<?xml 
version="1.0" encoding="utf-8"?><?xml-stylesheet title="XSL formatting" type="text/xsl" href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?page=backend.xslt" ?>
<rss version="2.0" 
	xmlns:dc="http://purl.org/dc/elements/1.1/"
	xmlns:content="http://purl.org/rss/1.0/modules/content/"
	xmlns:atom="http://www.w3.org/2005/Atom"
>

<channel xml:lang="fr">
	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
	<link>https://pierredelauzun.fr/</link>
	<description></description>
	<language>fr</language>
	<generator>SPIP - www.spip.net</generator>
	<atom:link href="https://pierredelauzun.fr/spip.php?id_mot=220&amp;page=backend" rel="self" type="application/rss+xml" />




<item xml:lang="fr">
		<title>Autonomie nationale et d&#233;tention du capital</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Autonomie-nationale-et-detention-du-capital.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Autonomie-nationale-et-detention-du-capital.html</guid>
		<dc:date>2021-06-21T14:56:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le du capital</dc:subject>
		<dc:subject>Autonomie nationale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La r&#233;flexion strat&#233;gique doit s'&#233;tendre &#224; la protection et au d&#233;veloppement des activit&#233;s et institutions essentielles pour la communaut&#233; nationale. La crise du Covid nous a rappel&#233; par exemple l'importance d'assurer la s&#233;curit&#233; d'approvisionnements qualifi&#233;s justement de strat&#233;giques. Mais en mati&#232;re &#233;conomique il n'y a pas que les &#233;changes commerciaux ; il y a aussi les mouvements financiers et les rapports technologiques ; et il y a le pouvoir, le contr&#244;le des entreprises. La prise de contr&#244;le d'une entreprise, surtout d'une certaine taille ou jouant un r&#244;le particulier dans la vie collective, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une op&#233;ration neutre. Cela implique &#233;videmment une contr&#244;le minimal par l'autorit&#233; publique sous forme d'autorisation de cette cession, lorsque l'activit&#233; de cette entreprise le justifie. Mais la r&#233;flexion ne peut s'arr&#234;ter l&#224;. Elle doit porter plus g&#233;n&#233;ralement sur le l'ensemble des modalit&#233;s de d&#233;tention des entreprises : droit de vote, statuts, composition des actionnariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Controle-du-capital-+.html" rel="tag"&gt;Contr&#244;le du capital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Autonomie-nationale-+.html" rel="tag"&gt;Autonomie nationale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La r&#233;flexion strat&#233;gique doit s'&#233;tendre &#224; la protection et au d&#233;veloppement des activit&#233;s et institutions essentielles pour la communaut&#233; nationale. La crise du Covid nous a rappel&#233; par exemple l'importance d'assurer la s&#233;curit&#233; d'approvisionnements qualifi&#233;s justement de strat&#233;giques. Mais en mati&#232;re &#233;conomique il n'y a pas que les &#233;changes commerciaux ; il y a aussi les mouvements financiers et les rapports technologiques ; et il y a le pouvoir, le contr&#244;le des entreprises. La prise de contr&#244;le d'une entreprise, surtout d'une certaine taille ou jouant un r&#244;le particulier dans la vie collective, ne peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme une op&#233;ration neutre. Cela implique &#233;videmment une contr&#244;le minimal par l'autorit&#233; publique sous forme d'autorisation de cette cession, lorsque l'activit&#233; de cette entreprise le justifie. Mais la r&#233;flexion ne peut s'arr&#234;ter l&#224;. Elle doit porter plus g&#233;n&#233;ralement sur le l'ensemble des modalit&#233;s de d&#233;tention des entreprises : droit de vote, statuts, composition des actionnariats.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un pr&#233;alable : la prise en charge de l'activit&#233; nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La disparition de pans entiers ou de segments vitaux de la production aboutit &#224; des bouleversements, par disparition d'emplois et parfois de pans entiers d'activit&#233; (compens&#233;s plus ou moins par d'autres, mais n'affectant pas les m&#234;mes personnes). Pour en &#233;valuer le sens, deux faits sont &#224; consid&#233;rer. D'un c&#244;t&#233;, les th&#233;ories &#233;conomiques classiques sur les bienfaits du commerce international (sp&#233;cialisation sur les avantages comparatifs) sont simplistes. Non seulement on n'est jamais dans le cadre du sch&#233;ma th&#233;orique ; mais en outre les avantages comparatifs sont loin d'&#234;tre des donn&#233;es immuables ; ils d&#233;pendent largement de l'histoire et de la volont&#233; humaine. Se r&#233;signer &#224; une position r&#233;sultant des donn&#233;es du moment est peu rationnel. Mais d'un autre c&#244;t&#233; il serait absurde de viser une forme d'autarcie ; non seulement parce qu'une grande partie des biens n&#233;cessaires ne peuvent &#234;tre produits sur place (mati&#232;res premi&#232;res, sp&#233;cialit&#233;s chimiques, technologiques ou autres), ou pas de fa&#231;on aussi &#233;conomique, mais aussi parce que l'&#233;change porte en soi ses bienfaits. Il se d&#233;duit de tout ceci qu'une attitude intelligente est interm&#233;diaire : une forme d'ouverture raisonn&#233;e et contr&#244;l&#233;e. Mais elle est difficile &#224; assurer politiquement de fa&#231;on rationnelle (on ferme la fronti&#232;re par d&#233;magogie l&#224; o&#249; on devrait rester ouvert, mais on ouvre l&#224; o&#249; on manque d'ambition).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci est aggrav&#233; par la mobilit&#233; du capital financier. Sans parler des crises que cela peut causer ou aggraver, elle distend de fa&#231;on encore plus forte le lien entre actionnaires et entreprise. Il para&#238;t donc que le degr&#233; de protection ou de contr&#244;le sur les mouvements de capitaux, notamment actions (fonds propres) devrait &#234;tre plus strict que sur celui des marchandises. La question clef est donc l'&#233;laboration d'un mode de gestion collective pragmatique, visant &#224; la protection de la communaut&#233; et notamment du travail, mais sans fermeture m&#233;thodique, combinant d&#233;tention largement locale/nationale des entreprises, culture appropri&#233;e des actionnaires et des travailleurs, et intervention publique judicieuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'actionnariat&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point essentiel soulev&#233; par tous les critiques de notre syst&#232;me &#233;conomique est la financiarisation. Notamment, le march&#233; devient le moyen de tourner la caract&#233;ristique principale de l'actionnariat : l'engagement &#224; risque dans l'entreprise sur la longue dur&#233;e, puisque les actionnaires peuvent vendre leurs titres &#224; tout moment. En un sens donc, le march&#233; boursier est devenu trop souvent le lieu du refus de l'engagement. D'o&#249; son court-termisme et la d&#233;formation que cela imprime au fonctionnement des entreprises, obs&#233;d&#233;es par le seul r&#233;sultat financier observ&#233; instantan&#233;ment. Le sympt&#244;me est particuli&#232;rement aigu dans le cas des OPA (offres publiques d'achat) : elles permettent en effet de changer radicalement l'orientation d'une entreprise, y compris contre sa direction (OPA hostile). Mais c'est aussi un moyen pour ses actionnaires de r&#233;cup&#233;rer leur argent en totalit&#233;, et au prix fort. Le d&#233;sengagement du capital est alors total. En amont, la menace ou la possibilit&#233; permanente d'une telle OPA est en outre un moyen puissant pour les actionnaires et pour le march&#233; de dicter une conduite aux dirigeants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question se pose avant tout dans le cas des soci&#233;t&#233;s commerciales. Il ne s'agit pas ici de remettre en question leur principe, et donc celui de l'actionnariat. Il est logique que celui qui prend l'essentiel des risques li&#233;s &#224; l'entreprise soit celui qui prend les d&#233;cisions, en assume les profits et les pertes, et en soit donc au sens propre le propri&#233;taire. Le mod&#232;le de la soci&#233;t&#233; commerciale (par actions) est donc l&#233;gitime, m&#234;me s'il n'est pas le seul, et s'il comporte aussi des devoirs. Il reste que, dans le cas de l'actionnaire d'une soci&#233;t&#233; cot&#233;e, qui a la possibilit&#233; de vendre son action &#224; tout moment, le lien risque d'&#234;tre beaucoup plus l&#226;che &#8211; m&#234;me si pour vendre il doit trouver un acheteur qui se substitue &#224; lui. Et cela peut donner lieu &#224; de multiples exc&#232;s, par court-termisme, financiarisation etc., et plus g&#233;n&#233;ralement non-respect de l'int&#233;grit&#233; de l'entreprise, de sa raison d'&#234;tre et de son r&#244;le collectif. D'o&#249; l'int&#233;r&#234;t majeur de favoriser la d&#233;tention sur longue dur&#233;e ainsi que l'engagement actif des actionnaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les voies d'action possibles&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La premi&#232;re voie vise &#224; privil&#233;gier avec d&#233;termination la d&#233;tention &#224; long terme. Certes, il serait difficile et illogique de contraindre directement l'ensemble des investisseurs, notamment financiers, &#224; se passer de toute liquidit&#233;. Mais plusieurs moyens sont disponibles pour les inciter &#224; d&#233;tenir les titres sur une certaine dur&#233;e : par exemple, en donnant des droits de vote diff&#233;renci&#233;s selon la dur&#233;e de d&#233;tention, soit apr&#232;s coup, soit par un engagement pris &#224; l'avance. Cela conduit logiquement et au minimum &#224; une mesure simple : supprimer les droits de vote en cas de d&#233;tention sur courte dur&#233;e &#8211; ce qu'on fait pourtant fort peu. De m&#234;me lorsque le gestionnaire ne poursuit pas dans sa gestion le bon fonctionnement de l'entreprise, comme dans le cas de la gestion passive ou indicielle. Le g&#233;rant se borne alors &#224; suivre l'indice. Il est alors absurde qu'il exerce des droits de vote.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me famille de r&#233;flexion vise &#224; structurer l'actionnariat en favorisant un noyau dur et stable, par exemple la famille fondatrice, ou les fondateurs en g&#233;n&#233;ral, ou des actionnaires li&#233;es par un pacte (avec des droits de vote accrus, des pouvoirs de veto etc.), ou par des fondations d&#233;di&#233;es comme on va le voir. Ce qui se relie &#233;videmment avec la consid&#233;ration de la raison d'&#234;tre de l'entreprise, qu'on va &#233;voquer. Mais cela peut conduire &#224; la mise en place d'un nouvel investisseur public, avec des moyens cons&#233;quents - ressemblant &#233;ventuellement aux fonds souverains de certains pays. A l'Amafi j'avais propos&#233; la r&#233;activation &#224; cette fin du Fonds de r&#233;serve des retraites cr&#233;&#233; par Jospin, et stupidement mis en liquidation progressive sous Sarkozy.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; d&#233;courager certaines OPA jug&#233;es nocives, soit par des dispositifs externes (examen par les pouvoirs publics ; pression de l'environnement de l'entreprise, etc.), soit par des m&#233;canismes financiers : ainsi les &#8216;poison pills' am&#233;ricaines. Une intervention publique peut notamment se justifier lorsqu'un changement d'actionnariat modifie profond&#233;ment l'orientation de l'entreprise, notamment au profit d'int&#233;r&#234;ts &#233;trangers &#224; la communaut&#233; nationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus fondamentalement, une quatri&#232;me famille de r&#233;flexion consiste &#224; pr&#233;ciser la &#8216;raison d'&#234;tre' de l'entreprise, qui doit aller au-del&#224; de l'int&#233;r&#234;t p&#233;cuniaire des actionnaires. C'est ce que propose de fa&#231;on un peu timide la loi &#8216;Pacte' fran&#231;aise. Dans l'optique qui est la n&#244;tre, elle devrait s'ins&#233;rer dans une pr&#233;occupation de bien commun et conduire &#224; de vrais engagements. Car l'entreprise est d'abord une communaut&#233; humaine, certes partielle, mais r&#233;elle, qui vise &#224; r&#233;aliser ensemble une &#339;uvre : fournir aux autres, &#224; la soci&#233;t&#233;, certains biens ou services. Le calcul &#233;conomique est une des composantes de cette action, mais pas son centre exclusif. Celui qui ach&#232;te une telle action sait alors clairement quelles sont les orientations de l'entreprise concern&#233;e. Bien entendu, la question se pose du respect ult&#233;rieur de cette &#171; charte fondatrice &#187; en cas de changement massif de l'actionnariat. C'est m&#234;me un enjeu essentiel, notamment pour des soci&#233;t&#233;s cot&#233;es &#224; large actionnariat, car il est tentant pour des pr&#233;dateurs de s'emparer d'une soci&#233;t&#233; g&#233;r&#233;e de fa&#231;on &#233;thique pour en tirer &#224; court terme des superprofits en vivant sur la b&#234;te, ou m&#234;me, plus modestement, pour des actionnaires de chercher &#224; les g&#233;rer dans une perspective purement financi&#232;re. Outre diverses m&#233;thodes juridiques (majorit&#233; tr&#232;s renforc&#233;e pour changer la raison d'&#234;tre, etc.), une proposition attractive de Colin Mayer est d'utiliser des fondations : un conseil de mandataires (&#8216;trustees') est charg&#233; de veiller au respect par les dirigeants (et les actionnaires) de cet objet social, selon des modalit&#233;s librement d&#233;termin&#233;es par les parties int&#233;ress&#233;es. Soit avec des droits sp&#233;cifiques, soit en &#233;tant un actionnaire particulier.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru le 21 juin 2021 sur le site de &lt;i&gt;G&#233;opragma&lt;/i&gt; &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/dette-et-souverainete-financiere/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/dette-et-souve...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Souverainet&#233; financi&#232;re et mouvements de capitaux</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Souverainete-financiere-et-mouvements-de-capitaux.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Souverainete-financiere-et-mouvements-de-capitaux.html</guid>
		<dc:date>2021-06-13T14:58:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Contr&#244;le du capital</dc:subject>
		<dc:subject>Souverainet&#233; financi&#232;re</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comprise comme intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res, la souverainet&#233; financi&#232;re est plus que jamais une question majeure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'elle n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Nous allons voir que l'inverse est vrai. Car s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

-
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Finance-12-.html" rel="directory"&gt;Finance et monnaie &lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Controle-du-capital-+.html" rel="tag"&gt;Contr&#244;le du capital&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Souverainte-financiere-+.html" rel="tag"&gt;Souverainet&#233; financi&#232;re&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'aborde ici la souverainet&#233; financi&#232;re en tant que possibilit&#233; d'une intervention publique visant &#224; r&#233;guler et canaliser le fonctionnement des march&#233;s et le jeu des acteurs financiers &#224; travers les fronti&#232;res. Ce qui ne vise donc pas l'action financi&#232;re directe des Etats, les budgets. Je laisse &#233;galement de c&#244;t&#233; la monnaie pour d'autres articles dans ce m&#234;me num&#233;ro. Je viserai notamment deux points. D'abord les mouvements de capitaux et leur point d'application - la propri&#233;t&#233; des entreprises. Ensuite la r&#233;glementation financi&#232;re, celle des march&#233;s et des interm&#233;diaires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira que la question n'a plus beaucoup de sens dans le contexte actuel de libre mouvement des capitaux et de puissance des op&#233;rateurs priv&#233;s. Mais de fait la question subsiste, car m&#234;me s'il y a largement libre circulation des capitaux, celle-ci r&#233;sulte d'un &#233;tat du droit qui peut &#234;tre modifi&#233;. En outre la r&#233;glementation proprement internationale est tr&#232;s partielle et elle d&#233;pend de l'adh&#233;sion des parties, donc des Etats ; c'est le cas par exemple des normes prudentielles bancaires. D&#232;s lors, c'est la souverainet&#233; qui va de soi : la loi applicable aux mouvements de capitaux, aux entreprises financi&#232;res, aux march&#233;s, et aux titres multiples que sont les instruments financiers, est un acte de souverainet&#233;. Cela dit, quand on parle de souverainet&#233; financi&#232;re, en g&#233;n&#233;ral on va au-del&#224; du prudentiel et on vise une politique cherchant &#224; encadrer l'activit&#233; financi&#232;re en fonction des priorit&#233;s ou int&#233;r&#234;ts d'une communaut&#233; politique. C'est dans cette perspective que nous nous situerons.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la question du choix de niveau de souverainet&#233;, entre l'Europe et les Etats membres. Dans un premier temps je ne pr&#233;ciserai pas et j'utiliserai le terme &#8216;souverain' pour l'un et l'autre. Je reviendrai sur ce point ensuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les probl&#232;mes soulev&#233;s par la mondialisation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en mati&#232;re financi&#232;re un degr&#233; &#233;lev&#233; de mondialisation. Logiquement on tend &#224; en conclure que le niveau pertinent pour le r&#233;guler au moins sous l'angle prudentiel est le niveau mondial. Partant du fait incontestable qu'il y a des domaines nombreux et vitaux d'int&#233;r&#234;t commun &#224; toute l'humanit&#233;, et une grande libert&#233; de circulation des biens et des capitaux, on conclut alors &#224; la n&#233;cessaire mise en place d'une autorit&#233; internationale &#224; comp&#233;tence large. Mais cela se heurte d'&#233;vidence &#224; des questions pratiques actuellement tr&#232;s difficiles &#224; surmonter - hors exemples particuliers. Certes, une certaine r&#233;flexion normative commune est bienvenue &#224; ce niveau ; ce qui fait qu'il existe des &#8216;autorit&#233;s' internationales, ainsi le Conseil de Stabilit&#233; Financi&#232;re, le Comit&#233; de B&#226;le, l'OICV-IOSCO ou le FMI. Mais m&#234;me pris ensemble leurs champs d'action ne constituent pas une v&#233;ritable r&#233;gulation. Cette observation d'&#233;vidence conduit &#224; faire retour sur les pr&#233;misses : est- il sain que l'espace &#233;conomique mondial soit aussi ouvert que possible, s'il ne peut pas s&#233;rieusement &#234;tre r&#233;gul&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; se pose une autre question de principe. Une r&#233;glementation se r&#233;clame d'un bien commun &#224; assurer. Le bien commun est le bien de personnes en communaut&#233;s. Il y a en un sens un bien commun universel, puisque toute l'humanit&#233; interagit et constitue de ce fait une forme de &#8216;communaut&#233;', quoique non organis&#233;e. Mais comment ce bien commun doit-il &#234;tre trait&#233; ? Un bien commun est l'affaire de tous, mais en derni&#232;re analyse c'est une autorit&#233; politique qui en est responsable ; encore faut-il qu'elle existe, et puisse assumer un tel r&#244;le. Et d'autre part, cela n'implique nullement le transfert maximal de pouvoirs vers le haut : la meilleure r&#233;gulation peut cas par cas &#234;tre d&#233;centralis&#233;e et proche du terrain. Or lorsqu'on prend en compte le degr&#233; r&#233;el d'organisation politiquement disponible, on constate que la communaut&#233; nationale est le stade le plus large d'organisation politique r&#233;elle. Au-dessus, il n'y a actuellement pas de r&#233;alit&#233; politique, autre qu'inter&#233;tatique, ni de base politique &#224; quelque chose de plus large (Europe mise &#224; part).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des remarques analogues peuvent &#234;tre faites pour les march&#233;s. L'analyse &#233;conomique th&#233;orique nous explique que le protectionnisme est un mal et qu'une &#233;conomie m&#234;me peu efficace ou mal dot&#233;e gagne toujours aux &#233;changes internationaux de marchandises. Mais cette th&#233;orie, vraie &#224; un niveau abstrait au moins pour les marchandises, est insuffisante pour analyser la r&#233;alit&#233;. Non seulement parce que sa validit&#233; suppose que des conditions sp&#233;cifiques soient r&#233;alis&#233;es, rarement r&#233;unies, mais plus encore parce qu'elle ignore le d&#233;veloppement d'une &#233;conomie et d'une soci&#233;t&#233; dans le temps : en s'ouvrant, on peut perdre le contr&#244;le de son &#233;conomie et voir &#233;touff&#233;s dans l'&#339;uf ses d&#233;veloppements futurs, ou sacrifier sa capacit&#233; industrielle. Et surtout cela ne tient pas compte du fait que justement la libert&#233; de mouvement des capitaux ruine les pr&#233;misses de la th&#233;orie des avantages comparatifs, car dans une mesure importante ces capitaux d&#233;terminent la comp&#233;titivit&#233; actuelle et future des &#233;conomies concern&#233;es. M&#234;me en termes &#233;conomiques, une communaut&#233; peut donc avoir int&#233;r&#234;t &#224; aider ou prot&#233;ger au moins pendant un temps des activit&#233;s parce qu'elles sont trop jeunes, ou sous-comp&#233;titives. Par ailleurs, du fait des &#233;changes on peut mettre en danger des biens communs essentiels mais non &#233;conomiques, par exemple culturels. Une autre consid&#233;ration majeure est la s&#233;curit&#233;, mise en &#233;vidence par la crise de la Covid 19, qui a rappel&#233; qu'il &#233;tait au minimum indispensable pour un pays de disposer dans la mesure du possible d'un contr&#244;le sur les ressources les plus vitales, et bien souvent d'une capacit&#233; de production propre. Cela s'&#233;tend bien au-del&#224; de la sant&#233; et de la d&#233;fense proprement dite, pour couvrir la s&#233;curit&#233; &#233;conomique au sens large. Celle-ci ne peut &#233;videmment pas &#234;tre absolue, ni l'autonomie souveraine, tant s'en faut. Mais la pr&#233;occupation en est l&#233;gitime et m&#234;me fondamentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On ne saurait donc conclure &#224; la libert&#233; absolue des &#233;changes sans autre consid&#233;ration - m&#234;me si tr&#232;s souvent les appels au protectionnisme sont int&#233;ress&#233;s et injustifi&#233;s d'un point de vue collectif. D&#232;s lors, il faut admettre que l'ouverture maximale des fronti&#232;res n'est pas toujours conforme au bien des communaut&#233;s, ou m&#234;me au bien commun universel, lequel suppose celui des communaut&#233;s. Excellente dans la plupart des cas, elle peut &#234;tre nuisible dans d'autres, et notamment ruiner la base m&#234;me de la solidarit&#233; et de la vie commune. Sans parler des consid&#233;rables probl&#232;mes fiscaux que tout cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect financier&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci est encore plus vrai des mouvements de capitaux dont la libert&#233; totale peut pr&#233;senter des inconv&#233;nients r&#233;els, &#233;ventuellement consid&#233;rables. D'abord la th&#233;orie des avantages comparatifs ne s'y applique pas. Il n'y a pas de pays naturellement dot&#233;s en la mati&#232;re. Bien s&#251;r il y a des pays &#224; exc&#232;s d'&#233;pargne, et d'autres en manque de capitaux. Mais outre que cet argument ne justifierait la libert&#233; de mouvement que lorsque qu'on constate un tel d&#233;s&#233;quilibre, il fait l'impasse sur l'orientation de cette &#233;pargne, notamment en termes de rapports de pouvoir, actuels et futurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les avantages de la libre circulation des capitaux en g&#233;n&#233;ral mis en avant sont le plus grand choix ouvert aux investisseurs et aux demandeurs de capitaux ; la diversification des risques pour les uns et le moindre co&#251;t pour les autres ; et les apports technologiques (ou autres) &#233;ventuels en cas d'investissement direct, facteurs de croissance plus forte. Mais ces avantages, souvent bien r&#233;els, ne sont pas garantis toujours et partout. Dans le cas des investisseurs financiers, le plus grand choix est souvent compens&#233; et au-del&#224; par une moindre connaissance du terrain et une plus grande volatilit&#233;, et par l'absence de solidarit&#233; avec les r&#233;cipiendaires. La diversification des risques peut &#234;tre compens&#233;e et au-del&#224; par une mauvaise mesure de ceux-ci et par les risques syst&#233;miques que l'interconnexion induit. Le moindre co&#251;t imm&#233;diat peut &#234;tre compens&#233; et au-del&#224; par le co&#251;t tr&#232;s &#233;lev&#233; de l'interd&#233;pendance en cas de crise. Du point de vue de la communaut&#233; d'accueil, il y a notamment un risque de d&#233;stabilisation qu'on a vu dans la crise asiatique des ann&#233;es 90, et dans la crise de 2008, avec son effet d'entra&#238;nement transatlantique. On l'a retrouv&#233; dans la crise europ&#233;enne &#224; partir de 2010. Il est &#233;vident qu'une souverainet&#233; doit en permanence se soucier de ces risques et tenter de les pr&#233;venir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux investissements directs, moins contestables, ils peuvent &#233;chapper au contr&#244;le local et se r&#233;v&#233;ler une source de d&#233;pendance forte. Qui dit investissement direct dit en effet contr&#244;le des entreprises. Or m&#234;me multinationales, celles-ci gardent une dimension d'enracinement national essentielle, et savoir o&#249; se situe celui qui les contr&#244;le peut en changer de fa&#231;on importante le destin. Dans le cas extr&#234;me, le pays d'accueil peut y perdre le contr&#244;le de son avenir ; et le pays de d&#233;part, sa substance. Et d'un point de vue politique au bon sens du terme, on ne peut accepter qu'une op&#233;ration boursi&#232;re fasse perdre &#224; un pays le contr&#244;le d'une activit&#233; essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'est donc pas en soi ill&#233;gitime qu'un certain contr&#244;le raisonn&#233; des investissements et plus g&#233;n&#233;ralement des mouvements des capitaux soit effectu&#233; ; c'est m&#234;me indispensable. De m&#234;me d'ailleurs qu'en sens inverse on puisse avoir &#224; se pr&#233;occuper d'attirer des capitaux &#233;trangers. Keynes avait d&#233;clar&#233; un jour &#224; la Chambre des Lords que la finance devait &#234;tre avant tout nationale. Evidemment un d&#233;cideur public n'est en rien infaillible ; il est en outre sujet &#224; de multiples pressions int&#233;ress&#233;es. Mais sa responsabilit&#233; est suffisamment claire pour qu'il ne puisse se d&#233;sint&#233;resser de la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin que la souverainet&#233; financi&#232;re au bon sens du terme ne repose pas uniquement sur la r&#232;glementation des mouvements de capitaux. Elle suppose aussi une base d'&#233;pargne forte, orient&#233;e dans le bon sens, c'est-&#224;-dire vers l'avenir et donnant une autonomie appr&#233;ciable. Et donc investie en actions, et dans la recherche. Notons sans d&#233;velopper ce point essentiel que nous en sommes loin en France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Europe ou nation ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le contexte de l'Union europ&#233;enne, la question prend un relief particulier. La libre circulation des capitaux et la libert&#233; d'&#233;tablissement au sein de l'Union y sont un dogme. Nous n'aborderons pas cette question, sinon pour rappeler l'incoh&#233;rence radicale entre ce principe et l'absence presque compl&#232;te d'harmonisation de la fiscalit&#233; et des r&#233;gimes sociaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A usage externe, la question se pose du point d'application des id&#233;es qu'on vient de d&#233;velopper. Le niveau pertinent est-il l'Europe ou l'Etat membre ? Le d&#233;bat d&#233;passe largement ce court article. Pour faire simple, le niveau europ&#233;en est de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale d&#233;fendu lorsqu'on insiste sur la taille du march&#233; unique, et sur l'effet de puissance qui peut &#234;tre obtenu par l'Europe au niveau mondial. Mais cela suppose pour fonctionner un consensus suffisant entre les pays membres, qui est loin d'&#234;tre acquis ; les vues sont r&#233;ellement tr&#232;s diff&#233;rentes entre pays, sans parler des conflits d'int&#233;r&#234;t. En outre, hors prudentiel l'approche europ&#233;enne actuelle est r&#233;solument en faveur de la libre circulation (hors atteinte &#224; la concurrence). La &#171; souverainet&#233; &#187; financi&#232;re europ&#233;enne est donc assez r&#233;elle en mati&#232;re de r&#233;gulation technique, mais bien plus faible si on la comprend de la mani&#232;re plus large dont nous l'avons d&#233;finie. Et tant les trait&#233;s que le sentiment de la plupart des &#233;tats-membres tendent &#224; la r&#233;duire &#224; ce r&#244;le.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc place pour une double approche (quitte &#224; adapter les trait&#233;s ou la pratique) nationale et europ&#233;enne. Le niveau national est alors, au stade actuel, le plus pertinent pour la propri&#233;t&#233; des entreprises, le droit applicable, leur organisation etc. Et pour l'organisation de l'&#233;pargne nationale. Travaillions-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Revue Banque&lt;/i&gt; juin 2021.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>



</channel>

</rss>
