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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Ecologie, croissance et d&#233;croissance (deuxi&#232;me de 3 articles)</title>
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		<dc:date>2022-07-11T16:29:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et science</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;croissance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Decroissance-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;croissance&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance, capitalisme et soci&#233;t&#233; moderne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions en faveur de la d&#233;croissance m&#233;ritent un examen nuanc&#233;, mais critique. Evacuons d'abord la question du rapport avec le capitalisme. Ces conceptions combinent en effet deux lignes de r&#233;flexion assez diff&#233;rentes. D'un c&#244;t&#233;, une analyse de fait, dans la ligne de l'&#233;cologie dure, consid&#233;rant que la croissance actuelle est insoutenable, et plus g&#233;n&#233;ralement toute croissance impossible &#224; terme, d'o&#249; une remise en cause radicale du syst&#232;me &#233;conomique actuel. Nous y reviendrons, mais notons qu'on va alors bien au-del&#224; de la critique du seul capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, il y a une confusion entre l'id&#233;e de capitalisme (l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent), celle de productivisme, et des r&#233;alit&#233;s comme le march&#233; ou l'entreprise. Il est l&#233;gitime de rep&#233;rer comme cause premi&#232;re de ce que notre emprise sur la nature a de malsain cette id&#233;e que la croissance mat&#233;rielle doit &#234;tre poursuivie co&#251;te que co&#251;te, que le progr&#232;s mesur&#233; mat&#233;riellement est in&#233;luctable et bon par nature, et que la nature est l&#224; pour &#234;tre utilis&#233;e selon nos d&#233;sirs &#8211; ce qu'on peut appeler productivisme. Cela ne condamne pas la croissance en soi, mais cela conduit &#224; remettre en cause cet a priori consistant &#224; se consid&#233;rer autoris&#233; &#224; arraisonner la nature sans souci des cons&#233;quences et des effets. Mais cette attitude arrogante ne se confond pas purement et simplement avec le capitalisme, quels que soient les d&#233;fauts de ce dernier. Le capitalisme est fondamentalement cette id&#233;e que l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent ; il fait &#233;videmment tr&#232;s bon m&#233;nage avec ce productivisme. Mais on peut avoir un productivisme tr&#232;s violent, et d&#233;vastateur pour l'environnement, sans capitalisme : on l'a vu en Union sovi&#233;tique. On peut dire ce qu'on veut, mais l'&#233;conomie n'y &#233;tait pas domin&#233;e par l'argent ; elle l'&#233;tait par le culte du pouvoir et de la croissance mat&#233;rielle. La Chine actuelle rel&#232;ve en partie de cet analyse. Le paradigme technologique est donc plus large que le capitalisme au sens propre du terme. Or si le capitalisme au sens &#233;troit du terme, qui privil&#233;gie l'accumulation, s'accommode tr&#232;s naturellement d'un syst&#232;me d'arraisonnement brutal de la nature et de croissance sauvage, inversement il n'est pas &#233;vident qu'il exige la croissance comme une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, en soi ; et sa capacit&#233; &#224; s'adapter est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce sont nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral qui se sont fond&#233;es sur ce type de croissance. Toute remise en cause de notre mode de vie collectif, et notamment du type de croissance que nous connaissons, affecterait n&#233;cessairement, et en profondeur nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral, plus encore que le capitalisme tel que nous le connaissons. Y compris la d&#233;mocratie moderne. En effet, l'individualisme et le relativisme ambiants impliquent que la seule r&#233;f&#233;rence est les pr&#233;f&#233;rences des individus, et non l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et encore moins le bien commun ; cela fait donc tr&#232;s bon m&#233;nage avec le productivisme, car plus la croissance qu'on vise est forte, plus il y a de gens satisfaits &#224; court terme. Cela s'accorde aussi avec le capitalisme ; mais cela peut parfaitement se passer de ce dernier : la d&#233;mocratie par exemple est suppos&#233;e refl&#233;ter les pr&#233;f&#233;rences des gens et peut donc &#234;tre individualiste et mat&#233;rialiste sans qu'il y ait capitalisme. Conspuer le &#8216;capitalisme' sans plus de pr&#233;cisions comme le font nombre d'&#233;cologistes est donc simpliste. Ce n'est pas enti&#232;rement injustifi&#233;, tant s'en faut, mais cela m&#233;lange les probl&#232;mes sans bien pr&#233;ciser la cible. En r&#233;alit&#233;, ce qui importe est le syst&#232;me de valeur ou l'anthropologie dominante, et sa traduction dans des institutions et un syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, reconnaissons que le march&#233; est, lui, d'un tout autre ordre ; c'est un outil social, qui existe dans toutes les soci&#233;t&#233;s un tant soit peu libres, car il r&#233;sulte de l'interaction entre les agents. Certes, le capitalisme lui donne une place majeure et en offre une conception particuli&#232;re et envahissante. Mais le march&#233; existe sans ce qu'on appelle capitalisme : il est l'expression de la confrontation des choix des personnes et refl&#232;te leurs priorit&#233;s, lesquelles ne sont pas n&#233;cessairement limit&#233;es ni &#224; l'argent tout-puissant, ni &#224; des caprices personnels arbitraires. En soi, si le syst&#232;me de valeur collectif &#233;volue, le march&#233; au sens propre tendra &#224; refl&#233;ter ces nouvelles valeurs dominantes, car c'est sa fonction ; en outre, bien entendu, comme tout march&#233;, il doit &#234;tre encadr&#233; par des lois, et des institutions comme les tribunaux. Cela suppose de s'&#233;loigner du capitalisme individualiste et mat&#233;rialiste, mais pas d'une soci&#233;t&#233; &#233;conomiquement d&#233;centralis&#233;e, avec libert&#233; &#233;conomique et march&#233;. Bien au contraire, sans prise en charge par des personnes autonomes, aucune &#233;cologie n'est possible ou cr&#233;dible. Or s'il y a des personnes autonomes il y a march&#233;, m&#234;me si ce n'est pas leur seul mode d'expression &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : position du probl&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant au niveau concret. Si le type de croissance que nous connaissons trouve sa fin, ce sera soit parce que le syst&#232;me rencontrera des limites incontournables qui le bouleverseront comme syst&#232;me, dans une grande crise. Soit parce qu'un choix de valeurs diff&#233;rentes, en outre politiquement assum&#233;, sera intervenu, comportant modification en profondeur de notre genre de vie. C'est cette deuxi&#232;me voie qu'explorent les partisans de la d&#233;croissance. Cela d&#233;bouche en g&#233;n&#233;ral sur deux s&#233;ries de propositions. D'un c&#244;t&#233;, une r&#233;duction volontariste de la production et de la consommation, bien au-del&#224; de la frugalit&#233;, d'une consommation plus r&#233;duite et plus qualitative. D'un autre c&#244;t&#233;, une reterritorialisation, s'opposant &#224; la mondialisation et privil&#233;giant les circuits courts et la production directe. Le lien entre ces deux lignes n'est pas automatique ; notamment, le refus de la croissance peut conduire d'autres &#233;cologistes durs &#224; proposer des mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s centralis&#233;s, voire tr&#232;s autoritaires. Inversement, on peut vouloir un mode de consommation diff&#233;rent et la renaissance de communaut&#233;s locales sans &#234;tre convaincu de l'impossibilit&#233; de toute croissance et sans voir comme une n&#233;cessit&#233; la sortie d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'entreprise et le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons d'ores et d&#233;j&#224; faire quelques remarques. Il est d'abord difficile de ne pas prendre en compte les demandes de r&#233;duction de notre consommation fr&#233;n&#233;tique, ainsi que la prise en compte de limites &#233;cologiques. Il en est de m&#234;me de l'&#233;loge des communaut&#233;s locales et de la subsidiarit&#233; ; une reterritorialisation partielle en serait une cons&#233;quence naturelle. Il y a donc ici des intuitions de base et des exigences qu'on ne peut que rejoindre. Mais on va bien plus loin. Une v&#233;ritable propagande culpabilisante s'abat sur une opinion incapable de faire la part du vrai et du faux, mais qui se trouve de ce fait accul&#233;e &#224; envisager l'avenir en termes purement n&#233;gatifs. Ce qui est d'autant plus d&#233;sesp&#233;rant pour les milieux populaires que par ailleurs leurs perspectives s'assombrissent, en Occident notamment, avec la mondialisation et la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s. En outre, si on reste coh&#233;rent avec la dramatisation, cela implique une action politique brutale, impos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;, ce qui a rarement port&#233; de bons fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous conduit &#224; trois remarques. La premi&#232;re est que si la frugalit&#233; est une vertu, l'abondance mat&#233;rielle n'est pas a priori condamnable comme telle ; toute la question est celle de la juste mesure. La seconde est une interrogation : ce que nous savons vraiment, tant sur le plan concret et technique qu'en ce qui concerne la nature humaine et son r&#244;le dans l'histoire, rend-il manifestement in&#233;luctables de telles perspectives radicales ? Il y a bien des raisons d'en douter. Non pour faire l'&#233;loge du syst&#232;me actuel. Mais pour rappeler que notre absence de ma&#238;trise vaut aussi pour notre connaissance de l'avenir. L'impasse ou la catastrophe ne sont pas des certitudes, encore moins lorsqu'on les d&#233;crit comme imminentes, dans ce qui rel&#232;ve d'un a priori apocalyptique plus que d'un constatation incontestable. Et nous en avons encore moins sur la troisi&#232;me question que soul&#232;vent ces id&#233;es, qui est leur faisabilit&#233; politique, a priori tr&#232;s faible, comme on l'a &#233;voqu&#233; dans le premier article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc examiner de pr&#232;s les donn&#233;es r&#233;elles du d&#233;bat, et notamment la base scientifique et &#233;conomique de ces perspectives pessimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science et ses limites, la d&#233;cision politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis &#224; nouveau la science sur la sellette. On a vu des scientifiques a priori comp&#233;tents et respectables &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques majeures prises sur la base de publications qui se sont av&#233;r&#233;es pas si s&#233;rieuses mais issues de revues renomm&#233;es ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire apr&#232;s quelques semaines, par exemple sur l'utilit&#233; des masques. Pour le citoyen c'est tr&#232;s troublant. D'autant plus que ce domaine de la sant&#233; est particuli&#232;rement sensible, car des vies sont en jeu. Or la motivation du confinement, purement sanitaire, se fondait sur les arguments de ces scientifiques que sont les m&#233;decins. Le pauvre citoyen, assomm&#233; par ces nouvelles, s'est donc trouv&#233; bon gr&#233; mal gr&#233; devoir suivre le troupeau, sans &#234;tre toujours convaincu du bien-fond&#233; de ce qui se passait. Suspicion d'autant plus l&#233;gitime que les r&#233;sultats obtenus par les diverses politiques suivies varient beaucoup selon les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, que ce soit pour la crise sanitaire ou pour l'&#233;cologie, la solution passe elle aussi par la science et la technique. Nous avons besoin de la science, mais nous d&#233;couvrons avec consternation qu'elle n'envoie souvent pas un message clair et s'av&#232;re m&#234;me bien souvent ambigu&#235;. Parall&#232;lement, pour la plupart d'entre nous, nous ne nous sentons pas en &#233;tat d'en juger par nous-m&#234;mes. Moralit&#233;, nous devons nous habituer &#224; vivre dans cette situation, qui se reproduira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, quelques distinctions pratiques peuvent nous &#233;clairer. En premier lieu, il y a science et science. Il y a des domaines o&#249; des lois peuvent &#234;tre &#233;nonc&#233;es et v&#233;rifi&#233;es exp&#233;rimentalement sur grande &#233;chelle. Ainsi d'une tr&#232;s grande partie des sciences physiques. Dans ces cas, ce que dit la science est raisonnablement fiable &#8211; m&#234;me si cela ne nous dispense pas de notre responsabilit&#233; dans l'usage qui en est fait. Mais ce n'est qu'une partie de ce qu'on appelle science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite des domaines o&#249; la science n'est pas en &#233;tat de formuler ce genre de lois v&#233;rifiables et v&#233;rifi&#233;es. Dans ce cas, sur la base des donn&#233;es qu'il a, le scientifique fait des hypoth&#232;ses, monte des mod&#232;les, et tente de v&#233;rifier les cons&#233;quences qu'il en tire. Son avis reste pr&#233;cieux et indispensable, parce qu'il a un r&#233;el savoir, a priori bien plus &#233;toff&#233; que celui du profane. Mais il peut aussi se tromper, les avis peuvent diverger, et les jeux d'int&#233;r&#234;ts ou de pouvoirs sont importants. Une partie appr&#233;ciable de ces avis est bas&#233;e sur ces mod&#232;les, dont la fiabilit&#233; n'est pas &#233;vidente surtout si les donn&#233;es manquent. C'&#233;tait le cas avec la Covid 19 : ce virus ressemble certes &#224; d'autres virus connus, et ce n'est pas la premi&#232;re &#233;pid&#233;mie qui survient ; on ne partait donc pas de rien. Mais il a aussi des sp&#233;cificit&#233;s fortes, et elles &#233;taient mal connues. Cela veut dire une chose simple : dans une telle situation, on ne peut pas d&#233;cider purement et simplement sur la base d'avis scientifiques, comme l'ont sottement proclam&#233; les gouvernements &#224; l'&#233;poque. Il faut &#233;videmment les &#233;couter avec soin, mais le r&#244;le du d&#233;cideur subsiste, apr&#232;s d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a maintenant un troisi&#232;me domaine, qui recouvre toutes les affaires humaines, objet de ce qu'on appelle les sciences humaines, dans lequel la certitude est beaucoup plus faible encore. Sociologie, science politique, &#233;conomie m&#234;me (malgr&#233; ses chiffres) rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie. En fait c'est le mot m&#234;me de science qui est alors &#233;quivoque. Cet emploi est justifi&#233; s'il souligne qu'on peut dans ces domaines aussi mener une vraie exploration, &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, en s'inspirant des sciences dures ou autrement, et par l&#224; parvenir &#224; des &#233;l&#233;ments qu'on peut appeler des savoirs. Mais il est abusif si, en employant le m&#234;me mot que pour les sciences dures, on se pare ind&#251;ment de la certitude relative mais objective que ces derni&#232;res peuvent donner, qui est hors de port&#233;e dans les &#8216;sciences' humaines. Car si dans ces domaines on ne parvient pas aux m&#234;me certitudes, c'est pour des raisons fondamentales et durables. Non seulement parce que l'objet de l'&#233;tude est tr&#232;s compliqu&#233;, r&#233;sultant de l'action de millions de volont&#233;s distinctes et relativement autonomes ; que les &#233;motions et appr&#233;ciations subjectives y jouent un r&#244;le majeur ; ou que le savant n'est pas neutre par rapport &#224; la mati&#232;re qu'il &#233;tudie. Mais aussi pour une raison essentielle, rarement soulign&#233;e, qui est le caract&#232;re r&#233;flexif de ces sciences, &#224; savoir le fait que dans ces mati&#232;res proclamer une loi ou une v&#233;rit&#233;, ou agir sur leur objet, change par l&#224; m&#234;me cet objet. Cela peut selon les cas invalider la loi, m&#234;me si elle &#233;tait vraie avant, ou au contraire l'auto-v&#233;rifier, m&#234;me si elle &#233;tait contestable. On voit cela d&#233;j&#224; avec les pr&#233;visions de trafic. Ou avec les &#233;pid&#233;mies, car si le comportement du virus ne d&#233;pend pas de nous, en revanche l'annonce d'une conclusion dite scientifique, ou la prise de mesures sanitaires change le comportement des gens. D&#232;s lors, dans tous ces domaines le r&#244;le du d&#233;cideur ou du dirigeant est essentiel, mais c'est un r&#244;le politique, car il s'agit d'influencer au mieux le comportement de millions de gens dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion pratique : ce qui se pr&#233;sente comme science pose des questions analogues &#224; ce qu'on rencontre dans l'information. On disserte beaucoup aujourd'hui sur les m&#233;faits de l'information bidon sur les r&#233;seaux sociaux ou les m&#233;dias, les fameuses fake news. Sauf cas extr&#234;mes, la solution n'est pas de les interdire syst&#233;matiquement, mais de pr&#233;venir le public que cela existe, et l'encourager &#224; exercer un esprit critique sur l'origine de ces informations, leur vraisemblance etc. Il faut manifestement op&#233;rer de la m&#234;me mani&#232;re avec ce qui se pare du nom de science. Et cela vaut encore plus pour les d&#233;cideurs, qui ne peuvent pas se dissimuler derri&#232;re une suppos&#233;e science transform&#233;e en oracle, m&#234;me s'ils doivent &#233;videmment &#233;couter les vrais savants &#8211; malgr&#233; leurs limites. Le m&#233;tier de ces d&#233;cideurs, c'est la communaut&#233; et leur responsabilit&#233; envers elle. Ce que fera cette communaut&#233; sera en partie le r&#233;sultat de leur action, mais rarement un effet calculable &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de la connaissance scientifique en &#233;conomie et &#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de la connaissance scientifique, d&#232;s qu'on parle de faits humains, sont particuli&#232;rement &#233;videntes pour l'&#233;conomie et l'&#233;cologie. Il existe ce qu'on peut appeler une &#8216;science' &#233;conomique, et elle fournit une information pr&#233;cieuse et absolument indispensable pour l'action ; mais malgr&#233; l'arsenal math&#233;matique qui y est souvent d&#233;ploy&#233;, c'est une science humaine, et par l&#224; inapte &#224; appr&#233;hender toute la r&#233;alit&#233; dans des &#233;quations capables de pr&#233;dictions v&#233;rifi&#233;es. Sans parler de son r&#244;le id&#233;ologique &#233;ventuel. J'ai &#233;voqu&#233; ce dernier point en mati&#232;re financi&#232;re dans divers ouvrages. En mati&#232;re humaine, il faut donc int&#233;grer dans la d&#233;marche collective une dose majeure d'humilit&#233; &#233;pist&#233;mique, syst&#233;matique, et qui doit subsister quelle que soit la qualit&#233; du travail d'analyse et de pr&#233;vision r&#233;alis&#233;. La ma&#238;trise, intellectuelle ou mat&#233;rielle, n'existe pas, mais cela vaut aussi pour les acteurs les mieux intentionn&#233;s. Les plus dangereux sont souvent ceux qui avancent r&#233;solument avec de bonnes intentions, car pr&#233;cis&#233;ment ils iront plus loin dans des directions qui peuvent s'av&#233;rer fausses, et ils transmettront de fa&#231;on contagieuse leur confiance mal plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valable pour l'&#233;conomie, la remarque vaut &#233;videmment aussi pour l'&#233;cologie, pour les pr&#233;visions optimistes comme pour les pessimistes. Comme on l'a dit dans un article pr&#233;c&#233;dent, autant on peut &#234;tre assez assur&#233; des constatations en mati&#232;re de pollution ou de disparition des esp&#232;ces, autant la question du r&#233;chauffement, ou plus exactement du r&#244;le qu'y joue l'homme, d&#233;pend dans son appr&#233;ciation de mod&#232;les, notamment climatiques, qui ne donnent pas une certitude scientifique, contrairement &#224; ce qui est r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233; - mais qui sont dot&#233;s d'une forte probabilit&#233;. On ne peut donc ignorer leurs avertissements, mais on ne doit pas les f&#233;tichiser. De la m&#234;me fa&#231;on, on s'emballe sur l'id&#233;e d'&#233;nergies renouvelables (solaire et &#233;olien) sans voir les limites du concept (intermittence et besoin de minerais rares). Cela ne justifie en aucun cas l'inaction. Mais la vertu consiste aussi &#224; savoir avancer en gardant constamment en t&#234;te les limites de notre savoir. A nouveau, notre responsabilit&#233; morale, et la vertu, s'exercent et s'exerceront toujours en environnement non ma&#238;tris&#233;. Cela vaut aussi bien pour les &#233;cologistes que pour les acteurs du syst&#232;me. Et cela vaut a fortiori pour l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de l'id&#233;e de d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la d&#233;croissance, concr&#232;tement, il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions n&#233;cessairement avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources, nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources manifestement renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont trop souvent pris comme des absolus indiscutables. Vus de leur temps, les postulats de Malthus (progression g&#233;om&#233;trique de la population, arithm&#233;tique de la production - nous dirions lin&#233;aire et exponentielle) &#233;taient intelligents et pouvaient appara&#238;tre tr&#232;s solides ; or ils se sont heurt&#233;s de plein fouet &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; du progr&#232;s technique. Et, de m&#234;me que les pr&#233;visions catastrophistes du Club de Rome dans les ann&#233;es 70 se sont av&#233;r&#233;es souvent pessimistes, m&#234;me s'il y avait une intuition juste, il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique (solaire, hydrog&#232;ne, fission nucl&#233;aire, ou autre). Comme elle peut arriver sur des impasses. Il est donc urgent et essentiel d'y travailler, en abordant les questions avec sang-froid et raison, sans certitude d'aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te en outre comme une &#233;vidence qu'on ne peut pas avoir de croissance infinie dans un monde fini. C'est plausible si la croissance est surtout quantitative et si elle toujours plus consommatrice de ressources mat&#233;rielles relativement rares ; pas n&#233;cessairement, si elle est plus qualitative, recycl&#233;e, et sans cesse &#224; la recherche de ressources renouvelables ; et pas non plus si on trouve de nouvelles ressources, d'autant que certaines sont abondantes, y compris sur le plan &#233;nerg&#233;tique contrairement &#224; ce que certains expliquent. La notion quantitative de ressource physique, et l'id&#233;e m&#234;me de limite, sont en effet d&#233;pendantes de l'&#233;tat des technologies : demain l'hydrog&#232;ne par exemple, qui est potentiellement tr&#232;s abondant et d&#233;j&#224; utilis&#233; dans des moteurs, peut devenir une ressource &#233;nerg&#233;tique d'usage courant, relativement bon march&#233; et propre, ce qu'il n'est pas aujourd'hui. Et la croissance signifie en soi plus de possibilit&#233;s d'action, parce que bas&#233;es sur des ressources plus larges, y compris pour agir en faveur de l'environnement. Encore une fois, cela ne d&#233;montre pas qu'une croissance de ce type est possible ou se r&#233;alisera ; cela montre seulement que l'exclure a priori est arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, en supposant m&#234;me que les ressources non renouvelables, notamment mini&#232;res, se r&#233;v&#233;laient un jour d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es, sans relais visible, sans doute mieux valait les utiliser pendant tout un temps, plut&#244;t que de les laisser dormir inutilement. A quoi servent des r&#233;serves de p&#233;trole si personne ne les utilise ? En outre, si le progr&#232;s technique comme l'organisation collective peuvent tous deux conduire &#224; des effets nocifs, voire &#224; des d&#233;sastres, il n'est pas d&#233;montr&#233; que ce soit une fatalit&#233;. En fait m&#234;me, au point o&#249; nous en sommes, ils sont seuls &#224; m&#234;me de nous permettre d'envisager (sans certitude) de rattraper nos erreurs. En d&#233;finitive, si nous voyons bien que la croissance mat&#233;rielle peut se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e, est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables et utiliser &#224; chaque &#233;tape nos ressources et notre savoir transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Le risque sinon est le d&#233;veloppement d'une telle obsession malthusienne qu'elle finisse par st&#233;riliser les solutions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;marche &#224; mener, on l'a dit, il n'y a pas de certitude, ni dans un sens ni dans un autre. Transformer le mode de vie d'une soci&#233;t&#233; et de la multitude humaine qui la constitue, prise dans des syst&#232;mes complexes que personne ne ma&#238;trise, sur la base de donn&#233;es scientifiques et techniques mouvantes, est n&#233;cessairement une op&#233;ration longue et non planifiable. On le voit avec le r&#233;chauffement : r&#233;duire l'empreinte carbone touche tout notre mode de vie, des transports &#224; l'habitat ou &#224; la production industrielle. Or dans tous ce domaines nous n'avons actuellement pas de solution d&#233;finitive (durable) et nous en sommes m&#234;me tr&#232;s loin. Et m&#234;me les solutions interm&#233;diaires restent &#233;volutives. Les &#233;cologistes les plus responsables ont d&#251; avaler la n&#233;cessit&#233; du nucl&#233;aire, qu'ils conspuaient autrefois. La voiture &#233;lectrique se heurte &#224; des difficult&#233;s consid&#233;rables, li&#233;es notamment aux batteries. Celles-ci comme plus g&#233;n&#233;ralement le solaire et l'&#233;olien supposent des mat&#233;riaux rares et non renouvelables. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel effort collectif suppose donc &#224; chaque &#233;tape que les d&#233;cisions prises aillent le plus loin possible dans ce qui est socialement tol&#233;rable, mais sans faire de pari destructeur ; et surtout de pr&#233;parer l'avenir, notamment par la recherche scientifique et technique. Il est tout &#224; fait concevable que cela ne suffise pas pour &#233;viter des &#233;v&#232;nements d&#233;sastreux ou catastrophiques. Mais la pr&#233;cipitation sous l'emprise de la peur peut y conduire aussi. Gardons notre sang-froid&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La d&#233;croissance est-elle chr&#233;tienne ? </title>
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		<dc:date>2010-02-27T10:20:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>D&#233;croissance</dc:subject>
		<dc:subject>Christianisme et &#233;cologie</dc:subject>

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&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique est-elle un bien en soi ? Il y a quelques ann&#233;es la question paraissait avoir d'embl&#233;e une r&#233;ponse &#233;vidente et positive. Cela va moins de soi depuis - jusqu'au d&#233;veloppement dans certains milieux &#233;cologistes, mais aussi chr&#233;tiens, du th&#232;me provocateur de la d&#233;croissance. Laquelle para&#238;t pourtant se heurter frontalement &#224; la c&#233;l&#232;bre recommandation de la Gen&#232;se (croissez et multipliez !). En m&#234;me temps le souci de l'environnement, et au-del&#224;, de l'avenir de la plan&#232;te (&#8230;)&lt;/p&gt;


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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Religion-politique-et-economie-.html" rel="directory"&gt;Religion et &#233;conomie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Decroissance-+.html" rel="tag"&gt;D&#233;croissance&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Christianisme-et-ecologie-+.html" rel="tag"&gt;Christianisme et &#233;cologie&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La croissance &#233;conomique est-elle un bien en soi ? Il y a quelques ann&#233;es la question paraissait avoir d'embl&#233;e une r&#233;ponse &#233;vidente et positive. Cela va moins de soi depuis - jusqu'au d&#233;veloppement dans certains milieux &#233;cologistes, mais aussi chr&#233;tiens, du th&#232;me provocateur de la d&#233;croissance. Laquelle para&#238;t pourtant se heurter frontalement &#224; la c&#233;l&#232;bre recommandation de la Gen&#232;se (croissez et multipliez !). En m&#234;me temps le souci de l'environnement, et au-del&#224;, de l'avenir de la plan&#232;te fait l'objet de soucis de plus en plus aigus, entre autre de la part du pape actuel. En nous limitant au champ de l'&#233;conomique et du social nous aborderons la question sous deux angles sp&#233;cifiques, &#224; travers deux ouvrages r&#233;cents : d'abord celui du bonheur en ce monde et du r&#244;le qu'y joue le revenu et sa croissance ; et ensuite celui de la limitation des ressources disponibles pour l'humanit&#233;.&lt;br class='autobr' /&gt;
Bonheur et croissance &#233;conomique ou revenu&lt;br class='autobr' /&gt;
Sur le premier point, Anthony Kenny et Charles Kenny distinguent trois &#233;l&#233;ments de bien-&#234;tre : le contentement subjectif (qui est proche du bonheur utilitariste), la satisfaction mat&#233;rielle ou bien-&#234;tre (welfare) ; et enfin la dignit&#233;. Ils rel&#232;vent qu'ils sont ind&#233;pendants les uns des autres. L'esclave bien trait&#233; n'a pas le troisi&#232;me ; l'asc&#232;te n'a pas le second ; le riche respect&#233; mais insatisfait n'a pas le premier. Nos auteurs notent que le th&#232;me du bonheur pour tous appara&#238;t de fa&#231;on massive d&#232;s la fin du XVIIe et donc avant la r&#233;volution industrielle . Inversement c'est avec celle-ci qu'on a vu se d&#233;velopper la th&#232;se inverse : le mal du si&#232;cle comme lassitude devant la richesse, l'image de l'&#233;chec collectif avec la mis&#232;re du prol&#233;tariat etc. Ce qui conduit &#224; l'id&#233;e qu'il n'y a pas de corr&#233;lation historique entre la richesse mat&#233;rielle et le bonheur (m&#234;me compris de fa&#231;on large et peu exigeante philosophiquement). Le fait est d'ailleurs que pendant des si&#232;cles on a estim&#233; le bonheur possible &#224; des niveaux de revenus qui nous apparaissent aujourd'hui tr&#232;s bas. Ce qui est vrai pour le bien-&#234;tre et le contentement l'est a fortiori pour la dignit&#233;. On peut m&#234;me consid&#233;rer que la fascination collective pour le revenu et sa croissance n'a pris de l'extension qu'au XXe si&#232;cle.&lt;br class='autobr' /&gt;
Le bien-&#234;tre (welfare) dans l'histoire&lt;br class='autobr' /&gt;
Historiquement comme on sait le r&#244;le de la civilisation n'a pas &#233;t&#233; manifestement positif en termes de bien-&#234;tre pur, tout au contraire. Elle a par exemple favoris&#233; le d&#233;veloppement de maladies dont beaucoup &#233;taient inconnues de la pr&#233;histoire . Avec leurs voyages jusqu'&#224; la p&#233;riode r&#233;cente les Europ&#233;ens ont partout cr&#233;&#233; un probl&#232;me majeur de maladies : celles qu'ils prenaient comme celles qu'ils apportaient. La taille moyenne des hommes a baiss&#233; pendant 2000 ans. Ce que l'on constate jusqu'au XXe si&#232;cle est que c'est la technologie et l'organisation institutionnelle qui sont derri&#232;re l'am&#233;lioration de la sant&#233;, bien plus que le revenu. Rappelons que les riches d'autrefois n'&#233;taient pas en meilleure sant&#233; que leurs contemporains pauvres. De la m&#234;me mani&#232;re, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale le niveau de criminalit&#233; a peu &#224; voir avec le revenu, tout au contraire : la relation peut m&#234;me aller en sens inverse . Plus g&#233;n&#233;ralement, selon les analyses cit&#233;es par notre auteur, le r&#244;le du revenu dans le bien-&#234;tre (welfare) oscille au-del&#224; d'un certain niveau entre tr&#232;s faible, et faible. &lt;br class='autobr' /&gt;
La dignit&#233;&lt;br class='autobr' /&gt;
La dignit&#233; est ici comprise comme comportant trois &#233;l&#233;ments : la capacit&#233; de choix, la valeur (une vie qui en vaille la peine) et le prestige. Les choix sont vari&#233;s et seuls certains importent pour la dignit&#233; : ce sont selon nos auteurs le choix de l'identit&#233; culturelle, celui du r&#244;le social, et celui du gouvernement sous lequel on vit. Quoiqu'il en soit le r&#244;le du revenu est ici encore tr&#232;s faible. Certains choix entra&#238;nent une d&#233;pendance &#224; l'&#233;gard de la richesse mat&#233;rielle qui fragilise . En outre si le bonheur est dans les choses mat&#233;rielles, la comp&#233;tition est in&#233;vitable ; de m&#234;me pour le pouvoir. Rien de tout ceci ne p&#232;se dans le cas des plaisirs intellectuels, ou du fait de soigner les gens. Le prestige enfin n'est pas essentiel, mais contributif ; et son principal inconv&#233;nient est l&#224; encore son lien avec la comp&#233;tition, surtout si on le relie au revenu. Le syst&#232;me de march&#233; libre, favorisant la comp&#233;tition, peut donc paradoxalement &#234;tre un obstacle au bonheur, malgr&#233; son efficacit&#233; mat&#233;rielle. Les enqu&#234;tes montrent d'ailleurs l'importance des niveaux relatifs de revenu par rapport aux niveaux absolus : on pr&#233;f&#232;re gagner moins si ce faisant on &#233;vite que quelqu'un soit beaucoup plus riche. Mais en m&#234;me temps, disent nos auteurs pourquoi &#234;tre malheureux parce qu'un autre est plus riche ? Ce qui devrait compter est la mani&#232;re dont on traite les plus mal lotis. Moralement cela peut se d&#233;fendre, mais cela ne suffit &#233;videmment pas pour le bonheur de la majorit&#233;, dans un contexte o&#249; les seules valeurs collectives sont mat&#233;rielles. En d'autres termes, si la recherche de dignit&#233; est trop reli&#233;e &#224; la base mat&#233;rielle, l'insatisfaction est probable. &lt;br class='autobr' /&gt;
Contentement&lt;br class='autobr' /&gt;
L'impact du revenu sur le contentement (mesur&#233; subjectivement) para&#238;t lui aussi tout &#224; fait limit&#233;. Si les p&#233;riodes de r&#233;cession font souffrir, c'est &#224; cause du ch&#244;mage ou de la perte de revenu personnelle de certains, bien plus que du fait de la r&#233;duction de la production dans son ensemble. Le contentement para&#238;t mieux corr&#233;l&#233; avec la richesse relative (le fait d'&#234;tre plus riche que d'autres) qu'avec le niveau absolu qu'on obtient. Sauf bien s&#251;r au niveau de vraie pauvret&#233; et de privation ; cependant m&#234;me alors le revenu n'est pas tout et on trouve des &#233;l&#233;ments de satisfaction &#224; de tr&#232;s bas niveaux de revenu. On note qu'on a eu triplement du PNB par t&#234;te au Japon de 1962 &#224; 1987, mais stagnation du niveau de satisfaction ; de m&#234;me aux Etats-Unis. De m&#234;me si on prend des indices ext&#233;rieurs objectifs. Par exemple le taux de suicide a mont&#233; partout avec le revenu. Il semblerait cependant que paradoxalement le revenu importe marginalement plus dans les pays riches ; mais en fait, il s'agit d'une recherche du statut. En outre peu de gens peuvent gagner la course au statut ; et certains biens, notamment prestigieux, ne peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;s. Comme dit Christopher Lasch, le consum&#233;risme est tr&#232;s &#233;loign&#233; de l'h&#233;donisme car il suppose &#171; un &#233;tat d'insatisfaction et d'anxi&#233;t&#233; chronique &#187; .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nos auteurs rappellent qu'il y a d'autres biens qui peuvent &#234;tre g&#233;n&#233;ralis&#233;s mais qui ne sont pas appr&#233;ci&#233;s de fa&#231;on comparative (contrairement au revenu) : ainsi le temps libre, ou la s&#233;curit&#233;. De ce point de vue, il faudrait donc d&#233;courager les biens &#8216;positionnels' (relatifs et impliquant comp&#233;tition) et avantager les autres, parmi lesquels on peut aussi ranger la sant&#233;, l'&#233;ducation, une faible inflation ou le plein emploi, ainsi que l'honn&#234;tet&#233; et la confiance mutuelle. Notons que sur tous ces points une dimension essentielle est la qualit&#233; du gouvernement. Plus largement, la question premi&#232;re est la priorit&#233; qu'on se donne, le choix de valeur poursuivi par les personnes et la soci&#233;t&#233; concern&#233;s. Comme disait Mill, rechercher son bonheur n'est pas le meilleur moyen de l'obtenir. Mieux vaut avoir un autre but : altruiste, artistique ou autre. &lt;br class='autobr' /&gt;
En guise de conclusion sur le bonheur&lt;br class='autobr' /&gt;
Il appara&#238;t donc que de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale un dollar de plus n'a pas d'impact v&#233;ritable sur le bonheur de la grande amortie. Mais naturellement il a un impact &#233;norme sur les plus pauvres. Il y a donc disent nos auteurs une exigence morale forte &#224; aider les personnes pauvres en Inde par exemple, mais pas &#224; ce que l'Inde croisse de 6% par an. Nous d&#233;duirons de cette analyse qu'il appara&#238;t manifeste qu'un progr&#232;s relatif mat&#233;riel peut &#234;tre obtenu par l'organisation collective ainsi que par le progr&#232;s technique, et que en outre le syst&#232;me de r&#233;f&#233;rences collectifs joue un r&#244;le appr&#233;ciable dans la satisfaction subjective. En revanche il ne para&#238;t pas &#233;vident que le revenu et sa croissance apportent une contribution appr&#233;ciable, sauf &#233;videmment en concourant aux facteurs pr&#233;c&#233;dents (il est &#233;vident que la croissance aide au progr&#232;s technique, et r&#233;ciproquement).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Est-ce &#224; dire que, m&#234;me si elle est possible, la croissance &#233;conomique ait peu d'int&#233;r&#234;t ? Cela serait aller un peu vite en besogne. D'abord et surtout ce qu'on appelle ici le bonheur, compris au sens &#233;conomique, n'est pas n&#233;cessairement le seul crit&#232;re &#224; prendre en compte, tant s'en faut. D'abord on n'y consid&#232;re qu'une conception assez &#233;troite du bonheur. L'exhortation biblique &#224; cro&#238;tre et &#224; se multiplier valorise manifestement le fait que des hommes naissent, et plus nombreux : l'existence est un Bien en soi. Il en est de m&#234;me d'ailleurs du progr&#232;s du savoir, de la cr&#233;ation collective, du simple fait de r&#233;aliser. En d'autres termes, et notamment dans une perspective chr&#233;tienne, si le bonheur est un crit&#232;re indiscutable sil s'agit du bonheur au sens plein et durable, celui de la vie &#233;ternelle et ce que nous pouvons en pr&#233;-go&#251;ter ici-bas, cela ne va pas de soi pour les formes partielles de bonheur mesur&#233;es par l'&#233;conomie ou la sociologie, non qu'elles soient m&#233;prisables, mais elles ne sont que relatives. M&#234;me si les bandes de chasseurs pal&#233;olithiques &#233;taient r&#233;ellement aussi heureux ou plus que leurs descendants s&#233;dentaires et organis&#233;s, il n'en resterait pas moins que l'humanit&#233; se trouve mieux apr&#232;s le Parth&#233;non et Chartres : cela n'a sans doute pas accru notre bonheur quantitatif, mais nous devions les r&#233;aliser et nous en sommes en un sens meilleurs, et plus en accord avec notre vocation. Mais bien entendu cette remarque elle-m&#234;me, tout en permettant d'envisager avec faveur la croissance y compris quantitative, en subordonnera l'appr&#233;ciation &#224; la r&#233;alisation qualitative d'objectifs soit de charit&#233; et de solidarit&#233;, soit de cr&#233;ation scientifique ou esth&#233;tique, soit de r&#233;alisation d'ordre spirituel ou philosophique, qui ne sont pas en g&#233;n&#233;ral pas au premier rang des pr&#233;occupations collectives r&#233;elles des soci&#233;t&#233;s actuelles. &lt;br class='autobr' /&gt;
Une nouvelle croissance territorialis&#233;e ? &lt;br class='autobr' /&gt;
Reste &#224; se demander si mat&#233;riellement la croissance est possible, en tout cas sous la forme actuelle. Herv&#233; Juvin propose une critique radicale de notre mode de production, non pour d&#233;boucher sur un retour &#224; la nature, mais pour proposer une perspective &#233;conomique radicalement diff&#233;rente, territorialis&#233;e et autarcique.&lt;br class='autobr' /&gt;
L'id&#233;ologie de la croissance sans limite&lt;br class='autobr' /&gt;
Il oppose d'abord &#224; la vision actuelle la conception antique de la vie, qui &#233;tait fond&#233;e sur la temp&#233;rance, la ma&#238;trise des d&#233;sirs, le respect de la distance, de la dur&#233;e et de la diff&#233;rence, d'une nature qui d&#233;passait (alors) les capacit&#233;s humaines d'agir. Cette vision &#233;tait aristocratique, conservatrice et mod&#233;r&#233;e, fond&#233;e sur l'appropriation de soi par soi ; l'ordre du monde y &#233;tait compris comme sup&#233;rieur &#224; tout ce que l'action peut lui apporter. En regard la croyance en une croissance sans limite est r&#233;cente : elle date de la derni&#232;re guerre . La soif immod&#233;r&#233;e de tout est devenue paradoxalement conduite vertueuse. Elle exalte dit-il la toute-puissance de l'homme, le refus de toute limite, de toute r&#232;gle pr&#233;&#233;tablie. Quitte d'ailleurs &#224; s'adapter : c'est ainsi qu'au devoir moral de progr&#232;s se substitue d&#233;sormais le droit de tous &#224; la consommation, qui est plus d&#233;mocratique. Ceci se base sur une id&#233;ologie dominante, qu'il analyse en d&#233;tail, exaltant la croissance et le progr&#232;s mat&#233;riel. Dans sa passion progressiste, elle organise la liquidation des croyances et r&#233;f&#233;rences alternatives et notamment de tout ce qui reconna&#238;t l'existence durable de la violence, de la faute ou du mal, en un mot qui admet nos limites. Mais du coup cela plonge dans la d&#233;ch&#233;ance ceux qui vivaient des croyances et appartenances ant&#233;rieures, sans estime ou sens de soi, d'ou d&#233;pendance et ressentiment. On exalte en outre syst&#233;matiquement les droits de l'individu contre la collectivit&#233;, ce qui interdit toute transmission li&#233;e &#224; la famille, aux origines ou &#224; la communaut&#233;. Cela vient d'ailleurs de loin : selon notre auteur, d&#232;s le XVIe si&#232;cle, Vitoria a lanc&#233; la justification du droit de conqu&#234;te, le droit des migrations humaines et de la globalisation : &#171; l'usage du monde commande les droits sur lui &#187;. Le monde se r&#233;duisait donc &#224; son utilit&#233;. Cela pr&#233;parait notre mondialisation, celle du bien et du droit. On fonde sur l'individualisme le droit au d&#233;veloppement. Mais ajoute-t-il, c'est toujours le th&#232;me de la Gen&#232;se. Car &#171; la mal&#233;diction du peuple &#233;lu que toutes les religions du Livre ont en elles &#187;, c'est &#171; la pr&#233;tendue sup&#233;riorit&#233; de l'esp&#232;ce humaine &#187;, laquelle explique notre indiff&#233;rence aux abus du monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, et le point est central, pour notre auteur cette croissance est intenable et m&#234;me fausse. Techniquement, le point essentiel selon lui est qu'on s'interroge sur les flux, jamais sur les stocks, en d'autres termes jamais sur ce qu'on consomme d'irrempla&#231;able, qui est massif. Notre croissance serait donc en fait un processus de liquidation : on &#8216;cro&#238;t et se multiple' en vivant sur des r&#233;serves. Nos chiffres n'indiquent d'ailleurs pas cette consommation ; les discours sur la croissance, science comprise, sont donc dit-il un &#171; mensonge criminel &#187; ; car la valeur ajout&#233;e s'effondrerait d&#232;s qu'on prendrait en compte ces externalit&#233;s. Il r&#233;sume comme suit son point de vue : &#171; Dans la r&#233;alit&#233;, elle a d&#233;truit des biens naturels rares, non reproductibles, pour fabriquer des produits industriels consommables, m&#233;diocres, jetables, polluants et sans valeur r&#233;siduelle &#187; . &lt;br class='autobr' /&gt;
Economie de demain : stocks, collectif, territorial &lt;br class='autobr' /&gt;
Quelle voie faudrait-il alors suivre ? Demain n'est pour notre auteur il n'y a pas le retour &#224; hier, &#224; la nature sauvage, car c'est d&#233;sormais impossible. La voie &#224; suivre est &#224; l'oppos&#233;. Nous avons selon lui devant nous une t&#226;che immense que personne n'a entreprise avant, qui est tout bonnement d'chever la sortie de la nature ; car le point central est que nous ne pouvons plus attendre d'elle qu'elle corrige les effets de notre action. Ce retour est une illusion : nous en sommes &#224; un point tel qu'il faut que rien ne se passe que nous ne l'aillions d&#233;cid&#233; ; en ce sens et paradoxalement nous poursuivons la vieille aventure des religions du Livre. En bref, nous devons consacrer nos ressources &#224; suppl&#233;er &#224; la nature. Poissons, arbre, viande etc. tout doit &#234;tre produit dans des fermes et par l'homme. Il faut passer &#224; une &#233;conomie de stocks, pond&#233;rant les ressources et leur disponibilit&#233; ; une &#233;conomie o&#249; la qualit&#233; et la singularit&#233; trouvent leur place. &#171; D&#233;sormais nous ne pouvons nous enchanter que de nos &#339;uvres &#187; . L'homme doit accepter d'&#234;tre le &#8216;dieu' qu'il a en lui ; ce qui veut dire qu'il doit effacer un si&#232;cle de &#8216;pillages' pour cr&#233;er l'&#233;conomie de la raret&#233; au sens plein du terme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela sera selon lui assur&#233; par &#171; l'av&#232;nement du corps &#187; qui justifie et l&#233;gitime la nouvelle politique. Le droit et la loi reprennent leur emprise sur l'&#233;conomie et le march&#233;. Mais pas principalement par l'Etat . Normes internationales, ONG, sentiment collectif : tout cela constitue une n&#233;buleuse floue mais effective ; c'est un nouveau mouvement de socialisation, mais il est largement situ&#233; en dehors de l'Etat. On constate certes parall&#232;lement un retour des Etats et du droit ; il permet d'instaurer les contraintes voulues ; mais l'Etat retrouve son r&#244;le pour faire advenir des projets, non pour &#234;tre juste, mais pour prot&#233;ger de la violence. D'ailleurs le d&#233;fi des biens publics mondiaux (grands espaces vierges) sera selon lui sans doute relev&#233; par des organismes priv&#233;s, de nouveaux riches ; et/ou des organismes mondiaux, &#224; la place des Etats. En outre, avec le virtuel on se dispense du monde physique : le virtuel cr&#233;e une nouvelle ext&#233;riorit&#233;. Le r&#233;el sera en revanche le privil&#232;ge d'une petite minorit&#233;. Surtout le territoire s'affirmera comme lieu de contr&#244;le, mutuel. Les concepts d'&#233;galit&#233;, d'universalit&#233; et de croissance sont d&#232;s lors selon lui totalement inactuels ; la proclamation d'une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur l'individualisme s'av&#232;re mensong&#232;re. S&#233;paration, distinction et cl&#244;ture reviennent ; m&#234;me si les r&#233;ponses ne peuvent &#234;tre purement nationales. C'est que le sens de l'espace va r&#233;appara&#238;tre : la production se fera de bout en bout sur place, dans des entreprises reprenant leur fonction sociale . On retrouvera la &#171; primaut&#233; de la soci&#233;t&#233; sur l'&#233;conomie, du collectif sur l'individuel &#187;, et surtout du territoire. C'est l'entr&#233;e dans une espace commun, unique, mais &#233;triqu&#233;. Notons que, &#171; accessoirement, elle met fin &#224; l'utopie d'une extension mondiale de la d&#233;mocratie &#187; ; on d&#233;passera donc la conception individualiste et lib&#233;rale des droits de l'homme. Car les premiers droits concrets de l'individu sont collectifs. D'o&#249; une vision globale, mais s&#233;paratrice. &lt;br class='autobr' /&gt;
Appr&#233;ciation : le v&#233;ritable progr&#232;s&lt;br class='autobr' /&gt;
Nous avons ici un bon exemple d'une tentation qui affecte tout un milieu chr&#233;tien : celle du renoncement pur est simple &#224; toute croissance ou progr&#232;s &#233;conomique. Renoncement d'ailleurs largement virtuel, car on ne voit pas d'action concr&#232;te en ce sens ; mais qu'il est important de prendre en consid&#233;ration. Le point de d&#233;part est l'id&#233;e juste que la croissance mat&#233;rielle n'a pas grand chose &#224; voir avec le bonheur, au-del&#224; d'un niveau &#233;l&#233;mentaire de satisfaction de besoins comme la faim et le froid. Non seulement le bien-&#234;tre mat&#233;riel d&#233;pend plus de l'organisation collective et du progr&#232;s technique pur que de la croissance mat&#233;rielle, mais notre satisfaction ou a fortiori la dignit&#233; de notre vie n'ont pas grand-chose &#224; voir avec. Le jeu des valeurs personnelles et collectives est ici autrement d&#233;terminant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela ne justifie pas pour autant la vision catastrophiste qu'en tire Juvin avec beaucoup d'autres. Car en exaltant la volont&#233; d'am&#233;lioration collective bas&#233;e sur l'utilisation de la nature, les religions du Livre comme il dit (expression d'ailleurs d&#233;fectueuse) , en fait la Bible n'ont pas engag&#233; l'humanit&#233; dans une voie al&#233;atoire et dangereuse, et cela au moins pour trois raisons. En premier lieu, parce que la voie de l'am&#233;lioration, de l'effort collectif, n'est pas la voie de la croissance mat&#233;rielle absolue, dont notre auteur reconna&#238;t que ce n'est que tr&#232;s r&#233;cemment qu'elle a &#233;t&#233; pens&#233;e comme telle. Rien dans la Bible ne pousse &#224; la croissance purement quantitative. En revanche l'effort pour s'occuper des souffrances des autres, ou l'absence de culpabilit&#233; dans l'utilisation de la nature, sont franchement bibliques. Comme l'est la recherche d'une meilleure organisation de la vie collective, marqu&#233;e par le souci de la charit&#233;. Le fait que l'humanit&#233; moderne, postchr&#233;tienne, ait tourn&#233; les dons divins dans un sens essentiellement mat&#233;riel et mesurable, avec la volont&#233; prom&#233;th&#233;enne de cr&#233;er le paradis sur terre, a certes des racines lointaines chr&#233;tiennes ; mais le fruit n'est en rien chr&#233;tien. En d'autres termes, comme nous l'avons montr&#233; dans notre Christianisme et Croissance &#233;conomique, la capacit&#233; &#224; la croissance est un don de Dieu, chr&#233;tien, mais son utilisation mat&#233;rialiste tourne dans une mesure importante le dos &#224; l'intention premi&#232;re.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources, nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources manifestement renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont ici pris comme des absolus indiscutables. Or de m&#234;me que les pr&#233;visions catastrophistes du Club de Rome dans les ann&#233;es 70 se sont av&#233;r&#233;es absurdement pessimistes, il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique (solaire ou nucl&#233;aire, ou autre). Par ailleurs, en supposant m&#234;me que les ressources mini&#232;res se r&#233;v&#232;lent un jour d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es, sans doute mieux valait les utiliser pendant tout un temps, plut&#244;t que de les laisser dormir inutilement. A quoi servent des r&#233;serves de p&#233;trole si personne ne les utilise ? Certes il est sot de voir ces hydrocarbures complexes volatilis&#233;s en d&#233;placements inutiles ; mais si on en reste &#224; une perspective mat&#233;rialiste, il serait encore plus sot de les laisser l&#224; o&#249; elles sont pour respecter on ne sait quel tabou pr&#233;tendument &#233;cologiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En troisi&#232;me lieu, la v&#233;ritable perspective est comme on sait spirituelle. Elle conduit l'humanit&#233;, faite &#224; l'image de Dieu pour le chr&#233;tien, et animal rationnel pour les Anciens, &#224; poursuivre aussi bien que possible les t&#226;ches qu'il per&#231;oit devant lui. On a vu que le progr&#232;s reposait principalement sur l'organisation collective, la recherche du bien, et le progr&#232;s technologique, plus que sur la seule croissance mat&#233;rielle. Nous n'avons donc absolument aucune raison de renoncer &#224; ces facteurs. Certes le progr&#232;s technique comme l'organisation collective peuvent tous deux conduire &#224; des effets nocifs, voire &#224; des d&#233;sastres. Mais ce n'est pas une fatalit&#233;. Quant &#224; la croissance mat&#233;rielle, nous voyons bien qu'elle a toutes chances de se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e. Mais est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables. Donc pour utiliser nos ressources transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, meilleure et plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Et surtout, bien s&#251;r, pour utiliser ces ressources pour la seule chose qui compte, le progr&#232;s individuel et collectif de nos &#226;mes ; la pr&#233;paration &#224; la v&#233;ritable patrie, qui est dans l'autre monde.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En d'autres termes le message biblique, et plus pr&#233;cis&#233;ment chr&#233;tien, n'est pas celui d'une restriction sur un espace &#233;troit et limit&#233; dans un cadre mental de culpabilisation malthusienne. Il consiste &#224; assumer nos responsabilit&#233;s tout en connaissant nos limites et surtout en nous sachant dans les mains de Dieu. Cela d&#233;bouche certainement sur une remise en cause profonde du consum&#233;risme ambiant et du gaspillage ; cela le ferait d'ailleurs m&#234;me s'il n'y avait pas de limite physique. Mais cela d&#233;bouche surtout sur un effort personnel et collectif de souci de nos responsabilit&#233;s : responsabilit&#233; pour les cons&#233;quences de nos actes, n&#233;gativement s'ils peuvent produire du mal et notamment remettre en cause les &#233;quilibres et l'avenir de la plan&#232;te ; mais plus encore positivement s'il s'agit pour nous encore et toujours, d'utiliser notre savoir et notre raison pour explorer les possibilit&#233;s de ce monde qui nous a &#233;t&#233; donn&#233; par Dieu, pour Sa plus grande gloire. Jardiniers oui, malthusiens non.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Janvier 2009&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Publi&#233; initalement dans Libert&#233; politique)&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pour en lire plus voir notre L'Economie et le Christianisme&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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