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	<title>Pierre de Lauzun | Le blog officiel</title>
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		<title>Les modifications de fronti&#232;res par la force : une question de morale ?</title>
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		<dc:date>2024-07-02T12:41:00Z</dc:date>
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		<dc:creator>Pierre de Lauzun</dc:creator>


		<dc:subject>Modification de fronti&#232;res</dc:subject>
		<dc:subject>Fronti&#232;res</dc:subject>

		<description>&lt;p&gt;Un des enjeux de la guerre russo-ukrainienne est &#233;videmment la question des fronti&#232;res.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Au lendemain de l'offensive russe en Ukraine, le Conseil europ&#233;en a fait part de son indignation : &#171; l'usage de la force pour changer les fronti&#232;res n'a pas sa place au XXIe si&#232;cle &#187;. Vraiment ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En regardant de plus pr&#232;s, on constate alors que si ce principe est souvent utile pour contribuer &#224; assurer la paix, il est loin d'&#234;tre toujours efficace et pose parfois de redoutables probl&#232;mes.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Suite&#8230;&lt;/p&gt;

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&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Modification-de-frontieres-+.html" rel="tag"&gt;Modification de fronti&#232;res&lt;/a&gt;, 
&lt;a href="https://pierredelauzun.fr/+-Frontieres-et-guerres-+.html" rel="tag"&gt;Fronti&#232;res&lt;/a&gt;

		</description>


 <content:encoded>&lt;div class='rss_texte'&gt;&lt;p&gt;Un des enjeux de la guerre russo-ukrainienne est &#233;videmment la question des fronti&#232;res. Au lendemain de l'offensive russe en Ukraine, le Conseil europ&#233;en a d'ailleurs fait part de son indignation : &#171; l'usage de la force pour changer les fronti&#232;res n'a pas sa place au XXIe si&#232;cle &#187;. Que peut-on en penser ?&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Nous passerons sur le progressisme na&#239;f &#224; la base de cette formulation, laissant entendre que l'humanit&#233; irait sans cesse vers un plus haut niveau d'exigence morale et un comportement plus vertueux ou plus humain. On pouvait peut-&#234;tre raconter cela en 1890. Mais les innombrables barbaries du si&#232;cle qui a suivi devraient semble-t-il avoir balay&#233; une telle na&#239;vet&#233;.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En revanche, il peut &#234;tre l&#233;gitime de vouloir poser le principe d'un respect des fronti&#232;res existantes, qui ne seraient pas modifiables sauf accord mutuel, et cela au nom de la paix. Changer les fronti&#232;res est en effet une des motivations les plus fortes des guerres, et en amont, des conflits au sens large. Cela dit, l'exemple m&#234;me de la guerre russo-ukrainienne montre que m&#234;me sur cette base, on ne ferait nullement dispara&#238;tre la possibilit&#233; de guerres. En l'esp&#232;ce, au d&#233;part, la Russie a mis en avant des motivations d'un autre type pour son invasion : la menace pour sa s&#233;curit&#233; que repr&#233;senterait le passage de l'Ukraine dans le camp occidental, le caract&#232;re suppos&#233; &#8216;nazi' du r&#233;gime de Kiev, ou le traitement des russophones. Elle ne parlait pas d'annexion avant, et cela n'est venu qu'apr&#232;s.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Mais il reste que poser le principe de l'inviolabilit&#233; des fronti&#232;res fait peser sur l'agresseur la menace d'une r&#233;probation large et d'un statut juridique flou et d&#233;savantageux. Cela joue donc sans doute un r&#244;le utile, y compris dans des zones comme l'Afrique o&#249; la plupart des fronti&#232;res sont tr&#232;s artificielles.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Cela dit, l'examen des pr&#233;c&#233;dents depuis 1945 montre que m&#234;me s'il a servi de r&#232;gle de base, le principe a connu une existence souvent chaotique. On a pu r&#233;guli&#232;rement s'assoir dessus, et m&#234;me justifier son exact contraire, parfois par de grands arguments moralisants.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;La dissolution des empires&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Le changement de souverainet&#233; le plus massif et le plus &#233;vident a &#233;t&#233; l'explosion des empires coloniaux, qui &#233;taient apr&#232;s tout des r&#233;alit&#233;s juridiques reconnues (avec parfois int&#233;gration dans la m&#233;tropole comme en Alg&#233;rie), et leurs fronti&#232;res aussi. Dans ce processus, la violence a souvent jou&#233; un r&#244;le important, parfois d&#233;cisif, au moins comme menace contre le colonisateur (guerres dites de lib&#233;ration).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;On a alors tent&#233; de maintenir le principe du respect des fronti&#232;res h&#233;rit&#233;es de la dislocation de ces empires, et cela a en g&#233;n&#233;ral plut&#244;t fonctionn&#233; jusqu'ici, m&#234;me si elles &#233;taient et restent artificielles. Cela dit, la violence est r&#233;guli&#232;rement intervenue ici ou l&#224; pour les red&#233;finir : pour imposer une partition (Empire des Indes, puis Pakistan et Bengladesh, Soudan), ou au contraire pour l'emp&#234;cher (r&#233;unification du Vietnam), ou encore pour annexer un territoire (Rio de Oro, Nouvelle-Guin&#233;e occidentale). En Somalie, successivement on a rassembl&#233; deux colonies, puis elles se sont s&#233;par&#233;es.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Dans un autre cas, celui des empires communistes, sovi&#233;tique et yougoslave, le principe n'a pas emp&#234;ch&#233; la terrible guerre qui a d&#233;chir&#233; une Bosnie Herz&#233;govine artificielle, avec son issue bancale. Et surtout on a joyeusement promu l'ind&#233;pendance du Kosovo, pourtant partie int&#233;grante de la Serbie. Certes, en ex-URSS, la reprise des fronti&#232;res intra-sovi&#233;tiques s'&#233;tait faite dans l'ensemble sans guerre. Mais c'&#233;tait sur des bases assez friables, notamment au vu des importantes minorit&#233;s notamment russophones, comme la guerre en cours le rappelle (apr&#232;s le pr&#233;c&#233;dent en Oss&#233;tie et Abkhazie).&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;strong&gt;Un principe qui reste imparfait&lt;/strong&gt;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Par ailleurs la mise en &#339;uvre du principe peut aboutir &#224; des r&#233;sultats embarrassants. Prenons le cas de Taiwan, reconnue comme partie int&#233;grante de la Chine par la plupart des Etats. Le respect des fronti&#232;res reconnues, compris litt&#233;ralement, va ici manifestement dans le sens de P&#233;kin. Ce qui choque. Et donc on cherche &#224; moduler le principe. Mais on ne peut prendre une position contraire que de deux mani&#232;res, qui posent toutes deux probl&#232;me.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit en consid&#233;rant qu'une fronti&#232;re m&#234;me contestable au d&#233;part devient l&#233;gitime avec le temps, ce qu'en pratique on fait assez largement, et c'est apr&#232;s tout en g&#233;n&#233;ral prudent. Mais aller dans ce sens donne une prime &#224; la modification de fait d'une fronti&#232;re, si celui qui l'op&#232;re arrive &#224; la tenir assez longtemps : d'o&#249; nagu&#232;re le nettoyage ethnique dans le nord de Chypre. Sauf obstacle militaire, le Venezuela pourra d&#232;s lors s'emparer de l'Essequibo et le peupler de V&#233;n&#233;zu&#233;liens : &#224; la longue, cela passera.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Soit en se calant sur des proc&#233;dures d'autod&#233;termination ; et de fait il y aurait bien des motifs pour modifier des fronti&#232;res qui ici ou l&#224; sont contraires &#224; la r&#233;alit&#233; des populations. Mais si on retient ce crit&#232;re, on risque justement de conduire &#224; des remises en causes nombreuses des fronti&#232;res existantes par toutes sortes de s&#233;paratistes, ou d'intervenant ext&#233;rieur, du plus souple au plus violent.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Ceci met en lumi&#232;re une autre limite du principe, qui est qu'en un sens il repose, dans une majorit&#233; de cas, sur une tautologie : si en effet on est d'accord sur l'endroit o&#249; se situe la fronti&#232;re, de fa&#231;on g&#233;n&#233;rale elle n'est pas remise en cause, et le principe n'apporte rien. Il ne sert finalement que pour tenter de geler les situations contest&#233;es, mais existant de fait. Or en soi il n'y a pas de raison de choisir toujours le statu quo, et moralement cela peut m&#234;me &#234;tre choquant. En outre, par un paradoxe apparent, la f&#233;tichisation des fronti&#232;res peut parfois conduire &#224; ce que soient men&#233;es des op&#233;rations r&#233;voltantes afin d'aligner les populations sur les fronti&#232;res, comme les &#233;purations ethniques &#224; Chypre, en Yougoslavie, et encore r&#233;cemment au Haut Karabakh.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;Que dire enfin des fronti&#232;res maritimes, l&#224; o&#249; il n'y a pas de crit&#232;re de population et o&#249; les droits historiques sont bien plus flous ? O&#249; est la juste fronti&#232;re en Mer de Chine m&#233;ridionale, que la Chine occupe pour l'essentiel &#224; l'indignation des autres riverains ? Et que vaudront les autres droits historiques, actuellement respect&#233;s, lorsque les enjeux deviendront r&#233;ellement importants, soit en termes de s&#233;curit&#233; ou de contr&#244;le des routes maritimes, soit au vu des richesses sous-marines ? La France a peut-&#234;tre ici quelques soucis &#224; se faire&#8230;&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;En conclusion, ce &#8216;principe' a rendu de r&#233;els services ici ou l&#224;. C'est un moyen de calmer le jeu. Comme on l'a dit, ce n'est pas &#224; m&#233;priser. Mais &#224; condition de ne pas le voir comme le grand principe moral qu'on tend &#224; en faire ; c'est simplement une r&#232;gle pratique, pragmatique, permettant de maintenir la paix dans bien des cas. Ni plus, ni moins.&lt;/p&gt;
&lt;p&gt;&lt;i&gt;Paru sur le site de&lt;/i&gt; G&#233;opragma &lt;a href=&#034;https://geopragma.fr/les-modifications-de-frontieres-par-la-force-une-question-de-morale/&#034; class=&#034;spip_url spip_out&#034; rel=&#034;external&#034;&gt;https://geopragma.fr/les-modificati...&lt;/a&gt;&lt;/p&gt;&lt;/div&gt;
		
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