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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
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		<dc:date>2021-09-05T14:28:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Catholicisme : Du bon usage du magist&#232;re </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Catholicisme-Du-bon-usage-du-magistere.html</link>
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		<dc:date>2021-02-13T15:35:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Autorit&#233; dans l'Eglise</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>Eglise et migrations</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le magist&#232;re catholique n'a pas de sens s'il n'est pas pris au s&#233;rieux et suivi, au moins par les plus engag&#233;s et les plus fid&#232;les.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais la sortie de l'encyclique Fratelli tutti, apr&#232;s d'autres textes, donne &#224; la question un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ? Et au fond, &#224; quoi nous engage ce magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite &#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Eglise-et-migrations-+.html" rel="tag"&gt;Eglise et migrations&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai d&#233;j&#224; abord&#233; cette question dans &lt;i&gt;Libert&#233; politique&lt;/i&gt;, avec &lt;i&gt;Crise de l'Eglise, crise du magist&#232;re ?&lt;/i&gt; (2018). Mais la sortie de l'encyclique &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, apr&#232;s d'autres textes, lui donne un relief nouveau : si un pape prend des positions politiques, ou para&#238;t modifier des enseignements ant&#233;rieurs et apparemment permanents, que doit faire le catholique fid&#232;le, qui prend au s&#233;rieux cette id&#233;e de magist&#232;re ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les donn&#233;es de base&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons quelques faits de base. Le point central est que le magist&#232;re n'a d'autorit&#233; qu'en mati&#232;re de foi et de m&#339;urs (c'est-&#224;-dire de morale). Pas de fait, de v&#233;rit&#233; scientifique, ou de choix prudentiel dans une situation donn&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me point important est la distinction que fait le magist&#232;re lui-m&#234;me entre trois niveaux d'autorit&#233; (Code de droit canonique, canons 747 sqq.). Deux d'entre eux rel&#232;vent de l'infaillibilit&#233; : c'est d'abord le magist&#232;re extraordinaire du pape et d'un concile &#339;cum&#233;nique ; puis le magist&#232;re ordinaire universel des &#233;v&#234;ques et du pape, dans leur enseignement permanent. Et l&#224; il faut que le caract&#232;re d'infaillibilit&#233; soit clairement &#233;tabli : comme il est dit, &#171; aucune doctrine n'est consid&#233;r&#233;e comme infailliblement d&#233;finie que si cela est manifestement &#233;tabli &#187;. Mais si c'est le cas, l'adh&#233;sion pleine du fid&#232;le est demand&#233;e, car elle fait partie int&#233;grante de la foi. Il y a ensuite un troisi&#232;me niveau (canon 752 du Code), qui est tr&#232;s diff&#233;rent. C'est ce qu'on appelle le magist&#232;re authentique du pape ou du coll&#232;ge des &#233;v&#234;ques : dans ce cas, ils enseignent une doctrine, mais sans la proclamer d&#233;finitive. L'adh&#233;sion demand&#233;e n'est alors pas un &#171; assentiment de foi &#187;, mais &#171; une soumission [&lt;i&gt;obsequium&lt;/i&gt;] religieuse de l'intelligence et de la volont&#233; &#187;. On peut ajouter enfin un dernier niveau, encore en de&#231;&#224;, qui est l'enseignement courant des &#233;v&#234;ques : il est demand&#233; aux fid&#232;les d'y adh&#233;rer avec une &#171; r&#233;v&#233;rence religieuse de l'esprit &#187;. On aurait donc tort de consid&#233;rer que tout ce que disent le pape ou les &#233;v&#234;ques doit &#234;tre automatiquement re&#231;u tel quel : il y a une claire hi&#233;rarchie, et si le respect confiant et l'&#233;coute sont toujours demand&#233;s, le degr&#233; d'adh&#233;sion final varie consid&#233;rablement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre que si cet enseignement &#233;tait immuable, la question du magist&#232;re ne se poserait pas. Mais comme on sait, il fait l'objet d'un d&#233;veloppement au cours du temps. La conception orthodoxe de ce d&#233;veloppement (voir ici mon &lt;i&gt;La R&#233;v&#233;lation chr&#233;tienne ou l'&#233;ternit&#233; dans le temps&lt;/i&gt; Lethielleux-Art&#232;ge 2018) est qu'il s'agit du d&#233;gagement de contenus latents, potentiels ou implicites dans ce qu'on appelle le &#171; d&#233;p&#244;t de la foi &#187;, issu de la R&#233;v&#233;lation et transmis &#224; travers les Ecritures et la Tradition. Ce n'est donc pas une innovation sur le fond, car il n'y a pas de nouvelle r&#233;v&#233;lation divine. Le magist&#232;re est l'enseignement et l'explicitation d'une foi re&#231;ue et transmise, d&#233;velopp&#233;s au fil des questions et de la r&#233;flexion certes, mais contenus potentiellement dans ces pr&#233;misses ; cela n'a rien &#224; voir avec le r&#244;le d'un gourou qui d&#233;ciderait arbitrairement la ligne du moment. Cela n'a rien &#224; voir non plus avec l'action d'un parlement qui change des lois lorsqu'il le juge bon. Il s'en d&#233;duit logiquement que ces d&#233;veloppements ne peuvent pas contredire les enseignements pr&#233;c&#233;dents s'ils sont d&#233;finitifs. Et c'est logique : pourquoi suivre un magist&#232;re qui proclamerait ce qu'il pr&#233;senterait comme des v&#233;rit&#233;s, mais qui se contredirait au fil du temps ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il en va quelque peu diff&#233;remment du &#171; magist&#232;re authentique &#187;, qui n'est pas d&#233;finitif. Des fluctuations sont alors possibles, s&#251;rement dans l'expression, mais &#233;ventuellement aussi dans le contenu des enseignements en question. En effet, si des affirmations rel&#232;vent r&#233;ellement du magist&#232;re, elles contiennent des &#233;l&#233;ments de v&#233;rit&#233; essentiels ; mais il est parfaitement possible hors infaillibilit&#233; (et notamment au niveau du magist&#232;re authentique), que ces &#233;l&#233;ments restent partiels, ou insuffisamment exprim&#233;s, ou accompagn&#233;s d'erreurs de fait. Dans ce m&#234;me livre je discerne des cas historiquement constat&#233;s d'affirmations qui ont &#233;t&#233; nuanc&#233;es ou corrig&#233;es par la suite. C'est lorsqu'elles ne prenaient pas assez en compte d'autres parties du d&#233;p&#244;t de la foi, et donc sans effectuer une synth&#232;se suffisante. Ou, plus fr&#233;quemment, si elles s'appuyaient en r&#233;alit&#233; sur des &#233;l&#233;ments ext&#233;rieurs au champ de la foi et des m&#339;urs, et d&#232;s lors transitoires (notions scientifiques, &#233;conomiques, appr&#233;ciations de situation etc.). C'est ce que nous reverrons plus en d&#233;tails. Dans les faits cependant, comme je l'ai montr&#233; dans ce m&#234;me livre, l'examen du recueil classique des textes du magist&#232;re, le Denzinger, montre la remarquable continuit&#233; de cet enseignement dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ce d&#233;veloppement visant soigneusement &#224; la coh&#233;rence, et o&#249; les points d'inflexion sont peu nombreux et explicables, il est peu douteux que les fid&#232;les peuvent avoir le sentiment d'&#233;volutions beaucoup plus significatives dans ce que leurs pasteurs leur disent, surtout depuis soixante ans, d'autant que de nombreuses voix, m&#234;me &#224; niveau &#233;lev&#233;, tendent &#224; accr&#233;diter une interpr&#233;tation &#233;volutive du magist&#232;re. C'est notamment le cas avec l'enseignement du pape Fran&#231;ois, m&#234;me si de nombreuses voix non moins autoris&#233;es soulignent au contraire sa continuit&#233; avec l'enseignement ant&#233;rieur. Avant d'&#233;voquer ces questions plus en d&#233;tails, il est important de relever que les points en question ne se situent que rarement au c&#339;ur de la doctrine traditionnelle, et dans ce cas pas de fa&#231;on nette (ainsi la fameuse note de bas de page d'&lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;). En fait il s'agit bien plus de questions &#224; la fronti&#232;re de la r&#233;flexion morale et du choix politique ou &#233;conomique, comme les migrations, la peine de mort ou la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci souligne d'autant plus le besoin d'une r&#233;flexion claire et lucide sur les limites du magist&#232;re dans ces mati&#232;res, ce qui sera notre sujet ici. Ajoutons que la probl&#233;matique est en l'esp&#232;ce color&#233;e par l'insistance du pape Fran&#231;ois sur une approche pastorale, visant &#224; mettre en mouvement les chr&#233;tiens, et &#224; lancer des processus &#233;volutifs, plus que sur une &#233;laboration doctrinale pr&#233;cise, dont il craint les effets bloquants. Ce qui peut conduire &#224; un effet de flou doctrinal. On sait en effet que le pape Fran&#231;ois s'est souvent montr&#233; m&#233;fiant &#224; l'&#233;gard de la rigueur doctrinale : il la per&#231;oit parfois comme un carcan, que des personnes peu mis&#233;ricordieuses instrumentalisent (ce qu'il appelle &#8216;lancer des pierres'). Il expliquait par exemple &#224; Dominique Wolton que J&#233;sus parlait au peuple, qui le comprenait, mais que &#171; les docteurs de l'Eglise de ce temps-l&#224; &#233;taient ferm&#233;s. Fondamentalistes. &#8216;On peut aller jusqu'ici, mais pas jusque-l&#224;.'. C'est le combat que je m&#232;ne aujourd'hui avec &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Parce que certains disent encore : &#8216;&#231;a, on peut, &#231;a, on ne peut pas'. Mais il existe une autre logique &#187;. On comprend bien s&#251;r ce souci. Mais l'inconv&#233;nient d'un tel positionnement est qu'il risque de jeter le trouble, sans donner de r&#233;ponse claire, surtout quand le pape ne r&#233;pond pas avec la clart&#233; voulue aux questions qui lui sont pos&#233;es, par exemple par les &lt;i&gt;dubia&lt;/i&gt; des quatre cardinaux sur &lt;i&gt;Amoris laetitia&lt;/i&gt;. Et cela tend &#224; accr&#233;diter l'id&#233;e que la doctrine change. Sachant que le pape Fran&#231;ois n'a en r&#233;alit&#233; jamais remis en cause la validit&#233; de l'approche doctrinale en soi, ni la permanence de ses conclusions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question clef de la limite entre morale et savoir profane : le cas de l'&#233;conomie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de la question du degr&#233; d'autorit&#233; des d&#233;clarations du magist&#232;re, se pose la question de ses limites, et notamment de ce qui sort du champ de la loi et des m&#339;urs. On l'a dit, par exemple, les questions scientifiques et techniques sont en principe exclues du champ du magist&#232;re. Mais o&#249; est la limite exacte entre les deux ? J'ai examin&#233; en d&#233;tails ce point dans le cas de l'&#233;conomie (revue &#8216;&lt;i&gt;Sedes Sapientiae&lt;/i&gt;' au N&#176; 147 mars 2019). La difficult&#233; vient du fait que tout jugement moral comporte une appr&#233;ciation de la situation examin&#233;e ; et un tel examen inclut tr&#232;s souvent, et de fa&#231;on parfois essentielle, une dimension technique ou scientifique. Il en r&#233;sulte qu'il est presque in&#233;vitable que toute expression du magist&#232;re dans ces domaines comporte, &#224; c&#244;t&#233; de la dimension morale, pour laquelle il est comp&#233;tent, une dimension d'analyse factuelle pour laquelle il ne l'est a priori pas (&lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt; nous le rappelle d'ailleurs, &#224; propos des donn&#233;es &#233;cologiques). Il est donc n&#233;cessaire de tenter de pr&#233;ciser cette limite. Ajoutons que cela peut donner un &#233;clairage sur le d&#233;veloppement de la doctrine, car ces &#233;nonciations d&#233;pendent en partie de notions scientifiques et techniques, ou encore de perceptions sociales qui sont l&#233;gitimement en &#233;volution. Cela m&#234;me si les exigences proprement &#233;thiques d&#233;gag&#233;es par le magist&#232;re doivent garder leur valeur dans le temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En mati&#232;re &#233;conomique, j'ai propos&#233; quatre exemples o&#249; on peut soutenir qu'une &#233;volution de la perception d'un probl&#232;me a pu conduire &#224; ce qui a pu &#234;tre vu comme un changement doctrinal ou &#224; une relativisation de l'attitude ant&#233;rieure, m&#234;me s'il y a &#224; mon sens en r&#233;alit&#233; continuit&#233; dans le jugement moral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier exemple, de loin le plus important, est l'usure (au sens ancien de l'int&#233;r&#234;t sur un pr&#234;t). On est en effet pass&#233; d'une condamnation abrupte autrefois &#224; une acceptation de fait et en partie de droit - m&#234;me si on n'a pas de texte clair et d&#233;finitif sur le sujet. On pr&#233;tend parfois qu'on a proc&#233;d&#233; par multiplication des exceptions &#224; la r&#232;gle ancienne d'interdiction, au point de la vider de son sens dans la quasi-totalit&#233; des cas, mais sans la faire dispara&#238;tre. Mais ce n'est pas coh&#233;rent avec la pratique actuelle, qui accepte sans r&#233;serve le principe de l'int&#233;r&#234;t ; en outre, il me para&#238;t que l'analyse met en &#233;vidence les erreurs de l'approche ancienne, notamment par insuffisance de l'analyse technique. On avait certes raison de reconna&#238;tre que l'argent en soi n'est pas f&#233;cond, et qu'il doit &#234;tre au service de l'initiative et du travail humains ; mais on n'avait pas per&#231;u que l'argent m&#234;me pr&#234;t&#233; pouvait &#234;tre repr&#233;sentatif d'un capital qui a une capacit&#233; r&#233;elle &#224; contribuer &#224; la cr&#233;ation de richesse. Avec de l'argent m&#234;me emprunt&#233;, un entrepreneur peut cr&#233;er plus de richesse que sans. Ce pr&#234;t peut d&#232;s lors l&#233;gitimement &#234;tre r&#233;mun&#233;r&#233; en toute justice. Dans ce cas, comme on le voit, l'erreur n'&#233;tait pas dans les principes moraux, mais dans l'analyse &#233;conomique, et elle ne rel&#232;ve pas de la morale, ni de la R&#233;v&#233;lation. Dit autrement, dans les condamnations de l'&#233;poque la v&#233;rit&#233; morale, naturelle ou r&#233;v&#233;l&#233;e, &#233;tait m&#234;l&#233;e avec des conclusions contingentes. Et bien &#233;videmment il n'est pas choquant qu'un fait technique ne soit clarifi&#233; qu'au cours du temps &#8211; si le principe moral subsiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le corporatisme est un deuxi&#232;me exemple. La recommandation qu'a faite l'Eglise du r&#233;gime corporatiste (notamment sous Pie XI) &#233;tait fond&#233;e en d&#233;finitive sur le besoin de prise en charge du bien commun, notamment par la coop&#233;ration entre les diff&#233;rentes composantes de la soci&#233;t&#233;, en l'esp&#232;ce au sein des professions. Ce sont comme telles des exigences morales permanentes. En revanche le choix pr&#233;cis du corporatisme comme technique d'organisation sociale rel&#232;ve de l'appr&#233;ciation politique ou technique, ce qu'on appelle un choix prudentiel, comme tel hors du champ de l'&#233;nonciation de principes moraux, et donc hors du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une remarque analogue vaut pour un passage de &lt;i&gt;Populorum progressio&lt;/i&gt; (de Paul VI) visant les march&#233;s de mati&#232;res premi&#232;res. L&#224; aussi, le principe moral &#233;tait clair et peu contestable : il faut en tant que de besoin qu'un march&#233; soit encadr&#233; pour le rendre plus juste, moral et humain. Mais le texte &#233;tait plus pr&#233;cis et envisageait un certain type de d&#233;marche : un dispositif international, avec r&#233;gulation de prix et garantie pour certaines productions. L'id&#233;e est d&#233;fendable, mais elle ne s'est pas r&#233;alis&#233;e, et on peut douter qu'elle doit praticable au niveau international. En tout cas elle ne rel&#232;ve pas du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un dernier exemple sera donn&#233; par &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;, qui r&#233;cuse avec v&#233;h&#233;mence au N&#176; 171 ce qu'on appelle le march&#233; du carbone, qui est la n&#233;gociation sur un march&#233; de droits &#224; &#233;mission de CO2, octroy&#233;s et d&#233;finis par les pouvoirs publics. Mais ce texte manifeste une certaine incompr&#233;hension de ce m&#233;canisme, et de ce qu'est un march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Naturellement on peut contester la pertinence de la mise en place de tels droits n&#233;gociables sur un march&#233;. Mais une telle option n'est pas immorale. L&#224; aussi, si la pr&#233;occupation morale de r&#233;gulation des &#233;missions est fond&#233;e, le jugement n&#233;gatif port&#233; par l'encyclique sur cette technique ne para&#238;t pas faire partie du champ du magist&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il y a bien une distinction &#224; faire entre deux champs : celui d'abord de l'exigence morale, qui rel&#232;ve du magist&#232;re, impliquant une forme de soumission intellectuelle du fid&#232;le - sous r&#233;serve de la possible remise en cause si on est hors du champ de l'infaillibilit&#233;, mais dans ce cas c'est apr&#232;s examen attentif et motifs tr&#232;s solides. Et il y a ensuite la constatation de situation ou de faits, l'analyse technique, et le choix de solutions : dans ces cas, on ne peut exiger du fid&#232;le la soumission de la volont&#233; et de l'intelligence qu'implique le magist&#232;re, m&#234;me simplement authentique. Sachant que bien s&#251;r le respect et l'&#233;coute s'imposent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il importe maintenant d'examiner comment cette distinction, relativement plus facile en &#233;conomie, peut s'appliquer au champ politique, o&#249; les sujets sont plus d&#233;licats et o&#249; jugement moral et jugement de fait tendent &#224; se m&#234;ler plus encore.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Le champ politique et les prises de position du pape Fran&#231;ois&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouvelle encyclique du pape Fran&#231;ois, sortie le 4 octobre 2020, &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, pose quelques probl&#232;mes &#224; ce sujet. Il est &#233;vident qu'on ne parle pas ici d'infaillibilit&#233; ; on est tout au plus dans ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit que ce dernier implique reste une exigence forte. Qu'en dire dans le cas de cette encyclique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment dans ce texte une inspiration de fond, fond&#233;e sur la foi et l'exigence du bien, qui est non seulement bienvenue, mais magnifique, comme je l'ai relev&#233; par ailleurs. C'est le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; entre tous les hommes, qui est un message chr&#233;tien fondamental. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement dans la ligne de l'exigence &#233;vang&#233;lique, ainsi d'ailleurs que de la pens&#233;e classique. Mais en m&#234;me temps le pape m&#234;le ce rappel essentiel avec des conceptions politiques qui lui sont particuli&#232;res, et qui ne paraissent pas relever du champ du magist&#232;re. Prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les migrations d'abord. Le pape para&#238;t soutenir un droit absolu de tout migrant &#224; aller s'installer l&#224; o&#249; il veut afin de chercher une vie meilleure. On d&#233;passe ici largement le cas du r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et s'enfuit dans le pays le plus proche. On note en outre que dans ce texte (contrairement &#224; d'autres d&#233;clarations du pape, mais de bien moindre autorit&#233; qu'une encyclique), aucun r&#244;le n'est reconnu &#224; la communaut&#233; nationale d'accueil pour r&#233;guler cette entr&#233;e (sinon par le respect des droits des habitants ant&#233;rieurs). L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; la prot&#233;ger d'une arriv&#233;e massive de nouveaux venus qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. Plus largement, l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; politique organis&#233;e, avec une autorit&#233; &#224; sa t&#234;te, est de fait absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer ; en tout cas ce n'est pas par une organisation politique sp&#233;cifique &#224; cette communaut&#233;. D'autant que pour le pape d'ailleurs, m&#234;me l'id&#233;e de peuple est &#233;volutive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre juste ensuite. Le pape nous explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore d&#233;velopp&#233;e et enseign&#233;e dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique. Il condamne en outre la dissuasion nucl&#233;aire dans son principe : la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e. A cela s'ajoute une vision quelque peu ir&#233;nique de la vie internationale : une confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233; etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La peine de mort. Dans le prolongement de sa d&#233;cision ant&#233;rieure de modifier le cat&#233;chisme sur ce point, le pape laisse entendre que la doctrine ant&#233;rieure, qui admettait sa possibilit&#233;, n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la conception que nous avons de la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie. Non seulement il para&#238;t &#233;vacuer ici l'enseignement traditionnel, mais il n'examine pas ses arguments.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La place de la religion enfin. L'essentiel du texte porte sur la fraternit&#233;, et il peut &#234;tre compris sans religion (m&#234;me si bien s&#251;r il se r&#233;f&#232;re &#224; des textes chr&#233;tiens). En revanche, &#224; la fin, le pape explique d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, et donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que cette croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le consid&#233;rable donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar. Ce qui pose deux s&#233;ries de questions consid&#233;rables. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela croire en Dieu ? Car une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas, ou mal. D'un autre c&#244;t&#233; et surtout, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam sur ce point. Dans le cas de la violence, l'affirmation est surprenante (mais retrouve des propos ant&#233;rieurs du pape). La simple lecture du Coran et l'examen de la pratique musulmane, prouvent pourtant que la r&#233;alit&#233; est notablement diff&#233;rente : une de ces religions, le christianisme, a pu &#234;tre violente mais c'&#233;tait malgr&#233; ses textes, et il ne s'est pour l'essentiel pas r&#233;pandue par ce moyen. L'autre, l'islam, recommande la violence et la guerre au service de la religion, tant dans ses textes que dans sa pratique constante ; et elle s'est r&#233;pandue en grande majorit&#233; par la guerre. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On pourrait ajouter d'autres d&#233;s&#233;quilibres dans le texte, notamment par omission. Par exemple, les doctrines et d&#233;rapages politiques qui y sont d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans motifs d'ailleurs). Mais on ne trouve rien sur d'autres d&#233;rives majeures de la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, celle de ce que les papes pr&#233;c&#233;dents appelaient la culture de mort. On ne trouve par exemple rien dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me, comme c'est fr&#233;quent chez le pape Fran&#231;ois, tout ce qui est &#233;conomique (&#233;conomie de march&#233;) est pr&#233;sent&#233; sous un jour n&#233;gatif (sauf cinq lignes sur la noble vocation de l'entrepreneur). En soi ce que le pape d&#233;nonce correspond trop souvent &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais peut-on consid&#233;rer que l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s se r&#233;duisent &#224; ces &#233;l&#233;ments n&#233;gatifs ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'aspect th&#233;orique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment analyser ces questions ? Rappelons d'abord &#224; nouveau que le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, ne peuvent se faire dans la contradiction, sauf &#224; se ruiner : pourquoi devrait-on s'incliner devant un enseignement qui pourra &#234;tre contredit le lendemain ? Restent les questions soulev&#233;es par ces d&#233;clarations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan formel, on pourrait bien s&#251;r rappeler que dans ce texte le pape ne manifeste pas l'intention d'intervenir sur le plan doctrinal. Il le dit tr&#232;s clairement au d&#233;but de son encyclique, au n&#176; 6. &#171; Les pages qui suivent n'entendent pas r&#233;sumer la doctrine sur l'amour fraternel, mais se focaliser sur sa dimension universelle, sur son ouverture &#224; toutes les personnes. Je livre cette encyclique sociale comme une &lt;i&gt;modeste contribution &#224; la r&#233;flexion&lt;/i&gt; [je souligne] pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187; Il n'en reste pas moins qu'il &#233;nonce des affirmations qui sont en soi d'ordre doctrinal. Compte tenu de l'auteur, et de l'autorit&#233; de la forme &#8216;encyclique', la question de l'interpr&#233;tation de ces passages subsiste donc dans une certaine mesure.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette question se divise elle-m&#234;me en deux : d'un c&#244;t&#233;, qu'est-ce qui entre dans le champ du magist&#232;re ? Et de l'autre, que peut-on penser de ce qui appara&#238;t comme &#233;volution doctrinale (restant ouverte la question du caract&#232;re officiel de celle-ci) ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La limite de la foi et des m&#339;urs&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le premier point (celui du champ du magist&#232;re) rappelons &#224; nouveau que tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a l&#233;gitimement ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans leur expression. Or l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas, comme on l'a vu : outre la question de l'autorit&#233; des textes consid&#233;r&#233;s, y &#233;chappent la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels ; ces derniers, eux, incombent aux fid&#232;les, notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). On peut ranger ici par exemple la question de la guerre juste, puisque le pape para&#238;t d&#233;duire la remise en cause de ce concept d'une &#233;valuation de la guerre moderne, suppos&#233;e d&#233;sormais trop destructrice (guerre totale) : or on peut avoir sur ce sujet une appr&#233;ciation factuelle diff&#233;rente de la sienne, car il n'y a pas que des guerres totales &#224; notre &#233;poque, c'est m&#234;me le contraire. De m&#234;me son analyse de l'ONU, qui n'est qu'un moyen. Bien entendu cette qualification ne remet pas en question le principe moral indiscutable de la recherche de la paix, ou du bien qu'il y a dans la coop&#233;ration internationale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On rangera &#224; mon sens dans la m&#234;me cat&#233;gorie, hors champ du magist&#232;re, l'id&#233;e du pape selon laquelle le v&#233;ritable islam n'est pas violent, qu'on trouve exprim&#233;e de fa&#231;on encore plus nette dans Evangelii gaudium (au n&#176;253 : &#171; Face aux &#233;pisodes de fondamentalisme violent qui nous inqui&#232;tent, l'affection envers les vrais croyants de l'Islam doit nous porter &#224; &#233;viter d'odieuses g&#233;n&#233;ralisations, parce que le v&#233;ritable Islam et une ad&#233;quate interpr&#233;tation du Coran s'opposent &#224; toute violence. &#187;). C'est en effet une affirmation de fait, portant sur une autre religion, et non un point de foi chr&#233;tienne, ou de morale. Affirmation d'ailleurs tr&#232;s contestable sur le fond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Des consid&#233;rations analogues valent aussi &#224; mon sens pour les migrations. Le principe moral de l'accueil de la personne dans le besoin est &#233;videmment chr&#233;tien, et essentiel. De m&#234;me celui de la destination universelle des biens. Mais personne n'en d&#233;duit un droit illimit&#233; de toute personne dans le besoin &#224; entrer chez moi et &#224; s'y installer, encore moins &#224; revendiquer d'y &#234;tre tenu comme membre de la famille. Il convient donc d'analyser cas par cas o&#249; se situe le bien commun d'une nation : dans un accueil illimit&#233; (en ne s'arr&#234;tant qu'au respect des droits des actuels citoyens) comme para&#238;t dire le pape ; ou dans un discernement pouvant aller jusqu'&#224; n'admettre qu'un petit nombre de candidats, ceux-l&#224; seuls qui sont r&#233;ellement en danger personnel, ou d&#233;sireux de s'assimiler ? Sans compter toutes les positions interm&#233;diaires. Il s'agit l&#224; d'un choix prudentiel, bas&#233; sur une analyse factuelle de la situation. Ajoutons que la th&#232;se du droit illimit&#233; remettrait en cause l'enseignement et la pratique ant&#233;rieure de l'Eglise sur l'autonomie des r&#233;alit&#233;s terrestres ainsi que sur le statut des communaut&#233;s politiques, car elles n'auraient alors plus de maitrise de leur destin, qui serait dict&#233; par des principes abstraits g&#233;n&#233;raux prenant la forme de droits absolus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question de l'&#233;volution doctrinale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le second point (l'&#233;volution doctrinale &#233;ventuelle), il y a au fond tr&#232;s peu d'exemples &#224; &#233;voquer. On trouve d'abord la question de la peine de mort. J'ai trait&#233; la question plus en d&#233;tail dans &#171; &lt;i&gt;Continuit&#233; doctrinale du magist&#232;re catholique : le cas de la peine de mort&lt;/i&gt; &#187; &lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Continuite-doctrinale-du-magistere.html?PHPSESSID=b7d79ed2f3083fd1f1524b016eda3b24&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;www.pierredelauzun.com/Continuite-d...&lt;/a&gt;. On l'a dit, le pape a demand&#233; une modification du cat&#233;chisme ; lequel consid&#233;rait auparavant qu'&#224; notre &#233;poque la peine de mort ne se justifiait pas (vu les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale), mais ne remettait pas en question la doctrine ant&#233;rieure selon laquelle elle pouvait &#234;tre licite en soi (le texte d'alors la rappelait m&#234;me explicitement), d'autant qu'elle a de tr&#232;s solides fondements bibliques et doctrinaux. La r&#233;daction nouvelle, sans &#234;tre totalement claire, para&#238;t indiquer (outre les arguments sur les progr&#232;s en mati&#232;re p&#233;nale) que le progr&#232;s de la conscience de la dignit&#233; de l'homme conduisait &#224; condamner en soi la peine de mort. On pourrait donc soutenir qu'il s'agit bien d'un point doctrinal, et qu'il y a eu changement de doctrine (le cat&#233;chisme dit que &#171; la peine de mort est inadmissible &#187;, au moins &#224; partir de maintenant). Or il ne s'agit alors pas uniquement d'une question de fait : elle entre dans le champ de la morale, puisqu'on invoque un progr&#232;s de la conscience ; ce n'est pas non plus un choix prudentiel, puisque dans cette lecture l'exclusion para&#238;t totale, et elle n'est pas laiss&#233;e &#224; un jugement d'esp&#232;ce. Mais inversement, on peut contester qu'&#224; soi seule une modification du cat&#233;chisme permette de changer une doctrine, m&#234;me si c'est un document tr&#232;s important, car il est cens&#233; rassembler un &#233;tat de doctrine, pas en &#233;noncer une nouvelle. En outre l'argument d'un progr&#232;s dans la conscience est tout &#224; fait nouveau dans le d&#233;bat doctrinal et sa port&#233;e reste peu claire ; il pourrait d'ailleurs conduire &#224; des fluctuations dans tous les sens. On ajoutera que la d&#233;cision a &#233;t&#233; quelque peu exp&#233;ditive et qu'aucune argumentation n'est donn&#233;e qui r&#233;fute les fondements de la doctrine ant&#233;rieure (notamment la Bible). Or la doctrine s'appr&#233;cie dans la continuit&#233;, comme Beno&#238;t XVI l'avait rappel&#233; (herm&#233;neutique de la continuit&#233;). Enfin et surtout on peut lire le texte actuel du cat&#233;chisme, qui se base sur la situation pr&#233;sente (conscience nouvelle et &#233;tat des m&#233;thodes p&#233;nales) comme ne se r&#233;f&#233;rant qu'&#224; cette situation (et non &#224; une v&#233;rit&#233; morale en soi, quelle que soit l'&#233;poque) ; voire estimer qu'il s'agit de fait d'un question prudentielle (puisqu'elle est variable selon la situation), et non doctrinale. Ce d&#233;bat complexe n'est donc pas clos.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre question pos&#233;e porte comme on l'a vu sur les autres religions, islam compris : le pape nous dit &#224; la fin de l'encyclique que Dieu y est notre p&#232;re comme dans le christianisme. Cela para&#238;t rejoindre une autre id&#233;e r&#233;currente de ce m&#234;me pape, qui semble reconna&#238;tre &#224; ces religions une r&#233;elle validit&#233; comme telles, (et donc bien au-del&#224; de ce que dit le Concile, qui se borne &#224; dire que ce qui est bon en elles est bon). Formul&#233;e ainsi, la proposition serait un changement de doctrine : on a toujours li&#233; en christianisme la paternit&#233; divine envers nous avec celle du P&#232;re avec le Fils et avec notre position de fr&#232;res adoptifs de celui-ci. Elle n'a d'ailleurs de sens que pour qui admet la Trinit&#233;, donc pour un chr&#233;tien. Reste que le pape n'a pas formul&#233; une telle th&#232;se de fa&#231;on aussi claire et manifestement doctrinale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, la consid&#233;ration des limites du champ du magist&#232;re, ainsi que l'exclusion des donn&#233;es de fait ou prudentielles, montrent qu'il n'y a pas &#224; ce stade de probl&#232;me majeur sur le plan des principes (sous r&#233;serve du d&#233;bat d&#233;licat mais localis&#233; sur la peine de mort), &#224; condition de bien d&#233;limiter ce qui rel&#232;ve r&#233;ellement du magist&#232;re. Cela souligne cependant par contraste l'importance d'avoir des d&#233;clarations claires, explicites et manifestement doctrinales pour que les r&#232;gles d'ob&#233;issance s'appliquent. Reste un trouble r&#233;el, encore accru par la r&#233;serve du pape Fran&#231;ois &#224; l'&#233;gard du travail doctrinal comme tel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur le plan pratique, on est alors devant une t&#226;che qui n'est qu'apparemment nouvelle . D'un c&#244;t&#233; le pape est le pasteur, et le catholique doit l'&#233;couter, s'impr&#233;gner de son message pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, s'en inspirer et se mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, il lui faut discerner ce qui est d'ordre doctrinal (magist&#233;riel) et ce qui ne l'est pas, et comprendre la doctrine dans la continuit&#233;. L'ob&#233;issance est donc une t&#226;che, intellectuellement exigeante. Loin du suivisme na&#239;f qui a paru pr&#233;valoir un certain temps, et qui subsiste dans bien des esprits, progressistes ou conservateurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Le pape Fran&#231;ois et le bien commun, de Laudato si' &#224; Fratelli tutti</title>
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		<dc:date>2020-11-24T15:38:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Bien commun</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois vient de signer avec &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; sa deuxi&#232;me encyclique propre, apr&#232;s &lt;i&gt;Laudato Si&lt;/i&gt;. Elle a suscit&#233; de nombreuses interrogations, qu'on peut mieux comprendre en les examinant sous l'angle du Bien commun, th&#232;me central dans l'une et l'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc vous cherchez &#224; mieux comprendre, allez-y.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Bien commun&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fraternite-+.html" rel="tag"&gt;Fraternit&#233;&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La notion de bien commun est abondamment pr&#233;sente dans les deux encycliques ; nous suivrons ces occurrences (sans les citer toutes) pour tenter ensuite de situer la conception qu'en d&#233;veloppe le pape Fran&#231;ois, et comment il l'ins&#232;re dans ses autres pr&#233;occupations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale dans tout ce texte les italiques sont de moi, y compris dans les citations.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Laudato si'&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Bien commun : de quoi parle-t-on ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans &lt;i&gt;Laudato si'&lt;/i&gt; qu'on trouve un d&#233;veloppement qui lui est explicitement d&#233;di&#233;. On y trouve sous le titre IV &#8216;Le principe du bien commun', plusieurs paragraphes de d&#233;finition, classiques. Au &#167; 156 c'est la citation de &lt;i&gt;Gaudium et Spes&lt;/i&gt; (n. 26) &#171; &#8216;l'ensemble des conditions sociales qui permettent, tant aux groupes qu'&#224; chacun de leurs membres, d'atteindre leur perfection d'une fa&#231;on plus totale et plus ais&#233;e' &#187;. Et le pape poursuit, au 157, en rappelant des principes comme le respect de la personne humaine et ses &#171; droits fondamentaux et inali&#233;nables ordonn&#233;s &#224; son d&#233;veloppement int&#233;gral &#187; etc. Il ajoute que &#171; le bien commun requiert la paix sociale, [&#8230;] qui ne se r&#233;alise pas sans une attention particuli&#232;re &#224; la justice distributive, dont la violation g&#233;n&#232;re toujours la violence. Toute la soci&#233;t&#233; &#8211; et en elle, d'une mani&#232;re sp&#233;ciale l'&#201;tat, &#8211; a l'obligation de d&#233;fendre et de promouvoir le bien commun. &#187; Il pr&#233;cise ensuite, de fa&#231;on plus centr&#233;e sur ses propres pr&#233;occupations, au 158 : &#171; dans les conditions actuelles de la soci&#233;t&#233; mondiale, o&#249; il y a tant d'in&#233;galit&#233;s et o&#249; sont toujours plus nombreuses les personnes marginalis&#233;es, [&#8230;] le principe du bien commun devient imm&#233;diatement comme cons&#233;quence logique et in&#233;luctable, u&lt;i&gt;n appel &#224; la solidarit&#233; et &#224; une option pr&#233;f&#233;rentielle pour les plus pauvres&lt;/i&gt;. Cette option implique de tirer les cons&#233;quences de la destination commune des biens de la terre. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les menaces contre le bien commun&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce bien commun est aujourd'hui menac&#233;, et le pape cible les obstacles. De fa&#231;on g&#233;n&#233;rale, &lt;i&gt;l'&#233;conomie&lt;/i&gt; n'y a pas le beau r&#244;le. Dans toute l'encyclique (ainsi que dans Fratelli tutti) tout ce qui rel&#232;ve de l'&#233;conomie, des march&#233;s et &lt;i&gt;a fortiori&lt;/i&gt; de la finance, voire des entreprises, est pr&#233;sent&#233; n&#233;gativement. Je n'insisterai pas ici sur cet aspect. Ne fait exception que la &#171; noble vocation de l'entrepreneur &#187;, cit&#233;e dans les deux textes : au 129, &#171; l'activit&#233; d'entreprise, qui est une vocation noble orient&#233;e &#224; produire de la richesse et &#224; am&#233;liorer le monde pour tous, peut &#234;tre une mani&#232;re tr&#232;s f&#233;conde de promouvoir la r&#233;gion o&#249; elle installe ses projets ; surtout si on comprend que la cr&#233;ation de postes de &lt;i&gt;travail&lt;/i&gt; est une partie incontournable de son service du bien commun. &#187; Mais rien n'indique par ailleurs que l'&#233;conomie comme telle participe du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lorsque la question du bien commun est pos&#233;e, le pape insiste essentiellement sur son oubli, notamment par le politique, qui capitule devant des int&#233;r&#234;ts priv&#233;s (&#233;conomiques &#224; nouveau), car comme dit le 196 &#171; il est vrai qu'aujourd'hui &lt;i&gt;certains secteurs &#233;conomiques exercent davantage de pouvoir que les &#201;tats&lt;/i&gt; eux-m&#234;mes. &#187; Et au 54 : &#171; &lt;i&gt;la soumission de la politique &#224; la technologie et aux finances&lt;/i&gt; se r&#233;v&#232;le dans l'&#233;chec des Sommets mondiaux sur l'environnement. Il y a trop d'int&#233;r&#234;ts particuliers, et tr&#232;s facilement l'int&#233;r&#234;t &#233;conomique arrive &#224; pr&#233;valoir sur le bien commun &#187;. La m&#234;me critique vaut pour les &#171; &#233;go&#239;smes &#187; nationaux, ainsi au 169 : &#171; Les n&#233;gociations internationales ne peuvent pas avancer de mani&#232;re significative en raison de la position des pays qui mettent leurs &lt;i&gt;int&#233;r&#234;ts nationaux&lt;/i&gt; au-dessus du bien commun g&#233;n&#233;ral. &#187; Or (189) &#171; la politique ne doit pas se soumettre &#224; l'&#233;conomie et celle-ci ne doit pas se soumettre aux diktats ni au paradigme d'efficacit&#233; de la technocratie. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224;, le principal enjeu est l'orientation du regard, &#224; tous les niveaux. L'encyclique contient une critique articul&#233;e du &lt;i&gt;&#8216;paradigme technocratique'&lt;/i&gt;, qui conditionne aux yeux du pape tout notre mode de raisonnement et d'action, et les canalise dans une direction ais&#233;ment instrumentalis&#233;e par des int&#233;r&#234;ts particuliers et &#233;troits. Le tout est renforc&#233; par le fonctionnement &#224; courte vue du syst&#232;me politique, lui-m&#234;me domin&#233; par les int&#233;r&#234;ts imm&#233;diats des dirigeants. Ainsi au 178. C'est qu'en effet (198) : &#171; la politique et l'&#233;conomie ont tendance &#224; s'accuser mutuellement en ce qui concerne la pauvret&#233; et la d&#233;gradation de l'environnement. Mais il faut esp&#233;rer qu'elles reconna&#238;tront leurs propres erreurs et trouveront des formes d'interaction orient&#233;es vers le bien commun. Pendant que les uns sont obnubil&#233;s uniquement par le profit &#233;conomique et que d'autres ont pour seule obsession la conservation ou l'accroissement de leur pouvoir, ce que nous avons ce sont des guerres, ou bien des accords fallacieux o&#249; pr&#233;server l'environnement et prot&#233;ger les plus faibles est ce qui int&#233;resse le moins les deux parties. L&#224; aussi vaut le principe : &#8216;l'unit&#233; est sup&#233;rieure au conflit'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La conversion n&#233;cessaire&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, on ne souligne pas assez l'importance centrale pour le pape de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, personnelle et collective. Elle est &#224; mon sens peut &#234;tre &lt;i&gt;le message central&lt;/i&gt; des deux encycliques. Au 204, il montre combien le bien commun d&#233;pend des attitudes de chacun : &#171; la situation actuelle du monde &#8216;engendre un sentiment de pr&#233;carit&#233; et d'ins&#233;curit&#233; qui, &#224; son tour, nourrit des formes d'&#233;go&#239;sme collectif'. Quand les personnes deviennent &lt;i&gt;autor&#233;f&#233;rentielles&lt;/i&gt; et s'isolent dans leur propre conscience, elles accroissent leur voracit&#233;. En effet, plus le c&#339;ur de la personne est vide, plus elle a besoin d'objets &#224; acheter, &#224; poss&#233;der et &#224; consommer. Dans ce contexte, il ne semble pas possible qu'une personne accepte que la r&#233;alit&#233; lui fixe des limites. &#192; cet horizon, &lt;i&gt;un vrai bien commun n'existe pas non plus&lt;/i&gt;. &#187; Inversement, l&lt;i&gt;a recherche du bien commun transforme la personne&lt;/i&gt; ; car (225) &#171; &lt;i&gt; La paix int&#233;rieure des personnes&lt;/i&gt; tient, dans une large mesure, de la pr&#233;servation de l'&#233;cologie et du bien commun, parce que, authentiquement v&#233;cue, elle se r&#233;v&#232;le dans &lt;i&gt;un style de vie &#233;quilibr&#233;&lt;/i&gt; joint &#224; une capacit&#233; d'admiration qui m&#232;ne &#224; la profondeur de la vie. &#187; D'o&#249; un th&#232;me (d&#233;velopp&#233; dans Fratelli tutti), au 231 : &#171; l'amour, fait de petits gestes d'attention mutuelle, est aussi civil et politique, et il se manifeste dans toutes les actions qui essaient de construire un monde meilleur. L'&lt;i&gt;amour de la soci&#233;t&#233; et l'engagement pour le bien commun&lt;/i&gt; sont une forme excellente de charit&#233; qui, non seulement concerne les relations entre les individus mais aussi les &#8216;macro-relations : rapports sociaux, &#233;conomiques, politiques'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fratelli tutti&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Cette deuxi&#232;me encyclique majeure ne contient pas de d&#233;veloppement sp&#233;cifique sur le bien commun, mais le terme est tr&#232;s fr&#233;quemment cit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous y retrouvons d'abord les points n&#233;gatifs d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;s. Ainsi l'&#233;conomie, royaume des int&#233;r&#234;ts particuliers qui divisent. D'o&#249; sa &lt;i&gt;critique appuy&#233;e et d&#233;velopp&#233;e du &#8216;n&#233;o-lib&#233;ralisme',&lt;/i&gt; que je ne d&#233;taillerai pas ici. Le paragraphe 12 relie cette critique avec &#171; le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun &#187; : &#171; &#8216;S'ouvrir au monde' est une expression qui, de nos jours, est adopt&#233;e par l'&#233;conomie et les finances. Elle se rapporte exclusivement &#224; l'ouverture aux int&#233;r&#234;ts &#233;trangers ou &#224; la libert&#233; des pouvoirs &#233;conomiques d'investir sans entraves ni complications dans tous les pays. Les conflits locaux et le d&#233;sint&#233;r&#234;t pour le bien commun sont instrumentalis&#233;s par l'&#233;conomie mondiale pour imposer un mod&#232;le culturel unique. &lt;i&gt;Cette culture f&#233;d&#232;re le monde mais divise les personnes et les nations&lt;/i&gt;, car &#8216;la soci&#233;t&#233; toujours plus mondialis&#233;e nous rapproche, mais elle ne nous rend pas fr&#232;res'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela se relie &#224; la critique que le pape fait de &lt;i&gt;l'individualisme&lt;/i&gt;, &#233;galement tr&#232;s d&#233;velopp&#233;e, car l'individualisme ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical est le virus le plus difficile &#224; vaincre. Il nous trompe. Il nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, &lt;i&gt;comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun&lt;/i&gt;. &#187; Et il pr&#233;cise au 108 le sens de ce souci n&#233;cessaire, tout en en appelant non seulement &#224; la conversion de tous, mais aussi aux &lt;i&gt;institutions&lt;/i&gt;. Certaines soci&#233;t&#233;s &#171; acceptent qu'il existe des possibilit&#233;s pour tout le monde, mais en d&#233;duisent que tout d&#233;pend de chacun. Dans cette perspective partielle, il serait absurde de &#8216;s'investir afin que ceux qui restent en arri&#232;re, les faibles ou les moins pourvus, puissent se faire un chemin dans la vie'. Investir en faveur des personnes fragiles peut ne pas &#234;tre rentable, cela peut impliquer moins d'efficacit&#233;. &lt;i&gt;Cela requiert un &#201;tat pr&#233;sent et actif&lt;/i&gt; ainsi que des institutions de la soci&#233;t&#233; civile qui, du fait qu'elles sont vraiment ordonn&#233;es d'abord aux personnes et au bien commun, aillent au-del&#224; de la libert&#233; des m&#233;canismes, ax&#233;s sur l'efficacit&#233;, de certains syst&#232;mes &#233;conomiques, politiques ou id&#233;ologiques. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors que la conversion de chacun est un &#233;l&#233;ment essentiel, &lt;i&gt;la revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e&lt;/i&gt; dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des &lt;i&gt;droits individuels&lt;/i&gt; &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (&lt;i&gt;mon&#225;s&lt;/i&gt;), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;. D&#232;s lors, (202) &#171; le &lt;i&gt;manque de dialogue&lt;/i&gt; implique que personne, dans les diff&#233;rents secteurs, ne se soucie de promouvoir le bien commun ; mais chacun veut obtenir des avantages que donne le pouvoir, ou, dans le meilleur des cas, imposer une fa&#231;on de penser. Les dialogues deviennent ainsi de simples n&#233;gociations pour que chacun puisse conqu&#233;rir la totalit&#233; du pouvoir et le plus de profit possible, en dehors d'une qu&#234;te commune g&#233;n&#233;rant le bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La m&#234;me accusation de division est port&#233;e au niveau &lt;i&gt;politique&lt;/i&gt;. L'encyclique contient ainsi une critique acerbe du populisme, dans ses variantes nationalistes ou identitaires, que je ne d&#233;taillerai pas non plus. L&#224; aussi la principale accusation porte sur &lt;i&gt;la division et la marginalisation&lt;/i&gt;, &lt;i&gt;nuisibles au bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 15 : &#171; Aujourd'hui, dans de nombreux pays, &lt;i&gt;on se sert du syst&#232;me politique pour exasp&#233;rer, exacerber et pour polariser&lt;/i&gt;. Par divers proc&#233;d&#233;s, le droit d'exister et de penser est ni&#233; aux autres, et pour cela, on recourt &#224; la strat&#233;gie de les ridiculiser, de les soup&#231;onner et de les encercler. Leur part de v&#233;rit&#233;, leurs valeurs ne sont pas prises en compte, et ainsi la soci&#233;t&#233; est appauvrie et r&#233;duite &#224; s'identifier avec l'arrogance du plus fort. De ce fait, la politique n'est plus une discussion saine sur des projets &#224; long terme pour le d&#233;veloppement de tous et du bien commun, mais uniquement des recettes de &lt;i&gt;marketing&lt;/i&gt; visant des r&#233;sultats imm&#233;diats qui trouvent dans la destruction de l'autre le moyen le plus efficace. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probl&#233;matique du &lt;i&gt;peuple&lt;/i&gt;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie explicitement de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me &lt;i&gt;il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels&lt;/i&gt; &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle &lt;i&gt;n'est pas le vrai peuple&lt;/i&gt;. En effet, l&lt;i&gt;a cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte.&lt;/i&gt; Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est &lt;i&gt;ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent&lt;/i&gt;. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des &lt;i&gt;migrants&lt;/i&gt; (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un &lt;i&gt;droit fondamental,&lt;/i&gt; et aucun motif ne permet de s'y opposer, sinon les droits des citoyens existants. Au 106 &#171; Si tous les hommes et femmes ont la m&#234;me valeur, il faut dire clairement et fermement que &#8216;&lt;i&gt;le seul fait d'&#234;tre n&#233; en un lieu avec moins de ressources ou moins de d&#233;veloppement ne justifie pas que des personnes vivent dans une moindre dignit&#233;'&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s.&lt;i&gt; Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse&lt;/i&gt;. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que &lt;i&gt;chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger,&lt;/i&gt; &#233;tant donn&#233; que &lt;i&gt;les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il n'y a donc apparemment pas de place dans ce contexte pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent apparemment pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive, ce qui colore l&lt;i&gt;a notion de bien commun : ce dernier ne repose donc pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape fait un &lt;i&gt;lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement. Ainsi au 66 : &#171; regardons le mod&#232;le du bon Samaritain. C'est un texte qui nous invite &#224; raviver notre vocation de &lt;i&gt;citoyens de nos pays respectifs et du monde entier,&lt;/i&gt; b&#226;tisseurs d'un nouveau lien social. C'est un appel toujours nouveau, m&#234;me s'il se pr&#233;sente comme la loi fondamentale de notre &#234;tre : &lt;i&gt;que la soci&#233;t&#233; poursuive la promotion du bien commun et, &#224; partir de cet objectif, reconstruise inlassablement son ordonnancement politique et social&lt;/i&gt;, son r&#233;seau de relations, son projet humain. &#187; &lt;i&gt;A nouveau, bien commun et attitude personnelle sont deux facettes d'un m&#234;me r&#233;alit&#233;.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la &lt;i&gt;fraternit&#233;&lt;/i&gt;, th&#232;me central de l'encyclique, de ce que le pape appelle &lt;i&gt;charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun&lt;/i&gt;. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Tout engagement dans ce sens devient un exercice supr&#234;me de la charit&#233;. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers u&lt;i&gt;n ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale&lt;/i&gt;. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de &lt;i&gt;la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'&lt;/i&gt;. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique s&lt;i&gt;uppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste&lt;/i&gt; : &#8216;la charit&#233; sociale &lt;i&gt;nous fait aimer le bien commun&lt;/i&gt; et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans &lt;i&gt;la dimension sociale qui les unit&lt;/i&gt;'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela doit se traduire aussi au niveau des dirigeants, en charge de la diversit&#233; et de l'&#233;coute. Au 190 : &#171; la charit&#233; politique s'exprime aussi par &lt;i&gt;l'ouverture &#224; tous les hommes&lt;/i&gt;. Principalement, celui qui a la charge de gouverner est appel&#233; &#224; des renoncements permettant la rencontre ; et il recherche la &lt;i&gt;convergence&lt;/i&gt;, au moins sur certaines questions. Il sait &#233;couter le point de vue de l'autre, faisant en sorte que tout le monde ait de l'espace. Par des renoncements et de la patience, un gouvernant peut aider &#224; cr&#233;er ce magnifique &lt;i&gt;poly&#232;dre&lt;/i&gt; o&#249; tout le monde trouve une place. En cela, les n&#233;gociations de nature &#233;conomique ne fonctionnent pas. C'est quelque chose de plus ; il s'agit d'un&lt;i&gt; &#233;change de dons en faveur du bien commun&lt;/i&gt;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, une fois de plus, cela demande l'effort de tous, chacun reconnaissant l'autre. Ainsi au 221 &#171; ce pacte implique aussi qu'on a&lt;i&gt;ccepte la possibilit&#233; de c&#233;der quelque chose pour le bien commun&lt;/i&gt;. Personne ne pourra d&#233;tenir toute la v&#233;rit&#233; ni satisfaire la totalit&#233; de ses d&#233;sirs, parce que cette pr&#233;tention conduirait &#224; vouloir d&#233;truire l'autre en niant ses droits. &#187; C'est que (228) &#171; ce cheminement vers la paix &lt;i&gt;n'implique pas l'homog&#233;n&#233;isation de la soci&#233;t&#233;&lt;/i&gt; ; il nous permet par contre de &lt;i&gt;travailler ensemble&lt;/i&gt;. Il peut unir un grand nombre de personnes en vue de recherches communes o&#249; tous sont gagnants. [&#8230;] Le chemin vers une meilleure cohabitation implique toujours que soit reconnue la possibilit&#233; que l'autre fasse d&#233;couvrir une perspective l&#233;gitime, au moins en partie, quelque chose qui peut &#234;tre pris en compte, m&#234;me quand il s'est tromp&#233; ou a mal agi. &#187; Tout cela suppose &lt;i&gt;l'inclusion de chacun dans une vraie communaut&#233;, &#224; l'image de la famille&lt;/i&gt;. Comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. Ils se querellent, mais il y a quelque chose qui ne change pas : ce lien familial. [&#8230;] Si nous pouvions r&#233;ussir &#224; voir l'adversaire politique ou le voisin de maison du m&#234;me &#339;il que nos enfants, nos &#233;pouses, &#233;poux, nos p&#232;res ou nos m&#232;res, que ce serait bien !' &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons cependant que la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors. Or justement pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; &lt;i&gt;il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix&lt;/i&gt; sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de &lt;i&gt;pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre&lt;/i&gt; qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les croyants ont dans cette t&#226;che un r&#244;le particulier. D&#232;s lors, au 282 : ils &#171; &#8216;ont besoin de trouver des espaces o&#249; discuter et &lt;i&gt;agir ensemble pour le bien commun&lt;/i&gt; et la promotion des plus pauvres. [&#8230;] En tant que croyants, nous nous trouvons face au d&#233;fi de retourner &#224; nos sources pour nous concentrer sur l'essentiel : l'adoration de Dieu et l'amour du prochain, de mani&#232;re &#224; ce que certains aspects de nos doctrines, hors de leur contexte, ne finissent pas par alimenter des formes de m&#233;pris, de haine, de x&#233;nophobie, de n&#233;gation de l'autre. La v&#233;rit&#233;, c'est que l&lt;i&gt;a violence ne trouve pas de fondement dans les convictions religieuses fondamentales, mais dans leurs d&#233;formations.&lt;/i&gt; &#187; Notons qu'aucune distinction n'est faite ici entre les diff&#233;rentes religions, selon un th&#232;me fr&#233;quent du pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Contrairement &#224; la pr&#233;c&#233;dente, cette encyclique d&#233;veloppe consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, ici national. &lt;i&gt;Ce niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent&lt;/i&gt;. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. &lt;i&gt;Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation&lt;/i&gt; et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; &lt;i&gt;aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population&lt;/i&gt;. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du&lt;i&gt; vrai bien commun&lt;/i&gt;, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une &lt;i&gt;communaut&#233; mondiale&lt;/i&gt;, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un &lt;i&gt;affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux&lt;/i&gt;, surtout parce que la dimension &lt;i&gt;&#233;conomique et financi&#232;re&lt;/i&gt;, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la &lt;i&gt;maturation d'institutions internationales&lt;/i&gt; devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure &lt;i&gt;la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial,&lt;/i&gt; l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela d&#233;bouche sur la remise en cause de l'id&#233;e de guerre juste, au vu du bien commun universel (257). Au 260 &#171; &#8216;il devient impossible de penser que la guerre soit le moyen ad&#233;quat pour obtenir justice d'une violation de droits'. [&#8230;] Les raisons pour la paix sont plus fortes que tout calcul li&#233; &#224; des int&#233;r&#234;ts particuliers et toute confiance dans l'usage des armes. &#187; Les m&#234;mes motifs conduisent &#224; &#233;carter ce que le pape appelle l'illusion de la s&#233;curit&#233; par la discussion nucl&#233;aire (262).&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Une nouvelle id&#233;e du bien commun ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Ent&#233;e dans la tradition, le magist&#232;re et le Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur une compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelle, notamment sur ce qu'implique aujourd'hui le souci du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les intuitions fondamentales&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons-en plusieurs caract&#233;ristiques, notamment &#224; travers ses quatre aphorismes favoris (le temps est sup&#233;rieur &#224; l'espace, l'union pr&#233;vaut sur le conflit, le tout est sup&#233;rieur &#224; la partie, la r&#233;alit&#233; est sup&#233;rieure &#224; l'id&#233;e), plus le th&#232;me r&#233;current &#8216;tout est li&#233;'. J'en rel&#232;verai cinq.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &lt;i&gt;le refus profond et radical de tout ce qui cr&#233;e une division ou une opposition&lt;/i&gt;. Et d'abord les id&#233;es et a fortiori les id&#233;ologies. &lt;i&gt;La m&#233;fiance spontan&#233;e du pape &#224; l'&#233;gard de tout ce qui est construction intellectuelle&lt;/i&gt; (&#171; l'id&#233;e &#187;), de tout ce qui est doctrinal avec des d&#233;finitions pr&#233;cises, de toute diff&#233;renciation et objection intellectuelle, se base sur cette perception : de telles distinctions sont trop vite pour lui des &#8216;pierres' lanc&#233;es aux gens, des outils de pharisiens, qui &lt;i&gt;brisent le rapport humain fondamental, la fraternit&#233;, et interrompent les processus b&#233;n&#233;fiques.&lt;/i&gt; Corr&#233;lativement, tout ce que le pape d&#233;nonce est d&#233;fini comme &#233;triqu&#233;, mutilant, parcellaire, diviseur, bloquant : le populisme, le n&#233;o-lib&#233;ralisme, l'approche technocratique, les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques etc. Mal qui se situe alors soit au niveau des id&#233;ologies ou des structures, soit des puissants qui les utilisent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est l'id&#233;e que &lt;i&gt;l'&#233;conomie est par excellence le domaine de cette mutilation&lt;/i&gt;, favorisant &#224; la fois l'individualisme des uns, perdus dans leur qu&#234;te de consommation, et le d&#233;ploiement des int&#233;r&#234;ts des autres, ces puissants qui manipulent les premiers. Le march&#233; est essentiellement vu comme le lieu d'un rapport de force, qui induit en outre en erreur par sa pr&#233;tention &#224; tout r&#233;guler. Le tout est source &#233;ventuelle de violence, en tout cas d'instrumentalisation, de domination et de rejet (d'o&#249; la culture du d&#233;chet). Inversement le principe traditionnel de subordination de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e &#224; la destination universelle des biens trouve ici une application plus radicale, la propri&#233;t&#233; devenant &#171; secondaire &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me point, le niveau politique a un statut plus noble, mais il est vu comme trop souvent lui aussi &lt;i&gt;mutilant&lt;/i&gt;, qu'il serve les int&#233;r&#234;ts &#233;conomiques des puissants, ou la soif de pouvoir. En tout cas, &lt;i&gt;le lieu de la nation n'est pas le lieu le plus pertinent pour d&#233;finir le bien commun&lt;/i&gt;, puisque le bien commun sur lequel il est insist&#233; se situe au niveau de l'humanit&#233;, que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant, et que le pouvoir &#233;chappe &#224; cet &#233;chelon. L'Etat a ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel du progr&#232;s, comme il l'est dans le sch&#233;ma social-d&#233;mocrate ou progressiste. Ce bien doit &#234;tre cherch&#233; &#224; un niveau &lt;i&gt;plus proche des bases&lt;/i&gt; : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res pas tellement comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus g&#233;n&#233;ralement, le niveau de la &lt;i&gt;loi naturelle&lt;/i&gt; ne joue aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, en tant qu'outil d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non -chr&#233;tiens. Bien s&#251;r en un sens la fraternit&#233; par exemple peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme en relevant. Mais pas dans l'analyse et l'expos&#233; ; il n'y a pas de niveau de l&#233;gitimit&#233; interm&#233;diaire. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine &#224; travers les diverses religions, mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me point concerne les &lt;i&gt;p&#233;riph&#233;ries&lt;/i&gt;. La notion de dignit&#233; de la personne humaine, centrale, implique l'int&#233;gration de tous. Mais un r&#244;le particulier est reconnu aux p&#233;riph&#233;ries au sens large : pauvres, migrants etc. ; pas seulement comme priorit&#233; pour notre souci, mais comme source de progr&#232;s collectif, o&#249; ils deviennent nos enseignants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin, cinqui&#232;me point, essentiel, le message central est celui de la &lt;i&gt;conversion&lt;/i&gt;, &#224; la fois personnelle et au niveau des communaut&#233;s de base ; le pape est d'abord un pr&#233;dicateur, qui vise &#224; nous &lt;i&gt;convertir &#224; la charit&#233; mutuelle&lt;/i&gt;. Cette conversion doit &#234;tre globale, visant &#224; la fois nos relations avec nos fr&#232;res, la nature, les pauvres, les non-chr&#233;tiens etc. Inversement le rejet de la nature et le rejet du pauvre sont les sympt&#244;mes du m&#234;me ph&#233;nom&#232;ne, de la m&#234;me attitude fautive.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Et le bien commun ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois dans la ligne de l'enseignement ant&#233;rieur, et de fa&#231;on originale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La ligne ant&#233;rieure&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium&lt;/i&gt; de la Doctrine sociale, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; Le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure &lt;i&gt;commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre,&lt;/i&gt; de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; Le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : &lt;i&gt;aucun n'est exempt&#233; de collaborer&lt;/i&gt;, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici tr&#232;s en phase avec &lt;i&gt;Fratelli tutti.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. &lt;i&gt;L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires&lt;/i&gt; [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur ce niveau &#233;tait donc bien plus nette.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, on ajoutait (170) de fa&#231;on christocentrique &#171; le bien commun de la soci&#233;t&#233; n'est pas une fin en soi ; il n'a de valeur qu'en r&#233;f&#233;rence &#224; la poursuite des fins derni&#232;res de la personne et au bien commun universel de la cr&#233;ation tout enti&#232;re. Dieu est la fin derni&#232;re de ses cr&#233;atures et &lt;i&gt;en aucun cas on ne peut priver le bien commun de sa dimension transcendante&lt;/i&gt;, qui d&#233;passe mais aussi ach&#232;ve la dimension historique. &lt;i&gt;Cette perspective atteint sa pl&#233;nitude en vertu de la foi dans la P&#226;que de J&#233;sus&lt;/i&gt;, qui &#233;claire pleinement la r&#233;alisation du vrai bien commun de l'humanit&#233;. Notre histoire - l'effort personnel et collectif pour &#233;lever la condition humaine - commence et culmine en J&#233;sus : gr&#226;ce &#224; lui, par lui et pour lui, toute r&#233;alit&#233;, y compris la soci&#233;t&#233; humaine, peut &#234;tre conduite au Bien supr&#234;me, &#224; son ach&#232;vement. &lt;i&gt;Une vision purement historique et mat&#233;rialiste finirait par transformer le bien commun en simple bien-&#234;tre socio-&#233;conomique, priv&#233; de toute finalisation transcendante, c'est-&#224;-dire de sa raison d'&#234;tre la plus profonde.&lt;/i&gt; &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une analyse possible&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voici quelle est d&#232;s lors ma perception de la sp&#233;cificit&#233; de ces textes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le bien commun n'y est d'abord pas explicitement ou sp&#233;cifiquement ins&#233;r&#233; dans le contexte de la foi chr&#233;tienne comme foi (une r&#233;f&#233;rence comme celle au Bon samaritain ne la suppose pas n&#233;cessairement pour &#234;tre comprise ou admise). La seule r&#233;f&#233;rence proprement religieuse se situe &#224; la fin de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; ; elle rappelle qui si nous sommes fr&#232;res, il faut un P&#232;re, et que ce P&#232;re c'est Dieu. Mais ce passage ne donne aucune place sp&#233;cifique au christianisme : &lt;i&gt;toutes les religions y sont cens&#233;es reconna&#238;tre Dieu comme P&#232;re&lt;/i&gt; (id&#233;e &#224; mon sens contestable). Le r&#244;le de l'au-del&#224;, du salut &#233;ternel, apport&#233; par le Christ n'est pas &#233;voqu&#233;. Nous ne sommes donc plus sur ce plan dans la conception traditionnelle du bien commun, qui comportait l'ordonnancement &#224; notre finalit&#233;, et donc pour le chr&#233;tien &#224; nos fins derni&#232;res - en tout cas pas explicitement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite &lt;i&gt;il est fait assez peu confiance aux institutions suppos&#233;es en charge du bien commun, et notamment &#224; l'Etat national&lt;/i&gt; (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait &lt;i&gt;la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse est les personnes, et leurs communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape se fonde vraiment la recherche du bien commun&lt;/i&gt;, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. En ce sens l&lt;i&gt;'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun&lt;/i&gt; en ce sens qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime, comme c'&#233;tait le cas traditionnellement - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement. Sans parler des entit&#233;s &#233;conomiques, qui sont encore plus mal orient&#233;es. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. &lt;i&gt;Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t d&#232;s lors plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations, notamment politiques. Le bien commun n'est &#224; mon sens pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s parce que les personnes seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les &lt;i&gt;d&#233;limitant&lt;/i&gt;, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la &lt;i&gt;nation&lt;/i&gt; dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre la n&#233;cessit&#233; de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, dont la solution implique d'agir, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable &lt;i&gt;conflit&lt;/i&gt;, qu'il faut assumer. Une notion pleine du bien commun supposerait aussi de reconna&#238;tre le r&#244;le essentiel de l'&#233;conomie et de le d&#233;velopper plus positivement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, plus que de voir dans ces textes, le second surtout, une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela (et l'introduction du pape le reconna&#238;t - voir Note 1), il me para&#238;t plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; &lt;i&gt;notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Sur la base d'une conf&#233;rence donn&#233;e &#224; l'Acad&#233;mie d'&#233;tudes et de sciences sociales le 19 novembre 2020).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Note 1&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au n&#176; 6. &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. Bien que je l'aie &#233;crite &#224; partir de mes convictions chr&#233;tiennes qui me soutiennent et me nourrissent, j'ai essay&#233; de le faire de telle sorte que la r&#233;flexion s'ouvre au dialogue avec toutes les personnes de bonne volont&#233;. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, on peut se reporter &#224; mon article &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Quel-...&lt;/a&gt; qui examine notamment sa port&#233;e en termes magist&#233;riels.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Quel magist&#232;re catholique apr&#232;s Fratelli tutti ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Quel-magistere-catholique-apres-Fratelli-tutti.html</link>
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		<dc:date>2020-10-05T14:44:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Magist&#232;re catholique</dc:subject>
		<dc:subject>Pluralit&#233; des religions</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;veloppement doctrinal</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re et &#224; son autorit&#233;. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le catholique. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, et malgr&#233; une magnifique m&#233;ditation sur la fraternit&#233;, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Eglise-et-magistere-.html" rel="directory"&gt;Magist&#232;re&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Magistere-catholique-+.html" rel="tag"&gt;Magist&#232;re catholique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pluralite-des-religions-+.html" rel="tag"&gt;Pluralit&#233; des religions&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Fratelli-tutti-+.html" rel="tag"&gt;Fratelli tutti&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pape-Francois-211-+.html" rel="tag"&gt;Pape Fran&#231;ois&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Developpement-doctrinal-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;veloppement doctrinal&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Ne nous cachons pas : la nouvelle encyclique du pape Francois, sortie le 4 octobre, pose de s&#233;rieux probl&#232;mes &#224; tout catholique attach&#233; au magist&#232;re. La doctrine nous enseigne que le magist&#232;re poss&#232;de un autorit&#233; qui s'impose au fid&#232;le. Naturellement le degr&#233; de cette autorit&#233; varie : de l'infaillibilit&#233; &#224; la simple soumission du c&#339;ur et de l'esprit. Et bien s&#251;r avec le pr&#233;sent texte on ne parle pas d'infaillibilit&#233; ; c'est ce qu'on appelle le &#8216;magist&#232;re authentique'. Mais la soumission du c&#339;ur et de l'esprit, c'est quand m&#234;me une exigence forte. Recevoir un texte du pape, solennel puisqu'il s'agit d'une encyclique, est donc un &#233;l&#233;ment important. Que faire alors lorsque la lecture du texte, m&#234;me apr&#232;s due r&#233;flexion, vous laisse une impression m&#233;lang&#233;e ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r il y a dans ce texte une inspiration de fond qui est non seulement bienvenue, mais magnifique. Le rappel de l'importance de l'amiti&#233; sociale, de la fraternit&#233; envers tous les hommes, est un message chr&#233;tien fondamental. Dans notre &#233;poque mat&#233;rialiste et incroyante, on tend &#224; occulter de tous c&#244;t&#233;s que ce qui fait le premier ciment de la soci&#233;t&#233; est l'amiti&#233; entre citoyens, cette&lt;i&gt; philia&lt;/i&gt; d&#233;j&#224; c&#233;l&#233;br&#233;e par Aristote, qu'on peut largement traduire par fraternit&#233;. Le pape le rappelle admirablement, et par l&#224; il se situe pleinement &#224; la fois dans l'exigence &#233;vang&#233;lique, et dans la ligne de la pens&#233;e classique. Comme il a pleinement raison de rappeler que toute pens&#233;e, toute action, doit &#234;tre &#224; la fois enracin&#233;e dans le local et la communaut&#233;, et ouverte vers l'universel. Ou que le relativisme et l'individualisme sont des plaies de la soci&#233;t&#233; moderne, encore aggrav&#233;s par les d&#233;veloppements r&#233;cents comme l'usage fait des r&#233;seaux sociaux. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des interrogations un peu trop nombreuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Alors, o&#249; est le probl&#232;me ? Il vient du fait que le pape ne peut pas s'emp&#234;cher de m&#234;ler ce rappel essentiel avec ses conceptions politiques particuli&#232;res. Ce qui le conduit de fait, et sur ces interpr&#233;tations, &#224; aller bien au-del&#224; de ses pr&#233;d&#233;cesseurs. Sans &#234;tre exhaustifs ni entrer dans les d&#233;tails, prenons quelques exemples caract&#233;ristiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;1.	Les migrations. Le pape argue de l'exemple du bon samaritain pour affirmer un droit absolu, sans limite, toujours et partout, de tout migrant pour aller s'installer l&#224; o&#249; il veut. Pas simplement le r&#233;fugi&#233; qui craint pour sa vie et fuit dans le pays le plus proche : non, tous ceux qui veulent am&#233;liorer leur niveau de vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais aucun r&#244;le dans la d&#233;cision n'est donn&#233; &#224; la nation et &#224; la communaut&#233; nationale. Ce niveau fondamental de la vie politique est totalement pass&#233; sous silence. L'id&#233;e qu'il puisse y avoir mati&#232;re &#224; le prot&#233;ger par rapport &#224; une arriv&#233;e massive de nouveaux venus non d&#233;sir&#233;s qui peuvent la d&#233;s&#233;quilibrer radicalement n'est pas m&#234;me &#233;voqu&#233;e. En fait c'est l'id&#233;e m&#234;me de communaut&#233; organis&#233;e qui est absente. La diversit&#233; des cultures est vivement d&#233;fendue, mais rien n'indique comment l'assurer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;2.	La guerre juste. Le pape explique que la doctrine historique de la guerre juste n'a plus de valeur aujourd'hui. Elle &#233;tait pourtant, comme il le reconna&#238;t, encore dans le r&#233;cent cat&#233;chisme de l'Eglise catholique, publi&#233; dans un monde qui &#233;tait pour l'essentiel le m&#234;me que le n&#244;tre. La dissuasion nucl&#233;aire est combattue dans son principe, puisque la d&#233;tention m&#234;me des armes nucl&#233;aires est rejet&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, en 1990 il fallait donc laisser le Kowe&#239;t &#224; Saddam qui l'avait envahi. Tout ceci s'inscrit dans un vision ir&#233;nique de la vie internationale enti&#232;rement d&#233;connect&#233;e des r&#233;alit&#233;s : confiance totale dans l'ONU dont le renforcement est ardemment d&#233;sir&#233;, espoir de d&#233;nucl&#233;arisation int&#233;grale etc. (avec la Chine, la Russie et les Etats Unis, sans parler du Pakistan, d'Isra&#235;l et d'autres : on r&#234;ve ?). Voir sur le nucl&#233;aire mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nucleaire-et-le-magistere.html, et sur la propension &#224; l'ir&#233;nisme chr&#233;tien http://www.pierredelauzun.com/Le-chretien-et-la-paix-dans-un.html.&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-nu...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;3.	La peine de mort. Le pape laisse entendre que la doctrine admettant sa possibilit&#233; n'a jamais &#233;t&#233; valable, car la dignit&#233; humaine l'exclurait. Il &#233;limine m&#234;me la prison &#224; vie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Non seulement il &#233;vacue la doctrine traditionnelle, mais il n'examine m&#234;me pas ses arguments. Voir ici mon &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Continuite-doctrinale-du-magistere-catholique-le-cas-de-la-peine-de-mort.html.&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Conti...&lt;/a&gt; &lt;br class='autobr' /&gt;
Comme sur le point pr&#233;c&#233;dent, soit on admet que la doctrine change, mais alors elle perd son autorit&#233;. Soit on l'interpr&#232;te dans la continuit&#233;, comme le recommandait Beno&#238;t XVI &#224; propos du Concile. Mais alors peine de mort et guerre juste restent possibles, quoique exclus pour notre &#233;poque.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;4.	Les doctrines et d&#233;rapages politiques d&#233;nonc&#233;s sont le populisme nationaliste et le n&#233;o-lib&#233;ralisme (non sans bons motifs d'ailleurs). Or il se trouve que dans les conceptions de l'&#233;poque toutes deux sont class&#233;es &#224; droite. Mais on ne trouve rien sur les d&#233;rives possibles de l'autre c&#244;t&#233;. Or la pens&#233;e dominante, celle qui inspire les m&#233;dias et l'ONU, est celle de gauche. Celle qui est la responsable de la majorit&#233; des morts atroces d'origine politique au XXe si&#232;cle (cent millions au moins). Celle qui r&#233;pand partout la culture de mort.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rien donc dans le texte qui permette de remettre en cause le totalitarisme chinois actuel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;5.	Comme c'est la coutume du pape, toute ce qui est &#233;conomique est toujours mauvais (sauf cinq lignes sur le r&#244;le noble de l'entrepreneur).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi ce que le pape rel&#232;ve sur ce sujet correspond &#224; des r&#233;alit&#233;s. Mais l'&#233;conomie, les entreprises, les march&#233;s, ce n'est vraiment que cela ? Ne peut-on pas voir la r&#233;alit&#233; dans sa complexit&#233; ? Et notamment avec leur dimension b&#233;n&#233;fique ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;6.	Le point le plus troublant n'est peut-&#234;tre pas l&#224; ; il est dans la place de la religion. L'essentiel du texte, portant sur la fraternit&#233;, est totalement compr&#233;hensible sans religion (m&#234;me s'il utilise abondamment les textes chr&#233;tiens). Mais tout &#224; coup &#224; la fin on apprend d'une part que cette fraternit&#233; est impossible sans paternit&#233;, donc sans croyance en Dieu. Et d'autre part que la croyance en Dieu suffit, dans le cadre de n'importe quelle religion. D'o&#249; le r&#244;le exorbitant donn&#233; au cours du texte au grand imam d'Al Azhar.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; deux s&#233;ries de questions graves. D'un c&#244;t&#233;, quelle fraternit&#233; est possible s'il faut pour cela absolument croire en Dieu ? Une bonne partie de la plan&#232;te n'y croit pas ou mal. Comment faire alors ? Comment &#234;tre fraternel au niveau politique avec quelqu'un qui ne l'est pas et apparemment ne peut pas l'&#234;tre ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'un autre c&#244;t&#233;, il n'y aurait donc pas de diff&#233;rence r&#233;elle entre christianisme et Islam ? Face &#224; la violence ? Mais lisons donc le Coran et les livres d'histoire ! Une de ces religions a &#233;t&#233; violente malgr&#233; ses textes, l'autre du fait de ses textes, et dans sa pratique constante. L'une alimente le terrorisme, l'autre pas. Sur le monoth&#233;isme et la violence voir &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-monotheisme-genere-t-il-immanquablement-l-intolerance-et-la-violence.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-mo...&lt;/a&gt; Et plus profond&#233;ment, si l'une est vraie, l'autre est fausse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que faire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On est donc devant un dilemme. D'un c&#244;t&#233; le pape est notre pasteur, et nous devons l'&#233;couter ; nous devons donc nous impr&#233;gner de son message, pour ce qui concerne la foi et les m&#339;urs, donc en l'esp&#232;ce la morale et la spiritualit&#233;, qui doivent nous inspirer et nous mobiliser. D'un autre c&#244;t&#233;, nous devons faire la part du feu. Ce pape admirable par certains c&#244;t&#233;s est aussi un politique engag&#233;, assez clairement orient&#233; &#224; gauche, d'un id&#233;alisme confinant &#224; l'ir&#233;nisme, oubliant des pans entiers de la r&#233;alit&#233; commune, comme la communaut&#233; nationale, ce qu'est vraiment l'islam, ou tout simplement l'enracinement du p&#233;ch&#233; et de la violence dans la nature humaine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il nous faut donc une fois de plus savoir discerner, comme d'ailleurs la tradition j&#233;suite nous y pousse. Il faut notamment sans doute distinguer trois niveaux dans l'action et la prise de parole de nos pasteurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, justement le pasteur, qui nous exhorte au bien et &#224; la conversion au Dieu vivant qui nous a sauv&#233;s. Ce que le pape Fran&#231;ois fait avec &#233;nergie, conviction et talent, si nous savons l'&#233;couter. M&#234;me s'il m&#234;le cet appel d'autres consid&#233;rations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, le magist&#232;re, l'enseignement de la doctrine et donc son d&#233;veloppement, qui ne peuvent se faire dans la contradiction sauf &#224; se ruiner, comme je le rappelle dans mon livre sur la R&#233;v&#233;lation &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/La-Revelation-chretienne-ou-l-eternite-dans-le-temps.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/La-Re...&lt;/a&gt; et ensuite sur la crise actuelle &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Crise-de-l-Eglise-crise-du-magistere.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Crise...&lt;/a&gt; (du magist&#232;re).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, en faisant la part des choses. Tout pasteur, ce pape comme ses pr&#233;d&#233;cesseurs, a aussi ses vues personnelles, m&#234;me si le pape Fran&#231;ois va bien plus loin que ses pr&#233;d&#233;cesseurs dans le m&#233;lange des genres. Mais l'autorit&#233; du magist&#232;re ne les couvre pas. J'examine cette question en d&#233;tails dans &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Limites-du-magistere-catholique-l-exemple-de-l-economie.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Limit...&lt;/a&gt;, &#224; propos de l'&#233;conomie. Il y a bien une limite au magist&#232;re : cela ne vise que la foi et les m&#339;urs (la morale) bien s&#251;r (comme les textes fondateurs le rappellent), mais y &#233;chappent aussi la r&#233;alit&#233; des faits (scientifiques ou autres), ainsi que les choix prudentiels, qui eux incombent aux fid&#232;les, et notamment aux politiques (et donc en un sens &#224; nous tous). L&#224; le magist&#232;re n'a plus son r&#244;le. Nous devons l'&#233;couter certes, mais il n'y a plus de rapport d'autorit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ecouter avec ce discernement, lucide mais parfois douloureux, est au fond l'hommage &#224; rendre &#224; nos pasteurs.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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