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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les derniers temps : l'&#233;clairage de l'Apocalypse</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Les-derniers-temps-l-eclairage-de-l-Apocalypse.html</link>
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		<dc:date>2020-10-23T14:40:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Apocalypse</dc:subject>
		<dc:subject>Derniers temps</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Comment comprendre la question de la fin des temps, et donc de l'accomplissement de l'Histoire, en perspective chr&#233;tienne ? L'Apocalypse de saint Jean est la r&#233;f&#233;rence principale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce livre appara&#238;t bien myst&#233;rieux &#224; beaucoup d'entre nous. Mais l'Apocalypse fait partie de la R&#233;v&#233;lation. Et il est ind&#233;niable qu'elle d&#233;crit un d&#233;roulement d'&#233;v&#233;nements, &#224; la fin des temps. Or notre &#233;poque pr&#233;sente des caract&#233;ristiques qui la mettent compl&#233;tement &#224; part. Ce ne serait pas elle qui serait vis&#233;e par ce texte ? Il ne peut &#233;videmment pas y avoir de certitude ici. Mais s&#251;rement mati&#232;re &#224; r&#233;flexion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; France catholique &lt;i&gt;n&#176; 3698 (23 octobre 2020)&lt;/i&gt; pp. 31 et 32.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Derniers-temps-+.html" rel="tag"&gt;Derniers temps&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lire l'Apocalypse&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment comprendre la question de la fin des temps, et donc de l'accomplissement de l'Histoire ? L'Apocalypse de saint Jean est la r&#233;f&#233;rence principale (ainsi que l'Ant&#233;christ &#233;voqu&#233; ici ou l&#224; dans le Nouveau testament). En m&#234;me temps ce livre, le dernier de la Bible chr&#233;tienne, appara&#238;t bien myst&#233;rieux &#224; beaucoup d'entre nous. Bien entendu, il serait na&#239;f de la lire purement et simplement comme la narration pr&#233;cise, &#224; l'avance, d'&#233;v&#233;nements futurs. C'est aussi en un sens une clef de compr&#233;hension des temps et de l'histoire pris dans leur ensemble. Dans cette perspective, le Dragon, les B&#234;tes et Babylone peuvent &#234;tre vus comme des forces latentes et agissantes au cours de l'histoire, autant que comme des ph&#233;nom&#232;nes identifiables de l'avenir. Car dans la perspective religieuse, le temps peut &#234;tre lin&#233;aire sans &#234;tre enferm&#233; dans la succession pure. D'une certaine fa&#231;on, le futur agit sur nous et nous oriente. En m&#234;me temps, l'Apocalypse fait partie de la R&#233;v&#233;lation. Et il est ind&#233;niable qu'elle d&#233;crit un d&#233;roulement d'&#233;v&#233;nements, &#224; la fin des temps. Or Dieu &#233;tant hors du temps voit ces d&#233;veloppements futurs ; Il peut donc envoyer &#224; l'avance des signaux qui nous permettront de comprendre au moins une partie, pertinente pour nous, du sens de ce qui se passera. Il para&#238;t d&#232;s lors difficile de ne pas voir aussi et surtout les B&#234;tes, la Prostitu&#233;e et Babylone comme caract&#233;ristiques de la fin des temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le message possible de l'Apocalypse : interpr&#233;tations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on en dire ? J. Pieper nous rappelle que parler de l'Ant&#233;christ et du Dragon de l'Apocalypse suppose d&#233;j&#224; qu'on croit &#224; l'existence du d&#233;mon et &#224; son action dans l'histoire. Selon lui aussi, l'Ant&#233;christ rel&#232;ve du politique (comme les B&#234;tes de l'Apocalypse, et Babylone qui est leur cr&#233;ation) : il s'agit clairement de puissances s&#233;culi&#232;res ; les tyrannies diverses que nous connaissons dans l'histoire l'annoncent, mais n'&#233;puisent pas son sens. Ennemis de l'Eglise et des croyants, elles cherchent &#224; les d&#233;truire. Ce que disent ces textes, c'est qu'&#224; la fin on n'aura pas une pluralit&#233; de puissances, mais une seule, m&#234;me si sa nature exacte reste ouverte. Elle ne sera pas cr&#233;atrice d'ordre r&#233;el, tout au contraire ; mais elle sera per&#231;ue comme telle. &#8216;Babylone' sera un &#8216;empire' non seulement universel, mais totalitaire, en outre caract&#233;ris&#233; par une imitation d&#233;form&#233;e du Christ. L'Ant&#233;christ sera asc&#232;te et philanthrope ; il proclamera la paix mais il fera la guerre &#224; tout ce qui s'oppose &#224; lui. On retrouve la m&#234;me id&#233;e chez Soloviev, ou chez Mgr Benson, qui faisait, dans un remarquable roman d'anticipation paru au d&#233;but du XXe si&#232;cle, une description saisissante d'actualit&#233; d'un Ant&#233;christ moderne, apparemment pacifiste et doux &#8211; mais qui pers&#233;cutait sauvagement les chr&#233;tiens, r&#233;duits &#224; une poign&#233;e de r&#233;sistants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans une perspective analogue que le P. Philippe Plet propose une lecture de l'Apocalypse, et notamment l'hypoth&#232;se selon laquelle la civilisation moderne serait directement vis&#233;e par elle. &#8216;Porte du Ciel' comme le signifie le mot, tentative de d&#233;ification de la part des hommes, la Babylone de l'Apocalypse d&#233;signe selon lui une humanit&#233; qui n'a pas de roi ni une autre figure &#224; sa t&#234;te : &#171; cette civilisation bab&#233;lienne est davantage de type d&#233;mocratique que de type royal &#187;. On y fait de la mati&#232;re et de la vie pr&#233;sente un absolu. Mais, comme d&#233;j&#224; dans l'&#233;pisode de Babel, Dieu y voit un totalitarisme id&#233;ologique : l'humanit&#233; y devient prisonni&#232;re de ses propres &#339;uvres, car si la volont&#233; d'un dictateur est ext&#233;rieure, le &#171; diktat id&#233;ologique &#187; &#171; semble &#233;maner de l'individu qui l'a ratifi&#233; &#187;. Mais Babel a &#233;t&#233; un &#233;chec : il n'y a pas eu d'unit&#233; substantielle entre les hommes, mais une dissolution. Il en sera de m&#234;me de la Babylone apocalyptique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'analyse s'appuie dans son analyse sur l'universalisme du monde actuel. Car &#224; la fin des temps, dit-il &#171; Babylone est une soci&#233;t&#233; contractuelle sans substance, dont toutes les valeurs sont par essence &#8216;marchandes' &#187; ; et non pas b&#226;tie sur la puissance militaire comme la Rome du temps de Jean, et elle organise le monde pr&#233;existant des nations. C'est une culture mondialiste, rassemblant tous les peuples. Le culte de la B&#234;te y remplace celui de Dieu, dans une perspective h&#233;doniste, moyen de f&#233;d&#233;rer tous les peuples de la terre. Il n'y a pas d'instance politique pour g&#233;rer ce r&#233;seau ; Babylone l'incarne. L'&#233;conomie se r&#233;v&#232;le comme le principe organisateur essentiel de ce monde. Mais on y esp&#232;re que, du chaos des int&#233;r&#234;ts particuliers &#233;conomiques, sortira un consensus d'ensemble. Il en est de m&#234;me, dit-il, pour notre monde. Et le christianisme est au fond son seul vrai ennemi. Notre auteur pense donc que &#171; la modernit&#233; est bien la Babylone dont nous parle saint Jean &#187;, mais il pr&#233;cise qu'on n'en est encore aujourd'hui qu'&#224; la naissance, aux fondations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Qu'en penser ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a de fait un antichristianisme visc&#233;ral dans la modernit&#233;, avec primaut&#233; du subjectivisme et absolutisation du bonheur, compris de fa&#231;on mat&#233;rielle et atteint au moyen de l'&#233;conomie. C'est de plus la premi&#232;re unification incontestable de l'humanit&#233;. C'est en outre la premi&#232;re soci&#233;t&#233; qui s'organise en dehors de toute perspective religieuse, tout en reprenant des points importants du christianisme. Ses idoles m&#234;mes ne sont plus des &#234;tres pr&#233;sent&#233;s comme personnels, mais des abstractions. Or le terme de &#8216;B&#234;te' dans l'Apocalypse ne d&#233;signe pas n&#233;cessairement un animal, mais soit une entit&#233; spirituelle monstrueuse, soit une abstraction (tout aussi monstrueuse), &#224; la fa&#231;on des idol&#226;tries du XXe si&#232;cle, communisme ou nazisme. L'hypoth&#232;se selon laquelle nous serions dans les phases premi&#232;res de la constitution d'une telle Cit&#233; est donc plausible. On notera en outre que, en coh&#233;rence avec les remarques du P. Plet sur le r&#232;gne de la B&#234;te ou la &#8216;Babylone' de saint Jean, la soci&#233;t&#233; mondiale actuelle ne fait pas l'objet d'une unification politique directe. L'Apocalypse distingue en effet bien Babylone et la B&#234;te d'un c&#244;t&#233;, et de l'autre les divers rois de la terre qui viennent l'adorer : dit autrement, elle admet une pluralit&#233; politique, du moment que l'action est commune et l'emprise id&#233;ologique r&#233;alis&#233;e. On remarquera en revanche qu'il n'est pas ais&#233; d'interpr&#233;ter dans cette perspective ce ph&#233;nom&#232;ne majeur qu'est l'islam.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Position de l'Eglise dans ce contexte&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un tel contexte, la responsabilit&#233; historique de l'Eglise est centrale. Or les signes de d&#233;fection sont nombreux (analogue &#224; celle de certaines Eglises d'Asie mineure &#233;voqu&#233;es au d&#233;but de l'Apocalypse). D'un c&#244;t&#233;, l'effondrement de l'activit&#233; missionnaire met en &#233;vidence l'implosion spirituelle d'une partie de l'Eglise : non seulement elle recule dans les pays d&#233;velopp&#233;s, mais trop souvent elle ne se sent plus r&#233;ellement le devoir imp&#233;ratif de convertir, l&#224; ou ailleurs. Elle met en outre essentiellement en avant des imp&#233;ratifs d'ordre politique, social ou &#233;conomique ; or, quelle que soit leur importance r&#233;elle, ce n'est pas l&#224; qu'est sa t&#226;che principale dans la lutte contre le mal, mais dans l'&#233;vang&#233;lisation, qui comporte bien s&#251;r la charit&#233; fraternelle, mais plus encore l'annonce de l'Evangile. Le risque est donc de voir non seulement son implosion continuer, mais, pire encore, une partie de l'Eglise apporter sa contribution &#224; l'id&#233;e d'un pseudo-salut qui serait dans les seules mains de l'homme, ce qui est une des versions les plus plausibles de l'Ant&#233;christ ou de Babylone, en tout cas du visage que ces ph&#233;nom&#232;nes peuvent pr&#233;senter &#224; notre &#233;poque. Et la tendance croissante au syncr&#233;tisme religieux, &#224; l'id&#233;e que toutes les religions sont des voies de salut, va &#233;videmment dans ce sens. Car seul compte alors ce qui est en commun, et cela a toutes chances d'&#234;tre identifi&#233; avec les r&#233;alit&#233;s de ce monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En combinant ces diff&#233;rents &#233;l&#233;ments, il faut reconna&#238;tre que l'id&#233;e d'une dimension profond&#233;ment pr&#233;-apocalyptique de notre &#233;poque est suffisamment plausible pour &#234;tre s&#233;rieusement consid&#233;r&#233;e. Naturellement, il n'y a pas de certitude en la mati&#232;re, tant s'en faut. Mais il y a assez de signaux pour prendre l'affaire au s&#233;rieux. Et donc au minimum pour &#234;tre ne pas &#234;tre complaisant avec l'&#233;poque, ni m&#234;me pour n'en voir que les risques mat&#233;riels (notamment &#233;cologiques) ; mais pour &#234;tre mobilis&#233;s sur la partie essentielle, qui se joue dans les &#226;mes. Une grande vigilance s'impose donc face aux &#233;volutions du monde actuel, y compris la tentation r&#233;currente depuis 50 ans &#224; donner la priorit&#233; &#224; la convergence avec ce monde, notamment dans le domaine politique, soit avec les puissances visibles et &#233;tablies, soit plus sournoisement avec les puissances formellement contestataires, mais qui visent &#224; faire aller ce monde encore plus loin dans la direction qu'il a prise. Ce n'est pas qu'il faille tout voir en blanc et noir, ou tout condamner en bloc, car &#224; nouveau la lecture directe du futur ne nous est pas donn&#233;e ; mais le fait est qu'il y a une convergence de signes laissant entendre qu'une action n&#233;faste majeure est &#224; l'&#339;uvre actuellement, qui peut &#234;tre eschatologique : danger donc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru avec quelques modifications dans&lt;/i&gt; France catholique &lt;i&gt;n&#176; 3698 (23 octobre 2020)&lt;/i&gt; pp. 31 et 32.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Enfer : la le&#231;on de Dante</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Enfer-la-lecon-de-Dante.html</link>
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		<dc:date>2020-07-08T14:47:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Apocalypse</dc:subject>
		<dc:subject>Derniers temps</dc:subject>
		<dc:subject>Enfer</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tr&#232;s instructif, comme on le verra.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Enfer-+.html" rel="tag"&gt;Enfer&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;L'Enfer n'est pas &#224; la mode. M&#234;me chez les catholiques. C'est pourtant un th&#232;me de r&#233;flexion bien stimulant. Je prendrai ici un exemple suggestif : celui de la description litt&#233;raire la plus puissante qui ait &#233;t&#233; donn&#233;e de la vie &#233;ternelle, la Divine Com&#233;die de Dante, m&#234;me si ce n'est &#233;videmment pas un texte doctrinal.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux dimensions oppos&#233;es doivent y &#234;tre soulign&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, les damn&#233;s y apparaissent comme r&#233;duits &#224; une dimension extr&#234;mement &#233;troite de leur vie pass&#233;e, voire se r&#233;duisent &#224; de pures caricatures, celles d'un type de vice. Le foisonnement complexe de la vie telle que nous la connaissons, sa richesse ambigu&#235; et multiple, la prolif&#233;ration des choix et des possibilit&#233;s, y sont fig&#233;s pour l'&#233;ternit&#233; dans une seule dimension, voire dans un seul geste. On peut voir l&#224; une des fonctions de l'Enfer : l'auto-r&#233;duction des &#234;tres qui ont choisi le mal &#224; une dimension devenue centrale de leur nature, le p&#233;ch&#233; comme r&#233;duction m&#233;caniste &#224; une pulsion obs&#233;dante d&#233;pourvue de sens. Ceci suppose qu'effectivement l'avare par exemple, une fois bascul&#233; dans la damnation, ne soit plus que cela, que toute sa complexit&#233; d'&#234;tre humain ait &#233;t&#233; annihil&#233;e au profit de cette seule pulsion, et cela tendanciellement d&#232;s avant sa mort. Inversement, en regard, la vie sur terre appara&#238;t riche &#224; profusion : comme si Dieu semait une infinit&#233; de possibles, lesquels finiraient par aboutir, dans les cas de damnation, sur la r&#233;duction terrifiante &#224; une dimension folle. Riv&#233;s au temps, sans acc&#232;s &#224; la seule source in&#233;puisable qui est l'Eternit&#233;, ils se recroquevillent sur la r&#233;p&#233;tition de ce qui a &#233;t&#233; leur choix premier, ce &#224; partir de quoi ils ont dit non. Cet enfer est en outre impr&#233;gn&#233; jusqu'&#224; la moelle de notre terre. Non seulement il en est le reflet ou l'excroissance, puisque tout ce qui s'y passe a son origine sur terre, mais il ne s'y passe rien de nouveau : la v&#233;ritable histoire individuelle s'est d&#233;j&#224; pass&#233;e ailleurs ; et le temps qui lui fait suite n'est que la r&#233;sonance sonore, &#224; l'infini, de ces &#233;v&#233;nements terrestres seuls fondateurs : cet au-del&#224; est un reflet de l'ici-bas. L'enfer est donc comme le portrait de Dorian Gray, un reflet r&#233;v&#233;lateur et passif de ce monde-ci.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Mais si l'enfer est une analyse spectrale de notre monde et en garde la mat&#233;rialit&#233;, il en perd cependant une dimension centrale : l'ouverture, la libert&#233;, la possibilit&#233; d'&#233;volution. M&#234;me Lucifer, malgr&#233; son r&#244;le central, est totalement passif chez Dante ; on le visite presque comme un mus&#233;e ; il n'a plus rien de commun avec le Malin hyperactif d'autres visions : c'est l'immobilit&#233; absolue, sans aucune forme apparente de volont&#233; (alors m&#234;me que le mal vient de lui). Ce qui n'emp&#234;che pas les damn&#233;s de s'agiter dans tous les sens, fr&#233;n&#233;tiquement. En outre bien s&#251;r, c'est un lieu dont l'amour est totalement absent, parce que refus&#233; par tous. &lt;i&gt;Tout se passe donc comme si l'enfer &#233;tait le r&#233;sidu irr&#233;ductible (par choix) de ce qui se passe de mal dans notre monde.&lt;/i&gt; Donc le p&#233;ch&#233;, c'est-&#224;-dire le d&#233;sordre, l'exc&#232;s dans un sens ou dans l'autre ; quelque chose qui se d&#233;traque, exc&#232;de sa fonction, tourne &#224; vide hors du contexte et donc hors du sens, et refuse la juste voie. Il est remarquable que le degr&#233; extr&#234;me de p&#233;ch&#233;, le plus s&#233;v&#232;rement puni, y soit la trahison : blasph&#232;me supr&#234;me puisqu'elle d&#233;truit les rapports normaux, confiants et cr&#233;ateurs entre les hommes, c'est-&#224;-dire le lien social &#224; sa base ; ce qui est &#224; rapprocher de la pr&#233;sence obs&#233;dante des th&#232;mes politiques dans la Divine Com&#233;die, et notamment des guerres civiles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	Tous ces damn&#233;s, dont certains ont &#233;t&#233; des gens de qualit&#233; r&#233;elle, sont l&#224; parce qu'&#224; un moment d&#233;cisif ou de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e, ils ont eu des gestes destructeurs du bon ordre du monde, et d'eux-m&#234;mes. L'ordonnancement immuable et glac&#233; de l'enfer est la mise en &#233;vidence de cet effet boomerang : lancer un boomerang est un geste libre, mais ce qui se passe apr&#232;s est d&#233;termin&#233;. C'est pourquoi Dante, malgr&#233; des cas particuliers o&#249; la piti&#233; pour les damn&#233;s l'effleure, est peu sensible &#224; leur sort : comme s'il consid&#233;rait que le sentiment de piti&#233; qu'on peut &#234;tre tent&#233; d'avoir &#233;tait en quelque sorte mal inform&#233;, et que la personne qui conna&#238;t le fonctionnement r&#233;el des choses, ce qui est l'objet de ce voyage initiatique, voit la relation de cause &#224; effet entre le p&#233;ch&#233; et la damnation, donc la relation entre le geste d&#233;r&#233;gl&#233; et le d&#233;sordre qui s'ensuit,&lt;i&gt; le choix fait par le damn&#233; qui transforme sa nature&lt;/i&gt;. Le fait que les damn&#233;s non plus ne montrent pas le moindre repentir confirme cette analyse de l'enfer comme l'envers de notre monde, au sens de l'envers d'un textile : &lt;i&gt;l'enfer r&#233;v&#232;le aussi ce que signifie notre comportement quand nous errons&lt;/i&gt;. C'est un refus de comprendre et d'assumer l'ordre v&#233;ritable des choses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu ce faisant la personnalit&#233; du damn&#233; appara&#238;t comme &#233;tant plus qu'un facteur apparaissant &#224; un instant t, puis puni ou r&#233;compens&#233; pour toujours sur la base de ce qu'il aura fait pendant une courte p&#233;riode allant de sa naissance &#224; sa mort. D'une certaine fa&#231;on, cette personnalit&#233;, n'existant sous sa forme terrestre que pendant cette p&#233;riode br&#232;ve, est &#233;ternis&#233;e dans le regard de Dieu, qui l'a Lui sous les yeux en permanence, hors du temps. Ce qui effectivement &#233;ternise les actes bons ou mauvais, leurs effets d'ordre ou de d&#233;sordre, mis en &#233;vidence dans les prismes du paradis ou de l'enfer. Du moins, sur la base du choix final et d'ensemble, qui fait basculer la signification globale d'une vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	De fait, chez Dante m&#234;me, l'opposition n'est pas celle d'un Bien et d'un Mal comparables et sym&#233;triques ; elle oppose au Paradis une &#233;nergie libre, prodigieusement brillante et mobile, &#224; une situation m&#233;canique bloqu&#233;e dans l'enfer. Le Paradis de Dante est merveilleusement actif, comme il convient &#224; quelque chose qui &#8216;tourne', qui &#8216;marche' au sens familier de ces termes. Et l'enfer est un rat&#233;, comme une panne de moteur. En effet, m&#234;me s'il bouge, c'est de fa&#231;on r&#233;p&#233;t&#233;e et st&#233;rile, comme une roue folle. Or on ne met pas sur le m&#234;me plan le bon fonctionnement d'un moteur et ses pannes : celles-ci sont adventices par rapport au premier. Leur existence rappelle l'imperfection du monde, mais elles ne cr&#233;ent ni ne fondent rien. Mais ce qu'il y a de vrai et de bon continue &#224; r&#233;sonner, et peut continuer, en Dieu, &#224; se multiplier &#224; l'infini.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	En d'autres termes, &#224; nouveau, &lt;i&gt;le Mal n'est pas une image inverse de la pl&#233;nitude de l'Etre comme le pensaient les Cathares&lt;/i&gt;, en coh&#233;rence avec leur croyance en un Dieu mauvais aussi puissant que le Bon : c'est un ratage, fruit des limites des &#234;tres autres que divin, mais libres ; et comme tout ratage, il est destin&#233; &#224; &#234;tre en un sens oubli&#233;. Ce qui revient &#224; dire que seul le Paradis est infini : l'Enfer est relatif (ce qui ne veut pas dire inexistant). Si le mal est n&#233;gation ou insuffisance d'&#234;tre, il s'auto-r&#233;duit dans cette n&#233;gativit&#233; ou relativit&#233; ; il reste superficiel. On peut retrouver ici une id&#233;e de la pens&#233;e hindoue et notamment du bouddhisme : aussi douloureux soit-il, le mal participe de l'illusion ; pour le chr&#233;tien, cela ne veut pas dire qu'il n'est pas r&#233;el, mais qu'il n'est pas essentiel. C'est pourquoi, dans Dante, seuls l'enfer et dans une certaine mesure le purgatoire sont d&#233;peints de fa&#231;on physique : ils participent de notre monde, ce qui n'est pas le cas du Paradis, qui nous r&#233;v&#232;le le bon c&#244;t&#233; de la trame. Et comme on voit, &lt;i&gt;loin de la vision d'un Dieu immobile au sens fig&#233; du terme, le vrai mouvement ou plut&#244;t la vraie libert&#233; est du c&#244;t&#233; de Dieu&lt;/i&gt;. Donc encore une fois le &#8216;Paradis' et &#8216;l'Enfer' ne sont pas sym&#233;triques. L'un est r&#233;v&#233;lation des effets de la pl&#233;nitude divine ; l'autre est corr&#233;lativement l'envers, qui n'a pas de sens. Ou dont le seul sens est de mettre en &#233;vidence ce que fait ou peut faire la cr&#233;ature en refusant Dieu, ce qui par contraste exalte Sa g&#233;n&#233;rosit&#233;. Bien s&#251;r, pendant leur vie, les &#233;lus comme les damn&#233;s ont une part de bien et une de mal. Mais leur option globale et finale les fait basculer : les uns refusent leur part de bien et se recroquevillent sur leur refus, les autres acceptent le pardon pour leur part de mal, et accueillent le bien infini qui en r&#233;sulte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; par &lt;i&gt;France catholique&lt;/i&gt; 3 juillet 2020.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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