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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Apr&#232;s la crise : l'&#233;conomie et le bien commun</title>
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		<dc:date>2020-08-01T15:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Economie et bien commun</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, dans un contexte aggrav&#233;. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat. Un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire...&lt;/p&gt;

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/ 
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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Economie-et-bien-commun-+.html" rel="tag"&gt;Economie et bien commun&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Apr&#232;s la crise sanitaire, la crise &#233;conomique. Nous vivons la plus grande crise &#233;conomique depuis 1929, sinon depuis le XIXe si&#232;cle. Les torrents d'argent d&#233;vers&#233;s par notre maman (ou mar&#226;tre) l'Etat, et derri&#232;re par la Banque centrale, nous l'occultent encore, bien que d&#233;j&#224; nombre de nos compatriotes le ressentent douloureusement. Crise qui arrive en outre sur un arri&#232;re-fond d&#233;j&#224; passablement malsain, surtout dans le cas fran&#231;ais, en nette perte de vitesse depuis des ann&#233;es et qui tente d'oublier ses probl&#232;mes dans les vapeurs de la dette. Sans parler des d&#233;chirures politiques, de l'immigration anarchique ou de l'opium europ&#233;iste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un peu de rappels factuels d'abord, m&#234;me si les faits sont d&#233;sormais d&#233;cant&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La B&#233;r&#233;zina de l'Etat fran&#231;ais&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'ob&#232;se endormi&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est &#233;videmment les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son syst&#232;me de flux tendus et de d&#233;localisations et la concentration des productions, en Chine ou ailleurs, et la d&#233;sindustrialisation galopante de la France. Nous nous sommes d&#233;couverts d&#233;munis &#224; un point que peu de gens imaginaient, sans plusieurs substances pharmaceutiques de base et m&#234;me sans masques. Evidemment la mondialisation, quand cela fait baisser les prix dans les supermarch&#233;s, c'est bien commode. Sauf quand on d&#233;couvre qu'on est ramen&#233; sur certains points au niveau de pays en d&#233;veloppement. Et on red&#233;couvre alors que l'&#233;conomie ne se r&#233;duit pas &#224; quelques calculs d'optimalisation dans le secret de multinationales, mais que c'est l'art de produire et de livrer au mieux ce dont une communaut&#233; humaine a besoin. Or la seule communaut&#233; r&#233;ellement solidaire, dont la vie commune est essentielle au statut de ses membres, c'est la nation. Pas l'Europe, la nation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que notre comp&#232;re l'Etat a imm&#233;diatement saut&#233; sur sc&#232;ne pour orchestrer son r&#244;le de sauveur universel, si puissant dans la mythologie fran&#231;aise. Oubliant son inaction dans la mise en place de nos vuln&#233;rabilit&#233;s, sa n&#233;gligence totale des risques d'une telle mondialisation, son r&#244;le actif dans l'id&#233;ologie libre-&#233;changiste europ&#233;enne, comme dans le carcan rigide des trait&#233;s europ&#233;ens. Oubliant aussi son effarante emprise sur la vie commune, r&#233;gissant ou canalisant 56% du PNB, un record mondial (hors Cor&#233;e du Nord). Oubliant enfin ses m&#233;thodes de Diafoirus dans la gestion des budgets de sant&#233; : des restrictions budg&#233;taires hyst&#233;riques aboutissant &#224; l'&#233;limination des stocks de masques, mais un total de d&#233;penses de sant&#233; parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, avec un d&#233;veloppement canc&#233;reux des emplois administratifs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or ce qui appara&#238;t est que la taille des budgets sant&#233; n'est en rien corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. La France a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s de la plan&#232;te, et elle a subi un effondrement record son &#233;conomie. Mais ses d&#233;penses de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan, qui est encore plus bas. Ajoutons que tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des cliniques sont priv&#233;s. M&#234;me l'Allemagne voisine, qui d&#233;pense autant que nous en proportion, mais avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, a trouv&#233; le moyen d'obtenir un taux de mortalit&#233; bien plus bas, avec moins de r&#233;cession, mais en payant bien mieux ses infirmi&#232;res. Comble de la honte, des pays bien moins avanc&#233;s comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur violentes, notamment sur leur syst&#232;me de sant&#233;, se tirent bien mieux d'affaire que la France.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela prouve un chose : c'est que la qualit&#233; de la d&#233;cision importe bien plus que la masse des budgets. Il ne s'agit donc pas d'abord de d&#233;penser plus, mais de bien d&#233;penser, et plus encore, de d&#233;cider vite et courageusement. Le probl&#232;me de la France n'a pas &#233;t&#233; un suppos&#233; d&#233;mant&#232;lement du service public, puisque les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France (en 2018, 9,3% du PNB) sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Mais on a appliqu&#233; b&#234;tement notre cher rabot budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s. Et on gonfle les structures bureaucratiques et autoritaires. Mais comme cela fait 40 ans que nous ne parvenons pas &#224; &#233;quilibrer nos budgets, notre dette publique qui atteignait d&#233;j&#224; le niveau aberrant de 100% du PNB, va all&#233;grement vers les 120%. Malgr&#233; des taux d'int&#233;r&#234;t maintenus artificiellement par le BCE &#224; des niveaux bas extravagants. En face, l'effort de soutien &#224; l'&#233;conomie de l'Allemagne, peu endett&#233;e, a pu &#234;tre tr&#232;s sup&#233;rieur en proportion au n&#244;tre, sans peser sur ses &#233;quilibres financiers. On peut bien s&#251;r comprendre les d&#233;penses exceptionnelles li&#233;es &#224; la crise, au point o&#249; on en &#233;tait. Mais elle p&#232;seront &#224; l'avenir, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; un stock de dette consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r l'Etat a pu faire le faraud, notamment par ses d&#233;penses massives et sans pr&#233;c&#233;dent, l&#224; o&#249; on expliquait doctement quelques semaines plus t&#244;t qu'il n'y avait pas d'argent magique. Et il a eu raison, au point o&#249; on en &#233;tait. Comme il a eu raison de confiner, puisqu'il avait tr&#232;s mal pr&#233;par&#233; le pays et a d&#251; r&#233;agir au dernier moment &#224; la menace avec les moyens les plus grossiers et les plus brutaux. Mais la faute &#224; qui ? Au lieu d'un Etat ob&#232;se, emp&#226;t&#233; et inefficace, il fallait un Etat l&#233;ger, concentr&#233; sur ses priorit&#233;s fondamentales, beaucoup plus alerte et agile, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Eviter la perp&#233;tuation de l'idol&#226;trie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais le risque est paradoxalement que le mal, loin de se voir corrig&#233;, s'aggrave, &#224; la faveur de l'idol&#226;trie &#233;tatiste qui constitue h&#233;las la tradition nationale d&#233;sormais la mieux ancr&#233;e. Notamment parce que l'id&#233;e se r&#233;pand que la faute est uniquement &#224; l'aust&#233;rit&#233; budg&#233;taire d'un c&#244;t&#233;, &#224; la mondialisation de l'autre. Or si l'une et l'autre sont ind&#233;niablement une part du probl&#232;me, la r&#233;ponse n'est pas dans l'&#233;paississement d'un Etat d&#233;j&#224; d&#233;mesur&#233; et rendu encore plus inefficace par sa d&#233;mesure. Il y a m&#234;me un risque politique majeur d'une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Plus le risque de croire que l'Etat sera mieux plac&#233; que les entreprises ou les collectivit&#233;s pour r&#233;soudre nos probl&#232;mes. Nous avons en r&#233;alit&#233; bien plus besoin d'une action publique (d'une politique de pr&#233;vention et d'orientation) que d'un secteur public m&#234;me s'il peut avoir son r&#244;le. C'est ce que dans la Doctrine sociale de l'Eglise on appelle la subsidiarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et bien entendu il faut prendre conscience du r&#244;le d&#233;cisif de l'esprit public et des disciplines collectives. En l'occurrence, les m&#233;thodes efficaces pour traiter ce genre d'&#233;pid&#233;mie supposent d&#233;pistage syst&#233;matique et port du masque. Le masque, ce n'est pas pour prot&#233;ger celui qui le porte, mais les autres ; les pays d'Asie orientale le savent, o&#249; toute personne ayant un rhume et a fortiori une grippe se doit de porter un masque par souci des autres. Avec la qualit&#233; et la rapidit&#233; des d&#233;cisions, c'est la cause principale de leur succ&#232;s. A nouveau donc, ce qui importe est la qualit&#233; de la vie collective, et notamment le souci g&#233;n&#233;ralis&#233; du bien commun, et non la masse de l'argent gaspill&#233; par l'ogre &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;L'illusion mon&#233;taire&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a rappel&#233;, notre &#233;conomie est exceptionnellement endett&#233;e. Et c'est une contrainte majeure. Sans compter le risque de crise financi&#232;re, car l'histoire montre que c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique. Seule la dette, la cha&#238;ne des cr&#233;ances que chacun d&#233;tient sur l'autre, cr&#233;e en effet cet effet domino qui r&#233;sulte de la d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Nous aurons donc cette crise financi&#232;re un jour ou l'autre ; mais peut-&#234;tre pas imm&#233;diatement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais comme on l'a dit, les d&#233;ficits publics sont presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Normalement, on s'endette pour financer des investissements, lesquels sont suppos&#233;s cr&#233;er une capacit&#233; de remboursement. Mais en l'esp&#232;ce il s'est agi pour l'essentiel du financement de d&#233;penses courantes. De telles d&#233;penses devraient &#234;tre financ&#233;es par l'imp&#244;t &#8211; ou par des &#233;conomies. Mais nous pr&#233;f&#233;rons depuis plus de 40 ans les renvoyer sur les g&#233;n&#233;rations suivantes. Qu'est-ce &#224; dire, sinon que c'est notre syst&#232;me politique d&#233;mocratique qui est gravement d&#233;ficient, car incapable de choisir et d'assumer ses responsabilit&#233;s ? Le m&#234;me d&#233;faut que nous retrouvons d'ailleurs en &#233;cologie, o&#249; la pollution massive et la destruction des espaces vitaux, ou le pillage des ressources, p&#232;seront essentiellement sur les g&#233;n&#233;rations futures. Nous retrouvons ici ce que nous avons vu pour les d&#233;penses de sant&#233;, &#224; savoir la question de la bonne d&#233;pense. Inversement une des causes de la mauvaise d&#233;pense, c'est l'incapacit&#233; de nos d&#233;mocraties &#224; choisir, &#224; r&#233;duire les d&#233;penses excessives ou inutiles (ou &#224; augmenter les ressources ; mais &#231;&#224; en France on sait faire, avec le record mondial de la pression fiscale).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains expliquent ici que le probl&#232;me n'existe plus, parce qu'on a trouv&#233; la solution permettant de financer durablement des d&#233;ficits publics : la cr&#233;ation mon&#233;taire, l'intervention magique de la banque centrale. Comme si on pouvait durablement cr&#233;er des richesses en cr&#233;ant de la monnaie, comme si les richesses n'&#233;taient pas des r&#233;alit&#233;s mat&#233;rielles ou humaines, alors que la monnaie n'est qu'une convention permettant de les mesurer et de les &#233;changer ! Pens&#233;e magique qui est celle du d&#233;mon M&#233;phistoph&#233;l&#232;s dans le second Faust de Goethe, qui pr&#233;cis&#233;ment procure pour un temps une richesse apparente en cr&#233;ant de la monnaie, jusqu'&#224; ce que l'illusion se dissipe. Au-del&#224; du bon sens, l'histoire le confirme : l'exemple des deux guerres mondiales montre que cela devient tr&#232;s vite et violemment inflationniste ; et l&#224; aussi ce que l'on constate est que tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Et si ce n'est pas l'inflation des biens et services, c'est l'inflation des actifs qu'on obtient, comme c'est le cas aujourd'hui : la Bourse et l'immobilier qui atteignent des niveaux aberrants. La monnaie est un bien public, mais vuln&#233;rable ; surtout dans nos soci&#233;t&#233;s o&#249; elle n'a plus de r&#233;f&#233;rence &#224; un bien r&#233;el comme autrefois l'or ou l'argent ; elle doit donc &#234;tre g&#233;r&#233;e de mani&#232;re que sa taille soit coh&#233;rente avec la taille r&#233;elle de l'&#233;conomie, et pas plus. Et sans non plus que l'Etat confisque la cr&#233;ation mon&#233;taire au d&#233;triment du reste de l'&#233;conomie, qui en a besoin. La monnaie n'est pas un outil dont on joue &#224; volont&#233;, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors avec le stock de dette : le r&#233;duire d'autorit&#233; ? Mais contrairement &#224; ce que certains r&#234;vent, cette dette est bien r&#233;elle, et juridiquement tout &#224; fait exigible. Spolier les cr&#233;anciers ne frapperait en outre pas en premier lieu les banques, comme certains le croient ici ou l&#224;, mais les institutions d'&#233;pargne, caisses de retraite, compagnies d'assurance, SICAV, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait m&#234;me un d&#233;sastre financier et cela ruinerait beaucoup de gens. C'est donc exclu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre tentation, plus subtile, est celle de mon&#233;tiser ces cr&#233;ances, notamment celles d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, donc un peu plus depuis. En fait, plus qu'un annulation de ces dettes, qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, il faudrait sans doute les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. On dit que cela ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s, puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; dans les livres de la BCE. Mais en r&#233;alit&#233;, on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant. Et l'effet resterait limit&#233; : on reviendrait en effet simplement &#224; la situation d'il y a un an (un peu moins de 100% du PNB pour la France). Le niveau de dette resterait donc historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire la dette, il faudrait quelque chose de beaucoup plus massif. Mais alors, bien plus encore que pour les 20%, cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. Tout d'abord, le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. On s'en fiche en France, mais pas ailleurs, notamment en Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te. D'autant que leur endettement est bien plus faible que le n&#244;tre, donc leur besoin. Pourquoi ab&#238;mer sa monnaie, pensent-ils ? Parce que la France et d'autres ne savent pas se g&#233;rer ? En outre le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, et m&#234;me de fuite devant la monnaie. Si donc cela devait arriver un jour, ce ne serait qu'en toute derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, et avec des risques collectifs tr&#232;s importants. Or &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune. Mais surtout, m&#234;me si on en venait l&#224;, les faits resteraient : en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait de toute fa&#231;on pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique, qui est in&#233;luctable. Le sevrage devient donc urgent.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Les priorit&#233;s &#233;videntes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Que faire alors pour l'avenir ? Nous ne pouvons &#233;videmment pas entrer ici dans l'expos&#233; d'un grand plan d'action, mais on peut souligner quelques-uns des dilemmes de base auxquels il faut faire face.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La question redoutable de l'autonomie nationale&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'il est un r&#244;le de l'Etat, c'est de veiller &#224; nos vuln&#233;rabilit&#233;s collectives. Notamment face aux exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. On en est dans l'ensemble conscient d&#233;sormais, mais la question est plus difficile qu'on ne l'imagine. Il est &#233;videmment inacceptable qu'un pays avanc&#233; comme le n&#244;tre se trouve aussi d&#233;pendant de produits vitaux qu'il s'est av&#233;r&#233; l'&#234;tre dans cette crise. Notamment quand on d&#233;pend d'un pays aussi particulier que la Chine. Mais r&#233;pudier l'id&#233;ologie du jeu spontan&#233; du march&#233; ne suffit pas, car les r&#233;alit&#233;s sont complexes. Les grandes entreprises, organisatrices de la division du travail, ont elles-m&#234;mes compris aussi leur propre vuln&#233;rabilit&#233;, et vont r&#233;viser leurs plans. Mais cela ne suffit pas non plus, car d'une part elles ne sont pas infaillibles, comme on l'a vu, et &#233;videmment pas d&#233;sint&#233;ress&#233;es. Et surtout, ce sont les pouvoirs publics qui sont responsables ultimes du bien commun de leur peuple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut en outre &#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233;, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance et plus encore de croire qu'on peut se couper purement et simplement de l'&#233;conomie mondiale. Mieux, une vraie autonomie suppose un niveau minimal appr&#233;ciable de production et de richesse, et celle-ci ne peut &#234;tre atteinte, pour un pays comme le n&#244;tre, que par une insertion intelligente dans l'&#233;conomie mondiale, et &#224; un niveau suffisamment &#233;lev&#233;. Nous avons d&#233;j&#224; besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, &#224; commencer par le p&#233;trole ; et surtout nous ne pouvons produire tous les composants et produits, chimiques, m&#233;caniques, &#233;lectroniques ou logiciels, dont nous avons besoin. Nous ne pouvons pas non plus r&#233;inventer tout le temps par nous-m&#234;me tout ce qui se cr&#233;e sur la plan&#232;te. On peut et doit rapatrier certaines lignes de production jug&#233;es essentielles, ou se mettre en capacit&#233; de les recr&#233;er tr&#232;s vite. On peut et doit veiller au contr&#244;le de nos entreprises cl&#233;s, notamment en recr&#233;ant une base d'actionnariat national. Mais pour le reste, on a besoin surtout d'une r&#233;flexion strat&#233;gique en termes de priorit&#233;s d'une part, de vuln&#233;rabilit&#233;s de l'autre. Cela peut conduire cas par cas non pas &#224; rapatrier, mais souvent &#224; diversifier les sources d'approvisionnement, ou &#224; pr&#233;voir des stockages. En outre, agir de fa&#231;on r&#233;solue pour r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas nous emp&#234;cher de coop&#233;rer avec d'autres, bien au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle r&#233;orientation, visant &#224; la fois la comp&#233;titivit&#233; et une moindre vuln&#233;rabilit&#233;, suppose en outre des moyens. Avec deux priorit&#233;s : la recherche scientifique et les entreprises innovantes. Et une r&#233;orientation de grande &#233;chelle de l'&#233;pargne vers les fonds propres des entreprises, car la France manque dramatiquement d'investisseurs en fonds propres ; or les fonds propres, c'est la propri&#233;t&#233; des entreprises, donc leur orientation ultime. Cela peut inclure d'ailleurs la mise en place d'un fonds souverain fran&#231;ais. &lt;br class='autobr' /&gt;
Reconstituer le tissu social et &#233;conomique local&lt;br class='autobr' /&gt;
Mais ce n'est qu'une des faces de l'action &#224; mener, l'autre &#233;tant la solidarit&#233;, accompagn&#233;e de la revitalisation territoriale. Un effet majeur de la crise sera en effet la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement de tr&#232;s nombreuses entreprises, notamment PME, commerce et ind&#233;pendants. D&#233;j&#224; la France avait un niveau de ch&#244;mage plus &#233;lev&#233; que d'autres pays, mais la situation devrait s'aggraver massivement. Rappelons en outre ce qui est d&#233;sormais une &#233;vidence, mais qu'il ne faudra pas oublier avec la crise : l'importance de certains m&#233;tiers vus parfois de haut, ou pas tr&#232;s bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela implique &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Ainsi de nos infirmi&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela implique &#224; nouveau un effort consid&#233;rable de r&#233;forme, y compris avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Mais il ne s'agit pas ici seulement d'&#233;conomie, mais de soci&#233;t&#233;. Une des causes des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Et les gagnants, la distribution &#224; distance, les commandes par Internet, qui ont leur place certes, sont surtout le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Si on y ajoute le t&#233;l&#233;travail, pourtant lui aussi justifi&#233; en soi, le risque sera celui d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Une soci&#233;t&#233; &#233;quilibr&#233;e et solidaire n'est pas une soci&#233;t&#233; concentr&#233;e dans quelques grandes m&#233;tropoles, mais une soci&#233;t&#233; o&#249; le voisinage a un sens, parce qu'on a plaisir &#224; vivre dans une environnement &#224; taille humaine. Pour cela, il faut bien s&#251;r un effort collectif, y compris &#224; travers l'Etat, mais surtout une lib&#233;ration des &#233;nergies, et donc une r&#233;duction de l'emprise technocratique et bureaucratique souvent &#233;touffante. Ce souci se combine avec celui &#233;voqu&#233; pr&#233;c&#233;demment, portant sur les vuln&#233;rabilit&#233;s, pour favoriser un plus grand souci de solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, et donc pour produire et consommer localement. Car l'&#233;conomie est en derni&#232;re analyse au service de la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un exemple particuli&#232;rement &#233;vident est celui de l'Education nationale, monstre unique, seule institution survivante de type sovi&#233;tique. Son &#233;clatement est une priorit&#233;, lib&#233;rant les &#233;nergies des enseignants tout en r&#233;duisant les co&#251;ts inutiles, et rapprochant les &#233;coles des communaut&#233;s r&#233;elles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La solidarit&#233; r&#233;elle&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il faut encore &#233;tendre la r&#233;flexion. Reconna&#238;tre d'abord le r&#244;le central qu'a eu la famille pendant le confinement (ou le manque, pour ceux qui n'en avaient pas). R&#244;le qui est &#233;videmment permanent, mais que notre soci&#233;t&#233; n&#233;glige dans ses petits calculs et ses d&#233;marches individualistes et &#233;go&#239;stes. Ce qui touche bien des probl&#232;mes, du niveau des prestations familiales (pour toutes les familles) &#224; la question &#233;pineuse mais prioritaire de la conciliation entre vie familiale et vie professionnelle, ou &#224; la prise en compte dans les calculs de niveau de retraite des enfants qu'on a &#233;lev&#233;s. Le d&#233;bat public ne montre pas de prise de conscience accrue de ce facteur pourtant majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains ; rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait s'il &#233;tait calcul&#233; et inclus dans la comptabilit&#233; nationale plus du tiers du PIB, et que ce sont les enfants &#233;lev&#233;s par les uns qui payeront les retraites de tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;flexion qu'il faut &#233;tendre aussi &#224; la question des personnes &#226;g&#233;es. C'est en partie pour elles que l'&#233;conomie s'est arr&#234;t&#233;e ; mais en partie seulement : on a constat&#233; par ailleurs le nombre tr&#232;s &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, sans acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital, sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. On rappellera aussi la mont&#233;e en puissance ant&#233;rieure de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes affect&#233;es. Quelle est la perspective d'un soci&#233;t&#233; pour qui la fin de vie offerte aux gens, c'est d'&#234;tre mis au rebut, ou &#233;limin&#233; ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin &#233;tendre la r&#233;flexion &#224; la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large du terme. Cela vise d'abord les pauvres et les exclus. Mais cela concerne aussi les pays plus pauvres, gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Ecologie et consommation : changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin, bien entendu, que la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieures, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Cela se relie en partie avec la question ant&#233;rieurement &#233;voqu&#233;e du souci de produire et consommer localement et de prot&#233;ger les habitats et rythmes de vie naturels, car l'&#233;cologie la plus efficace est l'&#233;cologie de proximit&#233;. Certains avancent avec optimisme qu'on pourra &#233;voluer vers un monde moins obnubil&#233; par la seule dimension mat&#233;rielle, la consommation et l'argent. On peut par exemple imaginer qu'on roulera moins, qu'on volera moins, qu'on usera moins de mat&#233;riel, qu'on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Notons pourtant que cela suppose une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective ; et cela ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Cela suppose m&#234;me par certains aspects une transformation int&#233;rieure, que le pape Fran&#231;ois appelle conversion &#233;cologique, incluant l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose aussi qu'on hi&#233;rarchise les priorit&#233;s : tout le monde comprend que la pollution, les sacs plastique, la disparition des esp&#232;ces, la r&#233;duction des espaces naturels, etc. sont des probl&#232;mes communs majeurs, sensibles d&#232;s notre environnement imm&#233;diat, de proximit&#233;. La pr&#233;occupation &#233;cologique se relie alors naturellement avec le souci de la production locale, partout l&#224; o&#249; elle est possible. La cause est indiscutable, et concerne tous imm&#233;diatement. La question des &#233;missions de CO2 et du r&#233;chauffement est bien moins directe : sans m&#234;me parler des interrogations qu'on peut avoir sur des mod&#233;lisations pas toujours indiscutables, et sur le fait qu'un r&#233;chauffement n'est pas en soi et automatiquement purement n&#233;gatif, la question de l'action &#224; mener se pr&#233;sente en l'esp&#232;ce de fa&#231;on bien plus complexe. Certains aspects vont plus de soi que d'autres : les &#233;conomies d'&#233;nergie, domestiques ou industrielles, sont compr&#233;hensibles pour tous ; mais une r&#233;duction autoritaire et massive de l'activit&#233; &#233;conomique se heurterait frontalement aux besoins de la population, d'autant plus que la lutte contre les &#233;missions de CO2 n'est cr&#233;dible que si toute la plan&#232;te s'y attelle, et on en est tr&#232;s loin. En d'autres termes, s'il est l&#233;gitime de vouloir &#234;tre parmi les pays vertueux, cela ne doit pas devenir suicidaire ; et &#224; bien des points de vue, il est tout aussi important d'investir pour parer aux inconv&#233;nients du r&#233;chauffement, dans l'hypoth&#232;se, plut&#244;t tr&#232;s probable, qu'il va se poursuivre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur tous ces plans enfin, il serait risqu&#233; de supposer le probl&#232;me ais&#233; &#224; r&#233;soudre et la transformation acquise, encore moins r&#233;alisable par d&#233;cret. Il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui nous sortirait de la r&#233;cession, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les illusions. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous retrouvons ici le point d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;, celui de l'importance de la culture collective ; elle ne se d&#233;cr&#232;te pas, mais elle suppose une r&#233;vision en profondeur des valeurs dominantes, et plus particuli&#232;rement du relativisme individualiste et consum&#233;riste qui domine depuis les funestes ann&#233;es 60-70 et n'a fait depuis que s'aggraver. Travail de longue haleine, mais vital.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Si on met ensemble ces s&#233;ries de constatations, ajout&#233;es &#224; l'&#233;quilibre budg&#233;taire, cela suppose bien des d&#233;penses suppl&#233;mentaires. Et donc parall&#232;lement, si on ne veut pas faire chavirer la barque, encore plus d'&#233;conomies, de r&#233;ductions de d&#233;penses et donc, au moins &#224; terme, de r&#233;orientations d'emplois. C'est-&#224;-dire un effort collectif consid&#233;rable. Ce n'est pas pour rien que nos gouvernements successifs pr&#233;f&#232;rent la drogue de la dette : ils n'ont aucune envie d'assumer cet effort. Ajoutons pour dramatiser encore l'image que deux d&#233;fis d&#233;j&#224; pr&#233;sents vont encore s'intensifier, en sus de ceux qu'on a cit&#233;s : la concurrence de pays &#233;mergents progressant sans cesse, forts de leur d&#233;termination collective bien plus intense que la n&#244;tre ; et les effets de l'IA, ce qu'on appelle &#171; intelligence &#187; artificielle, qui n'est pas vraiment de l'intelligence, mais qui est extr&#234;mement puissante ; domin&#233;e par les Etats Unis et la Chine, elle devrait bouleverser la structure de l'emploi dans les 10-20 ans qui viennent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, cette crise peut d&#233;boucher sur deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consiste &#224; continuer comme avant. D&#233;penser, s'endetter, ne pas choisir. C'est comme on l'a vu une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, et en outre dans un contexte aggrav&#233;. Elle implique sur la dur&#233;e des risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Mais c'est la plus naturelle pour nos soci&#233;t&#233;s et nos politiques. L'autre supposerait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur un sursaut, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire. Cela impliquerait des choix &#233;nergiques, plus de d&#233;penses ici, bien moins ailleurs, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faudrait un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant des actions prioritaires sur le long terme mais sans faire tourner la planche &#224; billet ; prot&#233;geant nos secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste, mais sans fermeture ni repli ; &#339;uvrant &#233;nergiquement pour la viabilit&#233; &#233;cologique, mais sans tuer le moteur ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. Et au-del&#224;, un effort collectif de grande envergure pour restaurer une culture commune d&#233;di&#233;e au bien commun, int&#233;rioris&#233;e car porteuse de sens pour chacun. Ce qui suppose une r&#233;volution mentale, et des leaders pour l'incarner.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est qu'il n'est pas d'&#233;conomie autre qu'encastr&#233;e dans la soci&#233;t&#233;, anim&#233;e par des hommes porteurs de valeurs et de culture ; et que notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral, pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; c'est en outre plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Une erreur majeure &#224; r&#233;pudier, c'est donc notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun. Nous sommes ici au pied du mur, sachant que la culture collective ambiante ne nous a gu&#232;re pr&#233;par&#233;s &#224; ce genre de responsabilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans &lt;i&gt;Libert&#233; Politique&lt;/i&gt;, juillet 2020&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>Un Etat strat&#232;ge pour la sortie de crise et le monde d'apr&#232;s</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
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		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie a subi le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la Revue Banque et Strat&#233;gie, juin 2020.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie subit le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre. Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des le&#231;ons douloureuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord les le&#231;ons &#224; tirer de la crise elle-m&#234;me. L'une est &#233;vidente. C'est celle des m&#233;faits possibles de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine ou ailleurs, qui nous laissent terriblement d&#233;munis. D&#233;signer un coupable n'est pas mon propos ici. Les entreprises int&#233;ress&#233;es et les consommateurs y ont beaucoup gagn&#233;. Mais il est clair qu'on a perdu de vue des imp&#233;ratifs multiples et au minimum de s&#233;curit&#233;, au niveau des firmes, et plus encore au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on est l'incroyable impr&#233;paration de la plupart de nos pays. Beaucoup dans l'opinion croient que c'est la faute de l'aust&#233;rit&#233;, des march&#233;s, ou de Bruxelles. Mais ce n'est pas s&#233;rieux de la part d'un pays dont les pouvoirs publics canalisent 56% du PNB. Il n'y a d'ailleurs aucune corr&#233;lation au niveau mondial entre les succ&#232;s ou &#233;checs, et l'importance des d&#233;penses sanitaires, ou la part du public et du priv&#233;. Comment fait la Cor&#233;e qui se tire mieux que nous de la crise alors que ses d&#233;penses sant&#233; sur PNB sont moiti&#233; des n&#244;tres ? Ce qui appara&#238;t donc clair est qu'il y a un tr&#232;s grave probl&#232;me de mauvaise gestion de la d&#233;pense collective. Notamment par abus de la m&#233;thode budg&#233;taire qui g&#232;re la contrainte selon la r&#233;sistance aux &#233;conomies et non selon les priorit&#233;s, incapable d'investir sur l'avenir, et pour qui la pr&#233;caution c'est bloquer ce qui est nouveau, et non pas prendre ses pr&#233;cautions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a transform&#233; une crise qui aurait pu &#234;tre contenue en un d&#233;sastre majeur. Moralit&#233; : si on continue comme cela dans le monde d'apr&#232;s, non seulement nous continuerons &#224; affronter les crises de demain dans de mauvaises conditions, mais nous verrons d'autres, plus avis&#233;s, nous d&#233;passer chaque fois plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dette et monnaie : le pari existentiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre consid&#233;ration qui s'impose d'embl&#233;e &#224; nous, c'est celle de la dette. Comme on sait, nos &#233;conomies se caract&#233;risent par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise de march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Mais pour s'endetter, il faut le vouloir. Ce ne sont pas les march&#233;s financiers qui obligent les Etats &#224; s'endetter, c'est leur incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler leurs d&#233;ficits, donc &#224; choisir politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &#224; partir du moment o&#249; on a &#233;t&#233; accul&#233; au confinement, l'Etat a eu raison d'intervenir massivement ; et &#224; court terme, comme l'imp&#244;t aurait assomm&#233; le malade, la seule voie pour financer cela est la dette. Mais ce faisant on va accro&#238;tre massivement une dette d&#233;j&#224; colossale. Et la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit, permanent depuis 45 ans. Hors crise, ces d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils financent des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. A terme donc, une fois la crise pass&#233;e, il sera urgent de revenir &#224; un exc&#233;dent. Et dans un pays qui a le record de pression fiscale du monde d&#233;velopp&#233;, ce ne peut &#234;tre que par la r&#233;orientation des d&#233;penses. Ce qui n'est jamais facile politiquement, mais indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r nous avons notre &#8216;bonne' f&#233;e, la banque centrale. Le quantitative easing comme tel ne fait pas dispara&#238;tre l'endettement, mais il le facilite et il maintient les taux tr&#232;s bas. Autre miracle : on l'a adopt&#233; parce que la BCE, jugeait l'activit&#233; et l'inflation insuffisantes ; elle aurait voulu faire monter celle-ci jusqu'&#224; 2 %, mais elle n'y est pas parvenu. Ce qui t&#233;moigne de la puissance des forces d&#233;flationnistes dans nos &#233;conomies - du moins avant la crise. On va donc continuer, vu l'urgence. A court terme, on aura raison. D'autant qu'une r&#233;cession est a priori d&#233;flationniste. Mais ensuite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; croire dans la magie, il est impossible que sur la dur&#233;e une cr&#233;ation mon&#233;taire massive ex nihilo n'ait pas d'effet inflationniste. Jusqu'&#224; maintenant, l'effet de ces mesures a &#233;t&#233; une inflation des prix des actifs. S'ajoutant &#224; un endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est propice aux bulles sp&#233;culatives. Mais l'endettement, et les bulles sur le prix des actifs, sont la recette des grandes crises financi&#232;res ; ainsi en 2008. On ne sait pas quand elles se produisent, mais on sait qu'on en aura. Et alors les taux monteront en fl&#232;che, sauf &#224; fuir en avant par mon&#233;tarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite se posera la question de l'inflation des biens et services. Plusieurs facteurs non mon&#233;taires pourront la faciliter, bien plus que dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. C'est d'abord la r&#233;duction probable du commerce international et de la division du travail, qui poussera &#224; la hausse des prix ; ce peut &#234;tre la concentration et cartellisation acc&#233;l&#233;r&#233;e qui r&#233;sulteront de la crise, d&#233;vastatrices pour bien des acteurs petits et moyens ; ou enfin une persistance &#233;ventuelle de la crise de l'offre. Mais le facteur majeur sera la cr&#233;ation mon&#233;taire, si elle continue sur son rythme effr&#233;n&#233; et finit par gonfler les agr&#233;gats mon&#233;taires. Or tant l'exp&#233;rience historique que le bon sens montrent l&#224; aussi que, m&#234;me si on ne sait pas quand, &#224; un certain moment une cr&#233;ation mon&#233;taire massive engendre une inflation rapidement incontr&#244;lable &#8211; sauf grand coup de frein et crise. Et la m&#234;me exp&#233;rience montre que ce n'est pas inoffensif sur le plan social et politique, pour rester dans l'euph&#233;misme. Et donc &#224; un moment donn&#233;, il faudra calmer le jeu et refroidir la marmite infernale. Notamment pour revenir &#224; des budgets &#233;quilibr&#233;s. Et donc contenir et r&#233;orienter &#233;nergiquement la d&#233;pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'on peut agir sur le stock de dette, au moins publique, en le mon&#233;tisant. Comme la r&#233;pudiation de la dette d'un grand pays serait catastrophique, le seul moyen sans cr&#233;er le chaos est la voie mon&#233;taire. Or la BCE, qui d&#233;tenait avant la crise 20% environ de la dette fran&#231;aise, va finir encore plus haut. On peut donc imaginer que des banques centrales innovent, non pas en annulant ces cr&#233;ances qu'elles d&#233;tiennent sur les Etats, mais en les d&#233;tenant sur la longue dur&#233;e voire perp&#233;tuellement, au moins de fait. On ne sait pas si cela serait remettrait en cause la confiance dans la monnaie, car on ne sait pas o&#249; est le point de rupture - mais on n'est pas oblig&#233; de l'annoncer avec fracas. Reste cependant qu'une telle op&#233;ration para&#238;t fort peu praticable au niveau de la BCE, car cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. En outre et surtout, ce faisant, on ne ferait que revenir &#224; la situation r&#233;cente et le niveau de dette resterait historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Pour vraiment revenir &#224; des proportions plus maniables, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste, avec des achats massifs des banques centrales sur le march&#233;. Et l&#224; le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Ne croyons donc pas trop au p&#232;re No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cette aspect, la crise aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables. Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, notamment national. Retour &#233;vident en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. En soi c'est plut&#244;t une bonne chose, au vu des risques &#233;voqu&#233;s, et du besoin d'une strat&#233;gie. Mais cela fait aussi courir un risque majeur, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines dans la d&#233;pense publique, &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies, vont se trouver aggrav&#233;es. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. On a vu qu'il n'y avait pas trop peu de d&#233;penses publiques, mais trop ; et qu'elles sont plut&#244;t mal orient&#233;es. Et donc ce dont on aurait besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; et judicieux dans ses interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en cas de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Il faudrait aussi un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays. Mais chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui se heurte &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique en rencontre une deuxi&#232;me, qui porte sur le tissu social et &#233;conomique. Je vise ici notamment l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Nous avons d&#233;j&#224; eu l'affaire des gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces locaux. Mais hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet et rejoints par les caf&#233;s et restaurants, comme par le culturel et l'&#233;v&#233;nementiel, et tout le tourisme ; et plus largement bien des PME. Plus au-del&#224;, l'agriculture, secou&#233;e par la d&#233;sorganisation de la production et des transports. Les grands gagnants c'est les GAFAM, le virtuel et la distance ; et loin derri&#232;re, la grande distribution. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire. Un Etat aidant, mais surtout plus strat&#232;ge, moins co&#251;teux et moins envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin la probl&#233;matique d&#233;j&#224; fortement montante avant la crise, celle de l'environnement. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut en fait, c'est un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires, sur le long terme (&#233;cologie comprise) mais sans faire marcher la planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant l'id&#233;ologie mondialiste sous sa forme caricaturale, mais sans fermeture ni repli ; contr&#244;lant et r&#233;gulant &#233;nergiquement ses march&#233;s et sa finance, mais sans les tuer ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. On voit les pays de l'Asie libre, Cor&#233;e, Taiwan, Singapour, Hongkong, voire Japon mieux r&#233;agir que nous, avec moins de contraintes. Mais ces pays ont une culture plus impr&#233;gn&#233;e de la chose publique et du bien commun, sans avoir l'idol&#226;trie de l'Etat, parce que c'est dans l'esprit des citoyens. L'erreur &#224; r&#233;pudier, c'est notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. Dans l'une, on continue comme avant, avec tout ce que cela entra&#238;ne de risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Dans l'autre, il y a un sursaut national, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;i&gt;Revue Banque et Strat&#233;gie&lt;/i&gt;, juin 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.revue-banque.fr/risques-reglementations/article/un-etat-stratege-pour-sortie-crise-monde-apres#restricted_content&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.revue-banque.fr/risques-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise et apr&#232;s-crise : un regard chr&#233;tien sur l'&#233;conomie</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Crise-et-apres-crise-un-regard-chretien-sur-l-economie.html</link>
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		<dc:date>2020-05-27T14:12:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Covid</dc:subject>
		<dc:subject>Crise</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Note de l'Acad&#233;mie catholique de France sur les effets &#233;conomiques et sociaux de la pand&#233;mie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;R&#233;daction collective sous ma responsabilit&#233;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;lire...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

/ 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-202-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;ACAD&#201;MIE CATHOLIQUE DE FRANCE&lt;/p&gt;
&lt;hr class=&#034;spip&#034; /&gt;
&lt;p&gt;NOTE SUR LES EFFETS &#201;CONOMIQUES ET SOCIAUX DE LA PAND&#201;MIE&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pr&#233;sente Note est la premi&#232;re d'une s&#233;rie que l'Acad&#233;mie catholique de France a initi&#233;e concernant les principaux domaines de r&#233;alit&#233;s et de savoirs affect&#233;s par la Pand&#233;mie : socio-&#233;conomique, g&#233;opolitique, historico-th&#233;ologique et spirituel et scientifico-m&#233;dical.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Chacune d'elles r&#233;sulte d'une r&#233;flexion coll&#233;giale men&#233;e par les membres de notre Corps acad&#233;mique, sp&#233;cialistes des questions ici trait&#233;es. Elles auront &#233;t&#233; successivement diffus&#233;es entre le 25 mai et le 10 juin 2020.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Leur int&#233;r&#234;t, outre l'&#233;cart m&#233;thodologique qu'elles &#233;tablissent vis-&#224;-vis des flux informatifs aussi divers que contradictoires sur des probl&#232;mes complexes et sensibles, tient &#224; ce que l'analyse des effets &#224; laquelle elles proc&#232;dent, articule de mani&#232;re raisonn&#233;e les registres du descriptif et du prospectif. Nous voulons esp&#233;rer que comme telles, elles fourniront autant d'&#233;l&#233;ments contributifs au devoir d'&#233;clairage sur une trajectoire de bouleversements et d'interpellations fondamentales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que leurs signataires re&#231;oivent ici l'expression de notre gratitude pour leur engagement dans l'&#233;criture qualifi&#233;e des chapitres de nos r&#233;flexions collectives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paris, le 25 mai 2020&lt;br class='autobr' /&gt;
P&#232;re doyen Philippe CAPELLE-DUMONT&lt;br class='autobr' /&gt;
Pr&#233;sident de l'Acad&#233;mie catholique France&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Prologue&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Crise d'abord sanitaire, et douloureuse pour des millions de personnes, la crise que nous subissons est tout autant &#233;conomique, et c'est sur ce plan une crise exceptionnelle, comparable &#224; la seule crise de 1929 - qui a eu des effets d&#233;sastreux. Il importe donc de bien r&#233;agir. Nous faisons face &#224; un triple danger : le danger &#233;motionnel, conduisant &#224; de mauvaises d&#233;cisions politiques, h&#226;tives et mal consid&#233;r&#233;es. Le danger d'actions d&#233;cid&#233;es localement, mais mal articul&#233;es entre elles. Et le danger d'agir au mauvais rythme, soit trop vite soit trop lentement. Pourtant nous devons agir, et &#233;nergiquement, &#233;tant donn&#233; la gravit&#233; de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e chr&#233;tienne a d&#233;gag&#233; des rep&#232;res pour l'action qui s'av&#232;rent pr&#233;cieux ici. Le premier, dont nous mesurons plus que jamais la centralit&#233;, est le bien commun. Le bien de chacun n'existe pas sans le bien de tous. Quoi de plus pertinent, pour rappeler ce principe, que la solidarit&#233; physique que cr&#233;e l'&#233;pid&#233;mie, coupl&#233;e avec l'&#233;vidente interd&#233;pendance de tous sur cette plan&#232;te, dans ce terrible jeu que nous subissons ? Et comment sortir au mieux de cette &#233;preuve, sinon par le souci de tous tourn&#233; vers le bien de tous donc de chacun ? Un deuxi&#232;me ensemble de principes, imm&#233;diatement parlants dans ce que nous vivons, est le couple solidarit&#233; et subsidiarit&#233;. Solidarit&#233; bien s&#251;r : nous sommes &#224; l'&#233;vidence dans le m&#234;me bateau et nous nous sortirons ensemble de cette &#233;preuve. Subsidiarit&#233; aussi, &#224; savoir le recours maximal &#224; l'initiative et &#224; la cr&#233;ativit&#233; de chacun et des groupes interm&#233;diaires, car les grands appareils centralis&#233;s nous ont &#233;t&#233; terriblement d&#233;ficients. Ce &#224; quoi nous pouvons ajouter le rappel du principe de participation, car l'effort immense fourni par tant d'hommes et de femmes implique reconnaissance de leur contribution essentielle &#224; l'effort commun. Le tout dans le respect de ces autres valeurs &#233;galement mises en exergue par la pens&#233;e chr&#233;tienne : v&#233;rit&#233;, libert&#233;, et justice - toutes trois bien malmen&#233;es dans cette &#233;preuve.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Encore faut-il ne pas perdre de vue les autres grands probl&#232;mes ant&#233;rieurement existant de notre humanit&#233; : environnement, dette et d&#233;s&#233;quilibres financiers, injustices, et migrations. Car loin d'&#234;tre relativis&#233;s par cette crise, ils sont exacerb&#233;s par elle. L&#224; aussi, en un sens, tout est li&#233;. Encore faut-il faire surtout un diagnostic juste de ce qui s'est pass&#233;, sans projeter sur les &#233;v&#233;nements, qui ont surpris la plupart des participants, des id&#233;es pr&#233;con&#231;ues quelles qu'elles soient.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le d&#233;bat est ouvert, mais les faits suivants nous paraissent av&#233;r&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question centrale de l'Etat et de la d&#233;pense publique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une crise externe &#224; la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fait premier est que la crise actuelle n'a rien &#224; voir directement ni avec la finance, ni avec la sp&#233;culation, ni avec l'&#233;conomie de march&#233; en g&#233;n&#233;ral. Ce n'est pas 2008. Cela ne d&#233;douane pas ces r&#233;alit&#233;s de leurs d&#233;fauts et limites, mais nous sommes devant le cas d'un crise &#233;conomique majeure qui n'est pas d'origine &#233;conomique ou financi&#232;re. Bien s&#251;r, elle a mis en &#233;vidence les fragilit&#233;s de cette &#233;conomie, notamment sur le plan financier avec l'endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;. Elle a montr&#233; aussi les limites de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine, qui nous ont laiss&#233;s terriblement d&#233;munis. Cela nous permet de prendre conscience (si cela n'a pas &#233;t&#233; le cas auparavant) du fait qu'un ph&#233;nom&#232;ne comme la mondialisation, qui a eu des bienfaits consid&#233;rables, tant pour les consommateurs des pays avanc&#233;s que pour les producteurs des pays en d&#233;veloppement, peut aussi &#234;tre source de terribles vuln&#233;rabilit&#233;s. Une premi&#232;re le&#231;on en d&#233;coule, qui est le besoin de ne pas se fier &#224; des slogans abstraits ou des id&#233;ologies toutes faites. Une seconde le&#231;on est que l'&#233;conomie doit &#234;tre r&#233;encastr&#233;e dans le contexte des communaut&#233;s qui en vivent, ceci incluant la responsabilit&#233; politique des dirigeants pour la protection de leurs peuples, pour le Bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Une d&#233;faillance majeure des politiques publiques, dans leur priorit&#233;s et modes de gestion plus que dans les moyens d&#233;ploy&#233;s&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un th&#232;me fr&#233;quemment &#233;voqu&#233; a &#233;t&#233; celui des restrictions op&#233;r&#233;es dans de nombreux pays dans les politiques publiques en mati&#232;re de sant&#233;. Ce th&#232;me peut avoir son sens ici ou l&#224;, mais ce n'est pas le plus pertinent en l'esp&#232;ce : les restrictions budg&#233;taires ont pu &#233;videment conduire &#224; une moindre capacit&#233; &#224; soigner, ce qui est en soi tr&#232;s important ; mais la taille des budgets sant&#233; n'est en aucune fa&#231;on corr&#233;l&#233;e avec les r&#233;sultats obtenus dans la lutte contre ce fl&#233;au. Le point central n'est donc en g&#233;n&#233;ral pas d'abord de d&#233;penser plus, mais d'une part de mieux d&#233;penser, et d'autre part de r&#233;agir vite et courageusement. La France par exemple a un nombre de morts par habitants parmi les plus &#233;lev&#233;s, et a subi un gel dramatique de son &#233;conomie. Pourtant les d&#233;penses fran&#231;aises de sant&#233; sont bien plus &#233;lev&#233;es que celles de la Cor&#233;e, pour un r&#233;sultat bien plus m&#233;diocre : 11.2% du PIB contre 8%, sans parler de Taiwan. Et ce n'est pas un probl&#232;me de taille du secteur priv&#233;. Tant &#224; Taiwan qu'en Cor&#233;e, autour de 90% des h&#244;pitaux et des &#171; cliniques &#187; (centres de premier accueil des patients) d&#233;pendent du secteur priv&#233;. Les d&#233;penses publiques de sant&#233; repr&#233;sentaient 4,8% du PIB en Cor&#233;e en 2018 et 9,3% en France. De m&#234;me, l'Allemagne voisine d&#233;pense autant que nous en proportion, avec un syst&#232;me nettement plus privatis&#233;, beaucoup plus de lits d'h&#244;pital, plus de tests, et de bien meilleurs r&#233;sultats. Paradoxe enfin des pays comme le Portugal et la Gr&#232;ce, qui ont subi des politiques de rigueur s&#233;v&#232;res, qui ont affect&#233; douloureusement leur offre de soin, mais qui se tirent bien mieux de la crise sanitaire que la France. Preuve que la qualit&#233; de la d&#233;cision a plus import&#233; en l'esp&#232;ce que la masse des budgets : cela ne justifie &#233;videmment pas toutes les coupes, mais cela souligne l'importance d&#233;cisive de la d&#233;cision.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le cas de la France, parler d'un d&#233;mant&#232;lement du service public est donc quantitativement erron&#233;. Si les d&#233;penses publiques de sant&#233; en France ont l&#233;g&#232;rement baiss&#233; en 2018 (9,3%) par rapport &#224; 2016 (9,5%), elles sont toujours plus &#233;lev&#233;es qu'il y a vingt ans (7,6% en 1998). Surtout, quel que soit le gouvernement, nous souffrons de la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses m&#233;caniquement, qui est la m&#233;thode budg&#233;taire, alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres. On r&#233;duit trop souvent l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations, et non selon les vraies priorit&#233;s, parce qu'on est trop souvent incapable d'investir sur l'avenir, parce qu'on comprend la pr&#233;caution comme le blocage de ce qui est nouveau, et non comme la prise de pr&#233;caution pour l'avenir. A cela se sont ajout&#233;es des attitudes d'autoritarisme bureaucratique, li&#233;es en partie au manque de subsidiarit&#233;, conduisant par exemple &#224; nier contre toute &#233;vidence l'utilit&#233; des masques et des tests. Outre l'erreur ainsi commise, et l'absence de mobilisation que cela a induit pour leur production, l'impact sur la confiance a &#233;t&#233; d&#233;vastateur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Rappelons de fa&#231;on plus g&#233;n&#233;rale que la France a parmi les pays d&#233;velopp&#233;s le record des d&#233;penses publiques dans le PIB, 56% environ. Nous d&#233;pensons donc beaucoup, mais &#224; l'&#233;vidence mal. En cela nous sommes &#224; l'oppos&#233; du principe de subsidiarit&#233;. Au-del&#224; des options politiques des uns ou des autres, il convient donc de s'interroger sur le mode de d&#233;cision collectif. La tradition centralis&#233;e et bureaucratique qui nous caract&#233;rise n'est pas le seul mode de fonctionnement possible pour un service public, encore moins pour la mise en &#339;uvre du bien commun. Ajoutons que sur le plan global le souci d'un contr&#244;le des d&#233;ficits publics et donc de la dette publique est une bonne pr&#233;caution. C'est pr&#233;cis&#233;ment quand on &#233;vite d'&#234;tre endett&#233; par temps calme qu'on a une plus grande capacit&#233; de lever de l'argent au moment d'une crise. Il faut de la rigueur en temps normal, et des mesures d'exception quand la situation l'exige. Les fourmis germaniques partent donc bien mieux que les cigales latines, ou anglo-saxonnes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Retour de l'Etat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;	On a salu&#233; dans cette crise le retour de l'Etat, et &#224; raison. C'est une diff&#233;rence majeure par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de rappeler l'importance du r&#244;le des Etats : la DSE leur reconna&#238;t la responsabilit&#233; ultime du bien commun, et en cas de crise cela implique une intervention forte et d&#233;termin&#233;e de leur part. Mais ne perdons pas de vue la motivation profonde : le bien commun. Il ne justifierait en rien une extension massive du r&#244;le de l'Etat, au d&#233;triment du principe &#233;galement fondamental de la subsidiarit&#233;, c'est-&#224;-dire de l'autonomie et de la libert&#233; responsable de la personne et des formes d'action collective proches d'elle, celles de corps interm&#233;diaires. Car ce dont on aurait eu besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; sur ses missions fondamentales, faisant plus confiance aux citoyens et aux corps interm&#233;diaires, et moins bureaucratique. La question de la d&#233;centralisation, permettant de prendre les d&#233;cisions, m&#234;me publiques, &#224; un niveau plus proche de la r&#233;alit&#233;, est sous-jacente.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un risque serait d&#232;s lors ici qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel et justifi&#233; de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies se trouvent aggrav&#233;es. Un autre risque corr&#233;l&#233; serait la tentation des ateliers nationaux, des emplois cr&#233;&#233;s sur fonds publics, pourtant rarement efficaces ; au contraire, la d&#233;centralisation des centres de d&#233;cision d'une &#233;conomie ouverte sur l'initiative priv&#233;e ou associative favorise ses capacit&#233;s d'adaptation. De m&#234;me la tentation des nationalisations : justifi&#233;es &#224; l'occasion par l'urgence ou les sp&#233;cificit&#233;s de l'activit&#233;, elles sont rarement convaincantes sur la dur&#233;e, sauf &#224; nouveau cas sp&#233;cifiques. La vuln&#233;rabilit&#233; de nos &#233;conomies est r&#233;elle, mais n'est pas sp&#233;cifique au secteur priv&#233;. Ce que cela prouve est donc le besoin d'une action publique (politique de pr&#233;vention et de pr&#233;caution) plus que d'un secteur public (m&#234;me s'il peut avoir un r&#244;le &#233;videmment majeur) ; subsidiarit&#233; &#224; nouveau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Autonomie et interd&#233;pendance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre le&#231;on de la crise, souvent relev&#233;e elle aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce. L'id&#233;e g&#233;n&#233;rale est claire pour l'opinion ; mais la r&#233;alisation demande une r&#233;flexion &#224; la fois &#233;nergique et responsable. D'une part en effet, il n'est pas acceptable que des pays avanc&#233;s de la stature du n&#244;tre se trouvent aussi caricaturalement d&#233;pendants de la production &#224; l'&#233;tranger de produits d&#233;cisifs dans une crise comme celle-ci (a fortiori quand il s'agit de pays totalitaires, qui peuvent se server de cette d&#233;pendance &#224; des fins politiques ou diplomatiques) : sans parler de productions aussi banales que les masques ou les composants des tests, nous nous trouvons d&#233;pourvus de nombreux produits pharmaceutiques que seuls certains autres produisent, notamment la Chine. On incrimine ici le jeu spontan&#233; d'une &#233;conomie ouverte qui favorise les productions partag&#233;es, et les flux tendus ; et sur ce plan on a raison. Mais la faute est au moins autant celle des responsables publics, qui ont adopt&#233; sans regard critique une version idyllique de la r&#233;alit&#233; des rapports internationaux. Or ils sont responsables de leur peuple, du bien commun de leur peuple. Les op&#233;rateurs &#233;conomiques comme ceux des march&#233;s n'ont pas moralement le droit de se d&#233;sint&#233;resser de ce bien commun ; mais la responsabilit&#233; ultime c'est le pouvoir politique qui l'a ; et il a d&#233;failli, depuis longtemps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En m&#234;me temps aussi, il convient d'&#234;tre conscient que si on peut et doit r&#233;duire notre vuln&#233;rabilit&#233; et rapatrier des lignes de production essentielles, ou se munir de la capacit&#233; &#224; les recr&#233;er tr&#232;s vite, il est exclu de faire dispara&#238;tre toute d&#233;pendance. Une certaine richesse de la nation est n&#233;cessaire pour qu'elle puisse d&#233;fendre ses int&#233;r&#234;ts strat&#233;giques et sa souverainet&#233;, dans un monde de confrontations ; mais ce n'est pas par un repli protectionniste qu'on a de chance d'atteindre le niveau de richesse requis. L&#224; aussi, nous sommes tous li&#233;s : nous avons besoin de mati&#232;res premi&#232;res que nous n'avons pas, et nous ne pouvons produire tous les composants, chimiques, m&#233;caniques ou &#233;lectroniques, ni d'ailleurs tout inventer tout le temps. Nous avons donc besoin d'une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir s&#233;curiser autant que possible toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise, et disposer d'une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort ; mais sans cultiver le phantasme de l'autarcie ou de l'invuln&#233;rabilit&#233;. De la m&#234;me mani&#232;re, une action r&#233;solue pour s'assurer d'une r&#233;duction majeure de nos &#233;l&#233;ments de vuln&#233;rabilit&#233; ne doit pas r&#233;duire notre effort de coop&#233;ration externe, europ&#233;enne ou internationale, tout au contraire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Dette et monnaie : les dilemmes&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;On l'a dit, pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. C'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice et m&#234;me avec elles, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;, et cela se traduira dans la sph&#232;re financi&#232;re. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on massive, sans pr&#233;c&#233;dent depuis 1929. De ce fait, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et pour permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera les entreprises concern&#233;es, m&#234;me si la souffrance restera consid&#233;rable, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. Il ne nous incombe pas ici de porter un jugement sur ces mesures, ou sur l'ampleur exacte du risque de crise, mais de souligner le risque majeur que nos soci&#233;t&#233;s prennent avec leur niveau d'endettement. Car ce faisant l'Etat s'endettera encore plus, et massivement. On peut discuter les modalit&#233;s, l'urgence est l&#224;. Mais il est utile en effet de r&#233;fl&#233;chir parall&#232;lement aux questions de fond, sur la dur&#233;e. Que faire de cette dette ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233; la question est celle m&#234;me des d&#233;ficits publics, presque permanents en France depuis 45 ans, comme dans bien des pays. Acceptables s'ils finan&#231;aient des investissements g&#233;n&#233;rant une capacit&#233; de remboursement, ils ne sont pas &#233;thiques s'ils financent des d&#233;penses courantes (sauf &#233;ventuellement &#224; titre temporaire et r&#233;versible). De telles d&#233;penses doivent &#234;tre soit r&#233;duites soit financ&#233;es par l'imp&#244;t. Qu'elles soient renvoy&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations suivantes est un grave signe de d&#233;g&#233;n&#233;rescence du processus politique, par manque de solidarit&#233; des uns et d'irresponsabilit&#233; des autres - ici aussi, la pens&#233;e chr&#233;tienne nous rappelle l'importance de la prise en compte des g&#233;n&#233;rations &#224; venir. Le syst&#232;me financier a contribu&#233; paradoxalement &#224; cette d&#233;rive, en fournissant &#224; l'Etat, depuis les r&#233;formes de 1983, un financement r&#233;gulier, massif et peu co&#251;teux, mais qui devient tr&#232;s dangereux en cas de crise, comme l'exemple de la Gr&#232;ce nous l'a rappel&#233;. Nous retrouvons ici la question que posait la d&#233;pense de sant&#233;, qui est dans une large mesure la question de la bonne d&#233;pense. En d&#233;finitive, en r&#233;gime de croisi&#232;re, le bien commun demande que l'Etat g&#232;re de fa&#231;on responsable les ressources qu'il se procure par l'imp&#244;t et les emploie au mieux, d'une mani&#232;re que les citoyens comprennent et approuvent, sans s'endetter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est ensuite erron&#233; de croire qu'on puisse financer durablement des d&#233;ficits publics par appel &#224; la cr&#233;ation mon&#233;taire. Cela peut s'imposer dans l'urgence, mais l'exemple des deux guerres mondiales montre que le risque est que cela devienne violemment inflationniste ; or tout le monde souffre gravement de l'inflation, notamment les plus faibles. Le financement des d&#233;ficits publics par la banque centrale, ou la distribution de monnaie dans le public, n'est pas une solution en r&#233;gime permanent : soit cela se substitue &#224; l'action des &#233;tablissements financiers, qui quoi qu'on pr&#233;tende ont largement financ&#233; l'&#233;conomie - voire trop si on en juge par l'endettement g&#233;n&#233;ral ; et on d&#233;bouche non seulement sur une &#233;conomie largement &#233;tatis&#233;e, mais sur une cr&#233;ation de monnaie dont la contrepartie r&#233;elle est al&#233;atoire. Soit il s'y ajoute, et la cr&#233;ation de monnaie sera manifestement excessive. Les ma&#238;tres chr&#233;tiens, notamment &#224; l'&#233;poque scolastique, vitup&#233;raient &#233;nergiquement les princes qui adult&#233;raient les monnaies, car ils reconnaissaient dans la stabilit&#233; et la fiabilit&#233; de la monnaie une composante essentielle du bien commun, en tant que pilier de la confiance mutuelle. La monnaie n'est pas un outil dont on joue, c'est une r&#233;f&#233;rence commune qui ne doit pas &#234;tre remise en cause. On peut certes d&#233;battre des avantages et inconv&#233;nients possibles d'une inflation faible et contr&#244;l&#233;e, encore que le principe en soit inqui&#233;tant, mais les m&#233;faits d'une inflation forte sont indubitables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il reste cependant qu'en l'occurrence nous ne sommes pas en r&#233;gime de croisi&#232;re. A nouveau, l'ampleur des d&#233;penses publiques d&#233;ploy&#233;es, et leur financement par l'emprunt, ne sont pas en soi critiquables. La question qui se posera sera celle de leur poids ult&#233;rieur, d'autant qu'elles s'ajoutent &#224; une dette accumul&#233;e consid&#233;rable. Le stock de dette ainsi accumul&#233; pose un probl&#232;me consid&#233;rable. Or contrairement &#224; ce que certains pensent, cette dette est r&#233;elle, juridiquement exigible. Ces cr&#233;ances sur l'Etat ne sont pas principalement d&#233;tenues par les banques, comme on le croit ici ou l&#224;, mais par des institutions d'&#233;pargne, outre les &#233;trangers. Les r&#233;pudier serait un d&#233;sastre financier et ruinerait beaucoup de gens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la tentation de mon&#233;tiser les cr&#233;ances existantes, notamment celles d&#233;j&#224; d&#233;tenues par la banque centrale (la BCE). Mais celle-ci ne d&#233;tenait qu'environ 20% de la dette de l'Etat fran&#231;ais avant la crise actuelle, sans doute une peu plus ensuite. Leur annulation ne cr&#233;erait pas d'effet massif sur les march&#233;s puisque ces cr&#233;ances sont d&#233;j&#224; achet&#233;es. Mais on enverrait un signal tr&#232;s inqui&#233;tant, pour une fraction limit&#233;e de la dette : le niveau de dette resterait historiquement &#233;lev&#233;. Si on voulait vraiment r&#233;duire celle-ci, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste. Il faudrait ensuite non pas annuler les dettes, ce qui mettrait la banque centrale en perte et terrifierait l'opinion, mais les transformer en cr&#233;ances perp&#233;tuelles. Cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques ; car le financement des Etats par les banques centrales est exclu par les trait&#233;s europ&#233;ens. En outre, politiquement, il est tr&#232;s improbable que les pays de l'Europe du Nord, Pays Bas et Allemagne en t&#234;te, y consentiraient, d'autant que leur endettement est bien plus faible. Et le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Cela ne se ferait donc qu'en derni&#232;re extr&#233;mit&#233;, avec des risques collectifs tr&#232;s importants, car &#224; nouveau la fiabilit&#233; de la monnaie est un des piliers de la vie commune.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quoi qu'il en soit, ensuite, en r&#233;gime de croisi&#232;re, on n'&#233;chapperait pas &#224; l'assainissement des d&#233;ficits publics, et donc &#224; une r&#233;forme en profondeur de la d&#233;pense publique. Mais celle-ci suppose comme pr&#233;alable un large accord dans la population. Ce qui nous rappelle qu'au-del&#224; des questions d'argent, la crise aura frapp&#233; la soci&#233;t&#233; bien au-del&#224; des seuls d&#233;ficits publics.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Restaurer ou reb&#226;tir le tissu &#233;conomique et social&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le tissu social et &#233;conomique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre effet imm&#233;diat de la crise sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises. Nous n'avons pas su r&#233;duire le ch&#244;mage en France autant que dans d'autres pays, mais la remont&#233;e qui s'annonce va consid&#233;rablement aggraver la situation. Outre la solidarit&#233; avec tous ceux qui se voient tomber au bord de la route, il faudra ici encore un effort puissant, avec une participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent. Cela rel&#232;ve non seulement de notre int&#233;r&#234;t bien compris, mais d'un principe de solidarit&#233;. Cela se combine avec d'autres consid&#233;rations, certaines issues de la crise comme la question des activit&#233;s strat&#233;giques d&#233;j&#224; &#233;voqu&#233;es ; d'autres qui lui sont ant&#233;rieures, comme celle de l'&#233;cologie sous ses diff&#233;rents aspects, ou le besoin de r&#233;guler et orienter la finance au service de l'&#233;conomie r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un autre effet, moins relev&#233;, de cette crise qui portera sur le tissu de la soci&#233;t&#233;. C'est l'action destructrice que, malgr&#233; les mesures correctives qui ont &#233;t&#233; prises, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous : une des causes du mouvement des gilets jaunes &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-ville ou village. Or ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet - hors l'alimentaire et quelques autres. Le grand gagnant, c'est la distribution &#224; distance, les commandes par Internet. Elles ont leur place bien s&#251;r. Mais en un certain sens aussi, elles sont le triomphe de l'individualisme et de la d&#233;sagr&#233;gation du lien social. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici aussi une occasion d'un repli sur soi encore plus marqu&#233;. Lutter contre cela suppose certes un effort de solidarit&#233;, mais aussi une r&#233;duction de l'emprise &#233;tatique et bureaucratique, qui est souvent &#233;touffante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise a en outre mis en &#233;vidence de grandes vuln&#233;rabilit&#233;s &#233;conomiques, une d&#233;pendance risqu&#233;e &#224; l'&#233;gard de la cha&#238;ne de production, avec apparition de nouveaux probl&#232;mes &#224; chaque instant. Outre la r&#233;vision en profondeur des crit&#232;res de s&#233;curit&#233; &#233;conomique, cela implique sans doute un plus grand souci de la solidarit&#233; g&#233;ographique et territoriale, rejoignant les pr&#233;occupations pr&#233;c&#233;dentes et celles &#233;cologiques pour produire et consommer localement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Enfin et sans doute surtout, la crise nous a rappel&#233; l'importance litt&#233;ralement vitale de certains m&#233;tiers jug&#233;s parfois de haut ou en tout cas insuffisamment bien trait&#233;s en regard de leur importance r&#233;elle dans la cha&#238;ne des d&#233;pendances et des solidarit&#233;s. Cela inclut &#224; la fois la reconnaissance morale et sociale, et une r&#233;mun&#233;ration ad&#233;quate. Un cas embl&#233;matique est celui des infirmi&#232;res, nettement moins bien pay&#233;es qu'en Allemagne, alors que les d&#233;penses de sant&#233; sont comparables et les r&#233;sultats meilleurs chez eux. Dans un autre ordre d'id&#233;e, la crise a rappel&#233;, il en &#233;tait besoin, l'importance du r&#244;le de la famille en g&#233;n&#233;ral, des parents aupr&#232;s de leurs enfants en particulier ; quant &#224; la conciliation vie familiale-vie professionnelle, elle a montr&#233; toutes ses limites&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les p&#233;riph&#233;ries&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de ces acteurs indispensables de la vie commune, il convient de ne pas n&#233;gliger la solidarit&#233; avec les p&#233;riph&#233;ries du syst&#232;me, au sens large de ce terme, ch&#232;res au pape Fran&#231;ois. Cela vise naturellement les pauvres et les exclus, d'autant que le confinement les touche particuli&#232;rement. Mais cela vise aussi les pays plus pauvres, bien moins &#224; m&#234;me de lutter contre le fl&#233;au et gravement affect&#233;s par la r&#233;duction mondiale de l'activit&#233; &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est un autre groupe qui se range de plus en plus dans cette cat&#233;gorie de p&#233;riph&#233;rie, c'est celui des personnes &#226;g&#233;es. Ce n'est pas toujours ou principalement, &#224; nouveau, en termes de moyens mat&#233;riels affect&#233;s ou disponibles que la question se pose, mais certainement en termes de souci humain. On avait assist&#233; &#224; la mont&#233;e en puissance de la revendication sinistre en faveur de l'euthanasie ; on a constat&#233; pendant la crise le nombre extraordinairement &#233;lev&#233; des morts dans les EHPAD, donc de personnes qui n'ont pas eu acc&#232;s &#224; l'h&#244;pital ; sans parler de la disparition des visites et de la rupture du lien familial, y compris au moment de la mort. L&#224; aussi, le besoin de solidarit&#233; devrait se faire sentir de fa&#231;on plus intense qu'auparavant, et il d&#233;pend plus des priorit&#233;s personnelles ou collectives que des sommes &#224; y affecter. Dans ce contexte on se saurait trop insister sur le r&#244;le d&#233;cisif de la famille et des solidarit&#233;s familiales, qu'on a pu encore mesurer dans cette crise car ce fut pour la plupart d'entre nous le lieu dans lequel l'&#233;preuve a pu &#234;tre v&#233;cue et partag&#233;e. Le d&#233;bat public actuel ne met pas en &#233;vidence une prise de conscience accrue de ce facteur majeur pour la vie r&#233;elle de nos contemporains : rappelons que dans les estimations les plus mod&#233;r&#233;es, le travail familial (non r&#233;mun&#233;r&#233;) repr&#233;senterait plus du tiers du PIB.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Changer de mod&#232;le ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On l'a not&#233;, la crise n'a pas fait dispara&#238;tre les probl&#233;matiques ant&#233;rieurement pr&#233;sentes, &#224; commencer par l'&#233;cologie. Elle a m&#234;me accentu&#233; certaines pr&#233;occupations, ainsi le d&#233;sir de produire et consommer localement, tant en termes de solidarit&#233;, de s&#233;curit&#233;, que de moindre impact environnemental. Comme on l'a not&#233; aussi, elle a mis en &#233;vidence le double besoin de solidarit&#233; et de subsidiarit&#233;, donc de plus grande initiative, de moindre pression bureaucratique, mais dans le sens d'une action plus orient&#233;e vers le souci de la chose commune, du bien commun, y compris au sein de l'entreprise. Elle a aussi mis en &#233;vidence la n&#233;cessit&#233; de consid&#233;rations moins obnubil&#233;es par la seule dimension mat&#233;rielle et a fortiori par l'argent. Bien des signes indiquent que la croissance, mesur&#233;e m&#233;caniquement, va se trouver au moins partiellement remise en cause, ne serait-ce que par le passage du r&#233;el au virtuel, l'extension du t&#233;l&#233;travail et des r&#233;unions familiales (de familles dispers&#233;es) sur &#233;crans ; car on roulera moins, on volera moins, on usera moins de mat&#233;riel, on consommera moins d'&#233;nergie, etc. Plus qu'une d&#233;croissance &#224; technologie constante, les mutations en cours ne seront pas n&#233;cessairement un recul, mais une avanc&#233;e vers un monde nouveau, plus &#233;cologique, sans pour autant reprendre les th&#232;mes le plus simplificateurs de l'&#233;cologie politique. De telles r&#233;flexions retrouvent les orientations de base de la Doctrine sociale, concern&#233;es par l'&#234;tre plus que par l'avoir, dans la ligne dessin&#233;e par Laudato Si.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais ces soucis majeurs ne seront f&#233;conds que s'ils tiennent compte de trois faits essentiels. L'un, d&#233;j&#224; relev&#233; &#224; plusieurs reprises, que le besoin premier n'est pas d'une augmentation brute de la d&#233;pense collective, mais d'une r&#233;orientation des priorit&#233;s et des m&#233;thodes, donc dans une large mesure de la culture collective, qui ne peut s'effectuer par des d&#233;cisions autoritaires et incomprises. Un deuxi&#232;me, li&#233; au pr&#233;c&#233;dent, est que le changement ne sera r&#233;el et f&#233;cond que s'il s'accompagne d'une transformation int&#233;rieure. Le pape Fran&#231;ois parle ici d'une conversion &#233;cologique, ce qui dans son discours va bien plus loin que ce qu'on entend par l&#224; habituellement, mais inclut l'ensemble de notre rapport au monde, &#224; l'homme et &#224; la soci&#233;t&#233;. Un troisi&#232;me enfin, qui est qu'on ne saurait s'illusionner sur la possibilit&#233; de sortir de la crise exclusivement par une recentrage local de la production, ou ce qu'on appelle l'&#233;conomie verte, aussi d&#233;sirables soient-elles par ailleurs : ce qui fait vivre nos compatriotes dans la r&#233;alit&#233; est une &#233;conomie complexe, &#233;volu&#233;e, diversifi&#233;e, n&#233;cessairement ouverte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive donc, si l'effort de renouvellement de la pens&#233;e et de l'action doit &#234;tre consid&#233;rable, il ne faut pas se bercer de l'illusion que l'homme va sortir radicalement transform&#233; de cette crise, encore moins qu'une recette magique sera disponible ou que les contraintes dispara&#238;tront, que ce soit par le mirage d'une &#233;conomie verte qui sortirait de la crise, ou par celui d'un effort public massif dont on a vu les erreurs conceptuelles. La modification du regard qui nous est demand&#233;e suppose un effort patient et lucide, attach&#233; aux r&#233;alit&#233;s autant qu'aux id&#233;aux, et plus exigeante avec soi-m&#234;me qu'avec les autres.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une consisterait &#224; continuer comme avant, sur une trajectoire risqu&#233;e et d&#233;s&#233;quilibr&#233;e, mais dans un contexte aggrav&#233;, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre serait un effort personnel et collectif, d&#233;bouchant sur ce dernier plan sur une forme de sursaut associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire et subsidiaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. En particulier, il faut en quelque sorte d&#233;finir un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires sur le long terme (et donc en &#233;cologie aussi), mais sans planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant une certaine id&#233;ologie ou pratique mondialiste na&#239;ve, mais sans fermeture ni repli ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique et au bien commun. La pense chr&#233;tienne en mati&#232;re &#233;conomique et sociale, exprim&#233;e dans la Doctrine sociale de l'Eglise, peut contribuer puissamment &#224; orienter cet effort dans un sens plus proche des r&#233;alit&#233;s humaines profondes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. Notre appartenance &#224; une soci&#233;t&#233; est une forme de contrat moral pour le meilleur et pour le pire. Elle suppose de notre part un d&#233;vouement &#224; la chose commune, source de confiance mutuelle ; ce qui en outre est plus efficace, car cela facilite les d&#233;cisions &#233;nergiques et rapides. Il est donc urgent de cultiver ce d&#233;vouement au bien commun. Qu'il ne faut pas confondre avec le culte de l'Etat, malgr&#233; l'importance de son r&#244;le ; mais qui d&#233;pend de chacun de nous, l&#224; o&#249; nous sommes, et de notre capacit&#233; d'initiative au service de ce bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Note r&#233;dig&#233;e sous ma direction, avec &lt;br class='autobr' /&gt;
Jacques BICHOT&lt;br class='autobr' /&gt;
Robert LEBLANC&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Didier LECAILLON&lt;br class='autobr' /&gt;
Jean-Yves NAUDET&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Crise sanitaire et &#233;conomie : entre la d&#233;rive et le sursaut</title>
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		<dc:date>2020-03-23T16:24:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
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		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si elle peut &#234;tre &#233;vit&#233;e, la crise aura des effets profonds et durables en mati&#232;re &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive, l'autre, le sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site d'Aleteia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'explosion est-elle &#224; craindre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion. On pourrait le croire faible, car pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e une effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. La baisse de la Bourse, du march&#233; des actions, pour spectaculaire et inqui&#233;tante qu'elle soit, n'est pas en soi d&#233;sastreuse, sauf pour les investisseurs concern&#233;s et encore car la Bourse pourra rebondir apr&#232;s la crise. En revanche, une crise d&#233;vastatrice sur les march&#233;s de la dette est possible si l'id&#233;e s'accr&#233;dite que trop de d&#233;biteurs sont insolvables. C'est donc de l'&#233;conomie non-financi&#232;re que d&#233;pendra la sant&#233; du secteur financier. Bien s&#251;r les banques centrales interviendront massivement ; mais en soi cela ne compense pas la perte r&#233;elle des institutions cr&#233;anci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on appr&#233;ciable. Cela dit, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera bien entendu les entreprises concern&#233;es, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. On peut donc esp&#233;rer &#233;viter un effondrement. D'autant plus que les march&#233;s savent que la crise n'a pas une origine &#233;conomique et financi&#232;re ; une fois surmont&#233;e sur le plan sanitaire, la possibilit&#233; d'une reprise est plausible. Cela ne veut pas dire qu'une crise grave est exclue, loin de l&#224;, m&#234;me si on peut esp&#233;rer l'&#233;viter. Mais m&#234;me alors, le temps perdu ne sera pas rattrap&#233;, et l'ann&#233;e devrait se terminer sur une r&#233;cession en bonne et due forme, sans pr&#233;c&#233;dent depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des effets plus profonds et plus durables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on cependant que l'effet de la crise sera limit&#233; dans le temps ? Non, car elle aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, de l'Etat national et non de l'Union europ&#233;enne d'ailleurs. C'est une diff&#233;rence par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Retour &#233;vident de l'Etat en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;mentir l'id&#233;e fausse et r&#233;pandue du d&#233;passement des Etats. Et une moins b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population &#224; leur &#233;gard, comme on le voit en mati&#232;re hospitali&#232;re o&#249; de nombreuses voix s'&#233;l&#232;vent pour critiquer le manque de moyens. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. La France a un budget sant&#233; comparable &#224; celui de l'Allemagne, mais 2 fois moins de lits. Son niveau de d&#233;penses publiques est le plus &#233;lev&#233; de l'OCDE, et pourtant elle a singuli&#232;rement mal pr&#233;par&#233; cette crise. Ce n'est donc pas qu'il n'y a pas assez de d&#233;penses publiques, mais qu'elles sont mal orient&#233;es. Quel que soit le gouvernement, la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses, c'est la m&#233;thode budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations. Alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres &#8211; &#224; l'h&#244;pital par exemple. Car ce dont on aurait besoin c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel (justifi&#233;) de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies vont se trouver aggrav&#233;es. De m&#234;me les mesures mon&#233;taires accommodantes risquent de se p&#233;renniser. A terme l'issue de ces d&#233;rives n'est pas pr&#233;visible, mais risque d'&#234;tre tr&#232;s grave : c'est la perte de confiance dans la monnaie et dans le cr&#233;dit public, la pire crise qui soit. Encore une fois, le coup de collier pendant la crise est justifi&#233;, co&#251;te que co&#251;te. Mais &#224; chaque fois ce ne devait &#234;tre qu'un coup de collier temporaire, et on en fait une addiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me effet, souvent relev&#233; lui aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce, et de la circulation des personnes. Elle est claire pour l'opinion ; mais il restera &#224; voir dans quelle mesure elle sera suivie d'effet. Car pour cela il faudrait une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays ; mais chaque pays doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui, disons-le clairement, se heurte frontalement &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me effet sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises, pas toujours bien capitalis&#233;es par rapport &#224; leurs concurrentes. Il faudrait ici encore un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un quatri&#232;me effet, moins relev&#233;, qui porte sur le tissu social. Je ne parle pas des effets psychologiques ou sociologiques du confinement : cela sort du champ de l'&#233;conomie. Je vise plut&#244;t l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura in&#233;vitablement sur un autre tissu, celui des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous les gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-bourg. Hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Le grand gagnant c'est Amazon, qui cr&#233;e 100 000 emplois aux Etats-Unis, et ses cong&#233;n&#232;res. Donc le triomphe de l'individualisme. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion normalement d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici une occasion de repli forc&#233; sur soi. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, sinon que cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive : on continue comme avant, en plus grave, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre, le sursaut : sursaut national par excellence, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais qui implique aussi des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc particuli&#232;rement grave. Il faut y penser d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parus sur le site d'Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/quels-seront-les-effets-economiques-de-la-crise-sanitaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/q...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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