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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (premi&#232;re partie)</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier article : l'h&#233;ritage&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Chine-.html" rel="directory"&gt;Chine&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-242-+.html" rel="tag"&gt;Chine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Confucianisme-+.html" rel="tag"&gt;Confucianisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Premier article : la vision confuc&#233;enne de l'homme et de la soci&#233;t&#233;&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient de culture chinoise, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel avec par exemple Tu Weiming, Tongdong Bai ou, c&#244;t&#233; anglosaxon, Daniel A. Bell.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La conception confuc&#233;enne de la soci&#233;t&#233; humaine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans la conception confuc&#233;enne, l'harmonie au sein du groupe joue un r&#244;le plus important que l'action personnelle ou individuelle, qui est centrale dans la tradition occidentale, surtout moderne. On cherche le succ&#232;s du groupe et non celui de la personne, l'adaptation plus que le contr&#244;le. De ce fait, ce qui correspond au &#8216;droit' ne repose pas sur une lutte entre opposants, &#224; r&#233;soudre gr&#226;ce &#224; un principe ou des r&#232;gles, mais sur la recherche d'une accommodation. Une notion centrale chez Confucius est celle de ren, le sens de l'humain compris comme relationnel : le &#8216;moi' est vu comme point de convergence de rapports interpersonnels. Ce lien moral est constitutif de tout &#234;tre humain : c'est un ordre intrins&#232;que des choses dans lequel il faut se placer. Un autre axiome de l'humanisme confuc&#233;en, c'est la place qu'il donne &#224; l'&#233;ducation et au d&#233;veloppement de soi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vision confuc&#233;enne est donc fondamentalement sociale ; il faut que les relations sociales aient une base morale appropri&#233;e, ce qui veut dire ne reposer ni sur la force, ni sur la comp&#233;tition. Les institutions interm&#233;diaires sont &#233;ducatives, et cela commence par la famille, dont le r&#244;le est central, &#224; la fois directement et comme mod&#232;le de toute organisation, avec un jeu de relations et de responsabilit&#233;s bien d&#233;finies (c'est la formule de Mencius sur les cinq relations : p&#232;re-fils, mari-femme, etc.). On peut prendre l'image de cercles concentriques qui reviennent &#224; la personne plac&#233;e dans sa famille : si elle se gouverne bien, tout fera de m&#234;me. Cela dit il ne s'agit pas d'un autoritarisme, car il y a r&#233;ciprocit&#233; : Confucius recommande aux enfants de montrer aux parents leurs torts, et de m&#234;me entre mari et femme. En m&#234;me temps la discussion ne peut &#234;tre totalement libre, car il y a des r&#232;gles morales et de d&#233;cence. La libert&#233; n'est alors pas libert&#233; de choisir ; d'ailleurs la famille, qui en est le point de d&#233;part, est une institution non volontaire ; or elle est un mod&#232;le m&#234;me pour les associations libres. En pratique cela laisse cependant une marge r&#233;elle de libert&#233; (et donc d'esprit d'entreprise) mais autrement que par notre libert&#233; individuelle : c'est ici par insertion dans la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre point essentiel est le r&#244;le de ce qu'on traduit par &#8216;rite', li. C'est un comportement juste plus que le suivi de r&#232;gles. Pour Anne Cheng il &#171; joue dans le bon fonctionnement du gouvernement un r&#244;le fondamental puisqu'il canalise les &#233;nergies et les instincts individuels dans des comportements recevables, guidant et facilitant ainsi les rapports politiques et sociaux. Aussi mesure-t-on l'injustice du pr&#233;jug&#233; selon lequel Confucius est un &#8216;ritualiste'. C'est l'esprit, non la lettre, du rituel qu'il tente de retrouver. Loin de pr&#244;ner une adh&#233;sion aveugle, dogmatique, &#224; une forme quelconque d'&#233;tiquette ou de r&#232;gles arbitraires, il accorde leur juste importance &#224; l'exp&#233;rience et au jugement de chacun. Le yi est ce sens du juste, cette capacit&#233; de juger par soi-m&#234;me de ce qu'il est &#233;quitable et judicieux de faire dans telles ou telles circonstances &#187;. Et elle ajoute : &#171; un esprit occidental ne manque pas de s'&#233;tonner de cette absence de crit&#232;res absolus, de valeurs abstraites, dans la &#8216;philosophie' de Confucius. Mais ce qui en fait l'originalit&#233;, c'est pr&#233;cis&#233;ment cette intuition que le crit&#232;re du Juste change avec le temps et les circonstances. &#187; Au niveau politique, le souverain doit s'imposer par la bienveillance et non par la force : la notion-clef est l'harmonie plus que le pouvoir et surtout la contrainte. Il n'y a par ailleurs pas de r&#233;f&#233;rence proprement religieuse &#224; la morale, mais des r&#233;f&#233;rences historiques. En Chine le Ciel ne parle pas : c'est l'histoire qui d&#233;gage le sens des choses, et ce sens est moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est en outre pas une morale abstraite : c'est une morale enracin&#233;e dans des situations concr&#232;tes, et notamment dans un tissu de relations sociales qui commence par la famille et se r&#233;gule par ces &#8216;rites'. Si on se met soi-m&#234;me en ordre (moralement et en termes de sagesse) on rayonne sur sa famille, qui se met en ordre, puis de proche en proche la soci&#233;t&#233;, et enfin le monde et la nature. Mais en m&#234;me temps, cet ordre est en harmonie avec celui de l'univers par la m&#233;diation du pouvoir politique, au centre duquel est l'Empereur, Fils du Ciel, dont la m&#234;me harmonie int&#233;rieure est requise pour obtenir celle de l'ensemble. Le principe d'harmonie universelle li r&#233;git cela, un peu comme le droit naturel en Occident ; mais &#224; nouveau, la voie normale pour l'atteindre, plus que la raison, est le d&#233;veloppement du soi. Mais comme on le voit cela retrouve aussi certains points essentiels de la tradition occidentale classique (les vertus au sens aristot&#233;licien comme dispositions personnelles cultiv&#233;es).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un avantage de ces &#8216;rites', m&#234;me aujourd'hui, est d'impliquer ensemble des personnes de statut social diff&#233;rent. C'est ce qui explique qu'on ait en Asie une plus grande &#233;galit&#233; entre les personnes, en m&#234;me temps que ce souci des rites ; en effet, traditionnellement les puissants ne s'affirment normalement pas d'abord par la richesse ou le pouvoir. Et cela vaut notamment pour les relations entre professeurs et &#233;tudiants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est int&#233;ressant de voir comment le syst&#232;me occidental peut &#234;tre per&#231;u &#224; partir de l&#224;. Daniel A. Bell nous propose une critique int&#233;ressante de la pens&#233;e occidentale, du point de vue d'un confucianisme moderne. L'id&#233;e traditionnelle en Chine est selon lui qu'il faut &#233;tudier jusqu'&#224; 40 ans et plus, et ne commencer &#224; examiner le monde de fa&#231;on critique qu'apr&#232;s. En d&#233;veloppant trop t&#244;t l'esprit critique, on risque de d&#233;boucher sur une forme de relativisme. La m&#233;thode socratique ne va d&#232;s lors pas de soi, car elle favorise trop cet examen critique - Socrate avait d'ailleurs n&#233;glig&#233; sa famille. A l'id&#233;e d'un d&#233;veloppement de l'esprit critique chez les &#233;tudiants, suppos&#233;s penser par eux-m&#234;mes d&#232;s que possible, s'oppose le d&#233;veloppement de la capacit&#233; empathique &#224; comprendre les sentiments et le v&#233;cu des autres : il ne s'agit pas de gagner dans des d&#233;bats, mais de gagner les c&#339;urs, en comprenant ce que les autres vivent, en se souciant d'eux. Il faut donc &#234;tre r&#233;serv&#233; dans l'expression de ses critiques ; ce qui compte est le comportement effectif ult&#233;rieur : l'harmonie (mais id&#233;alement pas la conformit&#233;). Dit autrement, on ne peut critiquer efficacement que quand on a gagn&#233; la confiance. Il faut notamment se mettre en cause soi-m&#234;me avant de critiquer les autres, sinon on suscite hostilit&#233; et agression, et on d&#233;t&#233;riore les relations. La r&#233;ticente occidentale face aux campagnes moralisantes men&#233;es par l'Etat en Asie s'oppose, dit Bell, &#224; la recherche l&#224;-bas de tout ce qui va dans le sens de l'am&#233;lioration de soi, qui fait consid&#233;rer ces campagnes comme bienvenues.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On note par ailleurs la conception de l'universit&#233; comme formant des &#233;lites, &#224; pr&#233;parer comme telles. Le professeur est vu comme une autorit&#233; intellectuelle, aussi neutre que possible, mais donnant un exemple de sagesse et de vertu morale. Ce qui suppose que les professeurs soient juges du caract&#232;re moral des &#233;l&#232;ves et qu'on exige plus de vertu morale d'eux que des autres professions.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme en politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans cette conception, chacun a le devoir d'&#234;tre ce qu'il est dans la soci&#233;t&#233; ; plus que la subsidiarit&#233;, ce qui appara&#238;t est une forme de hi&#233;rarchie des r&#244;les. Au niveau politique, on doit gouverner pour le peuple, mais on sait que de toute fa&#231;on c'est une minorit&#233; qui gouverne ; ce qui importe est d'inculquer chez les dirigeants une forme d'humilit&#233; et le souci du peuple. Confucius consid&#232;re que le peuple est limit&#233; dans sa capacit&#233;, notamment parce qu'il n'a eu aucun acc&#232;s &#224; une formation ; mais il est d'autant plus important que les dirigeants s'occupent de lui ; et il doit y avoir r&#233;ciprocit&#233; entre sujet et souverain, m&#234;me si elle est in&#233;galitaire. Certes Mencius justifiait le meurtre du tyran, celui qui ne respecte pas les r&#232;gles morales et notamment les devoirs de son r&#244;le ; mais la tradition chinoise dominante n'a pas retenu cette id&#233;e, et plut&#244;t celle que l'empereur est l&#224; au service du peuple. Le confucianisme effectif est un gouvernement pour le peuple plus qu'un gouvernement du peuple. Dans un tel contexte, les &#8216;citoyens' peuvent attendre beaucoup de choses de l'Etat et notamment une aide n&#233;cessaire pour &#234;tre en s&#233;curit&#233;, nourris et prot&#233;g&#233;s ; une administration juste des affaires ; le r&#232;gne de la vertu par l'exemple ; un droit de remontrance filial ; et un certaine degr&#233; de bonheur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; ce qu'on tend &#224; penser en Occident, l'importance de la dimension sociale et communautaire ne d&#233;bouche donc pas sur le pur r&#232;gne de la loi, tout au contraire, mais sur le sens que chacun doit avoir de la conduite appropri&#233;e, qui fait &#233;viter comme honteuses les erreurs de conduites. Le confucianisme donne, &#224; sa fa&#231;on, une grande responsabilit&#233; &#224; la personne dans l'ordonnancement politique, puisque l'id&#233;al est un gouvernement de la vertu qui inculque l'int&#233;riorisation des r&#233;f&#233;rences morales par l'exemple. Cet accent mis sur la culture du soi moral int&#233;rieur est critiqu&#233; comme na&#239;f par les Occidentaux, surtout dans la vie politique. Mais pour les Chinois ce sont les Occidentaux qui sont na&#239;fs en croyant qu'on peut faire vivre une soci&#233;t&#233; sur la base de vues h&#233;t&#233;roclites g&#233;r&#233;es par des r&#232;gles du jeu et de la technique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste que dans la pratique, comme le montre l'histoire chinoise, la tentation du gouvernement autoritaire par la &#171; loi &#187; (la tradition de ce qu'on appelle dans ce contexte les &#8216;l&#233;gistes', c'est-&#224;-dire un r&#233;gime fond&#233; sur une r&#233;glementation stricte et sans exception, appuy&#233;e sur la force) a &#233;t&#233; constante. La premi&#232;re et la plus importante a &#233;t&#233; la construction imp&#233;riale. R&#233;alis&#233;e &#224; l'origine par les Qin (deux si&#232;cles avant JC) sur la base des principes l&#233;gistes appliqu&#233;s de fa&#231;on particuli&#232;rement brutale, le r&#233;gime a ensuite et tr&#232;s t&#244;t (avec les Han), fait sienne la doctrine confuc&#233;enne, plus ou moins rigidifi&#233;e, mais en gardant dans la pratique une bonne part de l'h&#233;ritage des &#8216;l&#233;gistes'. Les textes confuc&#233;ens, tr&#232;s humanistes, se sont transform&#233;s en textes sacr&#233;s. D'o&#249; un m&#233;lange &#233;tonnant, mais qui a dur&#233; plus de 20 si&#232;cles. Ce mode de fonctionnement imp&#233;rial est en Chine le seul mod&#232;le politique h&#233;rit&#233; et pr&#233;sent &#224; l'esprit de tous. Il est fond&#233; dans les comportements non pas sur la d&#233;lib&#233;ration, mais sur l'influence et la captation de la bienveillance du souverain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a vu, le mod&#232;le politique confuc&#233;en est celui de la famille ; &#224; l'autre bout de la soci&#233;t&#233;, l'autorit&#233; du souverain est celle du p&#232;re. On pourrait croire que cela &#233;limine tout espace entre ces deux p&#244;les. Mais en pratique un tel espace existe. Certes traditionnellement on estime que les associations n'ont de sens que si elles aident &#224; l'accomplissement des autres devoirs, &#224; dominante familiale ; mais cela mine le principe de l'association volontaire plus que sa pratique. Il y a eu en fait de nombreuses associations en Chine et depuis longtemps, et c'est ce qui ressemble le plus &#224; une soci&#233;t&#233; civile &#224; l'occidentale. Cela dit, contrairement &#224; l'Occident, l'espace qui leur &#233;tait laiss&#233; par l'Etat &#233;tait en principe contingent et r&#233;vocable, et la relation entre Etat et soci&#233;t&#233; civile fondamentalement d&#233;s&#233;quilibr&#233;e (elle le reste plus que jamais aujourd'hui). Une soci&#233;t&#233; civile v&#233;ritable suppose la reconnaissance d'une sph&#232;re priv&#233;e pleinement justifi&#233;e par elle-m&#234;me. Mais la place de la soci&#233;t&#233; civile chinoise reste &#224; la fois importante, pr&#233;caire et pas clarifi&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps d'autres souplesses apparaissent. Par exemple, la famille est &#224; extension variable selon le sens qu'on veut lui donner (du concept le plus &#233;troit au cercle le plus large). En fait les corps interm&#233;diaires ne sont pas vus comme des rameaux, &#233;ventuellement r&#233;unis entre eux, &#224; l'occidentale, mais comme des r&#233;alit&#233;s fluides et en interp&#233;n&#233;tration. Ils ne sont en outre pas compl&#232;tement s&#233;par&#233;s du gouvernement : soit pour le relayer, y compris dans des affaires &#8216;priv&#233;es' ; soit en sens inverse pour influencer la sph&#232;re politique (r&#244;le de la famille dans la vie politique et des affaires). En r&#233;sum&#233;, le confucianisme, et donc la tradition chinoise, ne contient pas une justification claire de l'autonomie des corps interm&#233;diaires, et il fait appel &#224; des arguments pragmatistes pour les appr&#233;cier ou arbitrer dans la pratique. Mais &#224; partir de la famille il leur fait une certaine place, quoique jamais compl&#232;tement autonome par rapport &#224; l'Etat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons enfin que contrairement &#224; ce qu'on pourrait penser, une certaine forme d'universalisme est possible sur ces bases. La notion de famille, qui est le mod&#232;le pour les autres relations sociales, est extensible selon les circonstances. Par application du ren, m&#234;me si on n'a pas de famille, on peut se cr&#233;er un lien avec les autres, en se souciant de leurs besoins. A la limite, cela peut int&#233;grer toute l'humanit&#233;, sous le double angle de la pi&#233;t&#233; filiale et de la fraternit&#233;. Sur le plan politique, la notion de fronti&#232;re n'est d&#232;s lors pas essentielle ; ce qu'on vise peut inclure tout ce qui est sous le ciel. On pense alors humanit&#233; plus que nation. Cela ne veut pas dire &#233;galit&#233; et cohabitation des cultures et nations ; il y a tr&#232;s clairement une culture sup&#233;rieure (chinoise) et elle doit se r&#233;pandre chez les barbares. Mais ce n'est pas non plus un imp&#233;rialisme, car elle ne recommande normalement pas l'usage de la force. Cela dit, Mencius para&#238;t justifier une forme d'interventionnisme ext&#233;rieur lorsque la population d'un autre pays souffre d'une tyrannie et appelle une intervention ext&#233;rieure pour en &#234;tre d&#233;livr&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous verrons dans une deuxi&#232;me article les conclusions qu'on peut essayer de tirer de cette pens&#233;e originale et puissante, pour la p&#233;riode actuelle et l'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Confucianisme et soci&#233;t&#233; moderne (deuxi&#232;me partie) </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Confucianisme-et-societe-moderne-deuxieme-partie.html</link>
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		<dc:date>2021-12-14T09:41:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Chine</dc:subject>
		<dc:subject>Confucianisme</dc:subject>
		<dc:subject>Chine et d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le confucianisme a impr&#233;gn&#233; toutes les soci&#233;t&#233;s d'Extr&#234;me-Orient, et explique par-l&#224; bien de leurs caract&#233;ristiques. Il conna&#238;t actuellement un regain en Chine, tant au niveau populaire que par r&#233;cup&#233;ration (plus ou moins abusive) dans la propagande du r&#233;gime ; ainsi que dans le champ intellectuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela justifie de se pencher avec attention sur ses messages. Et cela d'autant plus que dans la comp&#233;tition mondiale des r&#233;gimes politiques, il peut avoir une influence d&#233;cisive sur ce qui parait pouvoir &#234;tre la puissance dominant le monde de demain &#8211; la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose deux articles , le premier portant sur l'h&#233;ritage de la pens&#233;e confuc&#233;enne, le second sur sa pertinence actuelle, notamment dans le champ politique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme aujourd'hui&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Chine-et-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Chine et d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Deuxi&#232;me article : le confucianisme et l'avenir&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons vu dans un pr&#233;c&#233;dent article les principes de base du confucianisme. Voyons ce qu'il peut signifier aujourd'hui, sur la base de ce que nous disent les principaux auteurs n&#233;oconfuc&#233;ens actuels. &lt;br class='autobr' /&gt;
Le confucianisme face &#224; la soci&#233;t&#233; actuelle&lt;br class='autobr' /&gt;
Il va de soi que les soci&#233;t&#233;s asiatiques actuelles sont tr&#232;s &#233;loign&#233;es du mod&#232;le initial. L'influence des conceptions occidentales d'un c&#244;t&#233;, les &#233;volutions sociales et &#233;conomiques de l'autre, ont favoris&#233; l'individualisme &#8211; outre l'effondrement de la natalit&#233; partout, fruit indirect et paradoxal du souci de l'&#233;ducation. La vision confuc&#233;enne est tr&#232;s d&#233;cal&#233;e par rapport aux m&#233;tropoles d'aujourd'hui, fragment&#233;es, individualistes et globalis&#233;es, avec la culture de masse, la mobilit&#233; sociale, et les m&#233;dia. La culture que demande le confucianisme n'est pas facile &#224; d&#233;velopper dans ce contexte. Rappelons cependant que les traces de la tradition confuc&#233;enne restent consid&#233;rables. Le souci du consensus social reste fort. La discussion ne peut &#234;tre totalement libre car il y a les r&#232;gles morales et de d&#233;cence. M&#234;me &#224; Taiwan, le plus pays peut-&#234;tre libre et le plus ouvert de la zone, on cultive le consensus et on limite le pluralisme moral. Par exemple, les lois obligent les enfants &#224; s'occuper de leurs parents &#226;g&#233;s ; on r&#233;prime la pornographie et le journalisme &#224; sensation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, on l'a vu, le confuc&#233;en tend &#224; voir les d&#233;saccords &#233;thiques comme quelque chose de regrettable : comme un manque d'information ou de formation. De m&#234;me au niveau collectif : le gouvernement des sages doit autant que possible &#233;liminer les d&#233;saccords. D'o&#249; le d&#233;fi pos&#233; par le pluralisme moderne : parce qu'il y a d&#233;saccord sur ce qu'est la vie bonne ; parce que le pouvoir risque d'imposer de fa&#231;on paternaliste ou moraliste ses vues ; parce qu'il y a risque permanent d'autoritarisme. D'autant que le confucianisme n'a pas la notion d'autonomie personnelle pour &#233;quilibrer, et que sa conception du bien est probl&#233;matique dans nos soci&#233;t&#233;s. Il reste que dans la perspective confuc&#233;enne une souplesse existe ; on peut avoir une pluralit&#233; ou m&#234;me des contradictions entre jugements moraux, notamment selon la grande vari&#233;t&#233; des circonstances. D'o&#249; l'importance du discernement, de la flexibilit&#233;, et du sens du temps appropri&#233;. Et on peut avoir des conclusions diff&#233;rentes selon les personnes, toutes deux respectables. De m&#234;me pour les rites, qui doivent &#234;tre eux aussi appropri&#233;s, et peuvent &#233;voluer dans le temps. En revanche s'agissant de d&#233;saccords de fond, il ne peut y avoir de d&#233;saccord raisonnable. Dans un tel cas, deux solutions : soit viser la perfection et intervenir, soit pr&#233;f&#233;rer la non-coercition. L'influence de la tradition l&#233;giste pousse alors au premier terme, alors que le deuxi&#232;me est plus confuc&#233;en.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne, on l'a vu, les relations humaines sont largement non instrumentales et la communication se r&#233;f&#232;re &#224; un d&#233;p&#244;t de discours communs partag&#233;s ; on a vu la recherche de l'harmonie et de la r&#233;conciliation. On per&#231;oit d&#232;s lors les choses autrement que dans l'individualisme dominant, avec son &#233;galit&#233; quantitative, son syst&#232;me &#233;conomique ne valorisant que le m&#233;rite mesurable, son &#8216;progr&#232;s' social mesur&#233; par des r&#232;gles formelles, et une insistance sur les droits individuels au d&#233;triment des responsabilit&#233;s sociales. Sur le plan de la loi et des coutumes, le point central pour le confuc&#233;en est de savoir comment cultiver des habitudes socialement productives. Dans ce syst&#232;me, il n'y a pas antagonisme oblig&#233; entre dirigeants et dirig&#233;s, ni pluralit&#233; de conceptions individuelles de la bonne vie ; la loi est un simple compl&#233;ment bureaucratique aux m&#339;urs, qui sont l'essentiel. Den outre, dans cette conception on ne peut construire une communaut&#233; sur la base d'une &#233;galit&#233; simple : chaque r&#244;le et fonction doit &#234;tre reconnu. Cela dit, chacun sait m&#234;me en Occident que des biens communs essentiels comme la famille, le m&#233;rite acad&#233;mique ou les associations sont des institutions non &#233;galitaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de droits n'a pas naturellement sa place dans un tel contexte : ils sont donn&#233;s par la soci&#233;t&#233; et doivent &#234;tre d&#233;velopp&#233;s par l'&#233;ducation ; le recours &#224; la loi est jug&#233; n&#233;gatif car destructeur des rapports sociaux. On tend &#224; privil&#233;gier l'harmonisation des int&#233;r&#234;ts par rapport &#224; la pure d&#233;fense de droits individuels. Il faut d&#233;velopper alors les m&#233;canismes non l&#233;gaux : les pratiques et les valeurs importent plus que les droits. Le r&#244;le du langage et de la culture est ici essentiel. Pour nos auteurs, un des enjeux essentiels est l'enchantement du monde social : la culture est &#8216;enchant&#233;e' en cela qu'elle op&#232;re en nous avant tout niveau conscient. La s&#233;cularisation ou d&#233;mystification aboutit en revanche &#224; son d&#233;senchantement, d'o&#249; un monde post-culturel. Or l'art et l'exp&#233;rience esth&#233;tique sont essentiels pour toute soci&#233;t&#233;. Or une soci&#233;t&#233; confuc&#233;enne compl&#232;tement rationalis&#233;e est difficile &#224; imaginer. Si donc la d&#233;mocratie suppose le d&#233;senchantement, elle ne peut &#234;tre confuc&#233;enne. Comment alors s'inspirer du confucianisme ? A nouveau, les rites sont des moyens d'enchanter les choses. Ils sont bas&#233;s sur les personnes, leurs relations mutuelles, le moment et le lieu ; c'est une identit&#233; en action, qui vaut &#224; tout moment et pour tous les gestes de la vie, m&#234;me priv&#233;s, et elle est familiale : c'est de la famille que tout rayonne, et non d'une transcendance religieuse. Nos auteurs d&#233;duisent de ceci que si la d&#233;mocratie se d&#233;veloppe en Chine, elle doit le faire sur la base de pratiques culturelles et de mouvements venant naturellement de la base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit le dilemme n'est pas simple &#224; r&#233;soudre. Il faut reconna&#238;tre que partout en Asie les syst&#232;mes traditionnels confuc&#233;ens d'&#233;ducation ont disparu ou disparaissent, notamment les classiques, et sont remplac&#233;s par d'autres plus modernes. Par ailleurs, l'importance de l'&#233;ducation morale &#233;tait encore fortement soulign&#233;e dans les manuels r&#233;cents, mais cela &#233;volue. En revanche, les m&#233;dias y promeuvent une image d'uniformit&#233; individualiste, qui se veut lib&#233;r&#233;e et en r&#233;alit&#233; remplace un mod&#232;le par un autre. Ce mod&#232;le, r&#233;pandu partout, influence tout le monde ; mais il n'a pas &#233;t&#233; con&#231;u pour fournir une r&#233;f&#233;rence commune. La d&#233;mocratie supposerait un sentiment d'appartenance, mais elle ne diffuse pas une culture qui fournisse cette r&#233;f&#233;rence. La combinaison entre les deux est donc difficile : qui dit d&#233;mocratie dit lib&#233;ralisme, individualisme ; cela ne se relie pas avec les valeurs confuc&#233;ennes. Les enseignants cor&#233;ens disaient que ces derni&#232;res valent dans la sph&#232;re familiale, mais pas dans celle publique, o&#249; pr&#233;vaut la d&#233;mocratie. Mais cette dichotomie ne s'est av&#233;r&#233;e pas durable.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Perspectives du confucianisme politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un recueil collectif r&#233;cent (&lt;i&gt;Confucianism for the Modern World&lt;/i&gt;), les auteurs proposent l'id&#233;e de d&#233;mocratie personnaliste, dans laquelle le sens du groupe, de la consultation mutuelle, de la d&#233;cision collective per&#231;ue comme plus s&#251;re que la d&#233;cision individuelle, permet d'&#233;viter les ph&#233;nom&#232;nes d'exclusion caract&#233;ristiques de nos d&#233;mocraties. Certains &#233;l&#233;ments import&#233;s avec la d&#233;mocratie occidentale leur posent probl&#232;me : ainsi la relativisation des &#8216;rites' au profit du formalisme juridique ; ou l'insistance sur le droit au d&#233;triment de la responsabilit&#233; sociale. Pour r&#233;soudre les disputes, la m&#233;diation &#233;tait le moyen pr&#233;f&#233;r&#233; dans la Chine traditionnelle, plus que la poursuite en justice ; celle-ci est vue comme socialement n&#233;gative, et &#233;go&#239;ste. On vise avant tout la r&#233;conciliation, l'harmonie. Dans cette optique, le sens de la communaut&#233; est absent des Lumi&#232;res ; il n'y a pas de &#8216;fraternit&#233;'. Il faut au contraire remplacer l'int&#233;r&#234;t de l'individu par la r&#232;gle d'or, le souci du commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e occidentale de constitution, disent-ils, m&#233;lange deux concepts contradictoires : une confiance dans le peuple pour gouverner, mais une m&#233;fiance envers le pouvoir de la majorit&#233;. L'id&#233;e est en tout cas de restreindre le pouvoir gouvernemental. Or pour le confuc&#233;en ce qui est le plus important est la culture des citoyens, l'harmonie entre leurs dispositions int&#233;rieures et l'ordonnancement public. Mais nos auteurs admettent que ce peut &#234;tre une m&#233;thode commode pour un gouvernement autoritaire : il faut donc le combiner avec le constitutionnalisme occidental, et admettre que le confucianisme est &#233;volutif.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En Chine la politique est d'abord l'art d'obtenir une harmonie politique &#8211; et pas le pluralisme occidental comme tel, avec une proc&#233;dure pour d&#233;cider. L'id&#233;e est plut&#244;t que les int&#233;r&#234;ts doivent pouvoir se concilier. On insiste sur la flexibilit&#233; et non les dogmes, la pratique plus que la th&#233;orie. On s&#233;duit et manipule plus qu'on n'en appelle &#224; des principes g&#233;n&#233;raux. Ou alors c'est la violence (celle des &#8216;l&#233;gistes'). On insiste donc sur l'agent unificateur, le dirigeant. D'o&#249; l'importance donn&#233;e au langage et &#224; la formulation correcte de la politique suivie. Car l'accent est mis sur la dimension performative du langage ; la langue est une pratique sociale. Et peu d'importance est donn&#233;e au choix moral autonome.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour nos auteurs, il faut &#224; la fois des droits et des rites ; ils sont compl&#233;mentaires. Si on insiste trop sur les rites comme les confuc&#233;ens, on menace la libert&#233; de pens&#233;e ; les rites soutiennent une hi&#233;rarchie et assurent la solidarit&#233; de la soci&#233;t&#233;. En Chine on tend &#224; voir les droits comme de simples int&#233;r&#234;ts, et non comme des principes moraux. Mais selon Tu Weiming le confucianisme repens&#233; peut aider &#224; inscrire les droits dans le langage commun de l'humanit&#233;, car il permet leur enracinement dans la culture locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question de l'&#233;galit&#233; est une autre divergence majeure avec l'Occident. C&#244;t&#233; dirigeants, il faut transparence et acceptation de la responsabilit&#233; (&lt;i&gt;accountability&lt;/i&gt;) envers tous ; mais pour que des dirigeants soient responsables, il faut qu'ils soient disciplin&#233;s. Or paradoxalement, avec la d&#233;mocratie moderne, les dirigeants sont plac&#233;s plus hauts que des monarques : on trouve en effet &#233;trange l'id&#233;e de les sermonner sur le plan moral. Comme le d&#233;veloppe Tongdong Bai notamment dans son livre au titre &#233;vocateur &lt;i&gt;Against Political Equality&lt;/i&gt;, les premiers confuc&#233;ens ont tr&#232;s t&#244;t per&#231;u que les masses n'avaient pas la capacit&#233; n&#233;cessaire &#224; prendre des d&#233;cisions politiques saines. Mais en m&#234;me temps l'Etat, dit Mencius, est l&#224; au service du peuple. Il semble donc que le peuple a la capacit&#233; de juger s'il est satisfait ou non du gouvernement, mais pas de d&#233;cider ce qui peut le satisfaire : appr&#233;cier et non d&#233;cider. Il ajoute que le principe &#171; une personne, un vote &#187; cr&#233;e un sentiment anti-&#233;lite st&#233;rile, et surtout ne tient pas compte de ceux qui ne votent pas : les futures g&#233;n&#233;rations, les &#233;trangers, etc. Les int&#233;r&#234;ts de ceux qui parlent haut et fort l'emportent sur ceux des autres. Par ailleurs, les questions complexes d'aujourd'hui d&#233;passent totalement la comp&#233;tence de la plupart des gens. En outre dit-il, aujourd'hui se tenir inform&#233; est presque impossible ; et beaucoup de gens peuvent l&#233;gitimement pr&#233;f&#233;rer d'autres centres d'int&#233;r&#234;t plus personnels que la vie politique. Cela d&#233;bouche sur une id&#233;e de r&#233;gime politique hybride : on cherchera &#224; r&#233;duire l'influence des citoyens incomp&#233;tents, mais on exigera des gouvernants le souci du bien commun, car leur statut repose sur le fait de servir le peuple.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le confucianisme actuel dans la pratique en Chine&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans un livre relativement r&#233;cent (&lt;i&gt;Le Sage et le peuple - Le renouveau confuc&#233;en en Chine&lt;/i&gt;), S&#233;bastien Billioud et Jo&#235;l Thoraval analysent le confucianisme dans la Chine actuelle, et notent une multiplicit&#233; de niveaux : le niveau populaire spontan&#233;, qui y voit une r&#232;gle de vie ou un mod&#232;le &#233;ducatif ; le niveau officiel, qui y voit un rappel de la tradition nationale chinoise, combin&#233; &#224; un appel &#224; la moralit&#233; et au respect de l'autorit&#233; ; l'un et l'autre s'ajoutant enfin au confucianisme des intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais c'est avec le niveau officiel que le rapport est le plus ambigu. Dans la Chine actuelle, on cite &#224; l'occasion Confucius, et on organise des manifestations en son honneur (ou les laisse se produire). Mais deux caract&#233;ristiques du r&#233;gime sont l'id&#233;ologisation (en th&#233;orie, marxiste) et la marchandisation de la culture. D'o&#249; la contradiction performative des manifestations officielles : c'est en pratique un Confucius sans confucianisme ; il n'y a pas d'int&#233;riorisation, mais une rationalisation instrumentale. Cela ressemble d'ailleurs surtout &#224; des meetings politiques mao&#239;stes, avec une allure martiale et une population h&#233;t&#233;roclite. Or le mao&#239;sme tient bien plus des &#8216;l&#233;gistes', d'ailleurs admir&#233;s par Mao, que de Confucius, qu'il a combattu &#233;nergiquement. S'il y a donc bien une sorte d'approbation publique de Confucius dans le discours officiel chinois actuel, contrastant avec la critique de la d&#233;mocratie lib&#233;rale dans ce m&#234;me discours, les confuc&#233;ens, int&#233;rieurs ou ext&#233;rieurs, sont eux assez critiques du gouvernement chinois, celui de Mao &#233;videmment, mais aussi le r&#233;gime actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela contraste fortement avec la position bien plus forte du confucianisme &#224; Taiwan : son rayonnement relatif s'y appuie sur des organisations religieuses autonomes, pluralistes et &#339;cum&#233;niques. A P&#233;kin il y a une volont&#233; de contr&#244;le id&#233;ologique, d'o&#249; une diffusion restreinte et trop format&#233;e de l'h&#233;ritage culturel.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;S'agissant du confucianisme proprement dit, la question de l'avenir reste ouverte. Un retour &#224; une soci&#233;t&#233; pleinement confuc&#233;enne reste &#233;videmment improbable. Mais trois points m&#233;ritent une attention particuli&#232;re, compte tenu de l'importance de l'Asie et notamment de la Chine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est de garder en m&#233;moire l'arri&#232;re-plan d'impr&#233;gnation confuc&#233;enne dans toutes ces cultures, qui explique bien des comportements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me est la le&#231;on qu'on peut tirer pour nous d'une tradition de pens&#233;e qui pr&#233;sente de fortes affinit&#233;s avec la pens&#233;e classique occidentale, malgr&#233; ses limites et des diff&#233;rences &#233;videntes. Notamment dans son souci de la communaut&#233;, du bien commun, et de la morale sociale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est d'aider &#224; penser l'exp&#233;rience politique chinoise actuelle, notamment avec Xi Jinping, qui hybride le mao&#239;sme et la tradition des &#8216;l&#233;gistes' avec des &#233;l&#233;ments de confucianisme (au moins au niveau verbal), et se pr&#233;sente comme une alternative &#224; la d&#233;mocratie occidentale : gouvernement d'une &#233;lite issue du peuple, mais pr&#233;tendant &#339;uvrer pour le peuple, en pratique d'une main de fer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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