#233;ries de propositions. D'un c&#244;t&#233;, une r&#233;duction volontariste de la production et de la consommation, qui va bien au-del&#224; de la frugalit&#233;, d'une consommation plus r&#233;duite et plus qualitative. D'un autre c&#244;t&#233;, une id&#233;e de r&#233;appropriation locale de l'&#233;conomie, de reterritorialisation, s'opposant &#224; la mondialisation et privil&#233;giant les circuits courts et la production directe. Mais le refus de la croissance peut encore conduire d'autres &#233;cologistes &#224; proposer en sens contraire des mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s centralis&#233;es, voire autoritaires. Inversement, on peut vouloir un mode de consommation diff&#233;rent et la renaissance de communaut&#233;s locales, sans &#234;tre convaincu de l'impossibilit&#233; de toute croissance, et m&#234;me sans envisager comme une n&#233;cessit&#233; la sortie d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'entreprise et le march&#233;, ainsi Roger Scruton.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est difficile de ne pas prendre en compte les demandes de r&#233;duction de notre consommation fr&#233;n&#233;tique, ainsi que la prise en compte de la perspective de limites &#233;cologiques. Il en est de m&#234;me de l'&#233;loge des communaut&#233;s locales et de la subsidiarit&#233; ; une reterritorialisation partielle en serait une cons&#233;quence naturelle. Il y a donc chez nos auteurs des intuitions de base et des exigences qu'on ne peut que rejoindre. Mais ils vont sensiblement plus loin. Et un des probl&#232;mes si on suit &#224; la lettre les id&#233;es le plus dures est qu'on risque logiquement de d&#233;boucher sur une consid&#233;rable implosion de l'activit&#233; &#233;conomique, qui se trouverait ramen&#233;e &#224; un horizon en un sens plus local et frugal qu'au XVIIIe si&#232;cle, ne serait-ce que du fait de la d&#233;mographie. Ce qui nous conduit &#224; trois remarques. La premi&#232;re est que si la frugalit&#233; est une vertu, l'abondance mat&#233;rielle n'est pas a priori condamnable comme telle ; toute la question est celle de la juste mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La seconde est une interrogation : ce que nous savons vraiment, tant sur le plan concret et technique qu'en ce qui concerne la nature humaine et son r&#244;le dans l'histoire, rend-il manifestement in&#233;luctables des perspectives radicales ? Il y a bien des raisons d'en douter. Non pour faire l'&#233;loge du syst&#232;me actuel. Mais pour rappeler que notre absence de ma&#238;trise vaut aussi pour notre connaissance de l'avenir. Il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions n&#233;cessairement avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont trop souvent pris comme des absolus indiscutables. Il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique. Il est donc urgent et essentiel d'y travailler, &#224; condition bien s&#251;r de ne pas abuser de ces bienfaits. Et en abordant les questions avec sang-froid et raison, sans certitude d'aboutir. Et nous en avons encore moins sur la troisi&#232;me question que soul&#232;vent ces id&#233;es, qui est leur faisabilit&#233; politique, a priori tr&#232;s faible (on y reviendra).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te comme une &#233;vidence qu'on ne peut pas avoir de croissance infinie dans un monde fini. C'est plausible si la croissance est surtout quantitative et si elle toujours plus consommatrice de ressources mat&#233;rielles relativement rares ; pas n&#233;cessairement, si elle devient plus qualitative, recycl&#233;e, et sans cesse &#224; la recherche de ressources renouvelables ; et pas non plus si on trouve de nouvelles ressources, d'autant que certaines sont abondantes, y compris sur le plan &#233;nerg&#233;tique. La notion quantitative de ressource physique, et l'id&#233;e m&#234;me de limite, sont en effet d&#233;pendantes de l'&#233;tat des technologies. Et la croissance signifie en soi plus de possibilit&#233;s d'action, parce que bas&#233;es sur des ressources plus larges, y compris pour agir en faveur de l'environnement. Encore une fois, cela ne d&#233;montre pas qu'une croissance de ce type est possible ou se r&#233;alisera ; cela montre seulement que l'exclure a priori est arbitraire. En d&#233;finitive, si nous voyons bien que la croissance mat&#233;rielle peut se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e, est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables. En fait il n'y a qu'un type de voie praticable : tenter de faire &#233;voluer notre mode de vie et nos technologies pour faire vivre les populations actuelles et pr&#233;visibles de fa&#231;on aussi satisfaisante que possible au vu de nos contraintes, &#233;cologiques et politiques. Ce qui d'ailleurs suppose non pas moins de technologie, mais plus, et autrement. Et bien s&#251;r une intensification des efforts, autant qu'on le pourra ; mais ce ne sera pas un big bang. Donc pour utiliser nos ressources transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Le risque sinon est le d&#233;veloppement d'une telle obsession malthusienne qu'elle finisse par st&#233;riliser les solutions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, on l'a dit, les limites de la connaissance scientifique, d&#232;s qu'on parle de faits humains, sont particuli&#232;rement &#233;videntes pour l'&#233;conomie et l'&#233;cologie. Il existe certes ce qu'on peut appeler science &#233;conomique, et elle fournit une information pr&#233;cieuse et absolument indispensable pour l'action ; mais malgr&#233; l'arsenal math&#233;matique qui y est souvent d&#233;ploy&#233;, c'est une science humaine, et par l&#224; inapte &#224; appr&#233;hender toute la r&#233;alit&#233; dans des &#233;quations capables de pr&#233;dictions v&#233;rifi&#233;es. Sans parler de son r&#244;le id&#233;ologique &#233;ventuel. La ma&#238;trise, intellectuelle ou mat&#233;rielle, n'existe pas, mais cela vaut aussi pour les acteurs les mieux intentionn&#233;s. Les plus dangereux sont souvent ceux qui avancent r&#233;solument avec de bonnes intentions, car pr&#233;cis&#233;ment ils iront plus loin dans des directions qui peuvent s'av&#233;rer fausses, et ils transmettront de fa&#231;on contagieuse leur confiance mal plac&#233;e. Valable pour l'&#233;conomie, la remarque vaut &#233;videmment aussi pour l'&#233;cologie, comme on l'a vu. Cela ne justifie en aucun cas l'inaction. Mais la vertu consiste aussi &#224; savoir avancer en gardant constamment en t&#234;te les limites de notre savoir. A nouveau, notre responsabilit&#233; morale, la vertu, s'exerce et s'exercera toujours en environnement non ma&#238;tris&#233;. Cela vaut aussi bien pour les &#233;cologistes que pour les acteurs du syst&#232;me. Et cela vaut pour l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bonheur, consommation et croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a &#233;voqu&#233; les limites &#233;cologiques que peut rencontrer la croissance &#233;conomique. Mais en dehors m&#234;me de ces limites, la question se pose en soi : au vu de ses fruits pour l'homme, la croissance comprise comme elle l'est dans notre monde est-elle un bien, notamment en termes de bonheur ou de satisfaction ? Il y a quelques ann&#233;es, la question paraissait avoir d'embl&#233;e une r&#233;ponse positive. Depuis, le doute s'est instaur&#233;, en dehors m&#234;me de toute consid&#233;ration &#233;cologique. D&#233;j&#224;, on le sait, le PNB est une mesure tr&#232;s imparfaite. D'abord parce qu'il n&#233;glige l'activit&#233; domestique, qui est consid&#233;rable et vitale, notamment pour la reproduction sociale, avec l'&#233;ducation des enfants. Mais en outre, quand les &#233;conomistes veulent mesurer le bonheur, ils tombent sur des d&#233;convenues. Il n'y a pas de croissance mesurable du bonheur sur 35 ans, ni de corr&#233;lation de ce qu'on en retire avec le PNB. Nous ne pouvons &#233;videmment pas traiter en profondeur ce sujet ici. Mais cela nous conduit &#224; la question essentielle de la juste orientation de nos d&#233;penses et de notre consommation. On peut discuter les d&#233;tails des critiques, mais l'id&#233;e de base est juste : il faut revoir nos crit&#232;res de choix, notre syst&#232;me de valeurs collectif et personnel. Et notamment notre consommation, et plus g&#233;n&#233;ralement notre conception et usage de l'argent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le th&#232;me de la croissance ne se r&#233;duit inversement pas &#224; la dimension quantitative : elle comporte aussi une t&#226;che historique, qui est d'ordre qualitatif. T&#226;che qui va au-del&#224; de la recherche du &#8216;bonheur', car le &#8216;progr&#232;s' ne se mesure pas au seul &#8216;bonheur'. M&#234;me si on pr&#233;tend que les chasseurs pal&#233;olithiques &#233;taient plus &#8216;heureux' que leurs descendants s&#233;dentaires, il n'en reste pas moins que l'humanit&#233; se trouve &#8216;mieux' apr&#232;s le Parth&#233;non, Virgile, Chartres, ou le cin&#233;ma, en ce sens que nous devions les r&#233;aliser pour nous accomplir comme hommes, au sens noble du terme, et que nous en sommes en un sens et de ce fait meilleurs, en tout cas plus en accord avec notre vocation, car spirituellement et culturellement pourvus de biens incomparables. Certes, il n'y a pas dans ce monde de perspective claire, pr&#233;visible, donc de sens de l'Histoire ; mais il y a pour nous un devoir d'exploration et de cr&#233;ation. Mais ce qui compte alors est cette exploration, ou plus exactement son but et ses r&#233;alisations qualitatives, pas l'accumulation en soi. Ni la croissance mat&#233;rielle comme n&#233;cessit&#233; absolue. L'id&#233;e qui s'en d&#233;duit est que la croissance, m&#234;me quantitative, est appr&#233;ciable par ce qu'elle permet, mais qu'il faut en subordonner l'appr&#233;ciation &#224; des objectifs qualitatifs : de charit&#233; et de solidarit&#233;, de cr&#233;ation scientifique ou esth&#233;tique, de r&#233;alisation d'ordre spirituel ou philosophique, et bien s&#251;r de respect de la nature - qui ne sont pas en g&#233;n&#233;ral pas au premier rang des pr&#233;occupations de nos soci&#233;t&#233;s. Cela suppose donc une nouvelle culture int&#233;grant les techniques actuelles, mais les orientant dans une nouvelle mani&#232;re de vivre porteuse de sens. C'est un point essentiel &#8211; mais &#224; nouveau, une telle transformation culturelle est lente et ne se commande pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qu'en d&#233;duire sur le plan &#233;conomique ? La question premi&#232;re est bien celle des priorit&#233;s ou valeurs que la soci&#233;t&#233; et ses membres se donnent ou se reconnaissent. En soi, cela d&#233;passe l'&#233;conomie. Nous retrouvons ici cette id&#233;e essentielle, que nous avons d&#233;velopp&#233;e dans divers livres : l'&#233;conomie ne peut tenir ses promesses que si elle est encadr&#233;e par une perspective qui la d&#233;passe. Mais si cette consid&#233;ration est &#224; la limite de l'&#233;conomie, elle est en m&#234;me temps fondamentale pour elle : l'&#233;conomie est &#224; la limite, car le jeu des pr&#233;f&#233;rences est consid&#233;r&#233; par elle comme un donn&#233;, donc ext&#233;rieur ; mais elle est fondamentale, car c'est ce qui va donner aux march&#233;s et &#224; toute l'activit&#233; &#233;conomique leur orientation. En r&#233;sum&#233;, &#224; nouveau, un nouvel &#233;quilibre suppose un syst&#232;me de valeurs notablement renouvel&#233;, ne serait-ce qu'un nom de la satisfaction r&#233;elle (objective) des gens, et cela m&#234;me si les contraintes &#233;cologiques ne jouaient pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour notre propos, ces consid&#233;rations sont importantes pour souligner qu'il y a d'autres &#233;quilibres possibles que ceux d&#233;termin&#233;s par la culture dominante, m&#233;lange de toujours plus, de mat&#233;rialisme et de relativisme. Mais cela ne peut &#233;videmment pas conduire &#224; nier la dimension mat&#233;rielle essentielle du progr&#232;s consid&#233;rable qui a &#233;t&#233; accompli dans l'am&#233;lioration du niveau de vie r&#233;el de la plupart des gens, de la base mat&#233;rielle de leur bonheur ou &#233;panouissement, m&#234;me si cette base ne les garantit pas. Plus concr&#232;tement, l'adoption d'un mode de vie plus sage, plus centr&#233; sur notre &#233;panouissement, n'implique pas non plus de fa&#231;on n&#233;cessaire la d&#233;croissance au sens propre. Car si certains besoins suppos&#233;s peuvent s'av&#233;rer contestables, d'autres subsistent, qui sont l&#233;gitimes, notamment en dehors des pays d&#233;velopp&#233;s, mais pas seulement.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les dilemmes du politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : la dimension politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, un probl&#232;me majeur pos&#233; par l'id&#233;e de d&#233;croissance, tr&#232;s concret mais d&#233;cisif dans la pratique, est d'ordre politique. Dans le cas de la d&#233;croissance pure et dure, un tel repli supposerait l'acceptation par les gens d'un v&#233;ritable effondrement de leur niveau de vie, et cela au vu d'un pur raisonnement, ce qui est politiquement hautement improbable. Les &#233;cologistes convaincus par l'id&#233;e de catastrophe tendent souvent &#224; se d&#233;soler de la faible r&#233;sonance op&#233;rationnelle qu'elle a dans l'esprit public (au-del&#224; de l'effet de sympathie, qui est consid&#233;rable) ou plus exactement de l'impact insuffisant &#224; leurs yeux dans les politiques suivies ou la pratique r&#233;elle : ils accusent alors le syst&#232;me dominant, le capitalisme ou les institutions. Mais le fait de base est que la pr&#233;sentation des faits en tout ou rien, sur la base d'une catastrophe annonc&#233;e, sans image claire de la soci&#233;t&#233; cible sauf d'une fa&#231;on qui pour la plupart des gens signifierait un effondrement de leur niveau de vie, est n&#233;cessairement peu attractive. Pour convaincre les gens de faire un tel saut, il faudrait une catastrophe palpable, d&#233;j&#224; l&#224; ou imminente ; mais on n'en est pas l&#224; : elle est peut-&#234;tre in&#233;luctable, mais certainement pas visible &#224; ce point aujourd'hui. In&#233;vitablement, on continue donc comme avant, en se bornant &#224; corriger les choses de fa&#231;on mod&#233;r&#233;e, et en prenant des mesures particuli&#232;res ponctuelles. Par ailleurs, le fait est qu'on voit mal comment faire vivre la population actuelle de la plan&#232;te avec des technologies massivement simplifi&#233;es et un repli local syst&#233;matique. Cons&#233;quence pratique : m&#234;me si on se convainquait des raisonnements les plus pessimistes en faveur de la d&#233;croissance, dans la pratique aller dans ce sens n'aurait pour la plupart des gens pas d'avantage massif &#233;vident par rapport &#224; une attitude passive, o&#249; on accepterait le risque sans changer en profondeur le genre de vie actuel. Car dans les deux cas il y aurait de toute fa&#231;on au terme du processus r&#233;duction forte de la population mondiale et de son niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans, &#224; nouveau, il serait risqu&#233; de supposer le probl&#232;me ais&#233; &#224; r&#233;soudre et la transformation acquise, encore moins r&#233;alisable par d&#233;cret. Il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de la crise du coronavirus, pas plus que des crises financi&#232;res, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui nous sortirait de la r&#233;cession, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les illusions. Paradoxalement, la crise sanitaire a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur, d&#233;cid&#233; et pilot&#233; par en-haut. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. On h&#233;sitera &#224; recommencer. Enfin, si m&#234;me on concluait &#224; la n&#233;cessit&#233; d'un tournant majeur, il n'en resterait pas moins que ce serait sans doute beaucoup plus r&#233;alisable si une forme de croissance se maintenait que si elle disparaissait.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La r&#233;forme cependant imp&#233;rative&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme il a &#233;t&#233; dit, rien de ce qui pr&#233;c&#232;de ne justifie l'inaction en mati&#232;re &#233;cologique, bien au contraire : il faut manifestement intensifier nos efforts en la mati&#232;re. Il faut d'abord un effort r&#233;solu de recherche scientifique, massive et donc n&#233;cessairement en grande partie public, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique, nucl&#233;aire compris ; ensuite de mise en place de processus de production diff&#233;rents (&#233;conomie circulaire quand elle est possible, &#233;conomies d'&#233;nergie etc.), ce qui implique un effort progressif de traduction dans les co&#251;ts (et donc dans les prix) de la ponction que nous faisons sur les ressources rares (mini&#232;res, &#233;nerg&#233;tiques, ou capacit&#233; d'absorption de la terre et de l'atmosph&#232;re), ce qui se traduira en g&#233;n&#233;ral soit par de la fiscalit&#233; (mais cela peut alors aussi permettre de r&#233;duire d'autres imp&#244;ts) soit par des quotas ou droits, &#233;ventuellement n&#233;gociables sur un march&#233;. Cela suppose aussi des r&#232;gles et des pratiques strictes sur tout ce qui est pollution (&#224; commencer par les rejets de plastique) et tout ce qui p&#232;se sur les &#233;quilibres naturels, et plus g&#233;n&#233;ralement un effort pour faire payer ce qu'en &#233;conomie on appelle les externalit&#233;s - ou les faire dispara&#238;tre. Y compris dans les d&#233;veloppements nouveaux, apparemment vertueux, comme le num&#233;rique, gros consommateur d'&#233;nergie et de mati&#232;res premi&#232;res. En outre, ce doit &#234;tre le plus possible au niveau local plus que global, non seulement parce que c'est plus efficace et plus mobilisateur, mais aussi parce que la question de l'environnement se pose largement en fonction de l'&#233;cosyst&#232;me local, qui varie beaucoup selon les endroits. Et plus profond&#233;ment, parce que tout vrai changement suppose un changement des comportements, personnel et collectif, admis et int&#233;gr&#233; comme allant de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci peut r&#233;duire la croissance voire l'arr&#234;ter, mais ce n'est pas s&#251;r ; en tout cas tel n'est pas l'objectif en soi. Cela devrait surtout en changer la logique. Le but est la r&#233;duction de notre emprise sur la nature dans ce qu'elle a de non-soutenable, ainsi qu'une meilleure orientation de nos objectifs dans un sens qualitatif ; non la r&#233;duction de la croissance en soi (m&#234;me si ce peut en &#234;tre la cons&#233;quence). Sachant enfin qu'une catastrophe est toujours possible, voire un effondrement g&#233;n&#233;ral. Mais comme on voit, la culture collective est un &#233;l&#233;ment d&#233;cisif, le syst&#232;me de valeur qui anime la population. Et sur ce plan, une soci&#233;t&#233; relativiste comme la n&#244;tre est tr&#232;s mal arm&#233;e pour bien canaliser les d&#233;viances de l'&#233;conomie. On ne change pas une soci&#233;t&#233; par en-haut, mais en renouvelant les r&#233;f&#233;rences fondamentales des personnes, afin de leur permettre de choisir autant que possible le bien, le vrai, et le beau, et cela sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons enfin que les questions &#233;cologiques touchent tous les niveaux : depuis l'avenir de la plan&#232;te jusqu'&#224; l'environnement imm&#233;diat. On ne fait pas l'&#233;conomie d'un effort intense de r&#233;flexion et d'action communes au niveau de l'humanit&#233;, notamment bien s&#251;r pour les causes humaines du r&#233;chauffement. Mais l&#224; aussi il faut &#234;tre lucide : si chaque communaut&#233; ne prend pas d'abord en charge la question &#224; son niveau on n'ira pas tr&#232;s loin. L'action internationale est n&#233;cessaire, mais elle a aussi amplement prouv&#233; ses limites. Dans la notion d'environnement, comme l'a montr&#233; Roger Scruton, et comme le dit le pape Fran&#231;ois, la proximit&#233; joue un r&#244;le essentiel. Sans restauration du sens de la communaut&#233; concr&#232;te, personnelle, et de la v&#233;ritable hi&#233;rarchie des valeurs, ainsi que du sens de l'environnement imm&#233;diat qui vous parle &#233;motionnellement et vous conduit &#224; traduire vos pr&#233;occupations dans la r&#233;alit&#233; que vous avez sous les yeux, on a peu de chance de progresser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En fait, au niveau collectif, seule l'exigence morale g&#233;n&#233;rale est dans son principe claire et indiscutable. Sa mise en &#339;uvre suppose une analyse de situation, variable cas par cas, et dont les conclusions ne vont pas de soi. Et la voie la plus efficace, dans une grande majorit&#233; de cas, sera au niveau local, chacun y prenant ses responsabilit&#233;s, personnellement ou en communaut&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Texte pour le colloque&lt;/i&gt; L'Europe et le probl&#232;me de l'environnement &lt;i&gt;de l'Institut International d'&#201;tudes Europ&#233;ennes Antonio Rosmini (Bolzano).&lt;/i&gt; Paru sous le titre &#034;L&#034;Europa e l'ambiente&#034; a cura di Giovanni Cordini Edizioni scientifiche italiane.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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