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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trump face &#224; la logique de la guerre</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Trump-face-a-la-logique-de-la-guerre.html</link>
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		<dc:date>2025-10-13T07:34:24Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Gaza</dc:subject>
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		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
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		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>
&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant). &lt;br class='autobr' /&gt;
Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Guerre-Ukraine-+.html" rel="tag"&gt;Guerre Ukraine&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Logique-de-la-guerre-+.html" rel="tag"&gt;Logique de la guerre&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/istockphoto-182187699-612x612.webp?1787417300' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='90' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Donald Trump a beaucoup insist&#233; sur une dimension de son programme : la recherche de la paix, la fin des guerres id&#233;ologiques, et le terme mis aux guerres existantes, en premier lieu l'Ukraine et Gaza. On lui pr&#234;te m&#234;me le d&#233;sir d'obtenir le Prix Nobel de la Paix, comme avant lui Barack Obama (m&#234;me si avec le recul ce dernier n'est pas tr&#232;s convaincant).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il a pu mettre en avant plusieurs interventions qui pourraient avoir eu une influence r&#233;elle dans le sens de la paix, entre Tha&#239;s et Cambodgiens, entre Indiens et Pakistanais, etc. Mais ce sont l&#224; des dossiers mineurs par rapports aux deux o&#249; il est vraiment attendu, l'Ukraine et Gaza. Sur ceux-l&#224; il a donn&#233; longtemps et donne encore souvent l'impression de patiner, loin de ses promesses initiales de r&#233;gler tout cela facilement et rapidement. M&#234;me s'il vient de marquer un point sur Gaza.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On peut, semble-t-il, admettre que sa volont&#233; de chercher la paix est r&#233;elle &#8211; m&#234;me s'il a un faible pour les solutions de force. On sait en outre que la connaissance intime de la vie internationale n'est pas son fort. Mais cela n'explique pas tout ce qui se passe. On a en effet l'impression qu'il explore successivement plusieurs hypoth&#232;ses sur tel ou tel aspect de ces conflits, pour ensuite d&#233;couvrir d'autres dimensions qui lui montrent que l'&#233;quation est plus complexe qu'il n'apparaissait. Ce faisant il progresse ; mais les probl&#232;mes r&#233;sistent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le dilemme ukrainien &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La difficult&#233; est particuli&#232;rement nette dans le cas de l'Ukraine. Tant&#244;t il fait un geste en faveur de Poutine, voit des possibilit&#233;s de coop&#233;ration fructueuse avec la Russie, comprend que Poutine ne fera jamais la paix en l&#226;chant les territoires conquis ou en laissant les troupes occidentales s'installer en Ukraine. Tant&#244;t au contraire il menace la Russie de sanctions terribles, livre des armes &#224; Kiev, d&#233;clare la victoire de ce dernier possible, et se brouille avec l'Inde pour la punir d'acheter du p&#233;trole russe. Tant&#244;t il insulte publiquement Zelenski, lui reprochant son ingratitude et son irr&#233;alisme, tant&#244;t il s'entretient cordialement avec lui. Tant&#244;t il court-circuite les Europ&#233;ens, tant&#244;t il les remet dans le jeu en vue de garanties &#224; donner &#224; l'Ukraine, et surtout pour payer les frais de le guerre en achetant du mat&#233;riel am&#233;ricain. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais au-del&#224; du processus d'apprentissage, d'une m&#233;thode bizarre de n&#233;gociation, ou du jeu normal de l'exploration des options, il semble qu'il y ait un autre facteur plus profond, une certaine ignorance ou sous-estimation de la logique de la guerre. Je l'avais not&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article sur ce m&#234;me site, en juin 2022 : &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Ukrai...&lt;/a&gt; (paix).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#171; Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise. &#187;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme je le notais d&#233;j&#224;, la guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. La Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'est pas &#224; genoux &#233;conomiquement ; elle n'a donc a priori aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment &#224; r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre (donc tant qu'il n'y a pas selon les cas perc&#233;e militaire, effondrement &#233;conomique, &#233;puisement des perspectives etc.), la guerre continuera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'ext&#233;rieur, seule une action tr&#232;s puissante pourrait &#233;ventuellement changer cet &#233;tat des choses. Mais pour Trump, cela supposerait une toute autre strat&#233;gie que celle qu'il a suivi : soit intensifier tr&#232;s brutalement les sanctions et surarmer l'Ukraine, avec de gros risques et sans &#234;tre s&#251;r que cela marche, loin de l&#224; ; surtout quand on voit, comme Trump l'a fait remarquer, les h&#233;sitations des Europ&#233;ens &#224; aller au bout de la logique des sanctions, en frappant avec d&#233;termination l'Inde et la Chine &#8211; excusez du peu. Soit, au contraire, tordre le bras de Zelenski et des Europ&#233;ens, mais dans ce qui pourrait appara&#238;tre comme une capitulation &#8211; et l&#224; encore, en supposant que cela marche. D'o&#249; l'h&#233;sitation : il a jou&#233; successivement avec ces id&#233;es diverses. Il apprend en cours de route, mais cela ne donne pas la r&#233;ponse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D'autres le&#231;ons&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, un point qui n'est pas assez soulign&#233; est le r&#244;le innovateur des guerres r&#233;elles, particuli&#232;rement &#233;vident ici en Ukraine avec l'usage des drones et autres syst&#232;mes qui ont radicalement remis en cause ou en tout cas redimensionn&#233; dans un certain usage le r&#244;le d'armes autrefois centrales comme les chars, les h&#233;licopt&#232;res de combat ou m&#234;me les avions. Le fait est clairement per&#231;u par tous mais on est loin d'en tenir toutes les cons&#233;quences, notamment aux &#201;tats-Unis et en Europe. Car ce sont pratiquement des arm&#233;es nouvelles qu'il faudrait mettre sur pied.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, cela conduit &#224; revoir en profondeur le rapport de force r&#233;el sur le continent europ&#233;en. Car les deux seules arm&#233;es qui ont une exp&#233;rience intense et compl&#232;te de ces nouvelles r&#233;alit&#233;s du combat sont l'ukrainienne et la russe. Actuellement elles se battent. Mais lorsque la guerre sera finie, elles seront sous une certain angle surpuissantes par rapport aux arm&#233;es occidentales. Et donc la Russie, &#224; mon sens peu dangereuse avant 2022 contrairement &#224; l'id&#233;e re&#231;ue, peut le devenir une fois les hostilit&#233;s termin&#233;es. En tout cas, elle aura les moyens d'autres ambitions. Mais l'Ukraine, &#233;videmment non mena&#231;ante, totalement ravag&#233;e, aura &#224; ce moment-l&#224; d&#233;velopp&#233; une sp&#233;cialit&#233; rare et recherch&#233;e : la conduite de la guerre moderne, et l'armement correspondant. Il ne faudra oublier ni l'un ni l'autre lorsqu'on consid&#233;rera les conditions de la paix. Mais d'ici l&#224;, cela colore les positions des uns et des autres ; et ni c&#244;t&#233; russe ni c&#244;t&#233; ukrainien, cela ne pousse &#224; la paix, tant qu'un certain seuil n'est pas atteint, contraignant &#224; s'arr&#234;ter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le gu&#234;pier moyen-oriental et Gaza &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paysage est diff&#233;rent, mais plus prometteur &#224; Gaza. Au d&#233;part, la m&#234;me logique est &#224; l'&#339;uvre. Laiss&#233;s &#224; eux-m&#234;mes, &#224; court terme, d'un c&#244;t&#233; Netanyahou et derri&#232;re lui une partie appr&#233;ciable d'Isra&#235;l excluait d'arr&#234;ter les op&#233;rations tant que le Hamas subsistait et gardait des otages. D'un autre c&#244;t&#233;, le Hamas n'avait pas de raisons de capituler, malgr&#233; la sup&#233;riorit&#233; militaire &#233;crasante d'Isra&#235;l, d'autant que les souffrances des Gazaouis ne le g&#234;nent pas (c'est son bouclier humain), et le servaient diplomatiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour Trump, cela se compliquait du tiraillement entre ses liens avec Isra&#235;l d'un c&#244;t&#233;, ses amiti&#233;s arabes de l'autre, notamment dans la P&#233;ninsule arabique. Mais il a ind&#233;niablement l&#224; aussi appris en cours de route, notamment &#224; &#233;couter un peu plus. Et surtout il a ici des moyens de pression bien plus substantiels qu'en Ukraine. D&#232;s lors, un accord de cessez-le-feu a pu appara&#238;tre possible, d'o&#249; son plan. On verra ce que l'op&#233;ration donnera finalement, mais cela peut permettre, dans le meilleur des cas, d'arr&#234;ter les hostilit&#233;s actuelles &#224; Gaza m&#234;me. Ce qui est une excellente chose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, plus profond&#233;ment, les vrais objectifs strat&#233;giques des deux c&#244;t&#233;s restent non seulement radicalement incompatibles, mais chacun structurel : pour Isra&#235;l, sauf pour une minorit&#233;, c'est le refus d'un Etat palestinien et la poursuite de la colonisation, au moins en Cisjordanie, avec &#224; l'horizon au moins implicite un &#233;tat juif sur l'essentiel de la Palestine. Pour le Hamas (ou, s'il dispara&#238;t, un autre mouvement du m&#234;me type), c'est la destruction d'Isra&#235;l. M&#234;me un observateur ext&#233;rieur bienveillant a du mal &#224; discerner une solution &#233;quitable, dans ce conflit sans bonne solution, deux peuples se disputant une seule terre. Voir ici &lt;a href=&#034;https://www.pierredelauzun.fr/Le-conflit-israelo-palestinien-la-frustration-d-un-conflit-sans-bonne-solution.html&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.pierredelauzun.fr/Le-co...&lt;/a&gt;. D'autant que la logique de l'antagonisme fait que chacune des parties voit l'autre, et de plus en plus, comme une menace existentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De ce fait, si Trump peut &#233;ventuellement r&#233;ellement imposer une forme de paix relative, un arr&#234;t momentan&#233; des combats en cours, cela ne r&#233;soudra pas la question de fond - m&#234;me si une telle pause serait &#233;videmment bienvenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans les deux cas donc, en conclusion, les p&#233;rip&#233;ties n'ont rien pour surprendre. Cela ne veut pas dire que les conflits dureront ind&#233;finiment, la logique m&#234;me de la guerre s'y oppose. Mais cela peut durer longtemps encore. Et surtout, tout arr&#234;t des combats peut n'&#234;tre qu'une &#233;tape dans un conflit s&#233;culaire plus large.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le Nobel attendra ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/trump-face-a-la-logique-de-la-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/trump-face-a-l...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ukraine : la logique de la guerre ne peut &#234;tre &#233;lud&#233;e &#8211; m&#234;me par qui recherche la paix</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la.html</link>
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		<dc:date>2022-06-25T16:33:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre Ukraine</dc:subject>
		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Recherche-de-la-paix-+.html" rel="tag"&gt;Recherche de la paix&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La prolongation de la guerre en Ukraine, avec ses horreurs, ses destructions, ses contrecoups &#233;conomiques ou autres, est en soi consternante pour tout esprit de bonne volont&#233;. Pourtant la guerre a sa logique propre, et l'ignorer conduit soit &#224; des d&#233;cisions malencontreuses, soit &#224; se lamenter dans le vide. Voyons comment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La logique de la guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Qui dit guerre dit choc de deux volont&#233;s en sens contraire, dont la solution est recherch&#233;e dans la violence r&#233;ciproque. Par d&#233;finition, cela suppose que l'une au moins des deux parties consid&#232;re que ce recours &#224; la force a un sens pour elle, et que l'autre soit ait la m&#234;me perception, soit pr&#233;f&#232;re r&#233;sister &#224; la premi&#232;re plut&#244;t que c&#233;der. La clef de la sortie de l'&#233;tat de guerre est d&#232;s lors principalement dans la guerre elle-m&#234;me et son r&#233;sultat sur le terrain. Mais comme la guerre est hautement consommatrice de ressources, puisque son principe est la destruction, elle a en elle-m&#234;me un facteur majeur de terminaison : elle ne peut durer ind&#233;finiment.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapport de forces sur le terrain peut d'abord aboutir &#224; la victoire d'une des deux parties, qui obtient un r&#233;sultat la conduisant &#224; cesser les op&#233;rations une fois son but atteint, ou conduisant l'autre &#224; jeter l'&#233;ponge. Alternativement, on a une situation non conclusive, mais qui ne peut durer ind&#233;finiment. A un moment donc les op&#233;rations s'arr&#234;tent, et le statu quo a des chances de se stabiliser au moins pour un temps. Bien entendu, un tel arr&#234;t des op&#233;rations n'est pas n&#233;cessairement d&#233;finitif. En effet apr&#232;s un moment de cessation des hostilit&#233;s, si le choc des volont&#233;s subsiste, la reconstruction des forces rend possible une reprise des hostilit&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais dans tous les cas, tant que ces facteurs de terminaison n'ont pas op&#233;r&#233; suffisamment, la guerre continue, car les motifs qui y ont conduit restent, et le sort des armes auxquels les deux parties ont eu recours n'a pas donn&#233; sa r&#233;ponse. Arr&#234;ter pr&#233;matur&#233;ment signifierait en effet pour celui qui va dans ce sens non seulement que tous ses efforts ant&#233;rieurs ont &#233;t&#233; vains, pertes humaines et co&#251;ts mat&#233;riels en premier lieu, mais surtout cela reviendrait &#224; accepter une forme de d&#233;faite avant qu'elle soit acquise ; or il avait par hypoth&#232;se d&#233;cid&#233; de se battre. D&#232;s lors il continue, et l'adversaire de m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; que les bonnes volont&#233;s, attach&#233;es &#224; la paix, sont d&#233;&#231;ues &#8211; un peu na&#239;vement. Leurs appels &#224; une cessation des hostilit&#233;s, si possible sans gagnant ni perdant, tombent alors presque toujours sur des oreilles sourdes. Du moins tant que la logique m&#234;me du d&#233;roulement de la guerre n'y conduise.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le cas russo-ukrainien&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La guerre en cours entre la Russie ou l'Ukraine en fournit une bonne illustration. Quelle que soit l'analyse de ses causes, le fait est qu'en f&#233;vrier l'arm&#233;e russe est entr&#233;e en Ukraine et qu'on se trouve depuis devant une situation de guerre classique et frontale entre les deux pays. Au stade actuel, la Russie occupe environ 20% du territoire ukrainien. Nous ne savons pas quel sera le sort des armes. Mais &#224; ce jour l'examen des diff&#233;rentes hypoth&#232;ses explique parfaitement pourquoi la guerre continue. La Russie vise manifestement au minimum le Donbass, peut-&#234;tre plus ; elle a une relative sup&#233;riorit&#233; mat&#233;rielle ; elle n'a donc aucune raison de s'arr&#234;ter. L'Ukraine vise &#233;videmment de r&#233;cup&#233;rer son territoire ant&#233;rieur ; elle a bien mieux r&#233;sist&#233; que ce que les experts pensaient, et re&#231;oit une aide cons&#233;quente des Occidentaux, qu'elle esp&#232;re encore faire augmenter significativement. Elle continue donc la lutte. Tant que ces facteurs seront &#224; l'&#339;uvre, la guerre continuera. Mais comme on l'a not&#233; ci-dessus, cela ne durera pas ind&#233;finiment. Sans faire de pronostic militaire, on peut &#233;voquer plusieurs hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la premi&#232;re, la Russie parvient &#224; des r&#233;sultats qu'elle pourra pr&#233;senter comme une victoire, et elle arr&#234;te toute action offensive ; cela ne peut satisfaire l'Ukraine, mais apr&#232;s un &#233;ventuel statu quo elle doit s'en accommoder. Au vu de la situation actuelle, cette hypoth&#232;se est tout &#224; fait plausible. Ce ne serait pas n&#233;cessairement une vraie paix. Dans un tel cas, la suite d&#233;pendra essentiellement certes des Ukrainiens, mais dans une large mesure des Occidentaux (en fait des Am&#233;ricains). Soit ils se r&#233;signent &#224; la situation, et la guerre sera termin&#233;e. Soit (cas 1 bis), ils continuent pendant plusieurs ann&#233;es &#224; armer et entra&#238;ner l'Ukraine, en vue d'une reprise des op&#233;rations, rendant celle-ci possible. Mais naturellement dans ce cas la Russie ne restera pas inerte et le rapport de force risque de rester d&#233;favorable pour l'Ukraine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une deuxi&#232;me hypoth&#232;se, la Russie est si nettement victorieuse qu'elle peut envisager de poursuivre son avantage en envahissant le reste de l'Ukraine, ou en tentant de dicter une paix tout &#224; fait humiliante pour celle-ci. Cette hypoth&#232;se est faible au vu de ce qu'on observe. Et elle aboutirait sans doute &#224; une acc&#233;l&#233;ration de l'effort d'aide am&#233;ricain, ce qui ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la troisi&#232;me hypoth&#232;se, aucune des parties ne parvient &#224; faire &#233;voluer une ligne de front, qui se stabiliserait sans doute sur une base proche de l'actuelle. Mais compte tenu des acquis russes &#224; ce jour, qui sont d&#233;j&#224; appr&#233;ciables, cette hypoth&#232;se ressemble &#224; la premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une quatri&#232;me hypoth&#232;se, &#224; l'inverse, la Russie subit de s&#233;rieux revers, que ce soit par l'abondance des mat&#233;riels occidentaux joints &#224; la pugnacit&#233; ukrainienne, ou par le jeu de ses faiblesses propres, d&#233;j&#224; observ&#233;es autour de Kiev. S&#233;rieux revers veut dire que les Ukrainiens regagneraient tout ou partie du terrain perdu. Notons d'embl&#233;e que c'est une hypoth&#232;se &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt; faible. Mais si elle devait se r&#233;aliser, cela poserait un probl&#232;me majeur aux dirigeants russes (et m&#234;me &#224; leurs amis chinois, bien que ces derniers n'aiment pas cette guerre). Certains imaginent alors le renversement de V. Poutine ; mais naturellement cela ne changerait les choses que s'il &#233;tait remplac&#233; par des mod&#233;r&#233;s pr&#234;ts &#224; accepter ce qui serait ind&#233;niablement une d&#233;faite de la Russie. Dans le contexte russe, cela para&#238;t tout &#224; fait improbable. Plus exactement, il y a un risque majeur que si elle voyait cette situation se profiler, la Russie recoure &#224; une forme d'escalade, par exemple par utilisation du nucl&#233;aire tactique. Ce qui sans doute au minimum figerait la situation, et ram&#232;nerait &#224; une des autres hypoth&#232;ses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce sont l&#224; des hypoth&#232;ses ; mais leur examen renforce encore la conclusion pr&#233;c&#233;dente sur la poursuite probable de la guerre &#224; horizon visible. Que vont faire alors les acteurs ext&#233;rieurs mais qui se sentent concern&#233;s par ce drame ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que risquent de faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Notons d'abord que les parties tierces ainsi concern&#233;es se limitent dans la pratique aux Occidentaux. Les autres ont l'air r&#233;solu &#224; laisser les &#233;v&#233;nements militaires se d&#233;rouler, sans s'en m&#234;ler, consid&#233;rant non sans motifs qu'il n'est pas dans leur r&#244;le d'y intervenir directement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la question des buts de guerre occidentaux (ou de ce qu'ils devraient &#234;tre). Mon propos ici est plut&#244;t d'analyser les comportements probables. Raisonnons d'abord d'un point de vue froid. Les Am&#233;ricains ont &#233;videmment toutes les raisons de ce monde de continuer &#224; aider les Ukrainiens. M&#234;me si la quatri&#232;me hypoth&#232;se (la meilleure pour eux en principe) est peu probable, leur aide permet d'envisager la troisi&#232;me ; et dans le pire des cas, dans la premi&#232;re hypoth&#232;se elle limite la casse et dans la deuxi&#232;me elle contribue &#224; &#233;viter. Surtout, le combat affaiblit la Russie et d&#233;montre les limites de son pouvoir militaire. Et il assure l'h&#233;g&#233;monie am&#233;ricaine en Europe. Le tout avec un impact &#233;conomique faible pour eux. Compte tenu en outre de leur approche spontan&#233;ment monolithique, leur tendance va donc &#234;tre &#224; continuer &#8211; sauf &#233;mergence de facteurs nouveaux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La situation des Europ&#233;ens est diff&#233;rente, car le co&#251;t de la guerre ou plut&#244;t celui des sanctions est d&#233;j&#224; &#233;lev&#233; pour eux et il continuera &#224; cro&#238;tre ; en outre leur capacit&#233; &#224; aider les Ukrainiens est limit&#233;e. Faire entrer l'Ukraine dans l'Union serait en l'&#233;tat &#233;videmment irresponsable. Pourtant, au stade actuel, on les voit mal prendre une autre position que l'appui &#224; l'Ukraine, pris qu'ils sont dans la logique de leur position. Mais la situation peut &#233;voluer assez vite, et elle changera certainement &#224; un moment ou un autre ; dans ce cas il leur faudra viser plus activement une forme de paix. Mais contrairement aux Am&#233;ricains, il serait alors logique qu'ils visent &#224; &#233;viter l'hypoth&#232;se 1 bis, celle dans laquelle on organiserait la revanche : ce serait trop dangereux, pour un r&#233;sultat al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Que devraient faire les parties tierces ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci se r&#233;f&#233;rait aux comportements vu sous un angle rationnel, d'int&#233;r&#234;ts purs. Compte tenu de la nature du d&#233;bat, il est important d'examiner les choses du point de vue d'une personne de bonne volont&#233;, attach&#233;e &#224; la paix, mais en m&#234;me temps r&#233;aliste. Beaucoup d&#233;pendra alors de l'approche &#233;thique retenue.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans une &#233;thique de conviction (au sens de Weber), on sera tent&#233; de parachuter un jugement moral &lt;i&gt;a priori&lt;/i&gt;, bas&#233; sur un principe g&#233;n&#233;ral. On brandira cet imp&#233;ratif cat&#233;gorique : une seule priorit&#233;, punir la partie jug&#233;e mauvaise, les Russes, ind&#233;niablement agresseurs, qu'il ne faut pas r&#233;compenser. Les remarques pr&#233;c&#233;dentes laissent entendre qu'on risque alors d'&#234;tre en porte &#224; faux, parce qu'on n'int&#232;grera pas la logique de la guerre (et par l&#224; des bellig&#233;rants). Dans l'imm&#233;diat, on va de fait renforcer la logique de guerre. Par la suite, on risquera d'entraver un arr&#234;t possible des hostilit&#233;s. Pas tr&#232;s convaincant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais une &#233;thique de type responsabilit&#233; (toujours au sens de Weber) peut ne pas faire beaucoup mieux. Elle peut tenter d'assurer la paix par tous les moyens, alors que la logique de la guerre serait toujours active. Ce qui a toute chance de ne pas parvenir &#224; grand-chose &#8211; une &#8216;paix' impos&#233;e par les puissances ou par l'ONU &#233;tant par exemple exclue en l'esp&#232;ce.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste la seule &#233;thique qui tienne vraiment la route, l'&#233;thique aristot&#233;licienne, celle du jugement &#233;clair&#233; par les vertus : on examine la situation pour discerner quelle action de notre part va dans le sens du bien. A court terme, on soutient l'Ukraine, mais sans escalade. En revanche, selon les d&#233;veloppements de la situation militaire, on intervient pour faciliter l'arr&#234;t des hostilit&#233;s en s'effor&#231;ant au moment opportun de favoriser la solution la plus &#233;quitable possible, au vu de cette situation. Quant au long terme, il ne pourra &#234;tre clarifi&#233; qu'une fois la paix &#224; port&#233;e de main. C'est sans doute ce que voulait faire Beno&#238;t XV lorsqu'il a &#339;uvr&#233; pour une paix au c&#339;ur de la guerre de 14-18, constatant la lassitude des combattants, les ravages de la guerre, et les positions des deux parties. Mais il avait lui aussi sous-estim&#233; la rage de combattre, au point o&#249; en &#233;taient les uns et les autres, et donc une certaine logique de la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans ce contexte que peut pourtant s'inscrire une action en faveur de la paix. En esp&#233;rant plus de succ&#232;s, mais nous ne sommes heureusement pas en 14-18. Il y aura donc un moment &#224; saisir. Quitte &#224; ce que le r&#233;sultat ne satisfasse pas les id&#233;ologues et les jusqu'auboutistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine n&#176; 215 &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/ukraine-la-logique-de-la-guerre-ne-peut-etre-eludee-meme-par-qui-recherche-la-paix/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Aide &#224; l'Ukraine : quels sont nos buts de guerre ?</title>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Recherche de la paix</dc:subject>
		<dc:subject>But de guerre</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. Il n'a de sens que si l'enjeu le justifie. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Ce ne sont pas des objectifs fixes, mais ils d&#233;finissent ce pourquoi on se bat (ou aide d'autres &#224; se battre) ; et donc il permet d'&#233;valuer, &#224; chaque &#233;tape, les moyens qu'on engage et les risques que l'on prend. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir une Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose de plus en plus de questions. Notamment l'ivresse de l'id&#233;ologie (la grande croisade des d&#233;mocraties) conduit &#224; nourrir la mont&#233;e aux extr&#234;mes de fa&#231;on dangereuse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faire la guerre, ou &#224; un degr&#233; plus limit&#233;, soutenir l'effort de guerre de quelqu'un, est un acte &#224; la fois co&#251;teux et risqu&#233;. Il n'a de sens que si l'enjeu le justifie. C'est le sens bien compris de l'adage de Clausewitz : la guerre est la continuation de la politique par d'autres moyens, car cela implique qu'on fait la guerre, comme la politique, pour rechercher une certain r&#233;sultat. D'o&#249; l'importance centrale des buts de guerre. Ce ne sont pas des objectifs fixes, puisque le d&#233;roulement m&#234;me de la guerre peut conduire &#224; les modifier. Mais ils d&#233;finissent ce pourquoi on se bat (ou aide d'autres &#224; se battre) ; et donc il permet d'&#233;valuer, &#224; chaque &#233;tape, les moyens qu'on engage et les risques que l'on prend. Or en l'esp&#232;ce, au-del&#224; d'un point de d&#233;part &#233;vident (soutenir une Etat agress&#233; et envahi), l'&#233;volution des buts de guerre occidentaux pose de plus en plus de questions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Typologie des buts de guerre&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a &#233;videmment un tr&#232;s grand nombre de tels buts de guerre possibles. Mais il me para&#238;t utile pour la r&#233;flexion d'en distinguer trois grands types au moins : id&#233;ologiques, imp&#233;rialistes et patriotiques. Les premiers se fondent sur une analyse de la situation fonction d'un jugement d'ordre id&#233;ologique, visant &#224; promouvoir certaines id&#233;es ou valeurs. Les seconds visent &#224; accro&#238;tre la puissance ou l'influence d'un Etat sur d'autres. Les troisi&#232;mes visent &#224; assurer au mieux l'&#233;panouissement d'une communaut&#233; clairement d&#233;finie, en g&#233;n&#233;ral nationale. Naturellement ils peuvent se combiner entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si on admet que la paix est un bien en soi, il est d'embl&#233;e clair que les deux premiers types favorisent les options guerri&#232;res, la premi&#232;re notamment. En effet une id&#233;ologie n'admet pas de compromis et tend &#224; classer le monde entre bons et m&#233;chants. Dans une telle vision des choses, non seulement l'emploi de la force appara&#238;t facilement comme une exigence &#233;thique, mais on tendra &#224; refuser tout compromis. Ce faisant, on favorise l'ascension aux extr&#234;mes que le processus m&#234;me de la guerre tend par ailleurs &#224; produire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type imp&#233;rialiste pousse &#233;videmment aussi &#224; la guerre mais de fa&#231;on normalement plus calcul&#233;e, car si on y juge acceptable l'hypoth&#232;se de la guerre pour accro&#238;tre sa puissance, encore faut-il avoir des chances d'y r&#233;ussir sans risque ou co&#251;t excessifs. Naturellement ce type peut aussi mettre en avant des motifs id&#233;ologiques ou patriotiques.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le type patriotique ne fait pas de l'action sur le monde ext&#233;rieur un objectif en lui-m&#234;me. Ne se donnant pas d'objectif id&#233;ologique, ni une emprise sur le monde ext&#233;rieur, il ne pousse en soi pas &#224; la guerre &#8211; hors &#233;videmment une guerre d&#233;fensive. M&#234;me s'il peut &#224; l'occasion s'hybrider et prendre des dimensions imp&#233;rialistes (ce qu'on appelle nationalisme au sens p&#233;joratif du terme), ou id&#233;ologiques (en 14-18 la propagande des deux c&#244;t&#233;s a d&#233;peint l'ennemi comme la barbarie incarn&#233;e).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, et contrairement &#224; l'id&#233;e r&#233;pandue, c'est le premier type qui est le plus favorable &#224; la guerre et notamment &#224; une guerre radicale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;cisive dans notre monde, la politique am&#233;ricaine oscille en permanence entre ces p&#244;les. Mais la dimension id&#233;ologique y a &#233;t&#233; et reste tr&#232;s souvent consid&#233;rable, en outre fr&#233;quemment combin&#233;e (voire confondue) avec la deuxi&#232;me, l'imp&#233;rialisme. La troisi&#232;me y est plus sporadique, et prend la forme d'un repli relatif (isolationnisme). Quant &#224; l'Union europ&#233;enne (Bruxelles), &#233;tant elle-m&#234;me largement id&#233;ologique, elle tend &#224; prendre la m&#234;me pente, m&#234;me si les Etats membres sont en g&#233;n&#233;ral plus prudents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Application &#224; la guerre d'Ukraine&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de l'initiative m&#234;me de la guerre, la partie russe met en avant des arguments d'ordre patriotique : la menace de l'Otan, le sort des populations russophones. Ces arguments ne sont pas sans valeur, car il y a eu une r&#233;elle pouss&#233;e de l'Otan en Europe orientale, et le basculement de l'Ukraine dans ce camp pouvait &#234;tre v&#233;cu c&#244;t&#233; russe comme une menace suppl&#233;mentaire (m&#234;me si on peut douter de l'existence d'une menace directe d'attaque sur la Russie, puissance nucl&#233;aire). Mais il ne suffisent pas pour autant &#224; expliquer ou &#224; justifier l'invasion. C'est d'abord du fait de la disproportion des moyens utilis&#233;s, une guerre d'invasion en bonne et due forme, avec les ravages que cela comporte, et la remise en cause radicale des rapports internationaux qu'elle implique. En outre les buts affich&#233;s initialement (d&#233;militarisation, purge politique appel&#233;e d&#233;nazification etc.) comportaient une remise en cause en profondeur de la souverainet&#233; de l'Ukraine, elle aussi non justifiable par ces m&#234;mes motifs. Ajoutons enfin que la dimension imp&#233;rialiste est manifeste tant dans les origines et les r&#233;f&#233;rences de son syst&#232;me politique que dans d'autres interventions russes, allant bien au-del&#224; du patriotisme simple (cas &#233;vident de la Syrie), m&#234;me si elles restent limit&#233;es &#224; une zone de proximit&#233; relative.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Face &#224; cela, des arguments relevant eux du patriotisme (ou justifiables dans cette optique) ont conduit au d&#233;part les Occidentaux &#224; sanctionner la Russie dans son acte d'agression d'un pays souverain et &#224; aider ce dernier, mais en &#233;vitant toute entr&#233;e en guerre directe. A fortiori, la r&#233;action ukrainienne va de soi dans une perspective patriotique, m&#234;me si son r&#233;gime politique est loin d'&#234;tre irr&#233;prochable par ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Depuis la situation a clairement &#233;volu&#233;. Comme toujours, quand une guerre est d&#233;clench&#233;e, elle a sa propre logique. Les Ukrainiens ont montr&#233; une capacit&#233; &#224; se battre nettement sup&#233;rieure &#224; ce qui &#233;tait commun&#233;ment &#233;valu&#233;, et ont re&#231;u une aide croissante. Et l'arm&#233;e russe a &#233;t&#233; nettement en de&#231;&#224; de ce qui &#233;tait g&#233;n&#233;ralement estim&#233;. Les combats continuent donc. Corr&#233;lativement, les buts de guerre au moins implicites ont &#233;volu&#233;. C&#244;t&#233; russe on para&#238;t s'orienter vers une annexion au moins de fait de toute la partie Est et Sud de l'Ukraine qu'il leur sera possible de r&#233;cup&#233;rer, plus riche au moins au d&#233;part, plus strat&#233;gique et plut&#244;t russophone. Buts totalement incompatibles avec ceux de l'Ukraine, qui met en avant son int&#233;grit&#233; territoriale. Le juge de paix ne peut alors &#234;tre que la guerre elle-m&#234;me. Laiss&#233;e &#224; elle-m&#234;me, elle trouverait son terme soit dans la victoire d'un des camps (semble-t-il alors plut&#244;t russe), soit dans un &#233;puisement des parties conduisant &#224; figer le statu quo du moment. Mais plus elle dure, plus les adversaires en subissent les effets, et notamment l'Ukraine dont les infrastructures et l'&#233;conomie sortiront d&#233;vast&#233;es (sans parler bien s&#251;r des victimes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; occidental en revanche, et surtout am&#233;ricain, la dimension id&#233;ologique a pris de plus en plus le dessus. Il s'agit d&#233;sormais d'inscrire cette guerre dans un grand r&#233;cit de lutte des d&#233;mocraties contre les r&#233;gimes autoritaires, dans l'espoir (si on en croit les d&#233;clarations) soit d'un changement de r&#233;gime &#224; Moscou (s'il va dans le bon sens), soit d'une saign&#233;e mettant la puissance russe hors d'&#233;tat d'agir pour un bon moment. Dans une telle optique, et conform&#233;ment &#224; la logique id&#233;ologique, non seulement ou nourrit la guerre, mais on participe &#224; la surench&#232;re, &#224; l'ascension aux extr&#234;mes que la guerre tend &#224; nourrir par nature. Avec un double risque : l'un, d'&#234;tre finalement impliqu&#233; directement ; l'autre, de conduire les Russes &#224; user de moyens (comme le nucl&#233;aire tactique mais pas seulement) qui feraient basculer les rapports internationaux dans une nouvelle &#232;re. Le risque est donc &#233;lev&#233;, et l'id&#233;ologie ne donne pas de cran d'arr&#234;t. A cela s'ajoute le fait qu'une victoire ukrainienne, signifiant la reconqu&#234;te de tout son territoire, serait pour le r&#233;gime russe et la fiert&#233; nationale un r&#233;sultat d&#233;sastreux. Si une &#233;volution en ce sens devait appara&#238;tre, l'incitation &#224; acc&#233;l&#233;rer l'escalade serait alors irr&#233;sistible pour la partie russe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;J'en d&#233;duis que les buts de guerre id&#233;ologiques affich&#233;s de plus en plus par les Occidentaux, Am&#233;ricains surtout (qui n'ont rien &#224; perdre) et &#224; leur suite Europ&#233;ens (qui eux ont beaucoup &#224; perdre) sont dangereux &#8211; m&#234;me si un E. Macron est plus prudent. Sauf issue militaire improbable, la Russie fera partie du paysage international de demain. On peut &#233;videmment esp&#233;rer que l'issue de la guerre sera le moins favorable possible pour elle, et agir en ce sens. Mais sans de ce fait prendre de risque excessif, sans nourrir l'ascension aux extr&#234;mes, et sans d&#233;truire des liens utiles ou des actifs. D&#233;j&#224; il &#233;tait irrationnel de d&#233;manteler toutes les positions des entreprises occidentales en Russie, ou de boycotter sportifs et artistes. A fortiori de mettre en place des embargos dont les Europ&#233;ens souffrent au moins autant sinon plus que les Russes (cas &#233;vident de l'&#233;nergie). Ajoutons que en dehors du camp occidental, les appels au grand r&#233;cit d&#233;mocratique ne mobilisent personne sur la plan&#232;te &#8211; et pas plus les r&#233;gimes dits d&#233;mocratiques, hors Occident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, certains comparent la situation &#224; Munich, et rappellent que tout compromis avec Hitler &#233;tait alors illusoire. De fait, avec ce que nous savons, la guerre avec ce dernier &#233;tait in&#233;vitable. En est-il de m&#234;me ici ? Certes comme on l'a dit la Russie de Poutine a une dimension imp&#233;rialiste. Mais il n'est d'abord pas &#233;vident qu'elle repose sur une vision dichotomique et folle du monde comme celle des nazis ; en outre elle a montr&#233; jusqu'ici qu'elle continuait &#224; calculer ses effets (et donc &#224; les mesurer) m&#234;me si elle s'est &#233;videmment tromp&#233;e gravement en l'esp&#232;ce. En outre et surtout, l'&#233;tat des forces est tr&#232;s diff&#233;rent ; des puissances nucl&#233;aires majeures sont pr&#233;sentes des deux c&#244;t&#233;s, et la capacit&#233; de la Russie &#224; menacer directement des pays dans une guerre classique appara&#238;t d&#233;sormais bien faible, et nulle face &#224; l'Otan (avec sa composante am&#233;ricaine). Il n'y a donc pas de ce point de vue de risque majeur &#224; garder la mesure. Et le souci de la paix nous y conduit, notamment sur le plus long terme. Une paix qui supposera des compromis de part et d'autre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;sum&#233;, il est urgent de garder son sang-froid et d'en revenir &#224; un patriotisme sain. Au-del&#224; de cette situation imm&#233;diate, il s'agit au fond d'accepter la r&#233;alit&#233; d'un monde multipolaire, o&#249; nous devons vivre avec des gens que peut-&#234;tre nous n'aimons pas, mais qui existent et qui par ailleurs ont pour certains l'arme nucl&#233;aire. Il convient donc en permanence de garder la t&#234;te froide avec &#224; l'esprit la consid&#233;ration de la position o&#249; on se trouve. Ce sain patriotisme n'est pas repli sur soi et ses seuls int&#233;r&#234;ts, ni abandon de ses convictions, mais recherche de la position qui a le plus de sens pour le bien de tous et notamment celui de la communaut&#233; nationale qui est la n&#244;tre, l&#224; o&#249; elle est et selon ce qu'il nous est possible de faire, et sans poursuivre des chim&#232;res potentiellement d&#233;vastatrices.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique Magazine.&lt;i&gt; N&#176; 214 juin 2022.&lt;/i&gt;&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/monde/aide-a-lukraine-quels-sont-nos-buts-de-guerre/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/monde/...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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<item xml:lang="fr">
		<title>La victoire militaire peut-elle &#234;tre une solution morale &#224; un conflit ? Le cas syrien</title>
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		<dc:date>2016-10-03T15:59:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Guerre juste</dc:subject>
		<dc:subject>Logique de la guerre</dc:subject>
		<dc:subject>But de guerre</dc:subject>
		<dc:subject>Guerre Syrie</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La reprise des combats &#224; Alep laisse entendre que le gouvernement syrien et ses alli&#233;s russes et iraniens ont fait le choix de la victoire militaire, au moins pour s'assurer le contr&#244;le de ce qu'on appelle la Syrie utile, de Damas &#224; Alep et jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. On s'interroge naturellement sur le succ&#232;s possible ou non de cette strat&#233;gie, qui peut &#234;tre gagnante m&#234;me si la situation est extr&#234;mement complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que je pose ici est diff&#233;rente ; elle est &#233;thique et g&#233;n&#233;rale, et va bien au-del&#224; de la Syrie : y a-t-il des cas o&#249; une situation &#233;tant ce qu'elle est, la poursuite de la victoire militaire est moralement la moins mauvaise solution ? Si oui, est-ce que cela reste vrai m&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt; Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La reprise des combats &#224; Alep laisse entendre que le gouvernement syrien et ses alli&#233;s russes et iraniens ont fait le choix de la victoire militaire, au moins pour s'assurer le contr&#244;le de ce qu'on appelle la Syrie utile, de Damas &#224; Alep et jusqu'&#224; la M&#233;diterran&#233;e. On s'interroge naturellement sur le succ&#232;s possible ou non de cette strat&#233;gie, qui peut &#234;tre gagnante m&#234;me si la situation est extr&#234;mement complexe.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question que je pose ici est diff&#233;rente ; elle est &#233;thique et g&#233;n&#233;rale, et va bien au-del&#224; de la Syrie : y a-t-il des cas o&#249; une situation &#233;tant ce qu'elle est, la poursuite de la victoire militaire est moralement la moins mauvaise solution ? Si oui, est-ce que cela reste vrai m&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;
Des guerres justes ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il ne s'agit pas ici de savoir s'il y a des cas o&#249; la guerre serait moralement meilleure que la paix : il n'y en a &#233;videmment pas. Il est toujours moralement n&#233;cessaire de chercher les moyens de parvenir rapidement &#224; la paix, d'att&#233;nuer les cons&#233;quences de la guerre pendant son d&#233;roulement, et de pr&#233;parer la paix en r&#233;duisant les s&#233;quelles in&#233;vitables de l'affrontement. Au minimum, il faut &#234;tre ouvert &#224; des discussions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est bien plut&#244;t : y a-t-il des cas o&#249; on peut avoir moralement le droit &#224; poursuivre r&#233;solument la guerre, en recherchant la paix par la victoire militaire ? Pos&#233;e en termes aussi g&#233;n&#233;raux, la r&#233;ponse me para&#238;t &#234;tre positive. La seconde guerre mondiale vient imm&#233;diatement &#224; l'esprit. Mais voyons plus en d&#233;tails ce qu'il en est, notamment d'un point de vue chr&#233;tien.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela suppose &#233;videment d'abord que la guerre en question soit juste. Or si, comme le pape Fran&#231;ois l'a rappel&#233;, il n'y a pas de guerre sainte, l'Eglise catholique a toujours reconnue l'existence de &#8216;guerres justes'. Sa doctrine traditionnelle sur ce point est d'ailleurs un mod&#232;le de pond&#233;ration. Plus pr&#233;cis&#233;ment, dans son Cat&#233;chisme au N&#176; 2309, apr&#232;s avoir rappel&#233; qu'il faut toujours essayer d'&#233;viter la guerre, elle reconnait un droit de l&#233;gitime d&#233;fense, et cons&#233;quemment la possibilit&#233; de la guerre, mais sous plusieurs conditions pr&#233;cises. Si le dommage inflig&#233; par l'agresseur est durable, grave et certain ; si tous les moyens pour le faire cesser autrement s'av&#232;rent inefficaces ou impossibles ; si les conditions sont telles qu'il y a des chances s&#233;rieuses de r&#233;ussir ; et si on ne cr&#233;e pas un mal pire par son action, notamment par l'usage qu'on fait d'armes particuli&#232;rement destructrices. Notons que ce dernier point inclut la condamnation explicite des bombardements de villes ou de r&#233;gions enti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Appliqu&#233;e &#224; la seconde guerre mondiale (c&#244;t&#233; Alli&#233;, mais aussi russe) cette doctrine me para&#238;t justifier leur combat dans son principe. Mais pas les bombardements indiscrimin&#233;s des villes allemandes et japonaises. Cet exemple montre d&#232;s lors que m&#234;me une partie qui commet des actes de barbaries, des crimes de guerre, peut rester n&#233;anmoins l&#233;gitime dans le principe &#8211; outre que, en l'esp&#232;ce, leurs adversaires avaient des m&#233;thodes semblables ou pires. Cette approbation de principe de la poursuite de la guerre c&#244;t&#233; alli&#233;s laisse cependant ouverte la question de la justification des buts de guerre de ces m&#234;mes alli&#233;s, qui &#233;taient la capitulation pure et simple de l'adversaire : par sa radicalit&#233;, cela rendait ind&#233;niablement la paix plus difficile, sauf &#233;crasement militaire total de l'adversaire. Ce qui en un sens a conduit &#224; Hiroshima. Encore une fois, sans remettre en cause la l&#233;gitimit&#233; de la guerre comme telle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Plus r&#233;cemment la guerre du Golfe de 1990, faisant suite &#224; l'invasion du Kowe&#239;t par l'Iraq rel&#232;ve tr&#232;s probablement de la m&#234;me analyse et peut &#234;tre consid&#233;r&#233;e justifiable : elle r&#233;pondait &#224; une agression pure, sans fondement, et on pouvait y r&#233;pondre efficacement sans effet disproportionn&#233;. En sens contraire l'invasion de l'Iraq en 2003 &#233;tait manifestement injustifiable selon tous les crit&#232;res disponibles.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;M&#234;me en cas de guerre civile ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Peut-on appliquer les m&#234;mes crit&#232;res au cas d'une guerre civile ? La question est embrouill&#233;e par le fait qu'une telle guerre laisse rarement indiff&#233;rents les voisins. Mais si on parle de guerre civile c'est que, au moins &#224; l'origine du conflit, on trouve les membres d'une m&#234;me communaut&#233; politique, suppos&#233;e auparavant en paix. La difficult&#233; principale dans une guerre civile est la d&#233;finition de ce qu'on peut appeler agresseur. Certains verront comme tel un gouvernement tyrannique, et trouveront justifi&#233; de se r&#233;volter contre lui. Mais le gouvernement peut lui aussi analyser comme agression une r&#233;bellion arm&#233;e. Par ailleurs se pose la question des voies alternatives &#224; la guerre : existaient-elles ou non au d&#233;part, sont-elles cr&#233;dibles ou non une fois le conflit commenc&#233; ? Cela suppose une analyse politique, par nature complexe, sur ce qui est ou aurait &#233;t&#233; possible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La r&#233;ponse commun&#233;ment apport&#233;e ici par le discours dominant est de s'en remettre &#224; des &#233;lections. Cela revient &#224; dire : si toutes les parties admettent des &#233;lections libres, le probl&#232;me sera r&#233;gl&#233;. Il va de soi que si la perspective d'&#233;lections libres est cr&#233;dible, capables de mettre en place un gouvernement reconnu comme l&#233;gitime par la plupart des parties, cela constitue une voie permettant d'&#233;viter ou d'arr&#234;ter la guerre. Malheureusement dans la pratique cela revient &#224; supposer le probl&#232;me r&#233;solu. S'il y a guerre civile, c'est que l'une ou l'autre des parties, sinon toutes, r&#233;cusent soit la possibilit&#233; de ces &#233;lections, soit leur r&#233;sultat effectif ou probable, soit m&#234;me la politique men&#233;e par un gouvernement &#233;lu qui peut d'ailleurs effectivement &#234;tre tyrannique m&#234;me s'il a &#233;t&#233; &#233;lu l&#233;gitimement. En g&#233;n&#233;ral les &#233;lections supposent l'apaisement, la paix, et ne la pr&#233;c&#233;dent pas. En outre leur cr&#233;dibilit&#233; est nulle tant que des forces arm&#233;es sont d&#233;ploy&#233;es contr&#244;lant chacune un bout du terrain.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On n'&#233;chappe donc pas &#224; la probl&#233;matique g&#233;n&#233;rale de la question de la guerre juste. Elle est aggrav&#233;e dans le cas de la guerre civile ; en effet ces guerres sont en g&#233;n&#233;ral plus f&#233;roces que les guerres entre pays ; et surtout elles ont un effet d&#233;vastateur puisqu'elles d&#233;chirent radicalement le tissu de la communaut&#233; en dressant les parties l'une contre l'autre. Il s'en d&#233;duit qu'il sera encore plus rare qu'une guerre civile soit justifi&#233;e, qu'une guerre entre pays. D'o&#249; une cons&#233;quence majeure, qu'on tire rarement : il est tr&#232;s rare qu'une insurrection soit moralement justifi&#233;e, si comme c'est le cas en g&#233;n&#233;ral elle a des chances s&#233;rieuses de d&#233;boucher sur une guerre civile. Car m&#234;me si le r&#233;gime en place est tr&#232;s discutable, voire ill&#233;gitime, presque toujours le dommage caus&#233; par lui sera inf&#233;rieur &#224; celui r&#233;sultant de la guerre civile ; en outre, les chances de succ&#232;s d'une telle r&#233;volte sont en g&#233;n&#233;ral al&#233;atoires. Cons&#233;quence encore : l'admiration b&#233;ate des Occidentaux pour les r&#233;volutions en g&#233;n&#233;ral est stupide et irresponsable. Au mieux, une r&#233;volution n'est justifi&#233;e que dans le cas d'un r&#233;gime faible, qui ne r&#233;siste pas, et qui est remplac&#233; tr&#232;s vite et efficacement par un r&#233;gime raisonnablement l&#233;gitime et stable. Mais ce cas est &#233;videmment tr&#232;s rare : la Tunisie de Ben Ali en fait sans doute partie, mais aucune autre r&#233;volution arabe parmi toutes celles qui l'ont suivie.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire du point de vue du gouvernement qui fait face &#224; une telle r&#233;volte ? Est-il moralement fond&#233; &#224; r&#233;sister par la force ? La question est un peu th&#233;orique reconnaissons-le : s'il est en place, c'est qu'il pr&#233;tend &#234;tre justifi&#233; &#224; le faire. Mais elle garde quand m&#234;me une certaine pertinence, notamment pour les tiers, la population ou les Etats &#233;trangers. Mais &#224; nouveau, l'id&#233;e occidentale implicite selon laquelle face &#224; des manifestations de masse un gouvernement doit aussit&#244;t c&#233;der le pouvoir ne tient pas debout : cela n'a de sens que si une voie pacifique de r&#233;solution du conflit existe vraiment, et si on est certain qu'elle ne d&#233;bouchera pas sur un r&#233;gime pire. Ce qui est rare. Cons&#233;quence : un gouvernement peut juger qu'il a le droit &#224; utiliser la force pour se d&#233;fendre. D'ailleurs, si en 2013 une manifestation de la taille de la Manif pour tous avait exig&#233; en France la d&#233;mission du gouvernement et march&#233; sur l'Elys&#233;e, le r&#233;gime r&#233;publicain se serait d&#233;fendu, y compris par la force. Naturellement pour que cette r&#233;action soit moralement correcte il faut qu'elle emploie des moyens raisonnables et proportionn&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si ensuite une guerre civile a &#233;clat&#233;, il peut se trouver qu'une paix soit possible par la n&#233;gociation. Mais c'est rare, sauf apr&#232;s des ann&#233;es et &#233;puisement des parties dont aucune ne parviendrait &#224; l'emporter sur le terrain. On peut aussi imaginer une intervention &#233;trang&#232;re ; mais pour &#234;tre justifiable il faut non seulement qu'elle soit rapidement victorieuse, mais qu'on puisse ensuite acheminer un pays aussi divis&#233; vers un &#233;tat de coexistence paisible, ce qui suppose que cette puissance &#233;trang&#232;re accepte de le prendre en main le pays sur la longue dur&#233;e. On mesure la raret&#233; du cas. Reste alors comme d&#233;bouch&#233; probable le d&#233;roulement de la guerre &#224; son terme, et donc la victoire d'une des parties ou une partition de droit ou de fait. On comprend de la logique qui vient d'&#234;tre d&#233;roul&#233;e que cette hypoth&#232;se puisse &#234;tre accept&#233;e, ou plus exactement qu'il est possible qu'il ne se d&#233;gage pas de meilleure solution. Ce qui &#224; nouveau, comme dans toute guerre, ne rend pas pour autant l&#233;gitime l'usage de n'importe quel moyen.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas syrien&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Loin de moi l'id&#233;e d'apporter une r&#233;ponse nette au terrible drame syrien. Au vu cependant des faits, il me para&#238;t qu'on peut &#233;noncer les points suivants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La Syrie des Assad n'&#233;tait pas un r&#233;gime satisfaisant, c'est le moins qu'on puisse dire ; c'&#233;tait et cela reste une dictature brutale. En m&#234;me temps le r&#233;gime, relativement la&#239;c, permettait la coexistence des nombreuses minorit&#233;s qui composent la Syrie, de fa&#231;on globalement paisible.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La probabilit&#233; qu'une r&#233;volte contre ce r&#233;gime ne d&#233;bouche pas sur une guerre civile &#233;tait nulle. La probabilit&#233; d'&#233;lections vraiment libres sans doute de m&#234;me. La probabilit&#233; que d'&#233;ventuelles &#233;lections ouvertes d&#233;bouchent sur un r&#233;gime islamiste, aussi brutal et autoritaire que l'existant mais beaucoup moins tol&#233;rant, &#233;tait tr&#232;s forte. La base politique des d&#233;mocrates la&#239;cs &#224; l'occidentale y &#233;tait et reste tr&#232;s faible. Il r&#233;sulte de cela une cons&#233;quence claire : autant une action politique pacifique (interne ou externe) &#233;tait justifi&#233;e, autant tout encouragement &#224; la r&#233;bellion &#233;tait irresponsable. A fortiori l'appui massif, en finances et en armement, que celle-ci a re&#231;u, tant des Occidentaux que des Saoudiens et de leurs amis. On peut en d&#233;duire aussi que le r&#233;gime pouvait se juger fond&#233; &#224; r&#233;sister &#224; la r&#233;volte. Il est caract&#233;ristique que les chr&#233;tiens syriens l'aient presque tous soutenu. Sans l'intervention &#233;trang&#232;re la guerre serait finie depuis longtemps, et au profit du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On dira : les moyens de r&#233;pression utilis&#233;s par ce r&#233;gime &#233;taient et sont f&#233;roces et disproportionn&#233;. C'est sans doute vrai, m&#234;me si l'information que nous recevons est biais&#233;e et unilat&#233;rale, essentiellement aux mains des ennemis de ce r&#233;gime, et s'apparente plut&#244;t &#224; de la propagande. Mais on l'a vu avec la seconde guerre mondiale, la mise en &#339;uvre de moyens condamnables m&#234;me av&#233;r&#233;s ne suffit pas ipso facto &#224; rendre injuste un combat. D'autant que la sup&#233;riorit&#233; morale de ses adversaires reste &#224; prouver sur ce plan &#233;galement. Le d&#233;bat n'est pas aussi facilement tranch&#233; qu'on le pr&#233;tend ; en outre une condamnation ne donne pas en soi de solution.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Maintenant la guerre est lanc&#233;e, et elle a atteint un niveau de complexit&#233; sans pr&#233;c&#233;dent pour un pays de cette taille, puisqu'on peut compter au minimum 4 camps, en guerre active ou potentielle chacun avec les autres (le r&#233;gime, les Kurdes, Daech, et la r&#233;bellion - qui est pour l'essentiel islamiste et elle-m&#234;me divis&#233;e), ce &#224; quoi s'ajoutent de nombreuses puissances &#233;trang&#232;res parties prenantes tr&#232;s actives. L'issue en est donc impr&#233;visible, m&#234;me si un certain avantage appara&#238;t se d&#233;gager actuellement en faveur du r&#233;gime.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comment la paix peut &#234;tre possible ? La paix impos&#233;e de l'&#233;tranger est au fond le but des n&#233;gociations russo-am&#233;ricaines. Ses chances de succ&#232;s ne sont pas nulles mais faibles (en supposant les parties bien intentionn&#233;es) ; et ce serait sans doute une partition. Cela supposerait en outre une pr&#233;sence militaire &#233;trang&#232;re durable. La voie est donc tr&#232;s &#233;troite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Si cela ne marche pas, il ne reste que la solution militaire. A nouveau cela ne justifie pas n'importe quels moyens. Mais on comprend qu'elle se r&#233;active d&#232;s que la voie des n&#233;gociations s'enlise, ou que le terrain s'embrase pour une raison ou une autre. Actuellement c'est le r&#233;gime qui est reparti &#224; l'assaut &#224; Alep ; et les m&#233;dias occidentaux de s'indigner. Mais si c'&#233;tait les rebelles qui avaient lanc&#233; l'assaut sur Alep on aurait &#233;t&#233; beaucoup moins regardant. Il est normal de s'indigner car ces populations souffrent ; et cela peut aider &#224; limiter la casse en mod&#233;rant les agressions. Mais il faut &#234;tre lucide sur ce qui se passe : quand on n'arrive pas &#224; construire une paix tol&#233;rable, la guerre poursuit sa logique.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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