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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les fronti&#232;res apr&#232;s Trump : Groenland et Panama</title>
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		<dc:date>2025-02-09T17:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Groenland</dc:subject>
		<dc:subject>Modification de fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Trump</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Donald Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland, ainsi que le canal de Panama. Et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans sa logique, c'est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation ; cela ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte &#8211; encore que.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est int&#233;ressant de le prendre au mot. Dans quelles circonstances cela pourra-t-il avoir un sens ? Et qu'est-ce que cela peut signifier pour l'&#233;volution des relations internationales ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Etats-Unis-Trump-.html" rel="directory"&gt;Etats-Unis&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Groenland-+.html" rel="tag"&gt;Groenland&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Modification-de-frontieres-+.html" rel="tag"&gt;Modification de fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pr&#233;sident Trump a stup&#233;fait le monde des relations internationales en expliquant r&#233;cemment qu'il souhaitait acqu&#233;rir le Groenland ainsi que le canal de Panama, et qu'il n'excluait pas l'usage de la force &#224; cette fin. Il ajoutait qu'il apparaissait naturel que le Canada soit lui aussi int&#233;gr&#233; dans l'Union, mais cette fois sans usage de la force.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que dans la logique de Donald Trump, ceci est largement un discours destin&#233; &#224; faire pression dans une n&#233;gociation, et ne signifie pas automatiquement intention arr&#234;t&#233;e de passer &#224; l'acte. Cela pourrait aussi relever de son go&#251;t pour les provocations apparemment gratuites, ce dont Gaza vient de faire les frais de fa&#231;on spectaculaire. Mais le cas du Groenland et du Panama est plus plausible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il est d&#232;s lors int&#233;ressant de le prendre au mot, et d'analyser la signification de telles d&#233;clarations pour le cadre international dans son ensemble.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Rappel de r&#233;flexions d'ensemble&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un billet pr&#233;c&#233;dent (&lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.com/Les-modifications-de-frontieres.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.com/Les-...&lt;/a&gt; )j'avais &#233;voqu&#233; la question de la modification des fronti&#232;res par la force. Je notais : &#171; il peut &#234;tre l&#233;gitime de vouloir poser le principe d'un respect des fronti&#232;res existantes, qui ne seraient pas modifiables sauf accord mutuel, et cela au nom de la paix&#8230; Cela dit, l'examen des pr&#233;c&#233;dents depuis 1945 montre que m&#234;me s'il a servi de r&#232;gle de base, le principe a connu une existence souvent chaotique. On a pu r&#233;guli&#232;rement s'assoir dessus, et m&#234;me justifier son exact contraire, parfois par de grands arguments moralisants &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais je rappelais par ailleurs que &#171; la mise en &#339;uvre du principe peut aboutir &#224; des r&#233;sultats embarrassants. Prenons le cas de Taiwan, reconnue comme partie int&#233;grante de la Chine par la plupart des Etats. Le respect des fronti&#232;res reconnues, compris litt&#233;ralement, va ici manifestement dans le sens de P&#233;kin. Ce qui choque. Et donc on cherche &#224; moduler le principe&#8230; Soit en consid&#233;rant qu'une fronti&#232;re m&#234;me contestable au d&#233;part devient l&#233;gitime avec le temps, ce qu'en pratique on fait assez largement... Soit en se calant sur des proc&#233;dures d'autod&#233;termination&#8230; Mais si on retient ce crit&#232;re, on risque justement de conduire &#224; des remises en causes nombreuses des fronti&#232;res existantes par toutes sortes de s&#233;paratistes, ou d'intervenants ext&#233;rieurs, du plus souple au plus violent &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Je concluais que &#171; ce principe a rendu de r&#233;els services ici ou l&#224;. C'est un moyen de calmer le jeu, qui n'est pas &#224; m&#233;priser. Mais &#224; condition de ne pas le voir comme le grand principe moral qu'on tend &#224; en faire ; c'est simplement une r&#232;gle pratique, pragmatique, permettant de maintenir la paix dans bien des cas. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas du Groenland&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que peut-on dire des cas &#233;voqu&#233;s ? Pas grand-chose sur le Canada, car Trump ne parle pas d'employer la force. Les deux autres sont de ce point de vue plus int&#233;ressants. En commun est le fait qu'ils constituent ou peuvent constituer des enjeux strat&#233;giques majeurs, et qu'en m&#234;me temps la population directement concern&#233;e est minime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'immense Groenland est un enjeu g&#233;opolitique majeur, dans la perspective du contr&#244;le de l'Arctique et pour ses mati&#232;res premi&#232;res, et il le devient chaque jour plus avec le r&#233;chauffement climatique. Concr&#232;tement, m&#234;me tout imp&#233;rialisme mis &#224; part, et sans vouloir choquer personne, on pourrait d&#232;s lors d&#233;fendre l'id&#233;e que les 57 000 habitants actuels ne peuvent &#234;tre le seul d&#233;cideur, et peut-&#234;tre m&#234;me pas le d&#233;cideur principal &#8211; ce qui n'exclut pas de respecter leurs droits par ailleurs (autonomie, acc&#232;s aux fruits des ressources, culture etc.). En sens inverse, le principe d'autod&#233;termination a un r&#244;le r&#233;el : c'est, comme le respect des fronti&#232;res, une balise, fr&#234;le, mais qui r&#233;gule et limite quelque peu les app&#233;tits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui d'autre alors aurait voix au chapitre ? C&#244;t&#233; am&#233;ricain, la revendication est ancienne, mais n'a aucune base historique ou culturelle. Elle ne peut donc consister que dans l'affirmation d'un &#233;quivalent de la prise de possession d'une res nullius : cela revient &#224; dire que le Groenland n'&#233;tant ni peupl&#233; par une vraie nation, actuelle ou potentielle, ni capable de se d&#233;fendre, ni d'exploiter ses ressources, un autre peut et doit le faire. Or, pourrait-on avancer dans cette ligne, les Etats-Unis sont ceux qui actuellement assument ces fonctions, m&#234;me si c'est sur le mode mineur (notamment par une base militaire). Mais &#233;videmment, dans un tel cas, d'autres pourraient avoir aussi des ambitions. En un sens, la d&#233;claration d'int&#233;r&#234;t de Trump est au minimum un moyen de dire &#224; ces derniers : attention, &#231;a m'int&#233;resse, n'y touchez pas ou vous aurez affaire &#224; moi.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre le principe d'autod&#233;termination, une objection majeure vient &#233;videmment du r&#244;le du Danemark et derri&#232;re lui, de l'Europe. Jusqu'&#224; r&#233;cemment le Groenland &#233;tait danois. D&#233;sormais, c'est un territoire autonome, simplement associ&#233; &#224; l'Union europ&#233;enne, mais dont le Danemark assume en th&#233;orie la d&#233;fense, et qui demande l'ind&#233;pendance. D'un c&#244;t&#233; donc, le lien existe, et dans la mesure o&#249; on entrerait dans le raisonnement pr&#233;c&#233;dent, les Danois seraient plus fond&#233;s que les Am&#233;ricains &#224; revendiquer l'&#238;le, et derri&#232;re eux l'Europe. Cela dit, il ne para&#238;t pas &#233;vident que ce soit l'option pr&#233;f&#233;r&#233;e des Groenlandais eux-m&#234;mes. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, sans l'appui d&#233;terminant des Am&#233;ricains, les Europ&#233;ens seraient incapables de d&#233;fendre le Groenland contre une attaque par un grand pays. Il n'est donc pas &#233;vident qu'ils soient en &#233;tat de revendiquer pour eux seuls la d&#233;cision ; m&#234;me s'ils sont l&#233;gitimement une partie prenante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#232;s lors, en cas de pression soutenue de Trump, on peut concevoir qu'une solution se d&#233;gage apr&#232;s n&#233;gociation, avec in&#233;vitablement un r&#244;le appr&#233;ciable des Am&#233;ricains. On peut aussi imaginer que la question passe dans l'arri&#232;re-plan pendant un temps.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, la situation pourrait se tendre dans la zone, avec une vraie menace (russe, chinoise ou autre), militaire ou &#233;conomique. Ce n'est pas le cas actuellement. Mais si cela se produisait, une action un peu brutale des Etats-Unis serait certes contraire au droit, mais ni incoh&#233;rente avec leur comportement pass&#233; (et pas seulement au XIXe s.), ni purement arbitraire. Dans un cas extr&#234;me, ce serait peut-&#234;tre m&#234;me indispensable. Mais alors les Groenlandais seraient peut-&#234;tre les premiers &#224; la demander&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas de Panama&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce cas est assez diff&#233;rent historiquement, car l'Etat m&#234;me de Panama a &#233;t&#233; de fait cr&#233;&#233; assez brutalement par les Etats-Unis (par s&#233;cession forc&#233;e hors de la Colombie, en 1903), justement &#224; propos du canal. Ce dernier est une voie d'eau internationale majeure. En outre, les Etats-Unis en avaient gard&#233; le contr&#244;le total jusqu'en 1999, le retrait faisant suite &#224; une d&#233;cision de restitution prise sous le pr&#233;sident Carter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si donc les Am&#233;ricains revenaient sur cette d&#233;cision, en reprenant le contr&#244;le du canal, ils pourraient &#233;voquer le pr&#233;c&#233;dent historique. Ils pourraient en outre, comme pour le Groenland, souligner l'int&#233;r&#234;t majeur du canal ainsi que l'incapacit&#233; du Panama (pays de 4,5 M d'habitants, sans arm&#233;e v&#233;ritable) de le d&#233;fendre contre une puissance agressive. Plus, inversement, le risque &#233;ventuel d'un pouvoir local qui en fasse un usage hostile. Et, contrairement au Groenland, ils sont la seule puissance ayant vocation &#224; intervenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L&#224; aussi, sauf n&#233;gociation aboutissant plus ou moins paisiblement &#224; une solution, un usage de la force ne serait certainement pas fond&#233; &#224; ce stade. Mais si une vraie menace devait se concr&#233;tiser, il ne faudrait pas s'&#233;tonner de voir les Am&#233;ricains agir. Et, au moins dans certaines circonstances (non r&#233;alis&#233;es &#224; ce jour), cela pourrait se d&#233;fendre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, il ne faut voir en l'esp&#232;ce les paroles de Donald Trump ni comme des paroles en l'air, ni comme de la pure arrogance irrationnelle. L'int&#233;r&#234;t des Am&#233;ricains a une certaine rationalit&#233;. Mais sauf concr&#233;tisation manifeste d'une menace sur ces territoires, actuellement non av&#233;r&#233;e, l'usage direct de la force peut difficilement &#234;tre d&#233;fendu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une telle action, si elle se produisait, serait en outre un coup de canif appr&#233;ciable dans une conception westphalienne des relations internationales, o&#249; en principe on respecte la souverainet&#233; des autres ; et a fortiori si on se r&#233;f&#232;re &#224; une norme bas&#233;e sur le droit. Certes, on l'a rappel&#233;, ce ne serait pas le premier de ces coups de canif. Mais la mani&#232;re de faire serait un &#233;l&#233;ment nouveau. En effet, m&#234;me si sur Panama ou m&#234;me le Groenland on pourrait soutenir que le r&#233;alisme donne quelconque consistance aux objectifs de Trump, le fait d'assumer sans complexe un comportement r&#233;gul&#233; par ses seuls int&#233;r&#234;ts et envisageant sans retenue le recours &#224; la violence pour les satisfaire constitue un &#233;l&#233;ment nouveau dans les relations internationales actuelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, on resterait dans le contexte d'un interventionnisme militaire am&#233;ricain qui est une donn&#233;e quasiment permanente depuis 1945 (sauf, &#233;trangement, sous Trump I !). Mais l'adoption d'une ligne explicitement centr&#233;e sur les seuls int&#233;r&#234;ts am&#233;ricains est n&#233;anmoins une nouveaut&#233;, car les motivations affich&#233;es par eux pendant cette p&#233;riode avaient toujours une forte dimension id&#233;ologique (sinc&#232;re ou pas), et en tout cas affichaient le respect de certaines r&#232;gles. Ici on raisonnerait sur un crit&#232;re d'enjeu purement strat&#233;gique, qui justifierait d'agir sans plus de consid&#233;ration.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sur la plan&#232;te, cela pourrait inqui&#233;ter un peu plus pas mal de monde. Mais cela constituerait &#233;videmment et surtout un pas majeur dans le glissement vers un nouveau style de rapports. On l'a dit, il ne s'agit pas l&#224; de principes absolus et sacrosaints ; mais ils ont une certaine vertu pour calmer le jeu &#224; l'occasion. Dans un tel monde, il n'y aurait plus de motif pour condamner l'invasion du Kowe&#239;t par Saddam : si une coalition se formait dans un tel cas afin de r&#233;sister au coup de force, ce serait par un pur calcul d'int&#233;r&#234;ts ou de rapports de forces. Et donc, m&#234;me si on doit reconna&#238;tre les limites des r&#232;gles, leur effacement complet repr&#233;senterait un changement a priori peu souhaitable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Ajoutons qu'&#224; terme une telle &#233;volution serait particuli&#232;rement favorable &#224; la r&#233;surrection du concept d'empire, appel&#233; &#224; un vrai avenir comme je l'ai &#233;voqu&#233; par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/les-frontieres-apres-trump-groenland-et-panama/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/les-frontieres...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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