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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trump face &#224; la logique de la guerre</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Trump-face-a-la-logique-de-la-guerre.html</link>
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		<dc:date>2025-10-13T07:34:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
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		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
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		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Logique-de-la-guerre-+.html" rel="tag"&gt;Logique de la guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/istockphoto-182187699-612x612.webp?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et Cambodgiens, entre Indiens et Pakistanais, etc. Mais ce sont l&#224; des dossiers mineurs par rapports aux deux o&#249; il est vraiment attendu, l'Ukraine et Gaza. Sur ceux-l&#224; il a donn&#233; longtemps et donne encore souvent l'impression de patiner, loin de ses promesses initiales de r&#233;gler tout cela facilement et rapidement. M&#234;me s'il vient de marquer un point sur Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, semble-t-il, admettre que sa volont&#233; de chercher la paix est r&#233;elle &#8211; m&#234;me s'il a un faible pour les solutions de force. On sait en outre que la connaissance intime de la vie internationale n'est pas son fort. Mais cela n'explique pas tout ce qui se passe. On a en effet l'impression qu'il explore successivement plusieurs hypoth&#232;ses sur tel ou tel aspect de ces conflits, pour ensuite d&#233;couvrir d'autres dimensions qui lui montrent que l'&#233;quation est plus complexe qu'il n'apparaissait. Ce faisant il progresse ; mais les probl&#232;mes r&#233;sistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme ukrainien &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est particuli&#232;rement nette dans le cas de l'Ukraine. Tant&#244;t il fait un geste en faveur de Poutine, voit des possibilit&#233;s de coop&#233;ration fructueuse avec la Russie, comprend que Poutine ne fera jamais la paix en l&#226;chant les territoires conquis ou en laissant les troupes occidentales s'installer en Ukraine. Tant&#244;t au contraire il menace la Russie de sanctions terribles, livre des armes &#224; Kiev, d&#233;clare la victoire de ce dernier possible, et se brouille avec l'Inde pour la punir d'acheter du p&#233;trole russe. Tant&#244;t il insulte publiquement Zelenski, lui reprochant son ingratitude et son irr&#233;alisme, tant&#244;t il s'entretient cordialement avec lui. Tant&#244;t il court-circuite les Europ&#233;ens, tant&#244;t il les remet dans le jeu en vue de garanties &#224; donner &#224; l'Ukraine, et surtout pour payer les frais de le guerre en achetant du mat&#233;riel am&#233;ricain. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; du processus d'apprentissage, d'une m&#233;thode bizarre de n&#233;gociation, ou du jeu normal de l'exploration des options, il semble qu'il y ait un autre facteur plus profond, une certaine ignorance ou sous-estimation de la logique de la guerre. Je l'avais not&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article sur ce m&#234;me site, en juin 2022 : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ukrai...&lt;/a&gt; (paix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le notais d&#233;j&#224;, la guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'est pas &#224; genoux &#233;conomiquement ; elle n'a donc a priori aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment &#224; r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre (donc tant qu'il n'y a pas selon les cas perc&#233;e militaire, effondrement &#233;conomique, &#233;puisement des perspectives etc.), la guerre continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur, seule une action tr&#232;s puissante pourrait &#233;ventuellement changer cet &#233;tat des choses. Mais pour Trump, cela supposerait une toute autre strat&#233;gie que celle qu'il a suivi : soit intensifier tr&#232;s brutalement les sanctions et surarmer l'Ukraine, avec de gros risques et sans &#234;tre s&#251;r que cela marche, loin de l&#224; ; surtout quand on voit, comme Trump l'a fait remarquer, les h&#233;sitations des Europ&#233;ens &#224; aller au bout de la logique des sanctions, en frappant avec d&#233;termination l'Inde et la Chine &#8211; excusez du peu. Soit, au contraire, tordre le bras de Zelenski et des Europ&#233;ens, mais dans ce qui pourrait appara&#238;tre comme une capitulation &#8211; et l&#224; encore, en supposant que cela marche. D'o&#249; l'h&#233;sitation : il a jou&#233; successivement avec ces id&#233;es diverses. Il apprend en cours de route, mais cela ne donne pas la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un point qui n'est pas assez soulign&#233; est le r&#244;le innovateur des guerres r&#233;elles, particuli&#232;rement &#233;vident ici en Ukraine avec l'usage des drones et autres syst&#232;mes qui ont radicalement remis en cause ou en tout cas redimensionn&#233; dans un certain usage le r&#244;le d'armes autrefois centrales comme les chars, les h&#233;licopt&#232;res de combat ou m&#234;me les avions. Le fait est clairement per&#231;u par tous mais on est loin d'en tenir toutes les cons&#233;quences, notamment aux &#201;tats-Unis et en Europe. Car ce sont pratiquement des arm&#233;es nouvelles qu'il faudrait mettre sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cela conduit &#224; revoir en profondeur le rapport de force r&#233;el sur le continent europ&#233;en. Car les deux seules arm&#233;es qui ont une exp&#233;rience intense et compl&#232;te de ces nouvelles r&#233;alit&#233;s du combat sont l'ukrainienne et la russe. Actuellement elles se battent. Mais lorsque la guerre sera finie, elles seront sous une certain angle surpuissantes par rapport aux arm&#233;es occidentales. Et donc la Russie, &#224; mon sens peu dangereuse avant 2022 contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, peut le devenir une fois les hostilit&#233;s termin&#233;es. En tout cas, elle aura les moyens d'autres ambitions. Mais l'Ukraine, &#233;videmment non mena&#231;ante, totalement ravag&#233;e, aura &#224; ce moment-l&#224; d&#233;velopp&#233; une sp&#233;cialit&#233; rare et recherch&#233;e : la conduite de la guerre moderne, et l'armement correspondant. Il ne faudra oublier ni l'un ni l'autre lorsqu'on consid&#233;rera les conditions de la paix. Mais d'ici l&#224;, cela colore les positions des uns et des autres ; et ni c&#244;t&#233; russe ni c&#244;t&#233; ukrainien, cela ne pousse &#224; la paix, tant qu'un certain seuil n'est pas atteint, contraignant &#224; s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gu&#234;pier moyen-oriental et Gaza &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage est diff&#233;rent, mais plus prometteur &#224; Gaza. Au d&#233;part, la m&#234;me logique est &#224; l'&#339;uvre. Laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, &#224; court terme, d'un c&#244;t&#233; Netanyahou et derri&#232;re lui une partie appr&#233;ciable d'Isra&#235;l excluait d'arr&#234;ter les op&#233;rations tant que le Hamas subsistait et gardait des otages. D'un autre c&#244;t&#233;, le Hamas n'avait pas de raisons de capituler, malgr&#233; la sup&#233;riorit&#233; militaire &#233;crasante d'Isra&#235;l, d'autant que les souffrances des Gazaouis ne le g&#234;nent pas (c'est son bouclier humain), et le servaient diplomatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trump, cela se compliquait du tiraillement entre ses liens avec Isra&#235;l d'un c&#244;t&#233;, ses amiti&#233;s arabes de l'autre, notamment dans la P&#233;ninsule arabique. Mais il a ind&#233;niablement l&#224; aussi appris en cours de route, notamment &#224; &#233;couter un peu plus. Et surtout il a ici des moyens de pression bien plus substantiels qu'en Ukraine. D&#232;s lors, un accord de cessez-le-feu a pu appara&#238;tre possible, d'o&#249; son plan. On verra ce que l'op&#233;ration donnera finalement, mais cela peut permettre, dans le meilleur des cas, d'arr&#234;ter les hostilit&#233;s actuelles &#224; Gaza m&#234;me. Ce qui est une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, plus profond&#233;ment, les vrais objectifs strat&#233;giques des deux c&#244;t&#233;s restent non seulement radicalement incompatibles, mais chacun structurel : pour Isra&#235;l, sauf pour une minorit&#233;, c'est le refus d'un Etat palestinien et la poursuite de la colonisation, au moins en Cisjordanie, avec &#224; l'horizon au moins implicite un &#233;tat juif sur l'essentiel de la Palestine. Pour le Hamas (ou, s'il dispara&#238;t, un autre mouvement du m&#234;me type), c'est la destruction d'Isra&#235;l. M&#234;me un observateur ext&#233;rieur bienveillant a du mal &#224; discerner une solution &#233;quitable, dans ce conflit sans bonne solution, deux peuples se disputant une seule terre. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-israelo-palestinien-la-frustration-d-un-conflit-sans-bonne-solution.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-co...&lt;/a&gt;. D'autant que la logique de l'antagonisme fait que chacune des parties voit l'autre, et de plus en plus, comme une menace existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, si Trump peut &#233;ventuellement r&#233;ellement imposer une forme de paix relative, un arr&#234;t momentan&#233; des combats en cours, cela ne r&#233;soudra pas la question de fond - m&#234;me si une telle pause serait &#233;videmment bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas donc, en conclusion, les p&#233;rip&#233;ties n'ont rien pour surprendre. Cela ne veut pas dire que les conflits dureront ind&#233;finiment, la logique m&#234;me de la guerre s'y oppose. Mais cela peut durer longtemps encore. Et surtout, tout arr&#234;t des combats peut n'&#234;tre qu'une &#233;tape dans un conflit s&#233;culaire plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nobel attendra ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/trump-face-a-la-logique-de-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/trump-face-a-l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ukraine : la logique de la guerre ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e &#8211; m&#234;me par qui recherche la paix</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html</link>
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		<dc:date>2022-06-25T16:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique de la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas russo-ukrainien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. Quelle que soit l'analyse de ses causes, le fait est qu'en f&#233;vrier l'arm&#233;e russe est entr&#233;e en Ukraine et qu'on se trouve depuis devant une situation de guerre classique et frontale entre les deux pays. Au stade actuel, la Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien. Nous ne savons pas quel sera le sort des armes. Mais &#224; ce jour l'examen des diff&#233;rentes hypoth&#232;ses explique parfaitement pourquoi la guerre continue. La Russie vise manifestement au minimum le Donbass, peut-&#234;tre plus ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'a donc aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment de r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux, qu'elle esp&#232;re encore faire augmenter significativement. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre, la guerre continuera. Mais comme on l'a not&#233; ci-dessus, cela ne durera pas ind&#233;finiment. Sans faire de pronostic militaire, on peut &#233;voquer plusieurs hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re, la Russie parvient &#224; des r&#233;sultats qu'elle pourra pr&#233;senter comme une victoire, et elle arr&#234;te toute action offensive ; cela ne peut satisfaire l'Ukraine, mais apr&#232;s un &#233;ventuel statu quo elle doit s'en accommoder. Au vu de la situation actuelle, cette hypoth&#232;se est tout &#224; fait plausible. Ce ne serait pas n&#233;cessairement une vraie paix. Dans un tel cas, la suite d&#233;pendra essentiellement certes des Ukrainiens, mais dans une large mesure des Occidentaux (en fait des Am&#233;ricains). Soit ils se r&#233;signent &#224; la situation, et la guerre sera termin&#233;e. Soit (cas 1 bis), ils continuent pendant plusieurs ann&#233;es &#224; armer et entra&#238;ner l'Ukraine, en vue d'une reprise des op&#233;rations, rendant celle-ci possible. Mais naturellement dans ce cas la Russie ne restera pas inerte et le rapport de force risque de rester d&#233;favorable pour l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me hypoth&#232;se, la Russie est si nettement victorieuse qu'elle peut envisager de poursuivre son avantage en envahissant le reste de l'Ukraine, ou en tentant de dicter une paix tout &#224; fait humiliante pour celle-ci. Cette hypoth&#232;se est faible au vu de ce qu'on observe. Et elle aboutirait sans doute &#224; une acc&#233;l&#233;ration de l'effort d'aide am&#233;ricain, ce qui ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la troisi&#232;me hypoth&#232;se, aucune des parties ne parvient &#224; faire &#233;voluer une ligne de front, qui se stabiliserait sans doute sur une base proche de l'actuelle. Mais compte tenu des acquis russes &#224; ce jour, qui sont d&#233;j&#224; appr&#233;ciables, cette hypoth&#232;se ressemble &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une quatri&#232;me hypoth&#232;se, &#224; l'inverse, la Russie subit de s&#233;rieux revers, que ce soit par l'abondance des mat&#233;riels occidentaux joints &#224; la pugnacit&#233; ukrainienne, ou par le jeu de ses faiblesses propres, d&#233;j&#224; observ&#233;es autour de Kiev. S&#233;rieux revers veut dire que les Ukrainiens regagneraient tout ou partie du terrain perdu. Notons d'embl&#233;e que c'est une hypoth&#232;se &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; faible. Mais si elle devait se r&#233;aliser, cela poserait un probl&#232;me majeur aux dirigeants russes (et m&#234;me &#224; leurs amis chinois, bien que ces derniers n'aiment pas cette guerre). Certains imaginent alors le renversement de V. Poutine ; mais naturellement cela ne changerait les choses que s'il &#233;tait remplac&#233; par des mod&#233;r&#233;s pr&#234;ts &#224; accepter ce qui serait ind&#233;niablement une d&#233;faite de la Russie. Dans le contexte russe, cela para&#238;t tout &#224; fait improbable. Plus exactement, il y a un risque majeur que si elle voyait cette situation se profiler, la Russie recoure &#224; une forme d'escalade, par exemple par utilisation du nucl&#233;aire tactique. Ce qui sans doute au minimum figerait la situation, et ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des hypoth&#232;ses ; mais leur examen renforce encore la conclusion pr&#233;c&#233;dente sur la poursuite probable de la guerre &#224; horizon visible. Que vont faire alors les acteurs ext&#233;rieurs mais qui se sentent concern&#233;s par ce drame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que risquent de faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les parties tierces ainsi concern&#233;es se limitent dans la pratique aux Occidentaux. Les autres ont l'air r&#233;solu &#224; laisser les &#233;v&#233;nements militaires se d&#233;rouler, sans s'en m&#234;ler, consid&#233;rant non sans motifs qu'il n'est pas dans leur r&#244;le d'y intervenir directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la question des buts de guerre occidentaux (ou de ce qu'ils devraient &#234;tre). Mon propos ici est plut&#244;t d'analyser les comportements probables. Raisonnons d'abord d'un point de vue froid. Les Am&#233;ricains ont &#233;videmment toutes les raisons de ce monde de continuer &#224; aider les Ukrainiens. M&#234;me si la quatri&#232;me hypoth&#232;se (la meilleure pour eux en principe) est peu probable, leur aide permet d'envisager la troisi&#232;me ; et dans le pire des cas, dans la premi&#232;re hypoth&#232;se elle limite la casse et dans la deuxi&#232;me elle contribue &#224; &#233;viter. Surtout, le combat affaiblit la Russie et d&#233;montre les limites de son pouvoir militaire. Et il assure l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine en Europe. Le tout avec un impact &#233;conomique faible pour eux. Compte tenu en outre de leur approche spontan&#233;ment monolithique, leur tendance va donc &#234;tre &#224; continuer &#8211; sauf &#233;mergence de facteurs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des Europ&#233;ens est diff&#233;rente, car le co&#251;t de la guerre ou plut&#244;t celui des sanctions est d&#233;j&#224; &#233;lev&#233; pour eux et il continuera &#224; cro&#238;tre ; en outre leur capacit&#233; &#224; aider les Ukrainiens est limit&#233;e. Faire entrer l'Ukraine dans l'Union serait en l'&#233;tat &#233;videmment irresponsable. Pourtant, au stade actuel, on les voit mal prendre une autre position que l'appui &#224; l'Ukraine, pris qu'ils sont dans la logique de leur position. Mais la situation peut &#233;voluer assez vite, et elle changera certainement &#224; un moment ou un autre ; dans ce cas il leur faudra viser plus activement une forme de paix. Mais contrairement aux Am&#233;ricains, il serait alors logique qu'ils visent &#224; &#233;viter l'hypoth&#232;se 1 bis, celle dans laquelle on organiserait la revanche : ce serait trop dangereux, pour un r&#233;sultat al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que devraient faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se r&#233;f&#233;rait aux comportements vu sous un angle rationnel, d'int&#233;r&#234;ts purs. Compte tenu de la nature du d&#233;bat, il est important d'examiner les choses du point de vue d'une personne de bonne volont&#233;, attach&#233;e &#224; la paix, mais en m&#234;me temps r&#233;aliste. Beaucoup d&#233;pendra alors de l'approche &#233;thique retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;thique de conviction (au sens de Weber), on sera tent&#233; de parachuter un jugement moral &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, bas&#233; sur un principe g&#233;n&#233;ral. On brandira cet imp&#233;ratif cat&#233;gorique : une seule priorit&#233;, punir la partie jug&#233;e mauvaise, les Russes, ind&#233;niablement agresseurs, qu'il ne faut pas r&#233;compenser. Les remarques pr&#233;c&#233;dentes laissent entendre qu'on risque alors d'&#234;tre en porte &#224; faux, parce qu'on n'int&#232;grera pas la logique de la guerre (et par l&#224; des bellig&#233;rants). Dans l'imm&#233;diat, on va de fait renforcer la logique de guerre. Par la suite, on risquera d'entraver un arr&#234;t possible des hostilit&#233;s. Pas tr&#232;s convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une &#233;thique de type responsabilit&#233; (toujours au sens de Weber) peut ne pas faire beaucoup mieux. Elle peut tenter d'assurer la paix par tous les moyens, alors que la logique de la guerre serait toujours active. Ce qui a toute chance de ne pas parvenir &#224; grand-chose &#8211; une &#8216;paix' impos&#233;e par les puissances ou par l'ONU &#233;tant par exemple exclue en l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la seule &#233;thique qui tienne vraiment la route, l'&#233;thique aristot&#233;licienne, celle du jugement &#233;clair&#233; par les vertus : on examine la situation pour discerner quelle action de notre part va dans le sens du bien. A court terme, on soutient l'Ukraine, mais sans escalade. En revanche, selon les d&#233;veloppements de la situation militaire, on intervient pour faciliter l'arr&#234;t des hostilit&#233;s en s'effor&#231;ant au moment opportun de favoriser la solution la plus &#233;quitable possible, au vu de cette situation. Quant au long terme, il ne pourra &#234;tre clarifi&#233; qu'une fois la paix &#224; port&#233;e de main. C'est sans doute ce que voulait faire Beno&#238;t XV lorsqu'il a &#339;uvr&#233; pour une paix au c&#339;ur de la guerre de 14-18, constatant la lassitude des combattants, les ravages de la guerre, et les positions des deux parties. Mais il avait lui aussi sous-estim&#233; la rage de combattre, au point o&#249; en &#233;taient les uns et les autres, et donc une certaine logique de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que peut pourtant s'inscrire une action en faveur de la paix. En esp&#233;rant plus de succ&#232;s, mais nous ne sommes heureusement pas en 14-18. Il y aura donc un moment &#224; saisir. Quitte &#224; ce que le r&#233;sultat ne satisfasse pas les id&#233;ologues et les jusqu'auboutistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine n&#176; 215 &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la-paix/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>But de guerre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. Il n'a de sens que si l'enjeu le justifie. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Ce ne sont pas des objectifs fixes, mais ils d&#233;finissent ce pourquoi on se bat (ou aide d'autres &#224; se battre) ; et donc il permet d'&#233;valuer, &#224; chaque &#233;tape, les moyens qu'on engage et les risques que l'on prend. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir une Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose de plus en plus de questions. Notamment l'ivresse de l'id&#233;ologie (la grande croisade des d&#233;mocraties) conduit &#224; nourrir la mont&#233;e aux extr&#234;mes de fa&#231;on dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. Il n'a de sens que si l'enjeu le justifie. C'est le sens bien compris de l'adage de Clausewitz : la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, car cela implique qu'on fait la guerre, comme la politique, pour rechercher une certain r&#233;sultat. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Ce ne sont pas des objectifs fixes, puisque le d&#233;roulement m&#234;me de la guerre peut conduire &#224; les modifier. Mais ils d&#233;finissent ce pourquoi on se bat (ou aide d'autres &#224; se battre) ; et donc il permet d'&#233;valuer, &#224; chaque &#233;tape, les moyens qu'on engage et les risques que l'on prend. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir une Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose de plus en plus de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Typologie des buts de guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment un tr&#232;s grand nombre de tels buts de guerre possibles. Mais il me para&#238;t utile pour la r&#233;flexion d'en distinguer trois grands types au moins : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Les premiers se fondent sur une analyse de la situation fonction d'un jugement d'ordre id&#233;ologique, visant &#224; promouvoir certaines id&#233;es ou valeurs. Les seconds visent &#224; accro&#238;tre la puissance ou l'influence d'un Etat sur d'autres. Les troisi&#232;mes visent &#224; assurer au mieux l'&#233;panouissement d'une communaut&#233; clairement d&#233;finie, en g&#233;n&#233;ral nationale. Naturellement ils peuvent se combiner entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on admet que la paix est un bien en soi, il est d'embl&#233;e clair que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment. En effet une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Dans une telle vision des choses, non seulement l'emploi de la force appara&#238;t facilement comme une exigence &#233;thique, mais on tendra &#224; refuser tout compromis. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus m&#234;me de la guerre tend par ailleurs &#224; produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type imp&#233;rialiste pousse &#233;videmment aussi &#224; la guerre mais de fa&#231;on normalement plus calcul&#233;e, car si on y juge acceptable l'hypoth&#232;se de la guerre pour accro&#238;tre sa puissance, encore faut-il avoir des chances d'y r&#233;ussir sans risque ou co&#251;t excessifs. Naturellement ce type peut aussi mettre en avant des motifs id&#233;ologiques ou patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type patriotique ne fait pas de l'action sur le monde ext&#233;rieur un objectif en lui-m&#234;me. Ne se donnant pas d'objectif id&#233;ologique, ni une emprise sur le monde ext&#233;rieur, il ne pousse en soi pas &#224; la guerre &#8211; hors &#233;videmment une guerre d&#233;fensive. M&#234;me s'il peut &#224; l'occasion s'hybrider et prendre des dimensions imp&#233;rialistes (ce qu'on appelle nationalisme au sens p&#233;joratif du terme), ou id&#233;ologiques (en 14-18 la propagande des deux c&#244;t&#233;s a d&#233;peint l'ennemi comme la barbarie incarn&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, et contrairement &#224; l'id&#233;e r&#233;pandue, c'est le premier type qui est le plus favorable &#224; la guerre et notamment &#224; une guerre radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cisive dans notre monde, la politique am&#233;ricaine oscille en permanence entre ces p&#244;les. Mais la dimension id&#233;ologique y a &#233;t&#233; et reste tr&#232;s souvent consid&#233;rable, en outre fr&#233;quemment combin&#233;e (voire confondue) avec la deuxi&#232;me, l'imp&#233;rialisme. La troisi&#232;me y est plus sporadique, et prend la forme d'un repli relatif (isolationnisme). Quant &#224; l'Union europ&#233;enne (Bruxelles), &#233;tant elle-m&#234;me largement id&#233;ologique, elle tend &#224; prendre la m&#234;me pente, m&#234;me si les Etats membres sont en g&#233;n&#233;ral plus prudents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Application &#224; la guerre d'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de l'initiative m&#234;me de la guerre, la partie russe met en avant des arguments d'ordre patriotique : la menace de l'Otan, le sort des populations russophones. Ces arguments ne sont pas sans valeur, car il y a eu une r&#233;elle pouss&#233;e de l'Otan en Europe orientale, et le basculement de l'Ukraine dans ce camp pouvait &#234;tre v&#233;cu c&#244;t&#233; russe comme une menace suppl&#233;mentaire (m&#234;me si on peut douter de l'existence d'une menace directe d'attaque sur la Russie, puissance nucl&#233;aire). Mais il ne suffisent pas pour autant &#224; expliquer ou &#224; justifier l'invasion. C'est d'abord du fait de la disproportion des moyens utilis&#233;s, une guerre d'invasion en bonne et due forme, avec les ravages que cela comporte, et la remise en cause radicale des rapports internationaux qu'elle implique. En outre les buts affich&#233;s initialement (d&#233;militarisation, purge politique appel&#233;e d&#233;nazification etc.) comportaient une remise en cause en profondeur de la souverainet&#233; de l'Ukraine, elle aussi non justifiable par ces m&#234;mes motifs. Ajoutons enfin que la dimension imp&#233;rialiste est manifeste tant dans les origines et les r&#233;f&#233;rences de son syst&#232;me politique que dans d'autres interventions russes, allant bien au-del&#224; du patriotisme simple (cas &#233;vident de la Syrie), m&#234;me si elles restent limit&#233;es &#224; une zone de proximit&#233; relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, des arguments relevant eux du patriotisme (ou justifiables dans cette optique) ont conduit au d&#233;part les Occidentaux &#224; sanctionner la Russie dans son acte d'agression d'un pays souverain et &#224; aider ce dernier, mais en &#233;vitant toute entr&#233;e en guerre directe. A fortiori, la r&#233;action ukrainienne va de soi dans une perspective patriotique, m&#234;me si son r&#233;gime politique est loin d'&#234;tre irr&#233;prochable par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la situation a clairement &#233;volu&#233;. Comme toujours, quand une guerre est d&#233;clench&#233;e, elle a sa propre logique. Les Ukrainiens ont montr&#233; une capacit&#233; &#224; se battre nettement sup&#233;rieure &#224; ce qui &#233;tait commun&#233;ment &#233;valu&#233;, et ont re&#231;u une aide croissante. Et l'arm&#233;e russe a &#233;t&#233; nettement en de&#231;&#224; de ce qui &#233;tait g&#233;n&#233;ralement estim&#233;. Les combats continuent donc. Corr&#233;lativement, les buts de guerre au moins implicites ont &#233;volu&#233;. C&#244;t&#233; russe on para&#238;t s'orienter vers une annexion au moins de fait de toute la partie Est et Sud de l'Ukraine qu'il leur sera possible de r&#233;cup&#233;rer, plus riche au moins au d&#233;part, plus strat&#233;gique et plut&#244;t russophone. Buts totalement incompatibles avec ceux de l'Ukraine, qui met en avant son int&#233;grit&#233; territoriale. Le juge de paix ne peut alors &#234;tre que la guerre elle-m&#234;me. Laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, elle trouverait son terme soit dans la victoire d'un des camps (semble-t-il alors plut&#244;t russe), soit dans un &#233;puisement des parties conduisant &#224; figer le statu quo du moment. Mais plus elle dure, plus les adversaires en subissent les effets, et notamment l'Ukraine dont les infrastructures et l'&#233;conomie sortiront d&#233;vast&#233;es (sans parler bien s&#251;r des victimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; occidental en revanche, et surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus. Il s'agit d&#233;sormais d'inscrire cette guerre dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires, dans l'espoir (si on en croit les d&#233;clarations) soit d'un changement de r&#233;gime &#224; Moscou (s'il va dans le bon sens), soit d'une saign&#233;e mettant la puissance russe hors d'&#233;tat d'agir pour un bon moment. Dans une telle optique, et conform&#233;ment &#224; la logique id&#233;ologique, non seulement ou nourrit la guerre, mais on participe &#224; la surench&#232;re, &#224; l'ascension aux extr&#234;mes que la guerre tend &#224; nourrir par nature. Avec un double risque : l'un, d'&#234;tre finalement impliqu&#233; directement ; l'autre, de conduire les Russes &#224; user de moyens (comme le nucl&#233;aire tactique mais pas seulement) qui feraient basculer les rapports internationaux dans une nouvelle &#232;re. Le risque est donc &#233;lev&#233;, et l'id&#233;ologie ne donne pas de cran d'arr&#234;t. A cela s'ajoute le fait qu'une victoire ukrainienne, signifiant la reconqu&#234;te de tout son territoire, serait pour le r&#233;gime russe et la fiert&#233; nationale un r&#233;sultat d&#233;sastreux. Si une &#233;volution en ce sens devait appara&#238;tre, l'incitation &#224; acc&#233;l&#233;rer l'escalade serait alors irr&#233;sistible pour la partie russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en d&#233;duis que les buts de guerre id&#233;ologiques affich&#233;s de plus en plus par les Occidentaux, Am&#233;ricains surtout (qui n'ont rien &#224; perdre) et &#224; leur suite Europ&#233;ens (qui eux ont beaucoup &#224; perdre) sont dangereux &#8211; m&#234;me si un E. Macron est plus prudent. Sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment esp&#233;rer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant sinon plus que les Russes (cas &#233;vident de l'&#233;nergie). Ajoutons que en dehors du camp occidental, les appels au grand r&#233;cit d&#233;mocratique ne mobilisent personne sur la plan&#232;te &#8211; et pas plus les r&#233;gimes dits d&#233;mocratiques, hors Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, certains comparent la situation &#224; Munich, et rappellent que tout compromis avec Hitler &#233;tait alors illusoire. De fait, avec ce que nous savons, la guerre avec ce dernier &#233;tait in&#233;vitable. En est-il de m&#234;me ici ? Certes comme on l'a dit la Russie de Poutine a une dimension imp&#233;rialiste. Mais il n'est d'abord pas &#233;vident qu'elle repose sur une vision dichotomique et folle du monde comme celle des nazis ; en outre elle a montr&#233; jusqu'ici qu'elle continuait &#224; calculer ses effets (et donc &#224; les mesurer) m&#234;me si elle s'est &#233;videmment tromp&#233;e gravement en l'esp&#232;ce. En outre et surtout, l'&#233;tat des forces est tr&#232;s diff&#233;rent ; des puissances nucl&#233;aires majeures sont pr&#233;sentes des deux c&#244;t&#233;s, et la capacit&#233; de la Russie &#224; menacer directement des pays dans une guerre classique appara&#238;t d&#233;sormais bien faible, et nulle face &#224; l'Otan (avec sa composante am&#233;ricaine). Il n'y a donc pas de ce point de vue de risque majeur &#224; garder la mesure. Et le souci de la paix nous y conduit, notamment sur le plus long terme. Une paix qui supposera des compromis de part et d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il est urgent de garder son sang-froid et d'en revenir &#224; un patriotisme sain. Au-del&#224; de cette situation imm&#233;diate, il s'agit au fond d'accepter la r&#233;alit&#233; d'un monde multipolaire, o&#249; nous devons vivre avec des gens que peut-&#234;tre nous n'aimons pas, mais qui existent et qui par ailleurs ont pour certains l'arme nucl&#233;aire. Il convient donc en permanence de garder la t&#234;te froide avec &#224; l'esprit la consid&#233;ration de la position o&#249; on se trouve. Ce sain patriotisme n'est pas repli sur soi et ses seuls int&#233;r&#234;ts, ni abandon de ses convictions, mais recherche de la position qui a le plus de sens pour le bien de tous et notamment celui de la communaut&#233; nationale qui est la n&#244;tre, l&#224; o&#249; elle est et selon ce qu'il nous est possible de faire, et sans poursuivre des chim&#232;res potentiellement d&#233;vastatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;i&gt; N&#176; 214 juin 2022.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/aide-a-lukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Fraternit&#233;, nation et guerre juste : R&#233;flexions &#224; partir de l'encyclique Fratelli tutti </title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Nation</dc:subject>
		<dc:subject>Fratelli tutti</dc:subject>
		<dc:subject>Fraternit&#233;</dc:subject>
		<dc:subject>Pape Fran&#231;ois</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois se caract&#233;rise par une approche r&#233;solument originale. Se r&#233;f&#233;rant certes &#224; la tradition, au magist&#232;re et &#224; la Doctrine sociale, elle leur donne un tour tr&#232;s particulier, li&#233; &#224; une d&#233;marche personnelle et philosophique propre, qui aboutit &#224; durcir certains traits de la doctrine ant&#233;rieure, et &#224; faire plus ou moins silence sur d'autres, d&#233;bouchant sur un compos&#233; de tonalit&#233; et de port&#233;e nouvelles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est notamment le cas sur le th&#232;me de la fraternit&#233;, envisag&#233;e sous l'angle politique, telle que l'expose l'encyclique&lt;i&gt; Fratelli tutti&lt;/i&gt;. Un point important ici est de distinguer la &#8216;fraternit&#233;' et la &#8216;philia', cette forme d'amiti&#233; qui soude une communaut&#233; politique particuli&#232;re selon Aristote et s'exprime par des institutions politiques. La fraternit&#233;, elle, est hors structure. Insister sur celle-ci peut conduire &#224; relativiser celle-l&#224;. La limite de &lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt; est comme on va le voir, dans sa relativisation de la communaut&#233; politique et de son organe, l'Etat. Ce qui nous permettra de mieux comprendre un autre aspect de cette encyclique, la remise en cause de la th&#232;se classique de la guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Fraternit&#233;, philia et communaut&#233; politique&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les facteurs de division&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Voyons d'abord ce &#224; quoi la fraternit&#233; s'oppose. Le pape critique d'abord fermement l'individualisme, qui ne m&#232;ne pas au bien commun. Au 105 : &#171; l'individualisme ne nous rend pas plus libres, plus &#233;gaux, plus fr&#232;res. La simple somme des int&#233;r&#234;ts individuels n'est pas capable de cr&#233;er un monde meilleur pour toute l'humanit&#233;. [&#8230;] L'individualisme radical [&#8230;] nous fait croire que tout consiste &#224; donner libre cours aux ambitions personnelles, comme si en accumulant les ambitions et les s&#233;curit&#233;s individuelles nous pouvions construire le bien commun. &#187; La revendication de droits peut elle-m&#234;me &#234;tre d&#233;tourn&#233;e dans le mauvais sens, si elle est centr&#233;e sur le seul individu. Car (111) &#171; la personne humaine, dot&#233;e de droits inali&#233;nables, est de par sa nature m&#234;me ouverte aux liens. L'appel &#224; se transcender dans la rencontre avec les autres se trouve &#224; la racine m&#234;me de son &#234;tre. C'est pourquoi &#8216;il convient de faire attention pour ne pas tomber dans des &#233;quivoques qui peuvent na&#238;tre d'un malentendu sur le concept de droits humains et de leur abus paradoxal. Il y a en effet aujourd'hui la tendance &#224; une revendication toujours plus grande des droits individuels &#8211; je suis tent&#233; de dire individualistes &#8211;, qui cache une conception de la personne humaine d&#233;tach&#233;e de tout contexte social et anthropologique, presque comme une &#8216;monade' (mon&#225;s), toujours plus insensible. [&#8230;] Si le droit de chacun n'est pas harmonieusement ordonn&#233; au bien plus grand, il finit par se concevoir comme sans limites et, par cons&#233;quent, devenir source de conflits et de violences' &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on d&#233;passe l'individu, on en vient &#224; l'id&#233;e de peuple. La probl&#233;matique du &#171; peuple &#187;, au c&#339;ur des id&#233;es du pape Fran&#231;ois, est un th&#232;me majeur de l'encyclique. Ce n'est pas toujours bien compris, car le pape insiste simultan&#233;ment sur la d&#233;fense de la culture sp&#233;cifique du peuple en question, et sur ce qu'il estime &#234;tre sa n&#233;cessaire ouverture. D'un c&#244;t&#233;, dit-il, il faut s'enraciner dans cette culture et ce sentiment collectif, qu'il qualifie de &#8216;mythe', en donnant au terme un sens positif (d&#233;velopp&#233; au 158), et dont il faut pr&#233;server la sp&#233;cificit&#233;. Ainsi au 143 : &#171; la solution ne r&#233;side pas dans une ouverture qui renonce &#224; son tr&#233;sor propre. Tout comme il n'est pas de dialogue avec l'autre sans une identit&#233; personnelle, de m&#234;me il n'y a d'ouverture entre les peuples qu'&#224; partir de l'amour de sa terre, de son peuple, de ses traits culturels &#187;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, il voit ce peuple comme une entit&#233; ouverte, accueillante aux &#233;volutions et aux nouveaux venus (102). D&#232;s lors, dit-il au 160 : &#171; les groupes populistes ferm&#233;s d&#233;figurent le terme &#8216;peuple', puisqu'en r&#233;alit&#233; ce dont il parle n'est pas le vrai peuple. En effet, la cat&#233;gorie de &#8216;peuple' est ouverte. Un peuple vivant, dynamique et ayant un avenir est ouvert de fa&#231;on permanente &#224; de nouvelles synth&#232;ses int&#233;grant celui qui est diff&#233;rent. Il ne le fait pas en se reniant lui-m&#234;me, mais en &#233;tant dispos&#233; au changement, &#224; la remise en question, au d&#233;veloppement, &#224; l'enrichissement par d'autres ; et ainsi, il peut &#233;voluer. &#187;Le peuple n'est donc pas une entit&#233; d&#233;nie et stable, et ne doit pas l'&#234;tre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est ce qui explique un des points les plus controvers&#233;s de l'encyclique, celui des migrants (41). Pour le pape, le droit des migrants &#224; rechercher une vie meilleure est un droit fondamental, et aucun motif ne permet de s'y opposer, sauf &#233;videmment les droits des citoyens existants. Au (121) &#171; personne ne peut donc &#234;tre exclu, peu importe o&#249; il est n&#233;, et encore moins en raison des privil&#232;ges dont jouissent les autres parce qu'ils sont n&#233;s quelque part o&#249; existent plus de possibilit&#233;s. Les limites et les fronti&#232;res des &#201;tats ne peuvent pas s'opposer &#224; ce que cela s'accomplisse. &#187; Car (124) &#171; la conviction concernant la destination commune des biens de la terre doit s'appliquer aujourd'hui &#233;galement aux pays, &#224; leurs territoires et &#224; leurs ressources. En consid&#233;rant tout cela non seulement du point de vue de la l&#233;gitimit&#233; de la propri&#233;t&#233; priv&#233;e et des droits des citoyens d'une nation d&#233;termin&#233;e, mais aussi &#224; partir du principe premier de la destination commune des biens, nous pouvons alors affirmer que chaque pays est &#233;galement celui de l'&#233;tranger, &#233;tant donn&#233; que les ressources d'un territoire ne doivent pas &#234;tre ni&#233;es &#224; une personne dans le besoin provenant d'ailleurs. &#187; Il n'y a donc semble-t-il pas de place pour une action des autorit&#233;s publiques, en charge de la nation au sens politique du terme, pour restreindre activement l'immigration ; certes, c'est sous r&#233;serve du respect des droits de ses citoyens, mais ils ne p&#232;sent pas plus que ceux des migrants. Notons que cela se relie assez logiquement &#224; la conception du peuple comme une r&#233;alit&#233; &#233;volutive. Mais du coup cela colore la notion de bien commun : ce dernier ne repose d&#232;s lors pas sur une id&#233;e de communaut&#233; pour l'essentiel stable, d&#233;limit&#233;e, mais sur une r&#233;alit&#233; en flux. Une r&#233;alit&#233; qu'aucune autorit&#233; publique n'a m&#234;me le droit de d&#233;fini et d'en r&#233;guler la composition.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La fraternit&#233;, ou charit&#233; politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment le pape d&#233;finit-il positivement cette fraternit&#233; ? Il fait d'abord un lien &#233;troit entre souci de l'autre, respect de ses droits, et bien commun. Ainsi au 22 : le respect de ces droits humains est &#171; une condition pr&#233;alable au d&#233;veloppement m&#234;me du pays, qu'il soit social ou &#233;conomique. Quand la dignit&#233; de l'homme est respect&#233;e et que ses droits sont reconnus et garantis, fleurissent aussi la cr&#233;ativit&#233; et l'esprit d'initiative, et la personnalit&#233; humaine peut d&#233;ployer ses multiples initiatives en faveur du bien commun'. &#187; C'est une des le&#231;ons qu'il tire de la parabole du bon Samaritain, qu'il commente longuement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les d&#233;veloppements sur la fraternit&#233;, de ce que le pape appelle charit&#233; politique, qui joue un r&#244;le essentiel dans la poursuite du bien commun. Ainsi au 180 : &#171; reconna&#238;tre chaque &#234;tre humain comme un fr&#232;re ou une s&#339;ur et chercher une amiti&#233; sociale qui int&#232;gre tout le monde ne sont pas de simples utopies. [&#8230;] Il s'agit de progresser vers un ordre social et politique dont l'&#226;me sera la charit&#233; sociale. Une fois de plus, j'appelle &#224; r&#233;habiliter la politique qui &#8216;est une vocation tr&#232;s noble, elle est une des formes les plus pr&#233;cieuses de la charit&#233;, parce qu'elle cherche le bien commun'. &#187; Et &#224; nouveau, au 182 : &#171; cette charit&#233; politique suppose qu'on ait d&#233;velopp&#233; un sentiment social qui d&#233;passe toute mentalit&#233; individualiste : &#8216;la charit&#233; sociale nous fait aimer le bien commun et conduit &#224; chercher effectivement le bien de toutes les personnes, consid&#233;r&#233;es non seulement individuellement, mais aussi dans la dimension sociale qui les unit'. Chacun n'est pleinement une personne qu'en appartenant &#224; un peuple, et en m&#234;me temps, il n'y a pas de vrai peuple sans le respect du visage de chaque personne. &#187; Mais attention : ce niveau &#8216;politique' n'est pas d&#233;fini en liaison avec le niveau institutionnel, national ou &#233;tatique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, comme dit le 230 : &#171; &#8216;notre soci&#233;t&#233; gagne quand chaque personne, chaque groupe social, se sent vraiment &#224; la maison. Dans une famille, [&#8230;] personne n'est exclu. [&#8230;], tous contribuent au projet commun, tous travaillent pour le bien commun, mais sans annihiler chaque membre ; au contraire, ils le soutiennent, ils le promeuvent. &#187; Par rapport &#224; la conception traditionnelle, il y a ici &#224; noter une &#233;volution sous-jacente importante, bien que non explicit&#233;e. En effet la famille est une communaut&#233; bien d&#233;finie, alors que, comme on l'a vu, le pape voit le peuple comme une cat&#233;gorie mouvante, qui ne doit pas exclure celui qui vient du dehors : pour lui l'id&#233;e de fermeture est &#224; rejeter par principe. Mais il ne r&#233;pond alors pas &#224; la question qui vient naturellement : n'y a-t-il pas un rapport entre la nature des liens qui unissent la famille, et le fait qu'elle soit restreinte &#224; certaines personnes ? Et quelle le&#231;on en tirer pour la communaut&#233; politique nationale ? En r&#233;alit&#233;, pour lui, ce qui importe est la rencontre : au 232 : &#171; il n'y a pas de point final &#224; la construction de la paix sociale d'un pays. [&#8230;] Travail qui nous demande de ne pas rel&#226;cher l'effort de construire l'unit&#233; de la nation et, malgr&#233; les obstacles, les diff&#233;rences et les diverses approches sur la mani&#232;re de parvenir &#224; la cohabitation pacifique, de pers&#233;v&#233;rer dans la lutte afin de favoriser la culture de la rencontre qui exige de mettre au centre de toute action, sociale et &#233;conomique, la personne humaine, sa tr&#232;s haute dignit&#233; et le respect du bien commun'. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on implicite, l'Etat a certes ses devoirs et son r&#244;le, mais il n'est pas le lieu naturel de la mise en &#339;uvre du bien commun, d'autant que le peuple qui sert de support &#224; la nation est un concept mouvant. Le bien doit &#234;tre cherch&#233; d'abord &#224; un niveau plus proche des bases : les personnes et leurs communaut&#233;s (avec leurs cultures), ces derni&#232;res n'&#233;tant pas per&#231;ues comme corps constitu&#233;s, mais comme unions de personnes reli&#233;es entre elles par la fraternit&#233;. Quant au bien commun, il passe alors &#224; un niveau plus large, celui de l'humanit&#233; ; mais &#224; ce niveau, il n'y a plus d'Etat. On le voit de fa&#231;on plus explicite en consid&#233;rant l'aspect international.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le bien commun mondial&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'encyclique d&#233;veloppe en effet consid&#233;rablement la dimension internationale, dans l'optique d'un bien commun universel. L&#224; aussi on rencontre l'obstacle de l'&#233;go&#239;sme, qui est ici national. Car le niveau national est jug&#233; de moins en moins pertinent. Car (178) &#171; face &#224; tant de formes mesquines de politique et &#224; courte vue, je rappelle que &#8216;la grandeur politique se r&#233;v&#232;le quand, dans les moments difficiles, on &#339;uvre [&#8230;] en pensant au bien commun &#224; long terme. Il est tr&#232;s difficile pour le pouvoir politique d'assumer ce devoir dans un projet de nation et encore davantage dans un projet commun pour l'humanit&#233; pr&#233;sente et future. &#187; En effet (affirmation consid&#233;rable) &#171; aujourd'hui aucun &#201;tat national isol&#233; n'est en mesure d'assurer le bien commun de sa population. &#187; D&#232;s lors (154) &#171; une meilleure politique, mise au service du vrai bien commun, est n&#233;cessaire pour permettre le d&#233;veloppement d'une communaut&#233; mondiale, capable de r&#233;aliser la fraternit&#233; &#224; partir des peuples et des nations qui vivent l'amiti&#233; sociale. &#187; C'est que (172) &#171; le XXIe si&#232;cle &#8216;est le th&#233;&#226;tre d'un affaiblissement du pouvoir des &#201;tats nationaux, surtout parce que la dimension &#233;conomique et financi&#232;re, de caract&#232;re transnational, tend &#224; pr&#233;dominer sur la politique. Dans ce contexte, la maturation d'institutions internationales devient indispensable, qui doivent &#234;tre plus fortes et efficacement organis&#233;es, avec des autorit&#233;s d&#233;sign&#233;es &#233;quitablement par accord entre les gouvernements nationaux, et dot&#233;es de pouvoir pour sanctionner'. [&#8230;] On devrait au moins inclure la cr&#233;ation d'organisations mondiales plus efficaces, dot&#233;es d'autorit&#233; pour assurer le bien commun mondial, l'&#233;radication de la faim et de la mis&#232;re ainsi qu'une r&#233;elle d&#233;fense des droits humains fondamentaux. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel niveau de communaut&#233; pour comprendre le bien commun et l'amiti&#233; politique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on peut le comprendre, le bien commun est d&#232;s lors compris &#224; la fois &#224; la suite de l'enseignement ant&#233;rieur, mais d'une fa&#231;on si originale qu'elle en modifie en profondeur la signification.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans rappeler ici l'enseignement fourni de saint Jean-Paul II sur le r&#244;le de la nation, comparons rapidement avec ce que disait l'enseignement ant&#233;rieur sous sa forme synth&#233;tique la plus r&#233;cente. Selon le &lt;i&gt;Compendium de la Doctrine sociale&lt;/i&gt;, (n&#176; 164), tout d'abord &#171; le bien commun ne consiste pas dans la simple somme des biens particuliers de chaque sujet du corps social. &#201;tant &#224; tous et &#224; chacun, il est et demeure commun, car indivisible et parce qu'il n'est possible qu'ensemble de l'atteindre, de l'accro&#238;tre et de le conserver, notamment en vue de l'avenir. &#187; En outre (167) &#171; le bien commun engage tous les membres de la soci&#233;t&#233; : aucun n'est exempt&#233; de collaborer, selon ses propres capacit&#233;s, &#224; la r&#233;alisation et au d&#233;veloppement de ce bien &#187; &#187; Nous sommes ici en phase avec Fratelli tutti. En revanche, s'agissant des &#8216;devoirs de la communaut&#233; politique' on ajoutait alors (168) &#171; le bien commun est la raison d'&#234;tre de l'autorit&#233; politique. &#192; la soci&#233;t&#233; civile dont il est l'expression, l'&#201;tat doit, en effet, garantir la coh&#233;sion, l'unit&#233; et l'organisation de sorte que le bien commun puisse &#234;tre poursuivi avec la contribution de tous les citoyens. L'individu, la famille, les corps interm&#233;diaires ne sont pas en mesure de parvenir par eux-m&#234;mes &#224; leur d&#233;veloppement pl&#233;nier ; d'o&#249; la n&#233;cessit&#233; d'institutions politiques dont la finalit&#233; est de rendre accessibles aux personnes les biens n&#233;cessaires [&#8230;] pour conduire une vie vraiment humaine. &#187;. L'insistance sur le niveau &#233;tatique national &#233;tait donc bien plus nette : l'Etat, le politique institutionnalis&#233;, &#233;tait le niveau normal et naturel de la prise en charge ultime d'un bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans le texte du pape Fran&#231;ois, on l'a vu, il est fait assez peu confiance &#224; ces institutions suppos&#233;es traditionnellement en charge d'un bien commun, et notamment &#224; l'Etat national (m&#234;me s'il admet les devoirs de ce dernier &#224; cet &#233;gard). Le pape insiste plus sur le peuple que sur la nation, et ce peuple est une entit&#233; mouvante, de composition sans cesse renouvel&#233;e. En fait si on regarde l'ensemble de ses autres textes (notamment &lt;i&gt;Laudato si&lt;/i&gt;) la seule r&#233;alit&#233; vraiment porteuse, outre les personnes, est les communaut&#233;s &#224; la base. C'est l&#224;-dessus que pour le pape fonde vraiment la recherche du bien commun, son succ&#232;s ou son &#233;chec. Les corps interm&#233;diaires importent ensuite comme expression de ces communaut&#233;s de base. Le niveau politique encore au-dessus, les institutions, ne peuvent aller contre cette r&#233;alit&#233; fondamentale. Ensuite il faut passer au niveau mondial, qui appara&#238;t en d&#233;finitive le seul o&#249; le terme de bien commun est pleinement adapt&#233;. En un sens - m&#234;me si le point n'est pas explicit&#233; aussi radicalement, l'Etat ne para&#238;t plus vraiment en charge du bien commun, en cela qu'il en aurait la responsabilit&#233; ultime comme c'&#233;tait le cas traditionnellement. Ce qui est essentiel pour le pape est une conversion int&#233;rieure qui met en cause l'ensemble de nos relations. Le vrai bien commun est au fond alors le fruit de la multiplication de ces conversions permanentes, personnelles et communautaires, relay&#233;e par un processus au niveau global.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons en outre et corr&#233;lativement que le niveau de la loi naturelle et les concepts correspondants ne jouent aucun r&#244;le dans cette pens&#233;e, que ce soit en tant qu'outils d'&#233;laboration intellectuelle ou de dialogue avec les non-chr&#233;tiens. Bien s&#251;r, en un sens la fraternit&#233; par exemple pourrait &#234;tre consid&#233;r&#233;e comme relevant d'un tel concept. Mais ce n'est pas le cas dans l'expos&#233;. La fraternit&#233;, apr&#232;s &#234;tre affirm&#233;e comme telle, notamment par appui sur la parabole du bon samaritain, est rapport&#233;e en fin de texte &#224; la paternit&#233; divine suppos&#233;e latente dans les diverses religions (et pas dans le seul christianisme &#8211; ce qui incidemment est assez surprenant), mais sans m&#233;diation dans une loi naturelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Appr&#233;ciation&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, chez Fran&#231;ois le th&#232;me national est fort, mais il est culturel ; il ne se confond pas avec une organisation politique, et ne repose pas sur le bras de l'Etat. Le r&#244;le de celle-ci est vue par lui au mieux comme un relais de principes g&#233;n&#233;raux, type droits de l'homme. On le voit avec le th&#232;me des migrants. Le pape le traite &#224; partir de principes abstraits ; le droit du migrant est pr&#233;sent&#233; comme un atout dans les jeux de cartes, qui l'emporte sur toute autre consid&#233;ration (sauf bien sur les droits analogues des autochtones). Ceci se relie avec la notion qui est la sienne du bien commun. Le pape ne para&#238;t plus voir, contrairement &#224; ses pr&#233;d&#233;cesseurs, le lien de ce dernier avec une communaut&#233; r&#233;elle, organis&#233;e et structur&#233;e, et un Etat (ou une cit&#233;). Le seul bien commun est d&#233;sormais universel, et l&#224; il n'y a plus de communaut&#233; politique organis&#233;e. Ce n'est pas dans la ligne de la pens&#233;e classique de l'Eglise, qui part des communaut&#233;s r&#233;elles et qui voit la vie harmonieuse et paisible de celles-ci comme un enjeu majeur, ce en quoi le niveau organis&#233;, et notamment l'Etat, joue un r&#244;le essentiel. C'est que le bien commun n'est pas seulement l'effet d'un flux de processus bien intentionn&#233;s du fait que les personnes se seront tourn&#233;es dans le bon sens. Il suppose une analyse des r&#233;alit&#233;s de la vie en commun, de ce qui structure nos communaut&#233;s en les d&#233;limitant, et en distinguant et reconnaissant les lieux o&#249; il y a un fait commun agissant, une communaut&#233; bien pr&#233;cise, r&#233;ellement v&#233;cue, reconnue et organis&#233;e en termes d'autorit&#233; et de pouvoir. Parmi elles, je situe la nation dont le r&#244;le me para&#238;t rester essentiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La recherche du bien commun suppose ensuite de reconna&#238;tre qu'il est in&#233;vitable de faire face &#224; des oppositions ou des contradictions, car on ne se situe pas dans un monde id&#233;al, et le dialogue ne le permet pas toujours, d'o&#249; l'in&#233;vitable conflit, qu'il faut assumer. C'est ce qu'on voit avec la question de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Cons&#233;quences pour la guerre juste&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt; Ces consid&#233;rations se retrouvent en effet &#224; propos d'une autre notion, celle de la guerre juste. La th&#233;orie de la guerre juste est une des plus anciennes et des plus &#233;tablies du catholicisme. Mais le pape Fran&#231;ois la remet en cause. Il avance pour cela le motif de la guerre moderne, qui serait tellement d&#233;vastatrice par l'ascension du conflit aux extr&#234;mes qu'elle ne pourrait qu'&#234;tre exclue. Pourtant comme on le reverra l'analyse des guerres r&#233;elles depuis 60 ans prouve exactement le contraire : il y a eu un grand nombre de guerres, mais elles sont rest&#233;es tout &#224; fait en de&#231;&#224; de la guerre totale. Le motif de cette condamnation est donc ailleurs. Il est semble-t-il dans l'approche du pape : si on admet comme on le faisait traditionnellement que les communaut&#233;s humaines sont structur&#233;es sur base nationale, donc dans des organisations diverses et multiples, structur&#233;es autour d'un Etat, les rapports entre ces communaut&#233;s sont une question centrale. Et rien ne garantit a priori qu'elles soient paisibles, car il n'y a pas de super-autorit&#233; capable de les r&#233;guler. Si on ajoute que ce monde n'est pas parfait, que les gens ne sont pas toujours bien intentionn&#233;s et que les int&#233;r&#234;ts peuvent diverger, la guerre est possible. Et dans ce contexte la th&#233;orie de la guerre juste peut avoir sa place. Si en revanche on raisonne, entre Kant et Habermas, sur un espace mondial qui ne doit &#234;tre structur&#233; que par des principes g&#233;n&#233;raux comme ceux des droits de l'homme, il n'y a plus de place m&#234;me pour une hypoth&#232;se de guerre juste. Or on l'a vu la pens&#233;e du pape est plus proche de ce dernier mod&#232;le de soci&#233;t&#233; mondiale. Il n'est donc pas &#233;tonnant qu'il r&#233;cuse l'id&#233;e de guerre juste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La guerre juste dans le Cat&#233;chisme&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que disait la doctrine ant&#233;rieure ? Sous le titre &#171; Eviter la guerre &#187;, le cat&#233;chisme de l'Eglise catholique rappelle (2307) que &#171; le cinqui&#232;me commandement interdit la destruction volontaire de la vie humaine. A cause des maux et des injustices qu'entra&#238;ne toute guerre, l'&#201;glise presse instamment chacun de prier et d'agir pour que la Bont&#233; divine nous lib&#232;re de l'antique servitude de la guerre. &#187; Et donc (2308) &#171; chacun des citoyens et des gouvernants est tenu d'&#339;uvrer pour &#233;viter les guerres. &#187; Mais il ajoutait : &#171; aussi longtemps cependant &#8216;que le risque de guerre subsistera, qu'il n'y aura pas d'autorit&#233; internationale comp&#233;tente et disposant de forces suffisantes, on ne saurait d&#233;nier aux gouvernements, une fois &#233;puis&#233;es toutes les possibilit&#233;s de r&#232;glement pacifiques, le droit de l&#233;gitime d&#233;fense' (GS 79, &#167; 4). &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant aux causes des guerres, il notait au 2317 que &#171; les injustices, les in&#233;galit&#233;s excessives d'ordre &#233;conomique ou sociale, l'envie, la m&#233;fiance et l'orgueil qui s&#233;vissent entre les hommes et les nations, menacent sans cesse la paix et causent les guerres. Tout ce qui est fait pour vaincre ces d&#233;sordres contribue &#224; &#233;difier la paix et &#224; &#233;viter la guerre &#187;. Mais il ajoutait &#171; dans la mesure o&#249; les hommes sont p&#233;cheurs, le danger de guerre menace, et il en sera ainsi jusqu'au retour du Christ. Mais, dans la mesure o&#249;, unis dans l'amour, les hommes surmontent le p&#233;ch&#233;, ils surmontent aussi la violence jusqu'&#224; l'accomplissement de cette parole : &#8216;Ils forgeront leurs glaives en socs et leurs lances en serpes. On ne l&#232;vera pas le glaive nation contre nation et on n'apprendra plus la guerre' (Is 2, 4) (GS 78, &#167; 6).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte qu'il rappelait les principes sur la &#171; guerre juste &#187;. (2309) &#171; Il faut consid&#233;rer avec rigueur les strictes conditions d'une l&#233;gitime d&#233;fense par la force militaire. La gravit&#233; d'une telle d&#233;cision la soumet &#224; des conditions rigoureuses de l&#233;gitimit&#233; morale. Il faut &#224; la fois :&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s.&lt;br class='autobr' /&gt;
&#8211; Que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. La puissance des moyens modernes de destruction p&#232;se tr&#232;s lourdement dans l'appr&#233;ciation de cette condition.&lt;br class='autobr' /&gt;
Ce sont les &#233;l&#233;ments traditionnels &#233;num&#233;r&#233;s dans la doctrine dite de la &#8216;guerre juste'. L'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La logique de cet enseignement combine, notons-le, des jugements de l&#233;gitimit&#233; avec des jugements de r&#233;alit&#233; ((succ&#232;s possible, estimations qu'on ne fera pas plus de mal que de bien etc.).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le pape Fran&#231;ois remet en question cette analyse, estimant (&lt;i&gt;Fratelli tutti&lt;/i&gt;, &#167;&#167; 258 et 259) que &#171; depuis le d&#233;veloppement des armes nucl&#233;aires, chimiques ou biologiques, sans oublier les possibilit&#233;s &#233;normes et croissantes qu'offrent les nouvelles technologies, la guerre a acquis un pouvoir destructif incontr&#244;l&#233; qui affecte beaucoup de victimes civiles innocentes. [&#8230;] Nous ne pouvons donc plus penser &#224; la guerre comme une solution, du fait que les risques seront probablement toujours plus grands que l'utilit&#233; hypoth&#233;tique qu'on lui attribue. Face &#224; cette r&#233;alit&#233;, il est tr&#232;s difficile aujourd'hui de d&#233;fendre les crit&#232;res rationnels, m&#251;ris en d'autres temps, pour parler d'une possible &#8216;guerre juste'. &#187; Et il poursuit en condamnant dans son principe non seulement la dissuasion nucl&#233;aire, mais le principe m&#234;me de la d&#233;tention d'armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;R&#233;flexion sur la guerre juste&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nul doute que la guerre est un mal effrayant, et que nos jours elle peut prendre des proportions monstrueuses. Mais toute guerre, et donc toute op&#233;ration militaire, est-elle automatiquement &#224; condamner ? Certainement tout affrontement nucl&#233;aire op&#233;rant selon l'ascension aux extr&#234;mes ch&#232;re &#224; Clausewitz. Mais d'une part la dissuasion nucl&#233;aire vise &#224; l'&#233;viter, et, justement, l'exp&#233;rience de 70 ans de dissuasion montre l'effet r&#233;el obtenu de ce fait (et donc les conflits majeurs qui ont &#233;vit&#233;s). D'autre part et surtout, cette m&#234;me exp&#233;rience montre l'ampleur et la vari&#233;t&#233; des conflits d'intensit&#233; variable se situant nettement en dessous de ce seuil. Il y a m&#234;me eu depuis 70 ans tr&#232;s r&#233;guli&#232;rement de nombreux conflits de tout type, qui sont tous rest&#233;s tr&#232;s en de&#231;&#224; de la guerre totale, nucl&#233;aire ou pas. De ce point de vue la r&#233;alit&#233; observable se situe &#224; l'oppos&#233; de ce qu'affirme h&#226;tivement le pape.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ces guerres diverses paraissent en outre pouvoir relever pleinement de la probl&#233;matique de la guerre juste. Car il est des cas o&#249; ne pas lutter est plus immoral que combattre. Dans son principe,. Plus loin dans le pass&#233;, la guerre du Golfe en 1990 pouvait &#224; mon sens &#234;tre d&#233;fendue &#224; ce titre (elle r&#233;agissait &#224; une invasion caract&#233;ris&#233;e, m&#234;me si les rapports ant&#233;rieurs entre les Am&#233;ricains et le r&#233;gime iraquien &#233;taient complexes). On peut soutenir que les actions de la France au Sahel, aujourd'hui Barkhane, peuvent en relever Et inversement l'invasion de l'Iraq en 2003 doit &#234;tre condamn&#233;e &#8211; au vu de ses effets d&#233;vastateurs a fortiori. Tout comme la d&#233;sastreuse exp&#233;dition de Libye, exploitant cyniquement des pr&#233;occupations morales &#224; contre-sens, sans se pr&#233;occuper du r&#233;sultat &#224; obtenir, ni pr&#233;voir comment prendre en charge le pays, une fois les autorit&#233;s d&#233;truites. La sottise de bien des positions &#224; pr&#233;tentions moralisantes prises en leur temps sur la Syrie sans doute de m&#234;me, sans parler de la d&#233;sastreuse exp&#233;dition en Afghanistan. Pour reprendre les termes du cat&#233;chisme, dans ces divers cas o&#249; &#233;taient &#171; les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s &#187; ? Ou la conviction que &#171; l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer &#187; ? Comme on le voit en outre par ces exemples, la doctrine traditionnelle a du bon : on croit qu'elle facilite la guerre en l'autorisant dans certains cas ; en r&#233;alit&#233;, elle la d&#233;limite strictement et donne au contraire de solides crit&#232;res pour l'&#233;viter dans une majorit&#233; de cas.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Conclusion&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, il serait sans doute mal avis&#233; de voir dans ces textes du pape Fran&#231;ois une description doctrinale de la soci&#233;t&#233; politique selon l'enseignement de l'Eglise, car ils sont trop personnels pour cela. L'introduction du pape le reconna&#238;t d'ailleurs, au n&#176; 6 : &#171; Je livre cette encyclique sociale comme une modeste contribution &#224; la r&#233;flexion pour que, face aux mani&#232;res diverses et actuelles d'&#233;liminer ou d'ignorer les autres, nous soyons capables de r&#233;agir par un nouveau r&#234;ve de fraternit&#233; et d'amiti&#233; sociale qui ne se cantonne pas aux mots. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il me para&#238;t d&#232;s lors plus f&#233;cond d'insister sur le message vibrant qu'ils contiennent, leur appel &#233;mouvant &#224; notre responsabilit&#233; dans le bien commun, &#224; travers la charit&#233; ou fraternit&#233;, et &#224; la conversion que cela implique. Puissant appel &#224; nos responsabilit&#233;s, et par l&#224; &#224; &#233;couter et m&#233;diter, ce message me para&#238;t plus contestable lorsqu'il tend &#224; sous-estimer le r&#244;le des m&#233;diations institutionnelles et de l'Etat, notamment au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur la base de mon intervention au colloque de l'AIESC, 3 et 4 septembre 2021.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Le chr&#233;tien et la paix dans un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-paix-dans-un-monde-heterogene-et-instable.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Le-chretien-et-la-paix-dans-un-monde-heterogene-et-instable.html</guid>
		<dc:date>2018-09-11T13:30:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et violence</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans certains domaines, comme les relations internationales, l'enseignement de l'Eglise a une tendance croissante &#224; devenir id&#233;aliste et quelque peu utopique, notamment au vu des dures r&#233;alit&#233;s du monde d'aujourd'hui. La tendance ne date pas du pape Fran&#231;ois, comme on va le voir sur la base du Compendium de la doctrine sociale, qui est de 2005. Ceci malgr&#233; la pr&#233;sence de nombreux &#233;l&#233;ments de r&#233;alisme. De sorte que le propos oscille entre moralit&#233; r&#233;aliste et utopie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la difficult&#233; relative &#224; en tirer des conclusions pratiques, notamment en vue de la recherche de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que dit le Compendium sur la communaut&#233; internationale et la paix ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le Compendium de la Doctrine sociale de l'Eglise, de 2005, est l'instrument id&#233;al pour faire le point : largement compos&#233; de textes issus des enseignements pontificaux, il est officiel et repr&#233;sentatif des prises de parole du magist&#232;re sur ces questions, y compris dans une large mesure celui subs&#233;quent du pape Fran&#231;ois.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix en Dieu&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;e premi&#232;re est que le fondement de la paix en Dieu. A partir d'un enseignement biblique montrant l'unit&#233; du genre humain et la diversit&#233; des peuples (N&#176; 429 sqq.), le 488 rappelle que &#171; la paix est avant tout un attribut essentiel de Dieu &#187;. Et donc (493) &#171; l'action pour la paix n'est jamais dissoci&#233;e de l'annonce de l'&#201;vangile, qui est pr&#233;cis&#233;ment la &#8216;bonne nouvelle de la paix' [&#8230;] adress&#233;e &#224; tous les hommes &#187;. La dimension th&#233;ologique est donc centrale : la seule vraie paix est celle que donne Dieu, et elle suppose de se tourner vers Lui. On pourrait en d&#233;duire que dans un monde comme le n&#244;tre, o&#249; la foi est plut&#244;t secondaire, la paix risque d'&#234;tre &#233;lusive. Mais le Compendium ne va pas dans ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La paix entre les nations&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il s'agit de (433) &#171; construire une vraie communaut&#233; internationale dont l'organisation doit tendre au v&#233;ritable bien commun universel &#187; ; or &#171; l'unit&#233; de la famille humaine n'est encore pas r&#233;alis&#233;e, car elle est entrav&#233;e par des id&#233;ologies mat&#233;rialistes et nationalistes qui nient les valeurs dont est porteuse la personne consid&#233;r&#233;e int&#233;gralement, dans toutes ses dimensions. &#187;. Il y aurait donc une aspiration de fond (bien au-del&#224; de la foi), mais entrav&#233;e par des id&#233;ologies.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Son approche est d'abord morale et r&#233;aliste. Ainsi il consid&#232;re au 434 que &#171; la communaut&#233; internationale est une communaut&#233; juridique fond&#233;e sur la souverainet&#233; de chaque &#201;tat membre, sans liens de subordination qui nient ou limitent son ind&#233;pendance &#187;. Cela dit &#171; la souverainet&#233; nationale n'est toutefois pas un absolu. Les nations peuvent renoncer librement &#224; l'exercice de certains de leurs droits en vue d'un objectif commun, avec la conscience de former une &#8216;famille', o&#249; doivent r&#233;gner la confiance et le soutien r&#233;ciproques, ainsi que le respect mutuel &#187;. Comment doivent alors s'organiser les rapports entre elles ? Par le droit et la morale. Au 436 : &#171; pour r&#233;aliser et consolider un ordre international qui garantisse efficacement la coexistence pacifique entre les peuples, la m&#234;me loi morale qui r&#233;git la vie des hommes doit &#233;galement r&#233;gler les rapports entre les &#201;tats &#187;. Et (437) &#171; la r&#233;flexion juridique et th&#233;ologique, ancr&#233;e dans le droit naturel, a formul&#233; &#8216;des principes universels, qui sont ant&#233;rieurs et sup&#233;rieurs au droit interne des &#201;tats', comme l'unit&#233; du genre humain, l'&#233;gale dignit&#233; de chaque peuple, le refus de la guerre pour r&#233;gler les diff&#233;rends, l'obligation de coop&#233;rer en vue du bien commun, l'exigence de respecter les engagements souscrits &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans une deuxi&#232;me temps le Compendium va sensiblement plus loin car il estime (439) que &#171; de m&#234;me qu'&#224; l'int&#233;rieur des &#201;tats (...) le syst&#232;me de la vengeance priv&#233;e et des repr&#233;sailles a &#233;t&#233; remplac&#233; par l'autorit&#233; de la loi, de m&#234;me il est maintenant urgent qu'un semblable progr&#232;s soit r&#233;alis&#233; dans la communaut&#233; internationale &#187;. Cela va (441) jusqu'&#224; &#171; la n&#233;cessit&#233; d'instituer &#8216;une autorit&#233; publique universelle, reconnue par tous, qui jouisse d'une puissance efficace, susceptible d'assurer &#224; tous la s&#233;curit&#233;, le respect de la justice et la garantie des droits' &#187;. Sachant qu'il &#171; est essentiel que cette autorit&#233; soit le fruit d'un accord et non d'une imposition, et qu'elle ne soit pas comprise comme &#8216;un super-&#201;tat mondial' &#187;, car &#171; il n'appartient pas &#224; l'autorit&#233; de la communaut&#233; mondiale de limiter l'action que les &#201;tats exercent dans leur sph&#232;re propre, ni de se substituer &#224; eux. &#187; Subsidiaire donc, elle n'est pas impos&#233;e aux nations ; mais c'est une autorit&#233;, capable de d&#233;cider et d'imposer ses d&#233;cisions. Le propos ne donne pas une id&#233;e claire de ce que cela signifierait dans la pratique. Mais comme on le voit, on est pass&#233; ici &#224; un niveau qui au moins dans l'&#233;tat actuel des choses est clairement utopique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En dehors de ce cadre juridique, il est rappel&#233; que la paix (494) &#171; n'est pas simplement l'absence de guerre ni m&#234;me un &#233;quilibre stable entre des forces adverses, mais elle se fonde sur une conception correcte de la personne humaine et requiert l'&#233;dification d'un ordre selon la justice et la charit&#233; [&#8230;] La paix est en danger quand l'homme se voit nier ce qui lui est d&#251; en tant qu'homme, quand sa dignit&#233; n'est pas respect&#233;e et quand la coexistence n'est pas orient&#233;e vers le bien commun &#187;. Pour cela &#171; la d&#233;fense et la promotion des droits de l'homme sont essentielles &#187;. D'o&#249; l'id&#233;e que la cause principale des guerres est l'injustice, le non-respect des droits, fr&#233;quente dans les interventions pontificales, notamment du pape Fran&#231;ois. Pourtant s'il est clair que l'injustice est un facteur majeur de conflit, la corr&#233;lation entre de telles injustices pr&#233;alables et les guerres n'est pas d&#233;montr&#233;e : il y a &#233;norm&#233;ment d'injustices sans guerre, et bien des guerres ne sont pas li&#233;es directement d'abord &#224; une injustice au sens pr&#233;c&#233;dent. Apr&#232;s tout, le p&#233;ch&#233; existe aussi, et la volont&#233; de puissance, l'avidit&#233;, la haine etc. Mais plus loin il est expliqu&#233; (498) : &#171; la recherche des causes &#224; l'origine d'une guerre est donc essentielle, surtout celles li&#233;es &#224; des situations structurelles d'injustice, de mis&#232;re, d'exploitation, sur lesquelles il faut intervenir dans le but de les &#233;liminer : &#8216;C'est pourquoi l'autre nom de la paix est le d&#233;veloppement' &#187;. Ce qui laisse penser que le d&#233;veloppement, bien orient&#233;, permettrait l'&#233;limination de la violence et donc de la guerre. L'affirmation para&#238;t pour le moins hardie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'&#233;chec de la paix : la guerre et la l&#233;gitime d&#233;fense&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Du coup la violence est condamn&#233;e radicalement : (496) elle &#171; ne constitue jamais une r&#233;ponse juste [&#8230;], est inacceptable comme solution aux probl&#232;mes, [&#8230;] pas digne de l'homme [&#8230;]. La violence d&#233;truit ce qu'elle pr&#233;tend d&#233;fendre : la dignit&#233;, la vie, la libert&#233; des &#234;tres humains &#187;. Et donc &#171; ceux qui renoncent &#224; l'action violente et sanglante [&#8230;] rendent t&#233;moignage &#224; la charit&#233; &#233;vang&#233;lique &#187;. En m&#234;me temps, tout ceci vaut, dit le texte &#171; pourvu que cela se fasse sans nuire aux droits et obligations des autres hommes et des soci&#233;t&#233;s &#187;. Ce &#8216;pourvu' est lourd de restrictions, car il implique qu'on puisse recourir &#224; la violence pour faire respecter ces droits, au moins en dernier recours ; or on vient de dire que la cause principale des guerres est le non-respect des droits. L'apparente non-violence absolue est donc &#224; nuancer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, le texte envisage ensuite l'&#233;limination de la guerre. Au 497 la guerre &#171; ne constitue jamais un moyen appropri&#233; pour r&#233;soudre les probl&#232;mes qui surgissent entre les nations [&#8230;] car elle engendre des conflits nouveaux et plus complexes. &#187;. Notamment &#224; l'&#233;poque moderne, car (498) &#171; la puissance terrifiante des moyens de destruction, [&#8230;] ainsi que les relations toujours plus &#233;troites existant entre les peuples de toute la terre, rendent la limitation des cons&#233;quences d'un conflit tr&#232;s ardue ou pratiquement impossible &#187;. Ce qui incidemment ne va pas de soi (l'histoire contemporaine est riche de conflits rest&#233;s locaux et qui ont &#233;t&#233; donc contr&#244;l&#233;s).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais en m&#234;me temps et &#224; nouveau le texte permet aussi la possibilit&#233; de guerre dans certains cas. C'est d'abord le cas d'une guerre d&#233;fensive (500) : &#171; une guerre d'agression est intrins&#232;quement immorale. Dans le cas tragique o&#249; elle &#233;clate, les responsables d'un &#201;tat agress&#233; ont le droit et le devoir d'organiser leur d&#233;fense en utilisant notamment la force des armes. &#187; Plus largement le texte estime que la force peut parfois &#234;tre justifi&#233;e, et &#233;num&#232;re les conditions : &#171; pour &#234;tre licite, l'usage de la force doit r&#233;pondre &#224; certaines conditions rigoureuses : que le dommage inflig&#233; par l'agresseur &#224; la nation ou &#224; la communaut&#233; des nations soit durable, grave et certain ; que tous les autres moyens d'y mettre fin se soient r&#233;v&#233;l&#233;s impraticables ou inefficaces ; que soient r&#233;unies les conditions s&#233;rieuses de succ&#232;s ; que l'emploi des armes n'entra&#238;ne pas des maux et des d&#233;sordres plus graves que le mal &#224; &#233;liminer. [&#8230;] &#187; C'est la &#171; doctrine traditionnelle de la &#8216;guerre juste' &#187;. Et &#171; l'appr&#233;ciation de ces conditions de l&#233;gitimit&#233; morale appartient au jugement prudentiel de ceux qui ont la charge du bien commun &#187;. Dans certaines conditions, on peut aller jusqu'&#224; une guerre pr&#233;ventive, malgr&#233; les risques (501) : &#171; seule une d&#233;cision des organismes comp&#233;tents, sur la base de v&#233;rifications rigoureuses et de motivations fond&#233;es, peut donner une l&#233;gitimation internationale &#224; l'usage de la force arm&#233;e, en identifiant des situations d&#233;termin&#233;es comme une menace contre la paix et en autorisant une ing&#233;rence dans la sph&#232;re r&#233;serv&#233;e d'un &#201;tat &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que faire pour &#233;viter la guerre (outre le d&#233;veloppement et le respect des droits) ? Pour le 508 l'objectif est un &#171; d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral, &#233;quilibr&#233; et contr&#244;l&#233; &#187;. On retrouve donc ici la veine utopique. M&#234;me la dissuasion &#171; appelle de s&#233;v&#232;res r&#233;serves morales &#187;. &#171; Les politiques de dissuasion nucl&#233;aire, typiques de la p&#233;riode de la guerre froide, doivent &#234;tre remplac&#233;es par des mesures concr&#232;tes de d&#233;sarmement, bas&#233;es sur le dialogue et sur les n&#233;gociations multilat&#233;rales &#187;. Car (509) : &#171; les armes de destruction de masse - biologiques, chimiques et nucl&#233;aires - repr&#233;sentent une menace particuli&#232;rement grave &#187;. D'o&#249; l'importance de la non-prolif&#233;ration des armes nucl&#233;aires.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un &#233;quilibre instable ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, sur cette question, la Doctrine oscille entre deux tendances. D'un c&#244;t&#233;, le r&#233;alisme et le principe de subsidiarit&#233; la conduisent &#224; reconna&#238;tre que la base de la vie commune internationale, ce sont les nations. On admet aussi que la vraie paix suppose une orientation appropri&#233;e, qui est loin de r&#233;gner partout. D&#232;s lors, l'usage de la force n'est pas totalement &#233;cart&#233;, m&#234;me s'il n'est admis que sous des conditions strictes. Cela para&#238;t d&#233;boucher sur une attitude prudente et moralement responsable (r&#233;alisme moral).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on observe une tendance &#224; aspirer contre vents et mar&#233;e &#224; un type de rapports internationaux nouveau, fond&#233;s sur le d&#233;sarmement et la r&#233;solution exclusivement pacifique des conflits. Et &#224; envisager l'&#233;mergence d'une autorit&#233; internationale r&#233;ellement capable d'imposer ses d&#233;cisions. Au fond para&#238;t-on dire le dilemme serait lev&#233; si l'humanit&#233; &#233;tait unifi&#233;e sous une autorit&#233; unique, de fa&#231;on pacifique, quoique dans le respect des nations ; le tout moyennant un degr&#233; suffisant de d&#233;veloppement &#233;conomique et de respect des droits de l'homme. En revanche, et malgr&#233; le pr&#233;ambule, il n'est pas mis de pr&#233;alable religieux (conversion g&#233;n&#233;rale au Christ) : c'est l'humanit&#233; pr&#233;sente qui para&#238;t pouvoir s'engager dans cette voie de la pacification g&#233;n&#233;ralis&#233;e. Entre le souhait de faire au mieux dans les circonstances que nous connaissons, par la conversion des uns et les efforts de tous, mais en admettant la dure r&#233;alit&#233; de certains conflits, et une utopie g&#233;n&#233;reuse mais assez peu r&#233;aliste, dont les conditions de r&#233;alisation ne sont d'ailleurs pas d&#233;crites, le discours balance donc. Mais la tonalit&#233; du texte fait la part belle &#224; une pure &#233;thique de conviction. Si elle autorise de faire au mieux avec les r&#233;alit&#233;s de notre temps, elle introduit en permanence l'id&#233;e que les actions r&#233;alistes m&#234;me morales restent en de&#231;&#224; d'un id&#233;al dont on laisse entendre qu'il serait r&#233;alisable moyennant la bonne volont&#233; de tous. La mise en pratique de ces pr&#233;ceptes n'est donc pas ais&#233;e. L'exemple du Proche Orient et de la Palestine suffisent &#224; nous le confirmer.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Autant donc les exigences morales pos&#233;es par la Doctrine sont incontournables, autant le guidage pratique reste ambigu. Dans un monde comme le n&#244;tre, fort peu spirituel, aussi marqu&#233; par le p&#233;ch&#233; que les &#233;poques ant&#233;rieures, et o&#249; la perspective d'une autorit&#233; internationale forte est utopique, il para&#238;trait naturel d'en d&#233;duire que la t&#226;che &#224; accomplir sera de faire au mieux, avec prudence et dans un esprit de paix lucide, dans la mesure de nos moyens. C'est un aspect du texte. Mais il est loin de l'id&#233;al pos&#233; par ailleurs&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La r&#233;alit&#233; de notre monde&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, la recherche de la paix suppose au pr&#233;alable une &#233;valuation des donn&#233;es du probl&#232;me : quelles sont les caract&#233;ristiques de notre monde et notamment de la situation internationale, aujourd'hui et dans l'avenir pr&#233;visible, et que peut-on y faire ? Or le monde dans lequel nous vivons r&#233;ellement s'&#233;loigne sensiblement de la trajectoire d'unification paisible sous-jacente aux aspirations utopiques qu'on vient d'&#233;voquer, notamment au niveau des &#8216;autorit&#233;s' internationales, mais aussi de la culture commune. Ce monde (voir mon livre : Pierre de Lauzun Guide de survie dans un monde instable, h&#233;t&#233;rog&#232;ne, non r&#233;gul&#233; Paris TerraMare 2018) de plus en plus interconnect&#233; est, et de plus en plus :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne, avec l'&#233;mergence de puissances nouvelles issues de contextes et de cultures tr&#232;s diff&#233;rents de la matrice europ&#233;enne &#224; laquelle nous sommes habitu&#233;s, et plut&#244;t plus divergentes malgr&#233; l'effet apparent de la mondialisation. Il suffit de rappeler ici l'&#233;mergence de puissances grandes et moyennes dont l'Asie est actuellement le th&#233;&#226;tre ; m&#234;me si le plein effet militaire, strat&#233;gique et diplomatique de cette &#233;mergence ne devrait se faire sentir que dans une g&#233;n&#233;ration au plus t&#244;t. Mais il se fera sentir, de fa&#231;on aujourd'hui peu pr&#233;visible et encore moins contr&#244;lable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde marqu&#233; par des crises d&#233;stabilisatrices qui se multiplient et s'amplifient plus qu'elles ne s'apaisent : finances, migrants, &#233;cologie, en sont des exemples &#233;vidents que je ne peux que citer ici, mais ils sont familiers &#224; tous.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde faiblement et de moins en moins r&#233;gul&#233;, car la puissance encore dominante (les Etats-Unis), avec ses qualit&#233;s et ses d&#233;fauts, le sera de moins en moins, et les organisations internationales ne sauraient prendre le relais.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde id&#233;ologiquement appel&#233; &#224; &#234;tre de moins en moins h&#233;g&#233;monis&#233; par la pens&#233;e politique occidentale actuellement encore pr&#233;dominante - quoique de moins en moins (m&#234;me si elle cherche &#224; accro&#238;tre son emprise en mati&#232;re de m&#339;urs, ou de style de vie) ; les cas de la Chine et du monde musulman en t&#233;moignent, mais l'&#233;mergence d'autres pays et civilisations, &#224; un degr&#233; d'affirmation plus assur&#233; qu'aujourd'hui, les y conduira &#233;galement (l'Inde d&#233;j&#224; par exemple).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;span class=&#034;spip-puce ltr&#034;&gt;&lt;b&gt;&#8211;&lt;/b&gt;&lt;/span&gt; Un monde menac&#233; d&#232;s lors dans un avenir non imm&#233;diat mais pr&#233;visible par une recrudescence de conflits, &#224; basse intensit&#233; pour l'instant, mais qui ont toutes chances de conna&#238;tre une intensit&#233; plus forte &#224; terme, du fait de cette &#233;mergence de puissances multiples plus riches et mieux &#233;quip&#233;es &#8211; et moins contr&#244;l&#233;es par une superpuissance ; ainsi que des nombreuses occasions de crises. Et faut-il le dire, les motifs de conflits ne manqueront pas, m&#234;me en faisant abstraction des in&#233;galit&#233;s et injustices (qui ne paraissent pas en voie de r&#233;sorption).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce monde h&#233;t&#233;rog&#232;ne et instable enfin, le facteur national joue un r&#244;le majeur voire croissant. A l'exception toutefois de l'Europe. Mais l'Europe est selon de multiples crit&#232;res une aberration dans le paysage mondial (en bien ou en mal). La nation est en effet &#224; notre &#233;poque et &#224; vue humaine la seule communaut&#233; humaine organis&#233;e et l&#233;gitime au niveau politique, le seul lieu de solidarit&#233; et d'identification structur&#233;. Certes il se peut que dans ce r&#244;le elle soit un jour d&#233;pass&#233;e, si elle n'est pas &#224; la hauteur des d&#233;fis nouveaux qui la menacent (mondialisation, in&#233;galit&#233;s et migrations). Mais cela a alors toutes chances de l'&#234;tre par la recrudescence d'empires d'un nouveau type, car l'empire est la forme politique la plus adapt&#233;e &#224; des soci&#233;t&#233;s h&#233;t&#233;rog&#232;nes. On l'a vu, le Compendium reconna&#238;t ce r&#244;le de la nation ; mais il est en m&#234;me temps tiraill&#233; par ses aspirations &#224; la paix hic et nunc, notamment au moyen d'une Autorit&#233; internationale et d'un d&#233;sarmement g&#233;n&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;La question de la paix&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une recherche patiente et non l'application d'une id&#233;ologie moralisante&lt;br class='autobr' /&gt;
En tout cas, il para&#238;t se d&#233;duire de tout ceci que la recherche de la paix sera plus que jamais une t&#226;che difficile. Elle n'implique ni de rejeter la dimension nationale seul fondement des communaut&#233;s politiques et seul facteur v&#233;ritable de solidarit&#233; active entre les hommes ; ni d'abandonner la probl&#233;matique de la guerre juste, dont on a vu encore la pertinence au Moyen Orient en 2003. En m&#234;me temps elle pousse &#224; rester conscient des limites de cette communaut&#233; de nations qu'est la sc&#232;ne internationale, et des risques que peuvent pr&#233;senter tant le nationalisme que la passion id&#233;ologique, ou simplement la volont&#233; de puissance, voire l'engrenage des affrontements. Mais cela ne doit pas conduire &#224; se confier &#224; un id&#233;alisme na&#239;f inspir&#233; par une &#233;thique de conviction d&#233;sincarn&#233;e. Concr&#232;tement cette forme de paix qui est &#224; notre port&#233;e suppose de prendre en compte la r&#233;alit&#233; des faits, et non pas de parachuter des jugements moraux et des analyses abstraites sur des situations humaines complexes. Il faut notamment souligner les effets pervers des emballements id&#233;ologiques occidentaux. On l'a vu &#224; nouveau avec les printemps arabes. Le probl&#232;me n'est pas qu'on cherche &#224; aider les soci&#233;t&#233;s &#224; &#233;voluer dans un sens meilleur. Il est dans l'attitude id&#233;ologique qui plaque un sch&#233;ma de lecture irr&#233;el sur d'autres soci&#233;t&#233;s qui peuvent facilement basculer dans une violence incontr&#244;l&#233;e. Le plus difficile n'est pas d'affirmer le besoin de paix, car il est admis par la plupart, mais de discerner dans chaque situation comment l'assurer au mieux. Ce qui suppose d'envisager lucidement la possibilit&#233; qu'il existe des conflits, et d'en prendre en compte la logique, cela en vue m&#234;me de la paix.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La qu&#234;te pr&#233;caire et lucide de la paix&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De m&#234;me pour l'id&#233;e de la paix par l'action d'une autorit&#233; internationale. En t&#233;moignent les difficult&#233;s apparues &#224; l'occasion des op&#233;rations de &#8216;maintien de la paix', men&#233;es sous l'&#233;gide de l'Onu. Ce qui frappe dans ces interventions, c'est le faible r&#244;le propre de l'Onu. Dans la plupart des conflits elle n'a pas &#233;t&#233; capable d'agir. Outre la facilitation de n&#233;gociations ou un r&#244;le d'interposition, utiles &#224; l'occasion mais limit&#233;s, son r&#244;le militaire direct a &#233;t&#233; rare, et il n'a &#233;t&#233; possible que quand la force principale a &#233;t&#233; fournie par les Etats-Unis ; c'&#233;tait alors une intervention occidentale l&#233;gitim&#233;e. En outre, m&#234;me dans les cas rares o&#249; une guerre a &#233;t&#233; arr&#234;t&#233;e, il arrive souvent qu'aucune vraie paix ne s'instaure. Ainsi entre Arabes et Isra&#233;liens ou en Cor&#233;e. Le terme de &#8216;l&#233;galit&#233; internationale' est donc trompeur, car la situation est tr&#232;s diff&#233;rente de ce qu'on appelle l&#233;galit&#233; &#224; l'int&#233;rieur d'un Etat. L'Onu ne peut d'ailleurs prendre position que s'il y a majorit&#233; au Conseil de s&#233;curit&#233;. Et surtout si aucun membre permanent ne s'y oppose. D&#232;s lors elle est souvent paralys&#233;e ; et il est exclu qu'elle agisse contre une grande puissance. Et elle n'a pas par elle-m&#234;me de moyens d'ex&#233;cution, hors appui am&#233;ricain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais pendant ce temps le risque de conflit subsiste. La paralysie de l'Onu ne doit pas enrayer toute possibilit&#233; de r&#233;action face &#224; une menace r&#233;elle. Autant la concertation dans ce cadre est &#224; encourager, autant il est l&#233;gitime, lorsqu'elle a &#233;t&#233; &#233;puis&#233;e, qu'un pays prenne ses responsabilit&#233;s si la situation le justifie. Ce qui suppose bien entendu que la guerre puisse &#234;tre consid&#233;r&#233;e &#8216;juste'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelle solution peut-on alors envisager &#224; la question de la paix ? Le Compendium lui-m&#234;me le reconnait de fait : il est na&#239;f de croire qu'&#224; notre &#233;poque toute guerre est exclue, ou peut &#234;tre limit&#233;e &#224; un niveau local. Et donc m&#234;me s'il va de soi qu'il faille &#233;viter le plus possible et le cas &#233;ch&#233;ant contr&#244;ler les guerres, il y a des guerres qui doivent &#234;tre men&#233;es, parce qu'il n'y a pas d'autre solution. Se donner comme seul but l'&#233;limination totale des guerres est utopique, et peut conduire &#224; courir un risque plus &#233;lev&#233;. Quant au droit, ce qu'on appelle droit en la mati&#232;re est trop souvent incertain ou id&#233;ologique ; m&#234;me quand il est d&#233;fini, il ne comporte pas en lui-m&#234;me de capacit&#233; &#224; s'imposer. Cela ne veut pas dire qu'il faille y renoncer ; mais ses limites ne sont que trop &#233;videntes. Il n'y a pas de l&#233;galit&#233; internationale nette et univoque ; il y a tout au plus des &#233;l&#233;ments de l&#233;galit&#233;. En d'autres termes l'harmonie et la cohabitation sont des objectifs moraux et respectables ; mais il faut les chercher pragmatiquement, sans se fixer sur la pierre philosophale d'une id&#233;ologie ou d'une utopie qui, loin de fournir une solution, peuvent cr&#233;er ou aggraver les probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d&#233;finitive, la paix ne r&#233;side pas dans une formule politique comme la d&#233;mocratisation, ni dans une l&#233;galit&#233; internationale appuy&#233;e ou non sur l'Onu, ni dans des aventures militaires &#224; pr&#233;tentions moralisantes, mais dans un travail patient et sans cesse menac&#233;, fond&#233; sur une analyse de la situation r&#233;elle. Sauf &#224; accepter la paix tr&#232;s particuli&#232;re que procure un empire, il faut rechercher un certain &#233;quilibre entre les pouvoirs, selon un mod&#232;le proche de celui du XVIIIe si&#232;cle. Il faut ensuite disposer de proc&#233;dures de r&#233;solution des conflits, et c'est l&#224; qu'interviennent les institutions internationales malgr&#233; leurs limites.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut enfin un esprit de paix, qui se cultive, et l&#224; on retrouve le Compendium. C'est le devoir de tout homme de bonne volont&#233; &#8211; mais avec lucidit&#233;, et donc sans substituer arbitrairement un id&#233;al utopique &#224; la r&#233;alit&#233; des faits. En particulier, tant qu'appara&#238;tront des dirigeants sans scrupule, agressifs, tirant avantage du fait que les autres sont pacifiques, il faudra envisager, apr&#232;s &#233;puisement des voies de paix, la possibilit&#233; d'un usage raisonn&#233; de la force militaire, notamment s'ils agressent les autres. Plus profond&#233;ment, comme le note le Magist&#232;re, un v&#233;ritable esprit de paix suppose la reconnaissance de valeurs morales objectives, universelles, ind&#233;pendantes de tout dessein politique particulier, et d&#233;passant le mirage dangereux des id&#233;ologies comme le simple jeu de r&#232;gles de cohabitation. Ce qui est peu coh&#233;rent avec le relativisme qui nous domine. Sauf conversion g&#233;n&#233;rale, la Civilisation de l'Amour ch&#232;re aux Papes contemporains n'est pas la tendance spontan&#233;e de notre &#233;poque (pas plus que des autres). Elle supposerait une v&#233;ritable conversion, qui devrait &#234;tre d'ordre spirituel, et donc ne se d&#233;cr&#232;te pas : cela suppose la foi. En bonne logique pour le croyant la paix v&#233;ritable suppose donc l'&#233;vang&#233;lisation. Nous retrouvons la premi&#232;re id&#233;e du Compendium, et la Bible. Mais nous en sommes loin&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Extrait d'une intervention lors des Rencontres internationales de l'Association internationale pour l'enseignement social chr&#233;tien (1er septembre 2018).&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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