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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Crise et r&#233;forme du mod&#232;le social fran&#231;ais</title>
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		<dc:date>2024-04-22T14:57:00Z</dc:date>
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		<dc:language>fr</dc:language>
		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Mod&#232;le social fran&#231;ais</dc:subject>
		<dc:subject>R&#233;forme sociale</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Les d&#233;penses sociales les plus &#233;lev&#233;es de la plan&#232;te, en partie financ&#233;es &#224; cr&#233;dit. Et des probl&#232;mes pour se soigner, une &#233;cole aux r&#233;sultats de plus en plus m&#233;diocres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le mod&#232;le social fran&#231;ais actuel est-il soutenable ? Faut-il le sauver ou le r&#233;former ? Une r&#233;forme d'ampleur est-elle acceptable par l'opinion ? Des &#233;l&#233;ments d'analyse.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Interview &#224; para&#238;tre dans la revue Permanences.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Lire&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/-Economie-generale-a-.html" rel="directory"&gt;Economie g&#233;n&#233;rale&lt;/a&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Modele-social-francais-+.html" rel="tag"&gt;Mod&#232;le social fran&#231;ais&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Reforme-sociale-+.html" rel="tag"&gt;R&#233;forme sociale&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;&lt;strong&gt;1/ Le mod&#232;le social fran&#231;ais actuel est-il soutenable financi&#232;rement compte tenu du niveau de la dette publique et des projections &#233;conomiques, financi&#232;res et d&#233;mographiques ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les d&#233;penses publiques fran&#231;aises connaissent une d&#233;rive insoutenable depuis 1981 : la dette publique, 3100 milliards, environ 113 % du PNB, est tr&#232;s &#233;lev&#233;e, et les d&#233;ficits continuent &#224; l'alimenter. Or ils sont financ&#233; par l'emprunt sur les march&#233;s, en bonne partie &#224; l'&#233;tranger. Le march&#233; n'est comme on sait pas enti&#232;rement rationnel, mais sur le long terme il ne peut pas ne pas prendre en compte les r&#233;alit&#233;s. Celle de la France est celle du grand pays europ&#233;en le plus mal g&#233;r&#233;. D'autant que cette dette ne r&#233;sulte pas d'un investissement dans des activit&#233;s productives, permettant le remboursement, mais de d&#233;penses courantes, qui devraient &#234;tre financ&#233;es sur les ressources de l'ann&#233;e. Une &#233;tude r&#233;cente de Fipeco sur les d&#233;penses publiques montre que la France &#171; d&#233;pense plus que la moyenne europ&#233;enne dans quasiment tous les domaines &#187; : 58,3 % du PIB en 2022 contre 49,6 %. Le d&#233;calage est &#233;norme.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Parmi celles-ci, les d&#233;penses sociales, en d&#233;ficit permanent : il est d&#233;lirant que l'on finance des soins m&#233;dicaux ou des paiements de retraite par l'emprunt. J'&#233;voquerai donc ici surtout la dimension budg&#233;taire et d&#233;penses du mod&#232;le social, plus que le c&#244;t&#233; structure &#233;conomique (smic, code du travail etc.) malgr&#233; son importance.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un second probl&#232;me vient du fait qu'en France, quand on fait un effort de contr&#244;le des d&#233;penses, c'est par la m&#233;thode budg&#233;taire ; on r&#233;duit les enveloppes, selon la r&#233;sistance de ceux qui les g&#232;rent ou en profitent. R&#233;sultat, on peut avoir des d&#233;penses toujours tr&#232;s &#233;lev&#233;es mais des manques graves l&#224; o&#249; on a taill&#233; dans les budgets, et on sabre la pr&#233;paration de l'avenir. L'h&#244;pital en est un bon exemple. Il nous faut pas incriminer ici les budg&#233;taires, mais les politiques. La seule mani&#232;re rationnelle de r&#233;former est de reconsid&#233;rer dans son ensemble l'action men&#233;e dans le domaine consid&#233;r&#233; : ses priorit&#233;s, son organisation, ses m&#233;thodes etc., et de la restructurer en cons&#233;quence. Mais cela suppose un travail en profondeur, demandant du temps, et surtout une l&#233;gitimit&#233; politique forte.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ce dernier point est essentiel. Si le sujet n'est pas abord&#233; dans les p&#233;riodes &#233;lectorales, ni en dehors - comme c'est le cas maintenant- , aucune vraie r&#233;forme n'est possible faute de l&#233;gitimit&#233;. On l'a vu avec les retraites : le projet initial de r&#233;forme structurelle a &#233;t&#233; abandonn&#233;, et on s'est born&#233; &#224; modifier des curseurs &#224; la marge, avec une tr&#232;s forte r&#233;sistance et un impact limit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans ce contexte, une r&#233;forme ayant un vrai effet ne peut se produire qu'&#224; la suite d'un crise grave. Mais comme on l'a vu avec la Gr&#232;ce, la r&#233;forme est alors sauvage : pratiqu&#233;e vite et &#224; la hache, en partie dict&#233;e par des organismes internationaux, c'est la m&#233;thode budg&#233;taire en beaucoup plus brutal. Elle est alors cruelle et insatisfaisante.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;2/ Faut-il sauver ce mod&#232;le ou le r&#233;former ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;videmment le r&#233;former.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En premier lieu, parce qu'on n'arrive pas &#224; le piloter et &#224; le ma&#238;triser, et que des ann&#233;es de m&#233;thode budg&#233;taire l'ont gravement d&#233;form&#233; sans tenir la d&#233;pense. En outre, des &#233;volutions profondes le remettent en cause ; la d&#233;mographie - le vieillissement de la population, mais aussi l'&#233;conomie, tr&#232;s diff&#233;rente de l'&#233;conomie de reconstruction, autarcique et industrielle d'il y a 70 ans. Mais aussi parce que plusieurs de ses pr&#233;suppos&#233;s sont contestables, ainsi le statut de fonctionnaire, qui n'a pas de sens en dehors du c&#339;ur de la fonction publique. Ou la centralisation forcen&#233;e, qui s&#233;vit presque partout mais est particuli&#232;rement caricaturale &#224; l'Education nationale. Ou la juridisation de la notion de droits, d&#233;connect&#233;e des possibilit&#233;s, soit pour des motifs d'&#233;galit&#233;, soit par abus de droits acquis.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En second lieu, parce qu'il faut aller plus loin dans la r&#233;vision des principes directeurs. Certes, r&#233;former ne veut pas dire abandonner ce qu'il y a de bon ; l'autorit&#233; politique a dans ses responsabilit&#233;s que la population soit &#233;duqu&#233;e, soign&#233;e, qu'elle ait des retraites d&#233;centes et &#233;quitables, qu'on aide les personnes dans le besoin etc. Mais cela ne veut pas dire un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; de distribution gratuite.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De plus, il ne va pas de soi et il est m&#234;me souvent contestable que l'autorit&#233; politique assure cette t&#226;che directement. Le principe de subsidiarit&#233; demande de laisser le plus possible l'autonomie et de responsabilit&#233; aux int&#233;ress&#233;s par eux-m&#234;mes ou en association, mais en les aidant. Or il ne joue qu'un r&#244;le mineur dans notre syst&#232;me social, fonci&#232;rement jacobin sauf exceptions.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est l&#224; un premier exemple.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un deuxi&#232;me est celui du principe de solidarit&#233;. Le terme recouvre en effet deux notions. D'un c&#244;t&#233;, aider ceux qui sont vraiment dans le besoin : la priorit&#233; est incontestable - pourvu qu'on ne les entretienne pas dans la d&#233;pendance. Mais d'un autre c&#244;t&#233;, on appelle solidarit&#233; ce dont b&#233;n&#233;ficient les membres d'une communaut&#233; : la sant&#233;, l'&#233;ducation, des retraites fiables etc. Mais cela suppose &#224; la fois l'appartenance effective &#224; cette communaut&#233;, en g&#233;n&#233;ral nationale, et que les b&#233;n&#233;ficiaires assument leurs devoirs envers elle (notamment par leur travail et leur loyaut&#233;).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;3/ Quelles grandes lignes devrait respecter, selon vous, une r&#233;forme substantielle de notre mod&#232;le social ? Quelles priorit&#233;s faut-il fixer ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Une r&#233;forme doit partir des r&#233;alit&#233;s et les r&#233;ponses varient selon les sujets, m&#234;me s'il y a des principes communs. Il s'agit de combiner l'autonomie des initiatives avec le souci de ceux qui sont dans le besoin : subsidiarit&#233; et solidarit&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Selon Fipeco, &#171; tout agr&#233;g&#233;e, la protection sociale repr&#233;sente 32,9 % du PIB, contre 27,2 % au niveau europ&#233;en &#187;. Dans ce total, certains secteurs sont encore mieux trait&#233;s. Ainsi les retraites, avec 14,4 % du PIB, soit 2,5 points de plus que la moyenne europ&#233;enne ; la sant&#233; (12,2 % contre 10,5 %) ou le ch&#244;mage (1,7 % contre 1,2 %). L'&#233;ducation (qu'ils n'incluent pas avec le social) est &#224; 5,2 % contre 4,7 %. D'o&#249; leur recommandation d'un ajustement des retraites, faisable en th&#233;orie par la m&#233;thode budg&#233;taire, alors que mettre en ordre les d&#233;penses de sant&#233; demande un effort structurel complexe. Mais politiquement les choses sont bien moins &#233;videntes comme on l'a vu.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;De fa&#231;on plus pr&#233;cise il faut distinguer 4 grands domaines.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le premier est le syst&#232;me &#233;ducatif ; c'est l&#224; que la r&#233;forme doit &#234;tre la plus profonde, dans le sens d'une tr&#232;s grande autonomie du syst&#232;me, son transfert (pour la partie publique) aux autorit&#233;s locales, combin&#233; avec l'ouverture &#224; une vraie pluralit&#233;, avec des &#233;coles publiques tr&#232;s autonomes et des &#233;coles priv&#233;es (non commerciales) beaucoup plus libres. Ce qui implique un financement bien plus souple, par exemple par ch&#232;que &#233;ducatif. Et le contr&#244;le indispensable doit &#234;tre disjoint de l'organisation m&#234;me de l'enseignement public.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le second est le syst&#232;me de sant&#233;. L'actuel a un petit &#233;l&#233;ment de subsidiarit&#233; avec les mutuelles ou la m&#233;decine lib&#233;rale ; mais il le g&#226;che par son traitement bureautique, la longue p&#233;riode du numerus clausus &#233;tant un exemple caricatural. Il serait bon de maintenir cette m&#233;decine lib&#233;rale &#224; financement public, avec une r&#233;mun&#233;ration plus &#233;lev&#233;e des praticiens, mais aussi plus de responsabilisation : un service de garde r&#233;el sur tout le territoire et pas d'ordonnances de complaisance. Quant &#224; l'h&#244;pital, on cumule un niveau &#233;lev&#233; de d&#233;penses avec de fortes restrictions de moyens, nocives pour les malades. Il faut donc simultan&#233;ment r&#233;duire sensiblement certains frais, notamment le nombre exag&#233;r&#233; des non-soignants, ou l'abus des urgences ; et augmenter les investissements dans les maladies graves. Mais l&#224; aussi, cela ne peut pas se faire depuis Paris ; une large d&#233;centralisation s'impose, et un recours plus important aux structures priv&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le troisi&#232;me est le syst&#232;me des retraites. Les fait r&#233;cents ont confirm&#233; la sensibilit&#233; du sujet, mais aussi le besoin de r&#233;forme de ce bric-&#224;-brac incompr&#233;hensible. Les r&#233;gimes sp&#233;ciaux : qu'il y en ait n'est peut-&#234;tre pas le plus gros probl&#232;me, mais le fait que leurs avantages &#233;lev&#233;s sont de fait pris en charge par la collectivit&#233;. De m&#234;me, le r&#233;gime des fonctionnaires devrait sortir du budget, ne serait-ce que par transparence ; et sa logique est &#224; reconsid&#233;rer. Quant aux curseurs, l'allongement de la dur&#233;e de vie et donc de la p&#233;riode de retraite implique par nature celui de la dur&#233;e de travail. Ajout&#233; au fait que les retrait&#233;s ont un niveau de vie sup&#233;rieur aux actifs, cela justifie ici des ajustements de type budg&#233;taire (notamment par l'inflation), en sus d'une r&#233;forme structurelle. Cela dit, la mise en &#339;uvre doit si possible &#234;tre le fait des int&#233;ress&#233;s, hors du champ politique : de ce point de vue, l'Agirc-Arrco est un des bons points de notre syst&#232;me. Enfin, pour des raisons de diversification des risques et d'autonomie, le d&#233;veloppement de la partie capitalisation devrait &#234;tre fortement encourag&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un quatri&#232;me est la famille. Non seulement c'est un pilier de la soci&#233;t&#233;, mais l'effondrement de la d&#233;mographie lui donne une priorit&#233; &#233;vidente. La d&#233;rive actuelle qui en fait une aide aux plus d&#233;favoris&#233;s doit &#234;tre enray&#233;e : la solidarit&#233; vaut pour toutes les familles. Et donc il faut globalement plus de d&#233;penses, et les familles nombreuses devraient &#234;tre privil&#233;gi&#233;es, car outre leurs besoins elles assurent seules un niveau de natalit&#233; satisfaisant. Mais on peut et doit aussi r&#233;duire des d&#233;penses d&#233;pourvues de sens : ainsi les &#233;trangers ne devraient pas y avoir droit.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Viennent ensuite diverses questions, qu'on ne peut qu'&#233;voquer ici. Ainsi, hors assimilation, l'aide aux migrants devrait drastiquement se r&#233;duire &#224; la solidarit&#233; avec des besoins imm&#233;diats. Ou des questions plus directement li&#233;es avec la vie &#233;conomique, comme le ch&#244;mage, qui devrait devenir essentiellement paritaire et orient&#233; vers la remise en activit&#233; (combinant formation et r&#233;orientation), comme aussi le RSA. Sans parler de sujets non budg&#233;taires comme le code du travail, titanesque, ou le Smic, devenu une machine &#224; niveler.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;A cela s'ajoute la r&#233;forme des cotisations, d'une complexit&#233; inou&#239;e sans raison v&#233;ritable. Outre une simplification drastique, et dans bien des cas retour &#224; des cotisations variables selon les organismes, on basculerait celles qui resteraient publiques du c&#244;t&#233; salari&#233;, tout en ajustant les salaires bruts pour ne pas changer le r&#233;sultat net ; les gens se rendraient mieux compte du co&#251;t r&#233;el du syst&#232;me. Il faut enfin rappeler la n&#233;cessaire lutte contre la fraude, &#224; commencer par les faux ayants-droits, nombreux notamment dans les branches retraite et maladie. Cela peut repr&#233;senter des sommes importantes, m&#234;me si l'exp&#233;rience de la lutte contre la fraude montre que ce n'est pas &#224; la hauteur des attentes et ne dispense pas de la r&#233;flexion sur les d&#233;penses.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;4/ Une r&#233;forme d'ampleur vous semble-t-elle acceptable par l'opinion publique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une difficult&#233; centrale. On peut craindre que l'&#233;tat d&#233;sastreux du syst&#232;me politique et du d&#233;bat public excluent que des r&#233;formateurs obtiennent par les urnes la l&#233;gitimit&#233; politique de vraies r&#233;formes. Il est donc &#224; craindre que cela ne se fasse, comme on l'a not&#233;, qu'&#224; l'occasion d'une crise grave. Cela dit, dans un tel cas les d&#233;cideurs se jettent sur les solutions d&#233;j&#224; &#233;labor&#233;es qu'ils trouvent ; il est donc tr&#232;s important d'&#233;laborer de telles solutions, m&#234;me si le jeu politique ne leur donne pas de d&#233;bouch&#233; imm&#233;diat. &lt;br class='autobr' /&gt;
Il est important aussi de combattre la d&#233;magogie ambiante, notamment &#224; gauche, qui pr&#233;tend que la solution est dans la taxation. Or non seulement notre fiscalit&#233; est d'une lourdeur aberrante et repr&#233;sente un vrai handicap pour l'&#233;conomie, mais voir la solution dans le seul financement conduit &#224; ne pas traiter les graves disfonctionnements du syst&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Un autre obstacle de taille est juridique et judiciaire. On connait l'emprise actuelle des tribunaux et le droit qu'on leur a allou&#233;, ou qu'ils se sont pris, de juger la l&#233;gislation en fonction de principes abstraits comme l'&#233;galit&#233; de traitement, profitant massivement aux migrants m&#234;me irr&#233;guliers. Aucune r&#233;forme compl&#232;te n'est possible, comme dans d'autres domaines, sans remise en cause de ce r&#244;le exorbitant.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;5/ Que pensez-vous de l'id&#233;e de revenu universel, &#224; la fois sur le plan &#233;conomique (est-ce r&#233;aliste et r&#233;alisable ?) et sur le plan &#233;thique ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;C'est une mauvaise id&#233;e. Outre son co&#251;t, elle diffuse une id&#233;e fausse de ce que signifie l'appartenance &#224; la soci&#233;t&#233;, ne mettant l'accent que sur de suppos&#233;s droits et non sur la contribution de chacun. En outre elle est radicalement &#224; l'oppos&#233; de l'id&#233;e de subsidiarit&#233;, et m&#234;me &#224; la dignit&#233; de l'homme bien comprise, qui suppose son autonomie (sauf handicap r&#233;el). &lt;br class='autobr' /&gt;
En outre si on l'appliquait r&#233;ellement, donc avec un revenu permettant au moins de survivre, son co&#251;t serait d&#233;mentiel : 1000 &#8364; par mois pour 40 millions de personnes adultes co&#251;teraient 480 milliards par an.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;6/ Quelle &#233;valuation d'ensemble faites-vous des politiques publiques en mati&#232;re sociale depuis 1945 ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Bien que se d&#233;veloppant sur la base d'un m&#234;me noyau initial d&#233;fini apr&#232;s la guerre, les d&#233;penses sociales ont consid&#233;rablement &#233;volu&#233; depuis, en quantit&#233; (de 15% du PNB vers 1960 &#224; plus de 30% hors &#233;ducation), et dans leur structure. La part des retraites a par exemple massivement augment&#233; ; inversement, celle de la famille a &#233;t&#233; r&#233;duite en termes r&#233;els. Mais le fait dominant a &#233;t&#233; cette d&#233;rive constante que personne ne para&#238;t en &#233;tat d'arr&#234;ter, alors que l'insatisfaction cro&#238;t.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;7/ L'&#201;tat semble dans le m&#234;me temps vouloir r&#233;genter de plus en plus de domaines tout en se montrant d&#233;faillant sur ses missions r&#233;galiennes. Comment penser aujourd'hui le r&#244;le de l'&#201;tat dans la soci&#233;t&#233; ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Les mission r&#233;galiennes de l'Etat ont souffert de deux grands facteurs. D'un c&#244;t&#233; l'inconscience ou l'hypocrisie des politiques, mais aussi de la population, ainsi en mati&#232;re de d&#233;fense (et de diplomatie). Et d'un autre c&#244;t&#233;, l'application de la m&#233;thode budg&#233;taire, particuli&#232;rement nocive dans certains secteurs comme la justice. Paradoxalement donc, il faudrait, outre des r&#233;formes structurelles, des moyens sensiblement accrus, ce qui complique encore l'&#233;quation.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;8/ Quels &#233;l&#233;ments de la pens&#233;e sociale de l'&#201;glise peuvent &#233;clairer les n&#233;cessit&#233;s du moment quant &#224; la protection sociale et au r&#244;le de l'&#201;tat ?&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;La &lt;i&gt;Doctrine sociale de l'Eglise&lt;/i&gt; n'est pas d&#233;taill&#233;e sur la protection sociale, mais elle pose plusieurs grands principes qui donnent beaucoup &#224; r&#233;fl&#233;chir sur le syst&#232;me, notamment la subsidiarit&#233; et la solidarit&#233;, que nous avons &#233;voqu&#233;es. Il en est de m&#234;me de la centralit&#233; de la personne humaine, comprise en termes d'autonomie et de cr&#233;ativit&#233;, mais aussi de responsabilit&#233;. Citons ici un passage important de Beno&#238;t XVI dans &lt;i&gt;Caritas in veritate&lt;/i&gt; au n&#176;43. &#171; La solidarit&#233; universelle qui est un fait, et un b&#233;n&#233;fice pour nous, est aussi un devoir. Aujourd'hui, nombreux sont ceux qui sont tent&#233; de pr&#233;tendre ne rien devoir &#224; personne, si ce n'est &#224; eux-m&#234;mes. Ils estiment n'&#234;tre d&#233;tenteurs que de droits... C'est pourquoi il est important de susciter une nouvelle r&#233;flexion sur le fait que les droits supposent des devoirs sans lesquels ils deviennent arbitraires. &#187;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Il faut &#233;voquer enfin un principe pertinent ici, l'option pr&#233;f&#233;rentielle pour les pauvres. L'id&#233;e m&#234;me d'une option pr&#233;f&#233;rentielle conduit &#224; une logique tr&#232;s diff&#233;rente de celle mise en avant par notre syst&#232;me, qui vise &#224; prendre tout le monde en charge sur la base d'un principe &#233;galitaire. Poser une telle option implique de reconna&#238;tre que les besoins varient, qu'on n'a pas des ressources infinies, et que certains besoins sont prioritaires. Cela porte en d&#233;finitive sur la solidarit&#233; au premier sens du terme (envers les plus d&#233;munis, en fonction de leurs besoins) ; mais pas sur un syst&#232;me g&#233;n&#233;ralis&#233; &#224; l'ensemble de la population, dont on esp&#233;rerait qu'il toucherait aussi les pauvres.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Interview parue dans la revue&lt;/i&gt; Permanences.&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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