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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trumpisme et le populisme : que ferait Aristote ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Trumpisme-et-le-populisme-que-ferait-Aristote.html</link>
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		<dc:date>2026-06-05T14:36:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique domine le d&#233;bat public. Le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Trump le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/aristotle-6381362_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style violent et des id&#233;es peu claires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par Trump, c'est non seulement un style particulier, exceptionnellement abrasif, et donc source de conflits plus que de paix ou de recherche commun du bien commun. Ce sont aussi et surtout des th&#232;mes ou des id&#233;es mises en avant, et des actions, qui se concilient mal avec une vision conservatrice au sens large, et encore moins avec la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Le refus pur et simple d'une politique moralisante, comme pr&#233;tendait l'&#234;tre la politique am&#233;ricaine auparavant, d&#233;bouche notamment chez lui sur le refus de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, au profit du primat affich&#233; de l'int&#233;r&#234;t national non qualifi&#233;. Et ses options &#233;conomiques et sociales manquent &#224; l'&#233;vidence de clart&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le choc produit par le trumpisme et les r&#233;actions n&#233;gatives que cela suscite, de fa&#231;on souvent l&#233;gitime, peuvent conduire &#224; des effets pr&#233;occupants pour qui est attach&#233; &#224; cette vision conservatrice au sens large et &#224; la pens&#233;e classique. Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique qui domine le d&#233;bat public utilise syst&#233;matiquement ce classement : on met dans la colonne du mal des gens ou des comportements inacceptables et on y assimile tout ce qu'on veut combattre. Vous n'&#234;tes pas de gauche et refusez la doxa dominante, donc vous &#234;tes fasciste, raciste, sexiste etc. Vous ne faite pas chorus avec toutes les condamnations du trumpisme, et donc vous &#234;tes un populiste revanchard et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet est &#233;videment accentu&#233; dans le cas pr&#233;cis de Trump par son style personnel et son agressivit&#233; extravagante. Mais la question se pose bien au-del&#224; : c'est celle de ce qu'on appelle populisme au sens large. Et au-del&#224;, celle des choix concrets qu'impose l'histoire, notamment &#224; des &#233;poques de transition entre deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Besoin de rupture et dangers de l'amalgame&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation de transition, un r&#233;gime politique vit sur des principes et r&#233;f&#233;rences contestables qu'il faut remplacer par d'autres ; et une partie appr&#233;ciable de la population souffre de cette &#233;tat de fait - en fait la majorit&#233;, et &#224; terme le pays en g&#233;n&#233;ral. Cette population est alors conduite &#224; remettre en cause les &#233;lites en place. Mais si la bonne r&#233;volution mentale ne s'est pas faite, ou pas assez, avec adoption de r&#233;f&#233;rences porteuses d'avenir, la r&#233;volte n'a pas de cadre autre que de revendications de base, ou de slogans. C'est alors dans le cadre de ce qu'on appelle populisme. Dans ce cas, le renversement de paradigme pouvant conduire &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des principes diff&#233;rents n'est pas encore l&#224;. De fait aujourd'hui encore les id&#233;es dominantes restent celles qui inspirent nos soci&#233;t&#233;s depuis deux si&#232;cles, &#224; travers leurs multiples avatars - m&#234;me si cette domination donne des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, ce qui est &#224; la base de ce populisme peut donc &#234;tre tout &#224; fait justifi&#233;. Mais il vient de la p&#233;riph&#233;rie. Et donc d'une part il ne s'appuie pas sur une conception politique alternative &#233;labor&#233;e. Et d'autre part il n'est pas pass&#233; par le filtre du savoir dont disposent les gens en place. S'y ajoute le fait que dans sa lutte pour parvenir au pouvoir, ce populisme doit passer &#224; travers les obstacles du r&#233;gime en place. D'o&#249; in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; grossier et simpliste. Ensuite, pour gouverner il se heurte &#224; l'hostilit&#233; des structures, alors m&#234;me qu'il sait assez mal comment discerner ce qu'il a &#224; faire concr&#232;tement. D'o&#249; une vuln&#233;rabilit&#233; aux critiques, et un risque &#233;lev&#233; d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et c'est l&#224; notre point, ces limites finissent par toucher aussi leurs compagnons de route et plus largement tous ceux auxquels on les assimile, dans le cadre dialectique d&#233;crit ci-dessus, et notamment tous les critiques du r&#233;gime en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Trump en est une bonne illustration, et cela m&#234;me en faisant la part de sa personnalit&#233; et de son comportement sp&#233;cifique. Il a en effet r&#233;uni sous son nom une coalition h&#233;t&#233;rog&#232;ne : MAGA isolationnistes, conservateurs traditionnels, chr&#233;tiens, libertariens, etc. sans parler des magnats de la Silicon Valley. Ce qui les r&#233;unit est un ennemi commun : la gauche woke pour simplifier, avec son effarante emprise ant&#233;rieure sur la vie publique et intellectuelle am&#233;ricaine. Et c'est Trump qui en est le liant, et qui donc est l'arbitre ultime de ses choix. Tout ce beau monde est donc embarqu&#233; avec lui, avec tous les risques correspondant. Cela n'emp&#234;che pas cette action d'avoir plusieurs dimensions tout &#224; fait utiles et positives. Mais le sch&#233;ma d'ensemble est passablement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation est un fait. Elle ne saurait justifier l'inaction. Mais il n'y a &#233;videmment pas de solution miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que tout ce qui concerne le travail en profondeur, l'&#233;laboration d'un corpus d'id&#233;es, et leur diffusion, garde tout son sens. Corr&#233;lativement, le maintien d'une analyse critique, relevant les bons c&#244;t&#233;s ou m&#234;me l'utilit&#233; &#233;ventuelle du populisme tout en en critiquant les limites et les risques, continuer &#224; rester une besoin incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le fait m&#234;me du tour que prend le combat politique, le fait que les coups de boutoir qui &#233;branlent le r&#233;gime se font en dominante sous le signe du populisme, avec les limites qu'on a &#233;voqu&#233;es. On ne peut pas ne pas appuyer certaines de ces secousses ; et on ne doit en m&#234;me temps pas lui donner de blanc-seing. L'exercice &#224; conduire rel&#232;ve donc par certains c&#244;t&#233;s du pilotage &#224; vue, combin&#233; avec la fermet&#233; sur les principes essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en prenant du recul, cela n'a rien de nouveau, ni d'exceptionnel. Une certaine clart&#233; sur les id&#233;es et principes politiques ne donne en g&#233;n&#233;ral pas pour autant un guide pratique s&#251;r pour l'action, car les situations r&#233;elles sont in&#233;vitablement opaques et embrouill&#233;es. Seuls ceux qui croient en un grand r&#233;cit progressiste, en un sens de l'histoire, s'imaginent qu'il y a un fil d'Ariane s&#251;r menant &#224; une soci&#233;t&#233; meilleure. Un Maurras s'&#233;tait battu avant 1914 pour l'id&#233;e que la monarchie &#233;tait le plus s&#251;r garant de la libert&#233; nationale ; il a tr&#232;s loyalement d&#233;fendu l'union sacr&#233;e en 14-18. Mais il a vu, juste apr&#232;s, s'effondrer la plus grande partie des monarchies europ&#233;ennes ; puis &#224; terme plus lointain, l'id&#233;e d&#233;mocratique r&#233;gner en ma&#238;tre sur le continent. Avait-il tort sur l'union sacr&#233;e en 14-18 ? Non sans doute. Mais le choix responsable dans une situation donn&#233;e est une chose, le r&#233;sultat en est une autre. Il y a trop de variables dans l'&#233;quation pour qu'on puisse agir &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique n'a jamais envisag&#233; quoi que ce soit de ce type. Elle sait que le politique est le royaume de l'inachev&#233; et de l'imparfait. Aristote avait d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e extraordinairement puissante et novatrice. Peut-on dire que son &#233;l&#232;ve Alexandre l'a mise en &#339;uvre ? Et d'ailleurs, qu'aurait pens&#233; Aristote de Trump ? La r&#233;ponse est dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Entre communication de choc et incertitude calcul&#233;e, que penser du trumpisme ?</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Entre-communication-de-choc-et-incertitude-calculee-que-penser-du-trumpisme.html</link>
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		<dc:date>2025-02-20T17:23:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Trumpisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection, Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par un tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. Certains aspects sont a priori bienvenus, d'autres moins, et certains choquent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela explique les appr&#233;ciations violentes que cela suscite en Europe. Mais cela m&#233;rite surtout de prendre un peu de recul.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on peut s'interroger sur la strat&#233;gie &#224; terme et sur les buts ultimes poursuivis : on retrouve ici les limites du populisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trumpisme-+.html" rel="tag"&gt;Trumpisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis son &#233;lection Donald Trump a pris de surprise son pays et la plan&#232;te par une tourbillon de mesures dans tous les sens, qui a laiss&#233; ses adversaires sinon sans voix, en tout cas totalement stup&#233;faits. Cela r&#233;sulte de la masse m&#234;me de ces d&#233;cisions, de leur radicalit&#233;, de la nouveaut&#233; de la m&#233;thode, et de l'acceptation tranquille d'une rupture radicale &#224; l'&#233;gard des conventions jusqu'ici re&#231;ues, y compris d'ailleurs, &#224; l'occasion, de r&#232;gles juridiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au niveau de la tactique, c'est ind&#233;niablement impressionnant. L'avenir dira dans quelle mesure cela aura &#233;t&#233; efficace du point de vue des auteurs ; mais il est probable qu'il en restera quelque chose d'appr&#233;ciable, et s&#251;rement plus que s'ils avaient proc&#233;d&#233; progressivement et gentiment. &lt;i&gt;Shock and awe&lt;/i&gt; disent les Am&#233;ricains. Ce n'est pas l'instinct spontan&#233; des Europ&#233;ens, mais c'est puissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quelle appr&#233;ciation de fond peut-on porter, m&#234;me si &#233;videmment on n'en est qu'au tout d&#233;but ? J'y vois quatre fronts.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un premier front est ce qu'on peut appeler au sens large l'h&#233;g&#233;monie de la pens&#233;e progressiste, qui avait pris des proportions caricaturales, notamment aux Etats-Unis, avec le wokisme. Elle a ind&#233;niablement re&#231;u des coups vigoureux : en premier lieu, le d&#233;mant&#232;lement de l'USAID a mis en &#233;vidence &#224; la fois l'aberration de financements purement id&#233;ologiques et le client&#233;lisme d'ONG bien positionn&#233;es. Mais le mouvement massif de recul des pratiques DEI (diversit&#233;, &#233;quit&#233;, inclusion ; en fait, du wokisme, y compris les pratiques trans et LGBT), qui avaient gangren&#233; toute une partie des entreprises et de l'administration, n'est pas moins frappant. L&#224; encore, on ne pourra juger qu'&#224; terme ; mais le choc est appr&#233;ciable. On ne boudera pas un sentiment g&#233;n&#233;ral de satisfaction devant cette remise des pendules &#224; l'heure &#224; l'&#233;gard d'une emprise devenue l&#224;-bas obsessionnelle et &#233;touffante, et qui se r&#233;pand ici.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me front est celui des migrations : remettre en cause la situation aberrante de millions de clandestins th&#233;oriquement ill&#233;gaux, mais de fait tol&#233;r&#233;s, est en soi coh&#233;rent. Et cela envoie un signal fort aux candidats &#233;ventuels. Il reste que, m&#234;me en mettant de c&#244;t&#233; la question des m&#233;thodes, cela ne donne pas &#224; ce stade une image claire de l'avenir sur ce plan : transformer l'Am&#233;rique en forteresse ? Reconvertir des millions d'Am&#233;ricains dans les m&#233;tiers occup&#233;s par les migrants ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me front est celui des guerres et n&#233;gociations internationales, en premier lieu Ukraine et Gaza. Le choc n'est pas moins r&#233;el, mais l'appr&#233;ciation &#224; porter plus complexe. D'un c&#244;t&#233;, on a une recherche de solutions &#224; des probl&#232;mes lancinants, qu'il fallait traiter un moment ou un autre : c'est en soi bienvenu ; on dira m&#234;me : il &#233;tait temps. D'un autre c&#244;t&#233;, on entend des d&#233;clarations tonitruantes et surprenantes : int&#233;r&#234;t pour des annexions qui rappellent le bon vieux temps (Groenland, Panama, voire Canada) ; ou projets aberrants de d&#233;logement de l'enti&#232;ret&#233; de la population de Gaza. Mais le terrain est ici autrement plus difficile : c'est l'intraitable question isra&#233;lo-palestinienne, dans un Moyen Orient connu depuis des mill&#233;naires pour ses sables mouvants ; ou la partie de poker avec le retors et implacable Vladimir Poutine, apr&#232;s trois ans de guerre atroce et d'oppositions passionnelles. Reste donc &#224; voir ce que pourra faire Trump sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un domaine apparent&#233;, le coup de pied dans la fourmili&#232;re europ&#233;enne a le m&#233;rite de mettre en &#233;vidence la vacuit&#233; des discours va-t'en guerre atlantistes engag&#233;s dans une confrontation irresponsable et ingagnable avec la Russie, ou le d&#233;calage manifeste entre la caste dominante et l'opinion populaire (entre autres sur les migrations), soulign&#233; par JD Vance. Mais la mise en cause par le camp Trump est trop centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains, brutalement assum&#233;s, pour &#234;tre pleinement audible et fructueuse. En outre, la m&#233;thode ouvre une b&#233;ance, dans laquelle les europ&#233;istes vont tenter de s'engouffrer, selon leur mantra habituel (toujours plus d'Europe). Ce qui voudrait dire plus d'emprise bureaucratique et de palabres continuels, mais pas plus d'ind&#233;pendance, ni de s&#233;curit&#233;. Fort heureusement, ils ne sont pas d'accord entre eux. L&#224; aussi, un jeu tr&#232;s ouvert.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me front est l'&#233;conomie, o&#249; la coh&#233;rence du trumpisme ne saute pas aux yeux, entre d&#233;fense des masses am&#233;ricaines et d&#233;r&#233;glementation ; entre populisme et r&#233;forme de l'Etat men&#233;e par un milliardaire ; entre lutte contre l'inflation et droits de douanes ou &#233;limination de la main d'&#339;uvre immigr&#233;e clandestine ; entre affirmation de la puissance am&#233;ricaine et ouverture d'une confrontation commerciale &#224; l'issue incertaine et aux r&#232;gles floues. C'est le front le moins clair. On est donc ici dans l'expectative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, sur ces deux derniers fronts notamment, la m&#233;thode Trump, celle d'un n&#233;gociateur de deals immobiliers, produit un effet de surprise, qui de son point de vue plonge utilement les parties adverses dans l'incertitude. Mais cette m&#234;me incertitude s'&#233;tend malheureusement aux buts poursuivis. Certes son entourage para&#238;t plus consistant et structur&#233; que dans son premier mandat, avec ici ou l&#224; des id&#233;es plus claires et souvent bien orient&#233;es. Mais cela n'efface pas l'incertitude sur Trump lui-m&#234;me, comme en t&#233;moignent ses &#233;clats &#233;tranges, ou sur la vari&#233;t&#233; de ces influences. Il n'est donc pas facile de porter un jugement de fond sur ce qui pourra ressortir de cette exp&#233;rience in&#233;dite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A ces consid&#233;rations s'ajoute celle du style et de la m&#233;thode. Passons sur l'agressivit&#233; du personnage : certes, elle choque moins outre-Atlantique et para&#238;t parfois ressusciter un XIXe si&#232;cle am&#233;ricain qu'on avait oubli&#233; ici. Mais le style n'est pas neutre. La vulgarit&#233; et l'agressivit&#233; permanentes, le m&#233;pris des adversaires ne sont pas des instruments permettant la construction de relations civilis&#233;es, en interne comme en externe. Et donc, m&#234;me si dans l'ensemble le trumpisme se trouvait &#233;ventuellement avoir un bilan positif, il faudra passer &#224; autre chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus largement, &#224; qui est attach&#233; &#224; la tradition de civilisation et de culture classiques qui est l'honneur de nos pays, tout cela pose un probl&#232;me de fond. On peut en effet admettre qu'un prix soit pay&#233; pour d&#233;loger l'emprise de l'id&#233;ologie progressiste, mais il faut &#234;tre au clair sur la cible. Or le probl&#232;me pos&#233; par ce qu'on appelle au sens large populisme, bien au-del&#224; de Trump d'ailleurs, est qu'il vient par la force des choses de la p&#233;riph&#233;rie de la soci&#233;t&#233;, et qu'il n'est donc ni polic&#233;, ni tr&#232;s &#233;labor&#233; dans ses conceptions et analyses (les conceptions vraiment conservatrices au bon sens du terme, plus &#233;labor&#233;es aux Etats-Unis qu'en Europe, restent minoritaires).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; vient du fait que le paradigme progressiste, culturellement dominant, a dans une large mesure confisqu&#233; &#224; son profit les r&#233;f&#233;rences moralisantes et civilisatrices de nos soci&#233;t&#233;s. Par exemple, l'affirmation sans complexe d'un int&#233;r&#234;t national pur est en un sens rafra&#238;chissante par rapport aux hypocrisies ant&#233;rieures et &#224; la brutalit&#233; dangereuse des &#171; n&#233;ocons &#187; et leur imp&#233;rialisme id&#233;ologique ; mais elle n'est &#233;videmment pas sans ses risques, si elle conduit &#224; intensifier les affrontements. Et si on peut &#234;tre satisfait de voir les petits marquis ou les pr&#234;cheurs exalt&#233;s, bruxellois ou germanopratins, d&#233;log&#233;s de leurs certitudes arrogantes et menac&#233;s dans leur emprise croissante, il ne faut pas que par cette occasion on jette le b&#233;b&#233; avec l'eau du bain, et qu'on fasse sauter des barri&#232;res civilisatrices, ou tout simplement des r&#232;gles du jeu utiles. De m&#234;me, si on ne peut qu'applaudir &#224; la marginalisation des d&#233;lires de la th&#233;orie du genre, cela ne saurait &#224; soi seul restaurer une conception juste et saine de la sexualit&#233; et plus encore de la famille.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres mots, cela ne dispense pas de la r&#233;forme intellectuelle et morale dont parlait Renan. Chez eux comme en Europe, elle reste &#224; faire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur&lt;/i&gt; Politique magazine.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Zemmour et la reconstruction de la droite : perspectives</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Zemmour-et-la-reconstruction-de-la-droite-perspectives.html</link>
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		<dc:date>2022-02-01T17:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Droite</dc:subject>
		<dc:subject>Zemmour</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'irruption du ph&#233;nom&#232;ne Zemmour a permis une revitalisation du d&#233;bat politique &#224; droite et l'ouverture d'alternatives jusque-l&#224; compromises.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais si on admet que son &#233;lection est peu probable au vu des donn&#233;es actuelles, que peut-on attendre sur la dur&#233;e de ce ph&#233;nom&#232;ne ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Zemmour-+.html" rel="tag"&gt;Zemmour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans un billet pr&#233;c&#233;dent, je notais la persistance de l'h&#233;g&#233;monie des id&#233;es dites de gauche &#8211;d'o&#249; l'emprise du &#8216;politiquement correct' et le conformisme m&#233;diatique. Le glissement ind&#233;niable &#224; droite, sur le terrain politique et sur certains th&#232;mes comme l'immigration ou la s&#233;curit&#233;, reste limit&#233; &#224; certains th&#232;mes du d&#233;bat politique, ce n'est pas l'&#233;mergence d'un mode de pens&#233;e alternatif. Je rappelais qu'un vrai changement supposerait un changement de paradigme dans le mode de pens&#233;e collectif, dont on reste loin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte le ph&#233;nom&#232;ne Zemmour est important mais pas conclusif &#224; soi seul. Outre qu'il reste loin d'un v&#233;ritable pens&#233;e conservatrice, il incarne un retour de patriotisme sur la base d'un corpus de pens&#233;e dominant dans les ann&#233;es 50, comme tel souvent juste et utile. Mais il a suscit&#233; une r&#233;action violente, qu'il aggrave par ses d&#233;fauts, de la brutalit&#233; de langage &#224; la d&#233;fense d'id&#233;es contreproductives. M&#234;me s'il a les 500 signatures, ses chances sont limit&#233;es. Cela dit globalement son irruption est b&#233;n&#233;fique. Mais qu'est-ce que cela peut donner &#224; terme ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on se base sur les donn&#233;es actuellement disponibles, voici ce qui me para&#238;t le sc&#233;nario le plus plausible. M&#234;me avec les 500 signatures Zemmour ne serait pas au deuxi&#232;me tour. Face &#224; E. Macron on trouverait V. P&#233;cresse ou M. Le Pen. Et Macron les battrait. Mais Macron n'a pas cr&#233;&#233; de vrai parti implant&#233;, et il n'aura tr&#232;s probablement pas de majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e ; son r&#232;gne absolu et son style olympien auront donc leur fin. Pour gouverner il lui faudra un alli&#233;, et le seul qui aura les troupes pour cela, c'est LR, les R&#233;publicains. Qui ne pourront pas non plus gouverner seuls. Et donc leur alliance est tr&#232;s probable &#8211; comme beaucoup de gens le pressentent. A vrai dire les diff&#233;rences entre eux sont minces, hors la frange droite de LR. La cons&#233;quence en serait de revigorer la partie de LR que symbolise le choix de V. P&#233;cresse ; mais en m&#234;me temps d'exposer LR &#224; un dilemme encore plus corn&#233;lien, car se mouiller plus encore avec E. Macron impliquerait de d&#233;gager dangereusement son flanc droit. Ce qui laisserait de la place pour une alternative de ce c&#244;t&#233;. Naturellement le rapport de force serait meilleur pour eux si c'est V. P&#233;cresse qui est au second tour ; mais sans changer l'&#233;quation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Dans ce sc&#233;nario, une fois de plus M. Le Pen raterait son coup. Mais moins nettement si elle est au second tour avec 45% des voix. On peut imaginer alors qu'elle se maintienne en position en attendant 2027. Mais il n'est pas &#233;vident qu'elle profite pour autant des dilemmes de LR ; ce qui confirme l'existence d'un espace politique entre elle et LR. Si en revanche c'est V. P&#233;cresse qui est au second tour, l&#224; le dilemme deviendrait beaucoup plus dur pour M. Le Pen, et l'espace alternatif &#224; droite serait encore plus grand.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit, il y a des prospectives favorables pour le d&#233;veloppement d'un offre politique &#224; droite qui ne serait captive ni du chiraquisme ni du lep&#233;nisme. Ind&#233;niablement E. Zemmour l'a r&#233;veill&#233;e et actualis&#233;e politiquement. Peut-il l'exploiter ult&#233;rieurement ? Cela suppose la construction sur la dur&#233;e d'un mouvement politique, op&#233;ration tr&#232;s diff&#233;rente tant du r&#244;le de pol&#233;miste ind&#233;pendant que de celui de candidat dans une &#233;lection hyper-personnalis&#233;e. D'autant que si c'est pour r&#233;&#233;diter la personnalisation du pouvoir fa&#231;on RN, cela ne sert &#224; rien. Cela suppose une &#233;volution en profondeur dans un sens pluriel et bien plus rassembleur, faisant vivre ensemble sur la dur&#233;e des personnalit&#233;s multiples et pouvant rayonner au-del&#224; d'un noyau dur de passionn&#233;s. Le tout malgr&#233; des perspectives &#233;lectorales longues (sauf inattendu politique), qui impliquent de durer sans se mettre une opportunit&#233; sous la dent : il n'y aura pas d'&#233;lection majeure avant la fin du quinquennat en 2027, en dehors des europ&#233;ennes de 2024.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce n'est pas en soi infaisable, mais cela supposerait une nouvelle mutation d'E. Zemmour. A moins que quelqu'un d'autre prenne le relais, en accord ou pas avec lui&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine &lt;i&gt;N&#176; 210 - f&#233;vrier 2022&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le politiquement correct, Zemmour et les conservateurs</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-politiquement-correct-Zemmour-et-les-conservateurs.html</link>
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		<dc:date>2022-01-05T17:55:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Zemmour</dc:subject>
		<dc:subject>Gramsci</dc:subject>
		<dc:subject>H&#233;g&#233;monie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Depuis quelque temps, on parle beaucoup plus de la bataille des id&#233;es en politique. On cite alors volontiers les id&#233;es de Gramsci et son concept d'h&#233;g&#233;monie : l'id&#233;e que le syst&#232;me de pens&#233;e dominant, celui qui structure la pens&#233;e, le d&#233;bat et l'action collectifs, &#233;tait d&#233;cisif pour une victoire r&#233;elle. Dans la situation actuelle, l'h&#233;g&#233;monie reste de gauche ou &#8216;progressiste'. Quel sens prend alors l'irruption du ph&#233;nom&#232;ne Zemmour ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Depuis quelque temps, on parle beaucoup plus de la bataille des id&#233;es en politique et notamment du r&#244;le des id&#233;es dominantes dans la victoire, victoire aux &#233;lections mais surtout mise en &#339;uvre effective d'une politique. On cite alors volontiers les id&#233;es de Gramsci et son concept d'h&#233;g&#233;monie : communiste, il a boulevers&#233; la r&#233;flexion marxiste de son temps en introduisant, dans ce contexte de pens&#233;e o&#249; les infrastructures socio&#233;conomiques &#233;taient jug&#233;es seules d&#233;cisives, l'id&#233;e que le niveau du syst&#232;me de pens&#233;e dominant, celui qui structure la pens&#233;e, le d&#233;bat et l'action collectifs, &#233;tait tout aussi important pour une victoire r&#233;elle. Cette analyse s'apparente &#224; celle que pour ma part je privil&#233;gie, en termes de paradigme ; mais un paradigme est structurant au niveau de la pens&#233;e, car il conditionne la production m&#234;me de ces id&#233;es puis leur diffusion et appr&#233;ciation, alors que l'h&#233;g&#233;monie est plus un fait sociopolitique, une domination constat&#233;e, mais sans doute moins structurante au niveau de la pens&#233;e m&#234;me. L'un conditionne la production d'id&#233;es ou d'id&#233;ologie, l'autre est le fait de la domination constat&#233;e d'une ou plusieurs id&#233;ologies. Les deux notions sont &#233;videmment compl&#233;mentaires, mais on comprend qu'il est plus ais&#233; de changer une h&#233;g&#233;monie que de modifier un paradigme s'il est central.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoiqu'il en soit, l'approche est en soi f&#233;conde ; et on cherche alors &#224; l'appliquer aux id&#233;es dites de droite ou conservatrices. Dans un contexte o&#249; l'h&#233;g&#233;monie appartient &#224; l'&#233;vidence aux id&#233;es dites de gauche &#8211; au moins intellectuellement, d'o&#249; entre autres cette emprise du &#8216;politiquement correct' et le conformisme &#233;tonnant de la classe journalistique -, il s'agit alors de guetter le moment d'un changement et d'y &#339;uvrer. Certains proclamant m&#234;me que ce changement vers la droite est d&#233;j&#224; en cours. Au niveau des moyens, certains encore soutiennent que le combat des id&#233;es est prioritaire ; d'autres qu'une victoire politique et des &#233;v&#233;nements frappants (comme en 1958) peuvent acc&#233;l&#233;rer ou m&#234;me produire la mutation au niveau des id&#233;es. Qu'en est-il ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Constatons d'abord que dans la situation actuelle, et malgr&#233; une certain renouveau d'int&#233;r&#234;t pour les id&#233;es dites de droite ou conservatrice, l'h&#233;g&#233;monie reste de gauche ou &#8216;progressiste'. Le cas des m&#233;dias est &#233;vident : m&#234;me dans les journaux classiques dits plut&#244;t de droite, la culture d'une partie appr&#233;ciable des journalistes reste de gauche. Ce n'est pas uniquement ou m&#234;me principalement une question de propri&#233;t&#233; des m&#233;dias, ou de leur orientation affich&#233;e : c'est une culture dominante. Certes il y a beaucoup de gens qui pensent autrement, mais le r&#244;le d'une h&#233;g&#233;monie est de les neutraliser ou de les affaiblir, pas n&#233;cessairement de faire disparaitre toute divergence. Une telle h&#233;g&#233;monie permet de bloquer ce qui va contre elle (dans les moments o&#249; elle se trouve en position de faiblesse relative), ou de faire passer des &#233;volutions (quand le cadre lui est plus favorable). Des exemples &#233;vidents en sont les &#233;volutions de m&#339;urs et les l&#233;gislations correspondantes ; ou dans un autre genre la construction europ&#233;enne. Notons que cette h&#233;g&#233;monie peut parfaitement subsister m&#234;me quand la gauche politique (ou ce qui se d&#233;finit comme tel) est mal en point, comme c'est le cas actuellement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Corr&#233;lativement, malgr&#233; le glissement ind&#233;niable vers la droite sur le terrain politique, les id&#233;es conservatrices ou classiques restent au fond marginales. Contrairement &#224; ce que d'aucuns affirment, il n'y a pas de remont&#233;e perceptible. En fait cela supposerait &#224; mon sens un changement de paradigme (comme je le d&#233;veloppe dans mon Pour un grand retournement politique), ce dont on reste loin. Certes, &#224; nouveau, on observe sur la sc&#232;ne politique un glissement &#224; droite sur certains th&#232;mes, notamment sur l'immigration, le souverainisme ou la s&#233;curit&#233; nationale en mati&#232;re &#233;conomique etc. C'est vrai, mais cela reste un glissement sur des th&#232;mes, pas l'&#233;mergence d'un mode de pens&#233;e alternatif m&#234;me limit&#233; ; c'est d'ailleurs relativement peu construit sur le plan des id&#233;es. A nouveau, le glissement vaut surtout sur le terrain politique, mais m&#234;me l&#224; cela reste contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On objectera l'&#233;mergence du ph&#233;nom&#232;ne Zemmour : c'est effectivement une fait important, mais qu'il faut bien situer. Zemmour n'est d'abord pas vraiment un conservateur au sens des id&#233;es politiques, encore moins un h&#233;ritier de la pens&#233;e classique ou de la tradition l&#233;gitimiste. Beaucoup plus proche de la ligne de pens&#233;e bonapartiste, comme il le dit lui-m&#234;me, il incarne dans une large mesure la r&#233;surgence d'un corpus d'id&#233;es et de conceptions autrefois largement r&#233;pandues il y a 50 ans ou plus, un stade ant&#233;rieur des conceptions, notamment sur le patriotisme, quelque peu r&#233;adapt&#233;es au contexte actuel. Et comme &#224; cette &#233;poque le processus des destruction d'id&#233;es ou de valeurs essentielles &#233;tait beaucoup moins avanc&#233;, une telle r&#233;&#233;mergence conduit &#224; l'affirmation de convictions en soi justes et utiles, malgr&#233; un nombre appr&#233;ciable de scories.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son avantage est qu'il s'en prend au &#8216;politiquement correct' tel qu'il domine aujourd'hui, et cela en se portant sur le plan des id&#233;es, m&#234;me si la th&#233;orisation reste chez lui limit&#233;e. D'o&#249; d'ailleurs l'effarant tir de barrage qui s'est &#233;lev&#233; contre lui. Face &#224; cela on trouve &#233;videmment ses d&#233;fauts personnels, notamment ses p&#233;ch&#233;s mignons intellectuels (attachement &#224; certaines affirmations contestables ou non pertinentes dans le d&#233;bat politique) et son style tr&#232;s tranchant. Ou encore, dans l'autre sens, son h&#233;sitation &#224; aller jusqu'au bout de la pens&#233;e, comme sur l'Europe. Plus, &#233;videmment, l'absence d'appareil politique rod&#233; et de relais locaux (on le verra d&#233;j&#224; au niveau des 500 parrainages que la candidature demande). Tout cela veut dire que ses chances sont limit&#233;es ; en outre, m&#234;me &#233;lu, il n'aurait pas de base parlementaire pour gouverner. En termes gramsciens, il reste donc tr&#232;s loin d'une h&#233;g&#233;monie. A vrai dire, dans mon vocabulaire, personne ne peut vraiment y parvenir faute d'un changement de paradigme, ce qui serait un ph&#233;nom&#232;ne autrement plus profond. Mais on peut sans doute aller plus loin qu'aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'en reste pas moins que globalement son irruption est all&#233;e dans un sens utile et b&#233;n&#233;fique. Pour secouer le &#8216;politiquement correct', et contribuer &#224; faire &#233;voluer les id&#233;es d'une part. Et d'autre part pour peser sur le d&#233;bat politique d'ensemble. Ce qui contraste avec le Rassemblement national, devenu au fond un mouvement principalement populiste au sens propre du terme, donc peu abouti, de plus en plus timide sur les id&#233;es et trop souvent irr&#233;aliste sur les mesures, notamment &#233;conomiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est clair que globalement il reste beaucoup de chemin &#224; parcourir pour conna&#238;tre un r&#233;el changement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans&lt;i&gt; Politique magazine&lt;/i&gt; n&#176; 209 en janvier 2022.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/le-politiquement-correct-zemmour-et-les-conservateurs/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Que signifie &#234;tre conservateur aujourd'hui ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Que-signifie-etre-conservateur-aujourd-hui.html</link>
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		<dc:date>2021-01-17T10:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;On parle beaucoup de conservatisme depuis quelques temps. C'est d&#251; en partie &#224; la situation politique : l'&#233;mergence d'Emmanuel Macron a fait &#233;clater la cohabitation ambigu&#235; des droites, lib&#233;rale, conservatrice et autres, au sein des R&#233;publicains. Et on a per&#231;u - un peu vite - les tentatives de F. Fillon ou de FX Bellamy comme signes de l'&#233;mergence de th&#232;mes conservateurs. Mais c'est aussi un th&#232;me &#233;ditorial, comme le montre le monumental dictionnaire du conservatisme. Mon propos ici sera de cerner quel sens authentique, c'est-&#224;-dire porteur de voies nouvelles, on peut lui donner aujourd'hui.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;On parle beaucoup de conservatisme depuis quelques temps. C'est d&#251; en partie &#224; la situation politique : l'&#233;mergence d'E. Macron a fait &#233;clater la cohabitation ambigu&#235; des droites, lib&#233;rale, conservatrice et autres au sein des R&#233;publicains, et on a per&#231;u un peu vite les tentatives de F. Fillon ou de FX Bellamy comme signes de l'&#233;mergence de th&#232;mes conservateurs. Mais c'est aussi un th&#232;me &#233;ditorial, comme le montre le monumental dictionnaire du conservatisme. Mon propos ici sera de cerner quel sens authentique, c'est-&#224;-dire porteur de voies nouvelles, on peut lui donner aujourd'hui.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;De quoi s'agit-il ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le conservatisme est n&#233; en r&#233;action &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise ; il s'est positionn&#233; face &#224; elle et aux id&#233;es qu'elle repr&#233;sentait. N&#233; en Angleterre avec Burke, il s'est d&#233;velopp&#233; ensuite ailleurs, avec toutefois une difficult&#233; plus grande en France, du fait de l'emprise plus grande du fait r&#233;volutionnaire. D'autant que la r&#233;action en retour y a pris de Bonald &#224; Maurras des formes contre-r&#233;volutionnaires plus dures que le conservatisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple, le conservateur oppose au projet r&#233;volutionnaire de reconstruction de la soci&#233;t&#233; &#224; partir d'une id&#233;ologie pos&#233;e au d&#233;part, une conception de la soci&#233;t&#233; politique fond&#233;e sur l'exp&#233;rience de l'histoire, empirique mais attentive &#224; d&#233;gager des r&#233;f&#233;rences morales ou sociales, ainsi que sur l'attachement &#224; des institutions issues de cette m&#234;me histoire et permettant la vie en commun, de la famille &#224; la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tel quel, ses limites sont de deux ordres. D'un c&#244;t&#233;, l'empirisme peut le conduire &#224; admettre aujourd'hui ce qu'il refusait hier et donc &#224; &#234;tre &#224; la remorque d'une &#233;volution domin&#233;e par le camp d'en-face., d'autant que sa r&#233;serve &#224; l'&#233;gard de l'&#233;laboration th&#233;orique le conduit souvent &#224; rester flou et &#224; s'hybrider avec d'autres conceptions, comme le lib&#233;ralisme. D'un autre c&#244;t&#233;, la pr&#233;dominance d'un comportement en r&#233;action emp&#234;che de discerner et de proposer des directions d'action assur&#233;es et affirmatives, fond&#233;es sur des id&#233;es explicitement assum&#233;es. Certes, le XIXe si&#232;cle a donn&#233; des exemples de politiques de type conservateur hardies et r&#233;ussies dans leur genre, comme Disraeli ou Bismarck&#8211; malgr&#233; leurs d&#233;fauts. Mais c'est moins net au si&#232;cle suivant : Reagan et Mme Thatcher par exemple ont eu un r&#233;el succ&#232;s, mais leur positionnement &#233;tait hybride entre conservatisme et lib&#233;ralisme ; comme &#233;tait hybride le gaullisme, de fa&#231;on diff&#233;rente. L'ordo-lib&#233;ralisme allemand d'un Adenauer est en partie aussi un succ&#232;s conservateur, mais il ne se pr&#233;sentait pas comme tel et &#233;tait lui aussi hybride.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc dans le conservatisme une faiblesse constitutive, que le nom m&#234;me met en &#233;vidence : conserver peut &#234;tre une fonction noble, mais elle ne se suffit pas &#224; elle-m&#234;me et suppose un crit&#232;re du vrai ou du bien, afin de pouvoir reconna&#238;tre ce qui est bon et qu'on conserve, sans &#234;tre domin&#233; par une vision du temps dict&#233;e par ceux qu'on combat. Il appara&#238;t donc qu'un d&#233;veloppement sain du conservatisme suppose une r&#233;flexion et une &#233;laboration intellectuelles plus exigeantes et plus approfondies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Pens&#233;e classique et paradigme relativiste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'en r&#233;alit&#233; l'enjeu est fondamental, et va bien au-del&#224; d'une r&#233;action adapt&#233;e &#224; une conjoncture politique : ce contre quoi le conservatisme r&#233;agit, au-del&#224; des &#233;v&#233;nements r&#233;volutionnaires, est en effet un paradigme dominant depuis trois si&#232;cles. C'est ce que je montre dans un livre qui vient de para&#238;tre, Pour un grand retournement politique . Un paradigme est ce qui structure la pens&#233;e et l'expression commune : ce paradigme, qu'on l'appelle lib&#233;ral ou relativiste, est fond&#233; sur le refus de la recherche commune du vrai et du bien, au profit d'un a priori de neutralit&#233; dans lequel l'homme &#233;mancip&#233; est cens&#233; se faire lui-m&#234;me. D&#232;s lors, la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. Les cons&#233;quences de ce paradigme ne se sont fait sentir que progressivement : si on maintenait jusque vers 1960 bien des &#233;l&#233;ments traditionnels, on ne d&#233;ployait ce faisant pas tout le potentiel r&#233;volutionnaire inscrit d&#232;s 1789. En revanche l'&#233;poque actuelle en est une &#233;tape radicale, &#224; la suite du grand virage des ann&#233;es 60 et de ce qu'on appelle post-modernisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est suppos&#233; r&#233;gner, mais dans les faits les r&#233;f&#233;rences communes se r&#233;duisent au minimum : le mat&#233;rialisme, l'argent et le politiquement correct. Il en r&#233;sulte une lente d&#233;rive qui ronge ces biens communs essentiels que l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours de son histoire. On le voit avec la famille : peu touch&#233;e jusqu'en 68, elle fait maintenant l'objet d'une v&#233;ritable d&#233;construction, avec &#224; la base le refus de s'engager. Or son principe m&#234;me est l'engagement mutuel sur la dur&#233;e. Cela dit, dans la pratique elle subsiste : une proportion peut-&#234;tre majoritaire des personnes reste fid&#232;le &#224; son conjoint, &#233;l&#232;ve au mieux ses enfants, et est solidaire de ses parents. Et donc la sagesse ancienne, les r&#233;flexes naturels restent pr&#233;sents. Mais les gens ne savent pas articuler une pens&#233;e alternative, car la pens&#233;e et l'expression collective sont domin&#233;es par notre paradigme. C'est qu'&#233;chapper &#224; cette emprise n'est pas simple. Un paradigme n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'un autre &#233;merge, qui permet de r&#233;soudre les difficult&#233;s que le pr&#233;c&#233;dent ne r&#233;solvait pas. A d&#233;faut, la pens&#233;e reste conditionn&#233;e, et les mouvements contestataires se heurtent aux dominantes de la soci&#233;t&#233;. On l'a vu avec La &lt;i&gt;Manif pour tous&lt;/i&gt;, mobilisant paisiblement des millions de personnes, mais sans qu'il y ait &#233;coute de son message, m&#234;me hypocritement. Au contraire le mouvement a continu&#233; avec la PMA, bient&#244;t la GPA et l'euthanasie. Parce que c'est dans la logique du syst&#232;me de pens&#233;e dominant, et qu'inversement l'argumentation de la Manif pour tous, fond&#233;e sur une forme de loi naturelle, est irrecevable dans ce contexte de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette r&#233;flexion doit conduire &#224; reconna&#238;tre que le fondement conceptuel et moral d'un conservatisme bien compris doit &#234;tre cherch&#233; dans un corps de pens&#233;e plus fondamental, en l'occurrence la pens&#233;e classique, dont les conservateurs d&#233;veloppent en fait une forme pragmatique, m&#233;lang&#233;e avec des &#233;l&#233;ments allog&#232;nes. La pens&#233;e classique est notre grande tradition de pens&#233;e politique depuis Aristote et Thomas d'Aquin ; toujours vivante, elle se trouve de nos jours chez un Alasdair MacIntyre ou un Roger Scruton, malgr&#233; certaines limites. C'est elle qui nourrit la Doctrine sociale de l'Eglise. On y trouve le sens de l'objectivit&#233; du bien et du vrai - et l'importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation humaniste tourn&#233;e vers le vrai et le bien. S'y ajoute la conscience que les soci&#233;t&#233;s sont des &#233;difices complexes, impliquant l'interaction de nombreuses personnes, qui se r&#233;git par des r&#232;gles de vie d&#233;gag&#233;es au cours du temps et int&#233;rioris&#233;es, et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori. Une des forces de la pens&#233;e classique est de donner du recul. Cela permet de se moins perdre dans les miasmes du d&#233;bat politique, sans pour autant cesser d'esp&#233;rer et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les impasses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les effets de notre paradigme sont d&#233;l&#233;t&#232;res. Derri&#232;re le d&#233;calage croissant entre les opinions et les &#233;lites, le d&#233;litement et l'&#233;clatement des partis ou la mont&#233;e de ce qu'on appelle populisme, il faut lire la sourde angoisse naissant de la d&#233;gradation du lien social et de la perte de rep&#232;res, sans parler de la mondialisation, des migrations ou de l'&#233;cologie. Face &#224; la mont&#233;e des interrogations, on ne se sent pas les ressources collectives pour les affronter ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme est un sympt&#244;me majeur du d&#233;sarroi actuel : c'est une remise en question parfois brutale des &#233;lites dominantes, en qui une bonne partie de la population n'a plus confiance. Il peut avoir un impact r&#233;el, comme le montrent Trump, Johnson, ou Salvini. Mais il recouvre des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Or pour &#234;tre une solution durable, un mouvement politique doit d&#233;boucher sur une vie commune profond&#233;ment renouvel&#233;e, ce qui implique une &#233;laboration intellectuelle appr&#233;ciable et l'&#233;mergence d'&#233;lites et de m&#339;urs nouvelles. Mais &#224; ce stade non seulement les divers populismes, &#224; commencer par le RN, ne proposent rien de tel, mais ils refusent ces t&#226;ches. D'o&#249; le risque soit de l'&#233;chec, soit d'une d&#233;rive. On l'a vu avec les Gilets jaunes : leur d&#233;rive a mis en &#233;vidence leur tentation anarchique et leur ind&#233;termination. Ils sont bien s&#251;r l'expression d'une souffrance r&#233;elle, et retrouvent souvent les pr&#233;occupations des conservateurs, mais ils n'offrent pas une solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Toutefois l'exemple majeur de l'emprise de la pens&#233;e dominante, et le plus porteur de menace, est son refus de reconna&#238;tre l'ampleur et la signification de l'immigration de masse que conna&#238;t l'Europe &#8211; alors m&#234;me qu'elle inqui&#232;te une bonne partie de la population. Car selon ce cadre de pens&#233;e qui v&#233;n&#232;re l'&#233;mancipation et le bouleversement de l'existant, le mal provient des cultures europ&#233;ennes, mais pas de l'arriv&#233;e de populations qu'il per&#231;oit comme minoritaires et opprim&#233;es (comme le prol&#233;tariat autrefois). Mais cela conduira le syst&#232;me &#224; une impasse d&#233;finitive, car les r&#233;f&#233;rences de ces migrants, notamment musulmans, sont contradictoires avec notre paradigme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plut&#244;t que d'&#234;tre bloqu&#233;s entre l'islamisation et la d&#233;composition, et pris de vitesse, il faut se remuer. Mais retourner un paradigme est une op&#233;ration de grande ampleur, qui prend beaucoup de temps, au-del&#224; des p&#233;rip&#233;ties de la vie politique. Cela demande trois choses, que je d&#233;veloppe dans ce livre : reb&#226;tir une pens&#233;e politique ; agir &#224; la base dans les communaut&#233;s ; et ne pas d&#233;laisser le champ politique. J'ai &#233;voqu&#233; le premier point avec la pens&#233;e classique : l'enjeu n'est rien moins qu'une d&#233;colonisation des esprits, &#224; commencer par soi-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut ensuite agir &#224; la base. Toutes les grandes transformations se sont faites d'abord de fa&#231;on capillaire. La soci&#233;t&#233; de demain se joue d'abord dans les familles et l'&#233;ducation. Puis dans les associations, les entreprises ou plus g&#233;n&#233;ralement l'innovation &#233;conomique et sociale dans des communaut&#233;s &#233;l&#233;mentaires qui sont plus libres et mobiles que l'appareil public et qu'il ne peut enti&#232;rement contr&#244;ler. Ces lieux o&#249; se combine une gratuit&#233; r&#233;elle et l'esprit d'entreprise, et o&#249; on peut reconstruire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela n'implique pas pour autant un repli communautaire. Car il faut aussi agir dans les structures politiques o&#249; cela s'av&#232;re possible malgr&#233; leurs limites, y compris europ&#233;ennes. Et avant tout au niveau national, car la nation reste la seule communaut&#233; politique vivante : c'est dans son cadre que nos soci&#233;t&#233;s s'organisent, en commen&#231;ant par le droit, la solidarit&#233; &#233;conomique et sociale et la d&#233;fense ; et le niveau de vie de la plupart des gens est d&#233;termin&#233; par leur appartenance nationale. Seul le principe national fait que des soldats meurent pour sauver des touristes en vadrouille. Mais cela ne veut pas dire que les menaces contre la nation ne soient pas consid&#233;rables. Citons-en deux : la s&#233;cession d'une partie des &#233;lites qui jouent le mondialisme, profitant des structures nationales mais en refusant les solidarit&#233;s. Et le r&#234;ve f&#233;d&#233;raliste europ&#233;en, qui poursuit la chim&#232;re d'un peuple europ&#233;en inexistant et en son nom paralyse les capacit&#233;s de r&#233;veil national. Or il y a de nombreuses mesures urgentes &#224; prendre sur des enjeux de survie : immigration, &#233;conomie, coop&#233;ration intra-europ&#233;enne (hors f&#233;d&#233;ralisme), d&#233;ficits etc. Sans parler des espaces de jeu &#224; &#233;largir, notamment pour l'&#233;ducation. Encore faut-il pour cela mettre une vraie comp&#233;tence au service d'une vraie cr&#233;ativit&#233; : ce n'est pas parce que les gens comp&#233;tents ou les intellos sont plut&#244;t de l'autre c&#244;t&#233; et ont dit bien des b&#234;tises, que l'on peut se passer de la comp&#233;tence ou de la r&#233;flexion. Et naturellement, comme dans toute action politique, cela d&#233;pend des circonstances et du jeu des personnes. Mais le champ est trop important pour &#234;tre abandonn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A tr&#232;s court terme, beaucoup souhaitent une recomposition groupant conservateurs, souverainistes et populistes. Hors de France la formule prosp&#232;re, sous des formes diverses. Mais ce stade, ici c'est irr&#233;aliste : tant que les R&#233;publicains n'auront pas vu l'&#233;chec de leur retour &#224; l'UMP, que Marine Le Pen sera l&#224;, que les chapelles domineront, et qu'un leader ne se sera pas d&#233;tach&#233;. Le moment n'est donc pas propice. Il peut le devenir, et il faudra saisir l'occasion. Mais m&#234;me dans ce cas, il faut garder &#224; l'esprit la port&#233;e s&#233;culaire du renversement &#224; op&#233;rer. Cela &#233;vite les impatiences et les d&#233;sillusions, en cas d'&#233;chec comme en cas de succ&#232;s apparent. Car le vrai succ&#232;s ne se situe pas sur ce registre. Il faut donc prendre les al&#233;as &#233;lectoraux comme ce qu'ils sont : des p&#233;rip&#233;ties. Et garder tranquillement le cap sur le long terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans la revue&lt;/i&gt; Le nouveau conservateur &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://lenouveauconservateur.org/rubriques/culture-civilisations/que-signifie-etre-conservateur-aujourdhui/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lenouveauconservateur.org/r...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Une vague 'conservatrice' peut-elle toucher la France ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-vague-conservatrice-peut-elle-toucher-la-France.html</link>
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		<dc:date>2020-05-23T09:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Oui, une vague 'conservatrice' peut-elle toucher la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment d&#233;j&#224; se mettre d'accord sur ce qu'on appelle conservateur. Mais quoi qu'il en soit, &#224; court terme, ce n'est pas si &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, apr&#232;s 2022, le d&#233;sastre que nous promettent les alternatives en place peut ouvrir le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans l'intervalle,le travail se fait en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans Libert&#233; Politique N&#176; 84 mai 2020. Num&#233;ro sp&#233;cial &#034;Un vent de conservatisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pensee-classique-+.html" rel="tag"&gt;Pens&#233;e classique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De qui parle-t-on ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment d&#233;j&#224; se mettre d'accord sur ce qu'on appelle 'conservateur'. Comme je l'ai montr&#233; dans un livre paru l'an dernier aux &#233;ditions du Bien Commun, &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, le conservatisme est un terme ambigu. Sans parler de l'&#233;tymologie, qui conduit la presse &#224; qualifier de conservateurs les tenants de r&#233;gimes menac&#233;s par des &#233;volutions, comme en Iran ou en Chine, le terme de conservateur d&#233;signe un courant politique dont l'existence est clairement attest&#233; dans le monde anglo-saxon, o&#249; se trouvent ses penseurs les plus en vue et les plus caract&#233;ristiques, de Burke &#224; Roger Scruton en passant par Disraeli, Kirk et autres. M&#234;me ainsi compris, le conservatisme garde une certain ambigu&#239;t&#233; : n&#233; d'une r&#233;action &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, il m&#234;le un attachement &#224; des valeurs et r&#233;f&#233;rences traditionnelles avec un grand pragmatisme, ce qui conduit le label &#224; d&#233;signer des r&#233;alit&#233;s assez variables. Ainsi dans ses rapports avec le lib&#233;ralisme : si dans sa logique propre, il s'en distingue assez nettement, l'hybridation est fr&#233;quente, au point qu'aux Etats-Unis on consid&#232;re bizarrement qu'en &#233;conomie un conservateur est un ultralib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, on constate dans beaucoup de pays un renouveau de ce qu'on peut appeler au sens large conservatisme. Mais l&#224; aussi la r&#233;alit&#233; sous-jacente est variable : le terme s'applique assez bien &#224; la Hongrie (Orban) et &#224; la Pologne (le PiS). En Grande-Bretagne, le thatch&#233;risme avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement ambigu, comme d'ailleurs le reaganisme aux Etats-Unis. Le Brexit a &#233;t&#233; l'occasion d'une pouss&#233;e impressionnante mais complexe du parti conservateur, dans une nouvelle mouture m&#234;l&#233;e de populisme, o&#249; le patriotisme joue un r&#244;le central ainsi que l'hostilit&#233; &#224; Bruxelles. Trump aux Etats-Unis m&#234;le de fa&#231;on intime une dimension ind&#233;niablement conservatrice (notamment en mati&#232;re de lutte pour la vie) avec une ambigu&#239;t&#233; en mati&#232;re &#233;conomique et des m&#233;thodes populistes. Par certains point de vue, la remarquable pouss&#233;e de Matteo Salvini et de la Lega en Italie pr&#233;sente des traits analogues &#224; ce dernier. En r&#233;sum&#233;, plus encore que dans le conservatisme ant&#233;rieur, l'hybridation caract&#233;rise ces divers mouvements, variable en outre selon les priorit&#233;s locales, avec cette nouveaut&#233; g&#233;n&#233;ralement d&#233;terminante qu'est la dimension populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne nous cependant pas conduire &#224; sous-estimer leur importance et signification. Non seulement la dimension conservatrice y est r&#233;elle, mais elle s'y allie avec une composante populaire nouvelle, et avec des succ&#232;s &#233;lectoraux appr&#233;ciables. Or nous sommes dans un contexte qui paraissait normalement favorable aux id&#233;es class&#233;es de gauche ou progressistes : c'est ce que G. Bernard appelle le mouvement sinistrogyre. Je le mets pour ma part dans le contexte de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, qui tend &#224; dominer les id&#233;es et leur expression publique depuis trois si&#232;cles, tout en faisant sentir ses effets progressivement. Il culmine dans le relativisme postmoderne actuel, &#224; la base du politiquement correct d'aujourd'hui. Or ce dernier est toujours dominant, voire plus que jamais. Le succ&#232;s des mouvements dont on a parl&#233; signifie que cette emprise, notamment sur les m&#233;dia, n'a pas emp&#234;ch&#233; le succ&#232;s de ces formes de r&#233;volte contre ses cons&#233;quences absurdes et nocives. C'est l&#224; o&#249; la dimension populiste s'est av&#233;r&#233;e en g&#233;n&#233;ral essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme est fondamentalement une r&#233;volte populaire contre les &#233;lites du moment. Il signifie donc &#224; la fois l'affaiblissement au moins relatif de l'emprise de ces derni&#232;res, et l'absence ou l'insuffisance d'une alternative au niveau pr&#233;cis&#233;ment de ces &#233;lites. D'o&#249; le probl&#232;me de tout populisme : sa faiblesse au niveau tant des id&#233;es que de la comp&#233;tence &#224; gouverner. Quand il parvient au pouvoir, c'est que d'une fa&#231;on ou d'une autre des id&#233;es, ou le choix de dirigeants venant d'un autre horizon, se sont combin&#233;s avec lui, mais naturellement de fa&#231;on variable. Aux Etats-Unis, l'alchimie s'est faite chez une personne, Donald Trump, qui a amalgam&#233; son rayonnement personnel essentiellement populiste avec son appartenance &#224; la classe dirigeante et surtout &#224; la d&#233;cision de s'appuyer sur le parti r&#233;publicain. En Grande Bretagne, une alchimie analogue a permis de combiner le charisme personnel et l'habilet&#233; de Boris Johnson avec la machine du parti conservateur pi&#233;g&#233; par la mise en &#339;uvre du Brexit. Dans les deux cas, le programme reste sommaire, et ne s'appuie que tr&#232;s partiellement sur un mouvement d'id&#233;es. En revanche deux autres ingr&#233;dients ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs : d'un c&#244;t&#233;, le patriotisme ; de l'autre, l'&#233;coute de la souffrance de masses populaires d&#233;sesp&#233;rant des politiciens qu'on leur offrait ; les deux se combinant dans une forme ou une autre de patriotisme &#233;conomique. Mais qui reste assez flou, car les deux dirigeants restent ambigus par rapport au lib&#233;ralisme : alors que ce dernier est dans l'ensemble contradictoire avec leur base de succ&#232;s &#233;lectoral, il les tente par ailleurs. Nous ne savons donc pas la forme exacte que prendra l'apr&#232;s-Brexit, ni ce que Trump fera de pr&#233;cis dans bien des domaines, notamment en &#233;conomie, s'il obtient un second mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le r&#233;sultat concret de ce type de mouvement peut varier consid&#233;rablement ; apparemment, la marge de fluctuation est d'autant plus grande que le populisme y domine. En sens contraire, la ligne des Hongrois d'Orban ou des Polonais du PiS est objectivement plus fiable et lisible ; mais justement, ce ne sont pas des partis populistes purs, et leur origine donne une place plus importante &#224; la r&#233;f&#233;rence conservatrice. Il ne s'agit pas ici de d&#233;nigrer cette composante populiste, essentielle au succ&#232;s dans les cas cit&#233;s, mais d'en montrer les ambigu&#239;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas fran&#231;ais : bilan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des autres pays dits occidentaux a connu des pouss&#233;es semblables &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, mais avec des r&#233;sultats plus contrast&#233;s. En Espagne, l'effet dominant est la mont&#233;e d'une gauche particuli&#232;rement sectaire et agressive, conform&#233;ment &#224; la tradition locale ; en face, la pouss&#233;e de Vox, parti populiste de droite, est tr&#232;s r&#233;cente, mais elle ne fait pas l'objet d'une r&#233;action de rejet de la droite classique, de sort que la situation peut &#233;voluer. En Allemagne en revanche, la CDU restant jusqu'ici fig&#233;e dans l'immobilisme merkelien, la conjonction avec le parti populiste AfD reste pour l'instant exclue, m&#234;me si le d&#233;bat est ouvert. Notons au passage que ce parti AfD, fond&#233; au d&#233;part par des personnes motiv&#233;es par l'hostilit&#233; &#224; l'euro, a gliss&#233; vers un populisme assez sommaire, qui ne lui ouvre pas des perspectives prometteuses, sachant que la situation reste tr&#232;s mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le cas fran&#231;ais. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu, au niveau intellectuel, un int&#233;r&#234;t r&#233;el, visible au niveau universitaire ou dans les m&#233;dia sp&#233;cialis&#233;s, pour les id&#233;es conservatrices, ce dont t&#233;moigne le remarqu&#233; &lt;i&gt;Dictionnaire du conservatisme&lt;/i&gt;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;chec &#233;lectoral de la liste de FX Bellamy a &#233;t&#233; analys&#233; en g&#233;n&#233;ral comme l'&#233;chec d'un positionnement conservateur. Cela dit, l'attention principale ne s'est pas port&#233;e l&#224;-dessus, mais sur ce qui est per&#231;u de fa&#231;on croissante par bien des gens comme l'opposition entre d'un c&#244;t&#233; les mondialistes et de l'autre les localistes (les &lt;i&gt;anywhere&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;somewhere&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;bestseller&lt;/i&gt; anglais de Goodhart). Selon cette analyse, ce clivage l'emporterait d&#233;sormais sur celui opposant droite et gauche, quel que soit le sens de ce dernier. Ce qui para&#238;t aller dans ce sens, c'est deux &#233;v&#233;nements majeurs de la vie politique depuis 2017 : d'un c&#244;t&#233; le rezzou pratiqu&#233; par Emmanuel Macron, liquidant par &#233;tapes successives les deux partis de gouvernement pour f&#233;d&#233;rer sous son seul nom un ensemble h&#233;t&#233;rog&#232;ne combinant lib&#233;ralisme soci&#233;tal, ordre public muscl&#233;, et ouverture &#224; la mondialisation, le tout m&#226;tin&#233; d'un europ&#233;isme enflamm&#233;. Ce faisant il incarne bien les &#8216;mondialistes'. Et en face, on a vu l'explosion des gilets jaunes, exemple sans pr&#233;c&#233;dent d'une r&#233;volte populaire puissante, mais qui se voulait m&#233;thodiquement sans programme, sans leader, et par l&#224; sans but, visc&#233;ralement oppos&#233;e aux pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation fran&#231;aise originale r&#233;sulte de trois particularit&#233;s. En premier lieu, on a vu l'importance des leaders, des meneurs d'opinion ; or en l'esp&#232;ce, apr&#232;s p&#233;rip&#233;ties diverses, il n'y a eu paradoxalement qu'Emmanuel Macron &#224; subsister. Cela dit, il est assez probable que la magie en soit passablement &#233;rod&#233;e, d'autant qu'elle reposait assez largement sur un malentendu. Mais l'&#233;quipe au pouvoir continue &#224; jouir de la rente de son op&#233;ration, &#224; savoir la destruction, au moins pour le moment, des anciennes machines politiques, PS et LR ; et il n'y a pas eu &#233;mergence d'un nouveau leader alternatif, &#224; droite ou &#224; gauche. Cela donne une consistance apparente &#224; l'option &#8216;mondialiste', mais qui ne repose pas sur des bases tr&#232;s solides. Un deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment est le fait que les gilets jaunes ont cat&#233;goriquement exclu toute hypoth&#232;se de conjonction avec au moins une partie de la classe dirigeante ou comp&#233;tente, ce qui a fini par condamner ce mouvement. Un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment d&#233;cisif dans le cas fran&#231;ais, est le Rassemblement national, ex FN, qui est un cas unique : un parti construit comme populiste, ferm&#233; aux &#8216;&#233;lites', propri&#233;t&#233; exclusive d'une famille, mais qui parvient &#224; rester la deuxi&#232;me force politique du pays, et opte en outre pour un positionnement r&#233;solument non-conservateur. En bref, c'est le gel spectaculaire d'un potentiel de changement pourtant consid&#233;rable. Le r&#233;sultat de tous ces facteurs est la stagnation et le pourrissement de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologiquement, le bilan d'une coupure croissante entre l'&#233;lite et une bonne partie de la population est un fait massif et indiscutable. On sait qu'une analyse politique r&#233;pandue (notamment au RN avec Marine Le Pen) en d&#233;duit une r&#233;organisation de l'opposition politique, qui ne serait plus entre gauche et droite, mais entre les territoriaux enracin&#233;s et les autres. Mais Goodhart ne d&#233;duit pas de son analyse une opposition politique majeure entre &lt;i&gt;anywhere&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;somewher&lt;/i&gt;e, et il a raison. Les &lt;i&gt;somewhere&lt;/i&gt; que sont les Gilets jaunes en sont un bon exemple : certes, ils sont bien plus li&#233;s &#224; une zone g&#233;ographique que les thurif&#233;raires de Macron ; ce sont pour la plupart des fran&#231;ais de souche, et ils souffrent de la marginalisation d'une bonne partie du territoire fran&#231;ais. Mais sont-ils vraiment consciemment enracin&#233;s dans une tradition culturelle, voire une communaut&#233; locale, comme le voudrait un certain romantisme conservateur qui s'est empress&#233; de les annexer, trouvant enfin un sujet historique populaire - avec la m&#234;me na&#239;vet&#233; que les n&#233;o-marxistes cherchaient un substitut au prol&#233;tariat ? Dans leur d&#233;marche politique, sont-ils m&#234;me si consciemment attach&#233;s au principe national ? Leurs revendications exprim&#233;es &#233;taient essentiellement soit &#233;conomiques (demandes adress&#233;s &#224; l'Etat providence), soit de d&#233;mocratie directe (r&#233;f&#233;rendum populaire). Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233; ces demandes n'ont de sens que dans une perspective nationale, fond&#233;e sur la solidarit&#233; et une culture commune, et prot&#233;geant de la mondialisation ou en tout cas aidant &#224; y vivre convenablement. De m&#234;me, ils ont de fa&#231;on latente un besoin manifeste de vrai communaut&#233; locale et d'enracinement. Mais ils sont loin d'en produire une expression politique. En r&#233;sum&#233;, ce sont effectivement des gens qui devraient &#234;tre une force de changement ; mais pour cela il faudrait une offre politique plus comp&#233;tente, et qu'ils l'acceptent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, on constate la permanence sous-jacente d'une division politique essentielle qu'il faut bien exprimer en termes de droite et de gauche, non seulement en mati&#232;re de m&#339;urs (la gauche est massivement LGBT et avorteuse, et seule une petite minorit&#233; s'oppose &#224; la PMA ; les positions contraires &#233;tant le quasi-monopole d'une partie de ce qu'on appelle droite) ; mais plus encore dans des questions aussi structurantes pour la recherche de solutions communes que sont la nation (la gauche nationale est presque inexistante), et bien s&#251;r les migrations (la gauche est farouchement pour). Il s'en d&#233;duit que si Marine Le Pen et bien d'autres peuvent voir &#224; court terme la possibilit&#233; d'une position &#8216;ni droite ni gauche' &#224; base protestataire, cela ne permet pas de b&#226;tir une alternative. En outre, m&#234;me si cela devait d&#233;boucher sur un mouvement massif (ce dont je doute fort), ce mouvement resterait catalogu&#233; &#224; droite, et il n'&#233;chapperait donc pas &#224; son destin, dict&#233; par la nature m&#234;me du champ des id&#233;es politiques dans nos soci&#233;t&#233;s. Outre bien s&#251;r, le besoin de pouvoir gouverner, ce qui suppose une alliance avec une partie des milieux dirigeants, non seulement en termes de comp&#233;tence, mais au niveau politique. Notons que dans l'autre camp le m&#234;me probl&#232;me se retrouve, en figure invers&#233;e, comme le confirment les difficult&#233;s du macronisme, alors m&#234;me qu'il est suppos&#233; d&#233;tenir tous les leviers du pouvoir - car il est sans base ni relais populaire. Dans les deux cas, on ne gouverne pas avec un seul h&#233;misph&#232;re du cerveau. Mais ce serait encore plus difficile de l'autre c&#244;t&#233;, venant de nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas fran&#231;ais : voies de sortie politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la mont&#233;e en puissance d'un courant conservateur en France rencontre &#224; terme visible un fort scepticisme, non sans motif. Parmi les forces existantes, d'un c&#244;t&#233;, Les R&#233;publicains gardent de leur p&#233;riode de gloire avec Chirac une tradition de positionnement plus centriste que de droite, qui n'a pris de couleur conservatrice assum&#233;e que sporadiquement sous Sarkozy ou Wauquiez, et encore sans continuit&#233; ni coh&#233;rence. La d&#233;faite de la liste Bellamy en mai 2019 a &#233;t&#233; lue par le reste du parti comme signifiant l'&#233;chec de la voie conservatrice. C'est bien s&#251;r oublier les circonstances : une t&#234;te de liste jug&#233;e sympathique et class&#233;e conservateur, mais qui est tout sauf un leader politique, et surtout un positionnement tr&#232;s flou de l'ensemble : il n'y avait en aucune fa&#231;on une ligne conservatrice assum&#233;e de l'ensemble du parti, sous un chef clair. Ce faisant, le moignon LR r&#233;siduel est revenu &#224; ses pratiques ant&#233;rieures, et joue de fait l'&#233;chec d'E. Macron, mais pour faire la m&#234;me chose avec un syst&#232;me diff&#233;rent. Quant au RN, le choix de sa pr&#233;sidente h&#233;r&#233;ditaire actuelle, &#8216;ni droite ni gauche', implique le refus assum&#233; d'un positionnement conservateur ou d'alliance avec des conservateurs. Dans cette optique, au stade actuel, quelles sont les configurations imaginables pour 2022 ? On peut en lister pour simplifier trois : un &#233;chec total de Macron et cons&#233;quemment l'&#233;mergence d'une alternative &#224; l'ancienne qui se ferait &#233;lire, type Bertrand ou P&#233;cresse, ou moins probablement, quelqu'un de gauche ; la survie de Macron, qui serait alors r&#233;&#233;lu &#8211; et dans les deux cas, il n'y aurait pas de vraie modification de ligne ; ou enfin, de fa&#231;on plus inattendue, la victoire de Marine Le Pen, ce qui consacrerait sa ligne actuelle. Cela ne laisse pas beaucoup de place aux &#8216;conservateurs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la politique est comme la m&#233;t&#233;o : elle change en permanence. Quelles sont alors les conditions de possibilit&#233; d'un courant conservateur ? J'en vois trois. L'une, essentielle, est l'&#233;mergence d'un leader politique r&#233;el et cr&#233;dible, si possible candidat possible &#224; la pr&#233;sidentielle. La deuxi&#232;me, qu'un espace s'ouvre sur la droite, &#224; la suite d'un &#233;chec reconnu tant de Marine Le Pen que du moignon LR. La troisi&#232;me, moins n&#233;cessaire &#224; court terme, mais indispensable pour un succ&#232;s durable, est une r&#233;elle progression et affirmation des id&#233;es dites conservatrices. Reconnaissons que tout cela para&#238;t peu &#233;vident pour 2022, sans &#234;tre tout &#224; fait exclu. Le degr&#233; de corruption intellectuelle du pays est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;, et le verrouillage id&#233;ologique et politique solide. Certes un &#233;clat est possible, suite &#224; un &#233;v&#233;nement quelconque ; mais la question serait alors du suivi. Rappelons-nous le &#8216;non' au r&#233;f&#233;rendum &#224; 55%, inattendu car il n'&#233;tait soutenu par aucun parti de gouvernement : ce &#8216;non' massif et populaire n'a d&#233;bouch&#233; sur rien de concret. En reprenant les 3 points : on ne voit pas &#224; ce stade de leader possible (seule Marion Mar&#233;chal travaille ce cr&#233;neau, mais en supposant qu'elle veuille ou puisse jouer ce r&#244;le, ce qui reste &#224; d&#233;montrer, elle est bloqu&#233;e par sa tante et joue le plus long terme) ; l'&#233;chec de LR et RN n'est pas encore av&#233;r&#233; ; et les id&#233;es conservatrices ont encore peu de r&#233;sonance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moyen terme et les questions structurelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ceci que sans exclure une surprise, l'avenir d'id&#233;es &#8216;conservatrices' se joue &#224; plus long terme. Mais cela ne veut pas n&#233;cessairement dire tr&#232;s loin : en poursuivant notre raisonnement, cela peut se jouer relativement vite apr&#232;s 2022, tant il appara&#238;t improbable que cette &#233;lection apporte une vraie r&#233;ponse. La deuxi&#232;me condition, l'&#233;chec des joueurs en lice, a m&#234;me toutes chances de se v&#233;rifier dans les ann&#233;es qui suivront. Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons sur la question du leader, difficilement planifiable. Mais elle est sans doute essentielle pour r&#233;aliser la conjonction avec la dimension populiste, sans laquelle le succ&#232;s para&#238;t improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc le travail de fond : la r&#233;flexion sur la pens&#233;e conservatrice, depuis la recherche fondamentale jusqu'au traitement de sujets concrets, plus d'actualit&#233;, et sa diffusion, y compris &#224; l'occasion de campagnes politiques. Cela suppose des moyens, l'id&#233;al &#233;tant le mod&#232;le dit &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt;, ou fondation. Mais aussi un vrai effort de r&#233;flexion. Je rappelle ici ma conviction profonde : la pens&#233;e conservatrice est pour moi une forme d'adaptation ou de compromis entre les id&#233;es dominantes de notre &#233;poque et la pens&#233;e classique, celle qui trouve ses origines dans Aristote et sous-tend toute la grande tradition de pens&#233;e occidentale. La pens&#233;e classique, bien mieux structur&#233;e, &#224; la fois enracin&#233;e et &#224; port&#233;e universelle, pragmatique et ferme sur les principes &#233;thiques, a une port&#233;e et une puissance consid&#233;rablement plus consistantes que ce qu'on appelle conservatisme. Ce dernier a donc le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; revenir aux sources et &#224; s'en inspirer, pour donner des r&#233;ponses qui soient &#233;videmment adapt&#233;es &#224; notre temps, mais aussi &#224; la mesure du paradigme relativiste qui domine la pens&#233;e collective de nos soci&#233;t&#233;s et fait se dresser la barri&#232;re toujours plus dure du politiquement correct. Bien entendu, un tel d&#233;veloppement est un travail de longue haleine. Mais d'une part, il est seul &#224; m&#234;me de donner une base r&#233;ellement solide, au-del&#224; des coups sans lendemain que peut permettre le jeu politique ; et d'autre part, parall&#232;lement, il peut nourrir l'expression publique et les programmes au fil de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cette action substantielle, plusieurs questions structurantes m&#233;ritent un examen particulier, &#224; mi-chemin entre la r&#233;flexion de fond et les programmes. L'une est &#233;videmment le cadre de communaut&#233; que l'on prend en r&#233;f&#233;rence centrale. Le cadre national s'impose comme une &#233;vidence pour un Am&#233;ricain, un Chinois, un Russe, un Japonais, un Indien ou un Br&#233;silien, et bien d'autres. Pour nous, cela se heurte &#224; la question cruciale de l'Europe. Il me para&#238;t qu'une approche de type conservatrice (ou classique), fond&#233;e pragmatiquement sur les communaut&#233;s r&#233;elles, ne peut adh&#233;rer ni au f&#233;d&#233;ralisme qui motive l'Europe actuelle, ni &#224; la pr&#233;dominance de l'id&#233;ologie relativiste qui la sous-tend, ni &#224; son libre-&#233;changisme dogmatique. Parall&#232;lement, la sortie pure et simple n'est pas pour la France une solution comparable &#224; ce qu'est le Brexit pour nos voisins britanniques : sans parler de l'euro, nous n'avons pas l'&#233;quivalent du monde anglosaxon pour nous donner un relais ext&#233;rieur, et nous ne sommes pas organis&#233;s en emporium mondial. Il faut donc concevoir une autre Europe, bien plus conf&#233;d&#233;rale (Europe des nations), moins id&#233;ologique, et d'ici l&#224; une remise en cause des cha&#238;nes que nous imposent les trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me question structurante est de d&#233;velopper un mod&#232;le de rapport avec la mondialisation &#233;conomique, qui soit assez protecteur pour nous permettre de maintenir un niveau de solidarit&#233; et un sentiment d'identit&#233; qui nourrissent une vraie communaut&#233;, mais pas na&#239;f au point de croire &#224; la possibilit&#233; d'un repli national ou local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me question structurante, li&#233;e &#224; la pr&#233;c&#233;dente, est un positionnement intelligent en mati&#232;re &#233;cologique, reconnaissant avec le regrett&#233; Roger Scruton que l'&#233;cologie vraiment efficace est conservatrice, et &#224; dominante locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me question structurante est bien s&#251;r celle de la population comme telle, question typiquement conservatrice (et classique). Et donc du besoin simultan&#233; d'une remise &#224; l'honneur de la famille et de la natalit&#233;, et de la reconnaissance du besoin de recr&#233;er une vraie communaut&#233;, enracin&#233;e dans son pass&#233;, et identifi&#233;e &#224; une culture commune, ce qui implique concr&#232;tement une politique d'immigration ferme : filtrage s&#233;v&#232;re des entr&#233;es et exigences d'assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinqui&#232;me enfin est l'&#233;ducation. Question elle aussi &#233;minemment dans la tradition conservatrice et plus encore classique, qui suppose une remise en cause en profondeur de la structure centralis&#233;e du syst&#232;me fran&#231;ais, et de son emprise id&#233;ologique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, il ne sert &#224; rien de s'obnubiler sur la situation actuelle. Mieux vaut investir, rester mobilis&#233;, et attendre le moment propice. Et d'ici l&#224;, travailler en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans&lt;/i&gt; Libert&#233; Politique N&#176; 84 mai 2020 ; num&#233;ro sp&#233;cial &#034;&lt;i&gt;Un vent de conservatisme&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com/La-revue/La-revue-Liberte-Politique/Un-vent-de-conservatisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.libertepolitique.com/La-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;dig&#233; avant la crise sanitaire, tout aussi pertinent apr&#232;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Face &#224; la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s, revenons &#224; Aristote et Saint Thomas &#187;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-Aristote-et-Saint-Thomas.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-Aristote-et-Saint-Thomas.html</guid>
		<dc:date>2019-09-23T10:07:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Entretien Figaro Vox sur &#034;Pour un grand retournement politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire face aux probl&#232;mes de notre temps et pour &#233;viter les apories de la confrontation entre &#171; conservateurs &#187; et &#171; lib&#233;raux &#187;, l'essayiste et ancien haut fonctionnaire Pierre de Lauzun entend revenir &#224; la pens&#233;e classique d'Aristote &#224; Thomas d'Aquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Grand-retournement-+.html" rel="tag"&gt;Grand retournement&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Avenir-de-la-democratie-+.html" rel="tag"&gt;Avenir de la d&#233;mocratie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;FIGAROVOX/GRAND ENTRETIEN - Pour faire face aux probl&#232;mes de notre temps et pour &#233;viter les apories de la confrontation entre &#171; conservateurs &#187; et &#171; lib&#233;raux &#187;, l'essayiste et ancien haut fonctionnaire Pierre de Lauzun entend revenir &#224; la pens&#233;e classique d'Aristote &#224; Thomas d'Aquin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lien :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.lefigaro.fr/vox/politique/face-a-la-derive-de-nos-societes-revenons-a-aristote-et-saint-thomas-20190920&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.lefigaro.fr/vox/politiqu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ou lire le texte :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;1)	Vous vous proposez, dans votre dernier livre, d'effectuer un &#171; grand retournement politique &#187; qui consisterait &#224; r&#233;habiliter la &#171; pens&#233;e classique &#187;. Pouvez-vous pr&#233;ciser ce que vous entendez par l&#224; ? Qu'est-ce que la pens&#233;e classique, et &#224; quoi l'opposez-vous ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je pars d'un constat, celui d'une profonde d&#233;rive dans nos soci&#233;t&#233;s. La perte d'&#233;l&#233;ments essentiels de notre culture et de nos raisons de vivre ensemble. J'en vois la cause dans le relativisme qui domine l'esprit public, relativisme issu d'un paradigme &#224; l'&#339;uvre de fa&#231;on croissante depuis trois si&#232;cles. C'est cette id&#233;e que le seul bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ce qu'il appelle vrai ou bien, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. D'o&#249; un individualisme ravageur, qui mine potentiellement les biens communs b&#226;tis patiemment au cours des si&#232;cles, qui en outre se contredit en condamnant aujourd'hui ceux qui s'y opposent, au nom du politiquement correct.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'alternative, c'est la pens&#233;e classique, n&#233;e avec Aristote, Cic&#233;ron et Thomas d'Aquin et toujours vivante. Contrairement &#224; l'image qu'on en donne, elle est avant tout pragmatique : elle sait que les soci&#233;t&#233;s humaines r&#233;sultent de l'interaction complexe et &#233;motionnelle de personnes libres au cours du temps, et qu'on ne peut les manipuler &#224; volont&#233; &#224; partir de th&#233;ories abstraites, contradictoires et changeantes. La pens&#233;e classique est une immense r&#233;flexion sur notre exp&#233;rience de si&#232;cles de vie en commun. Elle est attach&#233;e &#224; des principes essentiels comme la recherche du bien et du vrai objectifs, le r&#244;le central de la personne, le besoin pour elle de communaut&#233;s solidaires et d'une &#233;ducation humaniste. C'est cela qui en fait une pens&#233;e incarn&#233;e, proche de la r&#233;alit&#233; v&#233;cue des gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;2)	Vous insistez sur la n&#233;cessit&#233; de rechercher la v&#233;rit&#233;, &#224; rebours du relativisme moderne. Mais est-il encore possible aujourd'hui de parler de v&#233;rit&#233; ? La d&#233;construction op&#233;r&#233;e dans de nombreux champs des sciences humaines n'a-t-elle pas montr&#233; qu'en fait de v&#233;rit&#233;s objectives, les v&#233;rit&#233;s qui structurent l'ordre social sont le plus souvent le fruit d'un rapport de forces ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voil&#224; un pr&#233;jug&#233; typique du paradigme de neutralit&#233;. Comme on a pos&#233; qu'on ne pouvait pas atteindre le vrai ou le bien, on se rabat sur ce qui est imm&#233;diatement accessible : le mat&#233;rialisme pour les uns, les rapports de force pour les autres. La d&#233;construction, grand sport des intellectuels depuis deux si&#232;cles, est devenue pathologique avec la postmodernit&#233; depuis les ann&#233;es 60. Curieusement le d&#233;constructeur ne se demande jamais d'o&#249; vient sa propre pens&#233;e, quel est le processus inconscient, &#233;conomique, physicochimique ou autre qui a g&#233;n&#233;r&#233; son soup&#231;on et sa d&#233;construction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comment une communaut&#233; d'hommes peut-elle vivre et cr&#233;er ensemble si elle n'a pas en commun des r&#233;f&#233;rences essentielles, sans lesquelles la confiance n'est pas possible ? Et si des forces cherchent &#224; manipuler cette recherche du bien et du vrai, il a fallu d'abord que chacun croie possible, y compris les chantres du soup&#231;on, de discerner un certain vrai ou un certain bien qui ne soit pas le seul fruit de l'oppression, mais une croyance qui s'impose &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;3)	En l'absence de communaut&#233;s et de r&#233;f&#233;rences communes, c'est l'argent, dites-vous, qui devient &#171; le seul &#233;l&#233;ment d'arbitrage &#187;. Pourquoi ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'argent a une propri&#233;t&#233; essentielle, il est m&#234;me fait pour cela : il est en soi neutre. Pour faire une op&#233;ration avec, il faut un acheteur et un vendeur d'accord sur la chose et le prix. Point. Nul besoin de vrai ou de bien, de communaut&#233;, de relation humaine. Dans une soci&#233;t&#233; relativiste, c'est l'outil id&#233;al. Nous ne sommes d'accord sur rien ? Tant pis : si nous avons confiance dans la monnaie, nous pouvons toujours faire une transaction. Ou r&#233;clamer une subvention...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;4)	L'&#233;conomie semble &#234;tre une science dans laquelle les enseignements de la pens&#233;e classique se font plus rares&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'histoire de l'&#233;conomie est &#233;tonnante. Elle est n&#233;e du souci moral de confesseurs m&#233;di&#233;vaux, qui ont &#233;tudi&#233; l'activit&#233; des marchands pour voir ce qui y &#233;tait bon ou mauvais. Depuis, l'obsession de l'&#233;conomie est d'appara&#238;tre comme une science et de se d&#233;gager de tout jugement de valeur, surtout moral. A vrai dire, cette belle assurance bat un peu de l'aile : outre sa difficult&#233; &#224; faire des pr&#233;visions, il appara&#238;t de plus en plus que l'&#233;conomie &#233;tant un fait humain, l'analyse des valeurs qui animent les hommes en est une composante essentielle. Et que si on ne se pose pas la question des finalit&#233;s &#233;thiques, le r&#233;sultat a toutes chances de ne pas &#234;tre bon. Ce que l'homme de la rue comprend, malgr&#233; son peu de connaissance technique, peut-&#234;tre parce que sans le savoir il est plus en phase avec la pens&#233;e classique !&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;5)	Comment un classique peut-il lutter contre la place de plus en plus d&#233;mesur&#233;e que prend l'Etat dans nos vies quotidiennes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour faire simple, il y a deux grands moyens de tourner l'action des hommes vers un bien. Le premier est la coercition : la puissance publique. Le second est la conduite int&#233;rieure : les m&#339;urs, &#233;thique ou morale. La vraie libert&#233; repose sur celle-ci, car c'est une pl&#233;nitude int&#233;rieure, qui suppose d'&#234;tre orient&#233;e vers le bien. Mais dans un contexte relativiste, elle est rong&#233;e par l'ambiance dominante. On recourt donc encore plus au premier. Quand l'ins&#233;curit&#233; r&#232;gne parce que certains se croient tout permis, on met plus de police et de cam&#233;ras de surveillance ; d&#232;s qu'un incident se produit, on fait de nouvelles lois ; d&#232;s qu'un besoin &#233;merge, on augmente les imp&#244;ts etc. D'autant que les exigences &#224; l'&#233;gard de l'Etat, h&#233;t&#233;roclites, augmentent sans cesse, puisqu'on est tous victimes et responsables de rien. C'est le contraire de la pens&#233;e classique qui propose &#224; chacun de faire siennes la morale, les normes, la pens&#233;e de si&#232;cles d'exp&#233;rience humaine pour devenir une personne pleinement responsable et autonome, capable de soutenir et accomplir la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui veut dire qu'on n'en sortira pas principalement par des changements politiques, par la puissance publique, m&#234;me s'ils doivent y contribuer : c'est &#224; une r&#233;forme en profondeur de nos valeurs et priorit&#233;s personnelles qu'il faut s'atteler, en commen&#231;ant par soi et autour de soi, par une action &#224; la base, par l'&#233;ducation et par l'exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;6)	Que voulez-vous dire lorsque vous reprochez au conservatisme ses &#171; ambigu&#239;t&#233;s &#187; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot est ambigu par son &#233;tymologie : conserver ce qui existe ne vaut que si c'est bon. Bien s&#251;r, la pens&#233;e classique est pragmatique, et pr&#233;f&#232;re dans le doute ne pas intervenir pour bouleverser la soci&#233;t&#233; au risque de faire pire. Elle conservera alors ce qui existe : c'est son c&#244;t&#233; &#171; conservateur &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224;, ce qu'on appelle &#171; conservatisme &#187; en politique, au sens que lui donnent les Anglo-saxons, pr&#233;sente bien des traits de la pens&#233;e classique dont il est souvent l'expression. Mais avec une limite majeure : ce conservatisme donne moins d'importance &#224; la recherche du vrai ou du bien objectifs, et il tend &#224; composer avec les id&#233;es dominantes. Aux Etats-Unis, de nos jours, un conservateur sera suppos&#233; ultralib&#233;ral en &#233;conomie, ce qui est contraire &#224; la tradition conservatrice, m&#234;me am&#233;ricaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;7)	Dans un entretien r&#233;cent au Figaro, Mark Lilla oppose la figure du conservateur &#224; celle du lib&#233;ral, qui ne se situe pas dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e mais consid&#232;re l'individu d&#233;tach&#233; de toute communaut&#233;. Cette vision du lib&#233;ralisme est-elle r&#233;ductrice ?&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
Le mot lib&#233;ral est encore plus pi&#233;g&#233;. Cela peut viser un lib&#233;ralisme philosophique qui est un relativisme ; mais cela peut aussi se r&#233;f&#233;rer &#224; l'&#233;tat de droit et aux libert&#233;s, ou &#224; l'&#233;conomie de march&#233;. A notre &#233;poque o&#249; on adore mettre des &#233;tiquettes sur les gens pour ne pas les &#233;couter, cette h&#233;sitation dans la d&#233;finition permet toutes les manipulations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mark Lilla parle du lib&#233;ralisme philosophique : il vise &#171; l'individu porteur de droits d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187;. Et il l'oppose au conservatisme, attach&#233; &#224; la transmission de la culture et des traditions tout en &#233;tant pragmatique, face &#224; un monde compliqu&#233; et impr&#233;visible. M&#234;me si Lilla lui-m&#234;me se r&#233;clame ensuite d'un &#171; lib&#233;ralisme mod&#233;r&#233; &#187;, celui de Tocqueville par exemple, qui pr&#233;sente bien des traits conservateurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui est s&#251;r pour le classique est que &#171; l'individu porteur de droits d&#233;tach&#233; de la soci&#233;t&#233; &#187; est une chim&#232;re. C'est dans une soci&#233;t&#233; donn&#233;e, avec ses lois et surtout ses m&#339;urs, sa culture, sa recherche collective du vrai et du bien au cours des si&#232;cles, que la personne humaine et ses droits peuvent s'&#233;panouir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;8)	Au fond, un classique est quelqu'un qui consid&#232;re que l'&#233;mancipation n'est pas l'accomplissement ultime de la personne.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En tout cas, pas n&#233;cessairement. Le mot accomplissement contient l'id&#233;e de compl&#233;tude : cela veut dire qu'on a atteint la pleine r&#233;alisation de ce que l'on pouvait &#234;tre de mieux. Par d&#233;finition, l'accomplissement suppose la recherche du bien. Et au d&#233;part, l'&#233;mancipation veut dire qu'on n'est plus sous tutelle. C'est le cas de l'homme adulte qui a atteint son plein &#233;panouissement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais quand de nos jours on comprend l'&#233;mancipation dans un sens relativiste, celui de notre paradigme actuel, on cherche &#224; se d&#233;gager de toute id&#233;e de bien ou de vrai objectifs, de toute communaut&#233;, et on croit que l'id&#233;al est que chacun se fabrique ses valeurs comme il l'entend, l&#224; o&#249; il veut, comme il veut. Non seulement c'est illusoire, mais cela n'a rien &#224; voir avec un accomplissement. C'est m&#234;me la recette de l'&#233;chec, ou de l'infantilisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La vraie &#233;mancipation, c'est de devenir un adulte accompli, dans la communaut&#233;. Exactement ce que nous propose la pens&#233;e classique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>&#171; Il ne faut pas abandonner l'action politique &#187;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Il-ne-faut-pas-abandonner-l-action-politique.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Il-ne-faut-pas-abandonner-l-action-politique.html</guid>
		<dc:date>2019-09-13T10:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>
		<dc:subject>Avenir de la d&#233;mocratie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son dernier livre intitul&#233; &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, l'essayiste Pierre de Lauzun s'interroge sur les notions de valeurs communes, de progr&#232;s et de conservatisme. Avec en ligne de mire cette question : quelle est la place d'un chr&#233;tien en politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Aymeric Pourbaix pour &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; Mercredi 11 septembre 2019.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son dernier livre intitul&#233; &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, l'essayiste Pierre de Lauzun s'interroge sur les notions de valeurs communes, de progr&#232;s et de conservatisme. Avec en ligne de mire cette question : quelle est la place d'un chr&#233;tien en politique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Aymeric Pourbaix pour &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; Mercredi 11 septembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A la suite de diff&#233;rents penseurs (notamment Pierre Manent, Marcel Gauchet), vous diagnostiquez l'impasse du fonctionnement politique actuel. Pour quelle raison ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;M&#234;me un regard superficiel confirme l'impasse actuelle : le d&#233;calage croissant entre les opinions et les &#233;lites politiques, le d&#233;litement et l'&#233;clatement des partis et la mont&#233;e de ce qu'on appelle populisme, en sont des sympt&#244;mes imm&#233;diats. Derri&#232;re on peut lire la sourde angoisse naissant de la d&#233;gradation du lien social et de la perte de rep&#232;res, sans parler de la mondialisation, des migrations ou de l'&#233;cologie. Tout se passe comme si face &#224; une mont&#233;e des interrogations, on ne se sentait pas les ressources collectives pour les affronter ensemble.&lt;br class='autobr' /&gt;
Au-del&#224; des p&#233;rip&#233;ties politiques, fran&#231;aises ou autres, j'y vois le signe d'un ph&#233;nom&#232;ne plus profond et de longue dur&#233;e : l'aggravation des effets destructeurs du paradigme qui domine notre pens&#233;e collective depuis trois si&#232;cles et qui culmine dans le relativisme et l'individualisme actuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Ce que l'on appelle le &#171; populisme &#187; en est-il un sympt&#244;me ? Plus qu'une solution ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme en est manifestement un sympt&#244;me, et un sympt&#244;me important : c'est en effet une remise en question parfois brutale des &#233;lites dominantes, en qui un partie appr&#233;ciable de la population n'a plus confiance. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il peut avoir une influence appr&#233;ciable dans l'imm&#233;diat sur nos syst&#232;mes politiques, comme le montrent les exemples de Trump, Johnson, Salvini ou Orban, et peut-&#234;tre de fa&#231;on plus durable. Mais ces noms montrent d&#233;j&#224; que le populisme recouvre des r&#233;alit&#233;s tr&#232;s variables. Surtout, pour &#234;tre une solution sur la dur&#233;e, un mouvement politique doit montrer qu'il peut d&#233;boucher sur une vie commune profond&#233;ment renouvel&#233;e, y compris au niveau de la vie politique. Cela suppose que la vision sur laquelle vit la soci&#233;t&#233; soit elle-m&#234;me renouvel&#233;e en profondeur et traduite dans les faits ; ce qui implique une &#233;laboration intellectuelle appr&#233;ciable, combin&#233;e avec l'&#233;mergence d'&#233;lites nouvelles et de mani&#232;res nouvelles de vivre en commun. Mais &#224; ce stade non seulement les divers populismes ne proposent rien de tel, mais leur positionnement m&#234;me les conduit &#224; refuser la plupart de ces t&#226;ches. D'o&#249; &#224; terme le risque soit de l'&#233;chec, soit d'une d&#233;rive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Cette politique neutre que vous observez a des racines profondes (XVIIe). Lesquelles ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme de neutralit&#233;, ou relativiste, dont je parlais est ce principe qui s'oppose &#224; ce qu'ambitionnait la pens&#233;e classique : la recherche collective du bien de la personne et de la communaut&#233; &#224; la lumi&#232;re de l'exp&#233;rience des si&#232;cles, l'&#233;ducation au vrai et au bien, et le pragmatisme dans les constructions politiques. Il la rejette au profit du refus de l'id&#233;e de bien objectif et de l'affirmation fondatrice du droit de chacun de se fabriquer ses valeurs comme il l'entend, sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin &#8211; comme le proclame la D&#233;claration des droits de l'homme de 1789. Dans cette optique le d&#233;bat est suppos&#233; r&#233;gner, mais dans les faits les r&#233;f&#233;rences communes se r&#233;duisent au minimum : le mat&#233;rialisme, l'argent et le politiquement correct. Il trouve ses origines au XVIIe si&#232;cle, mais n'a fait sentir que progressivement tous ses effets ; une &#233;tape majeure en a &#233;t&#233; la r&#233;volution des m&#339;urs des ann&#233;es 60, et ses effets encore en cours, notamment sur la famille. Un paradigme est ce qui conditionne toute la pens&#233;e collective, il est donc tr&#232;s structurant et ne peut &#234;tre remise en cause facilement, car penser autrement est socialement tr&#232;s difficile tant que son emprise subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Y a-t-il eu des apports positifs de la pens&#233;e moderne (id&#233;e de personne humaine ?)&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r ; le fait qu'un paradigme colore et oriente la pens&#233;e collective ne la st&#233;rilise pas ; mais il la gauchit s&#233;rieusement. La notion de personne humaine, par exemple, vient du christianisme, et ne me para&#238;t pas avoir sensiblement progress&#233;. En revanche l'id&#233;e de formaliser des droits, m&#234;me si elle a des racines m&#233;di&#233;vales chr&#233;tiennes, est caract&#233;ristique de la modernit&#233;. Cette id&#233;e moderne est en soi un outil utile ; mais encore faudrait-il que ces droits soient bien &#233;nonc&#233;s et fond&#233;s sur une id&#233;e de bien objectif. L'Eglise a fini par reconna&#238;tre leur utilit&#233;, mais notons-le, c'est sur la base de la d&#233;claration universelle de 1948, qui &#233;tait un compromis raisonnable, pas de celle de 1789 qui est beaucoup plus typique de notre paradigme. Mais l'influence de ce dernier se poursuit, de sorte que la conception commune actuelle de ces droits s'&#233;loigne consid&#233;rablement de 1948.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Aujourd'hui la pens&#233;e politique chr&#233;tienne se cherche (Sens commun, Poissons roses, etc). O&#249; puiser les ressources intellectuelles pour sortir des oppositions purement partisanes ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; premi&#232;re est de reconna&#238;tre ce biais structurellement mal orient&#233; de notre pens&#233;e collective, qui la met en porte &#224; faux par rapport aux exigences chr&#233;tiennes, quelle que soit l'orientation politique que le chr&#233;tien retient ensuite. Si on ne reconna&#238;t pas ce fait, on oscille entre trois &#233;cueils : l'acceptation de fait des dominantes de l'&#233;poque, des combats souvent perdus, ou un refus sans espoir. Un outil commun majeur est ici la Doctrine sociale de l'Eglise, sachant que c'est un champ d'&#233;tude en constant enrichissement et non un corpus d&#233;finitivement arr&#234;t&#233;, m&#234;me si les principes sont stables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;On ne consent pas toujours &#224; la mort, disait Thibon&#8230; Comment les chr&#233;tiens doivent-ils se positionner dans cette p&#233;riode (longue) de transition ?&lt;br class='autobr' /&gt;
D'autant que le syst&#232;me &#233;lectoral oblige &#224; des choix politiques tr&#232;s fr&#233;quents&#8230;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est imp&#233;ratif de bien garder &#224; l'esprit la distinction des deux horizons : l'horizon long, structurel, mais indispensable &#224; terme, du remplacement du paradigme dominant par un autre ; et l'horizon court de la vie imm&#233;diate. L&#224; o&#249; l'action est de toute fa&#231;on indispensable, et aussi plus &#224; notre port&#233;e, c'est au niveau de la base, dans notre action autour de nous : famille, travail, associations, entreprise, commune etc., ainsi que dans la r&#233;flexion et l'&#233;laboration intellectuelle, indispensable comme je l'ai rappel&#233;. Et c'est aussi cette action-l&#224; qui est la plus f&#233;conde &#224; long terme, car si elle est suffisamment suivie par assez de gens elle finit par permettre une vraie transformation. Mais il ne faut pas abandonner l'action politique, m&#234;me si elle est plus frustrante par nature, et qu'elle l'est plus encore si vous vous inspirez de principes ou valeurs qui sont en porte &#224; faux par rapport au syst&#232;me de pens&#233;e dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le conservatisme se doit d'&#234;tre cr&#233;atif, dites-vous&#8230; Comment concilier avec l'id&#233;e de progr&#232;s (apport&#233; par le christianisme) ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e d'un temps lin&#233;aire, o&#249; le pass&#233; et l'avenir ne se r&#233;p&#232;tent pas, avec un d&#233;but et une fin, est effectivement chr&#233;tienne. Elle implique un effort personnel et collectif pour que demain soit meilleur qu'aujourd'hui. Mais elle se distingue du progressisme au sens na&#239;f, qui croit in&#233;luctable ce progr&#232;s. Le chr&#233;tien qui est cons&#233;quent avec sa foi sait que le mal et le p&#233;ch&#233; existent, et donc que tout progr&#232;s peut &#234;tre remis en cause, et est d'ailleurs souvent ambigu. Il faut donc &#224; la fois agir dans le sens de ce qu'on pense en conscience &#234;tre celui du bien ; mais savoir les limites de l'action en la mati&#232;re, le politique n'&#233;tant pas un domaine o&#249; on refa&#231;onne &#224; son gr&#233; la soci&#233;t&#233; sans risque majeur, et ne pas s'imaginer que l'on va &#233;tablir le Royaume de Dieu sur terre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Quelle place pour la religion catholique &#224; c&#244;t&#233; du politique en France ? Les catholiques doivent-ils renoncer au r&#234;ve de (re)construire la cit&#233; chr&#233;tienne, si jamais elle a exist&#233;&#8230; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une cit&#233; chr&#233;tienne, quel que soit le sens de ce terme, suppose un peuple chr&#233;tien. Ce n'est plus le cas de la France actuelle, loin de l&#224;, et cela ne para&#238;t pas devoir &#234;tre &#224; port&#233;e rapidement, encore que cela soit entre les mains de Dieu. En outre, seule l'&#233;vang&#233;lisation pourra y conduire. On pourra alors d&#233;battre de ce qu'est une &#8216;cit&#233; chr&#233;tienne', ce concept &#224; la fois d&#233;sirable et ambigu, car en soi une cit&#233; est de ce monde et ne peut &#234;tre dite pleinement chr&#233;tienne, m&#234;me si, comme les papes l'enseignaient autrefois, une cit&#233; o&#249; le peuple et les dirigeants cherchent &#224; &#234;tre chr&#233;tiens est en soi un objectif d&#233;sirable. Mais nous n'en sommes pas l&#224;, notamment avec notre paradigme dominant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'ici l&#224;, les catholiques n'ont aucune raison de renoncer au champ politique, ni de cacher leurs convictions ; ils doivent donc s'engager ; mais il est peu probable que cela conduise &#224; des formations politiques sp&#233;cifiques significatives. Les chr&#233;tiens sous l'Empire romain, minoritaires, n'ont pas emprunt&#233; cette voie ; ce n'est qu'apr&#232;s une &#233;volution de plusieurs si&#232;cles qu'elle s'est ouverte, et de fa&#231;on bien ambigu&#235;, avec Constantin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pr&#233;sentation Facebook :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.france-catholique.fr/Il-ne-faut-pas-abandonner-l-action-politique.html?fbclid=IwAR1baDYnONVuFhPfkv09boAljL-alMt1emJbEfN29WpMW_TlA6ncisBI4HA#.XXjPzPfrbAU.facebook&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.france-catholique.fr/Il...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Comment repenser l'engagement politique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Comment-repenser-l-engagement-politique.html</link>
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		<dc:date>2019-09-02T10:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faute de raisons de vivre communes et partag&#233;es, la vie politique s'expose &#224; des impasses. Pierre de Lauzun, auteur de &#034;Pour un grand retournement politique&#034;, essai paru au printemps 2019 aux &#201;ditions du bien commun, explique &#224; Aleteia comment renouer avec l'exp&#233;rience des si&#232;cles qui a tiss&#233; les voies du bien-vivre ensemble. Sans cette prise de recul, aucune transformation des mentalit&#233;s en profondeur ne pourra aboutir.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Grand-retournement-+.html" rel="tag"&gt;Grand retournement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faute de raisons de vivre communes et partag&#233;es, la vie politique s'expose &#224; des impasses. Pierre de Lauzun, auteur de &#034;Pour un grand retournement politique&#034;, essai paru au printemps 2019 aux &#201;ditions du bien commun, explique &#224; Aleteia comment renouer avec l'exp&#233;rience des si&#232;cles qui a tiss&#233; les voies du bien-vivre ensemble. Sans cette prise de recul, aucune transformation des mentalit&#233;s en profondeur ne pourra aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aleteia : conduit &#224; vous interroger sur les difficult&#233;s r&#233;currentes de la politique actuelle &#224; unir les citoyens autour de la m&#234;me conception du bien commun, vous constatez une opposition entre deux grandes visions de la politique : la pens&#233;e politique classique et la pens&#233;e moderne, individualiste et relativiste. Sur quoi s'opposent pr&#233;cis&#233;ment ces deux grandes visions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre de Lauzun : Mon point de d&#233;part est le constat d'une grave d&#233;rive dans nos soci&#233;t&#233;s : malgr&#233; de spectaculaires r&#233;sultats nous perdons quelque chose d'essentiel dans notre culture et de nos raisons de vivre ensemble. J'en vois la cause dans ce paradigme qui domine notre vie commune depuis trois si&#232;cles, l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale. Elle a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, pour qui le seul bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il veut ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. Cet individualisme ronge les biens communs essentiels que l'humanit&#233; avait construits au cours de son histoire. D'autant que dans un deuxi&#232;me temps il condamne tout ce qui le contredit, au nom du politiquement correct. Il faut d&#232;s lors se tourner vers l'alternative fond&#233;e sur ce que l'exp&#233;rience des si&#232;cles d&#233;gage comme r&#233;f&#233;rence s&#251;re pour la vie commune : la pens&#233;e classique n&#233;e avec Aristote ou Thomas d'Aquin et toujours vivante depuis. Elle nourrit la doctrine sociale de l'&#201;glise mais elle peut tout autant parler aux incroyants de bonne volont&#233;. On y trouve la reconnaissance de l'objectivit&#233; du bien et du vrai ; l'importance centrale de la personne, qui ne peut se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, moyennant une &#233;ducation humaniste, tourn&#233;e vers le vrai et le bien. Et aussi la conscience que les soci&#233;t&#233;s, fruits de l'interaction des personnes, sont des &#233;difices complexes construits au cours du temps et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la pens&#233;e politique fond&#233;e sur ce relativisme individualiste menace les conditions de la vie d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#234;tre parfait, la d&#233;mocratie est actuellement le seul r&#233;gime qui fonde une l&#233;gitimit&#233; dans nos pays. Mais ce mot recouvre trois r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes qu'on confond : le r&#233;gime politique repr&#233;sentatif ; le paradigme de neutralit&#233; ; et l'&#201;tat de droit. On tend ainsi &#224; appeler &#171; d&#233;mocratique &#187; ce qui respecte l'id&#233;ologie, m&#234;me si cela va contre la volont&#233; populaire et le gouvernement du peuple. Ce qui fonde la d&#233;mocratie est l'id&#233;e qu'il faut que chacun ait sa part dans les d&#233;cisions publiques. Le paradigme moderne, lui, nous dit que toutes les opinions se valent. Mais la d&#233;cision commune donnera de bien meilleurs r&#233;sultats comme effort collectif de recherche du bien commun, et non comme compromis entre des choix arbitraires (sous la dict&#233;e des m&#233;dias). Et le vrai vivre-ensemble suppose la responsabilit&#233; &#233;thique de chacun au sein de communaut&#233;s solidaires. La d&#233;mocratie comme r&#233;gime politique fonctionnerait donc bien mieux sans ce paradigme dont l'action corrosive d&#233;truit lentement mais s&#251;rement les fondements de la vie en commun. Alors que les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures avaient ce qu'on peut appeler des incubateurs de vertus, la d&#233;mocratie moderne en manque. Au d&#233;but, le respect des valeurs communes ant&#233;rieures impr&#233;gnait les gens ; mais elles sont de plus en plus consid&#233;r&#233;es comme un choix personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que la pens&#233;e classique &#171; reste plus ou moins latente dans la vie et la pens&#233;e commune &#187; : que voulez-vous dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de la pens&#233;e classique est le processus s&#233;culaire de d&#233;cantation par les soci&#233;t&#233;s humaines de ce qui est bon ou souhaitable, &#224; la lumi&#232;re de la conscience et de la r&#233;flexion, sur la base de l'exp&#233;rience de tous. Il n'y a rien de moins naturel en revanche que l'id&#233;e que toutes les opinions sont &#233;quivalentes et l&#233;gitimes sous r&#233;serve du m&#234;me droit du voisin. Il a fallu trois si&#232;cles pour p&#233;n&#233;trer le peuple de cette id&#233;e, ce qui n'a abouti qu'avec la r&#233;volution culturelle des ann&#233;es soixante. Et pourtant la sagesse ancienne, les r&#233;flexes naturels sont toujours pr&#233;sents. On le voit avec la famille : peu touch&#233;e jusqu'en 1968, elle fait maintenant l'objet de conceptions h&#233;t&#233;roclites et optionnelles, avec en commun le refus individualiste de s'engager. Or le principe m&#234;me de la famille est l'engagement mutuel sur la dur&#233;e. Pourtant dans la pratique la r&#233;alit&#233; de la famille subsiste de fa&#231;on &#233;tonnante : une proportion appr&#233;ciable des gens reste fid&#232;le &#224; son conjoint, &#233;l&#232;ve au mieux ses enfants, et est solidaire de parents dans le besoin. Donc continue &#224; vivre selon les valeurs ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retournement de la vie politique suppose-t-il n&#233;cessairement le retour &#224; une anthropologie classique, comme l'anthropologie chr&#233;tienne (la dignit&#233; de la personne humaine, l'interd&#233;pendance des groupes et des individus, la soci&#233;t&#233; ordonn&#233;e par le bien commun&#8230;) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retourner un tel paradigme est une op&#233;ration de grande ampleur, qui prend du temps, bien au-del&#224; d'un mouvement d'opinion. Cela demande trois choses : reb&#226;tir une pens&#233;e politique ; agir &#224; la base dans les communaut&#233;s ; et ne pas d&#233;laisser le champ politique. Mais dans l'intervalle, les syst&#232;mes de r&#233;gulation collective continueront &#224; imposer leur cadre de pens&#233;e, en allant plus loin &#224; chaque fois. Certes on discerne des signes d'affaiblissement de son emprise, mais cela ne la fait pas encore dispara&#238;tre. En t&#233;moigne l'&#233;chec des essais d'expression divergentes. La Manif pour tous en est un bon exemple : on n'a en effet jamais vu une telle manifestation paisible et &#171; d&#233;mocratique &#187; avec tant de monde (plus du million). Et cependant il n'y a eu aucune prise en compte politique ou m&#233;diatique du ph&#233;nom&#232;ne, m&#234;me hypocrite. Bien au contraire, le mouvement a continu&#233; sur sa route avec la PMA, bient&#244;t la GPA et l'euthanasie. Parce que l'argumentation de La Manif pour tous, fond&#233;e sur une forme de loi naturelle, est simplement irrecevable dans ce contexte de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre perspective, tout retournement politique r&#233;el est difficilement imaginable par la voie de la r&#233;volte et m&#234;me par la voie des alliances partisanes, assez artificielles. Le pr&#233;alable &#224; ce retournement passe-t-il seulement par la voie d'une sorte de conversion morale et culturelle de la &#171; masse &#233;lectorale critique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie de la r&#233;volte pr&#233;sente des risques &#233;lev&#233;s de d&#233;chirement du tissu social et de violence, et de trahison des attentes s'il n'y a pas eu transformation de la vision commune. De m&#234;me avec le populisme : r&#233;volte indign&#233;e contre des &#233;lites discr&#233;dit&#233;es, rien n'implique qu'il aille toujours dans le bon sens, encore moins qu'il obtienne des r&#233;sultats s'il en reste l&#224;. Ainsi avec les Gilets jaunes. Il en est de m&#234;me des partis protestataires s'ils n'ont pas de pens&#233;e forte, ni des dirigeants aptes &#224; gouverner. Cela dit l'action politique est indispensable. Car de nombreuses mesures urgentes sont &#224; prendre et des espaces de libert&#233; &#224; &#233;largir : &#233;ducation, immigration, &#233;conomie, d&#233;fense, coop&#233;ration europ&#233;enne, d&#233;ficits etc. Encore faut-il pour cela d&#233;passer la revendication et mettre des comp&#233;tences au service d'une vraie cr&#233;ativit&#233;. Certes, le contexte est frustrant car on doit en permanence jouer avec des vents contraires, et les alliances politiques sont difficiles et instables. Des opportunit&#233;s se pr&#233;sentent, mais il faut garder &#224; l'esprit la port&#233;e du renversement de pens&#233;e &#224; op&#233;rer. Donc qu'un r&#233;sultat obtenu un jour pourra &#234;tre retourn&#233; tant que la logique dominante reste adverse. Cela &#233;vite les impatiences et les d&#233;sillusions, car le vrai succ&#232;s ne se situe pas sur ce registre. L'une des forces de la pens&#233;e classique est qu'elle donne du recul : on se perd moins dans les miasmes du d&#233;bat politique au jour le jour. Sans pour autant cesser d'agir en gardant le cap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de &#171; reconstruction des solidarit&#233;s &#187;. Existe-t-il des voies d'engagement politique concr&#232;tes possibles et m&#234;me prioritaires, pas n&#233;cessairement &#233;lectorales, et r&#233;ellement utiles &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action &#224; la base est prioritaire. Toutes les grandes transformations de la soci&#233;t&#233; se font d'abord &#224; la base. La soci&#233;t&#233; de demain se joue dans les familles et dans l'&#233;ducation. Puis dans les associations, les entreprises, les &#233;coles ind&#233;pendantes et tout lieu d'innovation &#233;conomique et sociale, o&#249; se combine une gratuit&#233; bien r&#233;elle et l'esprit d'entreprise. Ces communaut&#233;s &#233;l&#233;mentaires sont bien plus libres et mobiles que l'appareil public, et ce dernier ne peut pas tout contr&#244;ler. Sachant qu'une telle approche n'implique pas un repli communautaire ou priv&#233;. Car il faut aussi se remuer au niveau de la soci&#233;t&#233;, dans toutes les structures o&#249; cela s'av&#232;re possible, notamment politiques, malgr&#233; leurs limites &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru sur Aleteia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2019/08/29/comment-repenser-lengagement-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2019/08/29/c...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La pens&#233;e classique doit souffler en Europe</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-pensee-classique-doit-souffler-en-Europe.html</link>
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		<dc:date>2019-08-27T10:15:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>
		<dc:subject>Paradigme relativiste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Si l'on admet que les id&#233;es m&#232;nent le monde, alors il est plus que jamais n&#233;cessaire de comprendre celles qui nous dirigent aujourd'hui. Entre la pens&#233;e classique et la pens&#233;e relativiste, ce sont deux conceptions de l'homme et du monde qui ne per&#231;oivent pas les &#233;v&#233;nements de la m&#234;me fa&#231;on. Comment alors reb&#226;tir une soci&#233;t&#233; commune et favoriser la fraternit&#233; et le bien commun dans un corps social qui se d&#233;lite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Pierre de Lauzun auteur de Pour un grand retournement politique. Face aux impasses du paradigme actuel, Le Bien commun, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par la revue Conflits.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous pr&#233;sentez deux paradigmes intellectuels qui s'opposent, et qui ont des cons&#233;quences politiques et sociales fortes : le paradigme classique et le paradigme relativiste. En quoi les deux s'opposent-ils et pourquoi le paradigme relativiste est-il dominant aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme relativiste domine notre culture commune depuis trois si&#232;cles, mais n'a fait sentir que progressivement ses effets. C'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, et que chacun se d&#233;termine donc comme il l'entend. D&#232;s lors la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin &#8211; ce qu'on trouve pour la premi&#232;re fois clairement exprim&#233;e dans la D&#233;claration des Droits de l'homme de 1789. Il en r&#233;sulte une lente d&#233;rive, qui ronge ces biens communs essentiels qu'&#224; des degr&#233;s divers l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours de son histoire. Au stade actuel, cela se traduit par une radicalit&#233; et une emprise consid&#233;rables, dont t&#233;moigne ce qu'on appelle le politiquement correct, une police de la pens&#233;e qui e&#251;t &#233;t&#233; impensable sous cette forme il y a cinquante ans. Mais &#233;chapper &#224; l'emprise d'un paradigme dominant n'est pas simple. Un paradigme est un cadre qui structure et oriente toute la pens&#233;e collective d'une &#233;poque. Comme l'a montr&#233; Kuhn en mati&#232;re scientifique, un paradigme n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'un autre &#233;merge du fait que le premier rencontre des difficult&#233;s insurmontables. Tant qu'on n'en est pas l&#224;, la pens&#233;e reste conditionn&#233;e par le paradigme pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e classique pr&#233;sente un cadre de pens&#233;e tout &#224; fait diff&#233;rent et donc v&#233;ritablement alternatif. Elle se fonde sur l'exp&#233;rience des si&#232;cles, qui permet de d&#233;gager par la r&#233;flexion et l'usage une r&#233;f&#233;rence s&#251;re pour la vie et l'action communes. Elle a &#233;t&#233; formalis&#233;e en politique notamment par Aristote, Cic&#233;ron puis Thomas d'Aquin et est toujours vivante depuis, inspirant &#224; des degr&#233;s divers des penseurs comme Burke, MacIntyre ou Scruton, voire Tocqueville. Dans cette conception on trouve d'abord le sens de l'objectivit&#233; du bien et du vrai ; l'importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation humaniste, tourn&#233;e vers le vrai et le bien. Un autre aspect important est la conscience que les soci&#233;t&#233;s sont des &#233;difices complexes, construits au cours du temps et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori, impliquant l'interaction de tr&#232;s nombreuses personnes et qui se r&#233;git par des r&#232;gles de vie d&#233;gag&#233;es au cours du temps et int&#233;rioris&#233;es. L'une des forces de la pens&#233;e classique, m&#234;me dans un contexte hostile comme le n&#244;tre, c'est qu'elle donne du recul. Ce qui aide &#224; ne pas se perdre dans les m&#233;andres du d&#233;bat politique au jour le jour, sans pour autant cesser d'esp&#233;rer et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pens&#233;e politique est parfois confuse, car les concepts employ&#233;s sont polys&#233;miques ou mal d&#233;finis. Il en est ainsi des concepts de lib&#233;ral et de conservateur. Comment ces deux concepts peuvent-ils se d&#233;finir et quels sont leurs points communs et leurs points de divergence avec la pens&#233;e classique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui les concepts politiques sont fr&#233;quemment ambigus et mal d&#233;finis. Cela ne r&#233;sulte pas seulement de la complexit&#233; du sujet, ou de limites intellectuelles. C'est aussi du fait de leur r&#244;le comme banni&#232;res dans le combat politique, soit pour rassembler, soit pour stigmatiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot lib&#233;ral est un des plus ambigus qui soient. Si on discerne bien un lib&#233;ralisme philosophique qui s'inscrit clairement dans le cadre de notre paradigme, on trouve aussi un lib&#233;ralisme politique ou un lib&#233;ralisme &#233;conomique dont le sens peut varier selon les personnes ou les contextes : le premier entre la mise en &#339;uvre politique de notre paradigme, et le souci l&#233;gitime de l'&#233;tat de droit ou de l'autonomie des personnes face &#224; l'&#201;tat ; le second entre le laissez-faire int&#233;gral ou le culte irrationnel du march&#233; absolutis&#233;, et la promotion d'une &#233;conomie de libre initiative et d'entreprise, o&#249; le march&#233; trouve sa place. En faisant un bloc du lib&#233;ralisme, on risque de sacrifier au passage des dimensions essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de conservatisme n'est gu&#232;re plus claire. Cela peut viser tout partisan de la situation politique qui domine un pays &#224; un moment donn&#233; : en ce sens Brejnev &#233;tait conservateur. Mais, de fa&#231;on plus fr&#233;quente, on d&#233;signe par l&#224; un courant de pens&#233;e politique, bien repr&#233;sent&#233; dans le monde anglo-saxon, mais pas seulement, que j'analyse comme une forme d&#233;riv&#233;e de la pens&#233;e classique, hybrid&#233;e sous l'emprise du paradigme actuellement dominant. D'o&#249; un certain flou. Ainsi aux &#201;tats-Unis on a fini par appeler conservateur quelqu'un qui en &#233;conomie est ultra-lib&#233;ral ; m&#234;me si tout r&#233;cemment on sent une nette &#233;volution pour retrouver une conception plus conforme &#224; la tradition conservatrice. Le conservateur se veut pragmatique, mais tend &#224; privil&#233;gier la pr&#233;servation d'une situation existante. C'est souvent justifi&#233;. Mais cela reste conditionn&#233; par cette situation. Et au fur et &#224; mesure qu'elle &#233;volue, le conservatisme glisse avec, et risque de confondre le provisoire avec l'essentiel, ou ses int&#233;r&#234;ts avec le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous &#233;crivez : &#171; Un d&#233;bat qui ne pose pas la v&#233;rit&#233;, y compris la v&#233;rit&#233; morale, comme objectif commun n'est plus un d&#233;bat, car il n'y a plus de crit&#232;re commun ; c'est au mieux une n&#233;gociation. [&#8230;] Et si tout est n&#233;goci&#233;, alors les rapports de forces les plus brutaux finiront pas l'emporter, et finalement l'&#233;tat de nature au sens violent de Hobbes. Au minimum une d&#233;linquance latente. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, sur bien des points, il semble que la notion de v&#233;rit&#233; a disparu et que l'usage de la raison s'efface. Comment reb&#226;tir alors un paradigme classique dans ces conditions ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La base de notre paradigme relativiste est bien ce refus de reconna&#238;tre que l'on ne peut d&#233;battre s&#233;rieusement sur le vrai ou le bien que si les participants admettent au d&#233;part une id&#233;e r&#233;gulatrice, qui est que l'objet de tout d&#233;bat est la recherche du vrai en soi ou du bien en soi ; c'est ce qui inspirait Socrate dans ses discussions serr&#233;es, notamment avec les sophistes, anc&#234;tres de nos relativistes actuels. M&#234;me si la recherche de cette v&#233;rit&#233; et de ce bien est un effort constant, jamais termin&#233;. MacIntyre a tr&#232;s bien analys&#233; cette question. Sinon il ne reste plus que le rapport de force, physique, juridique, &#233;conomique, dialectique ou autre ; et notamment le r&#232;gne de l'argent, qui est mat&#233;riellement neutre : on peut toujours mettre un prix sur quelque chose m&#234;me si on n'est d'accord sur rien d'autre. C'est ce que nous constatons de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reb&#226;tir un paradigme classique suppose certes l'exercice du d&#233;bat socratique, mais en gardant en t&#234;te la puissance actuelle de l'emprise du paradigme, qui structure la pens&#233;e collective et plus encore le d&#233;bat. Certes au fond d'eux-m&#234;mes les personnes savent que la v&#233;rit&#233; ou le bien n'ont de sens qu'objectif, mais dans la majeure partie des cas le cadre de pens&#233;e r&#233;gnant ne leur permet pas de le reconna&#238;tre ou de l'int&#233;grer. Il faut pour cela que l'exp&#233;rience personnelle ou collective leur ait mis sous les yeux les limites de ce paradigme, ses &#233;checs. Au stade actuel cela reste trop partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous d&#233;montrez &#233;galement que le relativisme aboutit &#224; une culture de mort, qui se manifeste notamment dans les conflits : bombardements de villes, massacres de civils, etc. Le relativisme n'est-il pas alors un facteur aggravant des guerres ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terrible d&#233;gradation de la fa&#231;on de mener la guerre depuis un peu plus de deux si&#232;cles a plusieurs causes, y compris la technologie ou la passion d&#233;mocratique, mais le relativisme y a une part appr&#233;ciable : l'Europe ancienne reconnaissait en effet &#234;tre une communaut&#233;, fond&#233;e sur des valeurs communes, f&#234;l&#233;es il est vrai &#224; la R&#233;forme. Mais &#224; partir du moment o&#249; vous consid&#233;rez qu'il n'y a plus rien de commun entre vous et l'ennemi, potentiellement tout est permis. Ce qui est compatible avec des pr&#233;tentions moralisantes, mais selon les crit&#232;res nouveaux : je d&#233;fends la libert&#233;, donc je peux raser Dresde ou Nagasaki. Et je peux aussi mener une guerre totalement dissym&#233;trique sans &#233;tat d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autre sujet g&#233;opolitique, l'id&#233;alisme, qui cherche &#224; imposer la d&#233;mocratie par la guerre et qui nie les sp&#233;cificit&#233;s des peuples et des cultures. Dans les relations internationales, relativisme et r&#233;alisme ne s'opposent-ils pas aussi autour du refus ou de l'acceptation du paradigme classique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme d&#233;mocratique est en effet un ph&#233;nom&#232;ne assez curieux : je pr&#233;tends me battre pour la libert&#233; des gens et leur droit &#224; se d&#233;terminer comme ils le veulent ; mais au nom de cette abstraction et pour faire passer mon id&#233;e, je n'h&#233;site pas &#224; employer la violence la plus d&#233;brid&#233;e. L'approche classique, bien plus ferme sur les principes, et notamment sur l'existence d'un bien objectif, sait en m&#234;me temps que la vie commune des hommes est un fait complexe, et que l'imposition d'un programme unilat&#233;ral, surtout par la violence, a toutes chances de produire des effets pires que le mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans chaque situation, elle recommande la recherche du bien, et elle est autrement plus ferme sur l'id&#233;e d'un bien objectif et de principes moraux qu'une approche inspir&#233;e par le paradigme relativiste ; mais elle sait aussi que ce bien se discerne &#224; la lumi&#232;re d'une analyse sp&#233;cifique, d'un jugement propre &#224; la situation consid&#233;r&#233;e qui peut &#234;tre complexe et o&#249; les cons&#233;quences d'une action peuvent &#234;tre inattendues. Ce qui est d&#233;j&#224; vrai au niveau personnel l'est a fortiori au niveau collectif et plus encore international, o&#249; il n'y a plus d'arbitre et o&#249; la violence n'est pas ais&#233;ment r&#233;gul&#233;e. Concr&#232;tement la question n'&#233;tait pas de savoir si M. Kadhafi &#233;tait satisfaisant d'un point de vue id&#233;al ; mais de savoir ce qu'il fallait faire avec la Libye de l'&#233;poque pour obtenir le meilleur ou le moins mauvais effet possible. Et donc certainement pas de l'attaquer comme on l'a fait dans ce qui se r&#233;v&#232;le avec le recul avoir &#233;t&#233; un v&#233;ritable d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous analysez la question de l'autorit&#233; et de la s&#233;curit&#233;, &#233;crivant que &#034;L'&#201;tat moderne est absolu par nature, du fait de son monopole de la force, de la loi, de la conscription, de l'imp&#244;t, et de l'organisation commune &#8211; d'o&#249; son contr&#244;le de la famille, de l'&#233;ducation, des m&#339;urs, etc. Il n'y a aucune limite th&#233;orique &#224; son pouvoir, qui s'exerce directement sur les individus. Un tel accroissement du pouvoir de l'&#201;tat n'a &#233;t&#233; possible qu'avec la fiction qu'il &#233;tait le fait des citoyens eux-m&#234;mes (ce qu'on appelle d&#233;mocratie). On a alors moins cherch&#233; la s&#233;curit&#233; &#224; l'&#233;gard du pouvoir, mais plus la participation au pouvoir.&#034; L'&#201;tat essaye aujourd'hui d'assurer un contr&#244;le social des personnes : contr&#244;le de la pens&#233;e, des naissances, de la mort, des modes de d&#233;placement &#233;galement. Existe-t-il encore des espaces de libert&#233; dans cette vision politique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons bien que le degr&#233; de contr&#244;le sur les citoyens dont dispose l'&#201;tat moderne aurait &#233;t&#233; jug&#233; effroyable par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et les &#233;poques anciennes. Un totalitarisme fond&#233; sur ces outils serait terrifiant. Ce qui le freine de fa&#231;on appr&#233;ciable est d'une part le fait, cher &#224; la pens&#233;e classique, de l'&#233;tat des rapports humains dans la soci&#233;t&#233;, qui reste encore mod&#233;r&#233; par l'usage et n'a pas fait l'objet de transgression irr&#233;versible : sous cet angle, il est clair que toute remise en question majeure et violente des rapports sociaux et politiques offrirait &#224; un tel totalitarisme une opportunit&#233; consid&#233;rable. Et d'autre part l'existence dans le syst&#232;me juridique de crans d'arr&#234;t, ce qu'on appelle l'&#233;tat de droit ou libert&#233;s fondamentales, h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode lib&#233;rale ; &#224; ceci pr&#232;s que le relativisme fait que leur contenu est passablement impr&#233;cis et pourra &#234;tre appr&#233;ci&#233; tout autrement si les dominantes de la soci&#233;t&#233; y conduisent. La mont&#233;e de l'intol&#233;rance du politiquement correct en t&#233;moigne ; ou l'exemple des deux guerres mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une autre id&#233;e que vous analysez est celle de la nation, qui est confront&#233;e &#224; plusieurs enjeux : mouvements migratoires, finances mondialis&#233;es, guerre du droit, etc. La nation a-t-elle encore une place dans ce nouveau monde ou bien est-elle une antiquit&#233; qui doit s'effacer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation reste la seule communaut&#233; politique vivante de nos jours, malgr&#233; ces menaces bien r&#233;elles. Vivante dans l'esprit des gens, et op&#233;rationnelle par son organisation concr&#232;te, c'est la seule base de solidarit&#233; active et concr&#232;te. L'alternative n'est pas une utopie mondialisante, qui est sans fondement dans la r&#233;alit&#233; ; ni un ensemble de r&#233;seaux &#233;conomiques s'appuyant sur une soft law incapable d'ordonner la vie commune des personnes et d&#233;pourvue de pouvoir coercitif l&#233;gitime. La seule alternative possible est en fait de type imp&#233;rial : un pouvoir rustique, mais qui n'exige pas pour fonctionner d'&#234;tre fond&#233; sur une communaut&#233; : de ce point de vue, la poursuite de l'&#233;clatement de nos communaut&#233;s, nationales, en une mosa&#239;que h&#233;t&#233;rog&#232;ne peut rendre un jour les solutions imp&#233;riales les seules praticables. Fort heureusement nous n'en sommes pas encore l&#224;, m&#234;me si la direction est claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'analyse objective et r&#233;aliste du monde actuel peut devenir d&#233;primante pour les jeunes g&#233;n&#233;rations, notamment ceux qui sont &#233;tudiants et qui peuvent avoir l'impression que l'avenir ne va leur r&#233;server que des catastrophes (crise financi&#232;re, enjeu migratoire, atonie de l'Europe, etc.). Quels motifs d'esp&#233;rance peut-on leur donner ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre qu'&#224; bien des &#233;poques les perspectives disponibles pouvaient conduire &#224; douter de l'avenir de fa&#231;on analogue, et que se sentir d&#233;prim&#233; est le plus s&#251;r moyen pour que les faits le justifient, l'important est &#224; nouveau la recherche de ce qu'on a &#224; faire l&#224; o&#249; on est, &#224; la base : de ce qu'il est bien de faire et qu'on peut faire. Cela n'emp&#234;che pas de se pr&#233;occuper ou d'agir face aux catastrophes possibles. Mais il n'est pas raisonnable de fonder son &#233;quilibre de vie sur ce sur quoi on n'a qu'un pouvoir d'action limit&#233;. Ce qui peut donner un sens &#224; notre vie est par nature ce qui est &#224; notre port&#233;e, sous notre main. Et cela d'autant plus que, collectivement, le d&#233;passement de cette d&#233;pression collective qu'induit notre paradigme relativiste &#233;tant la seule voie collectivement s&#251;re, c'est par la multiplication de conversions individuelles qu'elle se fera, c'est-&#224;-dire du changement de la vision de chacun, op&#233;rant &#224; son niveau dans sa famille, sa profession, ses engagements associatifs, l'&#233;cole de ses enfants, etc. Si chacun attend les autres, rien ne se fera ; d&#232;s qu'on s'engage, on a trouv&#233; la premi&#232;re r&#233;ponse &#224; ses interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans la revue Conflits &lt;a href=&#034;https://www.revueconflits.com/pierre-de-lauzun-bien-commun9004-2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.revueconflits.com/pierr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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