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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Trumpisme et le populisme : que ferait Aristote ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Trumpisme-et-le-populisme-que-ferait-Aristote.html</link>
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		<dc:date>2026-06-05T14:36:37Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Trump</dc:subject>
		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique domine le d&#233;bat public. Le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'exemple de Trump le confirme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Trump-+.html" rel="tag"&gt;Trump&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Conservatisme-+.html" rel="tag"&gt;Conservatisme&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Populisme-+.html" rel="tag"&gt;Populisme&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;img src='https://pierredelauzun.fr/IMG/logo/aristotle-6381362_640.jpg?1787417293' class='spip_logo spip_logo_right' width='150' height='100' alt=&#034;&#034; /&gt;
		&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Nos soci&#233;t&#233;s ne vont pas bien sur de multiples plans, et doivent donc changer de cap en profondeur. Ceux qui sont attach&#233;s &#224; ce qu'on appelle pens&#233;e conservatrice au sens large, et plus profond&#233;ment &#224; la pens&#233;e politique classique, le savent depuis longtemps. Mais sur le plan concret, ce qui remet en cause aujourd'hui le syst&#232;me existant, c'est quelque chose d'assez diff&#233;rent, malgr&#233; certaines affinit&#233;s r&#233;elles : c'est ce qu'on appelle populisme. Trump est un exemple particuli&#232;rement d&#233;monstratif des questions que cela pose.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Un style violent et des id&#233;es peu claires&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Le probl&#232;me pos&#233; par Trump, c'est non seulement un style particulier, exceptionnellement abrasif, et donc source de conflits plus que de paix ou de recherche commun du bien commun. Ce sont aussi et surtout des th&#232;mes ou des id&#233;es mises en avant, et des actions, qui se concilient mal avec une vision conservatrice au sens large, et encore moins avec la pens&#233;e classique, celle d'Aristote ou de saint Thomas. Le refus pur et simple d'une politique moralisante, comme pr&#233;tendait l'&#234;tre la politique am&#233;ricaine auparavant, d&#233;bouche notamment chez lui sur le refus de l'id&#233;e m&#234;me de r&#233;f&#233;rence au vrai et au bien, au profit du primat affich&#233; de l'int&#233;r&#234;t national non qualifi&#233;. Et ses options &#233;conomiques et sociales manquent &#224; l'&#233;vidence de clart&#233; et de coh&#233;rence.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce faisant, le choc produit par le trumpisme et les r&#233;actions n&#233;gatives que cela suscite, de fa&#231;on souvent l&#233;gitime, peuvent conduire &#224; des effets pr&#233;occupants pour qui est attach&#233; &#224; cette vision conservatrice au sens large et &#224; la pens&#233;e classique. Car les amalgames sont faciles, surtout &#224; notre &#233;poque o&#249; pr&#233;domine un mode de pens&#233;e binaire, et o&#249; la dialectique qui domine le d&#233;bat public utilise syst&#233;matiquement ce classement : on met dans la colonne du mal des gens ou des comportements inacceptables et on y assimile tout ce qu'on veut combattre. Vous n'&#234;tes pas de gauche et refusez la doxa dominante, donc vous &#234;tes fasciste, raciste, sexiste etc. Vous ne faite pas chorus avec toutes les condamnations du trumpisme, et donc vous &#234;tes un populiste revanchard et cynique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'effet est &#233;videment accentu&#233; dans le cas pr&#233;cis de Trump par son style personnel et son agressivit&#233; extravagante. Mais la question se pose bien au-del&#224; : c'est celle de ce qu'on appelle populisme au sens large. Et au-del&#224;, celle des choix concrets qu'impose l'histoire, notamment &#224; des &#233;poques de transition entre deux mondes.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Besoin de rupture et dangers de l'amalgame&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans une telle situation de transition, un r&#233;gime politique vit sur des principes et r&#233;f&#233;rences contestables qu'il faut remplacer par d'autres ; et une partie appr&#233;ciable de la population souffre de cette &#233;tat de fait - en fait la majorit&#233;, et &#224; terme le pays en g&#233;n&#233;ral. Cette population est alors conduite &#224; remettre en cause les &#233;lites en place. Mais si la bonne r&#233;volution mentale ne s'est pas faite, ou pas assez, avec adoption de r&#233;f&#233;rences porteuses d'avenir, la r&#233;volte n'a pas de cadre autre que de revendications de base, ou de slogans. C'est alors dans le cadre de ce qu'on appelle populisme. Dans ce cas, le renversement de paradigme pouvant conduire &#224; une soci&#233;t&#233; fond&#233;e sur des principes diff&#233;rents n'est pas encore l&#224;. De fait aujourd'hui encore les id&#233;es dominantes restent celles qui inspirent nos soci&#233;t&#233;s depuis deux si&#232;cles, &#224; travers leurs multiples avatars - m&#234;me si cette domination donne des signes de faiblesse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En soi, ce qui est &#224; la base de ce populisme peut donc &#234;tre tout &#224; fait justifi&#233;. Mais il vient de la p&#233;riph&#233;rie. Et donc d'une part il ne s'appuie pas sur une conception politique alternative &#233;labor&#233;e. Et d'autre part il n'est pas pass&#233; par le filtre du savoir dont disposent les gens en place. S'y ajoute le fait que dans sa lutte pour parvenir au pouvoir, ce populisme doit passer &#224; travers les obstacles du r&#233;gime en place. D'o&#249; in&#233;vitablement un c&#244;t&#233; grossier et simpliste. Ensuite, pour gouverner il se heurte &#224; l'hostilit&#233; des structures, alors m&#234;me qu'il sait assez mal comment discerner ce qu'il a &#224; faire concr&#232;tement. D'o&#249; une vuln&#233;rabilit&#233; aux critiques, et un risque &#233;lev&#233; d'&#233;chec.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais, et c'est l&#224; notre point, ces limites finissent par toucher aussi leurs compagnons de route et plus largement tous ceux auxquels on les assimile, dans le cadre dialectique d&#233;crit ci-dessus, et notamment tous les critiques du r&#233;gime en place.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, le besoin de rupture qu'impose la situation et la d&#233;rive de nos soci&#233;t&#233;s conduit &#224; des actions souvent contestables et/ou condamn&#233;es &#224; l'&#233;chec, qui peuvent compromettre la transition vers la vraie transformation, porteuse d'avenir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas Trump en est une bonne illustration, et cela m&#234;me en faisant la part de sa personnalit&#233; et de son comportement sp&#233;cifique. Il a en effet r&#233;uni sous son nom une coalition h&#233;t&#233;rog&#232;ne : MAGA isolationnistes, conservateurs traditionnels, chr&#233;tiens, libertariens, etc. sans parler des magnats de la Silicon Valley. Ce qui les r&#233;unit est un ennemi commun : la gauche woke pour simplifier, avec son effarante emprise ant&#233;rieure sur la vie publique et intellectuelle am&#233;ricaine. Et c'est Trump qui en est le liant, et qui donc est l'arbitre ultime de ses choix. Tout ce beau monde est donc embarqu&#233; avec lui, avec tous les risques correspondant. Cela n'emp&#234;che pas cette action d'avoir plusieurs dimensions tout &#224; fait utiles et positives. Mais le sch&#233;ma d'ensemble est passablement al&#233;atoire.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Que faire alors ? &lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Une telle situation est un fait. Elle ne saurait justifier l'inaction. Mais il n'y a &#233;videmment pas de solution miracle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il va de soi que tout ce qui concerne le travail en profondeur, l'&#233;laboration d'un corpus d'id&#233;es, et leur diffusion, garde tout son sens. Corr&#233;lativement, le maintien d'une analyse critique, relevant les bons c&#244;t&#233;s ou m&#234;me l'utilit&#233; &#233;ventuelle du populisme tout en en critiquant les limites et les risques, continuer &#224; rester une besoin incontournable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le fait m&#234;me du tour que prend le combat politique, le fait que les coups de boutoir qui &#233;branlent le r&#233;gime se font en dominante sous le signe du populisme, avec les limites qu'on a &#233;voqu&#233;es. On ne peut pas ne pas appuyer certaines de ces secousses ; et on ne doit en m&#234;me temps pas lui donner de blanc-seing. L'exercice &#224; conduire rel&#232;ve donc par certains c&#244;t&#233;s du pilotage &#224; vue, combin&#233; avec la fermet&#233; sur les principes essentiels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, en prenant du recul, cela n'a rien de nouveau, ni d'exceptionnel. Une certaine clart&#233; sur les id&#233;es et principes politiques ne donne en g&#233;n&#233;ral pas pour autant un guide pratique s&#251;r pour l'action, car les situations r&#233;elles sont in&#233;vitablement opaques et embrouill&#233;es. Seuls ceux qui croient en un grand r&#233;cit progressiste, en un sens de l'histoire, s'imaginent qu'il y a un fil d'Ariane s&#251;r menant &#224; une soci&#233;t&#233; meilleure. Un Maurras s'&#233;tait battu avant 1914 pour l'id&#233;e que la monarchie &#233;tait le plus s&#251;r garant de la libert&#233; nationale ; il a tr&#232;s loyalement d&#233;fendu l'union sacr&#233;e en 14-18. Mais il a vu, juste apr&#232;s, s'effondrer la plus grande partie des monarchies europ&#233;ennes ; puis &#224; terme plus lointain, l'id&#233;e d&#233;mocratique r&#233;gner en ma&#238;tre sur le continent. Avait-il tort sur l'union sacr&#233;e en 14-18 ? Non sans doute. Mais le choix responsable dans une situation donn&#233;e est une chose, le r&#233;sultat en est une autre. Il y a trop de variables dans l'&#233;quation pour qu'on puisse agir &#224; coup s&#251;r.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique n'a jamais envisag&#233; quoi que ce soit de ce type. Elle sait que le politique est le royaume de l'inachev&#233; et de l'imparfait. Aristote avait d&#233;velopp&#233; une pens&#233;e extraordinairement puissante et novatrice. Peut-on dire que son &#233;l&#232;ve Alexandre l'a mise en &#339;uvre ? Et d'ailleurs, qu'aurait pens&#233; Aristote de Trump ? La r&#233;ponse est dans la question.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;A para&#238;tre dans &lt;/i&gt; Politique magazine&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Perspectives politiques apr&#232;s les &#233;lections de 2022 ; les dilemmes de la &#8216;droite'</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Perspectives-politiques-apres-les-elections-de-2022-les-dilemmes-de-la-droite.html</link>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Droite</dc:subject>
		<dc:subject>Zemmour</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La saison des jeux &#233;lectoraux s'&#233;tant termin&#233;e, un bilan para&#238;t utile, offrant un &#233;clairage sur la suite, notamment &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; est bien s&#251;r dans la structuration de l'offre politique en 3- 4 blocs, eux-m&#234;mes polaris&#233;s par l'identification de chacun &#224; un chef. Et cons&#233;quemment par la pr&#233;dominance de ce qu'on appelle le vote utile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas de bonne augure pour ce qu'on appelle la droite (au sens &#233;lectoral du terme), malgr&#233; les apparences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Droite-+.html" rel="tag"&gt;Droite&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Zemmour-+.html" rel="tag"&gt;Zemmour&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La saison des jeux &#233;lectoraux s'&#233;tant termin&#233;e, un bilan para&#238;t utile, offrant en outre un &#233;clairage sur la suite, notamment &#224; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le jeu &#224; 3 ou 4 blocs, nouveaut&#233; structurante&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nouveaut&#233; est bien s&#251;r dans la structuration de l'offre politique en 3 blocs (4 si on ajoute ce qui reste de LR) eux-m&#234;mes polaris&#233;s par l'identification de chacun &#224; un chef, et cons&#233;quemment par le vote utile. Ce dernier a toujours exist&#233; ; il est logique dans un syst&#232;me &#233;lectoral majoritaire, que nous avons aux pr&#233;sidentielles comme aux l&#233;gislatives avec des modalit&#233;s un peu diff&#233;rentes. Ce syst&#232;me (contrairement &#224; la proportionnelle) s&#233;lectionne une seule personne, celle qui est en t&#234;te au second tour, avec une premi&#232;re s&#233;lection pour y &#234;tre pr&#233;sent. Vouloir exprimer un point de vue sp&#233;cifique au premier tour peut &#234;tre d&#232;s lors contreproductif, si ce faisant on divise les voix de ce qu'on consid&#232;re son camp au sens large, et ne lui permet pas d'&#234;tre pr&#233;sent au second tour.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant ce n'est que r&#233;cemment que la question est devenue aigu&#235;. De 1974 &#224; 2017, la vie politique de la Ve R&#233;publique &#233;tait largement bipolaire. Aux pr&#233;sidentielles, il y avait une quasi-certitude qu'au second tour il y aurait un candidat de &#8216;droite' et un de &#8216;gauche'. D&#232;s lors, &#224; droite et au centre notamment, on pouvait se permettre d'avoir deux candidats de poids relatif appr&#233;ciable (ainsi en 1969, 1974, 1981, 1988, 1995, 2007, moins nettement en 2002 et 2012). La gauche &#233;tait moins &#224; l'aise et a tendu &#224; miser plus souvent sur un candidat dominant (sauf &#224; l'occasion, ainsi en 1981 et 2012).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Elle a d'ailleurs appris en 2002 qu'il pouvait &#234;tre d&#233;sastreux d'op&#233;rer autrement, cette &#233;lection anticipant la situation actuelle puisqu'un troisi&#232;me bloc (FN) y &#233;tait apparu &#8211; mais &#224; l'&#233;poque on ne l'avait pas vu venir. Montant ensuite en puissance en 2007 et 2012 avec la progression du FN, ce n'est qu'&#224; partir de 2017 que la situation nouvelle a v&#233;ritablement &#233;merg&#233;. Cette fois, il est devenu clair qu'on avait un jeu &#224; 3 ou 4 blocs et non plus &#224; 2. D&#232;s lors le vote utile a commenc&#233; &#224; jouer un r&#244;le important. En effet, si on a 3 ou 4 candidats comparables, capables de d&#233;passer les 20%, mais dans un mouchoir de poche, chaque vote compte et comme on l'a dit, exprimer votre pr&#233;f&#233;rence pour un candidat plus petit risque de co&#251;ter la qualification pour le second tour de votre candidat de second choix. Et le vote utile des uns entra&#238;ne le vote utile des autres : si M&#233;lenchon monte dans les sondages, on va encore plus vers Le Pen et r&#233;ciproquement, ou pour d'autres vers Macron. Le ph&#233;nom&#232;ne a atteint son plein d&#233;veloppement en 2022, impliquant la marginalisation de Zemmour, P&#233;cresse, Jadot, Hidalgo et autres, dont les r&#233;sultats sont tr&#232;s en de&#231;&#224; de l'audience v&#233;ritable de leurs positionnements (au-del&#224; des d&#233;fauts propres de ces personnes).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, le ph&#233;nom&#232;ne a essaim&#233; aux l&#233;gislatives. Il avait &#233;t&#233; occult&#233; en 2017 par la permanence d'un vote de l&#233;gitimit&#233; en faveur du pr&#233;sident &#233;lu, Macron, repr&#233;sentant de plus en l'occurrence une offre politique apparemment nouvelle. En 2022 au contraire, bien qu'&#233;lu, ce m&#234;me Macron a essuy&#233; une vague protestataire. Il reste que dans ce cadre le vote utile a de nouveau jou&#233; &#224; plein, sur la base des t&#234;tes de file aux pr&#233;sidentielles. On pourrait objecter &#224; cela le cas de LR, certes tr&#232;s amoindri, mais qui a surv&#233;cu. Mais cela reste en fait conforme &#224; la r&#232;gle : en effet aux l&#233;gislatives on raisonne sur la circonscription, et gr&#226;ce &#224; son implantation LR a pu cas par cas appara&#238;tre de fa&#231;on subsidiaire comme un vote utile, ou qu'on pouvait se permettre. Mais cela reste fragile.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce syst&#232;me &#224; 3 ou 4 blocs a plusieurs autres effets ; l'un est bien s&#251;r la faible base &#233;lectorale de l'&#233;lu et donc sa faible l&#233;gitimit&#233; pour agir ensuite. Un second, la probabilit&#233; d'une absence de majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e : avoir pass&#233; la course d'obstacle de la pr&#233;sidentielle sur une base aussi faible ne donne pas au gagnant de garantie pour les l&#233;gislatives qui suivent, comme on l'a vu. Un autre tropisme nouveau, qu'on oublie souvent, est le monolithisme plus grand des 3 blocs (LR mis &#224; part). Les nuances ou diversit&#233;s internes sont broy&#233;es ou relativis&#233;es, et le r&#244;le du chef de file devient d&#233;cisif. Il y a d&#232;s lors un appauvrissement sensible du d&#233;bat et de la diversit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre, chacun a en t&#234;te l'&#233;lection suivante. Or, en dehors des europ&#233;ennes de 2024, &#233;lection sans effet, la prochaine &#233;ch&#233;ance en 2027 sera &#224; nouveau le m&#234;me cycle des pr&#233;sidentielles et l&#233;gislatives. Et a priori les m&#234;mes m&#233;canismes ont toute chance de se reproduire, m&#234;me si naturellement chaque bloc &#233;voluera, et son leader aussi. Ce sera notamment le cas de Macron qui ne pourra pas se repr&#233;senter ; mais il y aura une incitation forte pour les divers aspirants &#224; sa suite &#224; &#233;merger comme le seul candidat significatif de ce courant - sinon ce sera l'&#233;limination.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Quel avenir pour la droite ? &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout ceci n'est pas de bonne augure pour ce qu'on appelle la droite (au sens impliqu&#233; par le syst&#232;me &#233;lectoral), malgr&#233; les apparences. Regardons en effet de plus pr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un point important de ce c&#244;t&#233; a &#233;t&#233; la candidature surprise d'E. Zemmour, puis son &#233;chec final. Son succ&#232;s initial (dont t&#233;moignent les adh&#233;sions &#224; son parti pourtant tout neuf, et pendant un temps les sondages) confirme qu'il y a dans l'opinion un espace politique appr&#233;ciable entre le RN et les LR fa&#231;on UMP. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, son &#233;chec final montre la puissance de la m&#233;canique des blocs d&#233;crite ci-dessus, au-del&#224; des d&#233;fauts &#233;vidents du candidat (trop pol&#233;miste, pas assez politique) et des circonstances (Ukraine). Sa seule chance (et c'&#233;tait son pari) e&#251;t &#233;t&#233; un effondrement du socle du RN. Mais ce socle a au contraire montr&#233; sa solidit&#233; depuis de nombreuses ann&#233;es. D&#232;s lors un candidat comme lui, m&#234;me s'il avait fait un sans-faute, ne pouvait r&#233;colter tout au plus que 15 &#224; 17 % des voix, Marine Le Pen &#233;tant alors au pire rel&#233;gu&#233;e autour de 15%. Il n'y aurait alors pas eu de second tour, ni pour l'un ni pour l'autre. Le mouvement r&#233;el, qui a donn&#233; un avantage d&#233;cisif &#224; Marine, a donc &#233;t&#233; assez rationnel &#233;lectoralement parlant ; d'o&#249; pour Zemmour ce r&#233;sultat de 7 %, pas si ridicule finalement, mais suivi par l'&#233;limination totale aux l&#233;gislatives. Quant &#224; l'id&#233;e zemmourienne d'union des droites, en th&#233;orie assez rationnelle, elle se heurtait non seulement au refus du RN et de LR, mais aussi &#224; la contradiction entre l'affichage de cet objectif et ses attaques contre Marine Le Pen, elles-m&#234;mes in&#233;vitables du fait de la comp&#233;tition entre eux.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cet &#233;pisode, le fait de base est que nous avons une &#8216;droite' (au sens de la logique &#233;lectorale) divis&#233;e en plusieurs courants politiques hors d'&#233;tat de combiner leurs forces. Et sans doute aussi de l'emporter seuls. Bien entendu, la situation peut &#233;voluer, mais les points de d&#233;part sont peu favorables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le RN d'abord r&#233;cuse l'id&#233;e m&#234;me de droite, pr&#233;f&#233;rant celle de patriote &#8211; m&#234;me si tout le monde le classe &#224; &#8216;droite'. Corr&#233;lativement il a mis une sourdine aux th&#232;mes marqu&#233;s &#224; droite (soci&#233;taux notamment), voire &#224; l'immigration, dans la recherche d'une d&#233;diabolisation ; tout en accentuant fortement la dimension populiste au sens propre du terme, notamment en &#233;conomie. Or le populisme &#224; lui seul n'est pas une alternative v&#233;ritable, faute de contenu viable, et il pousse &#224; faire des promesses intenables sur lesquelles il sera rappel&#233; &#224; l'ordre par les r&#233;alit&#233;s. Construit en outre de mani&#232;re monolithique autour de son chef et candidate, ce parti ne tol&#232;re pas les diversit&#233;s de courants, ce qui n'est pas tr&#232;s rassembleur. Cependant, m&#234;me s'il ne s'y attendait pas, il a b&#233;n&#233;fici&#233; pleinement de son positionnement dans le contexte &#233;lectoral &#224; 3-4 blocs que nous avons d&#233;crit, et son succ&#232;s aux l&#233;gislatives va &#233;videmment le conforter dans ces options. Mais comme sa possibilit&#233; de s'&#233;tendre sur la gauche est nulle, et qu'il refuse &#224; ce stade l'ouverture &#224; droite, son potentiel de progression sur la base de sa position actuelle reste relativement limit&#233;. Et tant qu'il restera sur cette ligne, il bloquera toute perspective c&#244;t&#233; droite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; LR, c'est l'absence de choix qui domine. La tendance orl&#233;aniste et centriste l'a en g&#233;n&#233;ral dirig&#233; jusqu'&#224; maintenant, mais elle n'offre pas de ligne de r&#233;sistance au macronisme et se d&#233;sagr&#232;ge lentement. Le maintien tr&#232;s relatif de ses &#233;lus, d&#251; surtout &#224; son implantation et au rejet de Macron, reste fragile ; par ailleurs sa capacit&#233; &#224; faire &#233;merger un candidat aux pr&#233;sidentielles reste peu &#233;vidente. Parall&#232;lement, le macronisme met son c&#244;t&#233; centriste et mod&#233;r&#233; dans une plus grande d&#233;pendance culturelle &#224; l'&#233;gard du progressisme, bien au-del&#224; de ce que faisait le chiraquisme en son temps. Il va donc falloir choisir. On peut imaginer un glissement plus affirm&#233; de LR vers la droite, qui serait logique. S'il ne se produit pas, on voit en effet mal quelle peut &#234;tre la base de r&#233;sistance au macronisme ou &#224; ses successeurs ; &#224; moins que le hasard de le vie politique ne donne naissance &#224; une r&#233;surgence du chiraquisme, ce qui ne nous avancerait pas beaucoup. Si en revanche ce glissement &#224; droite se produisait, on peut concevoir que cela lui permette de capter une partie des forces mises en &#233;vidence par le zemmourisme, et peut &#234;tre au-del&#224;. Mais il resterait &#224; trouver une figure de proue, et &#224; &#233;toffer la pens&#233;e sous-jacente. Et ensuite le succ&#232;s supposerait une &#233;volution du RN. C'est donc concevable, mais &#224; ce stade plut&#244;t improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C&#244;t&#233; Reconqu&#234;te, le risque est &#233;videmment de dispara&#238;tre, d'autant que les seules &#233;lections d'ici 2027 sont les europ&#233;ennes. La perspective d'une transformation en mouvement consistant et durable n'est pas &#233;vidente (m&#234;me si l'espace politique existe dans l'opinion) ; et cela supposerait des r&#233;visions importantes de style, de m&#233;thodes, et de corpus d'id&#233;es. Certes il pourrait &#233;ventuellement profiter de la d&#233;ception &#224; l'&#233;gard des deux pr&#233;c&#233;dents - s'ils collaborent trop avec le macronisme ou se montrent sans contenu. Mais cela reste hasardeux ; et la t&#234;te de proue qu'est E. Zemmour n'est a priori pas id&#233;ale pour vraiment percer, avec ses exc&#232;s et ses tics intellectuels.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; la ligne politique classique ou conservatrice, qui est au niveau des id&#233;es le vrai c&#339;ur de la &#8216;droite', elle est peu ou mal repr&#233;sent&#233;e aujourd'hui. Le RN populiste et bonapartiste en est assez loin ; LR aussi dans une autre genre. Reconqu&#234;te pouvait appara&#238;tre un peu moins &#233;loign&#233;, notamment par son insistance sur la r&#233;forme intellectuelle &#224; mener. Mais outre ses limites propres, il est lui aussi assez bonapartiste - comme Zemmour le dit lui-m&#234;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans tous les cas, ce qui frappe donc est la faiblesse de l'alternative r&#233;elle &#224; droite, tant en termes de cr&#233;dibilit&#233; politique que, plus encore, de contenu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, rien ne dure &#233;ternellement et la roue tourne&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; Politique magazine &lt;a href=&#034;https://politiquemagazine.fr/france/perspectives-politiques-apres-les-elections-les-dilemmes-de-la-droite/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://politiquemagazine.fr/france...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>La 5e r&#233;publique dans l'impasse ?</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-5e-republique-dans-l-impasse.html</link>
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		<dc:date>2022-04-16T16:40:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Constitution</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Cinqui&#232;me r&#233;publique</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme institutionnelle</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les &#233;lections en cours laissent bien des &#233;lecteurs tr&#232;s insatisfaits. Ils le seraient plus encore s'ils prenaient pleinement conscience de l'impasse qui appara&#238;t dans le fonctionnement m&#234;me de la 5e r&#233;publique, que les &#233;lections l&#233;gislatives qui suivent mettront plus nettement en lumi&#232;re. D'o&#249; le besoin d'une r&#233;flexion sur les institutions, m&#234;me si le probl&#232;me est bien plus profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Les &#233;lections en cours laissent bien des &#233;lecteurs tr&#232;s insatisfaits. Ils le seraient plus encore s'ils prenaient pleinement conscience de l'impasse qui appara&#238;t dans le fonctionnement m&#234;me de la 5e r&#233;publique, que les &#233;lections l&#233;gislatives qui suivent mettront plus nettement en lumi&#232;re. D'o&#249; le besoin d'une r&#233;flexion sur les institutions, m&#234;me si le probl&#232;me est bien plus profond.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;*&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut d'abord rappeler l'importance centrale du parlement dans la constitution. On ne le voit pas, car le r&#244;le essentiel donn&#233; au pr&#233;sident, encore renforc&#233; par le quinquennat, a donn&#233; l'impression que seule l'&#233;lection pr&#233;sidentielle comptait. Mais l'exemple pass&#233; des trois cohabitations montre que si le parlement est dans un camp oppos&#233; au pr&#233;sident, c'est lui, le parlement, qui l'emporte. Car on ne peut pas gouverner contre lui, mais lui peut pour l'essentiel (s'il y a une majorit&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a cru que le quinquennat r&#233;pondait au probl&#232;me. Mais cela suppose que, comme en 2007, 2012 et 2017, les &#233;lecteurs envoient au pr&#233;sident &#233;lu la majorit&#233; qu'il souhaite. Cela pouvait para&#238;tre assez logique dans le syst&#232;me d'avant 2017, avec deux grands partis de gouvernement en alternance &#8211; m&#234;me si ce n'&#233;tait pas garanti. Cela a encore march&#233; en 2017 au profit d'E. Macron, mais rien ne prouve que l'op&#233;ration se r&#233;p&#233;tera. Marcon n'a pas su cr&#233;er de parti qui le soutienne, c'est le moins qu'on puisse dire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En outre on constate m&#234;me une &#233;volution en sens inverse : les trois candidats arriv&#233;s en t&#234;te au premier tour ont en commun de ne pas disposer d'un parti &#233;toff&#233;, avec de nombreux &#233;lus, et par l&#224; de candidats potentiels implant&#233;s localement, ce qui est dans la logique de notre mode de scrutin. Il semble m&#234;me que la recette du succ&#232;s, au moins sur cette &#233;lection, soit de n'avoir qu'une plateforme pr&#233;sidentielle totalement personnalis&#233;e. Mais outre que cela donne &#224; une majorit&#233; de Fran&#231;ais une profond sentiment d'insatisfaction, c'est contradictoire avec l'&#233;lection qui suit, les l&#233;gislatives.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quelles cons&#233;quences peut-on en escompter ? Si on prend les deux finalistes, la possibilit&#233; que Marine Le Pen, suppos&#233;e &#233;lue, ait une majorit&#233; &#224; l'Assembl&#233;e est pratiquement nulle ; en revanche il y a toute chance que se constitue alors une majorit&#233; qui lui soit hostile. Au mieux, cohabitation, au pire, blocage. Quant &#224; Emmanuel Macron, il est relativement improbable qu'il dispose d'un majorit&#233; du type de celle de 2017. En revanche, comme on sait, il dispose d'une r&#233;serve potentielle du c&#244;t&#233; de ce qui restera de LR : soit parce qu'il ralliera une fraction &#233;ventuellement importante de ce parti dans une nouvelle majorit&#233; ; soit que LR se maintient mais entre dans un sch&#233;ma de coalition. Cela peut donc marcher encore une fois. Mais la base de ce nouveau quinquennat resterait tr&#232;s fragile. En outre et surtout cela perp&#233;tuerait de fa&#231;on encore aggrav&#233;e la coupure du pays en trois blocs dont un seul peut parvenir au pouvoir. De plus la formule ne survivrait sans doute pas &#224; Macron (non r&#233;&#233;ligible en 2027). Par ailleurs bien s&#251;r, la man&#339;uvre peut ne pas marcher et l'Assembl&#233;e de 2022 se r&#233;v&#233;ler ingouvernable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Quant &#224; l'hypoth&#232;se d'un pr&#233;sident gouvernant par r&#233;f&#233;rendum, outre qu'elle peut &#234;tre bloqu&#233;e juridiquement, elle ne serait viable au mieux que provisoirement comme coup de force permettant de renverser la table, mais on ne peut pas gouverner sur cette base.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous n'avons donc plus de syst&#232;me politique raisonnablement stable et permettant un d&#233;bat et une alternance lisible et cr&#233;dible. Il est donc logique de r&#233;fl&#233;chir aux modifications institutionnelles possibles &#8211; tout en &#233;tant conscient des limites d'un tel exercice.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passer &#224; la proportionnelle est-il une r&#233;ponse ? Spontan&#233;ment j'aurais &#233;t&#233; pr&#233;c&#233;demment tr&#232;s hostile &#224; cette formule. M&#234;me si c'est celle qu'on trouve dans la plupart des pays europ&#233;ens (en fait, tous &#224; un degr&#233; ou un autre depuis le d&#233;part des Britanniques), car elle est contraire &#224; la logique des institutions telles qu'elles fonctionnaient. Mais justement on n'est plus dans ce contexte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En sens contraire, les &#233;lections de 2022 ont montr&#233; la tendance &#224; la division du pays en trois blocs tr&#232;s diff&#233;rents. Si on suppose que cela se confirme et dure, une vraie proportionnelle donnerait un parlement ingouvernable. Cette solution, qui est celle de bien des pays europ&#233;ens, est donc risqu&#233;e dans notre contexte ; il faut donc mitiger la proportionnelle. Par ailleurs la logique de la 5e r&#233;publique avec un pr&#233;sident fort a montr&#233; des avantages r&#233;els, et personne ne propose de revenir dessus. En revanche le quinquennat a r&#233;v&#233;l&#233; ses limites : non seulement il ne r&#233;sout rien, mais il fait dispara&#238;tre l'int&#233;r&#234;t du r&#244;le du pr&#233;sident, pr&#233;vu par la constitution, qui est notamment d'avoir un certain recul. Recul qui peut &#234;tre pr&#233;cieux dans un pays divis&#233;, &#224; condition que le pr&#233;sident cesse d'intervenir dans la gestion quotidienne (ce qui serait d'ailleurs plus conforme &#224; la constitution). .&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; les propositions qui sont dans l'air du temps : restauration du septennat et injection d'une formule &#233;lectorale avec proportionnelle mais de fa&#231;on permettant l'&#233;mergence d'un majorit&#233; (prime au mieux plac&#233;, mixte avec le syst&#232;me &#224; circonscription etc.). Cela semble plut&#244;t rationnel. Mais naturellement comme on l'a dit ce n'est pas une panac&#233;e. Aucune solution institutionnelle ne l'est d'ailleurs. Mais on pourrait esp&#233;rer sortir en partie au moins de cette impasse.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Un Etat strat&#232;ge pour la sortie de crise et le monde d'apr&#232;s</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Un-Etat-stratege-pour-la-sortie-de-crise-et-le-monde-d-apres.html</link>
		<guid isPermaLink="true">https://pierredelauzun.fr/Un-Etat-stratege-pour-la-sortie-de-crise-et-le-monde-d-apres.html</guid>
		<dc:date>2020-06-13T15:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie a subi le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite....&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la Revue Banque et Strat&#233;gie, juin 2020.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Dans son ensemble notre monde a &#233;t&#233; pris de court par cette crise, qui n'a pas son origine dans la sph&#232;re &#233;conomique et financi&#232;re. Notre &#233;conomie subit le choc le plus violent qu'elle ait connu depuis la guerre. Nous sommes encore sous le choc, mais l'urgence est de r&#233;fl&#233;chir &#224; la suite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des le&#231;ons douloureuses&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a d'abord les le&#231;ons &#224; tirer de la crise elle-m&#234;me. L'une est &#233;vidente. C'est celle des m&#233;faits possibles de la mondialisation commerciale et industrielle, avec son culte des flux tendus et des d&#233;localisations et ses concentrations de production en Chine ou ailleurs, qui nous laissent terriblement d&#233;munis. D&#233;signer un coupable n'est pas mon propos ici. Les entreprises int&#233;ress&#233;es et les consommateurs y ont beaucoup gagn&#233;. Mais il est clair qu'on a perdu de vue des imp&#233;ratifs multiples et au minimum de s&#233;curit&#233;, au niveau des firmes, et plus encore au niveau national.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La deuxi&#232;me le&#231;on est l'incroyable impr&#233;paration de la plupart de nos pays. Beaucoup dans l'opinion croient que c'est la faute de l'aust&#233;rit&#233;, des march&#233;s, ou de Bruxelles. Mais ce n'est pas s&#233;rieux de la part d'un pays dont les pouvoirs publics canalisent 56% du PNB. Il n'y a d'ailleurs aucune corr&#233;lation au niveau mondial entre les succ&#232;s ou &#233;checs, et l'importance des d&#233;penses sanitaires, ou la part du public et du priv&#233;. Comment fait la Cor&#233;e qui se tire mieux que nous de la crise alors que ses d&#233;penses sant&#233; sur PNB sont moiti&#233; des n&#244;tres ? Ce qui appara&#238;t donc clair est qu'il y a un tr&#232;s grave probl&#232;me de mauvaise gestion de la d&#233;pense collective. Notamment par abus de la m&#233;thode budg&#233;taire qui g&#232;re la contrainte selon la r&#233;sistance aux &#233;conomies et non selon les priorit&#233;s, incapable d'investir sur l'avenir, et pour qui la pr&#233;caution c'est bloquer ce qui est nouveau, et non pas prendre ses pr&#233;cautions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tout cela a transform&#233; une crise qui aurait pu &#234;tre contenue en un d&#233;sastre majeur. Moralit&#233; : si on continue comme cela dans le monde d'apr&#232;s, non seulement nous continuerons &#224; affronter les crises de demain dans de mauvaises conditions, mais nous verrons d'autres, plus avis&#233;s, nous d&#233;passer chaque fois plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dette et monnaie : le pari existentiel&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une autre consid&#233;ration qui s'impose d'embl&#233;e &#224; nous, c'est celle de la dette. Comme on sait, nos &#233;conomies se caract&#233;risent par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise de march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e un effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. Mais pour s'endetter, il faut le vouloir. Ce ne sont pas les march&#233;s financiers qui obligent les Etats &#224; s'endetter, c'est leur incapacit&#233; &#224; contr&#244;ler leurs d&#233;ficits, donc &#224; choisir politiquement.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r, &#224; partir du moment o&#249; on a &#233;t&#233; accul&#233; au confinement, l'Etat a eu raison d'intervenir massivement ; et &#224; court terme, comme l'imp&#244;t aurait assomm&#233; le malade, la seule voie pour financer cela est la dette. Mais ce faisant on va accro&#238;tre massivement une dette d&#233;j&#224; colossale. Et la cause de l'endettement, c'est le d&#233;ficit, permanent depuis 45 ans. Hors crise, ces d&#233;ficits sont injustifi&#233;s, car ils financent des d&#233;penses courantes, report&#233;es sur les g&#233;n&#233;rations futures. A terme donc, une fois la crise pass&#233;e, il sera urgent de revenir &#224; un exc&#233;dent. Et dans un pays qui a le record de pression fiscale du monde d&#233;velopp&#233;, ce ne peut &#234;tre que par la r&#233;orientation des d&#233;penses. Ce qui n'est jamais facile politiquement, mais indispensable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien s&#251;r nous avons notre &#8216;bonne' f&#233;e, la banque centrale. Le quantitative easing comme tel ne fait pas dispara&#238;tre l'endettement, mais il le facilite et il maintient les taux tr&#232;s bas. Autre miracle : on l'a adopt&#233; parce que la BCE, jugeait l'activit&#233; et l'inflation insuffisantes ; elle aurait voulu faire monter celle-ci jusqu'&#224; 2 %, mais elle n'y est pas parvenu. Ce qui t&#233;moigne de la puissance des forces d&#233;flationnistes dans nos &#233;conomies - du moins avant la crise. On va donc continuer, vu l'urgence. A court terme, on aura raison. D'autant qu'une r&#233;cession est a priori d&#233;flationniste. Mais ensuite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sauf &#224; croire dans la magie, il est impossible que sur la dur&#233;e une cr&#233;ation mon&#233;taire massive ex nihilo n'ait pas d'effet inflationniste. Jusqu'&#224; maintenant, l'effet de ces mesures a &#233;t&#233; une inflation des prix des actifs. S'ajoutant &#224; un endettement g&#233;n&#233;ralis&#233;, c'est propice aux bulles sp&#233;culatives. Mais l'endettement, et les bulles sur le prix des actifs, sont la recette des grandes crises financi&#232;res ; ainsi en 2008. On ne sait pas quand elles se produisent, mais on sait qu'on en aura. Et alors les taux monteront en fl&#232;che, sauf &#224; fuir en avant par mon&#233;tarisation acc&#233;l&#233;r&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite se posera la question de l'inflation des biens et services. Plusieurs facteurs non mon&#233;taires pourront la faciliter, bien plus que dans la p&#233;riode pr&#233;c&#233;dente. C'est d'abord la r&#233;duction probable du commerce international et de la division du travail, qui poussera &#224; la hausse des prix ; ce peut &#234;tre la concentration et cartellisation acc&#233;l&#233;r&#233;e qui r&#233;sulteront de la crise, d&#233;vastatrices pour bien des acteurs petits et moyens ; ou enfin une persistance &#233;ventuelle de la crise de l'offre. Mais le facteur majeur sera la cr&#233;ation mon&#233;taire, si elle continue sur son rythme effr&#233;n&#233; et finit par gonfler les agr&#233;gats mon&#233;taires. Or tant l'exp&#233;rience historique que le bon sens montrent l&#224; aussi que, m&#234;me si on ne sait pas quand, &#224; un certain moment une cr&#233;ation mon&#233;taire massive engendre une inflation rapidement incontr&#244;lable &#8211; sauf grand coup de frein et crise. Et la m&#234;me exp&#233;rience montre que ce n'est pas inoffensif sur le plan social et politique, pour rester dans l'euph&#233;misme. Et donc &#224; un moment donn&#233;, il faudra calmer le jeu et refroidir la marmite infernale. Notamment pour revenir &#224; des budgets &#233;quilibr&#233;s. Et donc contenir et r&#233;orienter &#233;nergiquement la d&#233;pense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Certains disent qu'on peut agir sur le stock de dette, au moins publique, en le mon&#233;tisant. Comme la r&#233;pudiation de la dette d'un grand pays serait catastrophique, le seul moyen sans cr&#233;er le chaos est la voie mon&#233;taire. Or la BCE, qui d&#233;tenait avant la crise 20% environ de la dette fran&#231;aise, va finir encore plus haut. On peut donc imaginer que des banques centrales innovent, non pas en annulant ces cr&#233;ances qu'elles d&#233;tiennent sur les Etats, mais en les d&#233;tenant sur la longue dur&#233;e voire perp&#233;tuellement, au moins de fait. On ne sait pas si cela serait remettrait en cause la confiance dans la monnaie, car on ne sait pas o&#249; est le point de rupture - mais on n'est pas oblig&#233; de l'annoncer avec fracas. Reste cependant qu'une telle op&#233;ration para&#238;t fort peu praticable au niveau de la BCE, car cela poserait de tr&#232;s gros probl&#232;mes juridiques et politiques. En outre et surtout, ce faisant, on ne ferait que revenir &#224; la situation r&#233;cente et le niveau de dette resterait historiquement tr&#232;s &#233;lev&#233;. Pour vraiment revenir &#224; des proportions plus maniables, il faudrait une op&#233;ration beaucoup plus vaste, avec des achats massifs des banques centrales sur le march&#233;. Et l&#224; le risque inflationniste deviendrait consid&#233;rable, voire de fuite devant la monnaie. Ne croyons donc pas trop au p&#232;re No&#235;l.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Les questions de fond&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au-del&#224; de cette aspect, la crise aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables. Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, notamment national. Retour &#233;vident en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. En soi c'est plut&#244;t une bonne chose, au vu des risques &#233;voqu&#233;s, et du besoin d'une strat&#233;gie. Mais cela fait aussi courir un risque majeur, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population. Et donc que les tendances d&#233;j&#224; malsaines dans la d&#233;pense publique, &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies, vont se trouver aggrav&#233;es. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. On a vu qu'il n'y avait pas trop peu de d&#233;penses publiques, mais trop ; et qu'elles sont plut&#244;t mal orient&#233;es. Et donc ce dont on aurait besoin, c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233; et judicieux dans ses interventions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait donc une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en cas de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Il faudrait aussi un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays. Mais chacun doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui se heurte &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette probl&#233;matique en rencontre une deuxi&#232;me, qui porte sur le tissu social et &#233;conomique. Je vise ici notamment l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura sur le tissu des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Nous avons d&#233;j&#224; eu l'affaire des gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces locaux. Mais hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet et rejoints par les caf&#233;s et restaurants, comme par le culturel et l'&#233;v&#233;nementiel, et tout le tourisme ; et plus largement bien des PME. Plus au-del&#224;, l'agriculture, secou&#233;e par la d&#233;sorganisation de la production et des transports. Les grands gagnants c'est les GAFAM, le virtuel et la distance ; et loin derri&#232;re, la grande distribution. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire. Un Etat aidant, mais surtout plus strat&#232;ge, moins co&#251;teux et moins envahissant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ajoutons enfin la probl&#233;matique d&#233;j&#224; fortement montante avant la crise, celle de l'environnement. Paradoxalement, la crise sanitaire, qui a montr&#233; comment la nature a respir&#233; du fait de la r&#233;duction de l'activit&#233;, a mis aussi en &#233;vidence la difficult&#233; de tout effort collectif de grande ampleur. Car cette emprise moindre sur l'environnement a &#233;t&#233; pay&#233;e extr&#234;mement cher, et &#224; coups de d&#233;ficits publics d&#233;mentiels. Les adeptes du grand soir &#233;cologique en seront pour leurs frais : on h&#233;sitera &#224; recommencer. Et pourtant en ce domaine l'urgence est l&#224;, et il faudra arbitrer &#233;nergiquement, sur la dur&#233;e, sans d&#233;chirer le tissu social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qu'il faut en fait, c'est un nouveau pacte entre la soci&#233;t&#233; et l'Etat : d&#233;finissant ses actions prioritaires, sur le long terme (&#233;cologie comprise) mais sans faire marcher la planche &#224; billet ; prot&#233;geant ses secteurs clefs et remisant l'id&#233;ologie mondialiste sous sa forme caricaturale, mais sans fermeture ni repli ; contr&#244;lant et r&#233;gulant &#233;nergiquement ses march&#233;s et sa finance, mais sans les tuer ; lib&#233;rant l'initiative, mais cultivant le d&#233;vouement &#224; la chose publique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. On voit les pays de l'Asie libre, Cor&#233;e, Taiwan, Singapour, Hongkong, voire Japon mieux r&#233;agir que nous, avec moins de contraintes. Mais ces pays ont une culture plus impr&#233;gn&#233;e de la chose publique et du bien commun, sans avoir l'idol&#226;trie de l'Etat, parce que c'est dans l'esprit des citoyens. L'erreur &#224; r&#233;pudier, c'est notre individualisme pathologique, arbitr&#233; par une bureaucratie toute puissante. Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. Dans l'une, on continue comme avant, avec tout ce que cela entra&#238;ne de risques croissants, financiers, sociaux, et politiques. Dans l'autre, il y a un sursaut national, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais impliquant des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru dans la &lt;i&gt;Revue Banque et Strat&#233;gie&lt;/i&gt;, juin 2020.&lt;br class='autobr' /&gt;
&lt;a href=&#034;http://www.revue-banque.fr/risques-reglementations/article/un-etat-stratege-pour-sortie-crise-monde-apres#restricted_content&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.revue-banque.fr/risques-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Une vague 'conservatrice' peut-elle toucher la France ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-vague-conservatrice-peut-elle-toucher-la-France.html</link>
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		<dc:date>2020-05-23T09:39:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Oui, une vague 'conservatrice' peut-elle toucher la France ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment d&#233;j&#224; se mettre d'accord sur ce qu'on appelle conservateur. Mais quoi qu'il en soit, &#224; court terme, ce n'est pas si &#233;vident.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, apr&#232;s 2022, le d&#233;sastre que nous promettent les alternatives en place peut ouvrir le jeu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Et dans l'intervalle,le travail se fait en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru dans Libert&#233; Politique N&#176; 84 mai 2020. Num&#233;ro sp&#233;cial &#034;Un vent de conservatisme&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Vie-politique-francaise-.html" rel="directory"&gt;Chronique de la vie politique fran&#231;aise&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pensee-classique-+.html" rel="tag"&gt;Pens&#233;e classique&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;De qui parle-t-on ?&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il faudrait &#233;videmment d&#233;j&#224; se mettre d'accord sur ce qu'on appelle 'conservateur'. Comme je l'ai montr&#233; dans un livre paru l'an dernier aux &#233;ditions du Bien Commun, &lt;i&gt;Pour un grand retournement politique&lt;/i&gt;, le conservatisme est un terme ambigu. Sans parler de l'&#233;tymologie, qui conduit la presse &#224; qualifier de conservateurs les tenants de r&#233;gimes menac&#233;s par des &#233;volutions, comme en Iran ou en Chine, le terme de conservateur d&#233;signe un courant politique dont l'existence est clairement attest&#233; dans le monde anglo-saxon, o&#249; se trouvent ses penseurs les plus en vue et les plus caract&#233;ristiques, de Burke &#224; Roger Scruton en passant par Disraeli, Kirk et autres. M&#234;me ainsi compris, le conservatisme garde une certain ambigu&#239;t&#233; : n&#233; d'une r&#233;action &#224; la R&#233;volution fran&#231;aise, il m&#234;le un attachement &#224; des valeurs et r&#233;f&#233;rences traditionnelles avec un grand pragmatisme, ce qui conduit le label &#224; d&#233;signer des r&#233;alit&#233;s assez variables. Ainsi dans ses rapports avec le lib&#233;ralisme : si dans sa logique propre, il s'en distingue assez nettement, l'hybridation est fr&#233;quente, au point qu'aux Etats-Unis on consid&#232;re bizarrement qu'en &#233;conomie un conservateur est un ultralib&#233;ral.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, on constate dans beaucoup de pays un renouveau de ce qu'on peut appeler au sens large conservatisme. Mais l&#224; aussi la r&#233;alit&#233; sous-jacente est variable : le terme s'applique assez bien &#224; la Hongrie (Orban) et &#224; la Pologne (le PiS). En Grande-Bretagne, le thatch&#233;risme avait &#233;t&#233; particuli&#232;rement ambigu, comme d'ailleurs le reaganisme aux Etats-Unis. Le Brexit a &#233;t&#233; l'occasion d'une pouss&#233;e impressionnante mais complexe du parti conservateur, dans une nouvelle mouture m&#234;l&#233;e de populisme, o&#249; le patriotisme joue un r&#244;le central ainsi que l'hostilit&#233; &#224; Bruxelles. Trump aux Etats-Unis m&#234;le de fa&#231;on intime une dimension ind&#233;niablement conservatrice (notamment en mati&#232;re de lutte pour la vie) avec une ambigu&#239;t&#233; en mati&#232;re &#233;conomique et des m&#233;thodes populistes. Par certains point de vue, la remarquable pouss&#233;e de Matteo Salvini et de la Lega en Italie pr&#233;sente des traits analogues &#224; ce dernier. En r&#233;sum&#233;, plus encore que dans le conservatisme ant&#233;rieur, l'hybridation caract&#233;rise ces divers mouvements, variable en outre selon les priorit&#233;s locales, avec cette nouveaut&#233; g&#233;n&#233;ralement d&#233;terminante qu'est la dimension populiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela ne nous cependant pas conduire &#224; sous-estimer leur importance et signification. Non seulement la dimension conservatrice y est r&#233;elle, mais elle s'y allie avec une composante populaire nouvelle, et avec des succ&#232;s &#233;lectoraux appr&#233;ciables. Or nous sommes dans un contexte qui paraissait normalement favorable aux id&#233;es class&#233;es de gauche ou progressistes : c'est ce que G. Bernard appelle le mouvement sinistrogyre. Je le mets pour ma part dans le contexte de ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, qui tend &#224; dominer les id&#233;es et leur expression publique depuis trois si&#232;cles, tout en faisant sentir ses effets progressivement. Il culmine dans le relativisme postmoderne actuel, &#224; la base du politiquement correct d'aujourd'hui. Or ce dernier est toujours dominant, voire plus que jamais. Le succ&#232;s des mouvements dont on a parl&#233; signifie que cette emprise, notamment sur les m&#233;dia, n'a pas emp&#234;ch&#233; le succ&#232;s de ces formes de r&#233;volte contre ses cons&#233;quences absurdes et nocives. C'est l&#224; o&#249; la dimension populiste s'est av&#233;r&#233;e en g&#233;n&#233;ral essentielle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le populisme est fondamentalement une r&#233;volte populaire contre les &#233;lites du moment. Il signifie donc &#224; la fois l'affaiblissement au moins relatif de l'emprise de ces derni&#232;res, et l'absence ou l'insuffisance d'une alternative au niveau pr&#233;cis&#233;ment de ces &#233;lites. D'o&#249; le probl&#232;me de tout populisme : sa faiblesse au niveau tant des id&#233;es que de la comp&#233;tence &#224; gouverner. Quand il parvient au pouvoir, c'est que d'une fa&#231;on ou d'une autre des id&#233;es, ou le choix de dirigeants venant d'un autre horizon, se sont combin&#233;s avec lui, mais naturellement de fa&#231;on variable. Aux Etats-Unis, l'alchimie s'est faite chez une personne, Donald Trump, qui a amalgam&#233; son rayonnement personnel essentiellement populiste avec son appartenance &#224; la classe dirigeante et surtout &#224; la d&#233;cision de s'appuyer sur le parti r&#233;publicain. En Grande Bretagne, une alchimie analogue a permis de combiner le charisme personnel et l'habilet&#233; de Boris Johnson avec la machine du parti conservateur pi&#233;g&#233; par la mise en &#339;uvre du Brexit. Dans les deux cas, le programme reste sommaire, et ne s'appuie que tr&#232;s partiellement sur un mouvement d'id&#233;es. En revanche deux autres ingr&#233;dients ont &#233;t&#233; d&#233;cisifs : d'un c&#244;t&#233;, le patriotisme ; de l'autre, l'&#233;coute de la souffrance de masses populaires d&#233;sesp&#233;rant des politiciens qu'on leur offrait ; les deux se combinant dans une forme ou une autre de patriotisme &#233;conomique. Mais qui reste assez flou, car les deux dirigeants restent ambigus par rapport au lib&#233;ralisme : alors que ce dernier est dans l'ensemble contradictoire avec leur base de succ&#232;s &#233;lectoral, il les tente par ailleurs. Nous ne savons donc pas la forme exacte que prendra l'apr&#232;s-Brexit, ni ce que Trump fera de pr&#233;cis dans bien des domaines, notamment en &#233;conomie, s'il obtient un second mandat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Comme on le voit, le r&#233;sultat concret de ce type de mouvement peut varier consid&#233;rablement ; apparemment, la marge de fluctuation est d'autant plus grande que le populisme y domine. En sens contraire, la ligne des Hongrois d'Orban ou des Polonais du PiS est objectivement plus fiable et lisible ; mais justement, ce ne sont pas des partis populistes purs, et leur origine donne une place plus importante &#224; la r&#233;f&#233;rence conservatrice. Il ne s'agit pas ici de d&#233;nigrer cette composante populiste, essentielle au succ&#232;s dans les cas cit&#233;s, mais d'en montrer les ambigu&#239;t&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas fran&#231;ais : bilan&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;La plupart des autres pays dits occidentaux a connu des pouss&#233;es semblables &#224; ce qui pr&#233;c&#232;de, mais avec des r&#233;sultats plus contrast&#233;s. En Espagne, l'effet dominant est la mont&#233;e d'une gauche particuli&#232;rement sectaire et agressive, conform&#233;ment &#224; la tradition locale ; en face, la pouss&#233;e de Vox, parti populiste de droite, est tr&#232;s r&#233;cente, mais elle ne fait pas l'objet d'une r&#233;action de rejet de la droite classique, de sort que la situation peut &#233;voluer. En Allemagne en revanche, la CDU restant jusqu'ici fig&#233;e dans l'immobilisme merkelien, la conjonction avec le parti populiste AfD reste pour l'instant exclue, m&#234;me si le d&#233;bat est ouvert. Notons au passage que ce parti AfD, fond&#233; au d&#233;part par des personnes motiv&#233;es par l'hostilit&#233; &#224; l'euro, a gliss&#233; vers un populisme assez sommaire, qui ne lui ouvre pas des perspectives prometteuses, sachant que la situation reste tr&#232;s mouvante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste le cas fran&#231;ais. D'un c&#244;t&#233;, il y a eu, au niveau intellectuel, un int&#233;r&#234;t r&#233;el, visible au niveau universitaire ou dans les m&#233;dia sp&#233;cialis&#233;s, pour les id&#233;es conservatrices, ce dont t&#233;moigne le remarqu&#233; &lt;i&gt;Dictionnaire du conservatisme&lt;/i&gt;. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, l'&#233;chec &#233;lectoral de la liste de FX Bellamy a &#233;t&#233; analys&#233; en g&#233;n&#233;ral comme l'&#233;chec d'un positionnement conservateur. Cela dit, l'attention principale ne s'est pas port&#233;e l&#224;-dessus, mais sur ce qui est per&#231;u de fa&#231;on croissante par bien des gens comme l'opposition entre d'un c&#244;t&#233; les mondialistes et de l'autre les localistes (les &lt;i&gt;anywhere&lt;/i&gt; et les &lt;i&gt;somewhere&lt;/i&gt; du &lt;i&gt;bestseller&lt;/i&gt; anglais de Goodhart). Selon cette analyse, ce clivage l'emporterait d&#233;sormais sur celui opposant droite et gauche, quel que soit le sens de ce dernier. Ce qui para&#238;t aller dans ce sens, c'est deux &#233;v&#233;nements majeurs de la vie politique depuis 2017 : d'un c&#244;t&#233; le rezzou pratiqu&#233; par Emmanuel Macron, liquidant par &#233;tapes successives les deux partis de gouvernement pour f&#233;d&#233;rer sous son seul nom un ensemble h&#233;t&#233;rog&#232;ne combinant lib&#233;ralisme soci&#233;tal, ordre public muscl&#233;, et ouverture &#224; la mondialisation, le tout m&#226;tin&#233; d'un europ&#233;isme enflamm&#233;. Ce faisant il incarne bien les &#8216;mondialistes'. Et en face, on a vu l'explosion des gilets jaunes, exemple sans pr&#233;c&#233;dent d'une r&#233;volte populaire puissante, mais qui se voulait m&#233;thodiquement sans programme, sans leader, et par l&#224; sans but, visc&#233;ralement oppos&#233;e aux pr&#233;c&#233;dents.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette situation fran&#231;aise originale r&#233;sulte de trois particularit&#233;s. En premier lieu, on a vu l'importance des leaders, des meneurs d'opinion ; or en l'esp&#232;ce, apr&#232;s p&#233;rip&#233;ties diverses, il n'y a eu paradoxalement qu'Emmanuel Macron &#224; subsister. Cela dit, il est assez probable que la magie en soit passablement &#233;rod&#233;e, d'autant qu'elle reposait assez largement sur un malentendu. Mais l'&#233;quipe au pouvoir continue &#224; jouir de la rente de son op&#233;ration, &#224; savoir la destruction, au moins pour le moment, des anciennes machines politiques, PS et LR ; et il n'y a pas eu &#233;mergence d'un nouveau leader alternatif, &#224; droite ou &#224; gauche. Cela donne une consistance apparente &#224; l'option &#8216;mondialiste', mais qui ne repose pas sur des bases tr&#232;s solides. Un deuxi&#232;me &#233;l&#233;ment est le fait que les gilets jaunes ont cat&#233;goriquement exclu toute hypoth&#232;se de conjonction avec au moins une partie de la classe dirigeante ou comp&#233;tente, ce qui a fini par condamner ce mouvement. Un troisi&#232;me &#233;l&#233;ment d&#233;cisif dans le cas fran&#231;ais, est le Rassemblement national, ex FN, qui est un cas unique : un parti construit comme populiste, ferm&#233; aux &#8216;&#233;lites', propri&#233;t&#233; exclusive d'une famille, mais qui parvient &#224; rester la deuxi&#232;me force politique du pays, et opte en outre pour un positionnement r&#233;solument non-conservateur. En bref, c'est le gel spectaculaire d'un potentiel de changement pourtant consid&#233;rable. Le r&#233;sultat de tous ces facteurs est la stagnation et le pourrissement de la situation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sociologiquement, le bilan d'une coupure croissante entre l'&#233;lite et une bonne partie de la population est un fait massif et indiscutable. On sait qu'une analyse politique r&#233;pandue (notamment au RN avec Marine Le Pen) en d&#233;duit une r&#233;organisation de l'opposition politique, qui ne serait plus entre gauche et droite, mais entre les territoriaux enracin&#233;s et les autres. Mais Goodhart ne d&#233;duit pas de son analyse une opposition politique majeure entre &lt;i&gt;anywhere&lt;/i&gt; et &lt;i&gt;somewher&lt;/i&gt;e, et il a raison. Les &lt;i&gt;somewhere&lt;/i&gt; que sont les Gilets jaunes en sont un bon exemple : certes, ils sont bien plus li&#233;s &#224; une zone g&#233;ographique que les thurif&#233;raires de Macron ; ce sont pour la plupart des fran&#231;ais de souche, et ils souffrent de la marginalisation d'une bonne partie du territoire fran&#231;ais. Mais sont-ils vraiment consciemment enracin&#233;s dans une tradition culturelle, voire une communaut&#233; locale, comme le voudrait un certain romantisme conservateur qui s'est empress&#233; de les annexer, trouvant enfin un sujet historique populaire - avec la m&#234;me na&#239;vet&#233; que les n&#233;o-marxistes cherchaient un substitut au prol&#233;tariat ? Dans leur d&#233;marche politique, sont-ils m&#234;me si consciemment attach&#233;s au principe national ? Leurs revendications exprim&#233;es &#233;taient essentiellement soit &#233;conomiques (demandes adress&#233;s &#224; l'Etat providence), soit de d&#233;mocratie directe (r&#233;f&#233;rendum populaire). Bien s&#251;r, dans la r&#233;alit&#233; ces demandes n'ont de sens que dans une perspective nationale, fond&#233;e sur la solidarit&#233; et une culture commune, et prot&#233;geant de la mondialisation ou en tout cas aidant &#224; y vivre convenablement. De m&#234;me, ils ont de fa&#231;on latente un besoin manifeste de vrai communaut&#233; locale et d'enracinement. Mais ils sont loin d'en produire une expression politique. En r&#233;sum&#233;, ce sont effectivement des gens qui devraient &#234;tre une force de changement ; mais pour cela il faudrait une offre politique plus comp&#233;tente, et qu'ils l'acceptent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Inversement, on constate la permanence sous-jacente d'une division politique essentielle qu'il faut bien exprimer en termes de droite et de gauche, non seulement en mati&#232;re de m&#339;urs (la gauche est massivement LGBT et avorteuse, et seule une petite minorit&#233; s'oppose &#224; la PMA ; les positions contraires &#233;tant le quasi-monopole d'une partie de ce qu'on appelle droite) ; mais plus encore dans des questions aussi structurantes pour la recherche de solutions communes que sont la nation (la gauche nationale est presque inexistante), et bien s&#251;r les migrations (la gauche est farouchement pour). Il s'en d&#233;duit que si Marine Le Pen et bien d'autres peuvent voir &#224; court terme la possibilit&#233; d'une position &#8216;ni droite ni gauche' &#224; base protestataire, cela ne permet pas de b&#226;tir une alternative. En outre, m&#234;me si cela devait d&#233;boucher sur un mouvement massif (ce dont je doute fort), ce mouvement resterait catalogu&#233; &#224; droite, et il n'&#233;chapperait donc pas &#224; son destin, dict&#233; par la nature m&#234;me du champ des id&#233;es politiques dans nos soci&#233;t&#233;s. Outre bien s&#251;r, le besoin de pouvoir gouverner, ce qui suppose une alliance avec une partie des milieux dirigeants, non seulement en termes de comp&#233;tence, mais au niveau politique. Notons que dans l'autre camp le m&#234;me probl&#232;me se retrouve, en figure invers&#233;e, comme le confirment les difficult&#233;s du macronisme, alors m&#234;me qu'il est suppos&#233; d&#233;tenir tous les leviers du pouvoir - car il est sans base ni relais populaire. Dans les deux cas, on ne gouverne pas avec un seul h&#233;misph&#232;re du cerveau. Mais ce serait encore plus difficile de l'autre c&#244;t&#233;, venant de nulle part.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le cas fran&#231;ais : voies de sortie politiques&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, la mont&#233;e en puissance d'un courant conservateur en France rencontre &#224; terme visible un fort scepticisme, non sans motif. Parmi les forces existantes, d'un c&#244;t&#233;, Les R&#233;publicains gardent de leur p&#233;riode de gloire avec Chirac une tradition de positionnement plus centriste que de droite, qui n'a pris de couleur conservatrice assum&#233;e que sporadiquement sous Sarkozy ou Wauquiez, et encore sans continuit&#233; ni coh&#233;rence. La d&#233;faite de la liste Bellamy en mai 2019 a &#233;t&#233; lue par le reste du parti comme signifiant l'&#233;chec de la voie conservatrice. C'est bien s&#251;r oublier les circonstances : une t&#234;te de liste jug&#233;e sympathique et class&#233;e conservateur, mais qui est tout sauf un leader politique, et surtout un positionnement tr&#232;s flou de l'ensemble : il n'y avait en aucune fa&#231;on une ligne conservatrice assum&#233;e de l'ensemble du parti, sous un chef clair. Ce faisant, le moignon LR r&#233;siduel est revenu &#224; ses pratiques ant&#233;rieures, et joue de fait l'&#233;chec d'E. Macron, mais pour faire la m&#234;me chose avec un syst&#232;me diff&#233;rent. Quant au RN, le choix de sa pr&#233;sidente h&#233;r&#233;ditaire actuelle, &#8216;ni droite ni gauche', implique le refus assum&#233; d'un positionnement conservateur ou d'alliance avec des conservateurs. Dans cette optique, au stade actuel, quelles sont les configurations imaginables pour 2022 ? On peut en lister pour simplifier trois : un &#233;chec total de Macron et cons&#233;quemment l'&#233;mergence d'une alternative &#224; l'ancienne qui se ferait &#233;lire, type Bertrand ou P&#233;cresse, ou moins probablement, quelqu'un de gauche ; la survie de Macron, qui serait alors r&#233;&#233;lu &#8211; et dans les deux cas, il n'y aurait pas de vraie modification de ligne ; ou enfin, de fa&#231;on plus inattendue, la victoire de Marine Le Pen, ce qui consacrerait sa ligne actuelle. Cela ne laisse pas beaucoup de place aux &#8216;conservateurs'.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste que la politique est comme la m&#233;t&#233;o : elle change en permanence. Quelles sont alors les conditions de possibilit&#233; d'un courant conservateur ? J'en vois trois. L'une, essentielle, est l'&#233;mergence d'un leader politique r&#233;el et cr&#233;dible, si possible candidat possible &#224; la pr&#233;sidentielle. La deuxi&#232;me, qu'un espace s'ouvre sur la droite, &#224; la suite d'un &#233;chec reconnu tant de Marine Le Pen que du moignon LR. La troisi&#232;me, moins n&#233;cessaire &#224; court terme, mais indispensable pour un succ&#232;s durable, est une r&#233;elle progression et affirmation des id&#233;es dites conservatrices. Reconnaissons que tout cela para&#238;t peu &#233;vident pour 2022, sans &#234;tre tout &#224; fait exclu. Le degr&#233; de corruption intellectuelle du pays est particuli&#232;rement &#233;lev&#233;, et le verrouillage id&#233;ologique et politique solide. Certes un &#233;clat est possible, suite &#224; un &#233;v&#233;nement quelconque ; mais la question serait alors du suivi. Rappelons-nous le &#8216;non' au r&#233;f&#233;rendum &#224; 55%, inattendu car il n'&#233;tait soutenu par aucun parti de gouvernement : ce &#8216;non' massif et populaire n'a d&#233;bouch&#233; sur rien de concret. En reprenant les 3 points : on ne voit pas &#224; ce stade de leader possible (seule Marion Mar&#233;chal travaille ce cr&#233;neau, mais en supposant qu'elle veuille ou puisse jouer ce r&#244;le, ce qui reste &#224; d&#233;montrer, elle est bloqu&#233;e par sa tante et joue le plus long terme) ; l'&#233;chec de LR et RN n'est pas encore av&#233;r&#233; ; et les id&#233;es conservatrices ont encore peu de r&#233;sonance.&lt;/p&gt;
&lt;h2 class=&#034;spip&#034;&gt;Le moyen terme et les questions structurelles&lt;/h2&gt;
&lt;p&gt;Il r&#233;sulte de ceci que sans exclure une surprise, l'avenir d'id&#233;es &#8216;conservatrices' se joue &#224; plus long terme. Mais cela ne veut pas n&#233;cessairement dire tr&#232;s loin : en poursuivant notre raisonnement, cela peut se jouer relativement vite apr&#232;s 2022, tant il appara&#238;t improbable que cette &#233;lection apporte une vraie r&#233;ponse. La deuxi&#232;me condition, l'&#233;chec des joueurs en lice, a m&#234;me toutes chances de se v&#233;rifier dans les ann&#233;es qui suivront. Que faire alors ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons sur la question du leader, difficilement planifiable. Mais elle est sans doute essentielle pour r&#233;aliser la conjonction avec la dimension populiste, sans laquelle le succ&#232;s para&#238;t improbable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reste donc le travail de fond : la r&#233;flexion sur la pens&#233;e conservatrice, depuis la recherche fondamentale jusqu'au traitement de sujets concrets, plus d'actualit&#233;, et sa diffusion, y compris &#224; l'occasion de campagnes politiques. Cela suppose des moyens, l'id&#233;al &#233;tant le mod&#232;le dit &lt;i&gt;think tank&lt;/i&gt;, ou fondation. Mais aussi un vrai effort de r&#233;flexion. Je rappelle ici ma conviction profonde : la pens&#233;e conservatrice est pour moi une forme d'adaptation ou de compromis entre les id&#233;es dominantes de notre &#233;poque et la pens&#233;e classique, celle qui trouve ses origines dans Aristote et sous-tend toute la grande tradition de pens&#233;e occidentale. La pens&#233;e classique, bien mieux structur&#233;e, &#224; la fois enracin&#233;e et &#224; port&#233;e universelle, pragmatique et ferme sur les principes &#233;thiques, a une port&#233;e et une puissance consid&#233;rablement plus consistantes que ce qu'on appelle conservatisme. Ce dernier a donc le plus grand int&#233;r&#234;t &#224; revenir aux sources et &#224; s'en inspirer, pour donner des r&#233;ponses qui soient &#233;videmment adapt&#233;es &#224; notre temps, mais aussi &#224; la mesure du paradigme relativiste qui domine la pens&#233;e collective de nos soci&#233;t&#233;s et fait se dresser la barri&#232;re toujours plus dure du politiquement correct. Bien entendu, un tel d&#233;veloppement est un travail de longue haleine. Mais d'une part, il est seul &#224; m&#234;me de donner une base r&#233;ellement solide, au-del&#224; des coups sans lendemain que peut permettre le jeu politique ; et d'autre part, parall&#232;lement, il peut nourrir l'expression publique et les programmes au fil de l'eau.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A c&#244;t&#233; de cette action substantielle, plusieurs questions structurantes m&#233;ritent un examen particulier, &#224; mi-chemin entre la r&#233;flexion de fond et les programmes. L'une est &#233;videmment le cadre de communaut&#233; que l'on prend en r&#233;f&#233;rence centrale. Le cadre national s'impose comme une &#233;vidence pour un Am&#233;ricain, un Chinois, un Russe, un Japonais, un Indien ou un Br&#233;silien, et bien d'autres. Pour nous, cela se heurte &#224; la question cruciale de l'Europe. Il me para&#238;t qu'une approche de type conservatrice (ou classique), fond&#233;e pragmatiquement sur les communaut&#233;s r&#233;elles, ne peut adh&#233;rer ni au f&#233;d&#233;ralisme qui motive l'Europe actuelle, ni &#224; la pr&#233;dominance de l'id&#233;ologie relativiste qui la sous-tend, ni &#224; son libre-&#233;changisme dogmatique. Parall&#232;lement, la sortie pure et simple n'est pas pour la France une solution comparable &#224; ce qu'est le Brexit pour nos voisins britanniques : sans parler de l'euro, nous n'avons pas l'&#233;quivalent du monde anglosaxon pour nous donner un relais ext&#233;rieur, et nous ne sommes pas organis&#233;s en emporium mondial. Il faut donc concevoir une autre Europe, bien plus conf&#233;d&#233;rale (Europe des nations), moins id&#233;ologique, et d'ici l&#224; une remise en cause des cha&#238;nes que nous imposent les trait&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une deuxi&#232;me question structurante est de d&#233;velopper un mod&#232;le de rapport avec la mondialisation &#233;conomique, qui soit assez protecteur pour nous permettre de maintenir un niveau de solidarit&#233; et un sentiment d'identit&#233; qui nourrissent une vraie communaut&#233;, mais pas na&#239;f au point de croire &#224; la possibilit&#233; d'un repli national ou local.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une troisi&#232;me question structurante, li&#233;e &#224; la pr&#233;c&#233;dente, est un positionnement intelligent en mati&#232;re &#233;cologique, reconnaissant avec le regrett&#233; Roger Scruton que l'&#233;cologie vraiment efficace est conservatrice, et &#224; dominante locale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La quatri&#232;me question structurante est bien s&#251;r celle de la population comme telle, question typiquement conservatrice (et classique). Et donc du besoin simultan&#233; d'une remise &#224; l'honneur de la famille et de la natalit&#233;, et de la reconnaissance du besoin de recr&#233;er une vraie communaut&#233;, enracin&#233;e dans son pass&#233;, et identifi&#233;e &#224; une culture commune, ce qui implique concr&#232;tement une politique d'immigration ferme : filtrage s&#233;v&#232;re des entr&#233;es et exigences d'assimilation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La cinqui&#232;me enfin est l'&#233;ducation. Question elle aussi &#233;minemment dans la tradition conservatrice et plus encore classique, qui suppose une remise en cause en profondeur de la structure centralis&#233;e du syst&#232;me fran&#231;ais, et de son emprise id&#233;ologique actuelle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En bref, il ne sert &#224; rien de s'obnubiler sur la situation actuelle. Mieux vaut investir, rester mobilis&#233;, et attendre le moment propice. Et d'ici l&#224;, travailler en profondeur.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Article paru dans&lt;/i&gt; Libert&#233; Politique N&#176; 84 mai 2020 ; num&#233;ro sp&#233;cial &#034;&lt;i&gt;Un vent de conservatisme&lt;/i&gt;&#034;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;http://www.libertepolitique.com/La-revue/La-revue-Liberte-Politique/Un-vent-de-conservatisme&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;http://www.libertepolitique.com/La-...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;R&#233;dig&#233; avant la crise sanitaire, tout aussi pertinent apr&#232;s.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Crise sanitaire et &#233;conomie : entre la d&#233;rive et le sursaut</title>
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		<dc:date>2020-03-23T16:24:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Crise</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Covid</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais m&#234;me si elle peut &#234;tre &#233;vit&#233;e, la crise aura des effets profonds et durables en mati&#232;re &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cette crise peut donc &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive, l'autre, le sursaut.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Paru sur le site d'Aleteia&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Crise-+.html" rel="tag"&gt;Crise&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Alternative-politique-+.html" rel="tag"&gt;Alternative politique&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Pandemie-Covid-+.html" rel="tag"&gt;Covid&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Quel peut-&#234;tre l'impact &#233;conomique et social de la crise ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;L'explosion est-elle &#224; craindre ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier niveau possible est celui de la crise financi&#232;re, de l'explosion. On pourrait le croire faible, car pour une fois la crise ne provient pas de la sph&#232;re financi&#232;re ni m&#234;me de l'&#233;conomie au sens large. Mais notre &#233;conomie se caract&#233;rise par un degr&#233; exceptionnellement &#233;lev&#233; d'endettement, bien sup&#233;rieur &#224; ce qu'il &#233;tait en 2008. Or c'est la dette qui transforme une crise sur un march&#233; en crise syst&#233;mique, car elle cr&#233;e une effet domino par d&#233;pendance des acteurs les uns des autres. La baisse de la Bourse, du march&#233; des actions, pour spectaculaire et inqui&#233;tante qu'elle soit, n'est pas en soi d&#233;sastreuse, sauf pour les investisseurs concern&#233;s et encore car la Bourse pourra rebondir apr&#232;s la crise. En revanche, une crise d&#233;vastatrice sur les march&#233;s de la dette est possible si l'id&#233;e s'accr&#233;dite que trop de d&#233;biteurs sont insolvables. C'est donc de l'&#233;conomie non-financi&#232;re que d&#233;pendra la sant&#233; du secteur financier. Bien s&#251;r les banques centrales interviendront massivement ; mais en soi cela ne compense pas la perte r&#233;elle des institutions cr&#233;anci&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Or, sans mesure correctrice, l'&#233;conomie non-financi&#232;re ne peut que souffrir &#233;norm&#233;ment des mesures de confinement et du recul de l'activit&#233;. La perte de production devrait &#234;tre telle que le PNB annuel recule de fa&#231;on appr&#233;ciable. Cela dit, les gouvernements ont pris et continueront &#224; prendre des mesures correctrices consid&#233;rables pour soutenir l'activit&#233;, pour aider les entreprises &#224; traverser la p&#233;riode, et permettre la poursuite du cr&#233;dit bancaire. Tout cela aidera bien entendu les entreprises concern&#233;es, et par l&#224; leurs cr&#233;anciers, rendant un peu moins probable une crise financi&#232;re. On peut donc esp&#233;rer &#233;viter un effondrement. D'autant plus que les march&#233;s savent que la crise n'a pas une origine &#233;conomique et financi&#232;re ; une fois surmont&#233;e sur le plan sanitaire, la possibilit&#233; d'une reprise est plausible. Cela ne veut pas dire qu'une crise grave est exclue, loin de l&#224;, m&#234;me si on peut esp&#233;rer l'&#233;viter. Mais m&#234;me alors, le temps perdu ne sera pas rattrap&#233;, et l'ann&#233;e devrait se terminer sur une r&#233;cession en bonne et due forme, sans pr&#233;c&#233;dent depuis la guerre.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Des effets plus profonds et plus durables&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Peut-on cependant que l'effet de la crise sera limit&#233; dans le temps ? Non, car elle aura de toute fa&#231;on des effets profonds et durables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier effet, souvent relev&#233;, est le retour de l'Etat, de l'Etat national et non de l'Union europ&#233;enne d'ailleurs. C'est une diff&#233;rence par rapport &#224; 2008, o&#249; les banques centrales &#233;taient en premi&#232;re ligne. Retour &#233;vident de l'Etat en mati&#232;re sanitaire et m&#233;dicale, mais aussi &#233;conomique. Ce qui a une cons&#233;quence b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;mentir l'id&#233;e fausse et r&#233;pandue du d&#233;passement des Etats. Et une moins b&#233;n&#233;fique, qui est de d&#233;cupler les attentes de la population &#224; leur &#233;gard, comme on le voit en mati&#232;re hospitali&#232;re o&#249; de nombreuses voix s'&#233;l&#232;vent pour critiquer le manque de moyens. Or il est &#233;vident que si on peut faire mieux, on ne peut pas tout faire. La France a un budget sant&#233; comparable &#224; celui de l'Allemagne, mais 2 fois moins de lits. Son niveau de d&#233;penses publiques est le plus &#233;lev&#233; de l'OCDE, et pourtant elle a singuli&#232;rement mal pr&#233;par&#233; cette crise. Ce n'est donc pas qu'il n'y a pas assez de d&#233;penses publiques, mais qu'elles sont mal orient&#233;es. Quel que soit le gouvernement, la mani&#232;re fran&#231;aise de r&#233;duire les d&#233;penses, c'est la m&#233;thode budg&#233;taire : on r&#233;duit l&#224; o&#249; c'est plus facile, c'est-&#224;-dire l&#224; o&#249; il y a le moins de protestations. Alors qu'il faudrait tailler durement certaines d&#233;penses, et en augmenter d'autres &#8211; &#224; l'h&#244;pital par exemple. Car ce dont on aurait besoin c'est d'un Etat plus fort et plus ambitieux, certes, mais aussi bien plus concentr&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le risque est qu'on ait une pression encore plus forte en faveur de la d&#233;pense publique, alors m&#234;me que nos Etats sont tr&#232;s endett&#233;s, et le seront plus encore apr&#232;s l'effort exceptionnel (justifi&#233;) de soutien de l'&#233;conomie pendant la crise. Et donc les tendances d&#233;j&#224; malsaines &#224; l'&#339;uvre depuis des d&#233;cennies vont se trouver aggrav&#233;es. De m&#234;me les mesures mon&#233;taires accommodantes risquent de se p&#233;renniser. A terme l'issue de ces d&#233;rives n'est pas pr&#233;visible, mais risque d'&#234;tre tr&#232;s grave : c'est la perte de confiance dans la monnaie et dans le cr&#233;dit public, la pire crise qui soit. Encore une fois, le coup de collier pendant la crise est justifi&#233;, co&#251;te que co&#251;te. Mais &#224; chaque fois ce ne devait &#234;tre qu'un coup de collier temporaire, et on en fait une addiction.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me effet, souvent relev&#233; lui aussi, est la remise en cause des exc&#232;s de la mondialisation de la production et du commerce, et de la circulation des personnes. Elle est claire pour l'opinion ; mais il restera &#224; voir dans quelle mesure elle sera suivie d'effet. Car pour cela il faudrait une action publique &#233;nergique, ordonn&#233;e &#224; la notion d'activit&#233; strat&#233;gique : &#224; savoir toutes les activit&#233;s indispensables &#224; la vie collective, notamment en temps de crise. Plus une capacit&#233; &#224; r&#233;agir vite et fort. Sans pour autant bien s&#251;r basculer dans l'illusion de l'autosuffisance, ni refuser de se coordonner avec les autres pays ; mais chaque pays doit prendre ses responsabilit&#233;s et assurer sa s&#233;curit&#233; et le bien de sa population. Ce qui implique une action industrielle et commerciale qui, disons-le clairement, se heurte frontalement &#224; l'ADN actuel de l'Union europ&#233;enne. Ce tabou pourra-t-il tomber ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un troisi&#232;me effet sera &#233;videmment la remont&#233;e du ch&#244;mage, et l'affaiblissement relatif de nos entreprises, pas toujours bien capitalis&#233;es par rapport &#224; leurs concurrentes. Il faudrait ici encore un effort puissant, avec participation publique, pour revitaliser notre appareil productif, notamment industriel, en lien avec le point pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il est plus sourdement un quatri&#232;me effet, moins relev&#233;, qui porte sur le tissu social. Je ne parle pas des effets psychologiques ou sociologiques du confinement : cela sort du champ de l'&#233;conomie. Je vise plut&#244;t l'action destructrice que malgr&#233; les mesures correctives, la crise aura in&#233;vitablement sur un autre tissu, celui des entreprises ind&#233;pendantes et des commerces. Rappelons-nous les gilets jaunes : une des causes en &#233;tait l'appauvrissement du tissu relationnel local, notamment des commerces en centre-bourg. Hors l'alimentaire et quelques rares secteurs, ils vont &#234;tre frapp&#233;s de plein fouet. Le grand gagnant c'est Amazon, qui cr&#233;e 100 000 emplois aux Etats-Unis, et ses cong&#233;n&#232;res. Donc le triomphe de l'individualisme. Paradoxalement, une crise, qui est l'occasion normalement d'une pouss&#233;e de solidarit&#233;, sera ici une occasion de repli forc&#233; sur soi. L&#224; aussi, une action r&#233;solue est n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire, sinon que cette crise peut &#234;tre le point de d&#233;part de deux &#233;volutions oppos&#233;es. L'une, la d&#233;rive : on continue comme avant, en plus grave, avec tout ce que cela entra&#238;ne sur la dur&#233;e de risques croissants financiers, sociaux, et donc politiques. L'autre, le sursaut : sursaut national par excellence, associant Etat et forces vives, r&#233;solument solidaire, mais qui implique aussi des choix &#233;nergiques, et donc des priorit&#233;s. L'enjeu est donc particuli&#232;rement grave. Il faut y penser d&#232;s maintenant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parus sur le site d'Aleteia &lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/quels-seront-les-effets-economiques-de-la-crise-sanitaire/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2020/03/23/q...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>Un grand retournement se pr&#233;pare, en travaillant les alternatives</title>
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		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
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		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview par Michel Janva pour le Salon Beige, 6 novembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un retournement politique en profondeur suppose aussi, &#224; c&#244;t&#233; des mouvements dans la soci&#233;t&#233;, le recours &#224; une pens&#233;e forte et construite, enracin&#233;e dans le r&#233;el.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite...&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Interview par Michel Janva pour le Salon Beige, 6 novembre 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://www.lesalonbeige.fr/un-grand-retournement-se-prepare-en-travaillant-les-alternatives/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.lesalonbeige.fr/un-gran...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre de Lauzun (X et ENA), ancien directeur g&#233;n&#233;ral de la F&#233;d&#233;ration bancaire fran&#231;aise et d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association fran&#231;aise des march&#233;s financiers (AMAFI), vient de publier &#8220;Pour un grand retournement politique. Faces aux impasses du paradigme actuel&#8220;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous l'avons interrog&#233; :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Dans votre ouvrage, vous proposez &#8220;un grand retournement politique&#8221; sur les bases de la pens&#233;e classique. Mais pensez-vous que notre soci&#233;t&#233; puisse sortir de ce que vous nommez &#8220;le paradigme actuel&#8221; ? Suffira-t-il de cr&#233;er des m&#233;dias alternatifs, des &#233;coles libres, de manifester massivement&#8230; ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un paradigme, c'est ce qui structure la pens&#233;e collective et son expression publique. Le paradigme actuel date de plus de trois si&#232;cles, mais il n'a atteint le plein d&#233;veloppement qui est d&#233;sormais le sien que dans les ann&#233;es 60-70 du si&#232;cle dernier &#8211; notamment dans ce m&#233;lange de relativisme au niveau des id&#233;es, de reniement de la culture collective et de l'attachement national, et de sape en mati&#232;re de m&#339;urs, qui caract&#233;rise d&#233;sormais notre vie publique. Le &#8216;politiquement correct' qui domine nos m&#233;dias (et de plus en plus nos lois) en est une expression. Mais changer de paradigme est une op&#233;ration lourde, un grand retournement, et cela suppose la constatation collective explicite de son &#233;chec. Nous n'en sommes pas encore l&#224;. Mais ce qui est s&#251;r, c'est que ce grand retournement se pr&#233;pare, en travaillant les alternatives. Notamment &#224; deux niveaux. Le culturel d'abord, et l'&#233;ducation et l'&#233;cole sont ici essentiels, car il faut des outils de pens&#233;e et des r&#233;f&#233;rences pour remplacer celles qui dominent. Et le politique, plus exactement les batailles politiques, m&#234;me quand la pr&#233;dominance du paradigme rend la victoire difficile &#8211; comme on le voit avec le mariage pour tous ou la PMA. Car par l&#224; au minimum la prise de conscience se renforce, on mesure la profondeur de ce qui s&#233;pare une soci&#233;t&#233; saine de celle qui s'&#233;tale sous nos yeux, et donc l'ampleur du changement n&#233;cessaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est pourquoi je plaide dans ce livre pour le retour &#224; la pens&#233;e politique classique, celle d'Aristote et de Thomas d'Aquin. Non seulement parce que c'est la pens&#233;e la plus &#233;quilibr&#233;e et la plus juste pour comprendre le fonctionnement sain des soci&#233;t&#233;s humaines. Mais surtout parce qu'un retournement de pens&#233;e en profondeur suppose aussi, &#224; c&#244;t&#233; des mouvements dans la soci&#233;t&#233;, le recours &#224; une pens&#233;e forte et construite, enracin&#233;e dans le r&#233;el. D'autant qu'une telle pens&#233;e civilis&#233;e aide &#224; &#233;viter d'autres d&#233;rives, plus ou moins barbares, que l'&#233;chec probable &#224; terme de nos soci&#233;t&#233;s peut tout aussi bien susciter.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Au vu de l'immigration, ne pensez-vous pas que nous risquons de sortir du paradigme actuel pour tomber aux mains de l'islam ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est un des points les plus inqui&#233;tants de notre situation actuelle. On peut &#234;tre tent&#233; de trouver long le temps n&#233;cessaire &#224; la reconversion en profondeur des esprits qui est &#224; mon sens n&#233;cessaire, si on le compare avec l'acc&#233;l&#233;ration des mouvements migratoires et de leurs effets. Selon J. Fourquet de l'IFOP, notre pays compte environ 20% de personnes suffisamment peu assimil&#233;es pour donner &#224; leur enfant un pr&#233;nom arabo-islamique. Ce pourcentage &#233;tait n&#233;gligeable il y a 30-40 ans. Une simple extrapolation des donn&#233;es actuelles conduirait &#224; pr&#233;voir une majorit&#233; d'enfants similaires dans un peu plus d'une g&#233;n&#233;ration. D'autant que l'explosion d&#233;mographique africaine combin&#233;e &#224; une bien plus grande familiarisation des candidats avec la situation de nos pays a bien des chances d'acc&#233;l&#233;rer les migrations. Or dans le cas de la France les pays de d&#233;part sont en majorit&#233; musulmans. Ce sont des extrapolations mais elles sont assez suggestives pour montrer l'importance d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais inversement on voit bien que sans changement en profondeur de nos priorit&#233;s collectives, de notre esprit public, nous sommes hors d'&#233;tat de r&#233;agir. Comme d'ailleurs de proposer une v&#233;ritable assimilation &#224; la partie des immigr&#233;s qui voudrait s'orienter en ce sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, les migrations bouleverseront de fa&#231;on croissante la probl&#233;matique de nos soci&#233;t&#233;s et la position de notre paradigme relativiste. Les migrants viennent d'une horizon radicalement diff&#233;rent ; l'id&#233;ologie dominante chez nous ne vient &#233;videmment pas d'eux, m&#234;me si elle favorise leur arriv&#233;e tout en inhibant tout r&#233;flexe de d&#233;fense. Mais au fur et &#224; mesure que la proportion s'&#233;l&#232;vera et que les probl&#232;mes se multiplieront, la contradiction &#233;clatera entre l'id&#233;ologie actuellement dominante et cette population nouvelle qui lui est totalement &#233;trang&#232;re. En clair, dans la figure limite d'une France qui s'islamiserait largement, nos progressistes auraient de moins en moins de place. L'Islam leur fera la peau. Leur contradiction est totale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dit autrement, la question de la migration est le cas le plus &#233;vident de l'&#233;chec de ce paradigme &#224; r&#233;soudre un probl&#232;me majeur. Or c'est comme cela que de tels paradigmes sont historiquement d&#233;pass&#233;s : quand on a compris qu'ils m&#232;nent &#224; des impasses, et qu'il faut chercher ailleurs.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;En exposant la diversit&#233; des r&#233;gimes politiques, vous &#233;crivez qu'un peuple peut retirer le pouvoir &#224; quelqu'un qui l'exerce mal. A l'heure des gilets jaunes et des grandes contestations &#8220;populistes&#8221;, pensez-vous que cette situation soit actuelle ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Deux choses sont vraies en m&#234;me temps, que la pens&#233;e classique a toujours soulign&#233;es. D'un c&#244;t&#233;, la m&#233;thode r&#233;volutionnaire pour changer de r&#233;gime politique s'est av&#233;r&#233;e historiquement contre-productive et souvent catastrophique. D'un autre c&#244;t&#233;, la l&#233;gitimit&#233; ultime, m&#234;me des r&#233;gimes monarchiques, est dans le peuple, non au niveau des votes mais dans la conviction que ce peuple a de la l&#233;gitimit&#233; du r&#233;gime politique, lui reconnaissant pleinement le droit d'exercer son pouvoir. Quand la situation se d&#233;grade au point que le r&#233;gime en place n'a plus les ressources pour assurer les services qu'on attend de lui, il est alors normal et justifi&#233; d'envisager de la changer. Mais dans la pens&#233;e classique cela suppose, comme pour la guerre juste, non seulement d'&#234;tre s&#251;r de sa cause, mais aussi qu'on soit convaincu que le changement apportera une am&#233;lioration r&#233;elle, avec des chances &#233;lev&#233;es de succ&#232;s. Ce qui suppose une alternative cr&#233;dible et construite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Manifestement les Gilets jaunes n'&#233;taient pas dans ce cas de figure. Outre leur relative ambigu&#239;t&#233; sur le fond, le point central est leur refus obstin&#233; et structurel, d&#232;s le d&#233;but, de se construire comme mouvement politique. Ce n'&#233;tait donc pas une alternative cr&#233;dible. Quant aux populismes, leur faiblesse dans l'analyse, les programmes et les politiques propos&#233;es ne leur permettent pas, ou pas encore, d'&#234;tre une alternative d'ensemble. Du moins en Europe occidentale.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous n'h&#233;sitez pas &#224; effectuer un rapprochement entre nazisme et transhumanisme. Cette analyse ne p&#234;che-t-elle pas par exc&#232;s (le fameux point Godwin) ou faut-il vraiment s'inqui&#233;ter du militantisme en faveur d'une nouvelle race sup&#233;rieure ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le rapprochement n'est &#233;videmment que partiel : il s'agit notamment de mettre en &#233;vidence ce qu'on refuse commun&#233;ment de voir, &#224; savoir la profonde modernit&#233; du nazisme dans ses c&#244;t&#233;s les plus monstrueux. Certes sa pr&#233;tendue base scientifique &#233;tait inconsistante. Mais il adh&#233;rait &#224; l'id&#233;e d'un usage massif de la science pour cr&#233;er une humanit&#233; nouvelle. Ce faisant il n'&#233;tait pas isol&#233; : par exemple l'eug&#233;nisme, la s&#233;lection orient&#233;e de l'esp&#232;ce humaine, &#233;tait populaire &#224; l'&#233;poque, notamment dans une partie de la gauche qui se voulait &#8216;progressiste'. D'o&#249; aussi l'euthanasie, pi&#232;ce majeure du dispositif nazi, commune &#224; ce r&#233;gime et &#224; cette gauche.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le transhumanisme part &#233;videmment d'un base historique et politique radicalement diff&#233;rente par bien des aspects. Mais lui aussi ambitionne d'agir par des moyens qui se veulent scientifiques afin de transformer l'esp&#232;ce humaine, comprise essentiellement comme un fait biologique. L'affinit&#233; avec le nazisme est sur ce plan r&#233;elle.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Sur le lib&#233;ralisme, vous appelez au discernement en distinguant lib&#233;ralisme philosophique, par nature relativiste, et le lib&#233;ralisme &#233;conomique, avec lequel nous pouvons &#234;tre parfois en accord. Vous vous d&#233;marquez ainsi d'une analyse qui estime que l'on ne peut pas s&#233;parer ces deux aspects du lib&#233;ralisme, lequel doit donc &#234;tre rejet&#233; en bloc. Ou alors y a-t-il plusieurs lib&#233;ralismes &#233;conomiques ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La question est d'abord ici de vocabulaire. Le lib&#233;ralisme philosophique se fonde sur le refus de la v&#233;rit&#233; et du bien objectifs qui sont au c&#339;ur de la pens&#233;e classique, et il glisse naturellement vers le relativisme : chacun se fabrique ses v&#233;rit&#233;s et ses valeurs comme il l'entend.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En politique comme en &#233;conomie la situation est en partie diff&#233;rente. Il y a un lib&#233;ralisme politique qui est la cons&#233;quence dans ce champ du lib&#233;ralisme philosophique dans un sens relativiste. Ainsi dans la PMA et la GPA. Mais il y a aussi un usage du mot lib&#233;ral en politique qui recouvre des r&#233;alit&#233;s positives, comme l'&#233;tat de droit ou le souci des libert&#233;s. Un Tocqueville est tr&#232;s repr&#233;sentatif de ce positionnement interm&#233;diaire, qui se dit lib&#233;ral, mais qui est tr&#232;s proche des classiques par certains traits. De m&#234;me, un certain lib&#233;ralisme &#233;conomique, refusant tout souci &#233;thique ou culturel en &#233;conomie, toute action politique, et pr&#233;tendant n'avoir pour seul guide que le jeu du march&#233;, prolonge &#233;videmment dans ce champ le lib&#233;ralisme &#233;conomique. Mais on peut aussi dans le langage usuel parler d'&#233;conomie lib&#233;rale pour d&#233;signer une &#233;conomie d'entreprise fond&#233;e sur l'initiative des personnes et leur confrontation sur des march&#233;s, admettant une certaine r&#233;gulation publique et surtout la n&#233;cessaire orientation des choix &#233;conomiques en r&#233;f&#233;rence &#224; des valeurs &#233;thiques et culturelles. Comme celle que promeut la Doctrine sociale de l'Eglise : Jean-Paul II avait d'ailleurs tr&#232;s bien fait la distinction. Critiquer &#8216;le' lib&#233;ralisme suppose donc de s'assurer qu'on s'est bien compris : la critique d'un corpus id&#233;ologique d'ensemble se justifie &#224; condition de ne pas &#234;tre entra&#238;n&#233; par le vocabulaire &#224; rejeter des biens essentiel.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
<item xml:lang="fr">
		<title>Interview dans l'Incorrect sur &#034;Pour un grand retournement politique&#034;</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Interview-dans-l-Incorrect-sur-Pour-un-grand-retournement-politique.html</link>
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		<dc:date>2019-11-01T11:02:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Interview par Beno&#238;t Dumoulin paru sur l'Incorrect au sujet de mon livre &#034;Pour un grand retournement politique&#034;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Arrimer notre action politique &#224; la pens&#233;e politique classique afin de sortir de l'impasse du paradigme progressiste.&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Idees-politiques-.html" rel="directory"&gt;Id&#233;es politiques&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Grand-retournement-+.html" rel="tag"&gt;Grand retournement&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Article paru sur l'Incorrect 30 Octobre 2019&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://lincorrect.org/pierre-de-lauzun-pour-un-grand-retournement-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://lincorrect.org/pierre-de-la...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par Beno&#238;t Dumoulin&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Haut-fonctionnaire &#233;m&#233;rite, essayiste et ancien d&#233;l&#233;gu&#233; g&#233;n&#233;ral de l'Association Fran&#231;aise des March&#233;s Financiers, Pierre de Lauzun vient de publier Pour un grand retournement politique (&#233;ditions du bien commun, 2019), essai dans lequel il propose d'arrimer notre action politique &#224; la pens&#233;e politique classique afin de sortir de l'impasse du paradigme progressiste.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de la n&#233;cessit&#233; de revenir &#224; la pens&#233;e politique classique. Comment la d&#233;finiriez-vous et &#224; quoi s'oppose-t-elle ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique commence avec Aristote, se d&#233;veloppe avec saint Thomas d'Aquin et se retrouve encore en bonne partie dans la pens&#233;e conservatrice. Elle allie une d&#233;marche assez pragmatique sur la mani&#232;re dont les soci&#233;t&#233;s fonctionnent &#8211; comme interaction assez complexe d'&#234;tres humains qu'il faut arriver &#224; agencer au mieux &#8211; avec, de l'autre c&#244;t&#233;, une exigence de recherche de la v&#233;rit&#233; ou du bien commun, consid&#233;r&#233; comme le moyen d'obtenir le meilleur r&#233;sultat possible dans un contexte donn&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e politique classique s'oppose &#224; ce que j'appelle le paradigme de neutralit&#233;, qui &#233;merge au XVIIe si&#232;cle, avec notamment Hobbes et Locke en Grande-Bretagne ainsi que la philosophie des Lumi&#232;res au XVIIIe si&#232;cle. Apr&#232;s la guerre des religions, penser le vrai et le bien devient trop compliqu&#233; dans une Europe qui s'est d&#233;chir&#233;e au sujet de la v&#233;rit&#233; religieuse. On r&#233;duit donc le bien commun au plus petit d&#233;nominateur commun en partant du principe que chacun fait ce qu'il veut sans nuire &#224; son voisin, l'&#201;tat ou le march&#233; &#233;tant charg&#233; d'arbitrer entre les diff&#233;rentes volont&#233;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est cette philosophie qui triomphe avec la d&#233;claration des droits de l'homme et du citoyen dont l'article 4 proclame que &#171; la libert&#233; consiste &#224; pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas &#224; autrui &#187;. On est alors tout &#224; fait dans le paradigme de l'individualisme lib&#233;ral. Dans le socialisme, enfin, on retrouve, combin&#233;e avec l'id&#233;e de solidarit&#233;, cette m&#234;me id&#233;e r&#233;volutionnaire selon laquelle l'homme se construit et se d&#233;finit lui-m&#234;me sans r&#233;f&#233;rence &#224; un ordre naturel pr&#233;existant. Le socle de cette modernit&#233; politique est donc la destruction du bien comme recherche commune de la communaut&#233; politique, au profit des droits individuels ou collectifs auto-construits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment passe-t-on du modernisme au post-modernisme &#224; partir des ann&#233;es 60 ? Y a-t-il rupture ou continuit&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a eu un grand virage dans les ann&#233;es 60 avec le post-modernisme, mais il trouve ses racines dans le modernisme lui-m&#234;me. En effet, les modernes avaient maintenu au XIXe si&#232;cle un certain nombre d'&#233;l&#233;ments classiques et traditionnels, comme par exemple une conception de la famille ou de la morale encore calqu&#233;e sur l'ordre classique, l'instituteur la&#239;c enseignant sur ce plan &#224; peu pr&#232;s la m&#234;me chose que le cur&#233;. C'est d'ailleurs ce que disait Jules Ferry pour rassurer la soci&#233;t&#233; inqui&#232;te de la d&#233;christianisation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais cela s'op&#233;rait sur la base d'une incoh&#233;rence doctrinale. Car ces r&#233;publicains maintenaient des &#233;l&#233;ments classiques sans savoir pourquoi. Ils ne d&#233;ployaient pas totalement le potentiel r&#233;volutionnaire inscrit dans les principes de 1789. La conception de la famille au moment de la R&#233;volution &#233;tait strictement lib&#233;rale &#8211; un contrat entre deux individus &#8211; mais au XIXe si&#232;cle on &#233;tait revenu &#224; une vision plus traditionnelle &#8211; disons interm&#233;diaire &#8211; de la famille qui maintenait beaucoup d'acquis de la pens&#233;e classique, tout en s'inspirant de la doxa r&#233;volutionnaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Tous les combats men&#233;s dans le domaine soci&#233;tal ont, pour l'instant, &#233;t&#233; perdus politiquement par ceux qui les ont men&#233;s, le paradigme lib&#233;ral ne permettant pas de combattre &#224; armes &#233;gales avec les tenants du progressisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est dans les ann&#233;es 60 que l'histoire s'est r&#233;acc&#233;l&#233;r&#233;e jusqu'&#224; aboutir aux batailles anthropologiques sur la PMA et la GPA, qui sont finalement dans la droite ligne de la pens&#233;e moderne. C'est ce qui explique que tous les combats men&#233;s dans le domaine soci&#233;tal ont, pour l'instant, &#233;t&#233; perdus politiquement par ceux qui les ont men&#233;s ; le paradigme lib&#233;ral ne permettant pas de combattre &#224; armes &#233;gales avec les tenants du progressisme. C'est comme si vous deviez combattre sur un ring de boxe avec des r&#232;gles fix&#233;es par l'adversaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Comment lutter contre le paradigme lib&#233;ral ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D&#233;j&#224;, il faut savoir le nommer et le rep&#233;rer. Par exemple dans cette objection consistant pour les &#171; lib&#233;raux &#187; &#224; r&#233;pondre &#224; tous ceux qui veulent limiter l'hypertrophie des droits individuels : &#171; en quoi ces avanc&#233;es soci&#233;tales vous g&#234;nent-elles ? Elles ne vous enl&#232;vent aucun droit mais nous en procurent un de notre c&#244;t&#233; &#187;. R&#233;flexe parfaitement lib&#233;ral qui ignore la notion m&#234;me d'un bien commun qui transcende la libert&#233; de chacun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ensuite, il faut pouvoir remettre en cause le paradigme dominant tout en agissant &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me tant qu'il pr&#233;domine. Un changement de paradigme s'inscrit dans le temps long, mais il faut pouvoir en pr&#233;parer les conditions. Je pense par exemple &#224; la question de l'enseignement libre. La libert&#233; scolaire devient d'autant plus capitale que la soci&#233;t&#233; post-moderniste diverge de plus en plus de la pens&#233;e classique. C'est pourquoi il faut des &#238;lots de r&#233;sistance &#224; la pens&#233;e dominante, sans sombrer non plus dans le communautarisme qui est le contraire du bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut pouvoir remettre en cause le paradigme dominant tout en agissant &#224; l'int&#233;rieur de ce syst&#232;me tant qu'il pr&#233;domine.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&#192; un niveau plus large, c'est un probl&#232;me de masse critique et de changement qui ne peut s'op&#233;rer que parce qu'une pens&#233;e a commenc&#233; &#224; infuser en profondeur les esprits et provoquer un point de basculement de la soci&#233;t&#233;. Ceci est affaire de circonstances. Regardez les chr&#233;tiens sous l'empire romain : ils ne s'opposaient pas au pouvoir de l'empereur mais juste au paradigme idol&#226;trique selon lequel les pouvoirs religieux et politique sont confondus. Il fallait donc sacrifier aux idoles, ce qu'ils refusaient. D'o&#249; leur pers&#233;cution jusqu'au moment o&#249; une masse critique de chr&#233;tiens a pu inverser le cours de l'histoire. Il ne tient qu'&#224; nous de nous inspirer de leur action capillaire pour renverser le paradigme progressiste.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
		</content:encoded>


		

	</item>
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		<title>Comment repenser l'engagement politique</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Comment-repenser-l-engagement-politique.html</link>
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		<dc:date>2019-09-02T10:12:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Populisme</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Faute de raisons de vivre communes et partag&#233;es, la vie politique s'expose &#224; des impasses. Pierre de Lauzun, auteur de &#034;Pour un grand retournement politique&#034;, essai paru au printemps 2019 aux &#201;ditions du bien commun, explique &#224; Aleteia comment renouer avec l'exp&#233;rience des si&#232;cles qui a tiss&#233; les voies du bien-vivre ensemble. Sans cette prise de recul, aucune transformation des mentalit&#233;s en profondeur ne pourra aboutir.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Faute de raisons de vivre communes et partag&#233;es, la vie politique s'expose &#224; des impasses. Pierre de Lauzun, auteur de &#034;Pour un grand retournement politique&#034;, essai paru au printemps 2019 aux &#201;ditions du bien commun, explique &#224; Aleteia comment renouer avec l'exp&#233;rience des si&#232;cles qui a tiss&#233; les voies du bien-vivre ensemble. Sans cette prise de recul, aucune transformation des mentalit&#233;s en profondeur ne pourra aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Aleteia : conduit &#224; vous interroger sur les difficult&#233;s r&#233;currentes de la politique actuelle &#224; unir les citoyens autour de la m&#234;me conception du bien commun, vous constatez une opposition entre deux grandes visions de la politique : la pens&#233;e politique classique et la pens&#233;e moderne, individualiste et relativiste. Sur quoi s'opposent pr&#233;cis&#233;ment ces deux grandes visions ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pierre de Lauzun : Mon point de d&#233;part est le constat d'une grave d&#233;rive dans nos soci&#233;t&#233;s : malgr&#233; de spectaculaires r&#233;sultats nous perdons quelque chose d'essentiel dans notre culture et de nos raisons de vivre ensemble. J'en vois la cause dans ce paradigme qui domine notre vie commune depuis trois si&#232;cles, l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale. Elle a fait progressivement sentir ses effets jusqu'&#224; culminer dans le relativisme actuel, pour qui le seul bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il veut ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin. Cet individualisme ronge les biens communs essentiels que l'humanit&#233; avait construits au cours de son histoire. D'autant que dans un deuxi&#232;me temps il condamne tout ce qui le contredit, au nom du politiquement correct. Il faut d&#232;s lors se tourner vers l'alternative fond&#233;e sur ce que l'exp&#233;rience des si&#232;cles d&#233;gage comme r&#233;f&#233;rence s&#251;re pour la vie commune : la pens&#233;e classique n&#233;e avec Aristote ou Thomas d'Aquin et toujours vivante depuis. Elle nourrit la doctrine sociale de l'&#201;glise mais elle peut tout autant parler aux incroyants de bonne volont&#233;. On y trouve la reconnaissance de l'objectivit&#233; du bien et du vrai ; l'importance centrale de la personne, qui ne peut se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, moyennant une &#233;ducation humaniste, tourn&#233;e vers le vrai et le bien. Et aussi la conscience que les soci&#233;t&#233;s, fruits de l'interaction des personnes, sont des &#233;difices complexes construits au cours du temps et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En quoi la pens&#233;e politique fond&#233;e sur ce relativisme individualiste menace les conditions de la vie d&#233;mocratique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Sans &#234;tre parfait, la d&#233;mocratie est actuellement le seul r&#233;gime qui fonde une l&#233;gitimit&#233; dans nos pays. Mais ce mot recouvre trois r&#233;alit&#233;s diff&#233;rentes qu'on confond : le r&#233;gime politique repr&#233;sentatif ; le paradigme de neutralit&#233; ; et l'&#201;tat de droit. On tend ainsi &#224; appeler &#171; d&#233;mocratique &#187; ce qui respecte l'id&#233;ologie, m&#234;me si cela va contre la volont&#233; populaire et le gouvernement du peuple. Ce qui fonde la d&#233;mocratie est l'id&#233;e qu'il faut que chacun ait sa part dans les d&#233;cisions publiques. Le paradigme moderne, lui, nous dit que toutes les opinions se valent. Mais la d&#233;cision commune donnera de bien meilleurs r&#233;sultats comme effort collectif de recherche du bien commun, et non comme compromis entre des choix arbitraires (sous la dict&#233;e des m&#233;dias). Et le vrai vivre-ensemble suppose la responsabilit&#233; &#233;thique de chacun au sein de communaut&#233;s solidaires. La d&#233;mocratie comme r&#233;gime politique fonctionnerait donc bien mieux sans ce paradigme dont l'action corrosive d&#233;truit lentement mais s&#251;rement les fondements de la vie en commun. Alors que les soci&#233;t&#233;s ant&#233;rieures avaient ce qu'on peut appeler des incubateurs de vertus, la d&#233;mocratie moderne en manque. Au d&#233;but, le respect des valeurs communes ant&#233;rieures impr&#233;gnait les gens ; mais elles sont de plus en plus consid&#233;r&#233;es comme un choix personnel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous dites que la pens&#233;e classique &#171; reste plus ou moins latente dans la vie et la pens&#233;e commune &#187; : que voulez-vous dire ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le fondement de la pens&#233;e classique est le processus s&#233;culaire de d&#233;cantation par les soci&#233;t&#233;s humaines de ce qui est bon ou souhaitable, &#224; la lumi&#232;re de la conscience et de la r&#233;flexion, sur la base de l'exp&#233;rience de tous. Il n'y a rien de moins naturel en revanche que l'id&#233;e que toutes les opinions sont &#233;quivalentes et l&#233;gitimes sous r&#233;serve du m&#234;me droit du voisin. Il a fallu trois si&#232;cles pour p&#233;n&#233;trer le peuple de cette id&#233;e, ce qui n'a abouti qu'avec la r&#233;volution culturelle des ann&#233;es soixante. Et pourtant la sagesse ancienne, les r&#233;flexes naturels sont toujours pr&#233;sents. On le voit avec la famille : peu touch&#233;e jusqu'en 1968, elle fait maintenant l'objet de conceptions h&#233;t&#233;roclites et optionnelles, avec en commun le refus individualiste de s'engager. Or le principe m&#234;me de la famille est l'engagement mutuel sur la dur&#233;e. Pourtant dans la pratique la r&#233;alit&#233; de la famille subsiste de fa&#231;on &#233;tonnante : une proportion appr&#233;ciable des gens reste fid&#232;le &#224; son conjoint, &#233;l&#232;ve au mieux ses enfants, et est solidaire de parents dans le besoin. Donc continue &#224; vivre selon les valeurs ant&#233;rieures.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Le retournement de la vie politique suppose-t-il n&#233;cessairement le retour &#224; une anthropologie classique, comme l'anthropologie chr&#233;tienne (la dignit&#233; de la personne humaine, l'interd&#233;pendance des groupes et des individus, la soci&#233;t&#233; ordonn&#233;e par le bien commun&#8230;) ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Retourner un tel paradigme est une op&#233;ration de grande ampleur, qui prend du temps, bien au-del&#224; d'un mouvement d'opinion. Cela demande trois choses : reb&#226;tir une pens&#233;e politique ; agir &#224; la base dans les communaut&#233;s ; et ne pas d&#233;laisser le champ politique. Mais dans l'intervalle, les syst&#232;mes de r&#233;gulation collective continueront &#224; imposer leur cadre de pens&#233;e, en allant plus loin &#224; chaque fois. Certes on discerne des signes d'affaiblissement de son emprise, mais cela ne la fait pas encore dispara&#238;tre. En t&#233;moigne l'&#233;chec des essais d'expression divergentes. La Manif pour tous en est un bon exemple : on n'a en effet jamais vu une telle manifestation paisible et &#171; d&#233;mocratique &#187; avec tant de monde (plus du million). Et cependant il n'y a eu aucune prise en compte politique ou m&#233;diatique du ph&#233;nom&#232;ne, m&#234;me hypocrite. Bien au contraire, le mouvement a continu&#233; sur sa route avec la PMA, bient&#244;t la GPA et l'euthanasie. Parce que l'argumentation de La Manif pour tous, fond&#233;e sur une forme de loi naturelle, est simplement irrecevable dans ce contexte de pens&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Dans votre perspective, tout retournement politique r&#233;el est difficilement imaginable par la voie de la r&#233;volte et m&#234;me par la voie des alliances partisanes, assez artificielles. Le pr&#233;alable &#224; ce retournement passe-t-il seulement par la voie d'une sorte de conversion morale et culturelle de la &#171; masse &#233;lectorale critique &#187; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La voie de la r&#233;volte pr&#233;sente des risques &#233;lev&#233;s de d&#233;chirement du tissu social et de violence, et de trahison des attentes s'il n'y a pas eu transformation de la vision commune. De m&#234;me avec le populisme : r&#233;volte indign&#233;e contre des &#233;lites discr&#233;dit&#233;es, rien n'implique qu'il aille toujours dans le bon sens, encore moins qu'il obtienne des r&#233;sultats s'il en reste l&#224;. Ainsi avec les Gilets jaunes. Il en est de m&#234;me des partis protestataires s'ils n'ont pas de pens&#233;e forte, ni des dirigeants aptes &#224; gouverner. Cela dit l'action politique est indispensable. Car de nombreuses mesures urgentes sont &#224; prendre et des espaces de libert&#233; &#224; &#233;largir : &#233;ducation, immigration, &#233;conomie, d&#233;fense, coop&#233;ration europ&#233;enne, d&#233;ficits etc. Encore faut-il pour cela d&#233;passer la revendication et mettre des comp&#233;tences au service d'une vraie cr&#233;ativit&#233;. Certes, le contexte est frustrant car on doit en permanence jouer avec des vents contraires, et les alliances politiques sont difficiles et instables. Des opportunit&#233;s se pr&#233;sentent, mais il faut garder &#224; l'esprit la port&#233;e du renversement de pens&#233;e &#224; op&#233;rer. Donc qu'un r&#233;sultat obtenu un jour pourra &#234;tre retourn&#233; tant que la logique dominante reste adverse. Cela &#233;vite les impatiences et les d&#233;sillusions, car le vrai succ&#232;s ne se situe pas sur ce registre. L'une des forces de la pens&#233;e classique est qu'elle donne du recul : on se perd moins dans les miasmes du d&#233;bat politique au jour le jour. Sans pour autant cesser d'agir en gardant le cap.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Vous parlez de &#171; reconstruction des solidarit&#233;s &#187;. Existe-t-il des voies d'engagement politique concr&#232;tes possibles et m&#234;me prioritaires, pas n&#233;cessairement &#233;lectorales, et r&#233;ellement utiles &#224; la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'action &#224; la base est prioritaire. Toutes les grandes transformations de la soci&#233;t&#233; se font d'abord &#224; la base. La soci&#233;t&#233; de demain se joue dans les familles et dans l'&#233;ducation. Puis dans les associations, les entreprises, les &#233;coles ind&#233;pendantes et tout lieu d'innovation &#233;conomique et sociale, o&#249; se combine une gratuit&#233; bien r&#233;elle et l'esprit d'entreprise. Ces communaut&#233;s &#233;l&#233;mentaires sont bien plus libres et mobiles que l'appareil public, et ce dernier ne peut pas tout contr&#244;ler. Sachant qu'une telle approche n'implique pas un repli communautaire ou priv&#233;. Car il faut aussi se remuer au niveau de la soci&#233;t&#233;, dans toutes les structures o&#249; cela s'av&#232;re possible, notamment politiques, malgr&#233; leurs limites &#233;videntes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Article paru sur Aleteia :&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;a href=&#034;https://fr.aleteia.org/2019/08/29/comment-repenser-lengagement-politique/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://fr.aleteia.org/2019/08/29/c...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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		<title>La pens&#233;e classique doit souffler en Europe</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/La-pensee-classique-doit-souffler-en-Europe.html</link>
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		<dc:date>2019-08-27T10:15:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Conservatisme</dc:subject>
		<dc:subject>Alternative politique</dc:subject>
		<dc:subject>Pens&#233;e classique</dc:subject>
		<dc:subject>Grand retournement</dc:subject>
		<dc:subject>Paradigme relativiste</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Si l'on admet que les id&#233;es m&#232;nent le monde, alors il est plus que jamais n&#233;cessaire de comprendre celles qui nous dirigent aujourd'hui. Entre la pens&#233;e classique et la pens&#233;e relativiste, ce sont deux conceptions de l'homme et du monde qui ne per&#231;oivent pas les &#233;v&#233;nements de la m&#234;me fa&#231;on. Comment alors reb&#226;tir une soci&#233;t&#233; commune et favoriser la fraternit&#233; et le bien commun dans un corps social qui se d&#233;lite ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Entretien avec Pierre de Lauzun auteur de Pour un grand retournement politique. Face aux impasses du paradigme actuel, Le Bien commun, 2019.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Propos recueillis par la revue Conflits.&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous pr&#233;sentez deux paradigmes intellectuels qui s'opposent, et qui ont des cons&#233;quences politiques et sociales fortes : le paradigme classique et le paradigme relativiste. En quoi les deux s'opposent-ils et pourquoi le paradigme relativiste est-il dominant aujourd'hui ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le paradigme relativiste domine notre culture commune depuis trois si&#232;cles, mais n'a fait sentir que progressivement ses effets. C'est l'id&#233;e qu'il n'y a pas de v&#233;rit&#233; objective en mati&#232;re morale, politique et sociale, et que chacun se d&#233;termine donc comme il l'entend. D&#232;s lors la seule notion du bien que doit reconna&#238;tre la soci&#233;t&#233; est le droit de chacun &#224; d&#233;finir comme il l'entend ses valeurs et r&#233;f&#233;rences sous r&#233;serve du droit &#233;quivalent du voisin &#8211; ce qu'on trouve pour la premi&#232;re fois clairement exprim&#233;e dans la D&#233;claration des Droits de l'homme de 1789. Il en r&#233;sulte une lente d&#233;rive, qui ronge ces biens communs essentiels qu'&#224; des degr&#233;s divers l'humanit&#233; avait rep&#233;r&#233;s ou construits au cours de son histoire. Au stade actuel, cela se traduit par une radicalit&#233; et une emprise consid&#233;rables, dont t&#233;moigne ce qu'on appelle le politiquement correct, une police de la pens&#233;e qui e&#251;t &#233;t&#233; impensable sous cette forme il y a cinquante ans. Mais &#233;chapper &#224; l'emprise d'un paradigme dominant n'est pas simple. Un paradigme est un cadre qui structure et oriente toute la pens&#233;e collective d'une &#233;poque. Comme l'a montr&#233; Kuhn en mati&#232;re scientifique, un paradigme n'est d&#233;pass&#233; que lorsqu'un autre &#233;merge du fait que le premier rencontre des difficult&#233;s insurmontables. Tant qu'on n'en est pas l&#224;, la pens&#233;e reste conditionn&#233;e par le paradigme pr&#233;c&#233;dent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La pens&#233;e classique pr&#233;sente un cadre de pens&#233;e tout &#224; fait diff&#233;rent et donc v&#233;ritablement alternatif. Elle se fonde sur l'exp&#233;rience des si&#232;cles, qui permet de d&#233;gager par la r&#233;flexion et l'usage une r&#233;f&#233;rence s&#251;re pour la vie et l'action communes. Elle a &#233;t&#233; formalis&#233;e en politique notamment par Aristote, Cic&#233;ron puis Thomas d'Aquin et est toujours vivante depuis, inspirant &#224; des degr&#233;s divers des penseurs comme Burke, MacIntyre ou Scruton, voire Tocqueville. Dans cette conception on trouve d'abord le sens de l'objectivit&#233; du bien et du vrai ; l'importance centrale de la personne, qui ne peut exister et se d&#233;velopper qu'au sein de communaut&#233;s solidaires, gr&#226;ce &#224; une &#233;ducation humaniste, tourn&#233;e vers le vrai et le bien. Un autre aspect important est la conscience que les soci&#233;t&#233;s sont des &#233;difices complexes, construits au cours du temps et non &#224; partir de th&#233;ories &#233;difi&#233;es a priori, impliquant l'interaction de tr&#232;s nombreuses personnes et qui se r&#233;git par des r&#232;gles de vie d&#233;gag&#233;es au cours du temps et int&#233;rioris&#233;es. L'une des forces de la pens&#233;e classique, m&#234;me dans un contexte hostile comme le n&#244;tre, c'est qu'elle donne du recul. Ce qui aide &#224; ne pas se perdre dans les m&#233;andres du d&#233;bat politique au jour le jour, sans pour autant cesser d'esp&#233;rer et d'agir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;La pens&#233;e politique est parfois confuse, car les concepts employ&#233;s sont polys&#233;miques ou mal d&#233;finis. Il en est ainsi des concepts de lib&#233;ral et de conservateur. Comment ces deux concepts peuvent-ils se d&#233;finir et quels sont leurs points communs et leurs points de divergence avec la pens&#233;e classique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Oui les concepts politiques sont fr&#233;quemment ambigus et mal d&#233;finis. Cela ne r&#233;sulte pas seulement de la complexit&#233; du sujet, ou de limites intellectuelles. C'est aussi du fait de leur r&#244;le comme banni&#232;res dans le combat politique, soit pour rassembler, soit pour stigmatiser.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mot lib&#233;ral est un des plus ambigus qui soient. Si on discerne bien un lib&#233;ralisme philosophique qui s'inscrit clairement dans le cadre de notre paradigme, on trouve aussi un lib&#233;ralisme politique ou un lib&#233;ralisme &#233;conomique dont le sens peut varier selon les personnes ou les contextes : le premier entre la mise en &#339;uvre politique de notre paradigme, et le souci l&#233;gitime de l'&#233;tat de droit ou de l'autonomie des personnes face &#224; l'&#201;tat ; le second entre le laissez-faire int&#233;gral ou le culte irrationnel du march&#233; absolutis&#233;, et la promotion d'une &#233;conomie de libre initiative et d'entreprise, o&#249; le march&#233; trouve sa place. En faisant un bloc du lib&#233;ralisme, on risque de sacrifier au passage des dimensions essentielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La notion de conservatisme n'est gu&#232;re plus claire. Cela peut viser tout partisan de la situation politique qui domine un pays &#224; un moment donn&#233; : en ce sens Brejnev &#233;tait conservateur. Mais, de fa&#231;on plus fr&#233;quente, on d&#233;signe par l&#224; un courant de pens&#233;e politique, bien repr&#233;sent&#233; dans le monde anglo-saxon, mais pas seulement, que j'analyse comme une forme d&#233;riv&#233;e de la pens&#233;e classique, hybrid&#233;e sous l'emprise du paradigme actuellement dominant. D'o&#249; un certain flou. Ainsi aux &#201;tats-Unis on a fini par appeler conservateur quelqu'un qui en &#233;conomie est ultra-lib&#233;ral ; m&#234;me si tout r&#233;cemment on sent une nette &#233;volution pour retrouver une conception plus conforme &#224; la tradition conservatrice. Le conservateur se veut pragmatique, mais tend &#224; privil&#233;gier la pr&#233;servation d'une situation existante. C'est souvent justifi&#233;. Mais cela reste conditionn&#233; par cette situation. Et au fur et &#224; mesure qu'elle &#233;volue, le conservatisme glisse avec, et risque de confondre le provisoire avec l'essentiel, ou ses int&#233;r&#234;ts avec le bien commun.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous &#233;crivez : &#171; Un d&#233;bat qui ne pose pas la v&#233;rit&#233;, y compris la v&#233;rit&#233; morale, comme objectif commun n'est plus un d&#233;bat, car il n'y a plus de crit&#232;re commun ; c'est au mieux une n&#233;gociation. [&#8230;] Et si tout est n&#233;goci&#233;, alors les rapports de forces les plus brutaux finiront pas l'emporter, et finalement l'&#233;tat de nature au sens violent de Hobbes. Au minimum une d&#233;linquance latente. &#187;&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En effet, sur bien des points, il semble que la notion de v&#233;rit&#233; a disparu et que l'usage de la raison s'efface. Comment reb&#226;tir alors un paradigme classique dans ces conditions ?&lt;br class='autobr' /&gt;
La base de notre paradigme relativiste est bien ce refus de reconna&#238;tre que l'on ne peut d&#233;battre s&#233;rieusement sur le vrai ou le bien que si les participants admettent au d&#233;part une id&#233;e r&#233;gulatrice, qui est que l'objet de tout d&#233;bat est la recherche du vrai en soi ou du bien en soi ; c'est ce qui inspirait Socrate dans ses discussions serr&#233;es, notamment avec les sophistes, anc&#234;tres de nos relativistes actuels. M&#234;me si la recherche de cette v&#233;rit&#233; et de ce bien est un effort constant, jamais termin&#233;. MacIntyre a tr&#232;s bien analys&#233; cette question. Sinon il ne reste plus que le rapport de force, physique, juridique, &#233;conomique, dialectique ou autre ; et notamment le r&#232;gne de l'argent, qui est mat&#233;riellement neutre : on peut toujours mettre un prix sur quelque chose m&#234;me si on n'est d'accord sur rien d'autre. C'est ce que nous constatons de plus en plus.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Reb&#226;tir un paradigme classique suppose certes l'exercice du d&#233;bat socratique, mais en gardant en t&#234;te la puissance actuelle de l'emprise du paradigme, qui structure la pens&#233;e collective et plus encore le d&#233;bat. Certes au fond d'eux-m&#234;mes les personnes savent que la v&#233;rit&#233; ou le bien n'ont de sens qu'objectif, mais dans la majeure partie des cas le cadre de pens&#233;e r&#233;gnant ne leur permet pas de le reconna&#238;tre ou de l'int&#233;grer. Il faut pour cela que l'exp&#233;rience personnelle ou collective leur ait mis sous les yeux les limites de ce paradigme, ses &#233;checs. Au stade actuel cela reste trop partiel.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous d&#233;montrez &#233;galement que le relativisme aboutit &#224; une culture de mort, qui se manifeste notamment dans les conflits : bombardements de villes, massacres de civils, etc. Le relativisme n'est-il pas alors un facteur aggravant des guerres ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La terrible d&#233;gradation de la fa&#231;on de mener la guerre depuis un peu plus de deux si&#232;cles a plusieurs causes, y compris la technologie ou la passion d&#233;mocratique, mais le relativisme y a une part appr&#233;ciable : l'Europe ancienne reconnaissait en effet &#234;tre une communaut&#233;, fond&#233;e sur des valeurs communes, f&#234;l&#233;es il est vrai &#224; la R&#233;forme. Mais &#224; partir du moment o&#249; vous consid&#233;rez qu'il n'y a plus rien de commun entre vous et l'ennemi, potentiellement tout est permis. Ce qui est compatible avec des pr&#233;tentions moralisantes, mais selon les crit&#232;res nouveaux : je d&#233;fends la libert&#233;, donc je peux raser Dresde ou Nagasaki. Et je peux aussi mener une guerre totalement dissym&#233;trique sans &#233;tat d'&#226;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Autre sujet g&#233;opolitique, l'id&#233;alisme, qui cherche &#224; imposer la d&#233;mocratie par la guerre et qui nie les sp&#233;cificit&#233;s des peuples et des cultures. Dans les relations internationales, relativisme et r&#233;alisme ne s'opposent-ils pas aussi autour du refus ou de l'acceptation du paradigme classique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;L'id&#233;alisme d&#233;mocratique est en effet un ph&#233;nom&#232;ne assez curieux : je pr&#233;tends me battre pour la libert&#233; des gens et leur droit &#224; se d&#233;terminer comme ils le veulent ; mais au nom de cette abstraction et pour faire passer mon id&#233;e, je n'h&#233;site pas &#224; employer la violence la plus d&#233;brid&#233;e. L'approche classique, bien plus ferme sur les principes, et notamment sur l'existence d'un bien objectif, sait en m&#234;me temps que la vie commune des hommes est un fait complexe, et que l'imposition d'un programme unilat&#233;ral, surtout par la violence, a toutes chances de produire des effets pires que le mal.&lt;br class='autobr' /&gt;
Dans chaque situation, elle recommande la recherche du bien, et elle est autrement plus ferme sur l'id&#233;e d'un bien objectif et de principes moraux qu'une approche inspir&#233;e par le paradigme relativiste ; mais elle sait aussi que ce bien se discerne &#224; la lumi&#232;re d'une analyse sp&#233;cifique, d'un jugement propre &#224; la situation consid&#233;r&#233;e qui peut &#234;tre complexe et o&#249; les cons&#233;quences d'une action peuvent &#234;tre inattendues. Ce qui est d&#233;j&#224; vrai au niveau personnel l'est a fortiori au niveau collectif et plus encore international, o&#249; il n'y a plus d'arbitre et o&#249; la violence n'est pas ais&#233;ment r&#233;gul&#233;e. Concr&#232;tement la question n'&#233;tait pas de savoir si M. Kadhafi &#233;tait satisfaisant d'un point de vue id&#233;al ; mais de savoir ce qu'il fallait faire avec la Libye de l'&#233;poque pour obtenir le meilleur ou le moins mauvais effet possible. Et donc certainement pas de l'attaquer comme on l'a fait dans ce qui se r&#233;v&#232;le avec le recul avoir &#233;t&#233; un v&#233;ritable d&#233;lire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Vous analysez la question de l'autorit&#233; et de la s&#233;curit&#233;, &#233;crivant que &#034;L'&#201;tat moderne est absolu par nature, du fait de son monopole de la force, de la loi, de la conscription, de l'imp&#244;t, et de l'organisation commune &#8211; d'o&#249; son contr&#244;le de la famille, de l'&#233;ducation, des m&#339;urs, etc. Il n'y a aucune limite th&#233;orique &#224; son pouvoir, qui s'exerce directement sur les individus. Un tel accroissement du pouvoir de l'&#201;tat n'a &#233;t&#233; possible qu'avec la fiction qu'il &#233;tait le fait des citoyens eux-m&#234;mes (ce qu'on appelle d&#233;mocratie). On a alors moins cherch&#233; la s&#233;curit&#233; &#224; l'&#233;gard du pouvoir, mais plus la participation au pouvoir.&#034; L'&#201;tat essaye aujourd'hui d'assurer un contr&#244;le social des personnes : contr&#244;le de la pens&#233;e, des naissances, de la mort, des modes de d&#233;placement &#233;galement. Existe-t-il encore des espaces de libert&#233; dans cette vision politique ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous voyons bien que le degr&#233; de contr&#244;le sur les citoyens dont dispose l'&#201;tat moderne aurait &#233;t&#233; jug&#233; effroyable par les g&#233;n&#233;rations pr&#233;c&#233;dentes et les &#233;poques anciennes. Un totalitarisme fond&#233; sur ces outils serait terrifiant. Ce qui le freine de fa&#231;on appr&#233;ciable est d'une part le fait, cher &#224; la pens&#233;e classique, de l'&#233;tat des rapports humains dans la soci&#233;t&#233;, qui reste encore mod&#233;r&#233; par l'usage et n'a pas fait l'objet de transgression irr&#233;versible : sous cet angle, il est clair que toute remise en question majeure et violente des rapports sociaux et politiques offrirait &#224; un tel totalitarisme une opportunit&#233; consid&#233;rable. Et d'autre part l'existence dans le syst&#232;me juridique de crans d'arr&#234;t, ce qu'on appelle l'&#233;tat de droit ou libert&#233;s fondamentales, h&#233;rit&#233;s de la p&#233;riode lib&#233;rale ; &#224; ceci pr&#232;s que le relativisme fait que leur contenu est passablement impr&#233;cis et pourra &#234;tre appr&#233;ci&#233; tout autrement si les dominantes de la soci&#233;t&#233; y conduisent. La mont&#233;e de l'intol&#233;rance du politiquement correct en t&#233;moigne ; ou l'exemple des deux guerres mondiales.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Une autre id&#233;e que vous analysez est celle de la nation, qui est confront&#233;e &#224; plusieurs enjeux : mouvements migratoires, finances mondialis&#233;es, guerre du droit, etc. La nation a-t-elle encore une place dans ce nouveau monde ou bien est-elle une antiquit&#233; qui doit s'effacer ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La nation reste la seule communaut&#233; politique vivante de nos jours, malgr&#233; ces menaces bien r&#233;elles. Vivante dans l'esprit des gens, et op&#233;rationnelle par son organisation concr&#232;te, c'est la seule base de solidarit&#233; active et concr&#232;te. L'alternative n'est pas une utopie mondialisante, qui est sans fondement dans la r&#233;alit&#233; ; ni un ensemble de r&#233;seaux &#233;conomiques s'appuyant sur une soft law incapable d'ordonner la vie commune des personnes et d&#233;pourvue de pouvoir coercitif l&#233;gitime. La seule alternative possible est en fait de type imp&#233;rial : un pouvoir rustique, mais qui n'exige pas pour fonctionner d'&#234;tre fond&#233; sur une communaut&#233; : de ce point de vue, la poursuite de l'&#233;clatement de nos communaut&#233;s, nationales, en une mosa&#239;que h&#233;t&#233;rog&#232;ne peut rendre un jour les solutions imp&#233;riales les seules praticables. Fort heureusement nous n'en sommes pas encore l&#224;, m&#234;me si la direction est claire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;L'analyse objective et r&#233;aliste du monde actuel peut devenir d&#233;primante pour les jeunes g&#233;n&#233;rations, notamment ceux qui sont &#233;tudiants et qui peuvent avoir l'impression que l'avenir ne va leur r&#233;server que des catastrophes (crise financi&#232;re, enjeu migratoire, atonie de l'Europe, etc.). Quels motifs d'esp&#233;rance peut-on leur donner ?&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Outre qu'&#224; bien des &#233;poques les perspectives disponibles pouvaient conduire &#224; douter de l'avenir de fa&#231;on analogue, et que se sentir d&#233;prim&#233; est le plus s&#251;r moyen pour que les faits le justifient, l'important est &#224; nouveau la recherche de ce qu'on a &#224; faire l&#224; o&#249; on est, &#224; la base : de ce qu'il est bien de faire et qu'on peut faire. Cela n'emp&#234;che pas de se pr&#233;occuper ou d'agir face aux catastrophes possibles. Mais il n'est pas raisonnable de fonder son &#233;quilibre de vie sur ce sur quoi on n'a qu'un pouvoir d'action limit&#233;. Ce qui peut donner un sens &#224; notre vie est par nature ce qui est &#224; notre port&#233;e, sous notre main. Et cela d'autant plus que, collectivement, le d&#233;passement de cette d&#233;pression collective qu'induit notre paradigme relativiste &#233;tant la seule voie collectivement s&#251;re, c'est par la multiplication de conversions individuelles qu'elle se fera, c'est-&#224;-dire du changement de la vision de chacun, op&#233;rant &#224; son niveau dans sa famille, sa profession, ses engagements associatifs, l'&#233;cole de ses enfants, etc. Si chacun attend les autres, rien ne se fera ; d&#232;s qu'on s'engage, on a trouv&#233; la premi&#232;re r&#233;ponse &#224; ses interrogations.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Publi&#233; dans la revue Conflits &lt;a href=&#034;https://www.revueconflits.com/pierre-de-lauzun-bien-commun9004-2/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://www.revueconflits.com/pierr...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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