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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Une tentation liberticide dans l'&#233;cologie ? </title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Une-tentation-liberticide-dans-l-ecologie.html</link>
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		<dc:date>2024-02-04T16:10:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et science</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie et libert&#233;</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;La question pos&#233;e rencontre un &#233;cho imm&#233;diat, car nous percevons trop souvent chez ceux qui se r&#233;clament de l'&#233;cologie la tentation de r&#233;genter la vie de leurs semblables.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'&#233;cologisme est toutefois sp&#233;cifique. Ce qui le caract&#233;rise est le lien affich&#233; entre des affirmations scientifiques et des pr&#233;tentions moralisantes : c'est rare. Mais ces analyses pr&#233;voient un avenir catastrophique, avec l'id&#233;e d'une urgence &#224; agir. Elle sont donc pourvues d'une charge &#233;motionnelle et moralisante intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;D'o&#249; la tentation autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;(Paru dans La Nef f&#233;vrier 2024)&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Ecologie-.html" rel="directory"&gt;Ecologie&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Ecologie-et-liberte-+.html" rel="tag"&gt;Ecologie et libert&#233;&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;La question pos&#233;e rencontre un &#233;cho imm&#233;diat, car nous percevons trop souvent chez ceux qui se r&#233;clament de l'&#233;cologie la tentation de r&#233;genter la vie de leurs semblables, qui peut devenir vite liberticide.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le cas de l'&#233;cologisme est toutefois sp&#233;cifique. Ce qui le caract&#233;rise est le lien affich&#233; entre des affirmations scientifiques et des pr&#233;tentions moralisantes : c'est rare. Peu de syst&#232;mes religieux, politiques ou philosophiques moralisants se veulent scientifiques. Et une affirmation scientifique n'est en soi pas moralisante. En fait seul le marxisme a pu constituer un pr&#233;c&#233;dent. Mais un pr&#233;c&#233;dent contest&#233; : peu de gens le consid&#233;raient scientifique. Et la grande majorit&#233; des marxistes vivaient leur engagement comme d'abord politique ou &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Avec l'&#233;cologisme c'est diff&#233;rent. Sans la pr&#233;tention &#224; un savoir d'ordre scientifique, il n'a plus de justification. Ainsi la pollution, le d&#233;r&#232;glement d'&#233;quilibres naturels, la disparition des esp&#232;ces, et bien s&#251;r le r&#233;chauffement d'origine humaine : dans tous ces cas, le point de d&#233;part est une affirmation dont l'appr&#233;ciation de v&#233;racit&#233; est d'ordre scientifique. Mais ces analyses pr&#233;voient un avenir sombre et &#233;ventuellement catastrophique, avec l'id&#233;e d'une urgence &#224; agir. Elle sont donc pourvues d'une charge &#233;motionnelle et moralisante intense.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous avons d&#232;s lors tous les ingr&#233;dients d'une motivation puissante en faveur d'un programme qui rel&#232;ve de l'ordre politique, mais ne r&#233;sulte ni d'une d&#233;lib&#233;ration politique, ni d'une r&#233;f&#233;rence religieuse, philosophique ou autre : le point de d&#233;part se veut scientifique, mais dicte la voie &#224; suivre au politique. Or plus que tout autre, dans notre soci&#233;t&#233; une affirmation d'ordre scientifique se pr&#233;sente comme v&#233;rit&#233; objective. On saisit alors le potentiel liberticide. Fond&#233; ou non, le programme conduit &#224; orienter d'autorit&#233; le comportement des gens. Et le sens de l'urgence &#224; tenter de forcer le destin.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien entendu l'&#233;cologiste r&#233;el n'est pas un scientifique : il reprend telles quelles des affirmations qu'il ne veut ni ne peut v&#233;rifier. Et le scientifique, ici comme ailleurs, montre souvent une propension &#224; d&#233;fendre ses id&#233;es qui sort de la m&#233;thode scientifique. En outre, l'&#233;cologiste remet souvent en cause la science lorsqu'elle ne va pas dans son sens : rappelons le point de d&#233;part du mouvement, la lutte contre le nucl&#233;aire, fond&#233;e sur la contestation de ce qu'on appelait la science officielle. Et il d&#233;teste la technique, compl&#233;ment n&#233;cessaire de la science. Enfin, s'il y a des cas o&#249; les faits scientifiques sont peu contestables (la pollution, ou le r&#233;chauffement m&#234;me), dans d'autres (l'origine humaine de celui-ci) on se base sur des mod&#232;les qui, m&#234;me faits avec soin, ne donnent pas la m&#234;me certitude scientifique que ce qu'on met habituellement sous ce nom et qui a donn&#233; son autorit&#233; &#224; la science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le dilemme se corse &#224; partir du moment o&#249; les conclusions tir&#233;es et les programmes qui s'en d&#233;duisent aboutissent &#224; changer de fa&#231;on appr&#233;ciable le mode de vie, les attentes et les comportements de la population ; et cela en suivant un chemin d'adaptation qui ne va pas de soi. Ainsi la transition &#233;nerg&#233;tique implique tout ensemble des inflexions massives dans les comportements et le d&#233;veloppement de processus &#233;conomiques et technologiques, qui supposeraient &#224; la fois une adh&#233;sion large et un processus progressif, s'ajustant en permanence. Or ces besoins, inh&#233;rents &#224; tout processus social, heurtent directement le sens de l'urgence moralisante qui caract&#233;rise l'&#233;cologisme. D'o&#249; &#224; nouveau la tentation autoritaire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, comme on sait, l'&#233;cologisme politique est pour l'essentiel aux mains de militants de gauche, qui le fusionnent avec des pr&#233;occupations radicalement diff&#233;rentes, notamment soci&#233;tales, accentuant la pr&#233;tention moralisante. Certes, leur anarchisme spontan&#233; limite leur efficacit&#233; politique ; d&#232;s lors, &#224; c&#244;t&#233; de r&#234;veries de dictature verte &#224; base politique improbable, l'impact direct de ces mouvements reste limit&#233;, m&#234;me s'il est souvent v&#233;cu par les gens comme vexatoire. Mais, plus gravement, cela conduit aussi et de plus en plus &#224; des d&#233;cisions aberrantes, r&#233;sultat d'une forme de terrorisme intellectuel : ainsi l'abandon du nucl&#233;aire allemand. La pollution du d&#233;bat et du processus politique r&#233;sultant de cette emprise est donc bien r&#233;elle. C'est dommage, car le vrai souci &#233;cologique m&#233;rite mieux que cela.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru dans&lt;/i&gt; La Nef &lt;i&gt;f&#233;vrier 2024.&lt;/i&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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	</item>
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		<title>Ecologie, croissance et d&#233;croissance (deuxi&#232;me de 3 articles)</title>
		<link>https://pierredelauzun.fr/Ecologie-croissance-et-decroissance-deuxieme-de-3-articles.html</link>
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		<dc:date>2022-07-11T16:29:00Z</dc:date>
		<dc:format>text/html</dc:format>
		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Ecologie et science</dc:subject>
		<dc:subject>Ecologie</dc:subject>
		<dc:subject>D&#233;croissance</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;J'ai &#233;voqu&#233; dans une pr&#233;c&#233;dent article la complexit&#233; de la question &#233;cologique dans les soci&#233;t&#233;s r&#233;elles. Si la n&#233;cessit&#233; d'un changement en profondeur du regard s'impose, cela ne nous dit pas ce que cela implique au niveau collectif. La question qui se pose ici est celle de la d&#233;croissance et de la fascination qu'elle exerce, et des d&#233;cisions plus ou moins pr&#233;cipit&#233;es que les peurs collectives entra&#238;nent. Mais comme nous le verrons, nous nous heurtons ici aux limites de notre savoir et de notre capacit&#233; &#224; planifier la vie collective. Il nous faut donc r&#233;apprendre &#224; vivre sans certitudes mat&#233;rielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance, capitalisme et soci&#233;t&#233; moderne &lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les conceptions en faveur de la d&#233;croissance m&#233;ritent un examen nuanc&#233;, mais critique. Evacuons d'abord la question du rapport avec le capitalisme. Ces conceptions combinent en effet deux lignes de r&#233;flexion assez diff&#233;rentes. D'un c&#244;t&#233;, une analyse de fait, dans la ligne de l'&#233;cologie dure, consid&#233;rant que la croissance actuelle est insoutenable, et plus g&#233;n&#233;ralement toute croissance impossible &#224; terme, d'o&#249; une remise en cause radicale du syst&#232;me &#233;conomique actuel. Nous y reviendrons, mais notons qu'on va alors bien au-del&#224; de la critique du seul capitalisme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De l'autre c&#244;t&#233;, il y a une confusion entre l'id&#233;e de capitalisme (l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent), celle de productivisme, et des r&#233;alit&#233;s comme le march&#233; ou l'entreprise. Il est l&#233;gitime de rep&#233;rer comme cause premi&#232;re de ce que notre emprise sur la nature a de malsain cette id&#233;e que la croissance mat&#233;rielle doit &#234;tre poursuivie co&#251;te que co&#251;te, que le progr&#232;s mesur&#233; mat&#233;riellement est in&#233;luctable et bon par nature, et que la nature est l&#224; pour &#234;tre utilis&#233;e selon nos d&#233;sirs &#8211; ce qu'on peut appeler productivisme. Cela ne condamne pas la croissance en soi, mais cela conduit &#224; remettre en cause cet a priori consistant &#224; se consid&#233;rer autoris&#233; &#224; arraisonner la nature sans souci des cons&#233;quences et des effets. Mais cette attitude arrogante ne se confond pas purement et simplement avec le capitalisme, quels que soient les d&#233;fauts de ce dernier. Le capitalisme est fondamentalement cette id&#233;e que l'argent est l&#224; pour gagner de l'argent ; il fait &#233;videmment tr&#232;s bon m&#233;nage avec ce productivisme. Mais on peut avoir un productivisme tr&#232;s violent, et d&#233;vastateur pour l'environnement, sans capitalisme : on l'a vu en Union sovi&#233;tique. On peut dire ce qu'on veut, mais l'&#233;conomie n'y &#233;tait pas domin&#233;e par l'argent ; elle l'&#233;tait par le culte du pouvoir et de la croissance mat&#233;rielle. La Chine actuelle rel&#232;ve en partie de cet analyse. Le paradigme technologique est donc plus large que le capitalisme au sens propre du terme. Or si le capitalisme au sens &#233;troit du terme, qui privil&#233;gie l'accumulation, s'accommode tr&#232;s naturellement d'un syst&#232;me d'arraisonnement brutal de la nature et de croissance sauvage, inversement il n'est pas &#233;vident qu'il exige la croissance comme une n&#233;cessit&#233; fonctionnelle, en soi ; et sa capacit&#233; &#224; s'adapter est consid&#233;rable.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En r&#233;alit&#233;, ce sont nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral qui se sont fond&#233;es sur ce type de croissance. Toute remise en cause de notre mode de vie collectif, et notamment du type de croissance que nous connaissons, affecterait n&#233;cessairement, et en profondeur nos soci&#233;t&#233;s en g&#233;n&#233;ral, plus encore que le capitalisme tel que nous le connaissons. Y compris la d&#233;mocratie moderne. En effet, l'individualisme et le relativisme ambiants impliquent que la seule r&#233;f&#233;rence est les pr&#233;f&#233;rences des individus, et non l'int&#233;r&#234;t g&#233;n&#233;ral et encore moins le bien commun ; cela fait donc tr&#232;s bon m&#233;nage avec le productivisme, car plus la croissance qu'on vise est forte, plus il y a de gens satisfaits &#224; court terme. Cela s'accorde aussi avec le capitalisme ; mais cela peut parfaitement se passer de ce dernier : la d&#233;mocratie par exemple est suppos&#233;e refl&#233;ter les pr&#233;f&#233;rences des gens et peut donc &#234;tre individualiste et mat&#233;rialiste sans qu'il y ait capitalisme. Conspuer le &#8216;capitalisme' sans plus de pr&#233;cisions comme le font nombre d'&#233;cologistes est donc simpliste. Ce n'est pas enti&#232;rement injustifi&#233;, tant s'en faut, mais cela m&#233;lange les probl&#232;mes sans bien pr&#233;ciser la cible. En r&#233;alit&#233;, ce qui importe est le syst&#232;me de valeur ou l'anthropologie dominante, et sa traduction dans des institutions et un syst&#232;me social.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A fortiori, reconnaissons que le march&#233; est, lui, d'un tout autre ordre ; c'est un outil social, qui existe dans toutes les soci&#233;t&#233;s un tant soit peu libres, car il r&#233;sulte de l'interaction entre les agents. Certes, le capitalisme lui donne une place majeure et en offre une conception particuli&#232;re et envahissante. Mais le march&#233; existe sans ce qu'on appelle capitalisme : il est l'expression de la confrontation des choix des personnes et refl&#232;te leurs priorit&#233;s, lesquelles ne sont pas n&#233;cessairement limit&#233;es ni &#224; l'argent tout-puissant, ni &#224; des caprices personnels arbitraires. En soi, si le syst&#232;me de valeur collectif &#233;volue, le march&#233; au sens propre tendra &#224; refl&#233;ter ces nouvelles valeurs dominantes, car c'est sa fonction ; en outre, bien entendu, comme tout march&#233;, il doit &#234;tre encadr&#233; par des lois, et des institutions comme les tribunaux. Cela suppose de s'&#233;loigner du capitalisme individualiste et mat&#233;rialiste, mais pas d'une soci&#233;t&#233; &#233;conomiquement d&#233;centralis&#233;e, avec libert&#233; &#233;conomique et march&#233;. Bien au contraire, sans prise en charge par des personnes autonomes, aucune &#233;cologie n'est possible ou cr&#233;dible. Or s'il y a des personnes autonomes il y a march&#233;, m&#234;me si ce n'est pas leur seul mode d'expression &#233;conomique.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;D&#233;croissance : position du probl&#232;me&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Passons maintenant au niveau concret. Si le type de croissance que nous connaissons trouve sa fin, ce sera soit parce que le syst&#232;me rencontrera des limites incontournables qui le bouleverseront comme syst&#232;me, dans une grande crise. Soit parce qu'un choix de valeurs diff&#233;rentes, en outre politiquement assum&#233;, sera intervenu, comportant modification en profondeur de notre genre de vie. C'est cette deuxi&#232;me voie qu'explorent les partisans de la d&#233;croissance. Cela d&#233;bouche en g&#233;n&#233;ral sur deux s&#233;ries de propositions. D'un c&#244;t&#233;, une r&#233;duction volontariste de la production et de la consommation, bien au-del&#224; de la frugalit&#233;, d'une consommation plus r&#233;duite et plus qualitative. D'un autre c&#244;t&#233;, une reterritorialisation, s'opposant &#224; la mondialisation et privil&#233;giant les circuits courts et la production directe. Le lien entre ces deux lignes n'est pas automatique ; notamment, le refus de la croissance peut conduire d'autres &#233;cologistes durs &#224; proposer des mod&#232;les de soci&#233;t&#233;s centralis&#233;s, voire tr&#232;s autoritaires. Inversement, on peut vouloir un mode de consommation diff&#233;rent et la renaissance de communaut&#233;s locales sans &#234;tre convaincu de l'impossibilit&#233; de toute croissance et sans voir comme une n&#233;cessit&#233; la sortie d'un syst&#232;me &#233;conomique fond&#233; sur l'entreprise et le march&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous pouvons d'ores et d&#233;j&#224; faire quelques remarques. Il est d'abord difficile de ne pas prendre en compte les demandes de r&#233;duction de notre consommation fr&#233;n&#233;tique, ainsi que la prise en compte de limites &#233;cologiques. Il en est de m&#234;me de l'&#233;loge des communaut&#233;s locales et de la subsidiarit&#233; ; une reterritorialisation partielle en serait une cons&#233;quence naturelle. Il y a donc ici des intuitions de base et des exigences qu'on ne peut que rejoindre. Mais on va bien plus loin. Une v&#233;ritable propagande culpabilisante s'abat sur une opinion incapable de faire la part du vrai et du faux, mais qui se trouve de ce fait accul&#233;e &#224; envisager l'avenir en termes purement n&#233;gatifs. Ce qui est d'autant plus d&#233;sesp&#233;rant pour les milieux populaires que par ailleurs leurs perspectives s'assombrissent, en Occident notamment, avec la mondialisation et la mont&#233;e des in&#233;galit&#233;s. En outre, si on reste coh&#233;rent avec la dramatisation, cela implique une action politique brutale, impos&#233;e &#224; la soci&#233;t&#233;, ce qui a rarement port&#233; de bons fruits.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce qui nous conduit &#224; trois remarques. La premi&#232;re est que si la frugalit&#233; est une vertu, l'abondance mat&#233;rielle n'est pas a priori condamnable comme telle ; toute la question est celle de la juste mesure. La seconde est une interrogation : ce que nous savons vraiment, tant sur le plan concret et technique qu'en ce qui concerne la nature humaine et son r&#244;le dans l'histoire, rend-il manifestement in&#233;luctables de telles perspectives radicales ? Il y a bien des raisons d'en douter. Non pour faire l'&#233;loge du syst&#232;me actuel. Mais pour rappeler que notre absence de ma&#238;trise vaut aussi pour notre connaissance de l'avenir. L'impasse ou la catastrophe ne sont pas des certitudes, encore moins lorsqu'on les d&#233;crit comme imminentes, dans ce qui rel&#232;ve d'un a priori apocalyptique plus que d'un constatation incontestable. Et nous en avons encore moins sur la troisi&#232;me question que soul&#232;vent ces id&#233;es, qui est leur faisabilit&#233; politique, a priori tr&#232;s faible, comme on l'a &#233;voqu&#233; dans le premier article.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut donc examiner de pr&#232;s les donn&#233;es r&#233;elles du d&#233;bat, et notamment la base scientifique et &#233;conomique de ces perspectives pessimistes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La science et ses limites, la d&#233;cision politique&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La crise du coronavirus a mis &#224; nouveau la science sur la sellette. On a vu des scientifiques a priori comp&#233;tents et respectables &#233;mettre des opinions parfaitement contradictoires ; des d&#233;cisions publiques majeures prises sur la base de publications qui se sont av&#233;r&#233;es pas si s&#233;rieuses mais issues de revues renomm&#233;es ; des d&#233;clarations successives de comit&#233;s scientifiques se contredire apr&#232;s quelques semaines, par exemple sur l'utilit&#233; des masques. Pour le citoyen c'est tr&#232;s troublant. D'autant plus que ce domaine de la sant&#233; est particuli&#232;rement sensible, car des vies sont en jeu. Or la motivation du confinement, purement sanitaire, se fondait sur les arguments de ces scientifiques que sont les m&#233;decins. Le pauvre citoyen, assomm&#233; par ces nouvelles, s'est donc trouv&#233; bon gr&#233; mal gr&#233; devoir suivre le troupeau, sans &#234;tre toujours convaincu du bien-fond&#233; de ce qui se passait. Suspicion d'autant plus l&#233;gitime que les r&#233;sultats obtenus par les diverses politiques suivies varient beaucoup selon les pays.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Pourtant, que ce soit pour la crise sanitaire ou pour l'&#233;cologie, la solution passe elle aussi par la science et la technique. Nous avons besoin de la science, mais nous d&#233;couvrons avec consternation qu'elle n'envoie souvent pas un message clair et s'av&#232;re m&#234;me bien souvent ambigu&#235;. Parall&#232;lement, pour la plupart d'entre nous, nous ne nous sentons pas en &#233;tat d'en juger par nous-m&#234;mes. Moralit&#233;, nous devons nous habituer &#224; vivre dans cette situation, qui se reproduira.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, quelques distinctions pratiques peuvent nous &#233;clairer. En premier lieu, il y a science et science. Il y a des domaines o&#249; des lois peuvent &#234;tre &#233;nonc&#233;es et v&#233;rifi&#233;es exp&#233;rimentalement sur grande &#233;chelle. Ainsi d'une tr&#232;s grande partie des sciences physiques. Dans ces cas, ce que dit la science est raisonnablement fiable &#8211; m&#234;me si cela ne nous dispense pas de notre responsabilit&#233; dans l'usage qui en est fait. Mais ce n'est qu'une partie de ce qu'on appelle science.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a ensuite des domaines o&#249; la science n'est pas en &#233;tat de formuler ce genre de lois v&#233;rifiables et v&#233;rifi&#233;es. Dans ce cas, sur la base des donn&#233;es qu'il a, le scientifique fait des hypoth&#232;ses, monte des mod&#232;les, et tente de v&#233;rifier les cons&#233;quences qu'il en tire. Son avis reste pr&#233;cieux et indispensable, parce qu'il a un r&#233;el savoir, a priori bien plus &#233;toff&#233; que celui du profane. Mais il peut aussi se tromper, les avis peuvent diverger, et les jeux d'int&#233;r&#234;ts ou de pouvoirs sont importants. Une partie appr&#233;ciable de ces avis est bas&#233;e sur ces mod&#232;les, dont la fiabilit&#233; n'est pas &#233;vidente surtout si les donn&#233;es manquent. C'&#233;tait le cas avec la Covid 19 : ce virus ressemble certes &#224; d'autres virus connus, et ce n'est pas la premi&#232;re &#233;pid&#233;mie qui survient ; on ne partait donc pas de rien. Mais il a aussi des sp&#233;cificit&#233;s fortes, et elles &#233;taient mal connues. Cela veut dire une chose simple : dans une telle situation, on ne peut pas d&#233;cider purement et simplement sur la base d'avis scientifiques, comme l'ont sottement proclam&#233; les gouvernements &#224; l'&#233;poque. Il faut &#233;videmment les &#233;couter avec soin, mais le r&#244;le du d&#233;cideur subsiste, apr&#232;s d&#233;bat.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il y a maintenant un troisi&#232;me domaine, qui recouvre toutes les affaires humaines, objet de ce qu'on appelle les sciences humaines, dans lequel la certitude est beaucoup plus faible encore. Sociologie, science politique, &#233;conomie m&#234;me (malgr&#233; ses chiffres) rel&#232;vent de cette cat&#233;gorie. En fait c'est le mot m&#234;me de science qui est alors &#233;quivoque. Cet emploi est justifi&#233; s'il souligne qu'on peut dans ces domaines aussi mener une vraie exploration, &#224; la recherche de la v&#233;rit&#233;, en s'inspirant des sciences dures ou autrement, et par l&#224; parvenir &#224; des &#233;l&#233;ments qu'on peut appeler des savoirs. Mais il est abusif si, en employant le m&#234;me mot que pour les sciences dures, on se pare ind&#251;ment de la certitude relative mais objective que ces derni&#232;res peuvent donner, qui est hors de port&#233;e dans les &#8216;sciences' humaines. Car si dans ces domaines on ne parvient pas aux m&#234;me certitudes, c'est pour des raisons fondamentales et durables. Non seulement parce que l'objet de l'&#233;tude est tr&#232;s compliqu&#233;, r&#233;sultant de l'action de millions de volont&#233;s distinctes et relativement autonomes ; que les &#233;motions et appr&#233;ciations subjectives y jouent un r&#244;le majeur ; ou que le savant n'est pas neutre par rapport &#224; la mati&#232;re qu'il &#233;tudie. Mais aussi pour une raison essentielle, rarement soulign&#233;e, qui est le caract&#232;re r&#233;flexif de ces sciences, &#224; savoir le fait que dans ces mati&#232;res proclamer une loi ou une v&#233;rit&#233;, ou agir sur leur objet, change par l&#224; m&#234;me cet objet. Cela peut selon les cas invalider la loi, m&#234;me si elle &#233;tait vraie avant, ou au contraire l'auto-v&#233;rifier, m&#234;me si elle &#233;tait contestable. On voit cela d&#233;j&#224; avec les pr&#233;visions de trafic. Ou avec les &#233;pid&#233;mies, car si le comportement du virus ne d&#233;pend pas de nous, en revanche l'annonce d'une conclusion dite scientifique, ou la prise de mesures sanitaires change le comportement des gens. D&#232;s lors, dans tous ces domaines le r&#244;le du d&#233;cideur ou du dirigeant est essentiel, mais c'est un r&#244;le politique, car il s'agit d'influencer au mieux le comportement de millions de gens dans le bon sens.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Conclusion pratique : ce qui se pr&#233;sente comme science pose des questions analogues &#224; ce qu'on rencontre dans l'information. On disserte beaucoup aujourd'hui sur les m&#233;faits de l'information bidon sur les r&#233;seaux sociaux ou les m&#233;dias, les fameuses fake news. Sauf cas extr&#234;mes, la solution n'est pas de les interdire syst&#233;matiquement, mais de pr&#233;venir le public que cela existe, et l'encourager &#224; exercer un esprit critique sur l'origine de ces informations, leur vraisemblance etc. Il faut manifestement op&#233;rer de la m&#234;me mani&#232;re avec ce qui se pare du nom de science. Et cela vaut encore plus pour les d&#233;cideurs, qui ne peuvent pas se dissimuler derri&#232;re une suppos&#233;e science transform&#233;e en oracle, m&#234;me s'ils doivent &#233;videmment &#233;couter les vrais savants &#8211; malgr&#233; leurs limites. Le m&#233;tier de ces d&#233;cideurs, c'est la communaut&#233; et leur responsabilit&#233; envers elle. Ce que fera cette communaut&#233; sera en partie le r&#233;sultat de leur action, mais rarement un effet calculable &#224; l'avance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de la connaissance scientifique en &#233;conomie et &#233;cologie&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les limites de la connaissance scientifique, d&#232;s qu'on parle de faits humains, sont particuli&#232;rement &#233;videntes pour l'&#233;conomie et l'&#233;cologie. Il existe ce qu'on peut appeler une &#8216;science' &#233;conomique, et elle fournit une information pr&#233;cieuse et absolument indispensable pour l'action ; mais malgr&#233; l'arsenal math&#233;matique qui y est souvent d&#233;ploy&#233;, c'est une science humaine, et par l&#224; inapte &#224; appr&#233;hender toute la r&#233;alit&#233; dans des &#233;quations capables de pr&#233;dictions v&#233;rifi&#233;es. Sans parler de son r&#244;le id&#233;ologique &#233;ventuel. J'ai &#233;voqu&#233; ce dernier point en mati&#232;re financi&#232;re dans divers ouvrages. En mati&#232;re humaine, il faut donc int&#233;grer dans la d&#233;marche collective une dose majeure d'humilit&#233; &#233;pist&#233;mique, syst&#233;matique, et qui doit subsister quelle que soit la qualit&#233; du travail d'analyse et de pr&#233;vision r&#233;alis&#233;. La ma&#238;trise, intellectuelle ou mat&#233;rielle, n'existe pas, mais cela vaut aussi pour les acteurs les mieux intentionn&#233;s. Les plus dangereux sont souvent ceux qui avancent r&#233;solument avec de bonnes intentions, car pr&#233;cis&#233;ment ils iront plus loin dans des directions qui peuvent s'av&#233;rer fausses, et ils transmettront de fa&#231;on contagieuse leur confiance mal plac&#233;e.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Valable pour l'&#233;conomie, la remarque vaut &#233;videmment aussi pour l'&#233;cologie, pour les pr&#233;visions optimistes comme pour les pessimistes. Comme on l'a dit dans un article pr&#233;c&#233;dent, autant on peut &#234;tre assez assur&#233; des constatations en mati&#232;re de pollution ou de disparition des esp&#232;ces, autant la question du r&#233;chauffement, ou plus exactement du r&#244;le qu'y joue l'homme, d&#233;pend dans son appr&#233;ciation de mod&#232;les, notamment climatiques, qui ne donnent pas une certitude scientifique, contrairement &#224; ce qui est r&#233;guli&#232;rement r&#233;p&#233;t&#233; - mais qui sont dot&#233;s d'une forte probabilit&#233;. On ne peut donc ignorer leurs avertissements, mais on ne doit pas les f&#233;tichiser. De la m&#234;me fa&#231;on, on s'emballe sur l'id&#233;e d'&#233;nergies renouvelables (solaire et &#233;olien) sans voir les limites du concept (intermittence et besoin de minerais rares). Cela ne justifie en aucun cas l'inaction. Mais la vertu consiste aussi &#224; savoir avancer en gardant constamment en t&#234;te les limites de notre savoir. A nouveau, notre responsabilit&#233; morale, et la vertu, s'exercent et s'exerceront toujours en environnement non ma&#238;tris&#233;. Cela vaut aussi bien pour les &#233;cologistes que pour les acteurs du syst&#232;me. Et cela vaut a fortiori pour l'id&#233;e m&#234;me de d&#233;croissance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Limites de l'id&#233;e de d&#233;croissance&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;S'agissant de la d&#233;croissance, concr&#232;tement, il n'est pas d&#233;montr&#233; que nous devions n&#233;cessairement avoir comme horizon certain une limitation mat&#233;rielle de nos ressources, nous conduisant &#224; une reterritorialisation totale, chacun s'effor&#231;ant localement de vivoter sur la base des seules ressources manifestement renouvelables qu'il a &#224; sa port&#233;e imm&#233;diate. Les postulats malthusiens sont trop souvent pris comme des absolus indiscutables. Vus de leur temps, les postulats de Malthus (progression g&#233;om&#233;trique de la population, arithm&#233;tique de la production - nous dirions lin&#233;aire et exponentielle) &#233;taient intelligents et pouvaient appara&#238;tre tr&#232;s solides ; or ils se sont heurt&#233;s de plein fouet &#224; l'impr&#233;visibilit&#233; du progr&#232;s technique. Et, de m&#234;me que les pr&#233;visions catastrophistes du Club de Rome dans les ann&#233;es 70 se sont av&#233;r&#233;es souvent pessimistes, m&#234;me s'il y avait une intuition juste, il n'est pas &#233;vident que l'humanit&#233; ne trouvera pas &#224; chaque &#233;tape une nouvelle s&#233;rie de ressources qui lui permettront de franchir un autre stade, notamment en mati&#232;re &#233;nerg&#233;tique (solaire, hydrog&#232;ne, fission nucl&#233;aire, ou autre). Comme elle peut arriver sur des impasses. Il est donc urgent et essentiel d'y travailler, en abordant les questions avec sang-froid et raison, sans certitude d'aboutir.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On r&#233;p&#232;te en outre comme une &#233;vidence qu'on ne peut pas avoir de croissance infinie dans un monde fini. C'est plausible si la croissance est surtout quantitative et si elle toujours plus consommatrice de ressources mat&#233;rielles relativement rares ; pas n&#233;cessairement, si elle est plus qualitative, recycl&#233;e, et sans cesse &#224; la recherche de ressources renouvelables ; et pas non plus si on trouve de nouvelles ressources, d'autant que certaines sont abondantes, y compris sur le plan &#233;nerg&#233;tique contrairement &#224; ce que certains expliquent. La notion quantitative de ressource physique, et l'id&#233;e m&#234;me de limite, sont en effet d&#233;pendantes de l'&#233;tat des technologies : demain l'hydrog&#232;ne par exemple, qui est potentiellement tr&#232;s abondant et d&#233;j&#224; utilis&#233; dans des moteurs, peut devenir une ressource &#233;nerg&#233;tique d'usage courant, relativement bon march&#233; et propre, ce qu'il n'est pas aujourd'hui. Et la croissance signifie en soi plus de possibilit&#233;s d'action, parce que bas&#233;es sur des ressources plus larges, y compris pour agir en faveur de l'environnement. Encore une fois, cela ne d&#233;montre pas qu'une croissance de ce type est possible ou se r&#233;alisera ; cela montre seulement que l'exclure a priori est arbitraire.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs, en supposant m&#234;me que les ressources non renouvelables, notamment mini&#232;res, se r&#233;v&#233;laient un jour d&#233;cid&#233;ment limit&#233;es, sans relais visible, sans doute mieux valait les utiliser pendant tout un temps, plut&#244;t que de les laisser dormir inutilement. A quoi servent des r&#233;serves de p&#233;trole si personne ne les utilise ? En outre, si le progr&#232;s technique comme l'organisation collective peuvent tous deux conduire &#224; des effets nocifs, voire &#224; des d&#233;sastres, il n'est pas d&#233;montr&#233; que ce soit une fatalit&#233;. En fait m&#234;me, au point o&#249; nous en sommes, ils sont seuls &#224; m&#234;me de nous permettre d'envisager (sans certitude) de rattraper nos erreurs. En d&#233;finitive, si nous voyons bien que la croissance mat&#233;rielle peut se heurter &#224; des limites physiques, du moins &#224; technologie donn&#233;e, est-ce une raison pour renoncer &#224; l'usage de ces biens ? Non : mais c'en est une pour essayer, dans la limite de nos moyens, pour &#234;tre responsables et utiliser &#224; chaque &#233;tape nos ressources et notre savoir transitoires pour tenter d'aller vers une autre &#233;tape, plus durable, et faire du bien dans l'intervalle. Le risque sinon est le d&#233;veloppement d'une telle obsession malthusienne qu'elle finisse par st&#233;riliser les solutions elles-m&#234;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;En guise de conclusion&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans la d&#233;marche &#224; mener, on l'a dit, il n'y a pas de certitude, ni dans un sens ni dans un autre. Transformer le mode de vie d'une soci&#233;t&#233; et de la multitude humaine qui la constitue, prise dans des syst&#232;mes complexes que personne ne ma&#238;trise, sur la base de donn&#233;es scientifiques et techniques mouvantes, est n&#233;cessairement une op&#233;ration longue et non planifiable. On le voit avec le r&#233;chauffement : r&#233;duire l'empreinte carbone touche tout notre mode de vie, des transports &#224; l'habitat ou &#224; la production industrielle. Or dans tous ce domaines nous n'avons actuellement pas de solution d&#233;finitive (durable) et nous en sommes m&#234;me tr&#232;s loin. Et m&#234;me les solutions interm&#233;diaires restent &#233;volutives. Les &#233;cologistes les plus responsables ont d&#251; avaler la n&#233;cessit&#233; du nucl&#233;aire, qu'ils conspuaient autrefois. La voiture &#233;lectrique se heurte &#224; des difficult&#233;s consid&#233;rables, li&#233;es notamment aux batteries. Celles-ci comme plus g&#233;n&#233;ralement le solaire et l'&#233;olien supposent des mat&#233;riaux rares et non renouvelables. Etc.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un tel effort collectif suppose donc &#224; chaque &#233;tape que les d&#233;cisions prises aillent le plus loin possible dans ce qui est socialement tol&#233;rable, mais sans faire de pari destructeur ; et surtout de pr&#233;parer l'avenir, notamment par la recherche scientifique et technique. Il est tout &#224; fait concevable que cela ne suffise pas pour &#233;viter des &#233;v&#232;nements d&#233;sastreux ou catastrophiques. Mais la pr&#233;cipitation sous l'emprise de la peur peut y conduire aussi. Gardons notre sang-froid&#8230;.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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