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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les &#8216;communs' : une alternative au march&#233; et &#224; l'Etat ? </title>
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		<dc:date>2020-04-01T15:22:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>L'entreprise et ses propri&#233;taires</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Les Communs</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un th&#232;me a &#233;merg&#233; r&#233;cemment, qui peut appara&#238;tre comme une alternative communautaire au march&#233; et &#224; l'Etat, les &#8216;communs'. La notion est populaire dans certains milieux, qui imaginent une solution magique permettant d'&#233;chapper au march&#233; et &#224; l'Etat. Encore faut-il bien voir de quoi on parle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Les-Communs-+.html" rel="tag"&gt;Les Communs&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un th&#232;me a &#233;merg&#233; r&#233;cemment, qui peut appara&#238;tre comme une alternative communautaire au march&#233; et &#224; l'Etat, les &#8216;communs'. La notion est populaire dans certains milieux, qui imaginent une solution magique permettant d'&#233;chapper au march&#233; et &#224; l'Etat. Encore faut-il bien voir de quoi on parle. Au sens propre, utilis&#233; par les &#233;conomistes, ce sont ces biens, collectifs dans leur propri&#233;t&#233; mais en g&#233;n&#233;ral consomm&#233;s individuellement, que le march&#233; ne sait pas traiter, comme par exemple un p&#226;turage, des bois ou des zones de p&#234;che. La vie rurale traditionnelle y avait amplement recours. Mais cela suppose une vraie organisation. Les &#233;conomistes parlent en effet de la &#171; trag&#233;die des communs &#187;, qui vient du fait qu'ils ne sont pas propri&#233;t&#233; de quelqu'un en particulier, mais accessibles &#224; tous, avec le risque que chacun se d&#233;p&#234;che de prendre ce qu'il peut avant l'&#233;puisement de la ressource par les autres. Ainsi avec les oc&#233;ans aujourd'hui. L'exp&#233;rience montre que, quand elle fonctionne, la prise en charge par la communaut&#233; concern&#233;e est la meilleure r&#233;ponse possible mais avec une gestion sp&#233;cifique &#224; ces &#8216;communs', collectivement assum&#233;e. L'autorit&#233; publique n'intervient pas directement, mais veille &#224; ce que les bonnes r&#232;gles soient en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elinor Ostrom , prix Nobel d'&#233;conomie, a &#233;crit le livre de r&#233;f&#233;rence sur les communs &#8216;classiques' : Governing the Commons (The Evolution of Institutions for Collective Action). Dans tous les cas qu'elle analyse, un ressource est limit&#233;e, mais renouvelable, et un acc&#232;s libre de tous conduirait &#224; cette &#8216;trag&#233;die des communs'. Elle montre en d&#233;tails sur la base de cas r&#233;els (traditionnels ou plus r&#233;cents) la possibilit&#233; de modes de gestion collectifs efficaces, respectueux de l'environnement, qui ne sont ni fond&#233;s sur le march&#233;, ni r&#233;gis par une autorit&#233;. Mais elle souligne en m&#234;me temps la difficult&#233; pour les mettre en place et les faire fonctionner, et leur vuln&#233;rabilit&#233;. Ce mod&#232;le d'interaction non lib&#233;ral suppose en effet une prise en charge commune consciente, avec souvent une perspective interg&#233;n&#233;rationnelle. On d&#233;finit en particulier avec pr&#233;cision qui a acc&#232;s &#224; quoi, quand, comment, et pour en tirer quoi, le tout g&#233;r&#233; par la communaut&#233; et surtout surveill&#233; par elle, c'est-&#224;-dire par chacun des membres. Il y a d&#232;s lors, dit-elle, une certaine taille de la communaut&#233; au-dessus de laquelle les communs ne marchent plus. Une autre condition importante de succ&#232;s est le soutien ou au moins l'absence d'interf&#233;rence des autorit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La tentation est grande d'extrapoler ces exemples sympathiques &#224; d'autres domaines, estimant que le raisonnement sur les &#8216;communs' peut s'&#233;tendre largement dans l'&#233;conomie. Certains consid&#232;rent par exemple que la monnaie est un de ces &#8216;communs' et doit &#234;tre g&#233;r&#233;e comme telle. Mais cela va contre l'analyse d'Ostrom dont ils se r&#233;clament. En r&#233;alit&#233;, une bonne monnaie est certes une part essentielle du bien commun, mais ce n'est pas un &#8216;commun' au sens propre : elle est appropri&#233;e privativement sans inconv&#233;nient ; elle n'est pas &#233;puisable comme un banc de p&#234;che ou la puret&#233; de l'air, car une fois cr&#233;&#233;e, l'usage ne la consomme pas et la quantit&#233; disponible subsiste ; et inversement, chacun n'a pas acc&#232;s &#224; sa cr&#233;ation : elle est contr&#244;l&#233;e, mais n'a pas de limite intrins&#232;que. La question &#224; son sujet est plut&#244;t : comment en cr&#233;er la quantit&#233; ad&#233;quate et la distribuer au mieux dans l'&#233;conomie ? Je ne m'y &#233;tendrai pas, mais on ne voit pas &#224; ce stade comment l'assurer autrement que par le march&#233; ou l'Etat, ou plut&#244;t une combinaison des deux. Le m&#233;canisme actuel (cr&#233;ation bancaire, sous contr&#244;le &#233;troit de la banque centrale) est d&#233;centralis&#233; et c'est sans doute le moins mauvais car il refl&#232;te les besoins de l'&#233;conomie - s'il est bien g&#233;r&#233; bien s&#251;r, ce dont on peut d&#233;battre pour la situation actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on analogue, on ne peut pas consid&#233;rer comme &#8216;communs' les organisations ou entit&#233;s poss&#233;d&#233;es et g&#233;r&#233;es de fa&#231;on collective, mais dont la nature est priv&#233;e, comme toutes les formes de mutuelles et coop&#233;ratives ; encore moins les &#8216;entreprises publiques'. Dans tous ces cas, la propri&#233;t&#233; et de la gouvernance sont organis&#233;es diff&#233;remment de celles des entit&#233;s priv&#233;es, mais il y a une appropriation priv&#233;e m&#234;me si elle est collective, et l'activit&#233; concern&#233;e elle-m&#234;me ne pose pas de probl&#232;mes &#233;conomiques distincts de ceux de l'activit&#233; priv&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de ces cas, on parle de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale de &#8216;biens publics', pour d&#233;signer des biens qui servent &#224; toute la communaut&#233; et dont chacun profite, en g&#233;n&#233;ral gratuitement, mais qui ne sont pas produits par le march&#233; (quoique souvent n&#233;cessaires &#224; celui-ci). Ils font &#233;minemment partie de ce qu'on appelle &#8216;bien commun', m&#234;me si ce dernier est plus large. Cela peut aller d'institutions ou d'usages communs, par exemple le droit, la moralit&#233; ambiante, la paix publique etc., &#224; des &#233;l&#233;ments plus mat&#233;riels comme la plupart des biens environnementaux (ozone, climat, puret&#233; de l'air ou de l'eau etc.). Le risque avec ces derniers est un usage excessif, comme pour les &#8216;communs' au sens pr&#233;c&#233;dent, mais dans ces cas il n'est en g&#233;n&#233;ral pas possible de les r&#233;guler comme ces derniers au niveau de la communaut&#233; locale. Le risque avec les premiers est souvent inverse : qu'ils ne soient pas assez pr&#233;sents parce que la population ne s'en soucie pas assez ou mal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est clair que lorsqu'on a affaire &#224; de tels biens publics, une gestion purement priv&#233;e ne suffit pas. En effet l'avantage que chacun en retire suppose la participation de tous, mais il n'y a pas de lien direct entre ce que chacun donne et ce qu'il re&#231;oit. En g&#233;n&#233;ral cela suppose un consensus et des valeurs communes, ainsi que des institutions publiques et des politiques, et une bonne articulation entre eux. Cela dit, s'il y a intervention d'une forme d'autorit&#233;, ce n'est pas n&#233;cessairement la puissance publique seule ou en direct, tant s'en faut : ce peut &#234;tre des structures priv&#233;es de type professionnel, coop&#233;ratif ou analogues. En tout cas il est en g&#233;n&#233;ral essentiel qu'il y ait une forme d'adh&#233;sion de la population concern&#233;e, pour qu'elle joue son r&#244;le dans la production de ces biens, plus une organisation, et des r&#232;gles de fonctionnement efficaces. Or comme l'a montr&#233; E. Ostrom dans des configurations plus simples, cela ne va pas de soi. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles dans nos soci&#233;t&#233;s, on en revient souvent au march&#233; ou &#224; l'Etat, structures qui pour pouvoir fonctionner sont bien moins gourmandes en termes d'exigences culturelles et morales. Sachant que m&#234;me le march&#233; et l'Etat supposent une forme de moralit&#233; ambiante ; la coercition seule suffisant rarement et &#233;tant trop co&#251;teuse. Et surtout, le bien que peuvent apporter des m&#339;urs bienveillantes ou civilis&#233;es ne peut en g&#233;n&#233;ral pas &#234;tre assur&#233; par le march&#233; ou par la force publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notre probl&#232;me est donc l&#224; : dans ce recours excessif soit au march&#233; soit &#224; l'Etat. Notre enjeu collectif est inverse : favoriser &#224; la fois la responsabilisation et la moralisation, sur la base d'une culture commune ; ainsi que la subsidiarit&#233;, par d&#233;l&#233;gation &#224; des entit&#233;s interm&#233;diaires assurant une t&#226;che commune sans &#234;tre la puissance publique. Ce qui suppose un renouvellement en profondeur de la soci&#233;t&#233;, &#224; l'oppos&#233; exact du relativisme ambiant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par Politique magazine N&#176; 190 -Avril 2020 &lt;a href=&#034;https://www.politiquemagazine.fr/economie/les-communs-une-alternative-au-marche-et-a-letat/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.politiquemagazine.fr/ec...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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