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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
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		<dc:date>2021-09-05T14:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le pape Fran&#231;ois et le bien commun, de Laudato si' &#224; Fratelli tutti</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-pape-Francois-et-le-bien-commun-de-Laudato-si-a-Fratelli-tutti.html</guid>
		<dc:date>2020-11-24T15:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois vient de signer avec &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; sa deuxi&#232;me encyclique propre, apr&#232;s &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;. Elle a suscit&#233; de nombreuses interrogations, qu'on peut mieux comprendre en les examinant sous l'angle du Bien commun, th&#232;me central dans l'une et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc vous cherchez &#224; mieux comprendre, allez-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fraternite-+.html" rel="tag"&gt;Fraternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La notion de bien commun est abondamment pr&#233;sente dans les deux encycliques ; nous suivrons ces occurrences (sans les citer toutes) pour tenter ensuite de situer la conception qu'en d&#233;veloppe le pape Fran&#231;ois, et comment il l'ins&#232;re dans ses autres pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale dans tout ce texte les italiques sont de moi, y compris dans les citations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Laudato si'&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien commun : de quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; qu'on trouve un d&#233;veloppement qui lui est explicitement d&#233;di&#233;. On y trouve sous le titre IV &#8216;Le principe du bien commun', plusieurs paragraphes de d&#233;finition, classiques. Au &#167; 156 c'est la citation de &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; (n. 26) &#171; &#8216;l'ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'&#224; chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une fa&#231;on plus totale et plus ais&#233;e' &#187;. Et le pape poursuit, au 157, en rappelant des principes comme le respect de la personne humaine et ses &#171; droits fondamentaux et inali&#233;nables ordonn&#233;s &#224; son d&#233;veloppement int&#233;gral &#187; etc. Il ajoute que &#171; le bien commun requiert la paix sociale, [&#8230;] qui ne se r&#233;alise pas sans une attention particuli&#232;re &#224; la justice distributive, dont la violation g&#233;n&#232;re toujours la violence. Toute la soci&#233;t&#233; &#8211; et en elle, d'une mani&#232;re sp&#233;ciale l'&#201;tat, &#8211; a l'obligation de d&#233;fendre et de promouvoir le bien commun. &#187; Il pr&#233;cise ensuite, de fa&#231;on plus centr&#233;e sur ses propres pr&#233;occupations, au 158 : &#171; dans les conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; mondiale, o&#249; il y a tant d'in&#233;galit&#233;s et o&#249; sont toujours plus nombreuses les personnes marginalis&#233;es, [&#8230;] le principe du bien commun devient imm&#233;diatement comme cons&#233;quence logique et in&#233;luctable, u&lt;i&gt;n appel &#224; la solidarit&#233; et &#224; une option pr&#233;f&#233;rentielle pour les plus pauvres&lt;/i&gt;. Cette option implique de tirer les cons&#233;quences de la destination commune des biens de la terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les menaces contre le bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bien commun est aujourd'hui menac&#233;, et le pape cible les obstacles. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;l'&#233;conomie&lt;/i&gt; n'y a pas le beau r&#244;le. Dans toute l'encyclique (ainsi que dans Fratelli tutti) tout ce qui rel&#232;ve de l'&#233;conomie, des march&#233;s et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de la finance, voire des entreprises, est pr&#233;sent&#233; n&#233;gativement. Je n'insisterai pas ici sur cet aspect. Ne fait exception que la &#171; noble vocation de l'entrepreneur &#187;, cit&#233;e dans les deux textes : au 129, &#171; l'activit&#233; d'entreprise, qui est une vocation noble orient&#233;e &#224; produire de la richesse et &#224; am&#233;liorer le monde pour tous, peut &#234;tre une mani&#232;re tr&#232;s f&#233;conde de promouvoir la r&#233;gion o&#249; elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la cr&#233;ation de postes de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; est une partie incontournable de son service du bien commun. &#187; Mais rien n'indique par ailleurs que l'&#233;conomie comme telle participe du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la question du bien commun est pos&#233;e, le pape insiste essentiellement sur son oubli, notamment par le politique, qui capitule devant des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s (&#233;conomiques &#224; nouveau), car comme dit le 196 &#171; il est vrai qu'aujourd'hui &lt;i&gt;certains secteurs &#233;conomiques exercent davantage de pouvoir que les &#201;tats&lt;/i&gt; eux-m&#234;mes. &#187; Et au 54 : &#171; &lt;i&gt;la soumission de la politique &#224; la technologie et aux finances&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le dans l'&#233;chec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'int&#233;r&#234;ts particuliers, et tr&#232;s facilement l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique arrive &#224; pr&#233;valoir sur le bien commun &#187;. La m&#234;me critique vaut pour les &#171; &#233;go&#239;smes &#187; nationaux, ainsi au 169 : &#171; Les n&#233;gociations internationales ne peuvent pas avancer de mani&#232;re significative en raison de la position des pays qui mettent leurs &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts nationaux&lt;/i&gt; au-dessus du bien commun g&#233;n&#233;ral. &#187; Or (189) &#171; la politique ne doit pas se soumettre &#224; l'&#233;conomie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d'efficacit&#233; de la technocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224;, le principal enjeu est l'orientation du regard, &#224; tous les niveaux. L'encyclique contient une critique articul&#233;e du &lt;i&gt;&#8216;paradigme technocratique'&lt;/i&gt;, qui conditionne aux yeux du pape tout notre mode de raisonnement et d'action, et les canalise dans une direction ais&#233;ment instrumentalis&#233;e par des int&#233;r&#234;ts particuliers et &#233;troits. Le tout est renforc&#233; par le fonctionnement &#224; courte vue du syst&#232;me politique, lui-m&#234;me domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des dirigeants. Ainsi au 178. C'est qu'en effet (198) : &#171; la politique et l'&#233;conomie ont tendance &#224; s'accuser mutuellement en ce qui concerne la pauvret&#233; et la d&#233;gradation de l'environnement. Mais il faut esp&#233;rer qu'elles reconna&#238;tront leurs propres erreurs et trouveront des formes d'interaction orient&#233;es vers le bien commun. Pendant que les uns sont obnubil&#233;s uniquement par le profit &#233;conomique et que d'autres ont pour seule obsession la conservation ou l'accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons ce sont des guerres, ou bien des accords fallacieux o&#249; pr&#233;server l'environnement et prot&#233;ger les plus faibles est ce qui int&#233;resse le moins les deux parties. L&#224; aussi vaut le principe : &#8216;l'unit&#233; est sup&#233;rieure au conflit'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion n&#233;cessaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, on ne souligne pas assez l'importance centrale pour le pape de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, personnelle et collective. Elle est &#224; mon sens peut &#234;tre &lt;i&gt;le message central&lt;/i&gt; des deux encycliques. Au 204, il montre combien le bien commun d&#233;pend des attitudes de chacun : &#171; la situation actuelle du monde &#8216;engendre un sentiment de pr&#233;carit&#233; et d'ins&#233;curit&#233; qui, &#224; son tour, nourrit des formes d'&#233;go&#239;sme collectif'. Quand les personnes deviennent &lt;i&gt;autor&#233;f&#233;rentielles&lt;/i&gt; et s'isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracit&#233;. En effet, plus le c&#339;ur de la personne est vide, plus elle a besoin d'objets &#224; acheter, &#224; poss&#233;der et &#224; consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu'une personne accepte que la r&#233;alit&#233; lui fixe des limites. &#192; cet horizon, &lt;i&gt;un vrai bien commun n'existe pas non plus&lt;/i&gt;. &#187; Inversement, l&lt;i&gt;a recherche du bien commun transforme la personne&lt;/i&gt; ; car (225) &#171; &lt;i&gt; La paix int&#233;rieure des personnes&lt;/i&gt; tient, dans une large mesure, de la pr&#233;servation de l'&#233;cologie et du bien commun, parce que, authentiquement v&#233;cue, elle se r&#233;v&#232;le dans &lt;i&gt;un style de vie &#233;quilibr&#233;&lt;/i&gt; joint &#224; une capacit&#233; d'admiration qui m&#232;ne &#224; la profondeur de la vie. &#187; D'o&#249; un th&#232;me (d&#233;velopp&#233; dans Fratelli tutti), au 231 : &#171; l'amour, fait de petits gestes d'attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L'&lt;i&gt;amour de la soci&#233;t&#233; et l'engagement pour le bien commun&lt;/i&gt; sont une forme excellente de charit&#233; qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les &#8216;macro-relations : rapports sociaux, &#233;conomiques, politiques'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fratelli tutti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me encyclique majeure ne contient pas de d&#233;veloppement sp&#233;cifique sur le bien commun, mais le terme est tr&#232;s fr&#233;quemment cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y retrouvons d'abord les points n&#233;gatifs d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s. Ainsi l'&#233;conomie, royaume des int&#233;r&#234;ts particuliers qui divisent. D'o&#249; sa &lt;i&gt;critique appuy&#233;e et d&#233;velopp&#233;e du &#8216;n&#233;o-lib&#233;ralisme',&lt;/i&gt; que je ne d&#233;taillerai pas ici. Le paragraphe 12 relie cette critique avec &#171; le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun &#187; : &#171; &#8216;S'ouvrir au monde' est une expression qui, de nos jours, est adopt&#233;e par l'&#233;conomie et les finances. Elle se rapporte exclusivement &#224; l'ouverture aux int&#233;r&#234;ts &#233;trangers ou &#224; la libert&#233; des pouvoirs &#233;conomiques d'investir sans entraves ni complications dans tous les pays. Les conflits locaux et le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun sont instrumentalis&#233;s par l'&#233;conomie mondiale pour imposer un mod&#232;le culturel unique. &lt;i&gt;Cette culture f&#233;d&#232;re le monde mais divise les personnes et les nations&lt;/i&gt;, car &#8216;la soci&#233;t&#233; toujours plus mondialis&#233;e nous rapproche, mais elle ne nous rend pas fr&#232;res'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se relie &#224; la critique que le pape fait de &lt;i&gt;l'individualisme&lt;/i&gt;, &#233;galement tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e, car l'individualisme ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical est le virus le plus difficile &#224; vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, &lt;i&gt;comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun&lt;/i&gt;. &#187; Et il pr&#233;cise au 108 le sens de ce souci n&#233;cessaire, tout en en appelant non seulement &#224; la conversion de tous, mais aussi aux &lt;i&gt;institutions&lt;/i&gt;. Certaines soci&#233;t&#233;s &#171; acceptent qu'il existe des possibilit&#233;s pour tout le monde, mais en d&#233;duisent que tout d&#233;pend de chacun. Dans cette perspective partielle, il serait absurde de &#8216;s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. Investir en faveur des personnes fragiles peut ne pas &#234;tre rentable, cela peut impliquer moins d'efficacit&#233;. &lt;i&gt;Cela requiert un &#201;tat pr&#233;sent et actif&lt;/i&gt; ainsi que des institutions de la soci&#233;t&#233; civile qui, du fait qu'elles sont vraiment ordonn&#233;es d'abord aux personnes et au bien commun, aillent au-del&#224; de la libert&#233; des m&#233;canismes, ax&#233;s sur l'efficacit&#233;, de certains syst&#232;mes &#233;conomiques, politiques ou id&#233;ologiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la conversion de chacun est un &#233;l&#233;ment essentiel, &lt;i&gt;la revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e&lt;/i&gt; dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des &lt;i&gt;droits individuels&lt;/i&gt; &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (&lt;i&gt;mon&#225;s&lt;/i&gt;), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;. D&#232;s lors, (202) &#171; le &lt;i&gt;manque de dialogue&lt;/i&gt; implique que personne, dans les diff&#233;rents secteurs, ne se soucie de promouvoir le bien commun ; mais chacun veut obtenir des avantages que donne le pouvoir, ou, dans le meilleur des cas, imposer une fa&#231;on de penser. Les dialogues deviennent ainsi de simples n&#233;gociations pour que chacun puisse conqu&#233;rir la totalit&#233; du pouvoir et le plus de profit possible, en dehors d'une qu&#234;te commune g&#233;n&#233;rant le bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me accusation de division est port&#233;e au niveau &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. L'encyclique contient ainsi une critique acerbe du populisme, dans ses variantes nationalistes ou identitaires, que je ne d&#233;taillerai pas non plus. L&#224; aussi la principale accusation porte sur &lt;i&gt;la division et la marginalisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;nuisibles au bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 15 : &#171; Aujourd'hui, dans de nombreux pays, &lt;i&gt;on se sert du syst&#232;me politique pour exasp&#233;rer, exacerber et pour polariser&lt;/i&gt;. Par divers proc&#233;d&#233;s, le droit d'exister et de penser est ni&#233; aux autres, et pour cela, on recourt &#224; la strat&#233;gie de les ridiculiser, de les soup&#231;onner et de les encercler. Leur part de v&#233;rit&#233;, leurs valeurs ne sont pas prises en compte, et ainsi la soci&#233;t&#233; est appauvrie et r&#233;duite &#224; s'identifier avec l'arrogance du plus fort. De ce fait, la politique n'est plus une discussion saine sur des projets &#224; long terme pour le d&#233;veloppement de tous et du bien commun, mais uniquement des recettes de &lt;i&gt;marketing&lt;/i&gt; visant des r&#233;sultats imm&#233;diats qui trouvent dans la destruction de l'autre le moyen le plus efficace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie explicitement de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me &lt;i&gt;il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels&lt;/i&gt; &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle &lt;i&gt;n'est pas le vrai peuple&lt;/i&gt;. En effet, l&lt;i&gt;a cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte.&lt;/i&gt; Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est &lt;i&gt;ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent&lt;/i&gt;. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des &lt;i&gt;migrants&lt;/i&gt; (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un &lt;i&gt;droit fondamental,&lt;/i&gt; et aucun motif ne permet de s'y opposer, sinon les droits des citoyens existants. Au 106 &#171; Si tous les hommes et femmes ont la m&#234;me valeur, il faut dire clairement et fermement que &#8216;&lt;i&gt;le seul fait d'&#234;tre n&#233; en un lieu avec moins de ressources ou moins de d&#233;veloppement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignit&#233;'&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s.&lt;i&gt; Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse&lt;/i&gt;. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que &lt;i&gt;chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger,&lt;/i&gt; &#233;tant donn&#233; que &lt;i&gt;les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc apparemment pas de place dans ce contexte pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent apparemment pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive, ce qui colore l&lt;i&gt;a notion de bien commun : ce dernier ne repose donc pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait un &lt;i&gt;lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement. Ainsi au 66 : &#171; regardons le mod&#232;le du bon Samaritain. C'est un texte qui nous invite &#224; raviver notre vocation de &lt;i&gt;citoyens de nos pays respectifs et du monde entier,&lt;/i&gt; b&#226;tisseurs d'un nouveau lien social. C'est un appel toujours nouveau, m&#234;me s'il se pr&#233;sente comme la loi fondamentale de notre &#234;tre : &lt;i&gt;que la soci&#233;t&#233; poursuive la promotion du bien commun et, &#224; partir de cet objectif, reconstruise inlassablement son ordonnancement politique et social&lt;/i&gt;, son r&#233;seau de relations, son projet humain. &#187; &lt;i&gt;A nouveau, bien commun et attitude personnelle sont deux facettes d'un m&#234;me r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la &lt;i&gt;fraternit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;me central de l'encyclique, de ce que le pape appelle &lt;i&gt;charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Tout engagement dans ce sens devient un exercice supr&#234;me de la charit&#233;. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers u&lt;i&gt;n ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale&lt;/i&gt;. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de &lt;i&gt;la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'&lt;/i&gt;. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique s&lt;i&gt;uppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste&lt;/i&gt; : &#8216;la charit&#233; sociale &lt;i&gt;nous fait aimer le bien commun&lt;/i&gt; et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans &lt;i&gt;la dimension sociale qui les unit&lt;/i&gt;'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela doit se traduire aussi au niveau des dirigeants, en charge de la diversit&#233; et de l'&#233;coute. Au 190 : &#171; la charit&#233; politique s'exprime aussi par &lt;i&gt;l'ouverture &#224; tous les hommes&lt;/i&gt;. Principalement, celui qui a la charge de gouverner est appel&#233; &#224; des renoncements permettant la rencontre ; et il recherche la &lt;i&gt;convergence&lt;/i&gt;, au moins sur certaines questions. Il sait &#233;couter le point de vue de l'autre, faisant en sorte que tout le monde ait de l'espace. Par des renoncements et de la patience, un gouvernant peut aider &#224; cr&#233;er ce magnifique &lt;i&gt;poly&#232;dre&lt;/i&gt; o&#249; tout le monde trouve une place. En cela, les n&#233;gociations de nature &#233;conomique ne fonctionnent pas. C'est quelque chose de plus ; il s'agit d'un&lt;i&gt; &#233;change de dons en faveur du bien commun&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, une fois de plus, cela demande l'effort de tous, chacun reconnaissant l'autre. Ainsi au 221 &#171; ce pacte implique aussi qu'on a&lt;i&gt;ccepte la possibilit&#233; de c&#233;der quelque chose pour le bien commun&lt;/i&gt;. Personne ne pourra d&#233;tenir toute la v&#233;rit&#233; ni satisfaire la totalit&#233; de ses d&#233;sirs, parce que cette pr&#233;tention conduirait &#224; vouloir d&#233;truire l'autre en niant ses droits. &#187; C'est que (228) &#171; ce cheminement vers la paix &lt;i&gt;n'implique pas l'homog&#233;n&#233;isation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ; il nous permet par contre de &lt;i&gt;travailler ensemble&lt;/i&gt;. Il peut unir un grand nombre de personnes en vue de recherches communes o&#249; tous sont gagnants. [&#8230;] Le chemin vers une meilleure cohabitation implique toujours que soit reconnue la possibilit&#233; que l'autre fasse d&#233;couvrir une perspective l&#233;gitime, au moins en partie, quelque chose qui peut &#234;tre pris en compte, m&#234;me quand il s'est tromp&#233; ou a mal agi. &#187; Tout cela suppose &lt;i&gt;l'inclusion de chacun dans une vraie communaut&#233;, &#224; l'image de la famille&lt;/i&gt;. Comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. Ils se querellent, mais il y a quelque chose qui ne change pas : ce lien familial. [&#8230;] Si nous pouvions r&#233;ussir &#224; voir l'adversaire politique ou le voisin de maison du m&#234;me &#339;il que nos enfants, nos &#233;pouses, &#233;poux, nos p&#232;res ou nos m&#232;res, que ce serait bien !' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors. Or justement pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix&lt;/i&gt; sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de &lt;i&gt;pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre&lt;/i&gt; qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les croyants ont dans cette t&#226;che un r&#244;le particulier. D&#232;s lors, au 282 : ils &#171; &#8216;ont besoin de trouver des espaces o&#249; discuter et &lt;i&gt;agir ensemble pour le bien commun&lt;/i&gt; et la promotion des plus pauvres. [&#8230;] En tant que croyants, nous nous trouvons face au d&#233;fi de retourner &#224; nos sources pour nous concentrer sur l'essentiel : l'adoration de Dieu et l'amour du prochain, de mani&#232;re &#224; ce que certains aspects de nos doctrines, hors de leur contexte, ne finissent pas par alimenter des formes de m&#233;pris, de haine, de x&#233;nophobie, de n&#233;gation de l'autre. La v&#233;rit&#233;, c'est que l&lt;i&gt;a violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leurs d&#233;formations.&lt;/i&gt; &#187; Notons qu'aucune distinction n'est faite ici entre les diff&#233;rentes religions, selon un th&#232;me fr&#233;quent du pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la pr&#233;c&#233;dente, cette encyclique d&#233;veloppe consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, ici national. &lt;i&gt;Ce niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent&lt;/i&gt;. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. &lt;i&gt;Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation&lt;/i&gt; et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; &lt;i&gt;aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du&lt;i&gt; vrai bien commun&lt;/i&gt;, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une &lt;i&gt;communaut&#233; mondiale&lt;/i&gt;, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un &lt;i&gt;affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux&lt;/i&gt;, surtout parce que la dimension &lt;i&gt;&#233;conomique et financi&#232;re&lt;/i&gt;, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la &lt;i&gt;maturation d'institutions internationales&lt;/i&gt; devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial,&lt;/i&gt; l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;bouche sur la remise en cause de l'id&#233;e de guerre juste, au vu du bien commun universel (257). Au 260 &#171; &#8216;il devient impossible de penser que la guerre soit le moyen ad&#233;quat pour obtenir justice d'une violation de droits'. [&#8230;] Les raisons pour la paix sont plus fortes que tout calcul li&#233; &#224; des int&#233;r&#234;ts particuliers et toute confiance dans l'usage des armes. &#187; Les m&#234;mes motifs conduisent &#224; &#233;carter ce que le pape appelle l'illusion de la s&#233;curit&#233; par la discussion nucl&#233;aire (262).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle id&#233;e du bien commun ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Ent&#233;e dans la tradition, le magist&#232;re et le Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur une compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelle, notamment sur ce qu'implique aujourd'hui le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les intuitions fondamentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-en plusieurs caract&#233;ristiques, notamment &#224; travers ses quatre aphorismes favoris (le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace, l'union pr&#233;vaut sur le conflit, le tout est sup&#233;rieur &#224; la partie, la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e), plus le th&#232;me r&#233;current &#8216;tout est li&#233;'. J'en rel&#232;verai cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &lt;i&gt;le refus profond et radical de tout ce qui cr&#233;e une division ou une opposition&lt;/i&gt;. Et d'abord les id&#233;es et a fortiori les id&#233;ologies. &lt;i&gt;La m&#233;fiance spontan&#233;e du pape &#224; l'&#233;gard de tout ce qui est construction intellectuelle&lt;/i&gt; (&#171; l'id&#233;e &#187;), de tout ce qui est doctrinal avec des d&#233;finitions pr&#233;cises, de toute diff&#233;renciation et objection intellectuelle, se base sur cette perception : de telles distinctions sont trop vite pour lui des &#8216;pierres' lanc&#233;es aux gens, des outils de pharisiens, qui &lt;i&gt;brisent le rapport humain fondamental, la fraternit&#233;, et interrompent les processus b&#233;n&#233;fiques.&lt;/i&gt; Corr&#233;lativement, tout ce que le pape d&#233;nonce est d&#233;fini comme &#233;triqu&#233;, mutilant, parcellaire, diviseur, bloquant : le populisme, le n&#233;o-lib&#233;ralisme, l'approche technocratique, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques etc. Mal qui se situe alors soit au niveau des id&#233;ologies ou des structures, soit des puissants qui les utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est l'id&#233;e que &lt;i&gt;l'&#233;conomie est par excellence le domaine de cette mutilation&lt;/i&gt;, favorisant &#224; la fois l'individualisme des uns, perdus dans leur qu&#234;te de consommation, et le d&#233;ploiement des int&#233;r&#234;ts des autres, ces puissants qui manipulent les premiers. Le march&#233; est essentiellement vu comme le lieu d'un rapport de force, qui induit en outre en erreur par sa pr&#233;tention &#224; tout r&#233;guler. Le tout est source &#233;ventuelle de violence, en tout cas d'instrumentalisation, de domination et de rejet (d'o&#249; la culture du d&#233;chet). Inversement le principe traditionnel de subordination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; la destination universelle des biens trouve ici une application plus radicale, la propri&#233;t&#233; devenant &#171; secondaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me point, le niveau politique a un statut plus noble, mais il est vu comme trop souvent lui aussi &lt;i&gt;mutilant&lt;/i&gt;, qu'il serve les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des puissants, ou la soif de pouvoir. En tout cas, &lt;i&gt;le lieu de la nation n'est pas le lieu le plus pertinent pour d&#233;finir le bien commun&lt;/i&gt;, puisque le bien commun sur lequel il est insist&#233; se situe au niveau de l'humanit&#233;, que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant, et que le pouvoir &#233;chappe &#224; cet &#233;chelon. L'Etat a ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel du progr&#232;s, comme il l'est dans le sch&#233;ma social-d&#233;mocrate ou progressiste. Ce bien doit &#234;tre cherch&#233; &#224; un niveau &lt;i&gt;plus proche des bases&lt;/i&gt; : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res pas tellement comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le niveau de la &lt;i&gt;loi naturelle&lt;/i&gt; ne joue aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, en tant qu'outil d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non -chr&#233;tiens. Bien s&#251;r en un sens la fraternit&#233; par exemple peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme en relevant. Mais pas dans l'analyse et l'expos&#233; ; il n'y a pas de niveau de l&#233;gitimit&#233; interm&#233;diaire. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine &#224; travers les diverses religions, mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me point concerne les &lt;i&gt;p&#233;riph&#233;ries&lt;/i&gt;. La notion de dignit&#233; de la personne humaine, centrale, implique l'int&#233;gration de tous. Mais un r&#244;le particulier est reconnu aux p&#233;riph&#233;ries au sens large : pauvres, migrants etc. ; pas seulement comme priorit&#233; pour notre souci, mais comme source de progr&#232;s collectif, o&#249; ils deviennent nos enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cinqui&#232;me point, essentiel, le message central est celui de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, &#224; la fois personnelle et au niveau des communaut&#233;s de base ; le pape est d'abord un pr&#233;dicateur, qui vise &#224; nous &lt;i&gt;convertir &#224; la charit&#233; mutuelle&lt;/i&gt;. Cette conversion doit &#234;tre globale, visant &#224; la fois nos relations avec nos fr&#232;res, la nature, les pauvres, les non-chr&#233;tiens etc. Inversement le rejet de la nature et le rejet du pauvre sont les sympt&#244;mes du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, de la m&#234;me attitude fautive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le bien commun ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois dans la ligne de l'enseignement ant&#233;rieur, et de fa&#231;on originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La ligne ant&#233;rieure&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium&lt;/i&gt; de la Doctrine sociale, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure &lt;i&gt;commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre,&lt;/i&gt; de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; Le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : &lt;i&gt;aucun n'est exempt&#233; de collaborer&lt;/i&gt;, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici tr&#232;s en phase avec &lt;i&gt;Fratelli tutti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. &lt;i&gt;L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires&lt;/i&gt; [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur ce niveau &#233;tait donc bien plus nette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on ajoutait (170) de fa&#231;on christocentrique &#171; le bien commun de la soci&#233;t&#233; n'est pas une fin en soi ; il n'a de valeur qu'en r&#233;f&#233;rence &#224; la poursuite des fins derni&#232;res de la personne et au bien commun universel de la cr&#233;ation tout enti&#232;re. Dieu est la fin derni&#232;re de ses cr&#233;atures et &lt;i&gt;en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante&lt;/i&gt;, qui d&#233;passe mais aussi ach&#232;ve la dimension historique. &lt;i&gt;Cette perspective atteint sa pl&#233;nitude en vertu de la foi dans la P&#226;que de J&#233;sus&lt;/i&gt;, qui &#233;claire pleinement la r&#233;alisation du vrai bien commun de l'humanit&#233;. Notre histoire - l'effort personnel et collectif pour &#233;lever la condition humaine - commence et culmine en J&#233;sus : gr&#226;ce &#224; lui, par lui et pour lui, toute r&#233;alit&#233;, y compris la soci&#233;t&#233; humaine, peut &#234;tre conduite au Bien supr&#234;me, &#224; son ach&#232;vement. &lt;i&gt;Une vision purement historique et mat&#233;rialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-&#234;tre socio-&#233;conomique, priv&#233; de toute finalisation transcendante, c'est-&#224;-dire de sa raison d'&#234;tre la plus profonde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une analyse possible&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelle est d&#232;s lors ma perception de la sp&#233;cificit&#233; de ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bien commun n'y est d'abord pas explicitement ou sp&#233;cifiquement ins&#233;r&#233; dans le contexte de la foi chr&#233;tienne comme foi (une r&#233;f&#233;rence comme celle au Bon samaritain ne la suppose pas n&#233;cessairement pour &#234;tre comprise ou admise). La seule r&#233;f&#233;rence proprement religieuse se situe &#224; la fin de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; ; elle rappelle qui si nous sommes fr&#232;res, il faut un P&#232;re, et que ce P&#232;re c'est Dieu. Mais ce passage ne donne aucune place sp&#233;cifique au christianisme : &lt;i&gt;toutes les religions y sont cens&#233;es reconna&#238;tre Dieu comme P&#232;re&lt;/i&gt; (id&#233;e &#224; mon sens contestable). Le r&#244;le de l'au-del&#224;, du salut &#233;ternel, apport&#233; par le Christ n'est pas &#233;voqu&#233;. Nous ne sommes donc plus sur ce plan dans la conception traditionnelle du bien commun, qui comportait l'ordonnancement &#224; notre finalit&#233;, et donc pour le chr&#233;tien &#224; nos fins derni&#232;res - en tout cas pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite &lt;i&gt;il est fait assez peu confiance aux institutions suppos&#233;es en charge du bien commun, et notamment &#224; l'Etat national&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait &lt;i&gt;la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse est les personnes, et leurs communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape se fonde vraiment la recherche du bien commun&lt;/i&gt;, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. En ce sens l&lt;i&gt;'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun&lt;/i&gt; en ce sens qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime, comme c'&#233;tait le cas traditionnellement - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement. Sans parler des entit&#233;s &#233;conomiques, qui sont encore plus mal orient&#233;es. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. &lt;i&gt;Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t d&#232;s lors plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations, notamment politiques. Le bien commun n'est &#224; mon sens pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s parce que les personnes seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les &lt;i&gt;d&#233;limitant&lt;/i&gt;, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, dont la solution implique d'agir, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable &lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt;, qu'il faut assumer. Une notion pleine du bien commun supposerait aussi de reconna&#238;tre le r&#244;le essentiel de l'&#233;conomie et de le d&#233;velopper plus positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, plus que de voir dans ces textes, le second surtout, une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela (et l'introduction du pape le reconna&#238;t - voir Note 1), il me para&#238;t plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; &lt;i&gt;notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au n&#176; 6. &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, on peut se reporter &#224; mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt; qui examine notamment sa port&#233;e en termes magist&#233;riels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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