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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise et apr&#232;s-crise : un regard chr&#233;tien sur l'&#233;conomie</title>
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		<dc:date>2020-05-27T14:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Crise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Note de l'Acad&#233;mie catholique de France sur les effets &#233;conomiques et sociaux de la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;daction collective sous ma responsabilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-202-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;ACAD&#201;MIE CATHOLIQUE DE FRANCE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTE SUR LES EFFETS &#201;CONOMIQUES ET SOCIAUX DE LA PAND&#201;MIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente Note est la premi&#232;re d'une s&#233;rie que l'Acad&#233;mie catholique de France a initi&#233;e concernant les principaux domaines de r&#233;alit&#233;s et de savoirs affect&#233;s par la Pand&#233;mie : socio-&#233;conomique, g&#233;opolitique, historico-th&#233;ologique et spirituel et scientifico-m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune d'elles r&#233;sulte d'une r&#233;flexion coll&#233;giale men&#233;e par les membres de notre Corps acad&#233;mique, sp&#233;cialistes des questions ici trait&#233;es. Elles auront &#233;t&#233; successivement diffus&#233;es entre le 25 mai et le 10 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur int&#233;r&#234;t, outre l'&#233;cart m&#233;thodologique qu'elles &#233;tablissent vis-&#224;-vis des flux informatifs aussi divers que contradictoires sur des probl&#232;mes complexes et sensibles, tient &#224; ce que l'analyse des effets &#224; laquelle elles proc&#232;dent, articule de mani&#232;re raisonn&#233;e les registres du descriptif et du prospectif. Nous voulons esp&#233;rer que comme telles, elles fourniront autant d'&#233;l&#233;ments contributifs au devoir d'&#233;clairage sur une trajectoire de bouleversements et d'interpellations fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que leurs signataires re&#231;oivent ici l'expression de notre gratitude pour leur engagement dans l'&#233;criture qualifi&#233;e des chapitres de nos r&#233;flexions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 25 mai 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#232;re doyen Philippe CAPELLE-DUMONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident de l'Acad&#233;mie catholique France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Crise d'abord sanitaire, et douloureuse pour des millions de personnes, la crise que nous subissons est tout autant &#233;conomique, et c'est sur ce plan une crise exceptionnelle, comparable &#224; la seule crise de 1929 - qui a eu des effets d&#233;sastreux. Il importe donc de bien r&#233;agir. Nous faisons face &#224; un triple danger : le danger &#233;motionnel, conduisant &#224; de mauvaises d&#233;cisions politiques, h&#226;tives et mal consid&#233;r&#233;es. Le danger d'actions d&#233;cid&#233;es localement, mais mal articul&#233;es entre elles. Et le danger d'agir au mauvais rythme, soit trop vite soit trop lentement. Pourtant nous devons agir, et &#233;nergiquement, &#233;tant donn&#233; la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e chr&#233;tienne a d&#233;gag&#233; des rep&#232;res pour l'action qui s'av&#232;rent pr&#233;cieux ici. Le premier, dont nous mesurons plus que jamais la centralit&#233;, est le bien commun. Le bien de chacun n'existe pas sans le bien de tous. Quoi de plus pertinent, pour rappeler ce principe, que la solidarit&#233; physique que cr&#233;e l'&#233;pid&#233;mie, coupl&#233;e avec l'&#233;vidente interd&#233;pendance de tous sur cette plan&#232;te, dans ce terrible jeu que nous subissons ? Et comment sortir au mieux de cette &#233;preuve, sinon par le souci de tous tourn&#233; vers le bien de tous donc de chacun ? Un deuxi&#232;me ensemble de principes, imm&#233;diatement parlants dans ce que nous vivons, est le couple solidarit&#233; et subsidiarit&#233;. Solidarit&#233; bien s&#251;r : nous sommes &#224; l'&#233;vidence dans le m&#234;me bateau et nous nous sortirons ensemble de cette &#233;preuve. Subsidiarit&#233; aussi, &#224; savoir le recours maximal &#224; l'initiative et &#224; la cr&#233;ativit&#233; de chacun et des groupes interm&#233;diaires, car les grands appareils centralis&#233;s nous ont &#233;t&#233; terriblement d&#233;ficients. Ce &#224; quoi nous pouvons ajouter le rappel du principe de participation, car l'effort immense fourni par tant d'hommes et de femmes implique reconnaissance de leur contribution essentielle &#224; l'effort commun. Le tout dans le respect de ces autres valeurs &#233;galement mises en exergue par la pens&#233;e chr&#233;tienne : v&#233;rit&#233;, libert&#233;, et justice - toutes trois bien malmen&#233;es dans cette &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ne pas perdre de vue les autres grands probl&#232;mes ant&#233;rieurement existant de notre humanit&#233; : environnement, dette et d&#233;s&#233;quilibres financiers, injustices, et migrations. Car loin d'&#234;tre relativis&#233;s par cette crise, ils sont exacerb&#233;s par elle. L&#224; aussi, en un sens, tout est li&#233;. Encore faut-il faire surtout un diagnostic juste de ce qui s'est pass&#233;, sans projeter sur les &#233;v&#233;nements, qui ont surpris la plupart des participants, des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est ouvert, mais les faits suivants nous paraissent av&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question centrale de l'Etat et de la d&#233;pense publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise externe &#224; la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait premier est que la crise actuelle n'a rien &#224; voir directement ni avec la finance, ni avec la sp&#233;culation, ni avec l'&#233;conomie de march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas 2008. Cela ne d&#233;douane pas ces r&#233;alit&#233;s de leurs d&#233;fauts et limites, mais nous sommes devant le cas d'un crise &#233;conomique majeure qui n'est pas d'origine &#233;conomique ou financi&#232;re. Bien s&#251;r, elle a mis en &#233;vidence les fragilit&#233;s de cette &#233;conomie, notamment sur le plan financier avec l'endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elle a montr&#233; aussi les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine, qui nous ont laiss&#233;s terriblement d&#233;munis. Cela nous permet de prendre conscience (si cela n'a pas &#233;t&#233; le cas auparavant) du fait qu'un ph&#233;nom&#232;ne comme la mondialisation, qui a eu des bienfaits consid&#233;rables, tant pour les consommateurs des pays avanc&#233;s que pour les producteurs des pays en d&#233;veloppement, peut aussi &#234;tre source de terribles vuln&#233;rabilit&#233;s. Une premi&#232;re le&#231;on en d&#233;coule, qui est le besoin de ne pas se fier &#224; des slogans abstraits ou des id&#233;ologies toutes faites. Une seconde le&#231;on est que l'&#233;conomie doit &#234;tre r&#233;encastr&#233;e dans le contexte des communaut&#233;s qui en vivent, ceci incluant la responsabilit&#233; politique des dirigeants pour la protection de leurs peuples, pour le Bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;faillance majeure des politiques publiques, dans leur priorit&#233;s et modes de gestion plus que dans les moyens d&#233;ploy&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me fr&#233;quemment &#233;voqu&#233; a &#233;t&#233; celui des restrictions op&#233;r&#233;es dans de nombreux pays dans les politiques publiques en mati&#232;re de sant&#233;. Ce th&#232;me peut avoir son sens ici ou l&#224;, mais ce n'est pas le plus pertinent en l'esp&#232;ce : les restrictions budg&#233;taires ont pu &#233;videment conduire &#224; une moindre capacit&#233; &#224; soigner, ce qui est en soi tr&#232;s important ; mais la taille des budgets sant&#233; n'est en aucune fa&#231;on corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. Le point central n'est donc en g&#233;n&#233;ral pas d'abord de d&#233;penser plus, mais d'une part de mieux d&#233;penser, et d'autre part de r&#233;agir vite et courageusement. La France par exemple a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s, et a subi un gel dramatique de son &#233;conomie. Pourtant les d&#233;penses fran&#231;aises de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan. Et ce n'est pas un probl&#232;me de taille du secteur priv&#233;. Tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des &#171; cliniques &#187; (centres de premier accueil des patients) d&#233;pendent du secteur priv&#233;. Les d&#233;penses publiques de sant&#233; repr&#233;sentaient 4,8% du PIB en Cor&#233;e en 2018 et 9,3% en France. De m&#234;me, l'Allemagne voisine d&#233;pense autant que nous en proportion, avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, beaucoup plus de lits d'h&#244;pital, plus de tests, et de bien meilleurs r&#233;sultats. Paradoxe enfin des pays comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur s&#233;v&#232;res, qui ont affect&#233; douloureusement leur offre de soin, mais qui se tirent bien mieux de la crise sanitaire que la France. Preuve que la qualit&#233; de la d&#233;cision a plus import&#233; en l'esp&#232;ce que la masse des budgets : cela ne justifie &#233;videmment pas toutes les coupes, mais cela souligne l'importance d&#233;cisive de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la France, parler d'un d&#233;mant&#232;lement du service public est donc quantitativement erron&#233;. Si les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France ont l&#233;g&#232;rement baiss&#233; en 2018 (9,3%) par rapport &#224; 2016 (9,5%), elles sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Surtout, quel que soit le gouvernement, nous souffrons de la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses m&#233;caniquement, qui est la m&#233;thode budg&#233;taire, alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres. On r&#233;duit trop souvent l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s, parce qu'on est trop souvent incapable d'investir sur l'avenir, parce qu'on comprend la pr&#233;caution comme le blocage de ce qui est nouveau, et non comme la prise de pr&#233;caution pour l'avenir. A cela se sont ajout&#233;es des attitudes d'autoritarisme bureaucratique, li&#233;es en partie au manque de subsidiarit&#233;, conduisant par exemple &#224; nier contre toute &#233;vidence l'utilit&#233; des masques et des tests. Outre l'erreur ainsi commise, et l'absence de mobilisation que cela a induit pour leur production, l'impact sur la confiance a &#233;t&#233; d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale que la France a parmi les pays d&#233;velopp&#233;s le record des d&#233;penses publiques dans le PIB, 56% environ. Nous d&#233;pensons donc beaucoup, mais &#224; l'&#233;vidence mal. En cela nous sommes &#224; l'oppos&#233; du principe de subsidiarit&#233;. Au-del&#224; des options politiques des uns ou des autres, il convient donc de s'interroger sur le mode de d&#233;cision collectif. La tradition centralis&#233;e et bureaucratique qui nous caract&#233;rise n'est pas le seul mode de fonctionnement possible pour un service public, encore moins pour la mise en &#339;uvre du bien commun. Ajoutons que sur le plan global le souci d'un contr&#244;le des d&#233;ficits publics et donc de la dette publique est une bonne pr&#233;caution. C'est pr&#233;cis&#233;ment quand on &#233;vite d'&#234;tre endett&#233; par temps calme qu'on a une plus grande capacit&#233; de lever de l'argent au moment d'une crise. Il faut de la rigueur en temps normal, et des mesures d'exception quand la situation l'exige. Les fourmis germaniques partent donc bien mieux que les cigales latines, ou anglo-saxonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de l'Etat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On a salu&#233; dans cette crise le retour de l'Etat, et &#224; raison. C'est une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de rappeler l'importance du r&#244;le des Etats : la DSE leur reconna&#238;t la responsabilit&#233; ultime du bien commun, et en cas de crise cela implique une intervention forte et d&#233;termin&#233;e de leur part. Mais ne perdons pas de vue la motivation profonde : le bien commun. Il ne justifierait en rien une extension massive du r&#244;le de l'Etat, au d&#233;triment du principe &#233;galement fondamental de la subsidiarit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'autonomie et de la libert&#233; responsable de la personne et des formes d'action collective proches d'elle, celles de corps interm&#233;diaires. Car ce dont on aurait eu besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; sur ses missions fondamentales, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique. La question de la d&#233;centralisation, permettant de prendre les d&#233;cisions, m&#234;me publiques, &#224; un niveau plus proche de la r&#233;alit&#233;, est sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un risque serait d&#232;s lors ici qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel et justifi&#233; de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Un autre risque corr&#233;l&#233; serait la tentation des ateliers nationaux, des emplois cr&#233;&#233;s sur fonds publics, pourtant rarement efficaces ; au contraire, la d&#233;centralisation des centres de d&#233;cision d'une &#233;conomie ouverte sur l'initiative priv&#233;e ou associative favorise ses capacit&#233;s d'adaptation. De m&#234;me la tentation des nationalisations : justifi&#233;es &#224; l'occasion par l'urgence ou les sp&#233;cificit&#233;s de l'activit&#233;, elles sont rarement convaincantes sur la dur&#233;e, sauf &#224; nouveau cas sp&#233;cifiques. La vuln&#233;rabilit&#233; de nos &#233;conomies est r&#233;elle, mais n'est pas sp&#233;cifique au secteur priv&#233;. Ce que cela prouve est donc le besoin d'une action publique (politique de pr&#233;vention et de pr&#233;caution) plus que d'un secteur public (m&#234;me s'il peut avoir un r&#244;le &#233;videmment majeur) ; subsidiarit&#233; &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autonomie et interd&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre le&#231;on de la crise, souvent relev&#233;e elle aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale est claire pour l'opinion ; mais la r&#233;alisation demande une r&#233;flexion &#224; la fois &#233;nergique et responsable. D'une part en effet, il n'est pas acceptable que des pays avanc&#233;s de la stature du n&#244;tre se trouvent aussi caricaturalement d&#233;pendants de la production &#224; l'&#233;tranger de produits d&#233;cisifs dans une crise comme celle-ci (a fortiori quand il s'agit de pays totalitaires, qui peuvent se server de cette d&#233;pendance &#224; des fins politiques ou diplomatiques) : sans parler de productions aussi banales que les masques ou les composants des tests, nous nous trouvons d&#233;pourvus de nombreux produits pharmaceutiques que seuls certains autres produisent, notamment la Chine. On incrimine ici le jeu spontan&#233; d'une &#233;conomie ouverte qui favorise les productions partag&#233;es, et les flux tendus ; et sur ce plan on a raison. Mais la faute est au moins autant celle des responsables publics, qui ont adopt&#233; sans regard critique une version idyllique de la r&#233;alit&#233; des rapports internationaux. Or ils sont responsables de leur peuple, du bien commun de leur peuple. Les op&#233;rateurs &#233;conomiques comme ceux des march&#233;s n'ont pas moralement le droit de se d&#233;sint&#233;resser de ce bien commun ; mais la responsabilit&#233; ultime c'est le pouvoir politique qui l'a ; et il a d&#233;failli, depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps aussi, il convient d'&#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; et rapatrier des lignes de production essentielles, ou se munir de la capacit&#233; &#224; les recr&#233;er tr&#232;s vite, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance. Une certaine richesse de la nation est n&#233;cessaire pour qu'elle puisse d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques et sa souverainet&#233;, dans un monde de confrontations ; mais ce n'est pas par un repli protectionniste qu'on a de chance d'atteindre le niveau de richesse requis. L&#224; aussi, nous sommes tous li&#233;s : nous avons besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, et nous ne pouvons produire tous les composants, chimiques, m&#233;caniques ou &#233;lectroniques, ni d'ailleurs tout inventer tout le temps. Nous avons donc besoin d'une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir s&#233;curiser autant que possible toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise, et disposer d'une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort ; mais sans cultiver le phantasme de l'autarcie ou de l'invuln&#233;rabilit&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re, une action r&#233;solue pour s'assurer d'une r&#233;duction majeure de nos &#233;l&#233;ments de vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas r&#233;duire notre effort de coop&#233;ration externe, europ&#233;enne ou internationale, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dette et monnaie : les dilemmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. C'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice et m&#234;me avec elles, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;, et cela se traduira dans la sph&#232;re financi&#232;re. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on massive, sans pr&#233;c&#233;dent depuis 1929. De ce fait, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et pour permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera les entreprises concern&#233;es, m&#234;me si la souffrance restera consid&#233;rable, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. Il ne nous incombe pas ici de porter un jugement sur ces mesures, ou sur l'ampleur exacte du risque de crise, mais de souligner le risque majeur que nos soci&#233;t&#233;s prennent avec leur niveau d'endettement. Car ce faisant l'Etat s'endettera encore plus, et massivement. On peut discuter les modalit&#233;s, l'urgence est l&#224;. Mais il est utile en effet de r&#233;fl&#233;chir parall&#232;lement aux questions de fond, sur la dur&#233;e. Que faire de cette dette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la question est celle m&#234;me des d&#233;ficits publics, presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Acceptables s'ils finan&#231;aient des investissements g&#233;n&#233;rant une capacit&#233; de remboursement, ils ne sont pas &#233;thiques s'ils financent des d&#233;penses courantes (sauf &#233;ventuellement &#224; titre temporaire et r&#233;versible). De telles d&#233;penses doivent &#234;tre soit r&#233;duites soit financ&#233;es par l'imp&#244;t. Qu'elles soient renvoy&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations suivantes est un grave signe de d&#233;g&#233;n&#233;rescence du processus politique, par manque de solidarit&#233; des uns et d'irresponsabilit&#233; des autres - ici aussi, la pens&#233;e chr&#233;tienne nous rappelle l'importance de la prise en compte des g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Le syst&#232;me financier a contribu&#233; paradoxalement &#224; cette d&#233;rive, en fournissant &#224; l'Etat, depuis les r&#233;formes de 1983, un financement r&#233;gulier, massif et peu co&#251;teux, mais qui devient tr&#232;s dangereux en cas de crise, comme l'exemple de la Gr&#232;ce nous l'a rappel&#233;. Nous retrouvons ici la question que posait la d&#233;pense de sant&#233;, qui est dans une large mesure la question de la bonne d&#233;pense. En d&#233;finitive, en r&#233;gime de croisi&#232;re, le bien commun demande que l'Etat g&#232;re de fa&#231;on responsable les ressources qu'il se procure par l'imp&#244;t et les emploie au mieux, d'une mani&#232;re que les citoyens comprennent et approuvent, sans s'endetter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ensuite erron&#233; de croire qu'on puisse financer durablement des d&#233;ficits publics par appel &#224; la cr&#233;ation mon&#233;taire. Cela peut s'imposer dans l'urgence, mais l'exemple des deux guerres mondiales montre que le risque est que cela devienne violemment inflationniste ; or tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Le financement des d&#233;ficits publics par la banque centrale, ou la distribution de monnaie dans le public, n'est pas une solution en r&#233;gime permanent : soit cela se substitue &#224; l'action des &#233;tablissements financiers, qui quoi qu'on pr&#233;tende ont largement financ&#233; l'&#233;conomie - voire trop si on en juge par l'endettement g&#233;n&#233;ral ; et on d&#233;bouche non seulement sur une &#233;conomie largement &#233;tatis&#233;e, mais sur une cr&#233;ation de monnaie dont la contrepartie r&#233;elle est al&#233;atoire. Soit il s'y ajoute, et la cr&#233;ation de monnaie sera manifestement excessive. Les ma&#238;tres chr&#233;tiens, notamment &#224; l'&#233;poque scolastique, vitup&#233;raient &#233;nergiquement les princes qui adult&#233;raient les monnaies, car ils reconnaissaient dans la stabilit&#233; et la fiabilit&#233; de la monnaie une composante essentielle du bien commun, en tant que pilier de la confiance mutuelle. La monnaie n'est pas un outil dont on joue, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause. On peut certes d&#233;battre des avantages et inconv&#233;nients possibles d'une inflation faible et contr&#244;l&#233;e, encore que le principe en soit inqui&#233;tant, mais les m&#233;faits d'une inflation forte sont indubitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant qu'en l'occurrence nous ne sommes pas en r&#233;gime de croisi&#232;re. A nouveau, l'ampleur des d&#233;penses publiques d&#233;ploy&#233;es, et leur financement par l'emprunt, ne sont pas en soi critiquables. La question qui se posera sera celle de leur poids ult&#233;rieur, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; une dette accumul&#233;e consid&#233;rable. Le stock de dette ainsi accumul&#233; pose un probl&#232;me consid&#233;rable. Or contrairement &#224; ce que certains pensent, cette dette est r&#233;elle, juridiquement exigible. Ces cr&#233;ances sur l'Etat ne sont pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme on le croit ici ou l&#224;, mais par des institutions d'&#233;pargne, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait un d&#233;sastre financier et ruinerait beaucoup de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la tentation de mon&#233;tiser les cr&#233;ances existantes, notamment celles d&#233;j&#224; d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, sans doute une peu plus ensuite. Leur annulation ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; achet&#233;es. Mais on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant, pour une fraction limit&#233;e de la dette : le niveau de dette resterait historiquement &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire celle-ci, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste. Il faudrait ensuite non pas annuler les dettes, ce qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, mais les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. Cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques ; car le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. En outre, politiquement, il est tr&#232;s improbable que les pays de l'Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te, y consentiraient, d'autant que leur endettement est bien plus faible. Et le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Cela ne se ferait donc qu'en derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, avec des risques collectifs tr&#232;s importants, car &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ensuite, en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique. Mais celle-ci suppose comme pr&#233;alable un large accord dans la population. Ce qui nous rappelle qu'au-del&#224; des questions d'argent, la crise aura frapp&#233; la soci&#233;t&#233; bien au-del&#224; des seuls d&#233;ficits publics.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Restaurer ou reb&#226;tir le tissu &#233;conomique et social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tissu social et &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre effet imm&#233;diat de la crise sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises. Nous n'avons pas su r&#233;duire le ch&#244;mage en France autant que dans d'autres pays, mais la remont&#233;e qui s'annonce va consid&#233;rablement aggraver la situation. Outre la solidarit&#233; avec tous ceux qui se voient tomber au bord de la route, il faudra ici encore un effort puissant, avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent. Cela rel&#232;ve non seulement de notre int&#233;r&#234;t bien compris, mais d'un principe de solidarit&#233;. Cela se combine avec d'autres consid&#233;rations, certaines issues de la crise comme la question des activit&#233;s strat&#233;giques d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es ; d'autres qui lui sont ant&#233;rieures, comme celle de l'&#233;cologie sous ses diff&#233;rents aspects, ou le besoin de r&#233;guler et orienter la finance au service de l'&#233;conomie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un autre effet, moins relev&#233;, de cette crise qui portera sur le tissu de la soci&#233;t&#233;. C'est l'action destructrice que, malgr&#233; les mesures correctives qui ont &#233;t&#233; prises, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous : une des causes du mouvement des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet - hors l'alimentaire et quelques autres. Le grand gagnant, c'est la distribution &#224; distance, les commandes par Internet. Elles ont leur place bien s&#251;r. Mais en un certain sens aussi, elles sont le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici aussi une occasion d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Lutter contre cela suppose certes un effort de solidarit&#233;, mais aussi une r&#233;duction de l'emprise &#233;tatique et bureaucratique, qui est souvent &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a en outre mis en &#233;vidence de grandes vuln&#233;rabilit&#233;s &#233;conomiques, une d&#233;pendance risqu&#233;e &#224; l'&#233;gard de la cha&#238;ne de production, avec apparition de nouveaux probl&#232;mes &#224; chaque instant. Outre la r&#233;vision en profondeur des crit&#232;res de s&#233;curit&#233; &#233;conomique, cela implique sans doute un plus grand souci de la solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, rejoignant les pr&#233;occupations pr&#233;c&#233;dentes et celles &#233;cologiques pour produire et consommer localement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et sans doute surtout, la crise nous a rappel&#233; l'importance litt&#233;ralement vitale de certains m&#233;tiers jug&#233;s parfois de haut ou en tout cas insuffisamment bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela inclut &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Un cas embl&#233;matique est celui des infirmi&#232;res, nettement moins bien pay&#233;es qu'en Allemagne, alors que les d&#233;penses de sant&#233; sont comparables et les r&#233;sultats meilleurs chez eux. Dans un autre ordre d'id&#233;e, la crise a rappel&#233;, il en &#233;tait besoin, l'importance du r&#244;le de la famille en g&#233;n&#233;ral, des parents aupr&#232;s de leurs enfants en particulier ; quant &#224; la conciliation vie familiale-vie professionnelle, elle a montr&#233; toutes ses limites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;riph&#233;ries&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces acteurs indispensables de la vie commune, il convient de ne pas n&#233;gliger la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large de ce terme, ch&#232;res au pape Fran&#231;ois. Cela vise naturellement les pauvres et les exclus, d'autant que le confinement les touche particuli&#232;rement. Mais cela vise aussi les pays plus pauvres, bien moins &#224; m&#234;me de lutter contre le fl&#233;au et gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un autre groupe qui se range de plus en plus dans cette cat&#233;gorie de p&#233;riph&#233;rie, c'est celui des personnes &#226;g&#233;es. Ce n'est pas toujours ou principalement, &#224; nouveau, en termes de moyens mat&#233;riels affect&#233;s ou disponibles que la question se pose, mais certainement en termes de souci humain. On avait assist&#233; &#224; la mont&#233;e en puissance de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie ; on a constat&#233; pendant la crise le nombre extraordinairement &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, donc de personnes qui n'ont pas eu acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital ; sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir de fa&#231;on plus intense qu'auparavant, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes &#224; y affecter. Dans ce contexte on se saurait trop insister sur le r&#244;le d&#233;cisif de la famille et des solidarit&#233;s familiales, qu'on a pu encore mesurer dans cette crise car ce fut pour la plupart d'entre nous le lieu dans lequel l'&#233;preuve a pu &#234;tre v&#233;cue et partag&#233;e. Le d&#233;bat public actuel ne met pas en &#233;vidence une prise de conscience accrue de ce facteur majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains : rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait plus du tiers du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a not&#233;, la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieurement pr&#233;sentes, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Elle a m&#234;me accentu&#233; certaines pr&#233;occupations, ainsi le d&#233;sir de produire et consommer localement, tant en termes de solidarit&#233;, de s&#233;curit&#233;, que de moindre impact environnemental. Comme on l'a not&#233; aussi, elle a mis en &#233;vidence le double besoin de solidarit&#233; et de subsidiarit&#233;, donc de plus grande initiative, de moindre pression bureaucratique, mais dans le sens d'une action plus orient&#233;e vers le souci de la chose commune, du bien commun, y compris au sein de l'entreprise. Elle a aussi mis en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rations moins obnubil&#233;es par la seule dimension mat&#233;rielle et a fortiori par l'argent. Bien des signes indiquent que la croissance, mesur&#233;e m&#233;caniquement, va se trouver au moins partiellement remise en cause, ne serait-ce que par le passage du r&#233;el au virtuel, l'extension du t&#233;l&#233;travail et des r&#233;unions familiales (de familles dispers&#233;es) sur &#233;crans ; car on roulera moins, on volera moins, on usera moins de mat&#233;riel, on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Plus qu'une d&#233;croissance &#224; technologie constante, les mutations en cours ne seront pas n&#233;cessairement un recul, mais une avanc&#233;e vers un monde nouveau, plus &#233;cologique, sans pour autant reprendre les th&#232;mes le plus simplificateurs de l'&#233;cologie politique. De telles r&#233;flexions retrouvent les orientations de base de la Doctrine sociale, concern&#233;es par l'&#234;tre plus que par l'avoir, dans la ligne dessin&#233;e par Laudato Si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces soucis majeurs ne seront f&#233;conds que s'ils tiennent compte de trois faits essentiels. L'un, d&#233;j&#224; relev&#233; &#224; plusieurs reprises, que le besoin premier n'est pas d'une augmentation brute de la d&#233;pense collective, mais d'une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective, qui ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Un deuxi&#232;me, li&#233; au pr&#233;c&#233;dent, est que le changement ne sera r&#233;el et f&#233;cond que s'il s'accompagne d'une transformation int&#233;rieure. Le pape Fran&#231;ois parle ici d'une conversion &#233;cologique, ce qui dans son discours va bien plus loin que ce qu'on entend par l&#224; habituellement, mais inclut l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;. Un troisi&#232;me enfin, qui est qu'on ne saurait s'illusionner sur la possibilit&#233; de sortir de la crise exclusivement par une recentrage local de la production, ou ce qu'on appelle l'&#233;conomie verte, aussi d&#233;sirables soient-elles par ailleurs : ce qui fait vivre nos compatriotes dans la r&#233;alit&#233; est une &#233;conomie complexe, &#233;volu&#233;e, diversifi&#233;e, n&#233;cessairement ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, si l'effort de renouvellement de la pens&#233;e et de l'action doit &#234;tre consid&#233;rable, il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui sortirait de la crise, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les erreurs conceptuelles. La modification du regard qui nous est demand&#233;e suppose un effort patient et lucide, attach&#233; aux r&#233;alit&#233;s autant qu'aux id&#233;aux, et plus exigeante avec soi-m&#234;me qu'avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consisterait &#224; continuer comme avant, sur une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, mais dans un contexte aggrav&#233;, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre serait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur ce dernier plan sur une forme de sursaut associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faut en quelque sorte d&#233;finir un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires sur le long terme (et donc en &#233;cologie aussi), mais sans planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste na&#239;ve, mais sans fermeture ni repli ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. La pense chr&#233;tienne en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, exprim&#233;e dans la Doctrine sociale de l'Eglise, peut contribuer puissamment &#224; orienter cet effort dans un sens plus proche des r&#233;alit&#233;s humaines profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. Notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose de notre part un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; ce qui en outre est plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note r&#233;dig&#233;e sous ma direction, avec &lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques BICHOT&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert LEBLANC&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Didier LECAILLON&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Yves NAUDET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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