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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Souverainet&#233; financi&#232;re et mouvements de capitaux</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Souverainete-financiere-et-mouvements-de-capitaux.html</link>
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		<dc:date>2021-06-13T14:58:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le du capital</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comprise comme intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res, la souverainet&#233; financi&#232;re est plus que jamais une question majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'elle n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Nous allons voir que l'inverse est vrai. Car s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aborde ici la souverainet&#233; financi&#232;re en tant que possibilit&#233; d'une intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res. Ce qui ne vise donc pas l'action financi&#232;re directe des Etats, les budgets. Je laisse &#233;galement de c&#244;t&#233; la monnaie pour d'autres articles dans ce m&#234;me num&#233;ro. Je viserai notamment deux points. D'abord les mouvements de capitaux et leur point d'application - la propri&#233;t&#233; des entreprises. Ensuite la r&#233;glementation financi&#232;re, celle des march&#233;s et des interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que la question n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Mais de fait la question subsiste, car m&#234;me s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. En outre la r&#233;glementation proprement internationale est tr&#232;s partielle et elle d&#233;pend de l'adh&#233;sion des parties, donc des Etats ; c'est le cas par exemple des normes prudentielles bancaires. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi : la loi applicable aux mouvements de capitaux, aux entreprises financi&#232;res, aux march&#233;s, et aux titres multiples que sont les instruments financiers, est un acte de souverainet&#233;. Cela dit, quand on parle de souverainet&#233; financi&#232;re, en g&#233;n&#233;ral on va au-del&#224; du prudentiel et on vise une politique cherchant &#224; encadrer l'activit&#233; financi&#232;re en fonction des priorit&#233;s ou int&#233;r&#234;ts d'une communaut&#233; politique. C'est dans cette perspective que nous nous situerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du choix de niveau de souverainet&#233;, entre l'Europe et les Etats membres. Dans un premier temps je ne pr&#233;ciserai pas et j'utiliserai le terme &#8216;souverain' pour l'un et l'autre. Je reviendrai sur ce point ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les probl&#232;mes soulev&#233;s par la mondialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en mati&#232;re financi&#232;re un degr&#233; &#233;lev&#233; de mondialisation. Logiquement on tend &#224; en conclure que le niveau pertinent pour le r&#233;guler au moins sous l'angle prudentiel est le niveau mondial. Partant du fait incontestable qu'il y a des domaines nombreux et vitaux d'int&#233;r&#234;t commun &#224; toute l'humanit&#233;, et une grande libert&#233; de circulation des biens et des capitaux, on conclut alors &#224; la n&#233;cessaire mise en place d'une autorit&#233; internationale &#224; comp&#233;tence large. Mais cela se heurte d'&#233;vidence &#224; des questions pratiques actuellement tr&#232;s difficiles &#224; surmonter - hors exemples particuliers. Certes, une certaine r&#233;flexion normative commune est bienvenue &#224; ce niveau ; ce qui fait qu'il existe des &#8216;autorit&#233;s' internationales, ainsi le Conseil de Stabilit&#233; Financi&#232;re, le Comit&#233; de B&#226;le, l'OICV-IOSCO ou le FMI. Mais m&#234;me pris ensemble leurs champs d'action ne constituent pas une v&#233;ritable r&#233;gulation. Cette observation d'&#233;vidence conduit &#224; faire retour sur les pr&#233;misses : est- il sain que l'espace &#233;conomique mondial soit aussi ouvert que possible, s'il ne peut pas s&#233;rieusement &#234;tre r&#233;gul&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; se pose une autre question de principe. Une r&#233;glementation se r&#233;clame d'un bien commun &#224; assurer. Le bien commun est le bien de personnes en communaut&#233;s. Il y a en un sens un bien commun universel, puisque toute l'humanit&#233; interagit et constitue de ce fait une forme de &#8216;communaut&#233;', quoique non organis&#233;e. Mais comment ce bien commun doit-il &#234;tre trait&#233; ? Un bien commun est l'affaire de tous, mais en derni&#232;re analyse c'est une autorit&#233; politique qui en est responsable ; encore faut-il qu'elle existe, et puisse assumer un tel r&#244;le. Et d'autre part, cela n'implique nullement le transfert maximal de pouvoirs vers le haut : la meilleure r&#233;gulation peut cas par cas &#234;tre d&#233;centralis&#233;e et proche du terrain. Or lorsqu'on prend en compte le degr&#233; r&#233;el d'organisation politiquement disponible, on constate que la communaut&#233; nationale est le stade le plus large d'organisation politique r&#233;elle. Au-dessus, il n'y a actuellement pas de r&#233;alit&#233; politique, autre qu'inter&#233;tatique, ni de base politique &#224; quelque chose de plus large (Europe mise &#224; part).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des remarques analogues peuvent &#234;tre faites pour les march&#233;s. L'analyse &#233;conomique th&#233;orique nous explique que le protectionnisme est un mal et qu'une &#233;conomie m&#234;me peu efficace ou mal dot&#233;e gagne toujours aux &#233;changes internationaux de marchandises. Mais cette th&#233;orie, vraie &#224; un niveau abstrait au moins pour les marchandises, est insuffisante pour analyser la r&#233;alit&#233;. Non seulement parce que sa validit&#233; suppose que des conditions sp&#233;cifiques soient r&#233;alis&#233;es, rarement r&#233;unies, mais plus encore parce qu'elle ignore le d&#233;veloppement d'une &#233;conomie et d'une soci&#233;t&#233; dans le temps : en s'ouvrant, on peut perdre le contr&#244;le de son &#233;conomie et voir &#233;touff&#233;s dans l'&#339;uf ses d&#233;veloppements futurs, ou sacrifier sa capacit&#233; industrielle. Et surtout cela ne tient pas compte du fait que justement la libert&#233; de mouvement des capitaux ruine les pr&#233;misses de la th&#233;orie des avantages comparatifs, car dans une mesure importante ces capitaux d&#233;terminent la comp&#233;titivit&#233; actuelle et future des &#233;conomies concern&#233;es. M&#234;me en termes &#233;conomiques, une communaut&#233; peut donc avoir int&#233;r&#234;t &#224; aider ou prot&#233;ger au moins pendant un temps des activit&#233;s parce qu'elles sont trop jeunes, ou sous-comp&#233;titives. Par ailleurs, du fait des &#233;changes on peut mettre en danger des biens communs essentiels mais non &#233;conomiques, par exemple culturels. Une autre consid&#233;ration majeure est la s&#233;curit&#233;, mise en &#233;vidence par la crise de la Covid 19, qui a rappel&#233; qu'il &#233;tait au minimum indispensable pour un pays de disposer dans la mesure du possible d'un contr&#244;le sur les ressources les plus vitales, et bien souvent d'une capacit&#233; de production propre. Cela s'&#233;tend bien au-del&#224; de la sant&#233; et de la d&#233;fense proprement dite, pour couvrir la s&#233;curit&#233; &#233;conomique au sens large. Celle-ci ne peut &#233;videmment pas &#234;tre absolue, ni l'autonomie souveraine, tant s'en faut. Mais la pr&#233;occupation en est l&#233;gitime et m&#234;me fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait donc conclure &#224; la libert&#233; absolue des &#233;changes sans autre consid&#233;ration - m&#234;me si tr&#232;s souvent les appels au protectionnisme sont int&#233;ress&#233;s et injustifi&#233;s d'un point de vue collectif. D&#232;s lors, il faut admettre que l'ouverture maximale des fronti&#232;res n'est pas toujours conforme au bien des communaut&#233;s, ou m&#234;me au bien commun universel, lequel suppose celui des communaut&#233;s. Excellente dans la plupart des cas, elle peut &#234;tre nuisible dans d'autres, et notamment ruiner la base m&#234;me de la solidarit&#233; et de la vie commune. Sans parler des consid&#233;rables probl&#232;mes fiscaux que tout cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est encore plus vrai des mouvements de capitaux dont la libert&#233; totale peut pr&#233;senter des inconv&#233;nients r&#233;els, &#233;ventuellement consid&#233;rables. D'abord la th&#233;orie des avantages comparatifs ne s'y applique pas. Il n'y a pas de pays naturellement dot&#233;s en la mati&#232;re. Bien s&#251;r il y a des pays &#224; exc&#232;s d'&#233;pargne, et d'autres en manque de capitaux. Mais outre que cet argument ne justifierait la libert&#233; de mouvement que lorsque qu'on constate un tel d&#233;s&#233;quilibre, il fait l'impasse sur l'orientation de cette &#233;pargne, notamment en termes de rapports de pouvoir, actuels et futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages de la libre circulation des capitaux en g&#233;n&#233;ral mis en avant sont le plus grand choix ouvert aux investisseurs et aux demandeurs de capitaux ; la diversification des risques pour les uns et le moindre co&#251;t pour les autres ; et les apports technologiques (ou autres) &#233;ventuels en cas d'investissement direct, facteurs de croissance plus forte. Mais ces avantages, souvent bien r&#233;els, ne sont pas garantis toujours et partout. Dans le cas des investisseurs financiers, le plus grand choix est souvent compens&#233; et au-del&#224; par une moindre connaissance du terrain et une plus grande volatilit&#233;, et par l'absence de solidarit&#233; avec les r&#233;cipiendaires. La diversification des risques peut &#234;tre compens&#233;e et au-del&#224; par une mauvaise mesure de ceux-ci et par les risques syst&#233;miques que l'interconnexion induit. Le moindre co&#251;t imm&#233;diat peut &#234;tre compens&#233; et au-del&#224; par le co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; de l'interd&#233;pendance en cas de crise. Du point de vue de la communaut&#233; d'accueil, il y a notamment un risque de d&#233;stabilisation qu'on a vu dans la crise asiatique des ann&#233;es 90, et dans la crise de 2008, avec son effet d'entra&#238;nement transatlantique. On l'a retrouv&#233; dans la crise europ&#233;enne &#224; partir de 2010. Il est &#233;vident qu'une souverainet&#233; doit en permanence se soucier de ces risques et tenter de les pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux investissements directs, moins contestables, ils peuvent &#233;chapper au contr&#244;le local et se r&#233;v&#233;ler une source de d&#233;pendance forte. Qui dit investissement direct dit en effet contr&#244;le des entreprises. Or m&#234;me multinationales, celles-ci gardent une dimension d'enracinement national essentielle, et savoir o&#249; se situe celui qui les contr&#244;le peut en changer de fa&#231;on importante le destin. Dans le cas extr&#234;me, le pays d'accueil peut y perdre le contr&#244;le de son avenir ; et le pays de d&#233;part, sa substance. Et d'un point de vue politique au bon sens du terme, on ne peut accepter qu'une op&#233;ration boursi&#232;re fasse perdre &#224; un pays le contr&#244;le d'une activit&#233; essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas en soi ill&#233;gitime qu'un certain contr&#244;le raisonn&#233; des investissements et plus g&#233;n&#233;ralement des mouvements des capitaux soit effectu&#233; ; c'est m&#234;me indispensable. De m&#234;me d'ailleurs qu'en sens inverse on puisse avoir &#224; se pr&#233;occuper d'attirer des capitaux &#233;trangers. Keynes avait d&#233;clar&#233; un jour &#224; la Chambre des Lords que la finance devait &#234;tre avant tout nationale. Evidemment un d&#233;cideur public n'est en rien infaillible ; il est en outre sujet &#224; de multiples pressions int&#233;ress&#233;es. Mais sa responsabilit&#233; est suffisamment claire pour qu'il ne puisse se d&#233;sint&#233;resser de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que la souverainet&#233; financi&#232;re au bon sens du terme ne repose pas uniquement sur la r&#232;glementation des mouvements de capitaux. Elle suppose aussi une base d'&#233;pargne forte, orient&#233;e dans le bon sens, c'est-&#224;-dire vers l'avenir et donnant une autonomie appr&#233;ciable. Et donc investie en actions, et dans la recherche. Notons sans d&#233;velopper ce point essentiel que nous en sommes loin en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Europe ou nation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Union europ&#233;enne, la question prend un relief particulier. La libre circulation des capitaux et la libert&#233; d'&#233;tablissement au sein de l'Union y sont un dogme. Nous n'aborderons pas cette question, sinon pour rappeler l'incoh&#233;rence radicale entre ce principe et l'absence presque compl&#232;te d'harmonisation de la fiscalit&#233; et des r&#233;gimes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A usage externe, la question se pose du point d'application des id&#233;es qu'on vient de d&#233;velopper. Le niveau pertinent est-il l'Europe ou l'Etat membre ? Le d&#233;bat d&#233;passe largement ce court article. Pour faire simple, le niveau europ&#233;en est de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d&#233;fendu lorsqu'on insiste sur la taille du march&#233; unique, et sur l'effet de puissance qui peut &#234;tre obtenu par l'Europe au niveau mondial. Mais cela suppose pour fonctionner un consensus suffisant entre les pays membres, qui est loin d'&#234;tre acquis ; les vues sont r&#233;ellement tr&#232;s diff&#233;rentes entre pays, sans parler des conflits d'int&#233;r&#234;t. En outre, hors prudentiel l'approche europ&#233;enne actuelle est r&#233;solument en faveur de la libre circulation (hors atteinte &#224; la concurrence). La &#171; souverainet&#233; &#187; financi&#232;re europ&#233;enne est donc assez r&#233;elle en mati&#232;re de r&#233;gulation technique, mais bien plus faible si on la comprend de la mani&#232;re plus large dont nous l'avons d&#233;finie. Et tant les trait&#233;s que le sentiment de la plupart des &#233;tats-membres tendent &#224; la r&#233;duire &#224; ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc place pour une double approche (quitte &#224; adapter les trait&#233;s ou la pratique) nationale et europ&#233;enne. Le niveau national est alors, au stade actuel, le plus pertinent pour la propri&#233;t&#233; des entreprises, le droit applicable, leur organisation etc. Et pour l'organisation de l'&#233;pargne nationale. Travaillions-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Revue Banque&lt;/i&gt; juin 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Dette et souverainet&#233; financi&#232;re</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Dette-et-souverainete-financiere.html</link>
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		<dc:date>2021-04-19T15:02:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Dette publique</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de la dette publique ces temps-ci, non sans motif vu les d&#233;penses d&#233;mentielles qu'a occasionn&#233;es l'&#233;pid&#233;mie. Un angle peu abord&#233; est toutefois celui de la souverainet&#233; financi&#232;re. On voit bien intuitivement que s'endetter, quel que soit le motif, ne peut pas &#234;tre neutre sur votre capacit&#233; d'autonomie et par l&#224; votre influence. C'est vrai, mais la question est un peu plus complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup de la dette publique ces temps-ci, non sans motif vu les d&#233;penses d&#233;mentielles qu'a occasionn&#233;es l'&#233;pid&#233;mie. Un angle peu abord&#233; est toutefois celui de la souverainet&#233; financi&#232;re. On voit bien intuitivement que s'endetter, quel que soit le motif, ne peut pas &#234;tre neutre sur votre capacit&#233; d'autonomie et par l&#224; votre influence. C'est vrai, mais la question est un peu plus complexe. J'ai &#233;voqu&#233; dans un autre billet et dans le cas chinois le cas des financements publics &#224; signification g&#233;opolitique. Je parlerai essentiellement ici des financements priv&#233;s des Etats, des appels au &#171; march&#233; &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Fondamentalement, outre les montants, le d&#233;terminant principal en termes de souverainet&#233; est la monnaie dans laquelle vous vous endettez. Et corr&#233;lativement, le droit sous lequel les contrats de pr&#234;t sont r&#233;dig&#233;s. Un autre d&#233;terminant important est la nature et la nationalit&#233; de vos cr&#233;anciers. Voyons en effet ce qui se passe en cas de crise des paiements.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La crise des paiements&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Premier cas : si vous &#234;tes endett&#233; dans une monnaie &#233;trang&#232;re, qui ne d&#233;pend en rien de vous, vous &#234;tes en risque &#233;lev&#233;, d'autant que vos cr&#233;anciers seront tr&#232;s certainement &#233;trangers, et le droit applicable aussi (Londres ou New York). Tout &#224;-coup violent sur la balance des paiements, toute crise de refinancement, toute campagne de pression si vous &#234;tes vuln&#233;rable, vont vous mettre dans les mains des cr&#233;anciers, avec programme FMI, r&#233;&#233;chelonnement etc. On l'a vu en grand en Am&#233;rique latine et Europe orientale dans les ann&#233;es 80, et souvent ailleurs depuis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deuxi&#232;me cas : si vous &#234;tes endett&#233; dans votre monnaie, et que les contrats sont sous votre droit, votre risque financier subsiste, mais vous gardez en vos mains les voies d'une solution. Ce ne sera pas sans effet pour vous, car le surendettement se paye toujours, mais c'est vous qui aurez sur ce plan les commandes en mains. Si en plus vos cr&#233;anciers sont nationaux, tout pourra se r&#233;gler en famille dans ce cadre national : de fa&#231;on plus ou moins facile &#233;videmment, mais sans perte appr&#233;ciable de souverainet&#233;, ou pas n&#233;cessairement. C'est le cas du Japon aujourd'hui : sa dette est &#233;norme mais libell&#233;e en yen, et d&#233;tenue par les Japonais (dont pour beaucoup la banque centrale). Ce sera plus compliqu&#233; si les cr&#233;anciers sont internationaux, et plus encore si le droit applicable est ext&#233;rieur. Il sera plus difficile de leur demander des ajustements, du moins pas sans donner certains gages. Mais vous garderez encore une certain marge de man&#339;uvre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Troisi&#232;me cas, cet hybride qu'est l'euro. Monnaie nationale en cela que c'est la monnaie des pays membres, mais monnaie g&#233;r&#233;e par la banque centrale, qui est d'une certaine fa&#231;on ext&#233;rieure &#224; chaque pays, g&#233;r&#233;e selon des choix propres et non principalement selon la situation et les exigences des autres pays membres. En soi, vu de chaque pays consid&#233;r&#233; seul, au premier abord cela ressemble beaucoup au cas pr&#233;c&#233;dent de la monnaie &#233;trang&#232;re. C'est m&#234;me plus grave sous un certain angle, comme on l'a vu dans le cas de la Gr&#232;ce et d'autres pays avant 2012, car la c&#233;cit&#233; des pr&#234;teurs leur a fait croire qu'ils pr&#234;taient &#224; un pays europ&#233;en avec qui les autres seraient solidaires, et cela ne s'est pas v&#233;rifi&#233; de la fa&#231;on qu'ils croyaient. Mais en m&#234;me temps le fait est que, moyennant un programme d'ajustement violent, et abandon d'une bonne part des cr&#233;ances priv&#233;es subsistantes, ce pays a b&#233;n&#233;fici&#233; d'une aide europ&#233;enne appr&#233;ciable, et a pu retrouver le chemin des march&#233;s (m&#234;me si tr&#232;s franchement on peut se demander si ce retour est bien raisonnable, tant du c&#244;t&#233; des pr&#234;teurs que de l'emprunteur). En d'autres termes, vous &#234;tes d&#233;pendants, mais de pays avec qui vous avez des liens forts. La m&#234;me remarque vaut pour la banque centrale, la BCE : &#224; sa doctrine ancienne, rigide mais conforme aux trait&#233;s, a succ&#233;d&#233; le &#171; whatever it takes &#187; de Mario Draghi et un d&#233;luge de &#8216;quantitative easing', d'achats &#224; guichet ouvert sur les march&#233;s, qui facilite &#233;videmment les choses pour les d&#233;biteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ici encore, on se trouve donc &#224; g&#233;rer les ambig&#252;it&#233;s du syst&#232;me europ&#233;en actuel, qui est au milieu du gu&#233; : alliance d'&#233;tats nations mais li&#233;s par des trait&#233;s et ayant organis&#233; (notamment avec l'euro) des traits quasi f&#233;d&#233;raux. Dans un tel contexte, le terme de souverainet&#233; devient un concept &#224; g&#233;om&#233;trie variable. Vous n'&#234;tes pas vraiment souverain, mais vous n'&#234;tes pas non plus compl&#233;tement d&#233;muni.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le r&#233;gime &#171; de croisi&#232;re &#187;&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la crise des paiements n'est pas le seul cas envisageable. Que se passe-t-il en r&#233;gime de croisi&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le premier cas (monnaie ext&#233;rieure), vous &#234;tes par d&#233;finition d&#233;pendant en permanence de l'avis de cr&#233;anciers ext&#233;rieurs, donc de l'humeur du march&#233;, dans une monnaie fluctuant par rapport &#224; la v&#244;tre, et des taux eux-m&#234;mes variables. Le co&#251;t est n&#233;cessairement &#233;lev&#233; en termes de souverainet&#233; (si l'appel au march&#233; est important). Pire, vous pouvez &#234;tes endormi pendant les p&#233;riodes d'euphorie pour vous r&#233;veiller dans une bien mauvaise situation. Parmi les d&#233;biteurs concern&#233;s, notons incidemment que, vue sous cet angle, la politique de M. Erdogan peut surprendre par son incoh&#233;rence, entre son nationalisme agressif et sa finance al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le deuxi&#232;me cas, si vos cr&#233;anciers sont nationaux, il n'y a pas de perte de souverainet&#233; appr&#233;ciable. Si vos cr&#233;anciers sont en partie significative ext&#233;rieurs, vous d&#233;pendez des march&#233;s, quoique moins que dans le cas pr&#233;c&#233;dent. Et si vous gardez une certaine prudence dans votre endettement, cela reste g&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le troisi&#232;me cas, de loin le plus complexe. Dans les phases de lune de miel de l'Europe avec les march&#233;s, pas de probl&#232;me. Les march&#233;s avalent tout. Il y a bien s&#251;r une conditionnalit&#233; europ&#233;enne, mais elle est d'un autre ordre, et finalement bien peu rigide d&#233;sormais. M&#234;me constatation dans la phase actuelle de &#8216;quantitative easing', puisque la banque centrale ach&#232;te tout. Mais la question changera de nature quand on en sortira. Certes les march&#233;s garderont le souvenir du &#171; whatever it takes &#187;. Mais d'un c&#244;t&#233; la conditionnalit&#233; europ&#233;enne est en lambeaux ; il faudrait donc &#234;tre na&#239;f pour pr&#234;ter sur cette base, croyant que cela met une certaine discipline. D'un autre c&#244;t&#233; les niveaux de dette se sont massivement accrus. Et la comp&#233;titivit&#233; des pays les plus vuln&#233;rables ne s'est pas am&#233;lior&#233;e, pour employer un euph&#233;misme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les ingr&#233;dients sont donc r&#233;unis pour une possible crise de confiance : concr&#232;tement, les difficult&#233;s croissantes d'un ou plusieurs pays pour se refinancer. Que feront les autres et notamment l'Allemagne ? On peut imaginer &#233;videmment une r&#233;&#233;dition de 2012, probable m&#234;me dans un premier temps. Mais pas ind&#233;finiment. Sinon, d'un point de vue allemand et nord-europ&#233;en, tout cela deviendra insupportable : pour l'opinion allemande moyenne, ces pays s'endettent &#224; tour de bras, sans se r&#233;former, et il faut les aider en permanence, en mettant en danger la monnaie. Sauf saut en avant massivement f&#233;d&#233;raliste, qui n'est pas dans les cartes aujourd'hui, le jour du jugement viendra donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On se souviendra alors peut-&#234;tre de la crise du Covid, et du fait &#233;l&#233;mentaire que le principe de pr&#233;caution, qui est stupide lorsqu'il s'agit de bloquer des innovations utiles, est en revanche appropri&#233; s'il s'agit, en termes strat&#233;giques, de r&#233;fl&#233;chir aux menaces possibles, surtout lorsqu'elles sont cr&#233;dibles et dangereuses. Nous y sommes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;i&gt;le 19 avril 2021&lt;/i&gt;. &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/dette-et-souverainete-financiere/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/dette-et-souve...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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