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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Une Eglise embourgeois&#233;e, ou un manque de foi ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-Eglise-embourgeoisee-ou-un-manque-de-foi.html</link>
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		<dc:date>2020-03-01T15:50:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Catholicisme</dc:subject>
		<dc:subject>Crise de l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Pratique religieuse</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comme se le demandait un dossier de la revue &lt;i&gt;La Nef&lt;/i&gt;, l'Eglise catholique en France est-elle devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est vrai que les milieux &#8216;bourgeois' ont plut&#244;t plus transmis la foi que les autres, notamment les conservateurs ; que les milieux populaires ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement ; et enfin que cette Eglise &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire. Faut-il s'arr&#234;ter &#224; ce constat sociologique, vrai, mais incomplet ? N'y a-t-il pas un probl&#232;me plus profond, un probl&#232;me de foi ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un dossier r&#233;cent de La Nef a judicieusement pos&#233; la question : l'Eglise catholique, au moins en France, n'est-elle pas devenue une Eglise sociologiquement bourgeoise ? La r&#233;ponse unanime est : oui, sachant qu'une alternative se d&#233;veloppe, du fait de l'immigration chr&#233;tienne, et des Antillais. On souligne alors trois faits : 1. Les milieux dits &#8216;bourgeois' ont sensiblement mieux transmis la foi que les autres, notamment dans le milieu dit &#8216;observant', c'est-&#224;-dire conservateur. 2. Les milieux populaires de souche ont vu leur foi et leur pratique s'&#233;roder fortement. 3. L'Eglise qui reste, donc &#224; majorit&#233; &#8216;bourgeoise', est tr&#232;s peu missionnaire, et para&#238;t sociologiquement peu propre &#224; accueillir les personnes issues de milieux populaires. Ce constat est vrai, mais incomplet.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan sociologique, je ferai d&#233;j&#224; trois remarques. 1. Le fait que les &#8216;bourgeois' transmettent mieux est plut&#244;t &#224; leur honneur ; c'est un indice synth&#233;tique d'une capacit&#233; &#224; ne pas &#234;tre domin&#233; par les courants ambiants et &#224; chercher &#224; transmettre ce que l'on juge &#234;tre vrai et bon. 2. L'effondrement relatif de la pratique et de la foi dans les milieux populaires ne r&#233;sulte pas de sa permanence dans les milieux bourgeois, et doit &#234;tre expliqu&#233; par lui-m&#234;me. Dans mon dioc&#232;se de d&#233;part, celui de Viviers ou Ard&#232;che, la pratique &#233;tait massive jusqu'aux ann&#233;es 50 et s'est effondr&#233;e depuis : d&#233;sormais pratiquement personne de moins de 60 ans ne va &#224; la messe. Or la pr&#233;sence &#8216;bourgeoise' est n&#233;gligeable ; en outre, ces gens qui ont 60 &#224; 80 ans aujourd'hui en avaient 30 &#224; 50 il y a trente ans : qu'ont-ils transmis ? 3. L'explication par la seule disparition de la paysannerie avec les ann&#233;es 60 ne suffit pas. C'est &#233;videmment un point majeur. Mais d'un c&#244;t&#233;, il reste une certaine paysannerie ; or elle est d&#233;christianis&#233;e (m&#234;me observation ard&#233;choise). D'un autre c&#244;t&#233;, les milieux urbains ant&#233;rieurement chr&#233;tiens, hors minorit&#233; d'observants, ont eux aussi d&#233;croch&#233;. Il faut donc chercher ailleurs que dans une forme de sociologie m&#233;caniste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je propose une piste d'&#233;clairage. Elle se fonde sur les remarquables travaux de Guillaume Cuchet (Comment notre monde a cess&#233; d'&#234;tre chr&#233;tien Seuil 2018), dont l'enqu&#234;te rigoureuse et impartiale montre l'effet d&#233;cisif qu'a eu la r&#233;volution des ann&#233;es 60 au sein du catholicisme, suite &#224; Vatican II plus ou moins bien assimil&#233;. La rupture brutale de tout un ensemble d'usages et d'exigences (pr&#233;sence &#224; la messe, confession etc.) a eu un effet direct, mais surtout s'est combin&#233;e avec la modification radicale de la conception m&#234;me de la religion et de ses exigences. A un monde tourn&#233; vers les fins derni&#232;res, et donc &#224; l'incertitude sur le salut, qui impliquait un effort constant sur soi-m&#234;me et une pratique suivie, a succ&#233;d&#233; une monde ir&#233;nique o&#249;, pour caricaturer, tout le monde est sauv&#233;, et o&#249; toutes les religions et tous les comportements bien intentionn&#233;s se valent. Dans ce nouveau contexte, le besoin de pratiquer dispara&#238;t, sauf go&#251;t personnel ou id&#233;al. Le tout &#233;videmment puissamment acc&#233;l&#233;r&#233; par la r&#233;volution des m&#339;urs symbolis&#233;e par mai 68, ainsi que par les initiatives intellectualistes et mal con&#231;ues du clerg&#233; du temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux ph&#233;nom&#232;nes. Le premier est l'implosion des vocations et plus encore de la mission. Des esprits superficiels veulent expliquer le catholicisme ant&#233;rieur par la sociologie et notamment la pression du milieu rural pratiquant, ainsi que la perspective de promotion sociale que le clerg&#233; offrait avant 1905. Cela a exist&#233; ; mais cela ne rend compte ni du syst&#232;me de valeur qui animait ces milieux, et pour qui le salut &#233;tait une vrai question ; ni de l'ampleur du ph&#233;nom&#232;ne de foi. Quand les 2/3 des missionnaires catholiques vers 1870 &#233;taient fran&#231;ais, ce n'est pas par pression sociale car ils pouvaient rester dans leur dioc&#232;se, mais la foi y &#233;tait d'&#233;vidence un facteur majeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me ph&#233;nom&#232;ne est la bien meilleure r&#233;sistance de ces milieux dit &#8216;bourgeois', qui, plus que &#8216;bourgeois', sont en fait &#224; la fois plus &#233;duqu&#233;s et surtout ont une tradition de transmission culturelle et &#233;ducative forte. Comme l'a not&#233; un autre sociologue, Y. Raison du Cleuziou, ce fut un choix de ces milieux, du moins des plus conservateurs, de r&#233;sister aux tendances ambiantes y compris dans l'Eglise, et de maintenir tout ou partie des r&#233;f&#233;rences ant&#233;rieures. En revanche, dans les milieux populaires ou les classes moyennes, la pression sociologique ambiante a &#233;t&#233; dans l'ensemble pr&#233;pond&#233;rante. Mais naturellement, cela ne qualifie pas ces milieux &#233;duqu&#233;s pour un r&#244;le missionnaire aupr&#232;s de leurs compatriotes ; non seulement parce qu'ils n'ont pas particuli&#232;rement ce talent et n'en avaient pas la tradition (hors missions lointaines), mais aussi parce qu'ils ne pouvaient s'abstraire de la nouvelle donne religieuse. Prenons l'exemple des musulmans : le message actuel de fait de l'Eglise de France, sauf exceptions, dans tous les milieux, est qu'on ne doit pas chercher &#224; les convertir, sauf demande expresse de leur part. Mais dans ce cas, on ne voit pas de raison &#224; convertir qui que ce soit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, l'analyse sociologue, passionnante et indispensable, ne nous donne pas la r&#233;ponse finale. Incriminer l'entre-soi des chr&#233;tiens r&#233;siduels dans les beaux quartiers repose sur une r&#233;alit&#233;, mais si on en reste l&#224;, on n'ira pas loin. Le besoin primordial est de reconna&#238;tre l'implosion spirituelle, la perte des rep&#232;res essentiels. Bien s&#251;r, la foi reste ardente chez bien des gens, y compris de milieu populaire, notamment les Antillais et Africains ; mais bien trop peu. En outre et surtout, c'est sans que le but ultime soit suffisamment mis &#224; l'honneur. &#171; A qui irions-nous Seigneur, tu as les paroles de la vie &#233;ternelle ? &#187; (Jn 6-68). Ce qui fait le christianisme c'est la R&#233;surrection, que le Christ nous offre, la vie &#233;ternelle, si nous savons nous convertir. Convertir : voil&#224; le ma&#238;tre mot. Sans notre conversion, personne ne se convertira. Pourquoi les &#233;vang&#233;liques marchent mieux, avec un patrimoine intellectuel et spirituel bien plus pauvre ? Parce qu'ils y croient, intens&#233;ment, et que d&#232;s lors ils accueillent les autres pour partager cette foi. Emprunter leurs m&#233;thodes ne m&#232;nera &#224; rien sans cette transformation int&#233;rieure et collective.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;France catholique F&#233;vrier 2020&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>D&#233;christianisation et &#233;conomie</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Dechristianisation-et-economie.html</link>
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		<dc:date>2012-10-28T10:06:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Christianisme et &#233;conomie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;christianisation</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Notre soci&#233;t&#233; et notre &#233;conomie font face &#224; des tournants majeurs. La bonne vieille &#233;poque des Trente Glorieuses garde ses nostalgiques, mais nous sommes entr&#233;s dans une nouveau monde. Or au m&#234;me moment o&#249; on sortait de l'&#233;conomie prot&#233;g&#233;e, on a pris le risque immense de la d&#233;christianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ma conviction est que seules les immenses ressources de foi, de charit&#233;, de solidarit&#233; et de morale personnelle et donc de responsabilit&#233; que porte la foi chr&#233;tienne nous offrent les ressources nous permettant sur la dur&#233;e de r&#233;tablir une &#233;conomie saine et humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'apr&#232;s mon intervention &#224; l'Universit&#233; de Luxembourg le 25 octobre 2012)&lt;/p&gt;

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/ 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Dechristianisation-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;christianisation&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;D&#233;christianisation et &#233;conomie&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; &lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Les cons&#233;quences de la d&#233;christianisation pour la soci&#233;t&#233; et l'&#233;conomie europ&#233;ennes &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cadre g&#233;n&#233;ral&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Nous avons connu historiquement un changement majeur dans les ann&#233;es 60, particuli&#232;rement important du point de vue de la religion. On sait que la pratique religieuse s'est effondr&#233;e &#224; ce moment, concomitamment avec une &#233;volution tr&#232;s profonde des m&#339;urs. D'un point de vue spirituel c'est un fait majeur &#8211; mais ce n'est pas notre sujet ici. Les cons&#233;quences en mati&#232;re &#233;conomie, politique et sociale en sont &#233;galement tr&#232;s importantes. En mati&#232;re politique par exemple, le r&#244;le de la D&#233;mocratie chr&#233;tienne pouvait para&#238;tre dans les ann&#233;es 50 une r&#233;ussite brillante, un point haut des rapports de l'Eglise avec le monde : des partis explicitement chr&#233;tiens jouaient un r&#244;le majeur et reconnu dans des d&#233;mocraties, le r&#233;gime politique de la modernit&#233;. Or comme on sait l'&#233;volution est all&#233;e vers leur relativisation, ou m&#234;me disparition, en tout cas s&#233;cularisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais l'exemple le plus &#233;vident du divorce nouveau est celui des m&#339;urs sexuelles, de la reproduction et du mariage. Il est manifeste que cela va dans le sens contraire de l'enseignement chr&#233;tien : avortement, contraception, libert&#233; totale des m&#339;urs sont &#233;videmment incompatibles avec la conception chr&#233;tienne de la bonne conduite, et cela d'une fa&#231;on qui n'est pas seulement valable pour le chr&#233;tien, mais pour l'homme en g&#233;n&#233;ral, vue sous l'angle de la loi naturelle. Cette notion de morale naturelle qui aurait paru &#233;vidente nagu&#232;re n'est dans la pratique maintenant d&#233;fendue activement que par les chr&#233;tiens, avec l'appui d'autres religions, en dehors d'individualit&#233;s dispers&#233;es sur tout le champ de la pens&#233;e. On le voit avec le d&#233;bat sur le mariage homosexuel aujourd'hui en France : d'un c&#244;t&#233; les arguments &#233;chang&#233;s sont de l'ordre de la morale naturelle, et c'est normal ; mais d'un autre c&#244;t&#233; ce sont les croyants qui animent pour l'essentiel le d&#233;bat. Pourtant la question devrait toucher tout le monde : un &#234;tre normalement constitu&#233; devrait trembler &#224; l'id&#233;e de voir les mots p&#232;re et m&#232;re dispara&#238;tre du vocabulaire l&#233;gal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pendant la m&#234;me p&#233;riode, ces &#233;volutions se sont accompagn&#233;es de bouleversements dans le monde politique et &#233;conomique. En &#233;conomie par exemple on a connu de consid&#233;rables &#233;volutions : on est pass&#233; de l'Etat keyn&#233;sien et r&#233;gul&#233;, autarcique, des ann&#233;es 50 et 60 &#224; l'ouverture mondialis&#233;e, &#224; une comp&#233;tition plan&#233;taire dans laquelle les pays &#233;mergents jouent un r&#244;le d&#233;sormais d&#233;cisif. On souligne souvent le seul r&#244;le de l'id&#233;ologie lib&#233;rale et de la financiarisation. Ce r&#244;le est r&#233;el certes. Mais le fait de base est la mondialisation. Du fait de celle-ci les contraintes et possibilit&#233;s des d&#233;cideurs se sont radicalement modifi&#233;es, comme l'horizon de vie des personnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan social il en est de m&#234;me. Mais ici on constate un paradoxe. Le maximum des ambitions int&#233;gratrices de cette nouvelle construction qu'&#233;tait alors la s&#233;curit&#233; sociale se situe dans l'imm&#233;diat apr&#232;s-guerre : syst&#232;me Beveridge au Royaume-Uni ou S&#233;curit&#233; sociale fran&#231;aise par exemple. Mais dans les faits ces syst&#232;mes n'ont pris une grande ampleur qu'apr&#232;s, du fait notamment de la hausse spectaculaire des d&#233;penses. Plus qu'un renouvellement d'ambition, cela r&#233;sulte d'une incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler les d&#233;penses, d'o&#249; une plus grande difficult&#233; &#224; les financer, alors qu'en m&#234;me temps une part croissante de la population &#233;tait laiss&#233;e de c&#244;t&#233; par l'&#233;conomie, attendant d'autant plus de l'Etat providence. Il en r&#233;sulte une inefficacit&#233; criante de ces syst&#232;mes, y compris et surtout en termes de solidarit&#233; r&#233;elle. Il en est de m&#234;me au niveau des budgets publics, qui se sont gonfl&#233;s en finan&#231;ant toujours plus de d&#233;penses courantes &#224; cr&#233;dit. Le tout s'est traduit comme on sait par un d&#233;r&#232;glement grave, devenu manifeste en fin de p&#233;riode, avec la crise de l'endettement des Etats, et une incertitude g&#233;n&#233;rale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier facteur de nouveaut&#233; est &#224; citer enfin, c'est &#233;videmment la prise de conscience &#233;cologique. Elle cr&#233;e un doute profond et bouleversant envers la science et le progr&#232;s. Et en m&#234;me temps elle nous demande un nouveau paradigme, o&#249; la finitude joue un r&#244;le plus important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a donc une rencontre, en partie fortuite, entre l'&#233;loignement rapide des soci&#233;t&#233;s europ&#233;ennes &#224; l'&#233;gard des r&#233;f&#233;rences chr&#233;tiennes encore pr&#233;gnantes auparavant dans la culture collective, et le bouleversement du cadre de cette vie collective. Le monde d'aujourd'hui fait face &#224; des d&#233;fis nouveaux mais avec un cadre de pens&#233;e radicalement diff&#233;rent, dans lequel la d&#233;christianisation est un &#233;v&#232;nement majeur. Que peut faire le christianisme ? Est-il indispensable sur cette sci&#232;ne nouvelle ? Ma r&#233;ponse est positive.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Quelle probl&#233;matique pour le christianisme ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En quoi la d&#233;christianisation affecte-t-elle, ou affectera-t-elle dans le futur, notre capacit&#233; &#224; traiter les d&#233;fis auxquels nous faisons face ? Prenons tour &#224; tour les diff&#233;rentes t&#234;tes de chapitre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les &#233;volutions en cours ou intervenues changent tout simplement la mani&#232;re dont les &#234;tre humains sont faits et &#233;lev&#233;s. Elles ont donc une signification anthropologique majeure. Nous savons certes que l'&#234;tre humain est plastique ; mais le risque qui a &#233;t&#233; pris par nos soci&#233;t&#233;s depuis un peu plus de quarante ans est tr&#232;s &#233;lev&#233;. Il n'y a en effet rien de plus structurant que la famille, ne serait-ce que pour l'&#233;ducation des enfants, et donc le fa&#231;onnage de l'humanit&#233; de demain. Or la famille a &#233;clat&#233; de toute part, et m&#234;me si les liens affectifs peuvent subsister, le fait de base est l'&#233;clatement des liens quotidiens entre parents ou entre parents et enfants. Parall&#232;lement l'id&#233;ologie ambiante d&#233;bouche sur des pratiques &#233;ducatives inefficaces, parce que sans exigences. Outre sa signification propre, cette &#233;volution ne peut pas ne pas avoir des cons&#233;quences &#233;conomiques importantes. Pour n'en citer que deux, l'une est quantitative : la sous-natalit&#233; (avec son impact par nature massif sur les retraites ou sur la croissance), l'autre qualitative, la sous-&#233;ducation ou la mauvaise &#233;ducation, qui conduit &#224; &#8216;produire' les hommes de demain de fa&#231;on de plus en plus inadapt&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des m&#339;urs saines supposent des valeurs collectives. Le christianisme les donnait, mais m&#234;me l&#224; o&#249; la pratique religieuse subsiste, son influence sur les comportements r&#233;els diminue. La sous-natalit&#233; n'a par exemple plus de corr&#233;lation avec la pratique religieuse. Mais qui d'autre que lui peut donner de telles r&#233;f&#233;rences au niveau requis par nos besoins ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Economie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224; les faits pr&#233;c&#233;dents impactent l'&#233;conomie de fa&#231;on consid&#233;rable. Mais plus largement, le fait de base est que l'&#233;conomie est faite d'hommes. Et donc ce qui les fait vivre, ce qui donne du sens &#224; leur vie et &#224; leur action est essentiel pour l'&#233;conomie aussi. En termes concrets, on ne peut esp&#233;rer avoir durablement une vie &#233;conomique saine sans valeurs collectives et anthropologie saine. Cela vaut notamment &#224; un triple niveau (que j'ai &#233;labor&#233; dans mon livre sur l'Economie et le Christianisme).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a en premier lieu les syst&#232;mes de valeurs personnels, la morale. C'est &#233;vident &#224; un niveau &#233;l&#233;mentaire : le respect des contrats, les r&#232;gles de base de la vie en commun, sans lesquelles l'action commune est difficile et al&#233;atoire, donc co&#251;teuse. Mais c'est vrai en outre, de fa&#231;on moins souvent rappel&#233;e (mais ce l'est par Beno&#238;t XVI dans Caritas in veritate), au niveau des march&#233;s. Les march&#233;s financiers notamment refl&#232;tent les priorit&#233;s des acteurs ; selon ces priorit&#233;s (et au moins tout simplement, les instructions de gestion donn&#233;es par les b&#233;n&#233;ficiaires des fonds de pension &#224; ceux qui les g&#232;rent), leur r&#233;sultat sera diff&#233;rent. Et donc la marche de la soci&#233;t&#233; sera diff&#233;rente. Si la perspective est celle du gain maximal &#224; court terme, c'est comme cela que l'&#233;conomie vivra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu l'&#233;conomie suppose des entreprises, donc des entrepreneurs, et qu'ils animent des communaut&#233;s qu'on appelle les entreprises. Et donc une capacit&#233; &#224; prendre des risques, car la s&#233;curit&#233; totale n'existe pas. Donc une forme de courage et disons-le de foi. Les enqu&#234;tes comme l'examen historique montrent une corr&#233;lation entre la foi en l'avenir et la foi religieuse, du moins chr&#233;tienne. Une soci&#233;t&#233; qui ne vise que la maximalisation du profit imm&#233;diat ne prend pas de risques sur la dur&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu le fait est qu'une &#233;conomie qui op&#232;rerait sur la base du seul &#233;go&#239;sme ne fonctionnerait pas, contrairement &#224; ce qu'on peut comprendre en lisant nos manuels d'&#233;conomie politique. C'est d&#233;j&#224; vrai pour travailler ensemble dans une entreprise : si je n'y coop&#232;re avec mon voisin que sur la base d'un profit imm&#233;diat, plus rien ne fonctionne. C'est &#224; fortiori vrai pour vivre ensemble en soci&#233;t&#233; en utilisant pleinement les ressources de tous ; enfin et plus encore pour assurer les fonctions qui ne peuvent &#234;tre assur&#233;es sur une base &#233;go&#239;ste, &#224; commencer par la famille. Ce qui suppose des valeurs d'amour et de don et tout au moins de solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en d&#233;duis qu'une &#233;conomie n'est pas tenable &#224; terme sans foi religieuse, ou son &#233;quivalent s'il peut exister ; mais je doute qu'on puisse se passer en Europe de la foi chr&#233;tienne qui a donn&#233; les cadres conceptuels et valeurs de r&#233;f&#233;rence qui ont permis le d&#233;collage &#233;conomique de l'Occident &#224; partir du Moyen &#194;ge (voir mon livre Christianisme et croissance &#233;conomique).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Social&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos syst&#232;mes sociaux sont en crise, on l'a dit. Il y a trop de d&#233;penses et de gaspillage, et trop de dette. Et en m&#234;me temps une insuffisance de solidarit&#233;, et une trop faible efficacit&#233;. Il n'y a donc pas ou plus d'image cible, r&#233;gulatrice du bon niveau et des bons moyens de cette solidarit&#233;. La demande toujours croissante de transferts et d'action collective se heurte &#224; la mondialisation qui d'un c&#244;t&#233; diminue les ressources et de l'autre distend la solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre voire surtout les prestations financi&#232;res ne suffisent pas ; elles ne font pas le tissu social. Il y faut aussi et surtout la pr&#233;sence directe de personnes, ce qui ne peut se faire que dans un cadre associatif, m&#251; par un esprit qui de pr&#232;s ou de loin rel&#232;ve de la charit&#233;. En d'autres termes, quel que soit le niveau des prestations &#233;gales, il faut &#224; la soci&#233;t&#233; un double don : don financier et don des personnes, par leur temps et leur pr&#233;sence. L&#224; encore, m&#234;me dans une soci&#233;t&#233; relativiste on peut &#233;videmment voir des personnes ou des associations &#224; m&#234;me de contribuer &#224; ces efforts collectifs. Mais c'est de fa&#231;on sporadique et al&#233;atoire, et pas au niveau d'ensemble. La conception chr&#233;tienne elle favorise deux facteurs en m&#234;me temps : l'autonomie de la personne (et donc sa responsabilit&#233;), et la solidarit&#233;, notamment envers les pauvres. Elle para&#238;t donc fournir &#224; la foi les orientations et les motivations permettant de r&#233;duire l'ampleur des transferts, de les r&#233;orienter, et de faire appel &#224; la solidarit&#233; priv&#233;e et associative. On voit mal ce qui pourra la remplacer dans ces r&#244;les, surtout dans les secousses de la crise &lt;br class='autobr' /&gt;
actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Citons enfin l'&#233;cologie, qui nous pose des probl&#232;mes multiples, qui nous conduisent au fond &#224; la question de la place de l'homme dans la nature ; ce qui interpelle directement le chr&#233;tien. En bref, l'&#233;cologie est un exemple remarquable du besoin d'une anthropologie donnant sa place &#224; l'homme, un sens &#224; sa pr&#233;sence. Quoi que dise l'&#233;cologie extr&#233;miste, seul l'homme peut prendre en charge la nature. Mais quoi que dise le syst&#232;me &#233;conomique dominant, il ne le fait pas sans exigence morale profonde, bas&#233;e sur une claire conscience de sa position de responsabilit&#233; dans la nature. Mais je ne vois pas dans quel autre cadre que le christianisme on peut d&#233;finir une position de l'homme qui soit respectueuse &#224; la fois de sa place unique, et de ses devoirs envers son environnement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on voit donc, sur une multitude de points, questions, et occasions, le r&#244;le du christianisme en Europe para&#238;t irrempla&#231;able. Les alternatives sont insuffisantes, chaotiques et incoh&#233;rentes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le r&#244;le du christianisme&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il y a en d&#233;finitive un contraste impressionnant entre ce qu'on peut l&#233;gitimement attendre du christianisme en Europe, et sa marginalisation actuelle, pratiquement unique parmi les 5 continents. Que faire alors ? Rappelons alors qu'il y a deux familles de moyens permettant d'agir sur la soci&#233;t&#233; : le niveau de l'action collective, notamment politique, et l'action directe, au moins par l'exemple. Il y a donc un double besoin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est d'&#233;laboration intellectuelle. Sauf conversion large, actuellement improbable, on ne peut parler &#224; l'ensemble de la soci&#233;t&#233; qu'au niveau de la loi naturelle &#8211; m&#234;me si elle aussi est largement contest&#233;e, c'est-&#224;-dire par une argumentation ou une action rationnelle. Mais l&#224; aussi c'est le christianisme qui est le mieux plac&#233; pour l'&#233;laborer et en t&#233;moigner - d'o&#249; la valeur essentielle de l'exemple, notamment aux niveaux &#233;conomique, politique et social. Les le&#231;ons de l'histoire nous confirment son r&#244;le irrempla&#231;able et d&#233;cisif, tant en &#233;conomie qu'en politique. Ceci vise notamment le r&#244;le des la&#239;cs croyants Mon jugement est que sur ce plan-l&#224; ils ne font pas assez leur travail. On ne peut pas attendre (en contexte catholique) tout de l'enseignement pontifical ou du clerg&#233;, ne serait-ce que parce que la responsabilit&#233; premi&#232;re du monde politique et &#233;conomique, c'est les la&#239;cs qui l'ont. Qu'ils y travaillent donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le deuxi&#232;me niveau est l'action concr&#232;te. Elle touche bien s&#251;r une multitude de domaines, &#224; commencer par la charit&#233; et le don. Il faut donner, beaucoup plus que nous ne le faisons, et collectivement, dans des organismes puissants, influant sur la soci&#233;t&#233;. Mais au moins &#224; titre d'exemple je voudrais citer un autre domaine, moins familier, l'&#233;conomie, et en son sein un plus surprenant encore, les march&#233;s financiers. Je veux parler ici de l'investissement socialement responsable ou ISR. Dans nos &#233;conomies de march&#233;, les entreprises sont d&#233;tenues par des propri&#233;taires qu'on appelle les actionnaires ; ce sont eux qui orientent son action, au moins en derni&#232;re analyse. Les priorit&#233;s de ces actionnaires sont donc d&#233;cisives pour l'orientation de notre vie collective. Or ce sont ceux qui d&#233;tiennent ces instruments trait&#233;s sur un march&#233; financier que sont les actions. Nous avons d&#232;s lors le devoir d'investir dans des entreprises et d'acheter des actions ; et nous avons plus encore le devoir de les s&#233;lectionner et de les orienter. Tel est le r&#244;le de l'ISR. Mais l'ISR actuellement dominant reste trop mod&#233;r&#233; et &#233;triqu&#233; dans ses ambitions, comme d'ailleurs tout ce qu'on appelle &#233;thique, et tr&#232;s en de&#231;&#224; des ambitions de chr&#233;tiens responsables et engag&#233;s. Parmi bien d'autres initiatives possibles et m&#234;me n&#233;cessaires, j'en appelle donc &#224; un ISR ambitieux d'inspiration chr&#233;tienne. &lt;br class='autobr' /&gt;
.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(D'apr&#232;s mon intervention &#224; l'Universit&#233; de Luxembourg le 25 octobre 2012)&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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